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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 18 avril 2026

3ème dimanche de Pâques A - 19 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il se révèle à nous dans sa Parole et le Pain partagé.



(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)





 

             Nous avions eu quelques indices, au long de la Semaine Sainte. Les signes étaient puissants au soir du Jeudi Saint, lors de son dernier repas. Un lavement des pieds et surtout des paroles mystérieuses sur le pain et le vin, des gestes à refaire en mémoire de lui. Mais voilà, le Vendredi Saint a suivi, avec la mort ignominieuse, et nous avons tout oublié. Notre chagrin, notre révolte, ont comme gommé ses gestes ; ils ont bloqué dans notre mémoire les paroles de ses trois années d’enseignement. Il ne nous restait que nos yeux pour pleurer et une espérance détruite. C’est l’expérience faite par ces disciples qui rentrent chez eux à Emmaüs jusqu’à ce que…

            Jusqu’à ce qu’ils soient rejoints par un inconnu qui les interroge. De quoi discutez-vous tout en marchant ? S’ils pensaient être discrets, les deux disciples sont pris en défaut. Leur peine est si grande qu’ils ne se sont pas rendu compte qu’on pouvait les entendre. A moins que leur peine ait été si évidente, qu’elle interpelait celui qui les a rattrapés sur la route.  De quoi discutiez-vous, Cléophas, sur cette route entre Jérusalem et Emmaüs ? La question leur semble à tous deux surprenante. Enfin cet homme fait la même route qu’eux ; il vient de Jérusalem, comme eux ! Comment peut-il ignorer les événements de ces jours-ci ? Certes, il n’y avait ni gazette, ni journal à scandale, ni réseaux sociaux ; mais quand même ! L’affaire avait fait grand bruit ! A moins qu’il ait dormi toute la semaine, il a dû en entendre parler ! Forcément ! Mais l’étranger insiste : Quels événements ? Et les voici obligés de raconter à un autre, à quelqu’un qu’ils pensent extérieur à leur groupe, tout ce qu’ils ont sur le cœur. Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Ils ont raconté comment il est mort, sans doute aussi comment, avant cela, il avait transformé leur vie au point qu’ils espéraient que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais tout est fini, leurs espérances les plus folles sont déçues et anéanties. Il ne leur reste que les affirmations de quelques femmes de leur groupe qui sont venues dire qu’il est vivant. Mais rien, jusqu’à présent, ne confirme cela ; des hommes sont allés vérifier, ils n’ont rien vu.

            C’est une expérience qui nous est peut-être commune : avoir tellement cru en quelqu’un pour finir anéanti, sans illusion, comme trahis par les événements. Cela arrive dans les relations humaines, et quand cela arrive, cela nous ronge de l’intérieur, parce que nous ne comprenons plus, ou nous ne voulons pas comprendre. La douleur est trop forte ; l’incompréhension ne nous permet plus de réfléchir sereinement. Ils en sont là, ces deux disciples, et tous les autres sans doute aussi. Ils ont oublié non pas que Jésus est mort ; cela ils ne l’oublieront jamais ! Non, ils ont oublié tout ce que Jésus leur avait dit. Ils ont oublié tous les gestes que Jésus avait posés, tout au long de son ministère et durant leur dernier repas avec eux. La vision du Crucifié est trop prégnante, elle envahit tout, elle saccage tout. Avec sa mort, il ne reste rien que la douleur et le désespoir ! Nous sommes encore loin du magnifique discours de Pierre au jour de la Pentecôte quand il relit pour les Juifs et tous ceux qui résident à Jérusalem l'histoire de Jésus. D’ailleurs en serait-il capable sans ce qui se joue là, sur la route vers Emmaüs ? Cet étranger qui s’est approché, cet étranger qui semblait ignorant des événements qui ont eu lieu à Jérusalem, cet étranger se montre particulièrement versé dans la connaissance des Ecritures. Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui concernait Jésus de Nazareth.

            C’est ce même chemin que nous avait fait vivre la grande nuit pascale. Mais l’avions-nous compris alors ? Avions-nous compris que c’est Jésus lui-même qui venait nous expliquer la même chose ? Comprenons-nous vraiment que c’est Jésus qui, en chaque eucharistie, vient nous redire la parole de Dieu et nous la faire comprendre ? Nous ne saurons jamais combien de temps il restait à Jésus avant d’arriver à Emmaüs ; nous ne saurons jamais ce qu’il leur a dit. Mais nous savons, parce que l’Ecriture nous le dit que leur cœur était brûlant en eux, tandis qu’il leur parlait sur la route. Ils en ont témoigné largement au point que Luc le rapporte dans son évangile. Et le discours de Pierre, au jour de la Pentecôte, en porte sans doute la trace, puisqu’il refait une partie de ce chemin pour ses auditeurs, en faisant le lien avec un psaume de David. Quand vous lisez la Bible chez vous, c’est ce même cheminement qui peut se faire en votre cœur. Les textes du Premier Testament vous conduisent aux textes du Nouveau Testament et vous pouvez entendre à votre tour Jésus qui s’est approché et qui ouvre votre cœur à sa vérité.

            Mais l’étranger ne s’arrête pas là. A l’invitation des disciples arrivés à destination, il entre chez eux et bénit la table avec un geste banal : le pain rompu et partagé. Geste mille fois fait et mille fois vu, puisqu’il était commun à tous les Juifs. Mais pour ces deux hommes, ce geste simple renvoie à ce geste de Jésus au soir de son dernier repas. Et là, leur cœur brûlant embrase tout, et ils comprennent, et ils le reconnaissent, mais déjà, il a disparu. Cette expérience aussi nous pouvons la connaître après un deuil, lorsque nous rangeons les souvenirs dans la maison du défunt. Un petit objet peut nous remettre en route, l’espérance chevillée au cœur. Ce n’est souvent pas grand-chose, souvent d’un banal achevé, mais cela nous remet debout, nous remet en vie. La douleur de la séparation s’estompe, un avenir s’ouvre à nouveau. C’est aussi ce que réalise l’eucharistie pour nous. Nous avions déjà la Parole retrouvée et comprise ; nous avons aussi ce geste banal d’un morceau de pain rompu pour nous redire la présence éternelle de Jésus. A qui veut rencontrer Jésus dans sa vie, il ne sera donné que ces deux choses : une parole expliquée, un morceau de pain partagé. Là est Jésus, réellement, totalement, vivant pour toujours. Dans ce sacrement de l’Eucharistie, Dieu nous dit son amour et se révèle à nous dans sa Parole et dans le Pain partagé. Il n’y a besoin de rien d’autre que ces deux signes, et une communauté qui les célèbre et les reçoit comme signes de la présence de Jésus. L’expérience que font les disciples d’Emmaüs nous la refaisons en chaque eucharistie. Jésus s’approche de nous, quelquefois sous les traits d’un étranger, et se révèle à nous vivant, vainqueur de la mort, vainqueur du péché qui nous plonge encore trop souvent dans les ténèbres. Avec cette Parole expliquée, avec ce Pain partagé, nous avons tout reçu de l’amour du Père, tout ce qu’il nous faut pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et rendre efficace notre charité.

Tout est dit, tout est donné dans une parole reçue, dans un morceau de pain partagé. Que nos eucharisties soient joyeuses parce qu’elles nous font célébrer la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’il vienne dans la gloire. Que nos eucharisties rendent nos cœurs brûlants de cet amour de Dieu sans cesse renouvelé et réaffirmé. Avec les disciples d’Emmaüs, puisons dans l’eucharistie la force d’être missionnaire pour aller dire la joie de la résurrection à tous nos frères. Amen.

samedi 25 avril 2020

3ème dimanche de Pâques A - 26 avril 2020

Avec le Ressuscité, passer de la tristesse à la joie.






          Nous l’avons déjà dit la semaine passée : la fête de Pâques est la fête du Passage. Nous pouvons l’expérimenter durant la nuit pascale à travers les différents extraits de la Parole de Dieu que nous lisons. Nous le comprenons dans l’acte même de Jésus qui passe de la mort à la vie. Et nous avons commencé à comprendre que ce grand passage en entraînait une série d’autres, plus petits, moins spectaculaires, mais tout aussi importants. La semaine passée, nous étions invités à passer du doute à la foi. Cette semaine, avec l’épisode des disciples d’Emmaüs, le Ressuscité nous invite à passer de la tristesse à la joie. 

            Voyez-vous, l’histoire de ces deux hommes qui rentrent chez eux au soir de Pâques, c’est notre histoire. Et je dirai qu’elle est singulièrement notre histoire en cette année si particulière où nous ne pouvons nous rassembler pour célébrer Pâques. Il existe effectivement une réelle tristesse cette année chez de nombreux croyants, empêchés de se rassembler pour célébrer le cœur de leur foi, empêchés par la même occasion de communier au Christ Ressuscité. certains auront beau rappeler la communion de désir, cela n’est quand même pas tout-à-fait la même chose, et ne donne pas le même sentiment d’accomplissement et de présence réelle au cœur même de notre vie de Celui qui a livré la sienne pour nous. Sans trop couper les cheveux en quatre, nous pouvons donc affirmer que l’histoire de ces deux hommes, l’un nommé Cléophas, l’autre restant inconnu, qui s’en vont chez eux, tristes et abattus, c’est l’histoire de notre humanité, perdue dans ses rêves de gloire qui s’en retourne vers d’autres chimères, déçue par celui qu’elle n’a pas su reconnaître comme Sauveur lorsqu’il était pendu au bois de la croix. C’est l’histoire de notre humanité aujourd’hui, qui se rend compte soudainement qu’elle n’est pas toute puissante, et qui découvre qu’un petit rien, invisible mais destructeur, peut transformer le monde en immense prison, et réduire à néant notre style de vie et celle de toutes nos sociétés. 

            De ces deux hommes, si nous n’en connaissons qu’un, Cléophas, c’est pour nous rappeler que ce n’est pas une belle histoire pour enfant sage qui nous est ici racontée, mais que cela a bien eu lieu. Pour ceux qui vivaient à cette époque, il était ainsi possible de rencontrer ce témoin ; il était connu. L’autre, sans nom, est là pour nous permettre de nous identifier à lui. C’est nous qui marchons avec Cléophas aujourd’hui et qui revivons avec lui cette marche et cette rencontre sur le chemin vers Emmaüs. Nous pouvons donc, comme ces deux-là, être tenté par le repli sur nous ; nous pouvons être soupçonneux du sens que prend l’Histoire des hommes quand le monde semble devenu fou, quand la mort rôde dans nos quartiers et nos campagnes. Nous pouvons être ce deuxième homme qui, comme Cléophas, est révolté et abattu par ce qui est arrivé et qui ne comprend plus grand chose au projet de Dieu pour l’homme et pour le monde. Car comment croire que Dieu parlait par Pilate et les grands prêtres quand ils condamnaient Jésus ? Comment aujourd’hui, croire que c’est Dieu qui parle par nos autorités alors que ceux qui l’exercent à travers le monde sont incapables d’une conduite commune face au même fléau ? Parle-t-il par ceux qui disent : enfermez-les tous, et qui envoient la police, non pour protéger mais pour punir ? Parle-t-il par ceux qui disent qu’il suffit de quelques UV et d’un désinfectant injecté dans le sang pour retrouver une vie normale ? Parle-t-il par ceux qui choisissent d’identifier et de soigner les seuls malades et de laisser les autres assurer l’avenir de leur pays ? 

        Comme jadis sur la route d’Emmaüs, le Mal semble triompher dans notre quotidien. Comme jadis pour ces hommes déçus, de nombreuses questions se posent, l’avenir semble plus qu’incertain. Comme jadis sur la route d’Emmaüs, la perplexité nous saisit. Mais comme jadis sur le chemin d’Emmaüs, nous somme rejoints par quelqu’un, par Jésus. Nous avons peut-être du mal à le reconnaître, mais si nous sommes attentifs à sa Parole, il saura réchauffer notre cœur. Nous avons peut-être du mal à le croire vivant, ressuscité, mais si nous ouvrons nos yeux, nous le reconnaîtrons présent dans les gestes de solidarité, en attendant de le reconnaître à nouveau présent dans la fraction du pain à laquelle nous n’assistons plus. Car aujourd’hui comme hier, il vient nous rejoindre sur les routes de notre humanité. Aujourd’hui comme hier, il vient nous parler au cœur. Aujourd’hui comme hier, il s’offre à nous dans le partage du pain toujours vécu par les prêtres, et dans le partage de nos solidarités. Dans ces mots simples que nous entendions chaque dimanche, dans ce morceau de pain si souvent reçu, c’est toute sa vie qui nous était transmise ; c’est tout lui qui venait à notre rencontre. C’est bien peu, une parole et du pain, mais que faut-il de plus à l’homme pour exister vraiment, sinon une parole qui l’ouvre au sens des choses pour étancher sa soif de comprendre, et un peu de nourriture pour apaiser sa faim. 

         A tous ceux qui se détournent de Dieu parce que déçus dans leur foi, déçus par leur Eglise, déçus par un monde qui perd la tête, l’évangéliste rappelle la présence de Jésus à leur côté. A tous ceux pour qui le témoignage des Apôtres n’a pas suffi à les convaincre de sa toute-puissance sur le mal et la mort, Jésus donne l’occasion de dire leur souffrance, leur déception, pour qu’ils puissent passer de la tristesse réelle à la joie profonde. Il leur offre ainsi de faire un pas de plus et d’aller au-delà de leurs impressions. L’Eucharistie est toujours offerte comme le lieu où Dieu se révèle à ceux qui sont prêts à dépasser leur crainte pour le suivre sur le chemin difficile et exigeant de l’Evangile ; l’Eucharistie est toujours offerte comme LE lieu de la rencontre la plus proche entre Dieu et l’homme. Nous comprenons pourquoi de nombreux évêques insistent ces derniers jours pour que l’Eucharistie dominicale puisse à nouveau, rapidement, être célébrée non plus seulement pour le peuple, mais avec le peuple, comme il convient. Cette rencontre physique est essentielle pour que la joie revienne, pour que l’espérance triomphe et que la charité demeure vive. 

          Les disciples d’Emmaüs ont reçu la Parole de Jésus et le signe du Pain rompu pour reconnaître le Ressuscité, raviver leur espérance et partager leur joie. Même si nous ne pouvons y participer réellement, ces mêmes signes sont toujours offerts. Puissions-nous, en attendant de nous rassembler à nouveau, y reconnaître toujours la présence agissante de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Ainsi la joie pascale se répandra en nous et à travers nous jusqu’aux extrémités du monde. AMEN.



(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs, trouvé sur internet)


dimanche 30 avril 2017

03ème dimanche de Pâques A - 30 avril 2017

Il s'agit de Jésus le Nazaréen.





           Il y aura mis le temps, mais au final, il a tout compris et il ne cesse de le proclamer depuis. Il, c’est Pierre bien entendu, celui qui avait renié, celui qui n’avait pas toujours compris ce que Jésus voulait dire. Et ce qu’il a compris, c’est qu’au final, dans toute cette histoire, celui qui compte, c’est Jésus le Nazaréen et lui seul. Tout le reste, c’est de la littérature. Tous les autres, Pierre compris, ne sont que des serviteurs de Jésus, des proclamateurs de son mystère. C’est donc bien toujours à lui, Jésus, qu’il faut revenir. En toute chose, en tout temps. 
 
            Dans la force de l’Esprit Saint reçu au jour de la Pentecôte, Pierre annonce Jésus, le Nazaréen, en n’ayant même pas peur de rappeler aux hommes qu’ils l’ont supprimé. Et il le fait sans haine ; c’est un fait, désormais historique, et les hommes devront l’assumer non comme une tache dans leur histoire, mais comme ce moment qui aura permis à Dieu de libérer toute sa puissance de vie en ressuscitant Jésus d’entre les morts. Puisque Dieu lui-même ne reproche pas aux hommes la mort de son Fils, puisque Dieu lui-même fait de ce Fils mort le chemin vers la vie éternelle pour tous les hommes, Pierre ne peut pas davantage condamner ses coreligionnaires ; il ne peut qu’encourager ses contemporains à croire en Jésus, il ne peut que leur annoncer le salut. Au jour de la Pentecôte, comme dans la lettre que nous entendons en seconde lecture, c’est bien vers Jésus qu’il tourne le cœur des hommes, ce Jésus grâce à qui nous pouvons croire en Dieu. 
 
            Ce qui me surprend, c’est que la liturgie met ces affirmations fortes de Pierre en rapport avec l’évangile des disciples d’Emmaüs. Pierre n’y apparaît qu’à la fin, comme témoin de la résurrection. Mais ce n’est pas lui qui guidé Cléophas et son compagnon de tristesse et de désespoir vers Jésus. C’est Jésus lui-même qui se révèle lentement et patiemment à eux, comme il l’a fait pour d’autres. Il le fait au moyen de deux éléments : le pain partagé qui sera déterminant pour ces deux hommes, et la parole partagée qui aura préparé leur cœur à cette reconnaissance. C’est comme si Jésus formait à distance Pierre et les autres disciples à qui cette histoire sera rapportée. Ils n’auront pas à prouver la résurrection, mais à l’annoncer. Ils n’auront pas à l’expliquer, mais à rappeler, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. Car ce Jésus, si son histoire est récente pour Pierre et ses compagnons, est présent dans le projet de Dieu depuis le commencement du monde. Je pourrais longtemps désirer savoir ce que Jésus a dit à Cléophas et à l’autre disciple, en vain. Pourtant, en ouvrant les Ecritures à mon tour, en les relisant à la lumière de Pâques, je peux comprendre ce qu’il leur a dit, et je peux refaire le chemin d’Emmaüs. Je deviens alors ce second disciple qui n’a pas de nom, parce qu’il prendra alors mon nom. Ce deuxième disciple, c’est chaque homme, chaque femme, qui prendra le temps d’ouvrir les Ecritures pour y découvrir le projet d’amour de Dieu pour les hommes. Par la lecture amoureuse de la Parole, notre cœur deviendra brûlant en nous, brûlant de cet amour que Dieu communique, brûlant aussi du désir de connaître réellement celui qui y est ainsi annoncé. Et nous serons alors conduit naturellement à l’Eucharistie dans laquelle Jésus se donne encore et toujours aux hommes, dans le pain rompu et la coupe partagée. Ainsi, en chaque eucharistie, c’est bien la rencontre d’Emmaüs qui se rejoue ; en chaque eucharistie, c’est bien Jésus qui est remis au cœur brûlant de nos vies. En chaque eucharistie, il nous est redit ce qu’affirmait Pierre au jour de la Pentecôte : il s’agit de Jésus le Nazaréen. Vous pourrez triturer les Ecritures dans n’importe quel sens, c’est à Jésus que vous viendrez. Vous pouvez partager le pain en autant de morceau que vous voulez, c’est toujours Jésus qui sera révélé, présent, vivant au milieu de nous. Et lorsque vous croiserez un disciple de Jésus, vous le saurez authentique si c’est vers Jésus qu’il vous mène, et non vers lui. 
 
            Pierre avait donc tout dit, et il nous suffit de le répéter. Pierre avait tout dit, et nous devons le redire à notre tour : il s’agit de Jésus le Nazaréen, celui que Dieu a fait chemin de vie en le ressuscitant d’entre les morts. Le proclamer, à temps et à contretemps, c’est assurer le salut aux hommes de bonne volonté. C’est la seule mission de l’Eglise ; c’est la mission de tout baptisé. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, et nous ne saurions le taire. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, et il nous faut l’annoncer. Tout le reste, ce sera son œuvre à lui, Jésus, lorsque l’ayant découvert par notre annonce, le cœur des hommes sera prêt à le laisser agir. Oui, il s’agit de Jésus le Nazaréen, le même hier, aujourd’hui et dans les siècles des siècles. Amen.

dimanche 19 avril 2015

03ème dimanche de Pâques B - 19 avril 2015

Avec les Apôtres, témoignons...

(Texte repris et corrigé ce 19 avril, la première version publiée était incomplète. Erreur dans la version téléchargée. Avec toutes mes excuses)




Il existe une grande différence entre ces hommes que nous avons vu rentrer chez eux, sur le chemin d’Emmaüs, ceux que nous rencontrons aujourd’hui à Jérusalem, et Pierre et les autres disciples qui témoignent sans haine et sans peur devant tout le peuple, au moment de la Pentecôte. Pour combler cette différence, il n’y a qu’un chemin à suivre, le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs. Parce qu’il nous faut revenir là pour bien comprendre la suite.
 
Comme ils sont tristes, ces deux hommes qui s’en retournent chez eux au soir de Pâques. Et on les comprend. Leur ami et maître est mort, de façon ignominieuse. Ils avaient fondé en lui de grands espoirs, et voilà que tout s’achève sur une croix. Il ne reste rien de leur espérance ; il ne reste rien qui puisse les remettre en joie. Quand cet étranger s’approche d’eux, leur tristesse devient perplexité : en voilà un qui vient de Jérusalem comme eux et qui ne sait pas ce qui s’est passé ! Tout Jérusalem ne parle que de ça et il ne sait rien ? Alors ils consentent à raconter : à raconter les événements, à raconter leurs espoirs, à raconter leur désillusion, à raconter des bavardages de bonnes femmes. Pensez donc, elles disent qu’il est vivant ! 
 
Comme ils sont tourneboulés par les dires de cet étranger. On ne sait pas trop par le détail ce qu’il leur a dit ; juste qu’il leur a expliqué, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, dans toute l’Ecriture, ce qui concernait [Jésus]. Ils sont tellement remués qu’ils invitent cet étranger à rester auprès d’eux. Reste avec nous ! Il y a dans cette demande quelque chose d’une espérance qui renaît, quelque chose d’une joie qui revient, quelque chose d’une foi qui pointe à l’horizon. Ils ne savent pas encore comment l’exprimer, mais ils sont sûrs d’une chose : ils veulent encore l’entendre. En voilà un qui leur a fait du bien ! 
 
Comme ils sont heureux après la disparition de l’étranger. Ils ont reconnu Jésus. Non pas à sa voix, ni à son apparence, mais à un geste, un geste banal à souhait puisque c’est le geste de toute prière de table à l’époque. Pensez donc : il a pris du pain, l’a rompu et le leur a donné. Cela a suffi pour qu’ils comprennent : cet homme, cet étranger qui leur a fait du bien en leur parlant sur la route, c’est Jésus. Les femmes avaient raison ; il est vivant. Ils n’ont plus qu’une envie : le dire à tous ses amis. Ils refont le chemin inverse, en courant pour finalement s’entendre dire ce qu’ils avaient expérimenté : le Seigneur est vraiment ressuscité : il est apparu à Simon Pierre. A leur tour, ils racontaient tout ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. 
 
Comme ils sont surprenants, lorsqu’ils sont réunis après que les uns aient fait l’expérience d’Emmaüs et que Pierre ait vu le Seigneur. Car enfin, combien de preuves leur faudra-t-il  pour  être vraiment convaincus de la résurrection de Jésus ? Alors qu’ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Il y a là les deux dont nous avons rappelé le chemin intérieur fait lorsqu’ils rentraient à Emmaüs ; il y a là Pierre et tous les autres qui venaient juste pourtant de parler des rencontres qu’ils avaient faites ! Et même après avoir vu les plaies dans ses mains et ses pieds, ils n’osaient pas encore y croire et restaient saisis d’étonnement. Jésus va reprendre une seconde fois l’enseignement qu’il a déjà donné : il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures. De la crainte et la surprise, ils passent enfin à la foi ; ce n’est pas dit, mais nous le sentons. Après avoir vu Jésus, après l’avoir vu manger, après l’avoir entendu expliquer les Ecritures, comment ne pourraient-ils pas enfin croire ? Comment pourraient-ils ne pas enfin comprendre ? 
 
Comme ils sont courageux, cinquante jours plus tard, lorsque, ayant reçu l'Esprit Saint, ils ouvrent enfin portes et fenêtres, et osent se tenir devant le peuple pour lui annoncer : ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas garder pour eux cette bonne nouvelle de la résurrection. Ils ont compris qu’il fallait qu’il en fût ainsi. Quand ils s’adressent au peuple, ce n’est pas pour l’accuser. Ils ne rappellent que des faits : cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. Il y a, pour le peuple, la même espérance d’être sauvé ; il y a, pour le peuple, la même joie à vivre. Les disciples ne sont pas accusateurs, ils sont témoins du Dieu vivant et vrai, du Dieu plus fort que la mort, du Dieu qui offre à tout homme le salut. 
 
Comme les disciples, nous avons aujourd’hui à être témoins de Jésus, mort et ressuscité, par notre vie et par notre témoignage. Les hommes, aujourd’hui comme hier, ont besoin que quelqu’un leur dise qu’ils sont sauvés, qu’ils sont appelés à une vie sans fin, grâce au Christ, livré pour nos péchés. Les hommes, aujourd’hui comme hier, ont besoin de se savoir aimé, inconditionnellement. Qui le leur dira si nous n’osons pas ? Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 2 mai 2014

03ème dimanche de Pâques A - 04 mai 2014

Un dimanche pour accueillir le Ressuscité !




Voici déjà le troisième dimanche qui passe depuis que c’est arrivé, et peut-être sommes-nous encore comme ces hommes qui font route de Jérusalem à Emmaüs, perdus dans leur douleur, leur doute, leur désespoir. Avec la mort de Jésus, leur monde s’est écroulé. Que reste-t-il ? Rien, pas même un espoir. Leur rêve de liberté s’est évanoui. Ils broient du noir comme l’humanité seule sait le faire lors des grandes crises de son Histoire. Que voulez-vous : le monde est foutu ! Pourtant, en ce dimanche, un jour nous est donné pour accueillir le Christ ! Je reconnais que ce n’est pas là chose simple. Quand il ne vous reste que vos yeux pour pleurer, où trouver la force de relever la tête ? Où trouver un peu de consolation ? Comment retrouver l’espérance ? L’expérience de ces hommes en route pour Emmaüs peut nous aider. 
 
Nous admettons tous, spontanément, que ces deux hommes ont tout perdu avec la mort de Jésus. Nous les imaginons sans mal rentrant chez eux, le pas lourd, la mine triste, échangeant des paroles d’incompréhension devant les événements qu’ils vivent de vivre. Celui qui les rejoint n’a pas dû avoir grand mal à les rattraper. Ont-ils vraiment regardé celui qui les interrompt dans leurs échanges ? Saint Luc dit sobrement que leurs yeux étaient aveuglés et ils ne le reconnaissaient pas. Nous sentons bien le poids de leur douleur et de leur désarroi. Mais l’étranger ne veut en rester là ; le dialogue s’engage. Pour la première fois sans doute, quelqu’un les fait parler ; quelqu’un leur fait mettre des mots sur leur douleur ; quelqu’un les accompagne. Jésus avait promis à ses disciples de ne pas les laisser orphelins ; en attendant le don de l’Esprit Saint, c’est lui-même qui va accompagner ces disciples sur leur chemin d’humanité qui va devenir chemin de foi. Il ne les provoque pas en disant : Mais regardez-moi ! C’est bien moi ! Non, il les accompagne, il les écoute et il va leur parler. Il va leur permettre de prendre un peu de hauteur. Il va leur faire comprendre les Ecritures… En partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. 
 
Voilà un premier pas important : pour qui veut comprendre quelque chose à l’histoire de Jésus, il ne suffit pas de connaître Jésus, il ne suffit pas d’avoir vécu avec lui ; il faut être capable de comprendre en quoi cette histoire est singulière, en quoi cette histoire particulière reprend toute l’histoire de Dieu avec les hommes et la mène à son achèvement. Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth n’est pas un accident de l’Histoire ; ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth n’est une énième injustice faite à l’homme. Ce qui est arrivé là est à la fois l’aboutissement et un nouveau départ dans les relations entre Dieu et les hommes. Quand le jour de la Pentecôte, Pierre prend la parole, c’est bien ce schéma-là qu’il reprend. Il n’accuse pas les hommes du meurtre de Jésus ; il rappelle que c’était là le plan et la volonté de Dieu. Plusieurs, dans les Actes des Apôtres, Pierre et les disciples, vont ainsi relire pour leurs contemporains l’histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Nous ne pouvons donc pas faire l’économie de ce travail. La liturgie nous a permis de le faire durant la nuit de Pâques, lorsque nous avons relu la longue histoire de Dieu avec son peuple. Nous avons encore à le faire en approfondissant toujours plus notre connaissance des Ecritures et notre goût de Dieu et de sa Parole. Cela est-il suffisant ? Non, un deuxième pas est nécessaire et capital pour entrer dans le mystère de Jésus, mort et ressuscité pour nous. 
 
Les disciples, rejoints par Jésus, arrivent à destination. Ce devrait être le temps de la séparation. Mais voilà qu’ils invitent l’étranger à entrer avec eux. Ce qu’il leur a expliqué les a remués ; ils le reconnaîtront eux-mêmes : notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route ? Quelque chose a bougé en eux, mais pas encore assez pour que leurs yeux s’ouvrent. Ils n’ont toujours pas reconnu Jésus. Alors Jésus s’attable  avec eux. Et il pose un geste qui va tout changer, pour eux d’abord, pour le monde ensuite : il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. A ceux qui s’attendaient à quelques gestes extraordinaires n’est donné que le signe du pain rompu et partagé entre tous. Ce simple geste, d’une banalité terrifiante, a tout changé. Ce qu’ils avaient peut-être pressenti sur la route sans oser y croire encore, se révèle à eux avec une évidence bouleversante : c’est Jésus, il est ressuscité. Ce qu’avaient dit les femmes au matin est vrai. Sitôt Jésus reconnu, sitôt Jésus disparaît. Mais il n’y a plus de place pour la peur, ni pour la tristesse de n’avoir pu le retenir plus long. Ces deux hommes refont tout le chemin qu’ils viennent de faire à l’envers pour annoncer la Bonne Nouvelle aux autres. Ils ont accueilli Jésus, ils vont le partager, comme lui-même leur a partagé la parole et le pain. 
 
Pour tous ceux qui se disent ses disciples, le même chemin est à faire : travailler la Parole de Dieu pour mieux la connaître et y découvrir le projet d’amour de Dieu pour tous les hommes, et rompre le pain avec lui. Lire la Bible ne suffit pas pour connaître Jésus : encore faut-il l’accueillir à la table de notre vie et rompre avec lui le pain de son amour. L’eucharistie devient ainsi le lieu où nous accueillons le Christ, sa vie donnée pour nous et la certitude de sa présence permanente au milieu de nous. Nous ne pouvons pas faire l’économie de ce rassemblement autour du Christ qui se donne dans la Parole méditée et le Pain rompu. Nous n’accueillons pas vraiment ni totalement le mystère du Christ si nous ne participons pas avec fidélité et reconnaissance au repas de son amour. Là, dans l’eucharistie, Dieu nous livre sa Parole. Là, dans l’eucharistie, Jésus se livre pour nous. Là, dans l’eucharistie, Jésus se fait reconnaître, vivant et présent,  et se partage à tous. Accueillons-le. Amen.

vendredi 6 mai 2011

03ème dimanche de Pâques A - 08 mai 2011

L'Eglise, témoin du Ressuscité.




Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. A écouter Pierre parler ainsi dans les Actes des Apôtres, nous pouvons avoir l’impression que tout est facile ; qu’il suffit de dire les choses de Dieu pour que d’autres les entendent et se convertissent. Mais nous savons bien que tout n’est pas aussi simple. Et je repense à cet homme, croisé la semaine passée sur O’Connel Street à Dublin ; perché sur son tabouret, il haranguait la foule qui passait, en témoignant de ce que le Christ a réalisé dans sa vie. Peu se sont arrêtés, mais il ne se décourageait pas. Je pense aussi à toutes ces catéchistes qui quelquefois désespèrent devant le peu d’enthousiasme des enfants et de leurs parents. Témoigner du Christ n’est pas toujours aisé, mais cela nous est nécessaire. L’Eglise ne pourra jamais se passer d’annoncer le message du Ressuscité, d’annoncer que le Christ est vivant, pour toujours. Alors comment devenir d’authentiques témoins de Jésus ressuscité ?

A ceux qui s’interrogent, l’Evangile des disciples d’Emmaüs vient apporter des indices et les rassurer : ce n’est pas aussi compliqué que nous pourrions le croire. Il nous montre deux disciples du Christ qui, après sa mort, s’en retournent chez eux, tristes et abattus. Ils n’ont rien de témoins enthousiastes, alors que la scène se passe trois jours après la mort de Jésus, c'est-à-dire au jour de Pâques, au jour de la résurrection. Ils s’en vont donc chez eux, complètement démoralisés, quand ils sont approchés par quelqu’un ; nous savons que c’est Jésus, mais eux, aveuglés par leur tristesse, ne le reconnaissent pas. Pour eux, Jésus est mort, l’histoire s’arrête là et leurs rêves se sont envolés. Quand Jésus engage la conversation et les interroge sur le sujet qui les préoccupe, ils sont d’abord étonnés : comment peut-il ignorer les événements de ces jours-ci ? Tout Jérusalem ne parle que de cela et il n’en sait rien ? Ils vont donc lui expliquer : qui était Jésus, ce qui lui est arrivé, ce qu’ils attendaient de lui (nous espérions qu’il serait le libérateur d’Israël !). Ils arrivent même à exprimer l’expérience faite ce matin même par quelques femmes… qui disaient qu’il est vivant ! Mais bon, ils ont un peu vite classé l’info dans le rayon « bavardage de femmes », d’autant plus que des hommes du groupe sont allés vérifier, mais ils n’ont pas eu d’apparition, eux ! Non, non, pour eux, tout est fini, c’est bien dommage ; maintenant, il faut retourner au réel de la vie.

C’est alors que l’étranger prend la parole : vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire !… Et, en partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. Ils avaient du temps, ils allaient à pied, et Emmaüs – Jérusalem, ça fait quand même deux heures de marche ! Il a le temps de leur expliquer. Nous ne savons pas ce qu’il a dit exactement, mais nous comprenons qu’il a touché leur cœur. Quand ils arrivent à destination, ils veulent l’écouter encore et le retiennent pour la nuit. Et ils reconnaîtront eux-mêmes que leur cœur était brûlant en eux tandis qu’il leur parlait sur la route, et leur faisait comprendre les Ecritures. Nous avons là un premier indice pour devenir témoin du Ressuscité : il nous faut, avec lui, scruter les Ecritures. Notre archevêque nous invite à le faire depuis trois ans maintenant. Et même si l’an prochain, nous changerons de thématique diocésaine, cela ne signifie pas qu’il faut nous arrêter de lire les Ecritures et de chercher à les comprendre. Avant de devenir témoin, il faut savoir de qui nous devons témoigner. Nous ne nous annonçons pas nous-mêmes ; nous devons annoncer le Christ, mort et ressuscité pour nous. En lisant la Parole de Dieu, en approfondissant notre connaissance, nous comprendrons mieux comment le Christ s’inscrit dans cette longue histoire d’amour de Dieu pour l’humanité qu’il a créée ; et nous saisirons mieux pourquoi il fallait que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire.

Mais l’Evangile ne s’arrête pas là, avec les explications de Jésus. Les deux hommes l’invitent, et il accepte d’entrer chez eux. Ils passent à table et l’étranger pose un geste : il prend du pain, le bénit et le partage. Ce geste simple, qui peut être une manière de bénir la table et la fraternité qui les rassemble, devient pour ces hommes un geste de reconnaissance. C’est Jésus qui là au milieu d’eux, ils en sont sûrs ; ou plutôt qui était là avec eux, car déjà il a disparu. Mais pour eux, tout devient clair. Leur revient sans doute en mémoire le dernier repas qu’ils ont partagé avec lui, repas pendant lequel il leur avait demandé de rompre le pain et boire à la coupe en mémoire de lui ! Deuxième indice pour devenir témoin du Ressuscité : partager le pain et le vin de l’Eucharistie, signe de la présence réelle de Jésus au milieu de son peuple. A ceux qui s’interrogent pourquoi aller à la messe le dimanche, les disciples d’Emmaüs répondent : pour le reconnaître, pour être vraiment en sa présence. L’Eucharistie fait vraiment rencontrer Jésus. Le rencontrant vraiment, nous le connaîtrons mieux et nous en parlerons mieux.

Car l’Evangile n’est toujours pas fini : la tristesse de ces hommes s’est transformé en grande joie, une joie si grande qu’ils en oublient la fatigue, le découragement, les dangers d’un voyage de nuit, et ils reprennent la route en sens inverse, sur le champ, pour annoncer aux autres ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. Et les autres leur partagent leur propre expérience : c’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. Dernier indice pour être témoin : il faut partager ce que nous découvrons dans les Ecritures, porter aux autres celui que nous rencontrons dans nos eucharisties. Les derniers mots de la messe : Allez dans la paix du Christ !, sont une invitation à dire aux autres qui n’ont pas pu venir, ou pas voulu venir, ce que nous avons vécu lors de notre rassemblement. Même si le Pain eucharistique est conservé au Tabernacle, le Ressuscité ne peut y être enfermé.

En venant à l’église, nous devenons témoins de l’amour de Dieu pour nous, de l’amour de Dieu pour chacun. Et nous avons à transmettre ce message aux autres. Par notre parole, par notre manière de vivre. L’Eglise, dont nous sommes, est témoin du Ressuscité ; elle ne saurait le garder pour elle, Jésus ayant donné sa vie pour la multitude. Si nous ne sommes qu’une petite part à le reconnaître, nous avons à permettre à d’autres de faire ce chemin de Jérusalem à Emmaüs, pour qu’ils puissent découvrir qui est Jésus et ce qu’il fait pour eux. L’ayant découvert, je ne doute pas qu’ils feront alors avec nous le chemin d’Emmaüs à Jérusalem, pour devenir à leur tour, témoins du Ressuscité. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)