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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 28 septembre 2019

26ème dimanche ordinaire C - 29 septembre 2019

Ni gilet jaune, ni insoumis, mais converti ! 





            Si la parabole de Jésus semble simple, pleine d’images nous permettant de nous représenter la scène, elle n’en semble pas moins compliqué quant au message qu’elle nous transmet. Nous pouvons, à force de l’entendre trop vite, nous méprendre sur son sens et mal comprendre sa pointe. Il nous faut donc la relire et écarter une à une les mauvaises interprétations.

            Commençons par dire que ce n’est pas un évangile pour gilet jaune en mal de révolution, contemplant avec satisfaction la déchéance de ce riche qui se retrouve tourmenté à jamais au séjour des morts. Voyez-vous, ce riche n’est pas un méchant capitaliste libéral qui volerait les pauvres. Il est juste un riche, aveuglé par sa richesse, qui ne voit pas plus loin que son monde. Il n’est pas décrit comme mauvais ou méchant. Il a plutôt de l’entre-gens puisqu’il peut donner des fêtes chaque jour. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de la lutte des classes qui verra tous ces riches, trop riches pour les pas assez riches que nous sommes, périr en enfer. Jésus n’appelle pas à la révolution contre eux ; il ne justifie pas les manifestations qui détruisent tout sur leur passage au motif que c’est le seul moyen devenu légitime pour se faire entendre. 

            Ce n’est pas non plus un évangile pour français insoumis qui ne voit dans le religieux qu’une survivance du passé dont il faut se débarrasser au motif que la religion endormirait les citoyens et réduirait leur capacité à se révolter. Voyez Lazare ; il est resté là, couvert de plaies, devant la maison de ce riche. Personne, pas même Dieu, n’est intervenu en sa faveur. Il aura dû attendre sa mort pour trouver la récompense et le réconfort dans le sein d’Abraham. Trop facile, diront-ils ! Pas besoin de ces messages ; révoltons-nous, soyons des insoumis à Dieu et à la société. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de l’opium des peuples. Jésus ne justifie pas ces discours lénifiants, maintenant les pauvres dans leur pauvreté, leur promettant des lendemains qui chantent ; il ne justifie pas les affirmations du style : sois pauvre et tais-toi ; un jour tu seras riche ! 

            Ce dont nous parle cette parabole, c’est de nous, et de l’urgence que nous avons à devoir nous convertir. Elle nous avertit que seule la Parole de Dieu, transmise par la Loi et les Prophètes, nous sauve. Elle contient tout le nécessaire pour bien comprendre ce qui est attendu de nous. Cette parabole nous avertit qu’aucun signe extraordinaire, pas même un revenant d’entre les morts, ne saurait nous obliger à croire, à nous convertir et à vivre selon l’Alliance de Dieu. Nous ne pouvons qu’en faire le constat amer aujourd’hui. En Jésus, nous avons plus que la Loi et les Prophètes ; nous avons cette Loi et ces Prophètes pleinement réalisés ; nous avons même celui qui est revenu du séjour des morts. Et pourtant, notre monde ne tourne pas plus rond ; et pourtant, notre monde n’en est pas plus humain. Des inégalités terribles subsistent ; la terre elle-même est mise en danger par les hommes, tous les hommes ! Par nous tous ! 

            Au lieu de nous convertir, nous sommes comme ce riche, ne voyant que nos intérêts, notre style de vie, refusant de partager, refusant d’envisager une plus grande égalité entre tous. Les privilèges d’autrefois sont devenus des avantages acquis dont personne ne veut se défaire au profit d’un bien commun. Au lieu de nous convertir, nous nous révoltons, détruisant un peu plus chaque fin de semaine le lien qui devrait nous unir. Au lieu de nous convertir, nous nous opposons : les riches contre les pauvres, les citadins contre les ruraux, le « peuple » contre « les élites ». Nous ne voyons pas plus Lazare aujourd’hui que le riche ne le voyait hier. 

            Il y a urgence à nous convertir, parce que quand la mort viendra, elle fera du définitif. Il sera trop tard. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et écouter ce que la Loi et les Prophètes n’ont cessé de dire. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et mettre en œuvre l’enseignement du Christ qui, résumant la Loi et les Prophètes, nous invite à aimer Dieu et les autres. Quand l’homme se convertit, l’amour devient réalité et le bien commun peut enfin progresser. N’attendons ni révolution sanglante, ni signe extraordinaire pour changer de vie. Mais vivons la révolution de l’amour, qui ne détruit rien, mais construit tout. Là est le salut ; là est la vie juste pour tous. Le Christ Jésus n’a cessé de nous le dire. Ecoutons-le, enfin ! Amen.


samedi 16 février 2019

06ème dimanche ordinaire C - 17 février 2019

La vraie vie, le vrai bonheur.







En entendant aujourd’hui la version de Luc du texte des béatitudes, je me mets soudain à préférer celle de Matthieu que nous entendons chaque année à la Toussaint. Car Matthieu écrit son texte dans une perspective plus eschatologique que Luc ; il vise davantage les fins dernières alors que Luc, avec ses « maintenant » quatre fois répétés, nous plonge dans notre quotidien, dans l’aujourd’hui de notre existence. Reconnaissons-le : le texte de Luc devient ainsi plus difficile à écouter : nous n’avons pas vraiment faim maintenant, nous ne sommes pas vraiment pauvres maintenant ! Pour bien comprendre ce que Jésus veut nous dire, et à quoi il nous invite, il faut nous débarrasser alors de deux idées reçues et nous souvenir du projet de Dieu pour chacun de nous. 

Première idée reçue dont il faut nous débarrasser : Dieu ne promet qu’un bonheur pour l’au-delà. Autrement dit : souffrez aujourd’hui, vous serez heureux demain. C’est la pire des choses qu’un prédicateur puisse vous dire. C’est la plus grande hérésie qu’il faut combattre. Le bonheur que Dieu nous promet est un bonheur pour aujourd’hui, ici et maintenant. S’il est vrai que notre vie sur terre engage notre vie par-delà la mort, elle n’en est pas le négatif ou le contraire. Dieu promet un bonheur intégral, qui consiste à aimer et être aimé, véritablement. Être aimé non pour ce que l’on a, mais pour ce que l’on est : fils et fille de Dieu, frères et sœurs en Jésus Christ. Et ce bonheur nous est offert dès que nous marchons à sa suite, sur le chemin de l’amour de Dieu et de nos frères. 

Deuxième idée reçue dont il faut nous débarrasser : pour entrer dans le Royaume, il vaut mieux être pauvre et mal-foutu que riche et bien portant ! Cette affirmation aussi, vous pouvez la ranger au rayon des stupidités. Car nulle part, il n’a été prouvé qu’un pauvre avait plus de chance d’entrer au Royaume parce qu’il est pauvre ! La pauvreté, quand elle remplit l’homme de souci et de cupidité, le rend aussi inapte au Royaume que le riche plein de lui, amassant des trésors à en perdre la raison. Que tu sois riche ou pauvre, tu peux suivre la route que Dieu te propose, si tu sais être ouvert, vide de toi-même, vide de tout obstacle à la présence de Dieu. Il faut savoir accueillir et écouter celui qui parle au cœur. Il faut faire confiance à celui qui appelle à vivre pour lui et pour les autres. C’est bien le sens de la prophétie de Jérémie et du psaume premier que la liturgie nous a donné de méditer. Celui qui se range du côté de Dieu, qui écoute sa parole et la met en pratique, entre dans le bonheur véritable : Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. 

Et là, nous touchons du doigt le projet de Dieu : que l’homme vive libre et heureux. Le vrai bonheur, celui qui est annoncé dans toute l’Ecriture et que Jésus proclame à son tour, c’est d’être aimé et être capable d’aimer. C’est possible à celui qui sait s’abandonner à Dieu ; c’est possible à celui qui ne se laisse envahir par rien d’autre que la Parole et l’Amour de Dieu ; c’est possible dès aujourd’hui. Les béatitudes, qu’elles soient de Matthieu ou de Luc, ne sont pas des prescriptions à réaliser, mais le portrait de celui qui se met à l’école du Christ ressuscité. Seul le vrai disciple se sent solidaire de tous ; seul le vrai disciple peut connaître la joie profonde qu’il y a donner, y compris sa propre vie, pour que les autres puissent vivre mieux ; seul le vrai disciple est compatissant. Le Christ nous a montré le chemin en donnant sa vie par amour pour les hommes. Cet acte de salut nous a ouvert une voie vers la vraie vie. Nous pouvons placer notre confiance en Christ, non seulement pour la vie présente, mais aussi pour la vie qui est promise à tous ceux qui œuvrent avec lui pour un monde meilleur. 

A travers l’évangile des béatitudes, le Christ nous invite à ne pas nous tromper de vie, à ne pas nous tromper de bonheur. La vraie vie, c’est celle qui se donne ; le vrai bonheur, c’est celui qui se partage. Dès maintenant, chaque jour et pour toujours. AMEN.

 
 

 

samedi 24 septembre 2016

26ème dimanche ordinaire C - 25 septembre 2016

Nous irons tous au paradis : quand l'évangile contredit Polnareff.





On ira tous au paradis, même moi, chantait Michel Polnareff, …à tort. Non pas qu’il n’ira pas au paradis, il ne me revient pas de me prononcer sur ce fait, mais après avoir entendu l’évangile de ce dimanche, il est bien clair qu’il a oublié de méditer cette parabole de Jésus ; à moins qu’il l’ait tout bonnement mise de côté comme nous le faisons souvent avec les textes qui ne disent pas ce que voulons, ou qui disent justement ce que nous ne voulons pas entendre. On aime tous Jésus quand ce qu’il fait ou ce qu’il dit nous fait chaud au cœur. Mais quand il nous fait comprendre que la vie avec Dieu est exigeante, quand il nous dit qu’on ne peut pas vivre n’importe comment, il est bien gentil, mais enfin, comme le disait une syndicaliste lors d’un entretien professionnel, « ce que vous allez dire, je ne veux pas l’entendre ! »
 
S’il avait tort sur le principe, il n’avait pas tout à fait tort quant à l’esprit de la chose. Il est une certitude pour moi : nous sommes tous destinés au paradis. Le projet de Dieu, c’est bien que tout homme vive d’une vie marquée du sceau de l’éternité. Si Jésus a quitté la droite de Dieu pour s’incarner dans notre monde, se faisant l’un de nous, c’est bien pour que nous puissions tous parvenir à ce monde de Dieu ; et pour nous ouvrir une voie royale, Jésus a livré sa vie sur la croix. Son sacrifice est notre vie ; son anéantissement est notre délivrance du péché et de la mort. Avec Jésus, nous sommes bien destinés à passer de la mort à la vie, à passer de cette terre à la Jérusalem nouvelle pour une vie avec Dieu, pour toujours. 
 
Mais destinée n’est pas destination ! Nous ne sommes pas arrivés, et Jésus nous dit même que certains pourraient ne jamais arriver ! Et cela ne dépend pas de Jésus, ça ne dépend pas de Dieu, ça dépend de nous, de nous seuls, et de ce que nous aurons fait de notre vie. Et surtout ne réduisons pas cela à un combat entre les bons et les méchants ; le riche n’est pas un méchant homme, il est même capable de se préoccuper du sort de ses frères, mais trop tard ! Il n’a pas été méchant avec le pauvre Lazare ; il ne l’a tout simplement pas vu ! Et c’est bien là le problème, notre problème ; savons-nous regarder le monde, savons-nous regarder nos frères avec suffisamment de tendresse et d’amour pour voir en eux la trace de Dieu et de son passage dans nos vies ? Savons-nous servir Dieu en servant nos frères ? Savons-nous aimer Dieu en aimant nos frères, tous nos frères ? Aujourd’hui, Lazare est le nom de ces migrants qui frappent à la porte de l’Europe. Lazare est le nom de ces hommes et de ces femmes qui attendent un peu d’affection, un peu d’attention, un peu de place pour reconstruire leurs vies détruites par la guerre, pour redonner sens à leurs vies anéanties par notre indifférence, notre égoïsme, notre peur. Le fossé que nos sociétés creusent entre eux et nous aujourd’hui risque bien d’être le fossé qui nous séparera d’eux lorsqu’ils seront accueillis dans le sein d’Abraham. Il sera alors trop tard, pour nous. 
 
Aujourd’hui, il n’est pas encore trop tard. Il est encore temps de faire quelque chose ; il est encore temps d’ouvrir nos yeux ; il est encore temps d’écouter Moïse et les prophètes ; il est encore temps d’écouter Jésus nous redire cette parabole du riche et du pauvre Lazare. Aujourd’hui, il est encore temps de réagir ; il est encore temps d’aimer, d’agir et de vivre selon ce que nous aurons compris de l’enseignement du Christ. Laissons là la bande des vautrés qui n’existera plus ; soyons de la bande des vivants, de ceux qui vivent aujourd’hui et qui vivront demain et toujours. Soyons de ceux qui iront au paradis ! Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les presses d'Ile de France)

vendredi 2 août 2013

18ème dimanche ordinaire C - 04 août 2013

Quand tout n'est que vanité, que reste-t-il ?



Après avoir entendu comme vous les lectures de ce dimanche, je ne sais trop si c’est un vent de pessimisme ou un vent de réalisme qui souffle sur notre liturgie ! Est-ce qu’effectivement, tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons est vain ? N’y a-t-il donc rien qui donne sens à notre vie ? A quoi bon vivre alors ? Comment vivre ?
Pour l’auteur du livre de l’ecclésiaste, tout est vanité ! C’est un sage qui réfléchit au sens de la vie et des actes que posent les hommes. Et il est plutôt sévère dans son analyse : Vanité des vanités, tout est vanité. Quand on se réfère au texte hébreu, on peut aussi traduire ainsi : De la fumée, dit le Sage, tout n’est que fumée, tout part en fumée. Cela ajoute encore au caractère dramatique de la situation et au fait que la vie de l’homme, c’est du vent… du vent quand elle repose sur les biens à acquérir, sur ce que l’on peut posséder, toujours mieux, toujours davantage. Il ne fait que rappeler ce que nous ne savons que trop bien : nous n’emmenons rien dans la tombe : alors pourquoi se fatiguer ?
Jésus va dans le même sens, dans l’évangile, lorsqu’il avertit : gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d’un homme ne dépend pas de ses richesses. Et la parabole qu’il raconte enfonce le clou : à celui qui a amassé tant de blé qu’il ne savait qu’en faire, il est rappelé qu’il n’est qu’un fou et que cette nuit même, on lui redemandera sa vie. Tout est parti d’une question d’héritage soumise à Jésus. C’est une habitude de demander à des sages d’intervenir et d’oser une parole dans des situations que nous savons par expérience difficiles. Jésus refuse d’entrer dans le jeu qui lui est proposé. Il rappelle, comme l’Ecclésiaste la vanité d’une vie fondée sur les seuls biens. Mais il dépasse l’Ecclésiaste en ce qu’il propose une autre voie, une autre manière de vivre. Il invite les hommes à être riche en vue de Dieu. Lui seul peut donner sens à notre existence, lui seul nous évite de n’être que fumée, vanité.
Nous sommes alors heureux d’avoir entendu saint Paul, dans sa lettre aux Colossiens : vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en-haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non sur la terre. Et voici que notre horizon s’ouvre, que notre vie prend sens : nous sommes destinés à être avec Dieu, toujours. Mais pas seulement plus tard ; non, c’est dès maintenant que nous sommes au Christ et que le Christ est à Dieu. Dès maintenant, nous sommes ressuscités ; dès maintenant, nous avons à vivre selon la loi du Christ : Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre… débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien qui est en vous, et revêtez l’homme nouveau.
Si vous avez suivi un peu les JMJ de Rio, vous aurez compris que c’est la ligne de conduite que le pape François nous invite à suivre. Il a dit, entre autre, aux jeunes rassemblés sur la plage de Rio : Je voudrais que tous, nous nous demandions avec sincérité : en qui mettons-nous notre confiance ? En nous-mêmes, dans les choses, ou bien en Jésus ? Nous sommes tentés de nous mettre au centre, de croire que nous sommes seuls, nous, à construire notre vie, ou que celle-ci est rendue heureuse par la possession, par l’argent, par le pouvoir. Mais il n’en est pas ainsi ! Certes, l’avoir, l’argent, le pouvoir peuvent donner un moment d’ébriété, l’illusion d’être heureux ; mais, à la fin, ce sont eux qui nous possèdent et nous poussent à avoir toujours plus, à ne jamais être rassasiés. Mets le Christ dans ta vie, mets en lui ta confiance et tu ne seras jamais déçu ! Voyez, chers amis, la foi accomplit dans notre vie une révolution que nous pourrions appeler copernicienne, parce qu’elle nous enlève du centre et le rend à Dieu… La foi est révolutionnaire !
Si l’Ecclésiaste peut dire avec raison, que tout n’est que vanité, tout part en fumée, c’est parce qu’il a vu ce que produisait une vie sans Dieu : du vent, du vide, du creux. Si le Christ, et Paul et le pape François trouvent que la vie vaut la peine, qu’elle est porteuse de sens, porteuse d’avenir, s’ils trouvent que la vie, ce n’est pas du vent, ce n’est pas du creux, ce n’est pas de la fumée, c’est parce qu’ils ont en commun d’être tournés vers Dieu, le seul qui donne sens à notre vie, le seul qui tient la route face aux vanités du monde. Entrons dans cette révolution de la foi ; laissons Dieu devenir (ou redevenir) le centre de notre vie. Laissons le Christ devenir notre tout, et nous sortirons du pessimisme ambiant qui ne fait que nous replier sur nous-mêmes ; laissons le Christ devenir notre tout, et nous nous ouvrirons les uns aux autres et nous deviendrons, selon le mot du pape François les constructeurs d’une Eglise plus belle et d’un monde meilleur. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 25 septembre 2010

26ème dimanche ordinaire C - 26 septembre 2010

De quoi nous parle-t-on dans cette parabole ?


Mais de quoi nous parle-t-on au juste dans cette parabole ? A lire trop vite, à croire que nous avons déjà entendu, nous risquons fort de passer à côté du message de la parabole de Jésus et surtout, plus grave, de croire qu’elle n’est pas pour nous.

Alors de quoi nous parle-t-on au juste ? Est-ce une parabole contre les riches qui profitent pleinement de leur argent, même honnêtement gagné, et qui font la fête alors que d’autres souffrent ? Elles ne seraient donc pas pour nous : nous ne sommes pas franchement riches, enfin toujours un peu plus pauvre que le voisin que nous envions tant. Et puis, nous ne faisons pas la fête tous les jours ; nous sommes des gens sérieux, nous !

La parabole de Jésus ne nous parle pas du riche pour condamner sa conduite, ni sa richesse. Jésus ne dit pas que les fêtes qu’il organise, c’est mal. Il n’est même pas dit que cet homme est malhonnête. Tout ce qu’on sait de lui, tient en deux phrases : il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Le riche mourut et on l’enterra. C’est peu de choses, reconnaissons-le ; nous ne connaissons même pas son nom. Une manière subtile de nous dire, qu’il peut avoir notre nom. Cet homme-là, ce pourrait être toi !

Par contre, si nous ne savons pas grand-chose de lui de son vivant, nous découvrons pleins de détails après sa mort : au séjour des morts, il était en proie à la torture… il a cinq frères qu’il voudrait bien protéger de pareille souffrance. Et nous découvrons qu’il est croyant : il reconnaît Abraham comme son père dans la foi ; mais non pratiquant, dirions-nous aujourd’hui : il n’a pas écouté les avertissements de Moïse et des prophètes, pas plus que ses frères, apparemment.
Voilà planté le premier personnage, mais nous ne savons toujours pas de quoi parle cette parabole puisqu’elle n’est pas une parabole contre les riches.

Serait-ce alors une parabole en faveur des pauvres ? Une parabole qui, bien avant l’heure, donnerait raison à Karl Marx, quand il dira que la religion est l’opium du peuple ? Souffrez maintenant, et en silence s’il vous plaît, et vous serez heureux plus tard ? Est-ce là l’enseignement de la parabole ? Oh que non ! Certes il y a ce pauvre Lazare (tiens ! on connaît son nom, à lui !), ce pauvre Lazare qui a souffert et qui se retrouve, après sa mort, emporté par les anges auprès d’Abraham. Une belle fin pour quelqu’un qui le mérite sans doute. Mais la parabole n’est pas pour lui, ni pour ceux qui partagent sa condition. Elle n’est pas un enseignement à la patience pour celles et ceux qui souffriraient, ni un appel à la résignation : votre tour viendra ! Elle n’est pas une parabole pour plus tard, quand nous serons morts ; elle est un enseignement pour aujourd’hui, et pour nous, même si nous ne sommes pas vraiment riches, même si nous ne sommes pas dramatiquement pauvres.

Cette parabole nous parle de notre vie aujourd’hui, et de la manière dont nous la vivons, maintenant. C’est une parabole sur le regard que nous portons sur le monde et sur les hommes et les femmes que nous croisons. C’est une parabole qui veut nous ouvrir les yeux. Le riche n’est pas méchant, il est juste aveugle, aveuglé par sa richesse et les amis qu’elle lui procure au point de ne pas voir le pauvre Lazare devant sa porte. Que voulez-vous, ils ne sont pas du même monde ! L’un est fabuleusement riche alors que l’autre est affreusement pauvre ! Et si le riche n’a pas de nom, encore une fois, c’est parce qu’il peut avoir notre nom. Mais nous ne prendrons pas, dans cette parabole, la place du pauvre : le pauvre, c’est Lazare, il nous est connu, comme nous sont connus les pauvres de notre vie. N’avons-nous pas tous un Lazare que nous préférons ignorer, ne pas voir ? Ce n’est pas forcément quelqu’un qui est économiquement pauvre, juste quelqu’un qui est pauvre de notre manque de relation, de notre manque d’attention. Et nous savons que les pauvres de toutes sortes sont les préférés de Dieu, parce que Dieu porte attention à chacun et particulièrement à ceux dont personne ne se soucie. Il est donc juste que Lazare se retrouve auprès d’Abraham, non pas parce qu’il a souffert, mais parce que tous l’ignoraient, à commencer par le riche. Il ne comptait pour personne, sauf pour Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelle le psaume de ce dimanche ? Le Seigneur fait justice aux opprimés, il donne du pain aux affamés, il protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin…

Tout est question de regard, semble nous dire cette parabole. Si le riche avait vu Lazare, peut-être aurait-il eu un geste de compassion envers lui et désormais, après sa mort, Lazare pourrait en avoir un envers lui : envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue ! Mais il n’a rien vu, le riche, et donc rien fait ; et maintenant, c’est trop tard ! La sagesse populaire le dit : un bien fait n’est jamais perdu ! Il ne suffit pas que nous menions notre vie sans faire de mal aux autres ; il ne suffit pas de vouloir être bien avec tous. Paul le rappelle à Timothée : et maintenant, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Le commandement du Seigneur, c’est bien d’aimer les autres ! C’est son unique commandement ! Pas seulement nous abstenir de leur faire du mal, non, mais les aimer comme Dieu les aime, gratuitement, portant leur souci, intervenant en leur faveur. Vivre selon Dieu et aimer comme Dieu : c’est tout ce qui nous est demandé ; mais ce sont deux choses qu’il nous faut partager. Je ne vis pas seul ; je n’aime pas seul.

Si seulement le riche avait ouvert les yeux sur celui qui était à sa porte ! Pour lui, c’est trop tard, mais pour nous, nous qui avons Moïse et les prophètes, nous qui avons même mieux en Jésus, mort et ressuscité, souvenons-nous à temps de son enseignement et nous pourrons être sauvés. N’est-il pas celui qui a dit : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ? Ou pas. Amen.


(Dessin : Editions CRER, 2005 - B. Debelle)