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dimanche 12 juillet 2026

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2026

 Tu prépares la terre, tu arroses les sillons.





 

            Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. Voilà un fait de la vie de Jésus que nul ne peut contester. Nous ne les connaissons peut-être pas toutes, mais parmi celles qui nous sont parvenues, beaucoup retiennent celle de l’enfant prodigue et celle du bon Samaritain. La parable du semeur serait sans doute aussi bien placée au palmarès des paraboles les plus connues, parce que c’est une des rares à être entièrement expliquée par Jésus lui-même à ses seuls Apôtres. Faut-il dès lors que je rajoute une explication à l’explication officielle ? Il est difficile de dire autre chose que le Maître lui-même. Et pourtant…

            L’expérience rapportée par Jésus dans cette parabole du semeur ne nous est pas étrangère, même si nous sommes citadins. Un bout de jardin ou quelques jardinières suffisent, et nous voilà à planter qui des fruits et légumes, qui des plantes d’agréments. Nous savons d’expérience combien le choix de la terre compte, selon ce que nous voulons faire grandir. Aucune terre n’est vraiment mauvaise ; il faut apprendre ce que l’on peut y planter. Un sol rocailleux ne convient pas à tout, mais les plantes dites de rocailles s’y épanouissent à merveille. Si j’en parle, c’est parce que je ne voudrais pas que quelqu’un pense qu’il n’est pas fait pour accueillir la Parole de Dieu, puisque c’est elle qui est largement semée dans la parabole. Nous sommes tous faits pour accueillir la Parole, mais peut-être que toute parole, même de Dieu, ne nous convient pas toujours. Selon ce que nous vivons, il nous faudra davantage une parole de consolation, ou de guérison, ou d’encouragement, et quelquefois une parole de réprimande ! Nous savons tous qu’une parole donnée à un mauvais moment peut ne rien donner, voire produire l’exact contraire de ce que nous visions. Semer la parole largement ne signifie pas la semer n’importe comment ! Comment pourrions-nous seulement croire que Dieu, qui accorde avec raison une grande importance à sa Parole et à sa réception, ne se préoccupe pas du lieu où sa Parole tombe ? 

            C’est le psalmiste qui m’a rendu attentif à ce détail. Le Psaume 64 (65) que nous avons chanté précise ceci : Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons. C’est bien de Dieu qu’il parle, et de son œuvre pour nous. La terre qu’il prépare, c’est notre cœur ! Il le prépare, et nous prépare, à accueillir sa Parole, à accueillir son Verbe fait chair. Quand Dieu sème son Verbe, il prépare d’abord la terre. Pensons à tous les prophètes de la Première Alliance ! Pensons à Jean le Baptiste qui a préparé très immédiatement le cœur des hommes à l’accueil du Messie. Quand Dieu sème sa Parole, il n’est ni inconscient, ni fou ; il est juste généreux. Il sème largement, pour que jamais nous ne manquions de sa Parole nécessaire à notre vie, nécessaire à notre salut. Elle est pour tous, quel que soit l’état de notre vie, sol pierreux, envahi de ronces ou bonne terre. Il sème même au bord du chemin, quand bien même rien n’y pousse. Nous sommes bord du chemin lorsque nous nous tenons à distance, pas vraiment concernés par elle. Mais je crois que même du bord du chemin, Dieu ne désespère pas, parce que ce bord du chemin peut se laisser saisir par le spectacle de la bonne terre qui porte du fruit, et il peut décider un jour de chasser le Mauvais qui emporte tout ce que Dieu a pourtant largement semé. 

            Car oui, Dieu visite la terre, Dieu prépare la terre et arrose les sillons. Dieu nous visite, Dieu nous visite, et nous pouvons choisir de faire de cette visite, de cette préparation, quelque chose de bon pour nous, grâce à ses soins prodigués. Dieu n’abandonne personne au Mauvais. Il a même envoyé sa Parole nous libérer tous de l’emprise du Mauvais pour que, de bord du chemin, nous devenions tous bonne terre. Sans doute passerons-nous par le sol pierreux et le sol envahi de ronces. Mais toujours souvenons-nous que nous pouvons nous laisser travailler par Dieu, car c’est lui qui, non seulement sème, mais c’est aussi lui qui prépare notre terre et arrose nos sillons pour que nous produisions les fruits attendus à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Laissons donc Dieu agir en nous ; laissons-nous transformer par lui ; devenons cette bonne terre, et nous porterons du fruit. C’est notre choix de laisser Dieu préparer la terre et arroser les sillons. Amen.

samedi 17 juin 2023

11ème dimanche du temps ordinaire A - 18 juin 2023

 La moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux. 




 

 

 

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Cette invitation de Jésus, au début de son ministère, ne cesse de me surprendre et provoque en moi trois questions que je vous livre ce matin. 

Première question : Qui a semé ? Car enfin, avant que des gens ne cherchent à moissonner, il faut que quelqu’un ait semé ! Cette évidence n’aura échappé à personne ! Or Jésus n’a jamais envoyé quelqu’un semer ! Si l’on replace ce passage d’évangile dans son contexte, nous assistons à son baptême, puis à sa retraite de 40 jours au désert. Sortant de là, il appelle quatre premiers disciples, donne le sermon sur la montagne, et guérit un certain nombre de malades. Mais jamais il n’a envoyé quiconque semer. N’est-ce pas étrange de vouloir moissonner là où personne n’a semé ? A moins que la semaille ne relève pas du travail des hommes. A moins que les hommes n’aient qu’à moissonner ce qu’un autre, le Tout-Autre, a semé. Il y aurait donc deux temps : le temps de l’Autre, où Dieu fait son œuvre, mystérieusement, dans le cœur des hommes, et le temps de la moisson, le temps du Christ et notre temps, où nous constatons l’œuvre de Dieu en chacun de nous. 

Ce qui amène ma deuxième question : moissonner, oui, mais quoi ? Qu’est-ce qui urge ainsi pour que même le Christ se plaigne du peu de moissonneur ? Quelle est cette œuvre qui a grandi et qu’il faut maintenant récolter ? Si notre première hypothèse (à savoir, le semeur c’est Dieu) est bonne, alors la moisson concerne bien son œuvre et il nous en faut recueillir les fruits. Nous avons donc la certitude d’en trouver, des fruits ! Dieu travaille depuis longtemps le cœur des hommes pour en espérer maintenant quelque chose de bon. Le rôle des moissonneurs est donc de savoir discerner les signes de Dieu, les traces de son passage au cœur même de la vie des hommes. Il s’agit donc, pour l’humanité, d’achever l’œuvre de Dieu, de tenir sa part dans l’Alliance jadis conclue entre Dieu et les hommes. Et si le temps de la moisson est venu, cela signifie aussi ce que Jésus ne cesse de proclamer : le Royaume est proche ! Ces temps sont les derniers. Le sens de l’histoire va bientôt être révélé. Le temps de la moisson est le temps de vérification du travail de la terre. Certes, quelqu’un a semé, mais vous  savez bien, qu’une fois que vous avez semé, le temps qui suit ne dépend pas de vous. Il ne suffit même pas d’arroser et de désherber pour être sûr que quelque chose va lever. Il y a le travail mystérieux de la terre. Le temps de la moisson que le Christ ouvre par son appel, devient le temps de vérification de la qualité de notre terre, de la qualité de notre vie. Qu’avons-nous fait de ce que Dieu a semé en nous ? Quel accueil avons-nous réservé à sa Parole ? 

Enfin, troisième question : qui sont les moissonneurs que le Christ appelle de ses vœux aujourd’hui ? Sont-ce uniquement les prêtres (ou pour faire bref, la hiérarchie de l’Eglise), successeurs, par leur ministère, des Apôtres que Jésus appelle pour la moisson ? Le passage de l’évangile de Matthieu semble lier les deux : appel à moissonner et appel des Douze ! Les prêtres et les évêques seraient donc établis pour guider le peuple, lui rappeler sans cesse la Parole de Dieu à l’œuvre et l’inviter sans délai à se convertir pour qu’il puisse produire les bons fruits attendus ! Leur ministère serait donc un ministère d’accompagnement et de discernement. Mais cela signifierait aussi qu’il n’y aurait pas de moisson possible là où il n’y a pas ou plus de prêtre ! D’où la demande de Jésus concernant la prière pour que Dieu envoie des moissonneurs. Est-ce bien raisonnable d’énoncer les choses ainsi ? N’est-ce pas oublier un peu vite que nous sommes tous, par notre baptême, prêtre, prophète et roi ? En clair que chaque baptisé, pour la part qui est la sienne, peut participer à la moisson. Chaque baptisé est invité à se convertir, à discerner en lui l’œuvre de Dieu pour mieux y répondre. Chaque baptisé, par le témoignage qu’il donne, peut entraîner à sa suite des hommes et des femmes qui auront soif du Christ et qui voudront vivre eux-aussi, selon l’Evangile. Chaque baptisé porte, pour une part, le souci de la récolte. Il nous faut donc prier d’abord pour que jamais ne manquent ces chrétiens qui prennent au sérieux, dans le quotidien de leur vie, les exigences de l’Evangile et qui essaient d’en vivre. A quoi serviraient les pasteurs s’il n’y avait pas de peuple à guider ? 

En invitant à la moisson, le Christ appelle chaque baptisé à prendre au sérieux l’œuvre de Dieu en lui. La page d’évangile entendue est, pour moi, une invitation à ne pas tout reporter sur les seuls ministres ordonnés, mais à nous souvenir chacun, que nous partageons tous un sacerdoce baptismal à vivre effectivement. A cause de notre baptême, nous avons à discerner Dieu à l’œuvre dans notre vie. A cause de notre baptême, nous sommes invités à être ce peuple de prêtres dont parlait le livre de l’Exode. A cause de notre baptême, nous sommes appelés à être ce peuple particulier que Dieu se donne pour témoigner de son amour à toute créature. A cause de notre baptême, nous avons tous, chacun à sa place et selon son état de vie, à participer à cette moisson qui deviendra gerbe de vie éternelle pour tous les hommes que Dieu aime. Ouvrons-nous à l’œuvre de Dieu en notre vie, et nous participerons à une riche moisson de vie éternelle. Amen.

dimanche 17 juin 2018

11ème dimanche ordinaire B - 17 juin 2018

Deux paraboles sur le Règne de Dieu.







Il en est du règne de Dieu comme… Voici posé le sujet de la prédication de Jésus à la foule, tel que nous l’avons entendu dans l’évangile de ce dimanche. Deux petites paraboles vont suivre pour permettre à Jésus de leur annoncer la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. C’est un peu vexant cette remarque, mais elle a quelque chose de vraie. Si la seconde parabole de ce dimanche est facile d’accès, la première me laisse plus perplexe. 

Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence. Ma perplexité commence là. Le règne de Dieu est-il comparé à l’homme qui jette la semence ou à la semence qui est jetée par l’homme ? Si le règne de Dieu est la semence jetée en terre, nous comprenons que ce règne de Dieu travaille le cœur de l’homme (la terre). Il fait son œuvre, mystérieusement, sans aucune aide. Il serait quelque chose dont nous avons la réalité en nous, peut-être sans le savoir. Il serait quelque chose qui grandit, se développe et que l’on récolte au bout du processus. Cette première parabole se rapprocherait alors de la seconde, celle de la graine de moutarde. Cette autre parabole nous montre clairement que de rien (une graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences) sort la plus grande plante potagère dans laquelle les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid. Il y a bien, dans cette notion du règne de Dieu, l’idée de quelque chose d’infime, mais qui devient grand une fois semé, sans que quiconque y soit pour quelque chose. La croissance du règne de Dieu ne dépend pas de nous. Pourtant, pour que ce règne de Dieu lève, il faut qu’il soit semé. Et c’est là que nous intervenons : le règne de Dieu serait une graine jetée en terre par l’homme. Si nous ne répandons pas les semences du règne de Dieu par notre art de vivre, ce règne ne pourra pas grandir. Il faut donc croire déjà que nous avons quelque importance dans le fait que le règne de Dieu se répande ou non. Autrement dit, nous pouvons être un obstacle au règne de Dieu dès lors que nous ne veillons pas à le répandre. Cette première parabole, dans cette interprétation particulière, viendrait rappeler aux croyants leur devoir d’évangéliser, de répandre par leurs actes et leur parole, la connaissance de ce règne.  

La seconde interprétation possible serait de dire que le règne de Dieu, c’est comme un homme qui sème. Le règne de Dieu se répandrait alors tout seul, il jetterait des graines à tous vents et ces graines feraient leur œuvre mystérieusement. Nous serions là très proches de cette autre parabole de Jésus, celle du semeur qui est sorti pour semer et qui répand allègrement son grain, sans même faire bien attention où ce grain va tomber : dans les ronces, dans la rocaille, au bord du chemin ou dans la bonne terre. Le grain semé lève et grandit avec plus ou moins de succès. L’humanité, dans cette dernière parabole comme dans la nôtre aujourd’hui, est la terre qui accueille. Elle produit quelque chose de bon dans la mesure où elle en est capable et que rien ne vient entraver le processus de la croissance. Mais la graine semée poursuit sa croissance toute seule. Je ne suis responsable de sa croissance que dans la mesure où je laisse la graine lever en moi et que rien en moi ne s’y oppose. Si le règne de Dieu est l’homme qui sème, que sème-t-il ? Nous le savons depuis la Pentecôte : il sème l’Esprit qui produit des fruits de paix, de joie, d’amour, de patience, de bonté, de bienveillance, de fidélité, de douceur et de maîtrise de soi. Il sème la Parole par qui tout devient possible. Mas si le règne de Dieu est l’homme qui sème, n’oublions pas la fin de la parabole : il est aussi celui qui récolte. Dès que le blé est mûr, il y met la faucille ! Le but ultime, c’est de rentrer la récolte !  

Ce qui est intéressant dans ces deux paraboles, c’est par quelque bout qu’on la prenne et la comprenne, il y a une part de mystère, c’est-à-dire une part de l’œuvre de Dieu, et une part de l’œuvre de l’homme. Dieu a voulu avoir besoin de nous pour que lève son règne au milieu des hommes. Ce n’est pas quelque chose qu’il impose ; ce n’est pas quelque chose qu’il force en nous. Soit il sème, soit il est semé ; mais dans les deux cas, nous avons une part infime à prendre pour que les fruits puissent être récoltés. Si nous ne savons pas toujours bien ce qu’est le règne de Dieu, nous savons au moins que nous avons une part à tenir pour qu’il puisse croître : soit le répandre par notre vie, soit l’accueillir dans notre vie. Le reste ne dépend pas de nous. La manière dont il grandit et se développe ne dépend pas de nous, ni de nos politiques pastorales. A chacun sa place, à chacun son œuvre, à chacun sa part, semble nous dire Jésus aujourd’hui. Pour reprendre un principe liturgique que j’aime beaucoup : que chacun fasse seulement, mais totalement, ce qui lui revient ! Alors ce règne de Dieu, qu’il soit le semeur ou la graine semée, pourra faire son œuvre. Alors nous pourrons être récoltés pour participer à la joie du royaume où Dieu nous attend. Amen.

 

 

 

samedi 15 juillet 2017

15ème dimanche ordinaire A - 16 juillet 2017

Un semeur, des grains, des terres.





Un semeur, des grains, des terres. Nous avons là tout ce qu’il faut pour une bonne parabole ; nous avons là tout ce qu’il faut soit pour nous perdre soit pour comprendre ce que Jésus veut nous dire aujourd’hui. Un semeur, des grains, des terres. Bien peu de choses en fait pour comprendre que Dieu est à l’œuvre en ce monde et qu’il attend, non pas tant une réponse ou un engagement, qu’un accueil et une oreille attentive. 
 
Des terres, nous n’en parlerons pas trop, aujourd’hui. En tout cas, nous ne commencerons pas par elles. Jésus lui-même en parle longuement dans l’évangile entendu. Et surtout, j’en ai assez d’une religion où il faut sans cesse faire plus, sans cesse faire mieux. C’est fatigant, et cela ne fait que décourager l’homme. Or je crois que Dieu vient d’abord pour nous encourager, pour nous attirer à lui. Oui, je crois que c’est Dieu qui fait toujours le premier pas vers l’homme ; je crois que c’est Dieu qui toujours va à la recherche de l’homme : Homme où es-tu ? interroge Dieu dans le Jardin de la Genèse. En relisant cette parabole du semeur, comprenons d’abord que Jésus veut nous rappeler que nous avons un Père, et que nous pouvons compter sur lui. Cela n’enlève rien à notre responsabilité, mais pour une fois, intéressons-nous d’abord à lui plutôt qu’à nous.  
 
Un semeur, donc, que nous pouvons identifier comme étant Dieu, le Père de Jésus Christ et notre Père. Un semeur qui semble dilapider son grain. Il en jette partout, même là où il sait que le grain a peu de chance de monter : comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin… d’autres sont tombés sur le sol pierreux… d’autres sont tombés dans les ronces… d’autres sont tombés dans la bonne terre… On peut penser que la diversité des terres ensemencées n’est qu’un hasard ; peut-être y avait-il un vent capricieux qui s’amusait à disperser le grain. Car enfin, quel paysan irait jeter intentionnellement son grain au bord du chemin, dans une terre prise par les ronces ou envahie par la pierraille ? Même le jardinier du dimanche que je suis, sait qu’il faut préparer un minimum la terre avant d’y semer ou d’y planter quelque chose. Dans la parabole de Jésus, puisque les terres ne semblent pas préparées préalablement à l’ensemencement, j’aime à croire que le semeur sème aux quatre vents volontairement : il sait que tous les grains ne germeront peut-être pas, il connaît les terres et les difficultés qu’ont certaines à produire autant que d’autres, mais il espère. Ce que rapporteront les grains tombés en bonne terre compensera largement les pertes de ses espérances : cent, ou soixante, ou trente pour un. Chaque grain selon ce qu’il peut donner. Nous avons donc entendu l’histoire d’un semeur qui invite à l’espérance. Peut-être que dans le sol pierreux, il y aura un grain qui arrivera à faire son chemin. Peut-être qu’au milieu des ronces, un grain trouvera le peu de terre et de lumière dont il a besoin pour grandir et produire son fruit. Ce semeur nous invite à l’espérance parce qu’il connaît la force du grain semé. Tout le secret de la parabole est peut-être là, dans le grain semé. Il nous faut donc maintenant nous intéresser à lui. 
 
Le grain semé, c’est la Parole de Dieu, celle dont le prophète Isaïe nous dit qu’elle est comme une bonne pluie qui nourrit la terre et la féconde. Et nous voilà ramené à l’essentiel : Dieu parle aux hommes, il donne très largement sa Parole, sans se dire : celui-là est bon, il comprendra ; celui-là est stupide, ce n’est donc pas la peine que je me fatigue. Non, Dieu parle, Dieu intervient dans l’histoire des hommes en espérant que les hommes sauront être attentifs à cette Parole, en espérant qu’elle parviendra à toucher le cœur des hommes, au-delà des jugements que l’on peut porter sur eux à vue humaine. La Parole de Dieu est une bonne semence que toute terre peut accueillir, une semence qui peut réussir partout. Si elle touche un peu de terre enfouie sous les ronces, elle pourra faire son travail et grandir malgré tout si la terre accepte d’être travaillée et fécondée par ce grain. La puissance de ce grain est extraordinaire et permanente. Elle est en mesure de nous aider à chasser les oiseaux, à arracher les ronces, à dégager les pierres de notre cœur. Dieu lui-même nous en donne l’assurance lorsqu’il proclame : ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. D’elle-même, la Parole de Dieu ne peut pas échouer ; elle a en elle la force nécessaire pour la réussite. Le seul obstacle au grain semé de la Parole, ce sera malgré tout la terre. 
 
Il nous faut donc quand même en parler un peu, de ces terres, sans toutefois leur donner trop d’importance. Sans la terre, le grain ne pourrait rien. Sans le grain qui la féconde, la terre ne servirait à rien. Le grain ne peut produire son fruit s’il ne rencontre pas la terre ; et la terre ne peut donner de bons fruits, si elle n’accueille pas de bons grains. Autant la Parole a besoin d’hommes et de femmes pour l’entendre et croire qu’elle peut féconder une vie humaine, autant les hommes et les femmes de notre temps ont besoin d’entendre une Parole qui les fassent vivre, espérer et grandir. Dieu seul, en semant aux quatre vents, peut permettre cette rencontre. L’homme, en accueillant la Parole, peut lui permettre d’être féconde. Faut-il d’abord que l’homme se débarrasse des oiseaux du bord du chemin, de ses ronces et de ces pierres intérieures qui bloquent la Parole ? Nous voyons bien ce qu’il en est de l’homme : plein de bonne volonté, mais vite freiner par une paresse surnaturelle qui l’envahit dès qu’il s’agit de Dieu. La procrastination n’est jamais très loin : aujourd’hui peut-être, et sinon demain… Nous savons tous ce qu’il en est. Peut-être faut-il alors changer de stratégie et commencer par accueillir la Parole, malgré tout, malgré les oiseaux, malgré les ronces, malgré les pierres. Elle est puissante en nous la Parole, et même si elle ne trouve qu’un petit peu de terre, elle peut faire des merveilles. Elle peut nous aider à vaincre les ronces et les pierres, et nous donner la force de lutter de manière durable et efficace contre les oiseaux, les ronces et les pierres qui veulent empêcher la croissance du grain semé. N’attendons pas d’avoir le cœur prêt pour lire la Parole. Commençons par lire la Parole ; commençons par l’accueillir en nous et elle saura nous aider à lui faire un peu plus de place en notre vie. 
 
Un semeur, du grain semé, des terres ensemencées. Il n’en faut pas plus pour que la volonté de Dieu et la liberté de l’homme soient tendues vers le même but : que lève toujours plus haut le grain de la Parole, que grandisse toujours davantage le Royaume de justice et de paix ! Laissons la Parole nous pénétrer afin qu’elle puisse prendre chair. Elle saura alors faire grandir à l’infini les possibilités que chacun porte en soi. Il ne faut qu’un semeur généreux, des grains largement semés et des terres même partiellement ensemencées pour que jaillisse la gloire de Dieu et se lève le salut du monde. AMEN.

(Dessin de Mr Leiterer)