Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Faire route. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Faire route. Afficher tous les articles

samedi 21 mai 2022

6ème dimanche de Pâques C - 22 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour apprendre à dépasser nos conflits.




Icône des Apôtres Pierre, Jacques et Paul, source internet 
http://saint-paul-apotre.paroisse-immaculee-conception.fr/



            La liturgie ne nous permet pas de lire des chapitres entiers des textes bibliques. Le passage du livre des Actes que nous avons entendu est un résumé à gros coups de crayon du chapitre 15 du livre qui aborde pourtant un moment essentiel de la vie de la jeune communauté réunie dans la foi au Christ ressuscité, et une question fondamentale posée à cette même communauté, question qui aurait pu conduire à l’éclatement de celle-ci. La dispute peut nous sembler aujourd’hui complètement dépassée et pourtant, je ne suis pas sûr qu’elle ne se pose plus à nous. 

            Ce qui est en jeu, dans le débat de l’assemblée de Jérusalem, ce n’est rien de moins que la foi de cette communauté. Le premier voyage missionnaire de Paul a été un succès. De nombreux païens sont venus à la foi au Christ vivant. Au lieu de s’en réjouir, certains ont estimé qu’il leur manquait quelque chose d’essentiel : la circoncision, qui n’ayant pas été faite laisse un petit bout de chair de trop. Comprenez-vous : ces convertis-là ne sont pas juifs d’origine ; ils ne sont pas comme le Christ qu’ils confessent désormais ; ils ne sont pas comme les Apôtres, tous juifs de naissance. Si la foi au Christ est bien l’aboutissement de la foi juive, ne faut-il pas que ces païens en passent par là et qu’on leur coupe ce petit bout de chair qu’ils ont en trop ? Les bons connaisseurs de Paul auront reconnu là un thème favori de la pensée de Paul : seule la foi au Christ sauve. Il n’y a besoin de rien d’autre. Et puisque la Loi n’a pas permis au peuple élu de se préserver du péché, il y a là bien le signe que la circoncision est devenue caduque. Pour d’autres, au contraire, il n’y a pas à tergiverser : il faut respecter la Loi, toute la Loi, pour découvrir qu’elle s’accomplit en Jésus, mort et ressuscité. L’assemblée de Jérusalem réunit les deux parties ; une décision est attendue, non pour déclarer un vainqueur et un vaincu, mais pour sauvegarder l’unité de la communauté croyante. Parce que l’enjeu est bien celui-là : l’unité de tous !

             Dans le passage entendu, nous n’avons que le début du chapitre 15 qui donne le contexte qui va mener à la convocation de cette assemblée et la décision finale prise. Pourtant, le processus est tout aussi important. Une assemblée se réunit à Jérusalem, autour des Apôtres et des Anciens. Il y a d’abord un discours de Pierre qui renvoie à l’expérience qu’il a eu avec le Centurion Corneille, officier de l’armée d’occupation qui avait reçu l’Esprit Saint avant même d’être baptisé. Dans son argumentaire, il place d’emblée la question au niveau théologique. Ecoutez plutôt ce qu’il dit : Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ? Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. Après ce discours, c’est Paul et Barnabé qui vont exposer tous les signes et les prodiges que Dieu avait accomplis grâce à eux parmi les nations. Vous aurez noté que c’est bien Dieu qui agissait à travers eux ; c’est bien Dieu qui a converti les cœurs des païens. Enfin, c’est Jacques qui prend la parole. Certains voient en lui l’opposant principal de Paul. Pourtant, il aura cette parole surprenante : j’estime qu’il ne faut pas tracasser ceux qui, venant des nations, se tournent vers Dieu, mais écrivons-leur de s’abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang. Entendez-le bien : il ne faut pas tracasser ceux qui se tournent vers Dieu. Qu’importe finalement qu’ils soient juifs comme Jésus et nous, ses Apôtres, ou pas, dit Jacques. Reconnaissant l’œuvre de Dieu en eux, il invite à respecter le choix de Dieu et donc de ne pas tracasser les nouveaux venus. Le pape François ne dit pas autre chose quand il nous invite à ne pas jouer aux douaniers, rendant impossibles pour certains l’accès à Dieu et aux sacrements de l’Eglise. La position de Jacques deviendra le corps de la décision prise. Il faut remarquer ici l’audace qui ouvre cette décision : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… Ce n’est pas juste une décision humaine qui est rendue ; l’Esprit Saint, autrement dit Dieu lui-même, est acteur de cette décision. Puisqu’il a appelé les païens à la foi, les Apôtres reconnaissent qu’ils ne peuvent pas s’y opposer. D’où juste trois interdits logiques : s’abstenir des viandes offertes aux idoles (choisir le Christ, c’est les refuser) ; s’abstenir du sang (le sang est à Dieu, il est le siège de la vie : ne vous prenez pas pour Dieu donc) et s’abstenir des unions illégitimes (n’allez pas contre l’ordre voulu par Dieu à la Création). Rien de plus que cela.

 

            Faire route avec les disciples pour apprendre à dépasser nos conflits revient à nous mettre à l’écoute de Dieu. C’est lui le juge de paix dans nos communautés ; c’est lui qui nous montrera où est le vrai, le bon, le juste. C’est lui aussi qui nous donnera de nous écouter en vérité. Il ne s’agit pas, entre deux camps, de définir qui dit vrai, qui dit faux ; il s’agit de reconnaître où Dieu veut nous conduire et le suivre, lui. Ainsi l’unité de la communauté croyante sera préservée, parce que c’est bien Dieu qui la mène et non les hommes qu’il choisit. Devant les choix que nous aurons à faire pour l’avenir de nos communautés, laissons nos préférences, nos idées toutes faites et bien arrêtées, et écoutons ce que l’Esprit dit aux Eglises. Nous pourrons alors maintenir l’unité de nos communautés et dire en vérité à notre tour : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… Amen.

samedi 19 mars 2022

3ème dimanche de Carême C - 20 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour porter du fruit, le fruit d'une vie nouvelle.



(La parabole du figuier, Gravure de Jan LUYKEN, BOWYER BIBLE, source Wikipedia)


            Depuis le début du carême, nous avons vu Jésus affronter le Mal et vaincre le tentateur par sa fidélité à la Parole de Dieu. Dimanche dernier, nous pouvions contempler sa gloire, la gloire qui est sienne depuis toute éternité et qui resplendira par le mystère de la croix dressée et du tombeau ouvert ; cette contemplation par avance de la gloire nous donne déjà la force d’affronter les événements à venir de la Passion. Aujourd’hui, pour poursuivre notre marche à la suite de Jésus, il nous faut nous regarder, oser un regard sur notre propre vie : que produit-elle ? Car comment imaginer faire route avec Jésus sans envisager éventuellement de changer de vie, pour porter du fruit, le fruit d’une vie nouvelle ? 

            L’évangile de ce dimanche ne présente pas de difficulté particulière de compréhension. Il nous rappelle que les catastrophes ou les accidents de la vie ne sont pas la conséquence de notre péché. Le mal arrive dans notre vie, mais il est étranger à Dieu, parce que Dieu ne peut le concevoir. Vous pouvez relire les prophètes qui nous ont déjà été proposés au long de ces deux semaines de Carême. Nous avons ainsi entendu Ezéchiel nous dire que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. C’est là le seul projet de Dieu, parce qu’il nous a faits pour la vie. L’avertissement de Jésus ce dimanche, répété deux fois, nous rappelle cette évidence : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Non pas que Dieu nous fasse périr (encore une fois, il ne veut que notre vie) ; mais, en refusant de nous convertir, en refusant de choisir Dieu et la vie qu’il nous offre, nous nous précipitons vers la mort. Aujourd’hui comme hier, Dieu voit la misère de son peuple, connait ses souffrances. Hier il envoyait Moïse vers son peuple pour le libérer d’Egypte, pour lui rendre une vie digne de lui. Puis il a envoyé son propre Fils, Jésus, pour libérer les hommes de la mort et du péché et les rendre à nouveau capables de Dieu, capables de la vie éternelle, cette vie nouvelle libérée de toute souffrance, libérée de tout mal. Il est ce vigneron qui bêche notre humanité, l’enrichit de la Parole de Dieu pour qu’elle porte le fruit que Dieu est en droit d’attendre. 

            Hélas, nous l’avons vu ces derniers temps, le mal fait encore des siennes. Il le fait dans notre monde ; nos journaux en sont remplis quotidiennement. Mais il est aussi arrivé qu’il soit fait dans l’Eglise, par des hommes et des femmes au service de cette Eglise. En ce troisième dimanche de Carême, fidèle à son engagement, l’Eglise catholique porte dans sa prière les victimes de tous les abus qui ont eu lieu en son sein. Ce drame nous rappelle l’urgence qu’il y a pour tous de marcher à nouveau avec Jésus. Hors de lui, pas de salut ; hors de lui, pas de délivrance du mal. Cela vaut pour tous, y compris pour les ministres de l’Eglise. L’ordination, pas plus que le baptême, ne protège du mal qu’on peut nous faire, ni du mal qu’on peut faire. L’ordination, comme le baptême, nous donne une responsabilité particulière dans cette lutte de chaque instant contre le mal qui rôde, d’abord dans notre propre vie. Seule la marche humble et persévérante avec le Christ nous offre une voie de salut. Seule la marche humble et persévérante avec le Christ nous permet d’identifier le mal, de le dénoncer, de le rejeter. Ce mal des abus commis, qu’ils soient abus sexuels, abus de pouvoir ou abus de confiance, se devait d’être dénoncé et d’être traité à la hauteur des souffrances qu’il a provoqué.  Que cela ait porté atteinte au crédit de l’Eglise, c’est une évidence. Mais j’ai la conviction que Dieu continue de bécher le sol dans lequel cette Eglise est plantée pour qu’elle porte à nouveau du fruit, un fruit de vie nouvelle, le fruit qu’elle n’aurait jamais dû cesser de porter. De cette épreuve, elle sortira grandie si elle se recentre sur son unique mission : annoncer la Bonne Nouvelle du Christ qui nous libère de tout mal par son offrande sur la croix. 

            Le mal est étranger à Dieu qui ne l’a pas créé, ni ne peut le concevoir. A travers toutes les alliances qu’il a proposées aux hommes, il n’a cessé de le combattre. Appelés à vivre de la vie même de Dieu, le mal doit nous devenir étranger. Il nous faut le combattre toujours, si nous voulons être d’authentiques disciples de Jésus. Il y a tant de beaux et de bons fruits à porter ; pourquoi ne pas y consacrer notre énergie ? Le temps passé à imaginer et concocter le mal est toujours du temps perdu, et définitivement perdu puisqu’il nous ferme le temps de l’éternité bienheureuse. Le temps passé à imaginer et à faire le bien est toujours du temps gagné, pour aujourd’hui d’abord parce qu’il nous rend heureux immédiatement, et pour l’éternité ensuite puisqu’il nous ouvre au bonheur sans fin. En choisissant de faire route avec Jésus au long de ce carême, en choisissant de faire route avec lui tout au long de notre vie, nous ferons reculer le mal. En choisissant de faire route avec Jésus, nous porterons du fruit, un fruit de vie nouvelle, aujourd’hui et toujours. Amen.

mercredi 2 mars 2022

Mercredi des Cendres - 02 mars 2022

 Faire route avec Jésus : Aumône, prière et jeûne, les réserves pour la route.



(Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)




            Nous voici donc en Carême, une fois de plus. Comme les hirondelles qui font le printemps, il revient chaque année nous remettre face à nous-même, face aux autres, face à Dieu. Il est le temps qui précède la célébration du cœur de notre foi : la mort et la résurrection de Jésus, source de notre salut. Nous sommes invités, durant 40 jours, à faire route avec Jésus pour recevoir de lui le pardon des péchés et la vie éternelle. Quarante jours à marcher avec Jésus, nous comprenons tous que cela est long. Comme pour une randonnée, il s’agit de bien nous préparer, de bien préparer notre sac. Et c’est Jésus lui-même qui nous dit ce qu’il faut pour cette route avec lui : l’aumône, la prière, le jeûne. 

            L’aumône peut sembler un ancien mot, une vieille babiole que l’on garde sur une étagère de bibliothèque, parce que même si cela ne sert pas beaucoup, ça fait joli. Des mots plus récents, plus facilement compréhensible seraient : partage, solidarité, bref ce qui nous fait mettre l’autre en face de nous. Que fais-tu pour les autres, en bien ? Es-tu solidaire ? Sais-tu partager ? Pour marcher avec Jésus, il faut être solidaire. Ce n’est pas une option, c’est un art de vivre. A celui qui devrait en être convaincu, il suffit de relire l’évangile de Matthieu, au chapitre 25. Les questions posées, à la fin des temps, au jour du jugement sont : j’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison : qu’as-tu fait (ou pas fait) pour moi ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et oublier le partage et la solidarité. 

            La prière, c'est-à-dire la relation avec Dieu, cela peut sembler une évidence quand on veut marcher avec Jésus. Après tout, n’est-il pas venu de la part de Dieu, son Père, pour ramener notre cœur vers Lui ? Ce que nous dit Jésus, c’est qu’à côté de l’acte public de la prière, il ne faut pas oublier le tête-à-tête avec Dieu. Avez-vous remarqué que ce passage commence par un pluriel : Quand vous priez…, pour finir sur un singulier : Mais toi, quand tu pries… Les deux temps de la prière sont importants, mais quand tu pries, ne te montre pas aux hommes, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est présent dans le secret. Quelle est cette pièce, la plus retirée ? Je pense qu’il parle de notre cœur, ce lieu qui est notre lieu le plus intime, le lieu où Dieu est présent si j’en crois ce que dit le prophète Jérémie quand il parle de la Nouvelle Alliance : Je l’inscrirai sur leur cœur. Cela suppose d’avoir conscience que Dieu est là, en nous, en toi… il est là, au cœur de ta vie, il t’attend, il te parle. Ecoute-le ! Comment pourrais-tu marcher avec Jésus sans prendre le temps de l’écouter ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et oublier de l’écouter et de lui parler. 

            La troisième chose à mettre dans notre sac, c’est le jeûne. De manière moderne, on pourrait entendre une certaine dépossession. Jeûner, à strictement parler, c’est ne pas manger. Non pas pour faire un régime, mais pour ressentir le manque, ressentir que je me reçois d’un autre. Jeûner, se priver, pour mieux partager ce que j’ai ainsi économisé. Et cela ne doit pas être un acte triste et contraint, mais joyeusement accepté : quand tu jeûne, parfume-toi la tête. Au-delà de la nourriture, il y a tant de choses que nous pourrions jeûner et qui souvent nous coûteraient plus que de ne pas manger : jeûner les insultes, jeûner la violence, jeûner ce qui n’est pas absolument nécessaire, jeûner mes addictions si j’en ai. Il s’agit de retrouver pour soi-même, une vie plus saine, une vie plus simple. Si le partage nous tourne vers les autres, si la prière nous tourne vers Dieu, le jeûne nous tourne vers nous-mêmes. C’est un bon moyen de réfléchir à ce qui me rend vraiment heureux et m’y consacrer vraiment. N’est-ce pas le bonheur que nous recherchons tous ? Pourquoi l’enfermer dans des choses secondaires, qui me referment sur moi-même, alors que le bonheur véritable est en Dieu et tournés vers les frères, vers le bien du plus grand nombre ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et être happé par pleins de choses secondaires, voire inutiles. 

            Nous savons maintenant comment préparer notre sac pour la route. Il nous faut maintenant nous mettre en route, prendre le bâton pour la route et avancer. Les cendres que nous recevrons seront le signe de tout ce que nous devons brûler en nous pour que nous puissions à nouveau être tout feu, tout flamme pour Jésus. Prenons cette route, avançons durant ces quarante jours ; au bout, il y a Pâques ; au bout, il y a notre vie, une vie renouvelée pour nous, avec Dieu, pour les autres. Dans notre monde en crise, il nous sera bon de revenir à l’essentiel : une vie plus libre pour moi, une vie plus proche de Dieu, une vie plus fraternelle avec celles et ceux qui croisent ma route. Avançons, chacun à notre rythme ; ce n’est pas une course, c’est un compagnonnage que Jésus nous propose. Devenons disciples, devenons compagnons. Amen.