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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 26 novembre 2022

1er dimanche de l'Avent A - 27 novembre 2022

 Venez ! Veillez ! Tenez-vous prêts !




(source : https://www.guyane.catholique.fr/)


        
        En ce premier dimanche de l’Avent, premier dimanche de l’année liturgique, l’Eglise, par sa liturgie, nous rappelle trois attitudes fondamentales de toute vie de foi, qui tiennent en ces mots entendus  dans nos lectures : Venez, veillez et tenez-vous prêts ! Ces trois attitudes peuvent sembler contradictoires, mais en réalité elles sont plutôt trois facettes d’un unique nécessaire : devenir disciple du Christ. 

            Venez ! Beaucoup pensent que la foi résulte d’un mouvement de Dieu qui vient vers l’humanité. Ils n’ont pas tout-à-fait tort, puisque c’est le sens du cri de l’homme vers Celui que Dieu envoie. De nombreux chants de ce temps de l’Avent en témoigne ; je ne citerai que « Viens, Emmanuel, viens nous sauver ! » par exemple. C’est aussi le cri du croyant chrétien qui attend le retour du Christ, le cri qui conclut toute la Bible : Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Pourtant, il ne nous faut pas oublier que la foi est aussi réponse à ce Dieu qui vient, et qu’il nous faut aller vers lui. Nous sommes en route vers lui, vers le Royaume où il nous attend. Si Dieu vient vers nous, c’est pour que nous venions à la foi. La foi passe par les pieds, par un mouvement de tout le corps. Quand Dieu vient à la rencontre des hommes, nous ne pouvons rester statiques, assis confortablement chez nous ! Souvenez-vous de Zachée dont nous avons entendus il y a quelques temps la rencontre avec Jésus : ayant appris que Jésus passait par Jéricho, il s’est mis en route pour le voir, et comme il était de petite taille, il a grimpé sur un arbre. Il ne s’attendait pas à la suite, mais c’est sa mise en route qui a provoqué sa conversion. S’il n’était pas sorti de chez lui, s’il ne s’était pas mis en route, personne sans doute n’aurait conduit Jésus à Zachée. Il suffit de voir leur réaction lorsque Jésus s’invite chez lui.  

            Veillez ! Cette deuxième attitude peut sembler contradictoire avec la première. La veille, c’est ce que nous faisons chez nous. Nous attendons, nous restons éveillés pour ne pas rater celui qui doit venir. Nous retrouvons dans cette invitation l’importance de la prière qui nous met en état de veille. Scrutant les Ecritures, entrant dans un cœur à cœur avec Dieu, nous entrons dans cette veille. Mais veiller est aussi nécessaire lorsque nous décidons de venir vers Dieu. Il s’agit alors de ne pas nous tromper en chemin, de discerner ce que Dieu attend de nous, pour que nous soyons des disciples selon son cœur. Cela signifie que je ne cours pas vers Dieu les yeux fermés, mais je veille à mettre mes pas dans les pas de Dieu. Il est facile de se tromper, il est facile de tomber en chemin. Il faut une vigilance accrue lorsque l’on décide d’aller à la rencontre du Seigneur. La parabole des jeunes filles invitées à la noce et qui attendent l’époux qui tarde à venir, est riche d’enseignement. Celles qui ont manqué d’huile, ont manqué de vigilance ! Ce qui nous amène au troisième terme. 

            Tenez-vous prêts ! Que Dieu vienne à notre rencontre, c’est une certitude. Que le Christ revienne un jour, c’est tout l’horizon de notre foi. Si nous ne croyons pas qu’il reviendra dans sa gloire, nous sommes les plus à plaindre des hommes. Notre foi s’appuie sur cette espérance, fondée elle-même sur la promesse de Jésus : Je pars, mais je reviendrai vous prendre avec moi, et là où je suis, vous y serez aussi ! Nous ne pouvons pas perdre cette espérance. Nous ne pouvons pas vivre comme si Jésus ne revenait pas. Notre mise en route à la rencontre de celui qui vient, notre vigilance sur le chemin doivent se concrétiser dans cet appel de Paul aux chrétiens de Rome : Revêtez-vous du Seigneur Christ ! Voilà sans doute l’aboutissement le plus parfait de l’injonction à nous tenir prêts. Nous serons prêts à accueillir le Christ, nous serons prêts pour le Royaume, lorsque nous serons totalement configurés au Christ, mort et ressuscité pour notre vie. Jésus et nous, même combat ! 

            Venez ! Veillez ! Tenez-vous prêts ! Vous comprenez mieux pourquoi le message de ce premier dimanche de l’Avent est si riche. Nous ne pouvons pas séparer ces trois attitudes les unes des autres. C’est le mouvement qui me met en route qui me fait être vigilant et qui témoigne que je suis prêt à être disciple. Je ne suis sans doute pas parfait, mais plus je suis vigilant, plus je serai prêt à revêtir le Christ et à marcher vers lui et le Royaume où je me sais attendu et aimé. Invitons-nous les uns les autres, au cours de cet Avent ; n’hésitons pas à proclamer ce : Venez ! Veillez ! Tenez-vous prêts ! Et n’oublions pas que s’il compte pour les autres, il compte aussi et d’abord pour nous. Amen.

samedi 1 décembre 2018

01er dimanche de l'Avent C - 02 décembre 2018

Une nouvelle avec le Christ, notre lumière.





 

Aujourd’hui, il n’y a pas que la couleur liturgique qui change, aujourd’hui, nous changeons d’année liturgique. Nous pourrions échanger des vœux, comme nous le ferons dans la nuit du passage à la nouvelle année civile. Mais nous ferons bien mieux de prendre un peu de hauteur pour nous interroger : que nous apportera-t-elle, cette année nouvelle ? Qu’attendons-nous de ce nouvel éclairage sur Jésus que nous procurera la liturgie en général et saint Luc en particulier ? Changeons-nous simplement d’auteur évangélique pour réentendre les mêmes histoires, assister une fois de plus à la naissance de Jésus, à son ministère en Galilée, à l’opposition grandissante des chefs des prêtres, à sa mort en croix, à l’annonce de sa résurrection pour finir avec le don de l’Esprit Saint et divers enseignements de Jésus pour nous faire remarquer qu’il nous faut encore faire des efforts ?
 
Commencer une nouvelle année en liturgie, c’est commencer un nouveau parcours. Nous allons nous mettre à l’école de saint Luc et découvrir ce que lui a appris de Jésus, de Dieu, et ce qu’il a cru indispensable de transmettre aux générations suivantes. Nous allons, avec lui, relire notre héritage, pour y puiser une connaissance renouvelée de Jésus, un approfondissement de notre foi et, je l’espère, des raisons nouvelles d’être croyants, c’est-à-dire d’accorder foi et confiance à celui dont l’Eglise dit qu’il est venu pour sauver tous les hommes. C’est une manière très concrète de rester éveillé, comme Jésus lui-même nous le demande dans l’évangile de ce premier dimanche d’Avent. Autrement dit, nous sommes invités à ne pas nous endormir sur nos connaissances, invités à ne pas croire que, parce que cela fait maintenant quelques années que nous faisons route avec les évangélistes, nous savons tout sur tout, et que Jésus n’a plus de secret pour nous. Le Christ se révèle peu à peu à celui qui veut vraiment le connaître, et il se révèle d’abord à nous dans le quotidien de notre vie. Alors, à moins que notre quotidien de ce 01er décembre 2018 soit absolument identique à notre quotidien du 01er décembre 2017, le Christ se révèlera à nous différemment. Ne serait-ce que parce que nous avons changé durant cette année écoulée ! 

L’invitation à rester éveillé que le Christ nous adresse est aussi une invitation à la vigilance. Il s’agit de ne pas nous tromper sur Dieu et de ne pas nous tromper sur les signes éventuels que nous croyons discerner dans les catastrophes naturelles ou à cause humaine, telle une guerre ou des actes terroristes. Dieu ne se cache pas dans la violence ; Dieu ne se montre pas dans la violence. Celui dont nous attendons la venue est prince de la paix. Celui dont nous attendons la venue est lumière pour le monde, c’est à dire qu’il agit dans la clarté et qu’il fait vivre en pleine lumière. Il n’y a pas de honte à avoir, pas de motif de nous cacher, ni de lui, ni des autres. Ce que promet celui dont nous préparons la venue, c’est une ère de paix, un monde de justice. La promesse livrée par Jérémie deviendra effective en Jésus Christ. Rester éveillé, c’est rester dans cette lumière qu’il vient apporter. Seul celui qui s’endort s’enfonce dans les ténèbres de la nuit ; celui qui reste éveillé guète l’aurore d’un jour nouveau. Ce jour nouveau, pour le croyant, c’est le jour de Dieu, le jour où tout sera en pleine lumière, le jour où le Mal sera définitivement vaincu. 

Pour parvenir à ce jour, pour vivre dans la clarté de Dieu, il nous faut réentendre les enseignements de Paul aux chrétiens de Thessalonique. Vivre dans la clarté est un don à demander à Dieu lui-même : « Que le Seigneur vous donne un amour de plus en plus intense et débordant… Que le Seigneur affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté… » Ne rêvons pas d’y arriver tout seul. La lumière véritable, la seule lumière, c’est le Christ ! A ceux qui sont perdus, à ceux qui doutent, à ceux qui ne savent plus à qui se confier, est annoncée la venue d’un Sauveur, d’un Messie, lumière pour éclairer tout homme venant en ce monde. Une issue existe ; une espérance est possible. Pour la découvrir, il faut accepter que le Christ lui-même nous éclaire de sa Parole. 

Cette année que nous commençons avec saint Luc veut éclairer notre foi, notre connaissance du Christ d’une manière nouvelle. Ce que nous entendrons tout au long de cette année, c’est une bonne nouvelle pour aujourd’hui. Ce n’est pas une simple évocation de ce que Jésus a fait un jour, mais bien le récit de ce que Jésus peut faire pour nous, ici et maintenant. Il est et sera notre lumière ; en marchant à sa lumière, nous ne risquons ni de nous tromper sur Dieu, ni de nous tromper sur le Christ, ni de nous tromper sur l’homme ! Laissons-nous éclairer par le Christ ! Laissons-nous enseigner par lui ! Et nos vies changeront. Je le crois vraiment. Amen.

 

 

 

vendredi 14 novembre 2014

33ème dimanche ordinaire A - 16 novembre 2014

Dans l'attente du retour du Christ, risquons !




Ta mort, Seigneur, nous la rappelons. Amen. Ta sainte résurrection, nous la proclamons. Amen. Ton retour dans la gloire, nous l’attendons. Amen. J’aurais pu vous chanter n’importe quelle anamnèse bien écrite, vous auriez entendu ces trois termes : la mort de Jésus et sa résurrection comme cœur de notre foi, et l’attente de son retour comme cœur de notre espérance. En un chant bref, après le récit de l’institution eucharistique, l’assemblée des croyants proclame ce qui est essentiel pour comprendre notre foi. Jésus a donné sa vie pour nous, Dieu l’a ressuscité et nous attendons qu’il revienne comme il l’a promis. De ces trois termes, l’un a rapidement posé problème quant à sa réalisation : celui du retour du Christ.
 
Il faut se mettre dans la peau des premiers chrétiens. Jésus avait dit à ses disciples, au soir de sa mort : Je pars vous préparer une place. Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Cette promesse, beaucoup en attendaient la réalisation immédiate. Bon, on voulait bien attendre un peu, mais pas trop. Et quand Jésus tarde, quand certains de ses témoins viennent à mourir, la question du retour de Jésus se fait plus urgente : quand Seigneur ? Mais poser la question en termes de date, c’est faire fausse route. C’est ce qu’affirme Paul : Frères, au sujet de la venue du Seigneur, il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délais ou de dates. Vous savez très bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Ce n’est pas la date qui importe. Qu’il revienne dans dix jours ou dans cent ans, là n’est pas l’important. Ce qui compte, c’est notre attitude, notre capacité à être prêt au bon moment. Pour reprendre Paul encore, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.
 
Être vigilant, c’est se tenir toujours prêt, pour ne pas se laisser surprendre. Etre vigilant, c’est travailler en vue de ce retour du Seigneur, comme la maîtresse de maison dont parle le livre des proverbes. L’éloge qui en est fait vient rappeler le but que se fixe cette femme : le bonheur et le bien-être de sa maisonnée, chaque jour ! Ainsi devrait-il en être du croyant qui attend son Sauveur : chaque jour, il devrait veiller au bonheur et au bien-être de ceux qu’il rencontre afin que tous soient prêts à accueillir le Seigneur le moment venu. Avec Jésus, il s’agit d’être au bon endroit, au bon moment. 
 
La parabole que raconte Jésus ne dit pas autre chose. Elle peut nous sembler choquante tant elle fait l’éloge de ceux qui ont réussi financièrement. Mais ce n’est pas tant ce détail qui doit retenir notre attention que l’attitude du Maître et de chacun de ces serviteurs. Le Maître part en voyage et confie ses biens en gestion à ses serviteurs, à chacun selon ses capacités. Petite remarque importante, car le Maître connaît le cœur de ses gens ; il sait ce qu’il peut leur confier et combien il peut donner à chacun ; il sait ce qu’il peut attendre de chacun. C’est un homme profondément juste, attaché à ses serviteurs, respectueux de ce qu’ils sont et de ce qu’ils peuvent. Il ne leur tend pas un piège, il ne se moque pas d’eux ; au contraire, il veut leur faire confiance en mettant entre leurs mains ses propres biens. Ce qu’il confie, ce n’est pas rien : un talent équivaut à 26 kg d’or ou d’argent ! Une vraie fortune ! Oui, c’est bien du respect et une immense confiance qu’il leur manifeste ainsi. 
 
Le maître parti, deux serviteurs s’en vont aussitôt faire valoir ce qu’ils avaient reçu. Nous ne savons pas ce qu’ils font, mais nous apprendrons plus tard qu’ils ont doublé leur capital. Sans doute ont-ils risqué gros ! De telles sommes ne se gagnent pas du jour au lendemain, et surtout pas sans risque : ce n’est pas le placement pépère de la banque du coin ! Le troisième serviteur a une réaction différente : il va creuser la terre et y cacher l’argent de son maître. Il a bien conscience de ce que représente une telle somme, et ne veut sans doute pas se faire voler. 
 
Le Maître, à son retour, demande des comptes : il avait confié un bien à chaque serviteur : l’heure est venue de le restituer. Les deux premiers rendent le dépôt avec le surplus gagné et sont accueillis par le maître avec joie. Ils ont su risquer ; ils sont  récompensés, de la même manière : ils partageront la joie du Maître. Le troisième serviteur rend simplement ce qui lui avait été confié et se trouve condamné. Cela peut  nous paraître surprenant, le Maître n’ayant jamais posé de condition au moment du dépôt. Jamais il n’a dit qu’il fallait en rendre plus. Alors pourquoi cette sévérité ? Parce que l’homme a été paresseux et peureux : il n’a pas osé, par peur de son maître. Non seulement, il se fait une idée fausse de celui-ci (c’est un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé, qui ramasse le grain là où il ne l’a pas répandu), mais en plus, ce qu’il fait est illogique, puisqu’il ne va même pas placer l’argent de son maître à la banque. Il n’a même pas un sou de bon sens. Il s’est en fait jugé lui-même par sa façon de réagir. 
 
Cette parabole est donc un avertissement. Comme il en va de ses serviteurs, ainsi en sera-t-il de chacun de nous : une vie nous est donnée ; des talents nous sont confiés. Viendra le jour où il faudra rendre des comptes. Qu’as-tu fait de ta vie ? Qu’as-tu fais de ce que Dieu t’a confié ? As-tu utilisé ces talents pour le bonheur et le bien-être de tes frères ? As-tu eu peur et t’es-tu caché ? Dieu ne nous demande pas de réussir à tous les coups mais de savoir risquer : risquer une parole de paix là où les hommes s’opposent ; risquer des gestes d’amitié là où la guerre l’emporte ; risquer de croire là où la méfiance prolifère ; risquer d’aimer là où grandit la haine ; risquer de vivre là où la mort veut avoir le dernier mot. Risquer, et croire que Dieu est avec nous et qu’il récompensera notre audace. Risquer, et entraîner les autres à faire de même pour faire grandir ce monde de justice et de paix auquel nous aspirons. Risquer de vivre et ne pas se contenter d’une vie tranquille, au coin du feu, où l’on ne dérange personne et où personne ne nous dérange. La foi nous pousse à prendre des risques… au risque de nous perdre si nous refusons de vivre. On ne peut pas être croyant et attendre simplement et sagement que le temps passe, et que vienne enfin ce jour de Dieu. C’est à chacun de faire ce qu’il peut afin de hâter la venue du jour de Dieu par des actes conformes à la volonté du Père. Nous n’échapperons pas à la nécessité de vivre en conformité avec notre foi ; nous n’échapperons pas à l’urgence de développer un art de vivre en accord avec notre foi. Il ne peut pas y avoir la vie ordinaire du lundi au samedi, et la vie de foi réservée au dimanche. Le croyant au Christ est un être unifié tout au long des jours, ou il n’est pas. A tout le moins doit-il essayer d’unifier sa vie. 
 
J’aime bien finalement cet Evangile parce qu’il m’oblige à me mettre en mouvement ; il m’oblige à bouger pour la cause de Jésus et la cause des hommes. Grâce à cet Evangile, je ne peux plus considérer ma vie de foi comme quelque chose de mou, comme une vie passée à attendre que le temps s’écoule et que Jésus enfin vienne. A chacun donc de s’observer, de découvrir le talent que Dieu lui a confié et de se mettre en devoir de le faire fructifier. Il est temps de chasser la peur de notre vie ; il est temps de prendre des risques. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

dimanche 2 décembre 2012

1er dimanche de l'Avent C - 02 décembre 2012

Veillez !


A nouvelle année, nouveau parcours biblique ! Et ce parcours sera marqué cette année par l’évangile de Luc. Nous ne commençons pas sa lecture par le chapitre premier, mais par cet appel de Jésus à rester éveillé. Dès le début de cette nouvelle année liturgique, nous voici donc établit veilleur. Mais qu’est au juste cet état de veille dans lequel nous sommes censés demeurer ?

Jésus nous donne une première réponse dans l’évangile : veiller, c’est rester éveillé ! Nous pourrions dire, après quelques années de pratiques liturgiques, que nous savons tout sur tout, tout sur Dieu. Plus rien ne nous surprendrait ! Cette nouvelle année liturgique ne sera différente des autres : et de fait, elle va dérouler le même temps liturgique, dans le même ordre immuable : Avent, Noël, un bout de temps ordinaire avant que nous ne plongions dans le Carême, la Semaine Sainte pour en ressortir à Pâques. Nous vivrons alors un temps pascal sur sept semaines avant de revenir à l’ordinaire… Une succession de temps et de fêtes qui ne nous dérange pas plus que cela et qui rythme notre vie religieuse et civile. Rien de neuf sous le soleil comme dirait l’ecclésiaste. Et bien non, veiller, ce n’est pas subir ainsi le temps, comme si nous n’avions sur lui aucune prise. Veiller, selon Jésus lui-même, c’est justement regarder ce temps et le vivre en y repérant les signes que Dieu nous donnera, en guettant la venue de celui qui doit venir et être prêts à l’accueillir. Il ne faut donc pas subir le temps, mais nous y engager pleinement et sans cesse donner le meilleur de nous-mêmes.

Saint Paul nous livre alors une seconde piste pour veiller justement : grandir dans l’amour fraternel. Je ne veille pas pour moi tout seul, je veille aussi sur les autres. Il s’agit bien, pour Paul, de ne pas nous reposer sur nos lauriers : vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès. Nous n’aurons jamais fini de devenir chrétiens, nous n’aurons jamais fini de l’être toujours plus. Nous n’aurons jamais fini de grandir en sainteté. C’est un état permanent, dans lequel Dieu seul peut nous maintenir. Nous comprenons alors mieux l’importance de la prière soulignée par Jésus dans l’Evangile : priez en tout temps. Tout est lié : l’amour de Dieu manifesté par nos cœurs à cœur avec lui dans la prière et l’amour des frères manifesté par une vie conforme à l’enseignement des Apôtres. Veiller, dans un esprit chrétien, c’est bien tenir le tout ensemble, sans jamais ralentir, sans jamais laisser notre foi s’affadir. Si Benoît XVI a proclamé cette année, une année de la foi, c’est peut-être parce qu’il nous faut reprendre à frais nouveau ce que nous croyons savoir, ce que nous vivons déjà et ce que nous pouvons encore améliorer. Et ce n’est pas un hasard non plus qu’elle ait commencé par un synode sur l’évangélisation qui nous a redit avec force l’urgence de vivre notre foi sérieusement pour qu’elle soit remarquable et désirable par d’autres, par ceux qui ne connaissent pas encore le Christ. Si nous vivons notre foi comme de tristes sirs, comment d’autres pourraient-ils avoir envie de venir à la foi et de la partager avec nous ?

Quand cela est posé, nous pouvons alors relire le prophète Jérémie : il nous dit pour qui nous veillons ; il nous indique le but ultime. C’est bien sûr la venue du Sauveur promis par Dieu. Ce n’est pas une promesse en l’air, nous dit le prophète : elle se réalisera. C’est pour ce jour que nous veillons, c’est ce Germe de Justice que nous attendons dans la foi. Et quand il viendra, notre monde sera transformé : droit et justice seront exercés, et nous goûterons enfin ce bonheur après lequel nous courons si souvent. La seule venue du Messie comblera toutes nos soifs, toutes nos attentes, toutes nos espérances. Dieu ne viendra pas nous punir, il viendra nous rendre heureux. Ce bonheur mérite que l’on s’y prépare par notre veille incessante.

De l’invitation de Jésus à veiller, à prier sans cesse, du rappel de Paul que Dieu seul peut nous maintenir dans la sainteté que nous sommes appelés à vivre, il ressort que notre temps de veille sera un temps avec Dieu ou ne sera pas. C’est donc vers lui que je vous invite à vous tourner toujours, dans la prière. Vous pourrez le faire en reprenant les mots du psaume 24 que nous avons chanté ensemble (Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme). Je veux le faire maintenant en votre nom avec mes propres mots :

Au moment où nous commençons une nouvelle année liturgique, Seigneur, tu nous invites à entrer en veille. Non pas à nous éteindre ou à nous reposer, mais à t’attendre activement en scrutant les signes des temps. Accorde-nous, Seigneur, de veiller à ton retour avec toute l’ardeur nécessaire. Que ce temps de l’Avent soit pour nous l’occasion de nous rapprocher de toi, le Vivant pour les siècles des siècles. Amen.


(Dessin : Détail d'un Retable de Noël, site Prions en Eglise)

samedi 5 novembre 2011

32ème dimanche ordinaire A - 06 novembre 2011

Avoir toujours le désir de voir le Christ !





Elles sont méchantes, elles ne partagent pas ! C’est le cri du cœur d’un enfant à qui les catéchistes ont sans cesse parlé de l’importance du partage et qui entend cette page d’évangile ; il y a bien cinq jeunes filles qui ont de l’huile en réserve et qui refusent de la partager avec les cinq autres qui n’ont pas pris de réserve. Et en plus, celles qui ne sont pas partageuses sont invitées par l’époux alors que les autres sont jetées dehors ! Notre brave petit y perd sa religion. S’il faut partager avec ceux qui n’ont rien, y aurait-il malgré tout des choses qui ne se partagent pas ?

Ce que cet enfant n’a pas compris, c’est le contexte de l’histoire, sans lequel rien n’est clair. Jésus, en racontant cette parabole, parle de son retour. Au moment où l’évangéliste écrit ces lignes, la jeune communauté s’inquiète : Jésus est mort et ressuscité, il est retourné vers son Père, il a transmis l’Esprit… mais il tarde à revenir ! Qu’en est-il de cette dernière promesse ? Beaucoup pensaient qu’ils verraient ce retour de leur vivant ; mais cela ne semble plus être le cas. La parabole de Jésus rapportée par Matthieu vient alors leur redire que ce retour aura lieu, à un jour et à une heure que nul ne connaît et qu’il nous faut donc patienter, nous tenir prêt.

La noce de la parabole, c’est le jour du retour du Christ ; l’Epoux, c’est le Christ ; les jeunes filles, les insensées comme les prévoyantes, ce sont les membres de l’Eglise. Le temps de l’Epoux qui tarde à venir, c’est le temps où nous sommes ; les lampes d’huile, notre capacité à attendre, notre capacité à veiller dans la nuit. Lorsque, devant l’arrivée repoussée de l’Epoux, les jeunes filles s’endorment, leur capacité à veiller est manifestée par ces lampes à huile qui brillent. Les cinq prévoyantes ont des réserves de patience : quoi qu’elles fassent, qu’elles soient éveillées ou endormies, elles sont en veille, elles ont le désir de rencontrer l’Epoux et de ne pas le manquer. Les cinq insensées, au contraire, n’ont pris que ce qui leur semblait utile ; on n’a jamais vu un Epoux tarder à venir à sa propre noce. L’attendre n’est qu’une question de principe. Elles s’endorment comme les autres, et leurs lampes avec elles. Elles n’ont plus le désir d’attendre. Si les premières s’endorment avec le désir de la rencontre, les secondes s’endorment, fatiguées d’attendre ; il ne viendra plus !

Ainsi va la vie de l’Eglise et des croyants. Il y a ceux qui croient vraiment et qui attendent encore le retour du Christ sauveur, qui l’attendent avec la certitude qu’un jour ils verront Dieu, un jour, ils seront pour toujours avec le Seigneur. Et il y a ceux qui n’y croient plus vraiment, dont le désir de rencontre s’est affadi, perdu dans les sables de l’histoire. Ils sont croyants sans être vraiment pratiquants. Que le Christ vienne ou pas ne change rien à leur vie. Nous comprenons alors ce que le petit garçon n’avait pas compris. Les cinq prévoyantes ne peuvent pas donner de leur huile de réserve, parce que personne ne peut donner à un autre une part de son désir de voir Dieu. Si ce désir se perd et que la foi n’est qu’un ornement de notre vie, personne ne pourra nous donner un morceau de sa foi, un morceau de son désir.

Attendre Dieu, attendre le retour du Christ se fait de manière active, avec la certitude chevillée au cœur, que je dorme ou sois éveillé, qu’un jour, il viendra et que je dois être prêt pour ce jour. Si je me laisse surprendre parce que j’ai perdu l’envie de la rencontre, je resterai dehors de la salle du festin. Je m’entendrai dire, comme aux cinq insensées : Vraiment, je vous le dis : je ne vous connais pas.

La célébration eucharistique qui nous rassemble est un moyen de recharger l’huile de nos lampes pour ne jamais en manquer. Nous venons ici écouter la Parole de Dieu qui nous encourage à tenir bon ; nous venons recevoir le Pain consacré, signe de la présence du Christ au milieu de nous ; et nous chanterons, dans l’anamnèse, notre désir de son retour. Nous repartirons dans notre quotidien, forts de ce que Dieu lui-même nous aura partagé, capables de transformer notre monde et notre vie pour qu’ils correspondent toujours plus à ce que Dieu en attend. Pour attendre le retour du Christ, il ne s’agit pas de rester bloquer dans cette église, il s’agit d’y venir puiser à la source ce qu’il nous faut pour accomplir notre tâche d’homme et de chrétien au milieu de ce monde. Et si le sommeil de la mort s’empare de nous avant le retour du Christ, il s’agit de nous endormir encore avec le désir de voir Dieu : Dieu prendra avec lui ceux qui se sont endormis en Jésus.

Elles ne sont donc pas méchantes, les cinq jeunes filles qui avaient pris de l’huile en réserve ; elles sont juste habitées par un désir plus grand de voir l’Epoux venir, par le désir de l’accompagner et de le suivre. Qu’elles soient notre modèle pour réveiller en nous ce même désir de voir le Christ et nous rendre attentif à toujours avoir un peu d’huile de réserve. Qui sait : il pourrait venir aujourd’hui ! Amen.





(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille Dimanches et fêtes, Année A, éditions Les presses d'Ile de France)