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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 7 août 2021

19ème dimanche ordinaire B - 08 août 2021

 Quand l'homme n'en peut plus...



            Deux hommes, deux épreuves : Elie opposé depuis trop longtemps à la reine Jézabel ; et Jésus qui est confronté à la versatilité de la foule, prompte à brûler un jour ce qu’elle a adoré la veille. Deux épreuves différentes mais liées par la fidélité à la mission confiée par Dieu. Essayons de comprendre pour vivre mieux nos propres épreuves.

Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Ce cri de désespoir du prophète Elie est révélateur de l’épreuve qu’il endure. L’hostilité déclarée entre la reine Jézabel et lui le force sans cesse à se méfier, se cacher. Le prophète vit dans la peur. Ce maintenant, c’en est trop, indique que la lutte qu’il a mené contre les idoles et ceux qui les servent, l’écrase. Il n’en peut plus ; il veut mourir. Pour que cet homme de Dieu en arrive là, il faut vraiment que la coupe soit pleine. Sa fidélité au Dieu des Pères le rend coupable aux yeux du pouvoir politique. Il faut dire qu’il vient d’égorger quatre-cent-cinquante prophètes de Baal après un concours de sacrifice particulièrement épique. Quatre-cent-cinquante prophètes et Baal d’un côté, Elie et le Dieu d’Israël de l’autre. La reine Jézabel, épouse du roi Achab, est celle qui a introduit le culte de Baal en Israël et qui a détourné le roi du Dieu de l’Alliance. Vous comprendrez qu’elle ne fut pas particulièrement réjouie à l’annonce de la mort de tous ses prophètes. Et encore moins réjouie par le signe fort qu’Elie venait de faire au mont Carmel. Quatre-cent-cinquante prophètes incapables de réveiller Baal pour qu’il mette le feu à un bûcher de bois sec, même après une journée d’invocation, de danse et de scarification. Elie, en une prière, fait intervenir Dieu qui met le feu à un bûcher détrempé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour impressionner, ça a impressionné ! On en parle encore aujourd’hui… dans toutes nos bibles ! Fort d’une telle victoire, Elie devrait se sentir fort. Mais la haine que lui voue Jézabel le pousse à bout. Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Mais Dieu a d’autres projets, et un ange du Seigneur vient réconforter et nourrir le prophète, pour qu’il reprenne des forces et poursuive l’œuvre de Dieu. Quand celui qui est fidèle à Dieu rencontre l’opposition des hommes, Dieu veille sur lui. Dieu prend toujours soin de son peuple ; Dieu prend toujours soin de ses serviteurs.

Dans l’Evangile, Jésus aussi rencontre l’opposition des hommes. Ce n’est pas encore au point où la foule veut le tuer, mais ça commence à grogner. Pourtant, c’est cette même foule qui a couru après Jésus pour entendre son enseignement ; c’est cette même foule qui a été nourrie avec cinq pains et deux poissons ; c’est cette même foule qui est partie à sa recherche pour avoir encore de ce pain à satiété. Hier, elle l’adorait ; aujourd’hui elle récrimine. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. Vous comprenez, il y en a, là, qui connaissent Jésus, depuis longtemps. Ils connaissent ses parents. Alors comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? Pour qui se prend-t-il ? Ils ont bien compris, je crois, mais ils ne peuvent l’admettre ? Ce n’est pas acceptable de sa part de dire cela ; encore un peu, et il va se prendre pour Dieu ! A la différence d’Elie, Jésus peut encore discuter, expliquer, chercher à convaincre. Mais son explication rend crédible leur pire crainte. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Ceux qui récriminent le plus fort ne peuvent plus avoir de doute : il se situe clairement comme fils de Dieu. L’incompréhension va s’installer ; elle parviendra au rejet complet qui culminera la veille de la Pâque par le sacrifice sur la croix de Jésus. L’attitude changeante de la foule, selon que ce que dit ou fait Jésus plaît ou déplaît, ne change rien, ni à son discours, ni à sa manière de faire. Il ne cherche pas à plaire ; il a une mission à remplir, et rien ne saurait l’en détourner. Voilà pour Jésus, mais pour nous ?

Deux choses à envisager. La première, nous pouvons être comme Jésus, en proie à l’hostilité pour ce que nous disons ou faisons de juste et de bon. En paroisse, celles et ceux qui s’engagent ne le savent que trop bien. Il est difficile de faire bouger les lignes, quand bien même nous aurions raison. Les résistances sont nombreuses : on n’a jamais fait comme ça ; on a toujours fait comme ça. Il n’y a pas de raison de changer. Vous pouvez faire ce que vous demande l’Eglise, et le faire bien, il y en aura toujours que cela dérangera. Jésus nous dit : expliquez et soyez fidèles. Mais il y a une deuxième manière pour nous d’entendre l’Evangile de ce dimanche, en nous plaçant dans la foule qui récrimine. Les paroles difficiles à entendre de la part de Jésus, sont une réalité dans l’Evangile. Et il arrive que l’homme trouve que c’en est trop. Il faut nous souvenir alors que Jésus n’est pas venu nous raconter de belles histoires ; il est venu nous entraîner à sa suite, à la rencontre de Dieu. Et nous savons que cela demande des conversions de notre part. Quelquefois, ça grince. Je ne peux pas l’entendre ; j’ignore cette page d’Evangile. Ce n’est pas pour moi ; c’est pour les autres. Quand cela nous arrive, nous pouvons récriminer comme la foule, ou entendre encore et toujours Jésus qui parle en vérité. Il nous faudra patienter deux semaines avant d’entendre comment la foule, jadis, a réagi à cet enseignement de Jésus. Mais nous pouvons déjà comprendre qu’il nous faudra prendre position. Jésus est-il assez important pour nous, pour que nous l’écoutions encore, quand bien même ce qu’il dit ne nous convient pas ? 

Pour la deuxième fois, Jésus nous dit qu’il est notre nourriture, notre unique nécessaire pour parvenir à la vie véritable. Nous laisserons-nous enseigner par lui, quoi qu’il nous en coûte ? Accepterons-nous Jésus pour qui il est et pour ce qu’il veut faire pour nous ? Ne répondons pas trop vite ; goûtons le Pain de sa Parole ; goûtons le Pain de son Eucharistie. Quand l’homme n’en peut plus, ni des autres, ni de Dieu, c’est à ces deux tables qu’il peut venir prendre des forces et se forger une intime conviction. Il pourra s’y tenir et progresser dans sa connaissance de Jésus et de sa mission. Approchons-nous de lui avec confiance : il est celui qui nous fait vivre éternellement. Amen.

samedi 6 février 2021

5ème dimanche ordinaire B - 07 février 2021

 Tout le monde te cherche.



(Source internet, IPAC.ICP, Exposition virtuelle, Evangéliaire copte-arabe de la Bibliothèque de Fels)



           Ce dimanche, qui nous fait entendre le ministère de guérison de Jésus à Capharnaüm, est celui que l’Eglise a choisi pour inviter les communautés croyantes à porter dans leur prière le monde de la santé. Alors que depuis plus d’une année maintenant le monde est affecté par une pandémie qui nous fait toucher du doigt la fragilité inhérente à notre nature humaine, prendre un dimanche de prière pour la santé de tous et le monde de la santé en particulier peut paraître bien dérisoire. Et pourtant, nous tourner vers Dieu n’est-ce pas ce que l’Eglise nous a proposé depuis le début de cette crise en créant même un formulaire de « messe en temps de pandémie » ? Elle nous rappelle ainsi que Dieu ne cesse pas de nous accompagner quand vient le temps de la souffrance ; bien mieux, il partage ce temps avec nous. Le verset choisi pour ce dimanche par la Pastorale de la Santé nous invite justement à redécouvrir cela en retenant de cette page d’Evangile la phrase que voici : Tout le monde te cherche. 

            On pourrait y voir un reproche, comme celui adressé par Job à Dieu, cet homme bien né, pratiquant excellent, à qui la vie sourit et qui perd tout sur un coup du sort, un coup du diable. Soudainement, dans une vie sans trouble, Job connaît la surprise d’un orage qui détruit tout. Il ne lui reste rien, sa vie est devenue une corvée. Je vous laisse le soin de relire ce beau livre et ce combat mené par Job contre Dieu, jusqu’à ce qu’il découvre enfin que Dieu n’est pas une assurance-vie, mais un compagnon de route qui partage toute notre existence. Il découvrira Dieu comme un Père qui se réjouit de nos réussites, mais un Père aussi qui souffre nos souffrances avec nous. Il n’est pas le Dieu qui nous évite les soucis, mais celui qui les vit avec nous pour que nous puissions les surmonter avec lui. C’est un réel chemin spirituel qu’il nous offre, un chemin que nous aurons tous à faire un jour. Si vous fréquentez les réseaux sociaux, vous aurez vu fleurir des sites de soi-disant religieux qui analysent la pandémie que nous vivons comme un avant-goût de l’Apocalypse, un signe avant-coureur du retour du Christ. Dieu punirait enfin les mécréants, l’aspect mondial de la crise en étant la preuve. Comment peut-on ainsi défigurer le visage de Dieu qui aime l’homme, qui fait alliance avec lui, qui a donné sa vie pour lui ? Comment peut-on croire et laisser croire que, soudainement, Dieu ne vivrait plus avec nous nos souffrances ? Comment peut-on croire et laisser croire que les 2,2 millions de morts COVID dans le monde au 01er février sont les premiers mécréants d’une longue liste encore à venir ? A moins qu’ils ne soient ceux que Dieu appelle à lui pour les sauver définitivement avant de détruire le monde et les mécréants que nous sommes puisque nous n’avons pas eu la chance de mourir déjà ? 

            Lorsque nous voyons la compassion de Jésus pour les nombreux malades et possédés de toutes sortes qui se pressent à Capharnaüm jusque tard dans la nuit, nous avons du mal à croire que cette compassion s’est évanouie avec la survenue de ce virus qui détruit l’art de vivre de tous les peuples de la terre, quelles que soient leurs richesses ou leurs cultures. Quand les disciples rendent Jésus attentif au fait que tout le monde le cherche, ce n’est certes pas pour lui faire un reproche, mais pour indiquer plutôt la soif de ces gens qui se pressent là et l’étendue de la mission de Jésus. Aujourd’hui, alors qu’à nouveau des hommes et des femmes cherchent Dieu pour trouver un sens à cette crise, la même urgence nous est rappelée : cette urgence, c’est l’annonce de l’Evangile, qui n’est jamais une annonce de malheur, mais une Bonne Nouvelle à partager. Depuis le début de cette crise, le Pape François nous invite à nous tourner vers le monde d’après, c'est-à-dire à voir au-delà déjà de cette crise. Une fois l’épreuve passée, voulons-nous reprendre notre vie comme avant ou voulons-nous vivre dans un monde transformé ? Quand je vois avec quelle rapidité nous passons à autre chose dès qu’un léger mieux se fait sentir, j’ai des doutes. En mars, durant le confinement, nous applaudissions tous les soignants qui ne comptaient pas leurs heures au chevet de nos malades ; mais dès le confinement levé, chacun s’en est retourné à sa petite vie d’avant. Les vaccins, nous savons tous qu’ils sont une part importante d’un retour à quelque chose de plus normal, pour tous ; mais voilà que certains menacent les médecins chargés de vacciner et que d’autres essaient de se les accaparer au détriment des pays les plus pauvres. Comme si toute cette crise, qui un temps semblait nous avoir unis, révélait encore davantage nos égoïsmes, nos divisions, nos mesquineries. Ce n’est pas ainsi que nous sortirons grandis de cette crise ; ce n’est pas ainsi que nous trouverons le véritable visage de Dieu. Nous risquons même de devoir le chercher encore longtemps ! 

Tout le monde te cherche. Je comprends ces gens qui se pressent à Capharnaüm, ayant entendu les nombreuses guérisons et libérations qui y avaient eu lieu. Personne ne veut être malade longtemps ; tous veulent être guéris, relevés, libérés. Mais je comprends aussi Jésus qui ne se laisse pas enfermer à Capharnaüm. Déjà, il veut aller ailleurs, dans les villages voisins. Il n’attend pas que la misère du monde se presse vers lui ; il va au-delà de la misère du monde, il va à sa rencontre annoncer la Bonne Nouvelle du Salut. Il ira tellement au-devant de la misère du monde qu’il finira sur une croix, la portant tout entière avec lui, la faisant mourir avec lui. Il nous signifie ainsi qu’il est le grand vainqueur, le seul vainqueur, et que notre confiance ne peut être qu’en lui. Si tout le monde cherche Jésus, c’est pour des raisons différentes, pour qu’il aide chacun avec son petit problème particulier. Alors que quand Jésus va à la rencontre des hommes, c’est toujours dans le même but : proclamer l’Evangile. C’est pour cela qu’il est venu. Quel que soit le Mal qui ronge l’homme, il y a un remède unique : le Christ qui sauve. 

L’Evangile de cette journée à Capharnaüm nous montre largement que Dieu est aux côtés de ceux et celles qui souffrent l’épreuve, les relevant, les libérant, leur rendant une vie pleine et entière. Sa mission est universelle et infinie. Toujours, il y aura des hommes et des femmes à relever, à libérer. Toujours il y aura une Bonne Nouvelle à annoncer pour que les hommes et les femmes ne désespèrent pas, ne s’enferment pas dans leurs souffrances et ne les affrontent pas seuls. Puisque nous sommes les témoins du Christ ressuscité, manifestons par notre empathie et par notre compassion, la puissance de vie qui nous vient de lui, et proclamons à sa suite l’Evangile, Bonne nouvelle du Salut pour tous les hommes. Ainsi ceux qui le cherchent pourront le trouver et vivre une vie nouvelle avec Lui. Amen.

samedi 7 juillet 2018

14ème dimanche ordinaire B - 08 juillet 2018

Ma grâce te suffit !





Qu’y a-t-il de commun entre Ezéchiel, Jésus et Paul de Tarse ? Ils vivent à des époques différentes, ne se sont jamais rencontrés, et pourtant, ils partagent la même réalité : à un moment ou à un autre de leur mission, bien qu’envoyés par Dieu, ils ont échoué. Les hommes ne les ont pas suivis ; les hommes ne les ont pas écoutés. Il serait alors facile d’accuser les autres, ceux qui n’ont pas voulu écouter. Pour Ezéchiel, accuser le peuple, sourd à toute parole venant de Dieu ; pour Jésus, accuser ceux de son village qui ne l’accueillent pas comme il se doit ; pour Paul, accuser les chrétiens de Corinthe qui contestent son autorité. Nous pourrions le faire, mais cela nous amènerait quoi, à nous qui écoutons ces textes des siècles plus tard ? Et pourquoi la liturgie nous fait-elle lire ces récits d’échecs ? 

La réponse se trouve dans la deuxième lecture. C’est le Christ qui parle à Paul : Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Paul nous invite ainsi à nous tourner d’abord vers le Crucifié, signe suprême de la faiblesse humaine. Là sur la croix, il ne peut plus rien ! Et pourtant, c’est bien là, sur la croix, que Dieu va manifester sa puissance. Il se sert de cet échec apparent pour faire triompher la vérité. Celui qui est crucifié, exposé aux moqueries, celui-là est plus puissant que la mort même. Le Dieu auquel nous croyons n’est pas le Dieu des forts et des puissants, il est le Dieu des humbles, le Dieu chanté par Marie dans le Magnificat ; il est le Dieu qui prend en pitié l’humanité pécheresse pour lui faire découvrir son amour, son pardon et la puissance de sa bonté. 

Ma grâce te suffit ! Voilà qui vaut encore pour nous aujourd’hui. C’est une invitation à découvrir que le salut est un don qui nous est fait et non le résultat de nos vertus, de nos efforts, de nos prières. Si la grâce de Dieu suffit, si le salut est offert, alors il nous faut accueillir cette grâce, nous ouvrir au don du salut. Il n’y a pas d’orgueil à en tirer. Accueillir la grâce, s’ouvrir au salut, c’est reconnaître que j’ai besoin d’être sauvé ! Reconnaître que, sans l’aide de Dieu, je suis faible, démuni. C’est reconnaître, comme Paul, notre faiblesse. Accueillir le salut, accueillir la grâce de Dieu, c’est accepter de n’être pas parfait et d’avoir besoin de Dieu : une attitude à mille lieux de ce que prône notre société moderne. 

Ma grâce te suffit ! Dans sa grande bonté, Dieu a disposé dans son Eglise les sacrements qui la font vivre et progresser dans la connaissance de Dieu. Le sacrement qui dit le mieux la nécessité pour l’homme d’accueillir la grâce de Dieu, est certainement le sacrement de la réconciliation. N’est-ce pas dans la confession que je reconnais le mieux mes limites, mes travers, mes manques ? N’est-ce pas dans la confession que je reconnais ce que Dieu fait pour moi, jour après jour ? N’est-ce pas dans la confession que je m’ouvre le mieux à cette grâce qui vient me remplir de Dieu pour laver en moi ce qui était souillé par le péché et rétablir en moi l’image et la ressemblance de Dieu que le péché avait obscurci ? La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer encore alors que, sans cesse, nous nous éloignons de lui ! La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer à cause de notre péché. Parce que, sans lui, nous risquons de nous soumettre aux forces du Mal qui nous traversent, Dieu vient nous dire son amour au cœur même de notre détresse, au cœur même de nos faiblesses, pour que, même là, sa puissance puisse agir en nous. 

Ma grâce te suffit ! C’est aussi cette parole que nous devons garder à l’esprit lorsque les difficultés de la vie semblent s’acharner sur nous. Aucune épreuve ne peut nous écraser si nous la vivons avec Dieu ! Sa grâce, c’est justement de veiller sur nous en tout temps : si nous affrontons nos épreuves avec lui, nous trouverons en lui notre victoire puisque, en Jésus, mort et ressuscité, Dieu a vaincu tous les obstacles qui nous tenaient éloignés de lui. Même notre mort n’est plus un obstacle à la rencontre avec Dieu si nous la vivons dans la foi au Christ crucifié et ressuscité. Rien ne peut plus nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus. 

Ma grâce te suffit ! En ces temps difficiles où nous sommes, il nous est bon d’entendre Dieu nous dire qu’il est ainsi toujours avec nous. Nous n’avons pas à craindre nos échecs, ni les difficultés de la vie, mais à redécouvrir, à l’école de Paul, que notre force est en Dieu. Comme lui, nous pouvons reconnaître que c’est lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ! Amen.

 

 

 

samedi 12 novembre 2016

33ème dimanche ordinaire C - 13 novembre 2016

Cela vous amènera à rendre témoignage !




Le moins qu’on puisse dire, c’est que le tableau dépeint par Jésus n’est guère réjouissant : Temple détruit, catastrophes en tous genres, persécution… Il y a des dimanches où l’évangile semble bien loin de la bonne nouvelle qui est censée nous faire vivre. Et pourtant, au milieu de ce tableau bien sombre, il y a un impératif qui nous est rappelé et une bonne nouvelle qui nous est annoncée. 
 
L’impératif, c’est le témoignage : cela vous amènera à rendre témoignage. Il est rappelé justement quand Jésus parle des persécutions qui attendent les croyants. Un drôle de moment me direz-vous. Et pourtant, cela n’est-il pas le rappel que, pour le croyant, tout est occasion de témoigner de celui qui nous fait vivre : le Christ, qui le premier a livré sa vie ? Nous pouvons donc vivre les épreuves d’une vie comme une occasion de montrer que notre vie est orientée vers un bien supérieur et que notre espérance sera toujours plus forte. Se lamenter devant les épreuves d’une vie n’a jamais permis de les surmonter. Parler de celui qui nous fait vivre, témoigner de notre espérance, voilà qui donne une coloration particulière aux épreuves traversées. Voilà surtout ce qui peut nous donner la force de les surmonter. Notre foi n’est pas tant faite pour nous éviter les difficultés d’une vie que pour nous permettre de les vaincre. Si quelqu’un cherchait une raison pour se décider à croire en Dieu, en voilà une qui me semble bonne ! La foi nous ouvre ainsi un horizon que nul obstacle ne pourrait nous empêcher d’atteindre puisque nous marchons vers cet horizon à la suite du Christ. S’il a livré sa vie pour nous, n’oublions jamais que Dieu l’a ressuscité, faisant de lui notre chemin vers la vie éternelle. En lui, nous avons déjà notre victoire sur le Mal et la Mort. Plus rien ne peut nous faire peur. 
 
Et c’est là que vient se greffer la bonne nouvelle de ce dimanche : c’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Comprenez-vous bien ce qu’il affirme ainsi ? Jésus nous dit que lui-même nous assistera. Le témoignage que nous lui rendons vient de lui. Les mots de notre espérance, les mots de notre foi, c’est lui qui nous les donne. Notre assurance dans l’épreuve vient de lui. Comment mieux dire sa présence à nos côtés, y compris dans les moments difficiles ? Si cela n’est pas une bonne nouvelle, que vous faut-il ? Devant les épreuves, devant les catastrophes, le croyant peut puiser en Christ la force d’affronter l’adversité, la force de résister au Mal, et l’espérance que rien n’est fini de l’homme, la certitude que le Mal et la Mort n’auront jamais le dernier mot. Ils ne l’ont pas eu quand le Christ était en croix ; ils ne l’auront pas maintenant qu’il est ressuscité et qu’il est vivant en nous. Certes, l’épreuve est et reste un moment difficile à passer, mais le croyant la vit avec le Christ, celui qui a vaincu la mort même. Qui pourrait nous vaincre si nous restons fidèles ? Personne ! 
 
Nous vivons une époque curieuse et terriblement troublée. Nous ne manquons pas de raison de désespérer de l’homme. Les conflits ne manquent pas. Les élections américaines ont plongé le monde dans la stupeur et nous ne savons pas ce que nous réserveront les nôtres dans six mois. L’invitation du Christ à témoigner de lui conserve toute sa pertinence.  Alors gardons les yeux fixés sur Lui. Gardons sa Parole au cœur pour que jamais les mots nous manquent pour lui rendre témoignage. Redonnons au monde une espérance, redonnons au monde un sens, redonnons au monde le Christ. Il est pour tous les hommes source de salut et de vie, aujourd’hui et toujours. Amen.

vendredi 12 août 2016

20ème dimanche ordinaire C - 14 août 2016

Vive les olympiades de la foi !
 
 


Rio a beau être éloigné, nul n’ignore que s’y déroulent en ce moment les jeux olympiques d’été. Peut-être y a-t-il même parmi vous des veilleurs, attendant avant impatience la retransmission en direct des épreuves auxquelles participent vos champions favoris. Si j’en parle ce matin, c’est parce que l’auteur de la lettre aux Hébreux utilise l’image du sport pour nous inviter à renouveler notre vie de foi. Nous pourrions, en cette année olympique, décider de vivre quelque chose de l’esprit de ces jeux, non pas pour nous opposer les uns aux autres, ni même mesurer notre foi, mais pour vivre notre foi comme une grande épreuve, une course d’endurance, ou une épreuve de lutte pour reprendre la lettre aux Hébreux. 
 
Les sportifs, j’entends par là ceux qui ne se contentent pas de transpirer devant un écran ou dans les gradins d’un stade, les sportifs pratiquants donc, savent que nul ne devient champion sans effort. Il faut bien du travail, de la persévérance, de l’abnégation et une dose de sacrifice pour arriver à se dépasser, pour être le meilleur. Le sport a cette capacité de nous pousser dans nos retranchements, de nous faire dépasser nos limites, pour aller plus vite, plus haut, et être le plus fort, selon la devise des jeux olympiques modernes : Citius, Altius, Fortius. Cette devise n’est d’ailleurs pas de Pierre de Coubertin, mais de son ami et conseiller Henri DIDON, prêtre dominicain, proviseur d’un lycée catholique. Il l’a fait broder sur le drapeau de son école pour encourager ses élèves à se dépasser à l’occasion de rencontres sportives qui opposaient les élèves du lycée catholique à des élèves des lycées publics. Ces trois mots : Citius, Altius, Fortius, sont une invitation à donner le meilleur de soi-même et vivre ce dépassement comme une victoire. Il ne s’agit pas d’être le premier toujours, mais bien de cheminer vers ses limites et tendre vers l’excellence (Wikipédia). Une attitude que ne renierait en rien l’auteur de la lettre aux Hébreux. 
 
Débarrassés de ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus. Tout est là : citius : courons ; altius : débarrassés de ce qui nous alourdit ; fortius : avec endurance. Mais l’épreuve dont il parle n’est pas une course dans un stade, c’est l’épreuve de la foi. Citius : aller plus vite, courir vers le Christ, parce qu’il y a urgence à se convertir, urgence à faire le choix du Christ ; Jésus nous le rappelle lui-même dans l’évangile. Il exprime bien son impatience à voir se réaliser le salut de tous : Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !  Altius : comment nous élever vers Dieu si le péché nous retient au sol, plongés dans notre fange ? Il nous faut viser plus haut, porter notre regard au-delà de nos envies terrestres, pour nous élever vers la volonté de Dieu pour nous. Il faut faire fondre la graisse de nos péchés mignons et garder nos yeux fixés sur Jésus, lui qui a été élevé sur la croix pour nous conduire à Dieu. Si nous ne gardons pas en ligne de mire Jésus, mort et ressuscité, qui siège à la droite du trône de Dieu, nous nous effondrerons lamentablement. Oui, notre regard doit être levé vers le Christ, levé vers ces réalités d’en-haut auxquelles nous sommes destinés. Fortius : être toujours plus forts, ne pas se relâcher. Nous savons bien que, dans la vie de foi, si on s’installe, on retombe. La lutte contre le péché n’est jamais finie. Si nous ne sommes pas attentifs, si nous ne sommes pas comme l’homme fort dont parle Jésus dans une de ses paraboles, l’adversaire survient et envahit notre maison. Nous devons vivre dans la force de Dieu, la force de l’Esprit Saint, pour vaincre dans ce combat spirituel. 
 
A ceux qui se décourageraient en chemin, trouvant qu’aller plus vite, plus haut et être toujours plus fort, c’est irraisonnable, je voudrais rappeler cette autre devise olympique qui n’est pas non plus de Pierre de Coubertin, mais d’Ethelbert TALBOT, évêque de Pennsylvanie : l’essentiel n’est pas de gagner mais de participer. Il a utilisé cette formule dans son homélie lors de la messe olympique des jeux de Londres en 1908 (Wikipédia). C’est une autre belle devise pour ceux qui s’engagent dans une vie spirituelle, parce qu’elle nous rappelle que la victoire, c’est le Christ seul qui nous l’obtient. Mais nous devons participer à sa vie, participer à la lutte contre le Mal, dès ici et maintenant. Et lorsque nous tombons, eh bien nous nous relevons, et nous recommençons à aller plus vite, plus haut, plus fort, participant encore et toujours à la vie du Christ, l’essentiel de notre existence, lui qui est à l’origine et au terme de la foi. En cet été olympique, engageons-nous dans une olympiade de la foi, non pour gagner une médaille, mais la vie éternelle. Amen.

vendredi 12 septembre 2014

Fête de la Croix glorieuse - 14 septembre 2014

La croix, signe de l'amour de Dieu pour nous.



Il y a quelque chose de paradoxale dans le titre de la fête de la croix glorieuse, et c’est son titre : la juxtaposition du mot croix, qui nous renvoie immanquablement au Vendredi Saint, à la Passion et à la mort du Christ,  et du mot glorieuse, comme si la mort injuste de l’innocent et l’instrument de sa torture avait quelque chose de glorieux. Pourtant, c’est bien à une fête que nous sommes convoqués aujourd’hui. 
 
Pour bien comprendre ce paradoxe, la liturgie nous a donné trois lectures que nous venons d’entendre. Je voudrais en retenir une, l’hymne aux Philippiens de Paul, Apôtre des païens. Ce passage est utilisé dans la prière de l’Eglise à l’occasion de quelques offices de vêpres. La traduction utilisée alors met mieux en valeur cette hymne de Paul. Elle retentit ainsi : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté, il l’a doté du nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. J’en conviens ; il n’y a que peu de différence avec le texte entendu, mais lorsqu’on chante ces mots, quelle beauté pour exprimer l’amour de Dieu pour nous. 
 
Pour Paul, cet amour de Dieu, c’est en Jésus qu’il s’exprime. Non pas dans la naissance de Jésus, qui est un événement heureux en soi, mais plutôt dans l’abaissement de Jésus. Ce Jésus donc qui vient dans notre monde ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est abaissé. La grandeur de l’amour de Dieu, c’est qu’il s’abaisse jusqu’à venir à nous, sans atour, sans gloire. Dieu se fait l’un de nous pour que nous puissions devenir Dieu. Et comme cela ne suffit pas, ce Fils, ce Dieu fait homme, ce Dieu abaissé, va encore plus loin : jusqu’à la mort et la mort de la croix. C’est bien là, devant la croix, que se mesure le mieux la conséquence de l’incarnation, la conséquence dramatique de l’abaissement de Dieu, la conséquence de l’amour dont nous sommes aimés. C’est parce que nous sommes aimés par Dieu d’un amour unique que Dieu s’abaisse ; c’est parce que nous sommes aimés d’un amour unique de Dieu que son Fils va jusqu’à la mort ; c’est parce que nous sommes aimés ainsi par un Dieu qui n’est pas jaloux de sa divinité, que nous sommes sauvés. Désormais, au nom de Jésus, tout genou fléchit. Comment ne pourrait-il pas fléchir d’ailleurs devant tant d’amour exprimé de manière aussi forte, aussi dramatique, aussi définitive ! 
 
L’abaissement du Fils unique aura pour nous valeur d’élévation. Lorsque Dieu s’abaisse à être homme, l’homme finit par s’élever jusqu’à être en Dieu. Voilà ce que voulait faire l’amour de Dieu ; voilà ce qu’il a fait, en Jésus, sur la croix. Si le Vendredi Saint nous mesurons surtout l’abaissement du Fils et sa mort, aujourd’hui, nous sommes invités à mesurer pleinement ce que cet amour vaut pour nous. L’abaissement du Fils est notre vie ; l’abaissement du Fils est notre salut ;  l’abaissement du Fils est notre grandeur. Dieu étant venu jusqu’à nous en Jésus, nous pouvons désormais aller jusqu’à Dieu en Jésus. Venu de Dieu chez les hommes, pour les hommes, il retourne à Dieu avec les hommes. Voilà pourquoi nous nous réjouissons aujourd’hui. 
 
Ce que Jésus a vécu, ce que Paul a chanté, nous sommes tous appelés à le vivre. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu ; nous sommes destinés à vivre en Dieu. Certains d’entre nous sont invités à le vivre à l’extrême, comme Jésus, comme Paul, c’est-à-dire jusqu’à la mort, jusqu’au don total du martyr. Suprême témoignage de tendresse et d’amour, la croix glorieuse du Christ devient croix glorieuse pour ces hommes et ces femmes qui, au cours de l’histoire, et malheureusement encore aujourd’hui en certains pays, versent leur sang à cause de l’amour de Dieu pour nous, à cause de l’amour qu’ils vivent pour chacun et pour Dieu en particulier.
 
Mais sans aller jusqu’au martyr, nous sommes tous appelés à vivre de cette croix. Le signe de la croix est le premier geste fait sur nous, lorsque nous sommes présentés au baptême. D’emblée, à l’aurore de notre vie, la croix devient notre signe de ralliement, notre signe de reconnaissance. Elle ne dit pas nos souffrances futures, mais l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Alors même que nous ne savons pas ce que l’enfant à baptiser va devenir, nous lui disons qu’il est déjà infiniment aimé de Dieu, et qu’il le sera toujours. Nous lui disons que c’est pour lui aussi que le Christ a vaincu la croix, pour qu’à son tour, il soit capable de suivre le Christ, en prenant sa croix. 
 
Les croix de nos vies peuvent quelquefois nous sembler lourdes, inhumaines à porter ; mais souvenons-nous qu’elles aussi sont croix glorieuses si elles sont portées à la suite du Christ, par amour. Sur le chemin de sa Passion, sur le chemin de son amour pour tous les hommes, il a pris sur lui nos croix, et dans sa mort et sa résurrection, il les a transfigurées en croix de lumière, en croix glorieuses. Quelles que soient les épreuves de nos vies, nous sommes destinés à vivre, libres et heureux. La croix n’est pas un obstacle au bonheur, elle en est le passage. Quelle puissance pourrait nous retenir sur nos croix si le Christ lui-même nous prend avec lui, dans sa gloire ? Aucune.
 
Célébrer la croix glorieuse, c’est donc célébrer aussi notre espérance. Le Dieu de Jésus Christ est le Dieu de la vie pour celles et ceux qui croient en lui et marchent à sa suite. Son amour ne fera jamais défaut à quiconque crie vers lui. Sa croix plantée en terre est, à tout jamais, l’arbre de notre vie, de notre bonheur, de notre espérance, car Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour condamner le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Amen.

(Photo prise en Flandres, Tyne Cot Cemetery, Cimetière anglais de soldats tombés en 1914-1918)

vendredi 1 août 2014

18ème dimanche ordinaire A - 03 août 2014

Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu !



Toute vie connaît un jour ou l’autre l’épreuve. Toute vie de foi connaît un jour ou l’autre la nuit du doute. Que voulez-vous ? Ces expériences sont inhérentes à notre existence. Ce qui fera la différence entre les personnes qui connaissent ces expériences, c’est la manière qu’elles auront de les affronter. Je ne veux pas ce matin passer en revue ces différentes manières, mais m’attarder sur l’enseignement de Paul. Cet enseignement n’est pas philosophique, mais il s’appuie sur des réalités qu’il a vécues. Mais laissons-lui la parole. 
 
Souvent j’ai été à la mort. Cinq fois j’ai reçu des Juifs les 39 coups de fouet ; trois fois j’ai été battu de verges ; une fois lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage. Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abime ! Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux-frères ! Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité ! Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Eglises ! (2 Co 11, 23-28) Voilà sur quoi s’appuie son enseignement pour celui qui affronte l’épreuve. Une vie faite d’épreuves qu’il n’a pas recherchées, mais qui se sont imposées à lui à cause du choix initial du Christ qu’il avait fait après sa conversion. Nous comprenons alors que la question qu’il pose au début de notre deuxième lecture, il l’a lui-même affronté dans son existence. Les épreuves qu’il nomme (détresse, angoisse, persécution, faim, dénuement, danger, supplice), il les a lui-même subies. Il est donc plus que qualifié pour nous en parler. Paul a une légitimité à aborder cette question que nul ne peut lui contester. Et pour résoudre cette question, il pose un acte de foi en deux points. 
 
D’abord, le croyant doit garder au cœur que Dieu l’aime, et qu’il l’aime infiniment ! Quelle que soit l’épreuve, rien ne pourra nous séparer de l’amour du Dieu vivant. Cela est plus vite dit, ou écrit, que fait dans la réalité. Notre première réaction quand nous abordons l’épreuve n’est-elle pas de nous interroger : Qu’est-ce que j’ai bien pu faire au bon Dieu pour mériter cela ? Poser la question, c’est déjà oublier que je suis aimé de Dieu. Poser la question, c’est déjà remettre en  cause l’amour de Dieu pour nous, puisque nous posons avec cette question le postulat que Dieu pourrait nous punir, alors qu’il est amour. Paul rejoint ainsi saint Jean qui nous a appris que le nom de Dieu, c’est Amour : Dieu est amour. Croire que Dieu est amour, c’est croire qu’il n’est en aucun cas à la source de nos difficultés, de nos épreuves, mais qu’au contraire, il les porte avec nous, il le vit avec nous. Comment, autrement, en être vainqueur ? C’est le poète Ademar de Borros qui rapportait cette histoire : Un jour, je regardais ma vie. Elle se déroulait sous mes yeux comme des traces dans le sable. En regardant de près, je voyais deux traces de pas, côte à côte : les miennes et celle de Dieu. De temps en temps, il n’y avait plus qu’une trace, plus profonde, plus marquée dans le sable que les autres. En y réfléchissant, je me rendis compte que ces traces-là, les plus profondes, correspondaient aux jours difficiles de ma vie. Je demandais alors à Dieu pourquoi il n’était plus là, à côté de moi. Et il me répondit : mon fils, les jours où tu ne vois qu’une trace, profonde, correspondent bien à tes jours d’épreuves. Mais s’il n’y a qu’une trace, ce n’est pas parce que j’étais absent, mais parce que je te portais sur mes épaules. Dieu nous aime jusqu’à prendre sur lui nos souffrances, nos épreuves pour nous les faire traverser. 
 
Ceci nous amène au deuxième point de l’acte de foi de Paul : nos épreuves ne sont rien face à l’amour que Dieu nous manifeste en Jésus Christ. Lorsque le Christ affronte la croix, il le fait pour nous, pour notre salut. Jésus est Christ et Seigneur parce qu’il s’est montré plus fort que la mort, le mal et le péché. Sur la croix, il prend par avance sur lui toutes nos difficultés, toutes nos épreuves. Et c’est en lui que nous sommes déjà vainqueurs de tous nos maux. Face à l’épreuve nous n’avons rien à craindre. Dieu peut certes permettre que nous soyons soumis au Mal, mais il ne permettra jamais que le Mal l’emporte, son Fils étant vainqueur du Mal. Nous traversons nos épreuves, forts de l’amour de Dieu, forts de la victoire définitive du Christ. Lorsque Paul écrit aux Corinthiens que sans l’amour, je ne suis rien, nous comprenons spontanément que tout ce que nous faisons sans amour est comme sans valeur. C’est l’amour qui donne du prix à nos actes. Mais nous pouvons comprendre aussi que sans l’amour de Dieu, nous ne sommes rien. Ou, pour reprendre une image propre à saint  Jean : sans l’amour, nous sommes comme morts, parce que coupés de Dieu, source de toute vie, source de l’amour. 
 
Je peux comprendre que les paroles de Paul peuvent sembler quelque peu difficiles à entendre pour celui qui affronte l’épreuve.  Pourtant, n’a-t-il pas raison de nous rappeler que notre secours est dans le nom du Seigneur ? Nous inviter à la foi justement parce que nous affrontons l’épreuve, c’est nous rappeler que nous ne sommes pas seuls, que Dieu combat pour nous, avec certitude. Osons invoquer le nom du Seigneur quand nous sommes dans l’épreuve pour qu’il puisse nous prendre sous son aile, pour qu’il nous associe à la victoire de son Fils. Et nous serons sauvés, vainqueurs à notre tour de ce qui aurait pu nous éloigner de lui. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, RIEN ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. Amen.

 (Photo prise à Sarlat, Chapelle saint Benoît)

vendredi 14 décembre 2012

03ème dimanche de l'Avent C - 16 décembre 2012

Se réjouir. Mais encore ?


Guerres, attentats, troubles politiques en de nombreux points sensibles du globe ; crise économique, meurtres en grand nombre, enlèvements, accidents divers, perte des repères moraux, changement de société imposé à la hussarde : la liste est longue, à la lecture de nos journaux, des événements malheureux, douloureux et difficiles à admettre. Au milieu de ces bruits et de ces agitations, un appel adressé par Dieu à celles et ceux qui croient en lui : Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Eclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem. Et Paul de renchérir : Soyez dans la joie. Peut-on ainsi concilier l’inconciliable ?

La joie à laquelle nous sommes appelés en ce troisième dimanche de l’Avent, n’est pas une attitude naïve. Nous n’avons pas à avoir l’air béat devant tout ce qui se passe. Mieux : la joie que nous devons vivre ne nous empêche ni de nous révolter devant les injustices de ce monde, ni de connaître nous-mêmes épreuves et malheurs. Les croyants ne sont pas à l’abri du Mal ; les croyants ne sont pas davantage miraculeusement préservés de toute détresse ou catastrophe. Ce serait quand même trop beau, voire trop facile. Mais la joie à laquelle nous sommes appelés nous permet d’affronter les épreuves de la vie avec la certitude qu’au bout, il y a toujours la vie. La joie à laquelle nous sommes appelés nous permet de vivre nos épreuves avec cette certitude que nous ne sommes pas seuls et que nous pouvons vaincre, puisque nous croyons en un Dieu qui a vaincu toutes les épreuves, y compris la grande épreuve de la Mort. La joie à laquelle nous sommes appelés est un art de vivre. Rien ne peut ni ne doit nous effrayer parce que le Christ est avec nous pour nous sauver. N’est-ce pas le sens des noms qu’il reçoit : Emmanuel, Dieu-avec-nous ; Jésus, le Seigneur sauve ? Nous avons eu et nous aurons encore des épreuves à affronter dans notre vie, mais nous pouvons le faire avec cette joie que procure la certitude de n’être pas seul, d’être accompagné dans chacune d’elles par celui à qui tout est possible. Même devant les épreuves, notre cœur peut être en paix.

Cette joie qui doit être nôtre se fonde, en ce temps de l’Avent, sur l’attente d’un événement heureux : Dieu va venir visiter son peuple. Il vient à notre rencontre. Si nous sommes entrés en état de veille, si nous préparons à Dieu le chemin qui mène à notre cœur, comme nous le demande la liturgie depuis deux semaines, ce n’est pas en vain. Nous savons que les promesses de Dieu seront honorées ; nous savons que nous pouvons compter sur lui et que nous comptons pour lui. Dieu ne nous trompe pas lorsqu’il annonce sa venue au milieu de nous. D’où la joie qui doit être nôtre, quelle que soit la vie que nous menons en ce moment. Qu’elle nous soit belle ou difficile, le Seigneur vient visiter notre vie ; le Seigneur vient nous sauver. Nous comprenons alors mieux ces appels à la joie lancés par le prophète et par l’Apôtre. Le prophète invite à la joie parce que Dieu est intervenu en faveur de son peuple, il a écarté le danger de l’adversaire. L’Apôtre invite à être toujours dans la joie du Seigneur parce qu’il est proche, il n’abandonne pas ceux qu’il aime, ceux qui comptent sur lui. Ainsi la joie de celui qui vit un moment difficile sera même plus grande que celle de celui qui mène une vie belle et facile, parce que la venue du Christ signifie bien la fin de son épreuve.

Le discours de Jean le Baptiste peut alors nous sembler un peu loin de cette joie, parce que ces invitations à vivre autrement remettent en cause notre art de vivre présent et posent des exigences. Et pour nous exigence équivaut à effort, et nous n’aimons pas les efforts à faire. Il nous invite au partage, à la justice, à la paix. Pourtant, à y regarder de près, nous constatons que ses invitations ne sont guère différentes de celles du prophète et de l’Apôtre. Il donne les clés pour bien comprendre cette joie à laquelle nous sommes invités. La joie parfaite est possible quand tu partages parce que tu soulages la misère de l’autre et tu lui permets de connaître un peu de ta joie. La joie parfaite est possible lorsque tu fais œuvre de justice, n’exigeant rien de plus de la part des autres. La joie parfaite est possible lorsque règne la paix entre tous et que la violence disparaît. En attendant cette joie parfaite, vivez avec la certitude que par votre comportement, vous pouvez changer le monde et le rendre meilleur pour tous.

Que dire de plus, sinon que Dieu seul peut donner cette joie parfaite et qu’il faut oser la lui demander dans la prière. Faisons preuve d’audace et prions-le en ce sens : Allez, sois heureux ! Comme si le bonheur se commandait, Seigneur ! Comme tant d’autres, je traverse quelquefois des jours sombres. Comme tant d’autres, il me semble que le bonheur n’est pas vraiment pour moi. Pourtant, ta Parole m’invite à la joie, cette joie que toi seul peut donner quand tu dis combien je compte pour toi, et combien tu m’aimes. Viens me donner ta joie, Seigneur, et je chanterai les merveilles que tu fais pour moi, toi, le Dieu de toute joie. Amen.

(Dessin : Détail d'un retable de Noël, Site Prions en Eglise)