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Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 25 mai 2024

La Très Sainte Trinité - 26 mai 2024

 La Trinité, une autre manière de vivre l'amour qui est en Dieu.




(La Sainte Trinité, Oeuvre de Bartolo di Freni Cini, XIVème siècle, Musée du Louvre, Département des Peintures. 


 


 

            Pour un concept aussi compliqué que la Trinité, nous aurions été en droit d’attendre quelques explications prises dans la Parole de Dieu elle-même, nous faisant comprendre un peu mieux ce mystère qui veut dire notre Dieu, Un en trois personnes. Hélas, en-dehors de la formule trinitaire employée par Jésus dans l’évangile entendu, nous n’avons rien. Rien qui nous permette de comprendre mieux ce mystère qui défie notre intelligence mathématique. Rien qui explique comment cela marche, un Dieu unique qui est pourtant en trois personnes. 

            Le passage du Deutéronome nous parle de Dieu qui se donne un peuple, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants. L’extrait de la lettre aux Romains nous fait comprendre que nous sommes fils de Dieu par l’Esprit Saint. Quant à l’évangile, il nous fait relire la finale de l’évangile de Matthieu, une apparition aux disciples dont certains doutent encore, leur envoi en mission et l’assurance de la présence de Jésus à leur côté tous les jours jusqu’à la fin du monde. Nous avons bien une lecture sur le Père, une lecture sur l’Esprit Saint et une sur Jésus ; mais cela ne fait pas encore une explication de la Trinité. Cela nous montre juste chacune des personnes à l’œuvre. Et le moins que nous puissions en déduire, c’est que ces interventions sont toujours en notre faveur et toujours pour notre bien. Et peut-être qu’elle est là, la clé de ce mystère : non pas essayer de comprendre ou d’expliquer ce mystère, mais plutôt une invitation à le vivre. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter de vivre cette présence de Dieu Père qui veille sur nous et nous appelle à être son peuple. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter que Jésus, celui dont nous disons qu’il est mort et ressuscité et qu’il siège désormais à la droite de Dieu, que ce Jésus, donc, est toujours avec nous, qu’il continue de nous parler de son Père et de notre Père, et qu’il sera toujours avec nous quand nous enseignerons aux autres la joie de croire. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre dans la puissance de l’Esprit, le don de Dieu promis par Jésus, cet Esprit qui nous permet de d’appeler Dieu : notre Père ! Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre comme Dieu vit en lui-même, c'est-à-dire en amour avec Jésus dans l’Esprit qui les unit. Le mystère de la Trinité serait donc un mystère d’amour qui unit au-delà de tout et qui fait que trois ne sont qu’un, tellement ils s’aiment ! 

            Nous prolongerions ainsi la méditation de l’œuvre de saint Jean qui, tout au long du temps pascal, nous a fait comprendre que Dieu est Amour, et que de cette affirmation découlait toute notre vie, tout notre art de vivre à la suite de Jésus, à la rencontre du Père, sous la mouvance de l’Esprit Saint. Pour approcher la Trinité, il nous faut aimer comme Dieu aime. Pour vivre de ce Dieu Un et Trine, il nous faut entrer dans son Amour, nous laisser saisir par cet Amour, et répandre cet Amour. Ainsi, aussi divers que nous soyons, nous serons Un, nous aussi, comme Dieu est Un, le Père dans le Fils et le Fils dans le Père dans la communion de l’Esprit Saint. Nous serons Un avec Dieu lui-même, puisque c’est de son Amour que nous vivrons et que c’est son Amour que nous répandrons. Il n’y aura plus l’ombre d’une séparation entre nous et Dieu ; et la grande prière de Jésus au soir de sa mort, sera pleinement réalisée, pleinement exaucée : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Oui, plutôt que de chercher à comprendre, vivons ce mystère, vivons de l’amour qui est en Dieu et qui se répand en nous et à travers nous. 

J’entends déjà les petits malins qui viendront dire : en expliquant les choses ainsi, tu ne fais que déplacer le problème. S’il faut aimer pour vivre de la Trinité, il faut alors nous expliquer comment aimer. Parce que dire qu’il faut aimer comme Dieu, c’est facile, mais concrètement, cela donne quoi ? Observez les Ecritures ! Aimer comme Dieu, c’est considérer chaque personne qui croise ma route comme un cadeau de Dieu, et comme un frère qui m’est donné, qu’il soit comme moi, de ma couleur, de mon pays, de ma religion, ou pas ! Aimer comme Dieu, c’est faire des petits nos préférés et avoir pour eux une attention permanente. Aimer comme Dieu, c’est ne juger personne, mais offrir toujours un regard bienveillant, ouvrir un avenir plus grand, croire que rien n’est jamais perdu de l’humanité. Aimer comme Dieu, c’est se battre comme lui, avec lui, pour que la grandeur de l’humanité ne soit jamais réduite et que sa beauté ne soit jamais niée. Aimer comme Dieu, c’est offrir sa vie pour que les autres puissent vivre. Il n’y a pas une page, du Premier comme du Nouveau Testament, qui ne parle pas de l’amour de Dieu pour nous. Prends et lis, et tu apprendras à vivre et à aimer. 

Je vous l’ai dit tout au long du temps pascal : il n’y a rien de plus urgent que d’aimer ! Croyez-le ! Nous aurons tout dit de notre foi, tout compris de notre foi et tout vécu de notre foi lorsque nous aurons commencé à aimer comme Dieu aime. La route a été tracée pour nous par Jésus, suivons-là ! Amen.

 



samedi 29 mai 2021

Trinité - 30 mai 2021

La Trinité, la comprendre ou en vivre !


            

(Jean Bourdichon, Trinité, Miniature des Grandes heures d'Anne de Bretagne, source wikipedia)



            S’il y a une erreur que nous avons longtemps faite avec la solennité de la Trinité, c’est d’en parler en termes de mystère, car dit qui mystère, entend mystère à résoudre, et donc cherche à comprendre rationnellement ce qui relève du domaine de la foi. Je vous propose alors une autre démarche qui consiste à vivre de la Trinité plutôt que de chercher à la comprendre. 

            J’entends l’objection principale : peut-on vivre ce qu’on ne comprend pas ? Je l’espère bien car il en va de la Trinité comme il en va de l’amour : l’amour ne se voit pas, l’amour ne s’explique pas, mais l’amour se vit. Si, pour aimer, vous attendez de comprendre comment « fonctionne » l’amour, d’où vient ce sentiment étrange qui est puissant avec certains et inexistant avec d’autres, vous risquez fort de n’aimer jamais, et de là de ne vivre jamais. Je crois que pour la Trinité, c’est pareil. Pas besoin de savoir comment ça marche ; pas besoin de savoir l’expliquer parfaitement. Il suffit de vivre la totalité de notre foi, comme il suffit d’aimer et de se laisser aimer. Et peut-être en est-il ainsi de l’amour et de la Trinité parce que justement il n’est question que d’amour lorsque l’on parle de Trinité.

            Ecoutez Moïse parler à son peuple : Sache donc aujourd’hui et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. C’est une affirmation d’amour qu’il donne à son peuple. Puisqu’il n’y a qu’un Dieu, tu ne te trompes pas en l’aimant, et en faisant ainsi, tu auras bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu, tous les jours. Vivre du mystère de la Trinité commence en confessant l’unicité de Dieu et en reconnaissant les merveilles qu’il fait pour nous, par amour. Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? 

            En reconnaissant que ce Dieu unique nous aime au point de nous choisir pour être sa nation, son peuple particulier, nous reconnaissons que Dieu intervient dans l’histoire des hommes, non pour dominer les hommes, ni davantage pour se jouer des hommes, mais pour les sauver. C’est l’œuvre que Dieu entreprend à travers les temps, jusqu’au temps où nous sommes où il a envoyé Jésus pour nous manifester son amour et sa vérité. Nous avons célébré la réalité de ce salut durant les cinquante jours de Pâques et nous avons entendu Jésus nous envoyer faire de toutes les nations des disciples. Il ouvre ainsi à tous les hommes que Dieu crée, la possibilité de rejoindre ce peuple que Dieu se donne, ce peuple que Dieu sauve. Et le signe de ce salut, c’est ce bain d’eau, reçu au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ; c’est le bain du baptême qui fait de nous des fils et des filles de Dieu. Jésus, qui nous aime de l’amour dont Dieu seul nous aime, nous invite ainsi à nous laisser aimer. En descendant dans les eaux du baptême, nous disons notre confiance en Dieu qui nous aime et nous sauve en Jésus, mort et ressuscité. Il n’y a là rien à comprendre de particulier ; il y a juste un amour à accueillir pour qu’il puisse se déployer dans notre vie et nous conduire à la vie éternelle. C’est cela, le salut : nous laisser aimer par Dieu et nous laisser conduire par lui, à la suite du Christ, à la vraie vie. 

            C’est là qu’intervient la puissance de l’Esprit Saint qui nous donne la force nécessaire de marcher à la suite du Christ. Et puisque nous avons accueilli l’amour du Père et que nous essayons de vivre de l’enseignement de Jésus, l’Esprit Saint sera la force qui nous permettra de comprendre mieux ce que l’amour nous aura donné d’accueillir et de vivre déjà. La compréhension est seconde ; l’amour est premier. C’est pour cela que je vous invitais à vivre de la Trinité plutôt qu’à chercher d’abord à la comprendre. Et nous vivons de la Trinité lorsque nous confessons l’amour de Dieu pour nous, que nous cherchons à suivre toujours mieux le Christ Sauveur et que nous laissons la puissance de l’Esprit Saint agir en nous. Celui qui cherche à aimer comme Dieu aime est nécessairement trinitaire : il reconnaît l’amour de Dieu pour lui, il met en pratique l’enseignement du Verbe de Dieu, et il laisse l’Esprit de Dieu guider sa vie. 

            Il n’y a qu’un conseil à donner à celui qui veut comprendre malgré tout le mystère de la Trinité : celui d’aimer. Aimer comme Dieu aime ! Ecouter sa Parole livrée en Jésus et ouvrir son cœur à l’Esprit Saint. Tout ne sera qu’amour en celui qui vit de la Trinité et il vivra de cette circulation d’amour qui est en notre Dieu Un, Père, Fils et Esprit Saint. Amen. 


samedi 4 juillet 2020

14ème dimanche ordinaire A - 05 juillet 2020

Fais-moi confiance !







            Il est de coutume pour le prédicateur, alors que les vacances viennent à peine de commencer, de s’arrêter sur le verset suivant de l’évangile entendu : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. L’occasion rêvée de dire combien ce temps qui s’ouvre ne peut se vivre sans Jésus, et que les vraies vacances sont auprès de lui, ou à tout le moins, à vivre aussi avec lui. Pourtant, ce n’est pas ce verset qui a retenu mon attention au moment de préparer la célébration de ce dimanche, mais bien la finale de celui qui le précède : Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

            Les deux premiers termes du verset ne posent pas de problème. Ils redisent le lien particulier qui unit tout père à son fils. Quelles personnes connaissent le mieux un fils, sinon celles qui l’ont engendré ? Et qui peut dire Père à quelqu’un si ce n’est celui qui a été engendré par lui ? Il n’y a là rien d’extraordinaire, ni de bien difficile à comprendre. Nous sommes dans le factuel. Qu’il s’agisse de vous ou de moi ou qu’il s’agisse de Jésus et de Dieu son Père, cela ne change rien à l’histoire. Dans l’Evangile, c’est bien cette relation particulière entre Jésus et Dieu qui est visée, Fils et Père s’écrivant avec une majuscule. Mais alors, pourquoi rajouter la fin : celui à qui le Fils veut bien le révéler ? Tout le monde n’aurait-il pas le droit de connaître le Père ? 

        Quand Jésus prononce ces paroles, nous sommes, dans l’Evangile de Matthieu, à un moment précis qui donne sans doute tout son sens à cette affirmation. Jésus a posé dix signes, dix miracles, avant de choisir et d’appeler les Douze Apôtres. Puis Jésus a prononcé un long discours sur la mission apostolique (nous en avons eu un extrait dimanche dernier) avant de repartir prêcher dans les villes. Certaines villes, qui avaient vu ses plus nombreux miracles et n’avaient pas fait pénitence, se verront invectiver par Jésus : il s’agit de Chorazine, Bethsaïde et Capharnaüm. Puis vient le passage entendu en ce dimanche, qui commence par l’action de grâce de Jésus pour les tout-petits qui ont compris alors que les sages et les savants restent dans l’inconnaissance. Ce passage sur la connaissance mutuelle du Père et du Fils est un avertissement pour le lecteur de l’Evangile afin qu’il ne se retrouve pas dans la même position que les trois villes citées. Il a lu l’enseignement de Jésus, il a lu les dix signes que Jésus a posé. A-t-il bien compris ce qu’il a lu ? A-t-il bien reconnu, dans le discours et dans l’agir de Jésus, le Père qui a engendré et envoyé Jésus dans le monde ? Fait-il parti de ces tout-petits qui spontanément comprennent, ou cherche-t-il, comme les sages et les savants, à comprendre rationnellement tout ce qui s’est passé ? Non pas que cela soit mauvais, mais cela peut éloigner de la révélation que le Fils fait de son Père. A trop vouloir comprendre, l’homme perd le sens profond et premier : Dieu s’est manifesté, Dieu parle et agit par Jésus, le Fils qu’il a engendré. Il ne faut pas se convertir à cause des signes eux-mêmes, mais à cause de ce que les signes donnent à comprendre, à savoir que le Royaume des cieux est là, à l’œuvre en Jésus. L’œuvre de Jésus parle de Dieu ; l’œuvre de Jésus donne à voir Dieu à l’œuvre. Les tout-petits le comprennent ; les sages et les savants se font des nœuds au cerveau pour comprendre le pourquoi du comment. 

Comprenons bien : le Fils veut révéler son Père à tous les hommes puisqu’il a été envoyé pour les sauver tous. Mais pour cela, il faut que les hommes acceptent de venir à Jésus, de bien voir et de comprendre ce qu’il dit et ce qu’il fait, comme un tout-petit. Le tout-petit voit l’amour de son père à travers ses paroles et ses actes ; il ne se demande pas si son père est bien son père, et s’il l’aime vraiment. Avec Dieu, il faut se situer de cette manière-là, sans se poser trop de questions. L’amour de Dieu pour nous n’est pas un théorème à démontrer, c’est une expérience à vivre. Elle suppose de s’abandonner entre les bras de Dieu, comme un tout-petit s’abandonne entre les bras de son père. Les questions métaphysiques sont secondes. Ce qui prime, c’est l’expérience que nous faisons de l’amour de Dieu dans notre vie quotidienne. Celui qui accepte de vivre avec Dieu comprendra mieux que celui qui s’interroge toujours et encore. A force de te questionner, n’oublie pas de vivre, n’oublie pas de lâcher prise, n’oublie pas de te convertir. Tu pourras toujours réfléchir et approfondir après. Mais si tu veux tout comprendre avant de te convertir, tu risques bien de ne pas comprendre ce que Jésus te révèle par ses signes. Même Jésus ne peut convertir celui qui ne veut pas comprendre ; même Jésus ne peut pas enseigner davantage celui qui n’entre pas dans la révélation qu’il fait de son Père. Jésus ne cache pas son Père ; c’est le Père qui se cache derrière les signes que pose Jésus. Jésus le révèle à celui qui entre en confiance avec lui, c’est-à-dire à celui qui pose un acte de foi. Jésus révèle son Père à ceux qui croient en lui, tout simplement. 

A ceux qui croient en lui, Jésus dit : viens et repose-toi ; pose le fardeau de ta vie, le fardeau de tes questions trop grandes pour toi. Fais-moi confiance et tu trouveras le repos. Fais-moi confiance et tu connaîtras mon Père. Fais-moi confiance, tout simplement. Amen.   

(Dessin de Deligne)

 

dimanche 16 juin 2019

Trinité C - 16 juin 2019

La Trinité, quand Dieu se fait relation.







Faut-il vraiment chercher à tout comprendre de la foi chrétienne ? Faut-il vraiment nous torturer l’esprit pour saisir comment ça fonctionne la Trinité, un Dieu Un (unique) en trois personnes ? Quand on sait les longues batailles théologiques qui ont divisé les chrétiens pour établir la foi catholique, je me dis qu’il y a des mystères auxquels il vaut mieux ne pas se frotter. Et la Trinité en fait partie. Si le temps pascal n’a pas suffi à approcher le mystère d’un Dieu qui se meurt d’amour pour l’homme, d’un Dieu plus fort que la mort et donc toujours vivant (Pâques), d’un Dieu qui ouvre le ciel à tous les hommes (Ascension), d’un Dieu qui laisse aux hommes son Esprit pour que reste vive en eux la présence de son Fils ressuscité (Pentecôte), que peut apporter de plus la solennité de ce jour ? 

Je crois d’abord qu’il faut renoncer à approcher ce mystère sous l’angle mathématique. N’essayons pas de réduire Dieu à une équation impossible à résoudre. 1 + 1 + 1, cela fera toujours trois, comme nous l’apprenons à l’école dès les petites classes. Dieu ne s’additionne pas ; au mieux, il se multiplie pour ne pas dire qu’il se coupe en quatre pour nous sauver. La réponse n’est décidément pas à chercher du côté des sciences mathématiques. Mais alors comment l’appréhender ?

Peut-être par notre expérience humaine. Puisque nous sommes à l’image de Dieu, qu’est-ce qui, en nous, nous permet d’approcher le mystère de Dieu ? Il y a forcément en nous quelque chose qui nous permet de le comprendre. Peut-être est-ce la nécessité pour l’homme de vivre en relation. Dès les premières pages de la Bible, nous voyons que Dieu crée l’Homme, mâle et femelle, semblables (voici l’os de mes os la chair de ma chair) et pourtant différents (homme et femme), non pas pour que l’un domine l’autre, ni pour que l’un frappe sur l’autre, mais pour qu’ils réalisent le projet de Dieu, chacun à sa place, chacun à sa manière, chacun avec ses spécificités, mais tous deux ensemble, dans cet élan d’amour de Dieu qui les a fait venir à l’existence. La Trinité nous rappelle peut-être surtout que Dieu est relation, en lui-même déjà, d’où ce besoin de relation avec cet homme qu’il a créé à son image et à sa ressemblance.  Le Dieu de la révélation biblique n’est pas un Dieu à poser au-dessus des nuages, mais à porter en nous, au fond de nos cœurs pour que nous puissions, hommes et Dieu, vivre ensemble. Ce que le Père vit avec son Fils par le lien de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à le vivre avec le Père, puisque le baptême nous configure au Christ, nous fait fils de ce Dieu Père qui nous aime et nous sauve. Il n’y a pas de foi possible sans cette relation primordiale, constitutive de ce qu’est Dieu et de ce qu’est l’homme. 

Dire que la relation est fondamentale pour comprendre Dieu, c’est affirmer du même coup que Dieu ne saurait être juste une grande idée. Dire que je peux entrer en relation avec Dieu qui est relation en lui-même, c’est affirmer qu’il est quelqu’un et non quelque chose. Il est ce Père qui nous aime ; il est ce Fils qui nous sauve en étant pour les hommes l’expression parfaite de l’amour de Dieu pour chaque homme ; il est cet Esprit qui nous accompagne chaque jour, qui ancre en nous et la Parole du Fils et l’amour du Père. Si le Fils ne dit pas et ne fait pas autre chose que ce que son Père lui dit de faire et de dire, l’Esprit Saint ne fait pas comprendre autre chose que ce que le Fils a dit et fait dans l’obéissance au Père. S’ils sont chacun distincts (Père, Fils et Esprit Saint), ils sont en tout semblables au point de n’être qu’UN, une seule expression de l’amour unique de Dieu pour les hommes. Et si Dieu est en lui-même et avec nous relation, comme savent l’être un père et son fils dans la puissance d’un même esprit d’amour, peut-être que ce mystère de la Trinité, avant d’être un mystère à comprendre, est d’abord un mystère à vivre. A vivre d’abord avec Dieu, en entrant dans cette relation d’amour qu’il me propose de vivre ; à vivre ensuite avec mes frères vers qui son amour me renvoie nécessairement, l’amour de Dieu m’étant donné pour que je le partage. Le mystère de la Trinité devient alors ce qui m’empêche de me replier, de m’enfermer dans une relation où il n’y aurait que mon Dieu et moi. Dieu n’est pas mon papa chéri à moi tout seul ; Jésus n’est pas mon petit Jésus à moi tout seul ; l’Esprit Saint ne m’est pas donné pour que je le garde jalousement pour moi tout seul. Et l’Eglise devient alors le lieu où ce mystère se déploie, parce qu’elle est ce lieu rassemblé par l’Esprit Saint qui permet que chacun se reconnaisse fils du même Père et donc frère du Christ et frères de tous ceux qui reconnaissent le même Père. 

Que cette fête de la Trinité nous mette en relation avec Dieu et avec nos frères pour que le projet d’amour de Dieu s’étende à tous les hommes. Que notre vie et notre témoignage creusent en ceux qui ne connaissent pas encore le Dieu UN et Trine, le désir de le suivre, de l’aimer et de construire avec nous le Royaume qui vient. Amen.






lundi 28 mai 2018

Très sainte Trinité B - 27 mai 2018

C'est le Seigneur qui est Dieu… il n'y en a pas d'autre.






Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis frappé par cette ferme assurance à laquelle Moïse nous invite. En l’entendant, il ne saurait y avoir de place pour le doute. Cet homme-là doit avoir raison ! Et pourtant, c’était loin d’être simple d’oser pareille affirmation à l’époque. 

Nous sommes tous trop jeunes pour nous en souvenir, mais nos études en histoire nous l’ont appris : à l’époque où Moïse prononce ses paroles, les hommes sont loin d’être monothéistes, de ne croire qu’en un seul Dieu. L’expérience des hommes et des femmes qui suivent Moïse est marquée par les peuples environnants qui ont tous plusieurs dieux. Il est un des rares peuples, si ce n’est le seul, à oser dire que tous ces dieux ne sont rien, et que le seul vrai Dieu qui existe est celui qui les a sortis d’Egypte à bras fort. Fort d’un seul Dieu, ce peuple est sorti d’Egypte alors que s’y opposait Pharaon et tous les dieux d’Egypte. Dès lors que Dieu s’est tourné vers Moïse, plus personne ne pouvait maintenir ce peuple en esclavage, asservis à des dieux étrangers ; ou bien Pharaon acceptait de libérer les descendants de Jacob et de Joseph, ou bien il goûterait à la puissance du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Nous connaissons tous l’histoire ; Moïse lui-même ne cessera de la rappeler à son peuple lorsqu’il voudra s’éloigner de Dieu ou se donner un Dieu qu’il puisse voir de ses yeux en coulant un veau d’or. Il n’y a qu’un seul Dieu ; c’est celui qui a appelé Moïse, celui qui est à l’origine de toute vie, celui qui s’est choisi un peuple particulier. Fin de la discussion. 

C’est ce même Dieu que nous adorons et servons, nous qui célébrons aujourd’hui la fête de la Trinité, la véritable fête de Dieu. Nous ne faisons rien d’autre aujourd’hui que ce que faisait alors Moïse lorsqu’il affirmait : c’est le Seigneur qui est Dieu… il n’y en a pas d’autre. Sortant des fêtes de Pâques, nous redisons solennellement qu’il n’y a qu’un Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. En proclamant la Trinité, nous ne proclamons pas trois dieux, mais le visage véritable de ce Dieu qui avait livré à Moïse son nom, jadis au buisson ardent. Nous disons qu’en Dieu se trouve la vie (il est notre Père et créateur), la croissance (en Jésus qui nous a révélé qui est Dieu, il nous fait grandir dans la vie divine) et l’être (par son Esprit, nous savons que nous sommes enfants de Dieu). Trois personnes, une seule nature, comme le chantera la préface de la fête. Ce Dieu unique en trois personnes vit en lui-même l’amour qu’il nous invite à vivre selon ce que Jean nous a enseigné à travers les deuxièmes lectures des dimanches du temps pascal. Non seulement Dieu est amour, mais il vit de cet amour en lui-même, le communique en Jésus, et nous y maintient par son Esprit. C’est le même Dieu qui nous aime, s’offre à nous et nous garde dans son amour. Nous pouvons être animés de la même certitude que Moïse et la proclamer : c’est le Seigneur qui est Dieu… il n’y en a pas d’autre !

Il n’en est pas moins vrai alors qu’aujourd’hui, comme au temps de Moïse, il ne manque pas d’hommes pour essayer de nous contredire, soit en relativisant cette vérité (puisque tous les hommes ne croient pas la même chose, autant admettre qu’il y a d’autres dieux), soit en niant Dieu tout simplement ; l’homme n’aurait pas besoin de quelqu’un qui l’invite à vivre plus grand, à voir plus haut. L’homme serait son propre maître. Comme diraient deux humoristes français, : y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes… Non pas que Dieu se venge d’eux et de leur désir de s’émanciper, mais parce que la vie devient impossible pour l’homme sans le Dieu véritable. Que reste-t-il à l’homme quand il refuse la vie et l’amour qui lui viennent de Dieu ? Que reste-t-il à l’homme lorsque l’espérance, donnée par le Christ, d’une vie plus forte que la mort disparaît ? Que reste-t-il à l’homme lorsque l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi, tous dons de l’Esprit, lui sont refusés ? Relativiser Dieu ou nier Dieu, revient à enlever à l’homme ce qui fait la beauté et la force de sa vie. Non pas que l’homme ne saurait aimer, mais son amour même n’aurait plus de source véritable, forte et sûre pour garantir son amour ; son amour ne serait que limité, passager, livré aux méandres de sa propre existence. Dans un monde qui veut écarter Dieu, dans un monde qui se donne des dieux à hauteur d’homme, il nous faut réaffirmer avec force le Dieu de Jésus Christ, Père, Fils et Esprit Saint, le seul qui offre à l’homme sa vie, son amour, sa liberté. 

En célébrant la très sainte Trinité, nous célébrons la splendeur de Dieu et sa vérité. Nous confessons un seul Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, et nous travaillons à la venue de son règne. Il ne s’agit pas pour nous d’imposer Dieu, mais de le faire aimer par une vie donnée à Dieu et aux hommes, éclairée par sa Parole, guidée par son Esprit. Plus nous aimerons Dieu, plus nous serons capables d’aimer les hommes. Plus nous aimerons les hommes, plus ils deviendront capables d’aimer Dieu à leur tour. Il n’est pas de cœur assez dur qui résiste infiniment à l’Amour. Aimer la Trinité, c’est aimer l’Amour, aimer le Christ qui nous l’offre et aimer l’Esprit qui nous y maintient, aujourd’hui et pour toujours. Amen.

 

 

dimanche 22 mai 2016

Trinité C - 22 mai 2016

La Trinité, signe d'une foi sans cesse à approfondir.





Après les fêtes de Pâques et de Pentecôte, que peut nous apporter de plus cette fête de la Trinité ? Car enfin, elle ne correspond à aucun épisode de la vie de Jésus, ni à un épisode christianisé de la vie du peuple choisi ! Ce n’est même pas une expression biblique, et elle semble même contredire l’expression de la foi en un Dieu unique. Alors, est-ce juste pour donner du fil à retordre aux théologiens que cette fête existe ? Que veut-elle nous dire ? 
 
A y regarder de près, je crois que la Trinité ne veut pas nous dire quelque chose sur ce que Dieu fait pour nous, comme le font si bien les autres fêtes, mais elle nous rend attentif à la manière dont Dieu est présent au cœur de notre vie. Si les autres fêtes nous parlent de Dieu qui se fait proche de nous (Noël), qui veut sauver l’homme, fût-ce au prix de la vie de son propre Fils (Pâques) et qui nous laisse son Esprit pour que nous puissions l’approcher (Pentecôte), la fête de la Trinité nous invite à entrer en relation avec Dieu. Elle ne nous dit pas ce que Dieu fait, mais comment Dieu est, comment Dieu vit. 
 
La première chose que l’on apprend ainsi, c’est que Dieu vit en se donnant. La prière d’ouverture de la fête est claire à ce sujet : Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté. Dieu se fait échange : il n’existe qu’en se donnant aux hommes. Si Dieu restait sur son lointain nuage, il n’aurait pas d’intérêt pour l’homme ; les hommes n’y gagneraient rien à le connaître. Non, le Dieu auquel nous croyons se donne, totalement, en son Fils et en l’Esprit. Le Fils n’a cessé, durant sa vie, de parler du Père, de le révéler aux hommes (de le faire connaître vraiment) et l’Esprit est donné pour bien faire comprendre le mystère profond de Dieu. Jésus lui-même l’affirme : l’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière. Autrement dit, c’est presque normal si nous n’avons pas tout compris de ce que Jésus nous a dit : seul l’Esprit que Dieu envoie permet d’entrer dans l’intimité de Dieu et de ne pas se tromper sur l’interprétation des paroles de Jésus. 
 
La deuxième chose que l’on apprend, c’est que Dieu est communion. Les trois personnes qui composent la Trinité (le Père, le Fils et le Saint Esprit) n’en font qu’une : une même gloire, une même majesté, une même nature, dira la préface tout à l’heure. Entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, il n’y a pas l’ombre d’une opposition, il n’y a pas l’ombre d’une séparation. Ce que le Père a à dire aux hommes, il le fait par son Fils. Et l’Esprit ne fait que redire ce qu’il a entendu. Les Trois parlent d’une seule voix ; les Trois vivent parfaitement l’amour dont Dieu est la source. Si Dieu, en lui-même, est communion, n’avons-nous pas à construire cette communion entre nous, nous qui sommes son image et sa ressemblance ?  Croire en la Trinité, c’est croire que cette communion qui existe en Dieu peut se vivre à échelle humaine ; c’est croire que nous sommes appelés par Dieu Trinité à vivre entre nous la même expérience de communion. Si je crois que mon Dieu se donne, si j’affirme que mon Dieu est communion, comment ne puis-je pas vouloir vivre la même expérience pour me rapprocher encore plus de lui, pour encore mieux découvrir qui il est ? 
 
Si le mystère de la Trinité est si grand, c’est peut-être aussi parce que Dieu ne peut pas s’approcher totalement ici-bas : nous pouvons saisir des bribes de ce qu’il est en lui-même ; l’Esprit Saint nous permet de l’approcher : notre baptême nous identifie au Christ Sauveur : mais seule notre propre Pâque nous fera voir Dieu tel qu’il est en lui-même ! Peut-être faudra-t-il se contenter en cette fête de la Trinité de croire sans forcément tout comprendre. Le mystère de la Trinité nous obligerait alors à toujours progresser dans l’écoute de ce que le Fils dit de son Père, et dans l’accueil de ce que l’Esprit veut bien nous en révéler. Célébrer la Trinité comme un acte de foi sans cesse à aboutir pour parvenir un jour à pleine connaissance de Dieu. J’avoue que j’aime assez cela : au moins, j’aurai la certitude de ne jamais enfermer Dieu dans ma pensée, dans mes systèmes, mais d’être toujours prêt à le suivre là où il m’appelle, là où il m’attend ! Amen.
 
(La Trinité, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)