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samedi 18 décembre 2021

4ème dimanche de l'Avent C - 19 décembre 2021

 Avec Marie et Elisabeth, accueillir Celui qui vient.





            En ce dernier dimanche de l’Avent, nous croisons la route de Marie et de sa cousine Elisabeth, deux autres figures de ce temps de préparation à Noël. Marie, cela va de soi puisqu’elle a été appelée à être la Mère du Fils de Dieu ; que nous la rencontrions durant l’Avent n’a donc rien d’extraordinaire. Elisabeth, sa cousine, enceinte dans sa vieillesse de Jean le Baptiste, c’est déjà moins commun. Ni elle, ni le fils dont elle est enceinte, ne jouent un rôle prépondérant dans ce temps de gestation. La mission de Jean le Baptiste, personne n’y pense encore. Et pourtant… 

            Cette scène de la Visitation est comme un passage de témoin entre la vieille Elisabeth, la figure de la Première Alliance et Marie, la figure par qui la Nouvelle Alliance peut émerger. Cette rencontre pourrait s’appeler : quand l’Ancien Testament rencontre, par avance, le Nouveau Testament. Ces deux femmes, l’une jeune, l’autre vieille, toutes deux enceintes « miraculeusement », se rencontrent au moment précis où l’Histoire des hommes va basculer vers quelque chose de neuf. Luc ne s’y trompe pas quand il rapporte l’événement. Au-delà de la joie d’Elisabeth de rencontrer sa cousine, il y a une autre rencontre qui se joue déjà, celle entre les deux cousins : Jésus et Jean le Baptiste : Lorsque tes paroles de salutations sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Si les tableaux occidentaux représentent cette scène par deux femmes se saluant, les icônes de nos frères orthodoxes vont quelquefois jusqu’à représenter les deux cousins dans le sein de leur mère respective, Jean s’inclinant profondément devant le Christ. Au-delà de la visite de courtoisie, c’est une visite hautement théologique qui se déroule sous nos yeux. Le discours d’Elisabeth ne laisse aucun doute à ce sujet : D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?... Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. Rappelons ici que Marie et Elisabeth ne se sont échangées ni appel téléphonique, ni sms pour se partager la bonne nouvelle. Et pourtant Elisabeth est capable de reconnaître et de reconstituer ce qui s’est joué à l’Annonciation : un ange envoyé par Dieu annonçant à Marie sa maternité prochaine et l’acceptation par celle-ci de ce projet divin. Elle a compris « instinctivement » ce que Joseph n’avait pas su comprendre quand il avait formulé le projet de répudier sa promise en secret.

            Cette visitation achève de rappeler aux hommes que le Maître de l’Histoire, c’est Dieu. Elle rappelle aux hommes que Dieu fait comprendre son dessein de salut à qui il veut bien le révéler. Elle nous dit aussi que chacun, quel que soit son âge, peut vivre une fidélité à Dieu telle, qu’il peut sans crainte entrer dans le projet que Dieu porte pour lui. Ni Marie, ni Elisabeth n’ont sans doute saisi d’emblée la portée de ce qu’elles étaient invitées à vivre, mais toutes deux ont accepté, toutes deux ont cru. Si l’on rapproche alors leur attitude de celle des époux, Joseph, le charpentier pour Marie et Zacharie, le prêtre, pour Elisabeth, on pourrait même en déduire que les femmes ont un avantage certain. Non pas qu’elles soient plus crédules, mais certainement plus attentives à la dimension spirituelle de notre existence. Elles semblent comprendre plus vite quand Dieu fait irruption dans leur vie. Cette Visitation nous rappelle enfin que Dieu accomplit ses promesses. Il tient parole. Il ne fait pas de promesse pour nous endormir ou nous rassurer ; quand Dieu promet, il s’engage ; quand Dieu promet, il réalise. Son projet de sauver tous les hommes, le moment est venu de le réaliser, et c’est ce Fils qui grandit dans le sein de Marie qui en sera l’acteur principal. Le temps de l’accomplissement a commencé. Marie l’incarne, Elisabeth le reconnaît et le proclame. 

            Au-delà du souvenir d’une visite ancienne pour nous, ce passage d’Evangile nous interroge forcément sur notre rapport à la promesse que Dieu nous fait de nous sauver. Sommes-nous dans la confiance comme Marie et Elisabeth ou remplis de doute comme Joseph et Zacharie ? Acceptons-nous, comme ces deux femmes, d’être des acteurs de la réalisation de ce salut, ou attendons-nous que les événements se passent, sans trop nous mouiller, juste assez pour être sauvés ? De Marie et Elisabeth, nous pouvons apprendre à accueillir dans la confiance Celui qui vient. Si l’on peut considérer qu’il vient bouleverser notre vie, nous pouvons aussi considérer qu’il vient la rendre plus belle : la joie de Marie et d’Elisabeth peuvent nous en convaincre. Avec elles, entrons dans le projet de Dieu ; avec elles, réjouissons-nous de celui qui vient. Il vient faire toute chose nouvelle ; il vient inaugurer un monde nouveau. Heureux sommes-nous de croire, nous aussi, à l’accomplissement des paroles qui furent dites aux hommes de la part du Seigneur. Amen.

dimanche 23 décembre 2018

4ème dimanche de l'Avent - 23 décembre 2018

Avec empressement !







En ces derniers jours du temps de l’Avent, nous croisons la route de Marie, le deuxième personnage emblématique avec Jean le Baptiste de ce temps de préparation. Sans elle, rien de ce qui se prépare n’aurait pu être possible. Elle est l’ultime porte qui nous ouvre le temps de Noël.

Lorsque nous la rencontrons, elle est en route. Elle se hâte à la rencontre de sa cousine Elisabeth, enceinte comme elle. L’évangéliste nous dit qu’elle le fait avec empressement pour souligner la hâte de Marie. Pourtant, elle aurait sans doute mieux à faire. Ne devrait-elle pas plutôt se reposer en attendant la naissance de son premier enfant ? Avec empressement : l’expression convient bien et prend un relief particulier en ce jour. Dans deux jours, nous célèbrerons la naissance de celui qui pour l’heure est encore porté par Marie. Avec empressement convient bien aussi parce que cela souligne l’urgence que Dieu ressent à aller à la rencontre de son peuple. Marie, toute disponible à la Parole de Dieu, ne fait que ce que Dieu attend d’elle. Chacun de ses gestes posés avant la naissance de Jésus devient comme une annonce de ce que l’Enfant qu’elle porte réalisera. Marie se hâte d’aller rencontrer sa cousine : Jésus, adulte, se hâtera à la rencontre de tous les hommes, pour leur annoncer le salut en sa personne. Marie prend du temps au service de sa cousine : Jésus fera du service de l’homme le signe de l’attachement à sa personne : pour être mes disciples, faites-vous le serviteur de tous !

La rencontre de ces deux femmes est bien plus qu’une simple visite de politesse, vous l’aurez compris. Lorsque la jeune fille rencontre la femme âgée, c’est le monde nouveau qui salue l’ancien. Un symbole puissant que cette rencontre banale entre deux femmes réunies par le même bonheur : celui d’être bientôt mère. La naissance de ses deux enfants va bouleverser le monde. Celui de la femme âgée va mettre un terme au monde ancien en l’invitant à se tourner vers Dieu. Celui de la jeune fille va inaugurer le monde nouveau, où tous les hommes seront frères, où tous les hommes seront fils de Dieu. La rencontre de ses deux femmes est comme le lancement du processus qui conduira à cette révolution.

L’évangéliste Luc souligne combien la rencontre de ses deux femmes est aussi et surtout la rencontre entre deux hommes : Jésus et Jean le Baptiste, celui qui sera annoncé à tous les peuples et celui qui l’annoncera. Jean le Baptiste tressaillit d’allégresse dans le sein de sa mère lorsque Marie salue sa cousine. Ce monde nouveau est à portée de main. Il suffit d’ouvrir les yeux, il suffit de reconnaître en Jésus celui qui l’inaugure, il suffit de marcher à sa suite. Il saura dire aux hommes l’amour de Dieu pour chacun d’eux ; il saura donner aux hommes une loi nouvelle, pétrie par l’amour de Dieu ; il saura ouvrir les cœurs pour les inonder de cet amour. Jean le Baptiste, encore en gestation, a fait ce chemin qui nous semble à nous quelquefois si long et difficile. Marie a fait ce chemin en restant attentive à la Parole de Dieu et à sa réalisation. Elisabeth et Zacharie feront ce chemin à la naissance de leur fils. 

Il nous reste deux jours pour nous mettre en route, pour aller à la rencontre de celui qui vient inaugurer un monde nouveau. Il nous reste deux jours pour aller à la rencontre de celui qui vient nous visiter. Il n’est jamais trop tard pour se mettre en route. Celui qui vient est notre vie et notre avenir. Il est celui qui nous remplira de joie. Mais il nous faut nous mettre en route ; maintenant ; avec empressement ! Amen


(Enluminure de Frère Jacques)
 

lundi 13 août 2012

Assomption - 15 août 2012

Célébrons les merveilles de Dieu pour nous !



Au cœur de notre été, une espérance jaillit, née de cette certitude : Dieu veut notre bonheur. Au cœur de notre été, notre foi est revigorée par la célébration de l’Assomption, signe de notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu. Au cœur de notre été, tournons-nous vers Dieu, source de tout bien : c’est lui qui fait grande merveille pour nous aujourd’hui.

 
Oui, en ce jour de fête mariale, c’est vers Dieu que nous sommes invités à regarder. Et c’est Marie elle-même qui tourne ainsi notre cœur vers celui qu’elle chante dans le Magnificat. Elle égrène toutes les merveilles que Dieu fait pour son peuple ; elle invite à contempler déjà ce monde nouveau qu’il construit pour l’humanité. Un monde où les petits seront respectés, protégés, rassasiés ; un monde qui verra la réalisation de toutes les promesses divines faites à travers le temps à Abraham et à ses successeurs, un monde définitivement délivré du Mal.
 
La Bible étant muette sur la fin terrestre de Marie, la liturgie nous fait revivre les commencements de l’histoire, lorsque Marie, ayant acceptée d’être la Mère du Sauveur, s’en va se mettre au service de sa cousine, bien plus âgée, et enceinte elle-aussi, par la grâce de Dieu. L’Evangile de notre fête nous présente ainsi l’arrivée de Marie chez son ainée et ce dialogue entre ces deux femmes qui se savent choisies par Dieu pour une histoire qui les dépasse : la plus âgée pour être la mère du Précurseur, la plus jeune, la Mère du Sauveur. En ces deux femmes, la première et la nouvelle alliance se rencontrent, et le lien est établi entre le peuple que Dieu s’est donné depuis les origines et ce peuple qu’il veut reconstruire en Jésus, son Fils, offert pour le salut de tous. Cette nouvelle création est marquée par la joie d’accueillir Dieu lui-même au cœur de la vie des hommes : comment ai-je ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? En Marie qu’elle accueille, Elisabeth a conscience d’accueillir bien plus grand encore et déjà l’enfant qu’elle porte en son sein tressaille d’allégresse ! Ce monde nouveau est tout juste annoncé, que déjà les hommes peuvent se réjouir : rien ne s’opposera plus à la réalisation du projet de salut que Dieu porte pour nous, puisque Marie a choisi de le suivre en s’offrant à Dieu pour qu’il puisse prendre corps. Nous pouvons en être convaincus : voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ.
 
Ce jour, Dieu l’a préparé de longue date puisque, selon notre foi, il a préservé Marie du péché des origines. Ainsi, depuis son premier jour, elle était tout entière tournée vers celui qui l’a appelée pour être la Mère de son Fils. Comment dès lors ne pas croire que, ayant préservé Marie au commencement de sa vie, il ne la protège encore au terme de sa vie ? Celle qui n’a pas été dégradée par le péché, ne sera pas davantage dégradée par la mort. Puisqu’elle n’a été que oui à Dieu, puisqu’elle a suivi son Fils en toute chose, jusqu'au pied de la croix, elle le suivra désormais dans sa gloire. Elle annonce ainsi à tous les hommes quel est leur destin. A tous ceux qui suivront son Fils, à tous ceux qui embrasseront l’Evangile pour en vivre, sont assurées la victoire sur le Mal et la gloire d’une vie en Dieu pour toute éternité. Le Christ est ressuscité des morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. C’est là notre foi. A la suite de Marie, entrée dans la gloire de son Fils à cause de son obéissance à Dieu, nous est montré le chemin à suivre pour parvenir à notre tour à la gloire du ciel. C’est là notre espérance. Ce chemin, c’est le chemin de la charité, le chemin de l’abandon entre les mains du Père.
 
En cette fête de l’Assomption, rendons grâce à Dieu pour les merveilles qu’il a faites en Marie. Mais célébrons aussi les merveilles qu’il ne cesse de faire pour nous. Il ne nous laisse pas seul face au péché, au Mal et la Mort. Par le don renouvelé de son Fils en chaque eucharistie, il nous en libère et nous appelle toujours à le suivre, pour être là où il sera. Il nous propose de vivre le oui de Marie pour construire avec lui un monde plus humain. Abandonnons-nous joyeusement entre les mains du Père ; il nous recueillera en son Royaume pour toute éternité. Amen.

(Photo de l'auteur - Eglise de Desesti - Roumanie)