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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 20 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent A - 21 décembre 2025

 Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.





(Philippe de Champaigne, Le songe de Joseph, National Gallery, Londres)



 

            En ce dernier dimanche de l’Avent de l’année A, nous rencontrons, non pas Marie, mais Joseph, celui que beaucoup semblent avoir oublié alors qu’il est important qu’il prenne sa part dans le projet que Dieu porte pour l’humanité. Comme l’écrit Matthieu, et conformément à la Loi de Moïse, il aurait dû dénoncer publiquement Marie. Mais il était un homme juste. Cette petite mention va tout changer.

            Ce qualificatif d’homme juste, ne relève pas d’abord de l’ordre moral dans la Bible. C’est un qualificatif théologique qui dit que Dieu lui-même reconnaît la justice d’un homme. C’est un mérite qu’on ne s’attribue pas ; il est un don qui signe un art de vivre conforme à la Loi et à la volonté de Dieu. De Marie, l’ange dit qu’elle est Comblée de grâce ; de Joseph, qu’il est un homme juste. C’est dire la qualité religieuse de ces deux, choisis par Dieu, pour donner corps et existence au Fils que Dieu envoie dans le monde pour le sauver. Le sens de la justice de Joseph, qui ne sait rien de l’histoire à ce stade, le pousse à renoncer à dénoncer publiquement celle qui lui était promise. Il décide la renvoyer en secret. Si Marie en aime un autre au point d’attendre déjà son enfant, pourquoi la retenir et pourquoi demander vengeance ? Joseph, le juste, ne fera pas de mal à celle qui lui était promise.

            Quand je lis l’histoire de Joseph, je ne peux m’empêcher de m’interroger : comment Dieu a-t-il pu oublier de prévenir cet homme du projet qu’il formait pour l’humanité en Marie ? Il faut quand même un peu de temps entre la conception et les premiers signes de grossesse ! L’ange avait-il oublié ? Avait-il mieux à faire ? C’est vrai que la préparation de la naissance du Fils de Dieu a dû être quelque chose. Cela n’arrive pas tous les quatre matins. Mais de là à oublier de prévenir Joseph, quand même ; ce n’est pas très sérieux ! J’imagine le branle-bas de combat que cela a provoqué ! Alerte ! Joseph veut renvoyer Marie ! Comment est-ce possible ? Qui était chargé de le prévenir ? Personne ! Gabriel, tu t’en charges, fissa ! Ce qui nous vaut d’entendre aujourd’hui cette merveilleuse annonce à Joseph, quand il dort, et de vérifier sa justice quand il se réveille. Il ne se dit pas que tout cela est un mauvais rêve ; il reconnaît que Dieu, par son ange, lui a parlé, lui a demandé de prendre Marie, comme cela était prévu, et d’être sur terre le père de Jésus. Pas uniquement pour éviter les questions désagréables ; pas juste pour donner une famille à Jésus ; non, il lui est demandé de devenir la véritable figure paternelle de Jésus enfant, lui assurant un toit, une stabilité, le préparant à un métier, bref, en faire un vrai petit d’homme qui apprendra à trouver sa place dans ce monde. En acceptant à son tour le projet de Dieu, il sauve Marie, l’enfant et l’humanité. Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

            Que reste-t-il alors apprendre pour nous ? En ces derniers jours de l’Avent, nous apprendrons à faire à notre tour, ce qui est juste aux yeux de Dieu ; nous apprendrons à entrer dans la volonté de Dieu, même et surtout quand elle entre en conflit avec nos projets humains. La volonté de Dieu pour nous et pour tous les hommes, est toujours source de salut (Tu lui donneras le nom de Jésus, c'est-à-dire le Seigneur sauve), source de vie (l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint), source de paix (Joseph, ne crains pas). Joseph nous apprend à passer du doute à la foi, de la stupeur à la confiance absolue en Dieu, qui est toujours Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous. Amen.

samedi 17 décembre 2022

4ème dimanche de l'Avent A - 18 décembre 2022

 Joseph, ne crains pas ! 



(Arcabas, L'annonce à Joseph)



 

            Beaucoup de prédicateurs s’extasient sur la discrétion de Marie dans les évangiles, sur le peu de paroles qu’elle nous laisse et sur l’exemple qu’elle nous donne. Et ils ont sans doute raison. Mais il y a quelqu’un d’encore plus discret, quelqu’un dont on parle encore moins et qui a pourtant une place tout-à-fait singulière dans l’histoire du Salut : c’est Joseph. La liturgie de notre quatrième et dernier dimanche de l’Avent nous présente aujourd’hui celui que l’on n’attendait plus et qui pourtant peut tout faire basculer. 

            Remarquez la manière avec laquelle Matthieu introduit Joseph : Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph. C’est le projet de mariage entre Marie et Joseph qui permet à Matthieu de nous parler de cet homme discret. Les plus affutés d’entre vous diront qu’il en a déjà touché un mot dans les versets qui précèdent et qui forment la longue généalogie de Jésus. Elle se termine effectivement ainsi : Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. S’en suit alors l’évangile entendu ce dimanche, appelé communément L’annonce à Joseph. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette annonce n’a rien d’un beau conte : là où ceux-ci nous ont habitués à la phrase type : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, Matthieu commence par jeter un pavé dans la mare : avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. L’histoire a à peine commencé qu’elle peut déjà se finir dramatiquement. Tout va dépendre maintenant de Joseph. Au regard de la Loi, il devrait dénoncer publiquement celle qui est enceinte d’un autre que lui, et renvoyer celle dont tout le monde, à la vue de son ventre arrondi, pensera qu’elle a fauté. Mais nous dit Matthieu, Joseph, son époux, était un homme juste. Sans encore rien savoir de l’histoire, il décida de la renvoyer en secret. C’est là que Dieu, par son ange, intervient… enfin aurais-je envie de dire ! 

            Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. N’ai pas peur, il n’y à rien de scandaleux ni de scabreux dans le fait qu’elle soit enceinte, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Enfin, le projet de Dieu est révélé à Joseph ; enfin son cœur peut s’apaiser ; enfin il peut être encore plus juste que ce qu’il avait décidé. Il peut entrer à son tour dans l’histoire du Salut des hommes, en jouant sa part, celle de père protecteur de l’Enfant à naître. Et les évangiles de l’enfance de Jésus nous montreront très vite à quel point Joseph devra s’engager pour protéger ce fils qui lui est donné en même temps qu’il est donné au monde : elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, (c'est-à-dire le Seigneur sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. En une seule phrase, l’ange du Seigneur convainc Joseph de faire ce qui est juste, parce que c’est ce que Dieu désire. Et le désir de Dieu ne concerne pas que ce couple singulier, mais toute l’humanité. Joseph voulait sauver Marie ; Dieu veut sauver l’humanité, en voulant avoir besoin des hommes, à travers Marie et Joseph, pour réaliser son projet de salut. De même que Dieu avait formé son projet originel de Création en appelant à collaborer avec lui le couple formé par Adam et Eve, de même a-t-il formé son projet de rédemption en appelant à collaborer avec lui le couple formé par Marie et Joseph. Nous comprenons là que Dieu ne fait rien sans l’humanité qu’il a désirée et créée. Nous comprenons, pour notre propre vie spirituelle, que Dieu ne fera rien sans nous. Il ne nous obligera jamais à faire ou vivre ce que nous ne voulons pas. Comme Adam et Eve, nous avons le pouvoir de résister à Dieu et de lui dire non ; comme Marie et Joseph, nous avons le pouvoir de collaborer avec Dieu et de lui dire oui. Le Oui de Joseph n'est pas verbal, puisqu’il dort quand l’ange du Seigneur lui apparut en songe. Le oui de Joseph se traduit par un acte clair sans aucun délai : quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Sans un mot, sans une question, sans regret. 

            Nous comprenons là que Joseph est un homme attaché à Dieu, comme son épouse d’ailleurs. Nous comprenons que sa justice réside dans cet attachement. Joseph devient le modèle du croyant qui fait confiance à Dieu, sans questionner le bien-fondé de sa méthode ou de son action. Dieu veut avoir besoin de lui ? Joseph se donne, dès lors qu’il a bien discerné que c’est là ce que Dieu attend de lui. Qu’il nous apprenne à entrer dans le projet que Dieu forme pour nous ; qu’il nous apprenne à agir sans délai quand Dieu a besoin de nous. Comme Joseph, ne craignons pas d’entrer dans le projet que Dieu porte pour nous : il est toujours projet de salut pour nous et pour tous les hommes. Amen.

samedi 26 décembre 2020

Sainte Famille - 27 décembre 2020

 Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qui était dit de lui.


(Présentation de Jésus au Temple, Source internet)


Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Vraiment ? Comment cela est-il possible ? Enfin, ils savent tous les deux les conditions de la naissance de l’enfant. Ils ont bénéficié tous deux d’une intervention de l’ange Gabriel avant sa naissance, et ils s’étonnent encore de ce que l’on dit lui ! Ben oui, d’après l’évangile de Luc que nous venons d’entendre. Marie et Joseph arrivent encore à être étonnés par cet enfant, par ce que disent de lui ceux qui croisent sa route. Et cela, alors même qu’il n’est encore qu’un bébé. Imaginez ce que cela sera quand il sera grand ! Si le fait qu’ils s’étonnent encore peut sembler curieux, ce n’en est pas moins essentiel et nécessaire qu’ils s’étonnent, et ce pour deux raisons. 

La première raison, c’est que l’ange Gabriel, à l’annonce de la naissance de l’enfant, ne leur a pas tout dit. A Marie, il a annoncé qu’elle allait avoir un fils, qu’elle lui donnera le nom de Jésus, qu’il sera grand, appelé Fils du Très-Haut, qu’il recevra le trône de David son père, qu’il règnera pour toujours sur la maison de Jacob et que son règne n’aura pas de fin. Mais rien sur l’avenir immédiat de l’enfant, rien sur les choix qu’il posera, rien sur sa mort. De même à Joseph, il n’a été dit que les choses suivantes : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint, Joseph lui donnera le nom de Jésus (c'est-à-dire le Seigneur sauve, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Rien n’est dit sur la manière dont Jésus réalisera ce projet, rien n’est dit sur le sacrifice nécessaire pour l’accomplissement de ce projet. En fait, l’enfant leur est confié sans mode d’emploi, comme à n’importe quel parent. Quand Dieu se fait enfant, il le fait comme tous les autres et ses parents terrestres n’en savent pas beaucoup plus que les autres. Ils sont juste débarrassés de la question du sexe de l’enfant (ce sera un fils) et de la question du choix du prénom (il s’appellera Jésus). Pour tout le reste, ils apprendront sur le tas, au jour le jour, comme n’importe quelle famille. Nous voyons bien là que Dieu ne joue pas à l’enfant, il ne fait pas l’enfant, il se fait enfant, se confiant à la garde des parents qu’il a choisis. Cela nous montre aussi quelle confiance Dieu fait à l’homme quand il lui confie la réalisation de son projet de salut. Il fait de Marie et de Joseph de vrais parents, avec leurs questions, leurs doutes aussi. Ils auront à accompagner cet enfant comme n’importe quelle famille. Quand Dieu devient humain, il se confie à des humains qui le feront grandir dans son humanité. Il vivra cette humanité parfaitement au point qu’il pourra inviter les hommes à le suivre et à vivre de même pleinement leur humanité. Dieu fait comme nous, mais parfaitement, pour que nous puissions faire comme lui. Nous retrouvons le fameux « Mach’s wie Gott, werde Mensch ! ». 

La deuxième raison de l’étonnement des parents, c’est qu’ils ne se considèrent pas comme les propriétaires de l’enfant. Ils en ont reçu la garde, ils savent qu’il aura une mission à accomplir. Le reste ne dépend pas d’eux. Puisque l’ange n’a pas tout dit, ils ne savent pas tout. D’autres ont reçus des bouts de vérité au sujet de leur enfant. Ils acceptent ce fait et accueillent ces bouts de vérité qui sont autant de signe qu’ils n’ont pas rêvé leur mission. Puisque que Dieu a révélé à d’autres des choses au sujet de cet enfant, tout ce qui a été dit à Marie et à Joseph avant la naissance va donc se réaliser, bien au-delà de la seule naissance de Jésus. Et c’est bien ainsi. Marie et Joseph devront apprendre à accompagner leur enfant, comme tout parent est censé le faire. Quand l’enfant est accepté pour ce qu’il est, un être en devenir, un être qui devra faire ses propres choix, alors l’enfant peut grandir et se fortifier. Quand les adultes ne cherchent pas à s’imposer à l’enfant, ni à imposer à l’enfant leur propre vue, alors la grâce de Dieu peut être sur lui. Alors surtout il peut être ouvert à cette grâce et se laisser guider par elle. Même après la parole mystérieuse du vieux Syméon sur l’avenir de l’enfant, Marie n’emballe pas Jésus dans du papier de soie pour le protéger. Nous ne savons pas grand-chose d’autre sur l’éducation reçu par Jésus, mais nous pouvons déduire de sa vie qu’il aura appris auprès de ses parents comment vivre quand on est membre du peuple que Dieu s’est choisi. Joseph lui aura sans doute appris à être juste devant Dieu et devant les hommes, comme il l’était lui-même ; Marie lui aura appris à accueillir les grâces que Dieu accorde comme elle-même avait accueilli la grâce d’être choisi pour être la mère de Jésus. Marie et Joseph auront donné à Jésus le meilleur d’eux pour qu’il puisse donner un jour le meilleur de lui. 

En célébrant cette fête de la Sainte Famille, nous reconnaissons nous aussi que nous ne savons pas tout de Jésus et que nous devons nous-aussi nous laisser surprendre toujours et encore sur ce que les hommes disent à son sujet. Nous devons accueillir Jésus dans notre vie, reconnaître en lui le salut que Dieu prépare et nous laisser éclairer de sa lumière. Avec Syméon et Anne, puissions-nous bénir Dieu à cause de Jésus ; avec Marie et Joseph, puissions-nous rentrer chez nous avec Jésus, confiant en l’avenir ; avec Jésus, laissons la grâce de Dieu reposer sur nous et nous pourrons à notre tour accomplir ce que Dieu attend de nous. Amen.   

dimanche 22 décembre 2019

4ème dimanche de Carême A - 22 décembre 2019

Marie n'est pas là, et pourtant !







            Elle n’est pas là physiquement, mais la première lecture et l’Evangile ne parlent que d’elle dans cette liturgie du quatrième dimanche de l’Avent. Pas étonnant donc qu’une des propositions de décor pour notre communauté ait été de ne mettre aujourd’hui que Marie seule dans la crèche. Elle n’est pas là, mais elle est incontournable, même dans cette rencontre entre Joseph, son époux promis et l’ange du Seigneur qui lui apparaît. Elle n’est pas là, elle ne parle pas, mais jamais son Oui à Dieu n’aura retenti aussi fort dans la tête de Joseph. Elle n’est pas là, et pourtant sa vie reste un modèle pour tout croyant. 

            En écoutant le prophète Isaïe, qui annonce la naissance d’un fils dans la maison du roi Acaz, comment ne pas, avec l’Eglise tout entière, reconnaître la figure de Marie ? Ce n’est pas d’elle que parle Isaïe, mais la Tradition chrétienne a vu une préfiguration de Marie dans cette vierge enceinte dont parle le prophète, et une annonce de la naissance du Christ. De fait, tout chrétien qui accepte que l’Ancien Testament nous parle des promesses de Dieu à son peuple, ne pourra s’empêcher de faire ce rapprochement et reconnaître ce qui est révélé à Joseph dans l’évangile de Matthieu. Ce qui est annoncé (Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel) correspond à ce qui est annoncé à Joseph, un peu déboussolé de constater que sa promise est déjà enceinte alors qu’ils n’ont pas encore habité ensemble. Si aujourd’hui, cela ne semble pas plus dramatique que cela, puisqu’une femme peut même faire un bébé toute seule, à l’époque de Joseph, c’était le drame absolu. La Loi exigeait de lui qu’il dénonça sa femme publiquement, et celle-ci n’aurait pas manqué d’être lapidée. Mais comme Dieu fait toujours bien les choses, Joseph, qui était un homme juste, décida de faire autrement. Ce qui laisse à Dieu un temps pour révéler son projet au grand oublié de l’histoire : celui qui serait le père terrestre de Jésus. 

            Ce projet de Dieu, c’est celui que Marie avait accepté à l’Annonciation : être la mère du Sauveur que Dieu enverrait à son peuple. Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas l’annonce d’un enfant à une fille d’Israël ; le Premier Testament regorge d’histoires d’enfants offert par Dieu à des femmes stériles ou âgées. Il y a eu, entre autres, Isaac l’enfant de la promesse, Samson, Samuel, Jean le Baptiste... Ce qui change avec celui-là, c’est qu’il vient de Dieu lui-même : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Et là nous touchons à l’essentiel pour nous aujourd’hui. Comme Marie avait accepté le projet de Dieu à l’Annonciation, Joseph doit faire sien le projet de Dieu. Et, à la suite de Joseph, nous devons faire nôtre le projet de Dieu. Il tient en deux noms : Jésus – Emmanuel. Nous découvrons qu’à travers cet enfant, Le-Seigneur-sauve son peuple et qu’il est Dieu-avec-nous. D’aucun autre enfant donné par Dieu, une telle chose est dite, même s’ils ont eu des destins extraordinaires. 

            Le-Seigneur-sauve, Dieu-avec-nous : voilà que tout nous est dit sur celui dont nous préparons la venue. Voilà que nous est annoncé notre avenir. Quand nous irons à la crèche, y verrons-nous ce Dieu-avec-nous ? Reconnaîtrons-nous le Seigneur qui nous sauve ou ne verrons-nous qu’un enfant comme tous les autres enfants ? Accepterons-nous, dans notre propre vie, le projet de Dieu pour tous les hommes, donc pour nous aussi ? Avons-nous seulement le sentiment de devoir être sauvé par Dieu ? Devant cette annonce, Joseph, réveillé, n’hésite pas : il prit chez lui son épouse et avec elle, il accepte le projet de salut de Dieu. Ce qui aurait pu être une source de conflit devient source d’avenir, pour Joseph, pour Marie, pour vous, pour moi, pour tous les hommes. Et l’histoire de Joseph devient votre histoire, mon histoire, l’histoire de tous les hommes. C’est à nous qu’il est dit : ne crains pas de prendre chez toi Marie et l’enfant qui grandit en elle. Ne crains pas d’entrer dans le projet de salut de Dieu. Accueille celle qui s’est montré capable de Dieu et deviens, toi-aussi, capable de Dieu, capable de t’ouvrir à l’avenir. Accueille celle qui m’a accueilli ; accueille-moi dans ta vie. 

            Marie n’est pas là, mais tout nous parle d’elle, à commencer par cette crèche qui se construit depuis le premier dimanche de l’Avent. Sans Marie, ce ne serait qu’une cabane en bois, pas différente des cabanes de notre enfance. Mais grâce à elle, cette cabane devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. Grâce à elle, le monde devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. Grâce à elle, tout homme devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. La décision est nôtre aujourd’hui : accueillerons-nous Marie et son enfant ? Accueillerons-nous Dieu dans notre vie ?



(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France).


mardi 25 décembre 2018

Noël : Messe de la veille au soir - 24 décembre 2018

Joseph, ou comment Jésus est inscrit dans l'histoire des hommes.





          Reconnaissons-le : l’évangile que je viens de proclamer n’est pas banal et nous ne l’entendons pas souvent. Pour certains, il peut même avoir un côté ennuyeux et répétitif avec cette longue généalogie qui semble ne pas finir. Mais en cette messe de la veille au soir de Noël, je trouve qu’il résonne tout particulièrement bien. Pour deux raisons. 

            La première, et c’est cette longue généalogie de Jésus qui nous le rappelle, c’est que cette page d’évangile inscrit bien Jésus dans l’Histoire des hommes. Remontant jusqu’à Abraham, et passant par tous les moments importants de l’histoire du peuple de l’Alliance, cette généalogie fait de Jésus l’héritier des promesses faites par Dieu tout au long de son alliance. Si vous prenez le temps de lire ce commencement de l’évangile de Matthieu et de le méditer, vous verrez défiler devant vos yeux toutes les riches pages de cette alliance, avec ses moments de clarté comme avec ses moments de doute, de trahison et d’oubli de Dieu. En cette veille de Noël, il est bon de nous rappeler que cette histoire de Jésus est aussi notre histoire. Quand il vient dans le monde, quand il s’inscrit ainsi dans l’histoire des hommes, c’est dans notre monde qu’il vient, c’est dans notre histoire qu’il s’inscrit. Nous ne nous souvenons pas d’une vieille histoire, ce soir ; nous relisons notre histoire pour y découvrir l’irruption de Dieu en Jésus. Oui, c’est bien pour nous qu’il vient dans le monde ! Si vous en avez l’occasion, faites donc le tour des crèches de notre communauté de paroisses et regardez bien l’Enfant Jésus. Il est très différent d’une église à l’autre. Dans certains lieux, il est heureux, dans d’autres, il est plus dubitatif, pour ne pas dire triste. Il est à l’image de nos vies : quelquefois heureuses, quelquefois plus lourdes. Quelle que soit notre vie en ce soir, heureuse ou plus triste, Jésus vient pour nous. Il vient dans notre région marquée récemment par l’attentat meurtrier de Strasbourg pour apporter lumière et paix à nous qui pouvons raisonnablement douter de l’homme et de sa capacité à vaincre le Mal. La naissance de Jésus vient nous redire que Dieu ne saurait se satisfaire de ces poussées de violence et qu’il intervient en faveur de ceux qui en sont victimes. La naissance de Jésus vient ouvrir une brèche dans les murs de violence, de refus de l’autre, d’exclusion. Il vient nous dire que Dieu se range définitivement aux côtés de tous ceux et celles qui souffrent. 

            La deuxième raison qui justifie la proclamation de cette page d’évangile, c’est la présence de Joseph, non pas comme un faire-valoir, mais comme l’acteur principal de cette scène. Matthieu nous rappelle les qualités humaines de Joseph : il était un homme juste. Quand il apprend la grossesse de Marie, il ne veut pas la faire souffrir, ni la mettre au ban de la société. Il décide de la répudier en secret. Peut-il montrer davantage son amour pour celle qui lui était promise ? Avant qu’il n’ait pu mettre son projet à exécution, voilà que l’ange du Seigneur intervient. Il révèle à Joseph le projet de Dieu comme il l’avait révélé à Marie. En fait, cette page d’évangile, c’est l’annonciation de Joseph. Il doit décider s’il s’ouvre au désir de Dieu et offre aux hommes la chance d’un salut. Il doit consentir à devenir lui-aussi le serviteur de Dieu, qui accepte sans trop comprendre, sans trop savoir ce que cela va donner. En faisant ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit, Joseph nous offre à tous la chance d’être sauvés. Et il nous invite à entrer nous aussi dans le projet de Dieu. Nous serions bien ingrats envers Joseph si nous ne faisions pas effort pour laisser Dieu guider notre vie. Joseph n’a peut-être pas conçu Jésus, mais à ce moment-là, il devient son père ; il prend sur lui la responsabilité d’accueillir cet enfant qui vient de Dieu et de l’inscrire dans cette longue histoire que la généalogie évoquait. Désormais, le projet de Dieu n’est plus seulement le projet de Marie ; il devient le projet de Joseph, le projet d’un couple, le projet d’une famille. Venu au monde dans cette famille-là, rien ne pourra détourner Jésus de sa mission. Dieu a donné à son Fils, Dieu-fait-homme, une famille humaine toute tournée vers Dieu, une famille où l’homme vit Dieu ! Dieu et l’homme se rejoignent non seulement en Jésus, vrai Dieu et vrai homme, mais aussi en Marie et Joseph, pleinement acquis au projet de salut de Dieu. Quand on comprend mieux l’importance de cette page d’évangile, on comprend moins que certains oublient Joseph. 

            Au cœur de cette nuit, nous accueillerons l’Enfant-Dieu. Au cœur de cette nuit, nous aurons à faire un choix, comme Marie, comme Joseph. Accueillerons-nous Dieu qui se donne à son peuple, qui se donne à nous ? Ouvrirons-nous notre cœur au projet que Dieu porte pour chacun de nous ? Notre présence ici, en cette veille de Noël, se veut déjà une réponse. Emportons avec nous un avant-goût de cette joie de Noël, dans la certitude que Dieu veut notre vie et notre bonheur. Amen.

(Sieger KÖDER, La généalogie de Jésus)

 

samedi 17 décembre 2016

04ème dimanche de l'Avent A - 18 décembre 2016

Jésus, Emmanuel !




Lorsqu’un enfant est annoncé, la première question qui jaillit, mise à part celle de son sexe, est bien celle du nom. Comment l’appellerez-vous ? Et à voir toute la littérature qui existe aujourd’hui sur le sujet, le top vingt des prénoms les plus à la mode publié chaque année, on peut se demander si les nouveaux parents sont vraiment libres de leur choix. Selon que vous habitiez à Paris, Strasbourg ou Marseille, en ville ou à la campagne, il semblerait que toute une série de critères vous influence, bien malgré vous.
 
La question n’est pas neuve. Dans l’Evangile, lorsqu’il s’agit de nommer le futur Jean le Baptiste, il est rétorqué à sa mère qui avait dit : il s’appellera Jean !, que personne dans la famille ne porte ce nom-là ! Et nous venons d’entendre, dans l’Evangile de ce jour, que l’enfant qui grandit dans le sein de Marie reçoit pareillement son nom d’un autre, le Tout-Autre. L’ange qui apparaît à Joseph lui déclare, en effet : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui grandit en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire le Seigneur-sauve. Et plus loin, rappelant la prophétie d’Isaïe : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : Dieu-avec-nous. Vous pouvez, certes, discuter de la beauté des prénoms annoncés, mais reconnaissez-le, leur sens est riche de promesses. 
 
Jésus, Emmanuel ! En deux prénoms, tout est dit de cet enfant. Ce ne sont pas des prénoms qu’il portera, mais tout un programme de vie. Grâce à eux, les hommes sauront que Dieu lui-même est entré dans l’Histoire et qu’il vient proposer ce que les hommes n’osent plus espérer : le salut ! Dans un monde en crise, le nom de Jésus résonne comme une promesse d’avenir. Au milieu d’un peuple perdu, le nom d’Emmanuel rappelle que les hommes ne sont pas livrés à eux-mêmes, qu’au milieu d’eux Dieu est présent. Deux prénoms à tenir ensemble pour se souvenir que la présence de Dieu n’est pas source d’embêtement pour les hommes, mais source de salut, c’est-à-dire source d’avenir, source de vie, source de joie, source de paix. En ces temps troublés qui sont nôtres, en ces temps où des hommes utilisent le nom de Dieu à des fins politiques et destructrices, il me semble bon de nous rappeler que Dieu veut le meilleur pour l’homme, que Dieu veut la vie pour l’homme, que Dieu veut le bonheur pour l’homme. Et pour que ces promesses soient garanties et tenues pour vraies, il envoie son propre Fils dans le monde. 
 
A l’Annonciation, c’est bien ce qui a été annoncé à Marie ; elle a pu dire oui en toute quiétude, sachant que Dieu gouvernait sa vie. Dans ce songe à Joseph que l’Evangile nous rapporte en ce dimanche, c’est la même promesse qui est faite à l’époux de Marie, troublé par cette grossesse inattendue. A son tour, il peut dire oui au projet de Dieu et prendre chez lui son épouse. Un jour, Jésus lui-même devra dire oui au projet de Dieu pour les hommes. Il prendra alors les chemins de Palestine qui le conduiront à Jérusalem et à la croix. En attendant ces jours, c’est à nous d’accueillir les promesses de Dieu, c’est à nous d’entrer dans le projet d’amour, projet de salut de Dieu pour tous les hommes. Notre temps de l’Avent qui entre dans sa dernière semaine voulait nous y préparer. Il nous reste quelques jours pour y consentir et accueillir, en connaissance de cause, celui que Dieu a promis : Jésus, Emmanuel ! Dieu avec nous, Dieu pour nous, Dieu pour notre vie et notre avenir, aujourd’hui et toujours. Amen.

samedi 27 décembre 2014

Sainte Famille - 28 décembre 2014

Au cœur de la Sainte Famille, il y a la foi !




Qu’y a-t-il de commun entre le couple formé par Abraham et Sara et le couple formé par Marie et Joseph ? La question vous semble inintéressante ? Pourtant, si la liturgie de cette fête de la sainte Famille nous les présente tous deux, c’est bien qu’il y a quelque chose qui les rapproche malgré les siècles qui les séparent ! 
 
Abraham et Sara : deux vieillards, sans enfants, à qui Dieu fait une promesse : ils auront un fils dans leur vieillesse et ce fils sera le premier d’une multitude ! Dieu promet et Abraham croit. Sa foi lui vaut d’être le père de tous les croyants. Il est l’ancêtre de Jésus, le premier d’une longue lignée qui mène au Sauveur que nous avons accueilli dans la nuit de Noël. La généalogie de Jésus que nous lisons durant le temps de l’Avent en atteste. 
 
Marie et Joseph, un couple plus jeune, qui accueille l’enfant que Dieu se donne. Ils ont cru en la parole de Dieu, ils ont laissé Dieu agir dans leur vie. Et le Oui de Marie, renforcé par le Oui de Joseph, permet le miracle de Noël. Et Dieu lui-même se fait enfant. Aujourd’hui nous retrouvons Marie et Joseph et l’Enfant, au Temple, à Jérusalem, pour l’accomplissement des rites liés à la naissance. Leur foi les a poussés à accepter le projet d’amour de Dieu pour eux, et à travers eux, pour l’humanité tout entière. Leur foi aujourd’hui, les pousse à respecter la loi de Dieu et à offrir à Dieu le sacrifice prescrit. 
 
Au Temple, un autre couple entre en jeu : Syméon et Anne. Ils sont de cette longue famille initiée par Abraham et Sara ; ils représentent toutes celles et tous ceux qui attendent la consolation d’Israël. Ils ont des paroles mystérieuses qui annoncent le destin de cet Enfant venu de Dieu. Ils représentent celles et ceux qui se conforment à Dieu et sont ainsi capables d’accueillir son envoyé et de voir le salut que Dieu prépare pour toutes les familles de la terre. Ils croient tous deux les prophéties données par Dieu à travers l’histoire de leur peuple et ils reconnaissent, en ce nouveau-né, celui que Dieu envoie pour les accomplir. Syméon reconnaît qu’il est au seuil d’un temps nouveau : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller, en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face de tous les peuples. 
 
Abraham et Sara, Marie et Joseph, Syméon et Sara : trois couples qui ont au cœur de leur vie la foi au Dieu vivant et vrai. Ils sont tous de cette sainte famille que Dieu se construit à travers le temps et l’histoire. Et à notre tour, nous sommes invités dans cette sainte famille, invités à croire que Dieu peut tout, même l’impossible comme cela fut dit à Abraham et Sara, invités à croire que Dieu vient consoler son peuple comme le chante Syméon, invités à croire que Dieu seul est digne de louange comme le proclame Anne, invités à croire que Dieu entre dans nos vies en Jésus pour servir son peuple, pour sauver son peuple comme cela fut dit à Marie et Joseph. La fête de la sainte Famille ne renvoie à nos familles que pour en souligner la foi qui doit les unir, les faire grandir et vivre. Voulons-nous entrer dans cette sainte Famille et accueillir Dieu en chaque instant de notre existence ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et vivre le projet d’amour de Dieu pour nous ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et laisser Dieu être le tout de notre vie ? Alors redisons à Dieu notre oui, proclamons notre foi, à temps et à contre-temps, à l’exemple d’Abraham et Sara, de Syméon et Anne, de Marie et Joseph et accueillons le salut qu’il nous offre en Jésus, le seul Sauveur, le seul Seigneur, aujourd’hui et dans les siècles des siècles. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 27 décembre 2013

La Sainte Famille - 29 décembre 2013

La Sainte Famille, une famille idéale ?




Qui n’a jamais rêvé la famille idéale ? Qui n’a jamais préféré l’éducation donnée par les voisins ? Quel prédicateur n’a jamais harangué les foules en présentant la sainte Famille comme la famille idéale ? Pourtant, c’est oublier un peu vite les difficultés qu’elle a  aussi rencontré. 
 
C’est oublier le manque de communication évident entre Marie et Joseph lorsque celle-ci accepte d’être mère sans même en référer à Joseph. C’est oublier  le projet de Joseph de renvoyer sa future épouse quand il constate qu'elle est enceinte,  et pas de lui ! C'est oublier toutes les difficultés qu'a dû affronter le couple à cause de cet enfant depuis sa naissance jusqu'à sa mort : c'est la fuite en Égypte, c'est la fugue du charmant bambin à 12 ans et l'angoisse dans laquelle il plonge ses géniteurs, c'est la mauvaise réputation de ce fils devenu grand dans les milieux bien en place, c'est l’absence singulière du père social dans l'éducation de ce fils qui a mal fini. C'est oublier enfin la mort infâmante de ce fils, rejeté et abandonné de tous. 
 
Si l'on regarde de près l'Evangile de ce jour, on s'aperçoit vite qu'il ne parle pas de la sainte Famille pour parler de la famille.   L'Evangile de ce jour nous parle d'abord de Jésus, de Jésus qui réalise les Écritures, de Jésus solidaire du passé de son peuple.  Comme Moïse, comme son peuple, il trouve refuge en Égypte.  Comme Moïse, comme son peuple, il reviendra d'Égypte pour ouvrir un avenir à ce peuple opprimé depuis des générations. Mieux que Moïse, il va ouvrir le salut à tous les peuples de la terre: c'est ce que signifie son installation à Nazareth, dans la Galilée des nations. 
 
Si l'on tient absolument à raccrocher cela à la famille, c'est pour dire ceci :

1°) la famille n'est pas le lieu de la continuité mais le lieu de la nouveauté, le commencement de quelque chose d'absolument inédit qui se créera au fil des jours et qu'on ne peut prédire.

2°) les enfants viennent aux parents de très loin et vont au-delà d'eux. Les parents sont le lieu de passage d'une vie qui les déborde de toutes parts. D'où la nécessité d'un grand respect de cet enfant que l'on conçoit,  éduque, dirige mais qui jamais ne nous appartient.  
 
Nous en arrivons ainsi  tout naturellement à ce que disait Saint Paul dans la deuxième lecture : Parents, n'exaspérer pas vos enfants ! Voilà est une grande nouveauté pour l'époque !  Voilà une consigne que l'on devrait quelquefois méditer. Et bien comprendre ! Cela ne signifie pas qu'il faut les laisser-faire ce qu'ils veulent, mais bien respecter  leur croissance, respecter les choix qu'ils peuvent poser en matière d'orientation professionnelle et de vie personnelle.  C'est respecter un enfant comme enfant, l'adolescent comme adolescent et le jeune adulte comme jeune adulte.  Si les parents savent respecter leurs enfants pour ce qu'ils sont, nul doute que les enfants respecteront leurs parents comme le demandait Ben Sirac dans la première lecture.  Tout se tient. On ne récolte jamais que ce que l'on a semé. 
 
Finalement, c'est Saint Paul qui a le mot de la fin, la clé de tout : par-dessus tout,  qu'il y ait l'amour.  C'est lui qui fait l'unité dans la perfection.  Un amour solidement amarré à l'amour de Dieu. C'est d'abord cela qu’a vécu la Sainte Famille. Cela ne lui a pas épargné les épreuves, cela ne lui a pas donné une vie enviable à vue humaine, mais cela a fait vivre cette famille selon le projet de Dieu. C'est en cela qu'elle peut être pour nous une référence, un exemple à suivre. Tout faire, tout vivre par amour ici-bas, pour goûter avec elle, après les difficultés de cette vie, le bonheur sans fin, selon la prière de l’Eglise elle-même (prière après la communion). Sur ce chemin, il reste sans doute du travail. Mais cela vaut la peine d'essayer. Amen.
 

(Photo, détail de ma crèche)

samedi 21 décembre 2013

4ème dimanche de l'Avent A - 22 décembre 2013

Dieu promet un Sauveur.




A quelques jours de la fête de Noël, nous est révélé celui qui doit venir. A travers l'annonce faite à Joseph, nous voilà précisé le nom de Celui dont nous avons préparé le chemin au long de ce temps de l’Avent. Toute l’histoire de Joseph vient nous rappeler aujourd’hui qu’il ne faut pas nous tromper sur le Messie, sur ces origines et qu’il nous faut entrer dans l’histoire du salut en acceptant une part de mystère. Nous ne saurons jamais tout sur Dieu ! 
 
Joseph, que certains qualifient souvent volontiers de « pauvre », semble subir l’histoire plus qu’il ne la contrôle. Pourtant, en acceptant le destin de son épouse (porter le Fils du Très-Haut), en recevant de Dieu le nom de son enfant et  tout ce qu’il signifie (Dieu-sauve, Dieu-avec-nous), Joseph entre dans cette histoire, en acceptant à son tour de se placer (avec sa famille) sous le regard de Dieu. Il n’est pas un simple faire-valoir, un prête-nom, l’homme indispensable pour l’état civil de Jésus. Il devient, à travers son acceptation, un collaborateur de Dieu dans l’histoire du salut. Maintenant qu’il entre à son tour dans l’Histoire, il sait ce qu’il aura à dire et à faire quand l’enfant naîtra. 
 
Le nom de l’enfant que l’ange révèle à Joseph est lourd de sens : Jésus‑Emmanuel. D’avance, toute la vie, tout le ministère de l’Enfant sont révélés à son père. Jésus, Dieu-sauve, et déjà se profile pour les hommes une espérance nouvelle. Le monde attendait un Sauveur, Israël attendait un Sauveur et voici qu’est annoncé un enfant ! Emmanuel, Dieu-avec-nous, et voilà rappelée l’alliance jadis conclue avec le peuple juif au désert. Dieu avait dit à Moïse qui lui demandait son nom : Je suis qui je suis ; je suis qui je serai, annonçant ainsi sa présence aux côtés des hommes quelle que soit leur histoire ! En Jésus, Dieu redit sa promesse d’être un Dieu Sauveur pour tous les hommes, un Dieu au cœur de l’histoire des hommes. 
 
Comme au jour de l’annonciation avec Marie, le monde voit son espérance et son salut suspendus à la réponse d’un fils d’homme. Joseph est un homme juste, nous dit saint Matthieu. Avec humilité, comme Marie, son épouse, il entre dans une histoire qui le dépasse : il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit, et prit chez lui son épouse. Les premiers temps de la vie de Jésus nous montreront un homme docile à l’Esprit Saint, comme Marie, sachant affronter les épreuves que cette naissance engendrera. Grâce à Joseph, Paul pourra annoncer aux Romains, et par-delà au monde, la Bonne Nouvelle de Jésus, selon la chair, né de la race de David. En acceptant ce don de Dieu aux hommes, Joseph inscrit l’enfant à naître dans cette longue histoire du peuple que Dieu s’est choisi ; il l’inscrit dans la lignée du Roi David qui devait porter le Messie ; il l’inscrit dans cette espérance, née de l’épreuve de l’exil, que Dieu enverra un Sauveur, qui pardonnera toutes nos fautes et nous mènera à la rencontre de Dieu. 
 
A la suite de Joseph, nous sommes invités à entrer dans l’histoire du salut en reconnaissant cet enfant comme celui que Dieu envoie, en acceptant que Dieu soit Dieu, non pas à la mesure de l’homme, mais à sa mesure. Avec Joseph, nous sommes  provoqués à accepter Dieu tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Et tant pis (ou tant mieux !) s’il ne correspond pas à ce que nous imaginions. Heureux Joseph qui sait reconnaître dans sa vie la trace du passage de Dieu !  Heureux Marie et Joseph qui savent tous deux se conformer à la parole de Dieu : ils sont les premiers parents d’un monde renouvelé en leur fils. Heureux sommes-nous d’être appelés par Dieu à participer à la vie de ce peuple saint : qu’il nous accorde la grâce de reconnaître et d’accueillir le Sauveur qu’il promet. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 25 décembre 2010

Fête de la Sainte Famille - 26 décembre 2010

Notre foi est notre vie : nous célébrons un Dieu en qui nous pouvons nous confier.




Il y a quelque chose d’inquiétant dans le récit de Matthieu que nous venons d’entendre. Il y a la haine et la jalousie qui mènent à la condamnation à mort d’un enfant nouveau-né. Mais il y a aussi la confiance, le courage et l’amour d’un père pour cet enfant qui font que ce drame annoncé est déjoué, momentanément. Et Joseph devient alors le personnage incontournable de ce récit.

C’est Matthieu, qui au quatrième dimanche de l’Avent, nous présentait déjà Joseph. Un Joseph inquiet de la décision qu’il allait prendre. Souvenez-vous : il savait sa fiancée enceinte et avait formé le projet de la répudier en secret. Mais l’ange du Seigneur lui avait fait voir ce qui était juste ; il l’avait invité à entrer dans le projet que Dieu lui-même avait formulé, non seulement pour Marie, sa promise, et l’enfant qui était annoncé, mais aussi pour lui. Le projet de Dieu ne pouvait se réaliser complètement sans l’assentiment de Joseph, le père. Ainsi, Dieu construisait une famille à son fils unique qu’il envoyait dans le monde pour sauver l’humanité. C’est ce même Joseph qui est à nouveau avertit par l’ange du Seigneur du danger qui menace ce fils qu’il a accepté comme sien. Et, en père avisé et protecteur, Joseph fait ce qu’il doit pour protéger les siens. Il prend l’enfant, et s’installe dans la terre qui jadis avait réduit son peuple en esclavage. La terre de l’ancienne captivité devient la terre de la liberté et de la survie. Et il y restera jusqu’à ce que Dieu lui-même l’avertisse de la fin du danger. Joseph s’était entièrement remis à Dieu pour la naissance de son fils ; il s’en est remis à lui pour protéger cette famille dont il a hérité, il s’en remet encore à lui pour déterminer la date du retour au foyer. Grâce à Joseph, l’enfant a une famille ; grâce à Joseph, l’enfant a été sauvé de la fureur d’Hérode ; grâce à Joseph, l’Enfant devient le Nazaréen. Joseph devient ainsi l’archétype du croyant solide dans sa foi, qui fait confiance en toute chose à Dieu. Il devient l’archétype de celui qui a une foi sans faille.

Certes, on pourrait dire, à partir du même texte, que Joseph n’a que peu de mérite. Il suit aveuglément les instructions de Dieu. Il serait sans liberté propre. A lire trop vite l’évangile de Matthieu, on pourrait croire que Joseph n’est qu’un robot inhumain. Il exécute à la perfection ce qui lui est dicté. Or, Joseph manifeste sa liberté justement dans l’acceptation d’événements qu’il ne comprend pas. Comment un jeune père pourrait-il comprendre qu’on en veuille à la vie de son premier fils ? Comment un père pourrait-il comprendre qu’un puissant puisse prendre peur devant un nouveau-né ? Si nous étions à la place de Joseph, ne serions-nous pas un peu déboussolés ? La crainte ne s’emparerait-elle pas de nous devant la terreur mise en place par plus puissant que nous ? Souvenons-nous du massacre des saints Innocents dont la liturgie fera mémoire cette semaine et vous comprendrez que la crainte n’est pas qu’une vue de l’esprit. Joseph est croyant, et sa foi le pousse à faire confiance à Dieu en tout. Il lui a fait confiance avant la naissance de l’Enfant en accueillant sa mère. Il fait confiance à Dieu pour trouver un refuge pour sa famille. Il fait encore confiance à Dieu pour choisir le moment du retour. Mais il choisit l’endroit où cet enfant sera élevé. Il a choisi de faire confiance à Dieu : il n’y était pas obligé. Sa liberté, il l’exerce en choisissant à qui il va faire confiance. Pour Joseph, sa foi, c’est sa vie et la vie de son enfant.

Pour nous, chrétiens, notre foi est aussi notre vie. Elle concerne chaque instant de celle-ci. Elle peut orienter notre vie si nous faisons, comme Joseph, le choix de faire confiance en tout à Dieu. Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous célébrons Dieu en qui nous pouvons nous confier. Deux moments de la célébration nous permettent d’exprimer notre confiance en Dieu. Il y a d’abord le rite pénitentiel où nous attendons de Dieu l’exercice de sa miséricorde pour nous. Mais il y a aussi et surtout le temps de la prière universelle qui nous permet de confier à Dieu les situations difficiles pour lesquelles nous ne pouvons pas grand-chose, sûrs que lui peut toujours intervenir. Ainsi, nous demandons à Dieu de nous ajuster à ce que lui veut. La prière universelle n’est pas là pour dire à Dieu de faire ce que nous voudrions qu’il fasse selon nos propres schémas. La prière universelle insère le croyant dans la volonté que Dieu a lui-même de voir tous les hommes rassemblés en lui. La prière universelle nous permet de prier pour tout ce qui tient au cœur de Dieu, pour que vienne la volonté de Dieu sur le monde, dans le désir que lui-même porte notre Histoire à son achèvement. Joseph est bien le modèle de cette humanité ajustée à la volonté de Dieu, puisque, sans forcément comprendre, il est entré dans le désir de Dieu de sauver ce fils incarné, pour que son projet de salut puisse un jour se réaliser. Librement, il a consenti à ce que Dieu voulait, sûr que Dieu ne pouvait vouloir que le bien pour cet enfant qu’il avait lui-même appelé à la vie en Marie.

C’est à cette même confiance que nous sommes invités en ce jour de la fête de la Sainte Famille. Nous serons de cette Sainte Famille si nous nous laissons ajuster en tout à Dieu, ou pour citer saint Paul, si tout ce que nous faisons, tout ce que nous disons, nous le faisons au nom du Seigneur Jésus Christ. Nos familles n’ont pas forcément une existence plus simple que celle de la famille de Jésus, Marie et Joseph. Elles peuvent connaître aujourd’hui encore des drames qui peuvent mener à l’éclatement, à la violence, à la haine. Mais si le Christ devient le cœur de notre vie, si toutes nos actions, toutes nos paroles prennent leur source en sa parole, alors nous pourrons nous appuyer sur notre foi pour surmonter nos épreuves. Nous en serons capables parce que nous obéirons à un Dieu qui ne veut que notre vie et notre bonheur. Le don de son fils unique devrait suffire à nous en convaincre. Nous pouvons faire nôtres les paroles du psalmiste en cette fête : Heureux qui craint le Seigneur et marche en ses voies ! Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! Osez vous confier en Dieu et il en sera ainsi, toujours. Amen.

(Photo : Détail de la crèche de Holtzheim - Alsace)

samedi 18 décembre 2010

4ème dimanche de l'Avent - 19 décembre 2010

Notre foi est Bonne Nouvelle : nous célébrons un Dieu avec nous !







Encore quelques jours, et celui dont nous avons préparé la venue, sera à notre porte. Encore quelques jours, et toutes les prophéties entendues s’accompliront : voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous !). Ce n’est pas une promesse en l’air, ce n’est pas une vue de l’esprit : ce que Dieu a annoncé va se réaliser. Nous pouvons nous réjouir ; nous devons l’annoncer au monde. Parce que notre foi n’est pas d’abord un ensemble de règles ou de dogmes : non, notre foi est d’abord une Bonne Nouvelle à accueillir et à transmettre.

Lorsque nous entendons l’évangile de Matthieu, on peut croire que pour Joseph, d’entendre dire que sa fiancée est enceinte, n’est certainement pas une bonne nouvelle. Et pourtant, il reste l’homme juste qu’il a toujours été. La Loi lui permettrait de dénoncer cette fille en public, elle serait lapidée. Il referait sa vie avec une autre, qui lui serait fidèle. Il n’en fera rien. Matthieu nous indique sobrement qu’il avait décidé de la répudier en secret. Et c’est alors qu’intervient Dieu par son messager. Ce qui était une catastrophe pour Joseph devient une Bonne Nouvelle : sa fiancée lui a été fidèle et elle est fidèle au Dieu des Pères. C’est de l’Esprit Saint que vient l’Enfant qui grandit en son sein. C’est là que réside la première Bonne Nouvelle que nous avons à répandre. Le Dieu auquel nous accordons foi est un Dieu pour l’homme, un Dieu qui agit en faveur de l’homme. Le nom que recevra cet enfant en atteste : Emmanuel : Dieu-avec-nous ! En accueillant l’Enfant et sa mère, Joseph accueille cette certitude que Dieu s’engage en faveur de l’humanité. Et il ne s’engage pas par hasard, histoire d’avoir quelqu’un à qui parler. Dieu s’engage en faveur de l’humanité pour la sauver. Ainsi en atteste le nom que Joseph donnera à son fils : Jésus, Le-Seigneur-sauve !

Lorsque Paul écrit aux Romain, l’histoire de Jésus, pour certains, relèvent déjà de la vieille histoire. Cet homme a été arrêté, jugé, condamné, mis à mort. Une catastrophe pour ses amis et disciples. Mais voilà, en cet homme, Dieu s’était engagé auprès de l’humanité. En cet homme, Dieu avait promis le salut. Et il le réalise dans cet acte même de la mort de son Fils. Celui dont la naissance avait été annoncé à Joseph est bien celui dont parle Paul aux Romains. Seulement Paul ne parle plus de lui comme d’un enfant. Il n’y a plus ce côté merveilleux que nous avions chez Matthieu. Paul parle de Jésus, adulte. Paul parle de Jésus et de sa mort. Paul parle de Jésus et de sa résurrection, l’acte de Dieu qui signe toute sa vie et garantit la pleine réalisation des promesses faites par Dieu. Pour Paul, c’est en Jésus que Dieu se manifeste Dieu-avec-nous puisque Jésus nous a livré la Parole de Dieu. Pour Paul, c’est en Jésus que Dieu réalise le salut promis puisque sur la croix, c’est la vie de l’homme qui renaît. Ce n’est pas sa naissance merveilleuse qui fait de lui le Fils de Dieu, mais selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui Jésus Christ, notre Seigneur. La Bonne Nouvelle, c’est Jésus lui-même, venu dans notre monde pour nous sauver par le don de sa propre vie. En Jésus, Dieu s’engage résolument à nos côtés, pour toujours. L’acte sauveur de Jésus est posé une fois pour toutes, et vous en bénéficiez encore aujourd’hui, à travers le temps et l’histoire.

Oui, notre foi est Bonne Nouvelle parce que Dieu s’est engagé en notre faveur. Oui, notre foi est Bonne Nouvelle à proclamer, après l’avoir accueillie nous-mêmes au cœur de notre existence. Ce que nous fêterons dans quelques jours, nous avons à le vivre quotidiennement. En chaque eucharistie, il nous est donné d’entendre cette Bonne Nouvelle à travers les lectures et l’homélie. En chaque Eucharistie, Dieu nous parle, s’engageant encore dans nos vies pour nous sauver. En chaque Eucharistie, Dieu nous garantit sa présence par la bénédiction finale qui nous est donnée : Que Dieu vous bénisse peut bien se traduire par : Qu’il soit avec vous partout où vous irez. Après avoir célébré les dons de Dieu et les merveilles qu’il réalise encore pour nous, nous sommes renvoyés chez nous, en témoins authentiques et autorisés. Ce que nos yeux ont vu, ce que nos cœurs ont entendu, nous avons à le transmettre aux autres, à ceux qui n’ont pas pu nous rejoindre pour que, eux aussi, découvrent de quel amour ils sont aimés ; pour que, eux aussi, puissent entendre cette Bonne Nouvelle : Dieu vient vous sauver, Dieu est avec vous, tous les jours jusqu’à la fin des temps. Amen.