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samedi 26 avril 2025

2ème dimanche de Pâques C - 27 avril 2025

 Pâques, l'expérience d'une rencontre.


(Jésus ressuscité et Thomas, image trouvée sur internet)



Depuis la nuit de samedi dernier, et pendant toute cette octave, nous avons pu lire dans les évangiles, différents récits d’apparition du Ressuscité à ses disciples. Et nous avons pu constater que malgré le témoignage des bénéficiaires de ces apparitions, la foi en la résurrection était difficile à intégrer. L’évangile de ce deuxième dimanche de Pâques n’échappe pas à cette règle. 

Nous sommes au soir de Pâques, au soir d’une journée au cours de laquelle Jésus est apparu à Marie-Madeleine (seule ou accompagnée d’autres femmes selon les évangélistes) ainsi qu’aux disciples en chemin vers Emmaüs. C’est dans la matinée de ce jour que Pierre et Jean ont couru au tombeau, vérifier les dire de la première citée. Cette course au bout de laquelle le disciple que Jésus aimait vit et cru, alors que Pierre restait perplexe, voyant les mêmes signes, à savoir les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Quelques heures ont donc passé, et nous dit Jean, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Nous aurions pu nous attendre à un « youpi, il est ressuscité », quelques sauts de joies et des confetti, mais rien de tout cela. Au moment où il apparaît, il ne se passe rien. Il faudra une parole de sa part et la vue de ses mains et son côté pour que les disciples soient remplis de joie. Il ne suffit pas qu’il se montre, il faut qu’il se fasse reconnaître par quelques signes extérieurs pour qu’enfin cela fasse tilt dans leurs têtes. Le problème, c’est que Thomas n’était pas avec eux quand Jésus est venu. Ce n’est pas bien grave, me direz-vous, ils sont dix contre un ; ils vont bien arriver à le convaincre. Après tout, Jésus n’a-t-il pas soufflé sur eux l’Esprit Saint ? Et bien, ce qui devait se faire, ne se fait pas ! Thomas s’entête devant la joie débordante des dix autres : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Quand on est têtu, on est têtu ! Nous avons entendu la suite, huit jours plus tard, tout est rentré dans l’ordre sans qu’il ne mette ses doigts nulle part, alors même que Jésus l’y invitait. Que s’est-il passé ? Que manquait-il à Thomas ?

Des générations de prédicateurs semblent dire qu’il lui manquait la foi ; Jésus lui-même semble aller dans ce sens quand il dit : Cesse d’être incrédule, sois croyant ; ou encore un peu après : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Est-ce vraiment la foi de Thomas qui est en cause ? Pour une part, peut-être ; mais ce qui est plus fondamental pour moi, ce qui est en cause, c’est le témoignage des dix. Il n’a pas permis à Thomas de faire ce que les autres ont fait quand ils ont vu Jésus ce premier soir ; il n’a pas fait l’expérience de Jésus ressuscité. Et Pâques, c’est d’abord cela. Faire l’expérience que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant désormais. Quand il fait cette expérience, il n’a plus besoin de mettre ses doigts ou sa main dans les marques de la Passion ; il croit en s’écriant : Mon Seigneur, et mon Dieu, ce qu’aucun autre disciple n’a fait. Je comprends qu’il fallait la figure de Thomas pour les générations à venir. Jésus n’allait pas faire apparition sur apparition pour que les hommes, à travers le temps et l’Histoire croient en lui. Thomas, c’est chacun de nous aujourd’hui, qui n’a pas fait la rencontre en direct live de Jésus ressuscité, mais qui croit sur parole. Toutefois, cet épisode nous rappelle à deux essentiels.

Le premier essentiel, c’est que les mots de la foi que nous avons appris ne restent pas juste des mots appris, enfermés dans notre intelligence ; il faut que ces mots descendent dans notre cœur. Ils doivent devenir les mots qui nous font vivre, quotidiennement. Avant d’être des mots à savoir, ils sont des mots à expérimenter. Apprendre son catéchisme, c’est bien ; vivre de ce que le catéchisme nous apprend, c’est préférable si nous voulons que la foi soit au cœur de notre vie. Le défunt pape François n’a cessé, durant son pontificat, de nous rappeler cela, de remettre la foi au cœur de notre vie, de la faire descendre de notre cerveau vers notre cœur, en passant par nos mains et nos pieds. Quand il nous invitait à aller aux périphéries, il nous invitait à vivre notre foi. Quand il nous pressait à l’accueil des migrants, il nous pressait à vivre notre foi. Quand il nous disait de ne pas juger ceux qui ont une sexualité différente, il nous disait de vivre notre foi. Quand il nous demandait de vivre une Eglise plus synodale, il nous demandait de vivre notre foi. Et la liste est longue encore des moyens très concrets de vivre notre foi, c'est-à-dire de faire en sorte que notre foi descende de notre cerveau vers notre cœur. 

Et cela nous amène au deuxième essentiel. Pour que nos contemporains puissent faire ce chemin d’une foi intellectuellement comprise à une foi vécue, nous devons soigner notre art de vivre et de témoigner de lui. Si pour nous, chrétiens croyants et engagés, Jésus mort et ressuscité est juste une belle idée, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent des preuves. Si nos visages sont durs, nos mains fermées, nos pieds réticents à la rencontre de l’autre différent, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent faire une rencontre. Personne ne rencontre la joie de croire en croisant des visages fermés ; personne ne rencontre Jésus qui invite à accueillir l’autre devant des portes closes ; personne ne rencontre le Ressuscité qui offre sa vie devant des comportements mortifères ; personne ne peut croire en la résurrection du Christ si les mots que nous utilisons pour parler de lui planent au-dessus des nuages ou sont vides. Comme les dix disciples qui ont rencontré Jésus au soir du premier jour de la semaine, nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet de témoigner du Ressuscité. Qu’en avons-nous fait ? Notre vie dit-elle la résurrection de Jésus ? Notre manière d’agir avec les autres leur parle-t-elle de ce Dieu qui aime tout homme, quelle que soit son histoire personnelle ? Pour reprendre une des premières paroles du pape François, sommes-nous témoins du ressuscité, annonçant la Bonne Nouvelle à temps et à contre-temps, ou sommes-nous douaniers de la foi, vérifiant sans cesse d’abord la conformité d’une vie avant d’annoncer Jésus Christ ? Si nous attendons que les autres soient parfaits avant de leur parler du Christ, nous risquons d’attendre longtemps, et nous serions nous-mêmes bien orgueilleux de nous croire parfaits parce que nous pensons avoir la foi. C’est parce que je crois en Jésus qui me sauve par sa mort et sa résurrection que j’essaie patiemment d’ajuster ma vie à son Evangile. Si ceux qui m’ont parlé de Jésus avaient attendu que ma vie soit parfaite, je ne serais pas devant vous aujourd’hui, parce que je n’aurais sans doute pas encore entendu parler de l’Evangile. 

        En relisant l’épisode de Thomas, certains pourraient être tentés de me dire que même les dix disciples n’ont pas réussi avec lui ! Peut-être est-ce parce que ce n’était encore que des mots pour eux, mais pas une expérience qui a radicalement transformé leur vie au point que Thomas s’en rende compte. La preuve, ils sont toujours entre eux, n’osant se confronter aux gens hors de leur groupe. Pâques est et restera toujours l’expérience d’une rencontre à faire et à vivre, pour la faire vivre à d’autres. Ne désespérons ni de nous, ni des autres ; mais apprenons toujours mieux à faire descendre dans notre cœur ce que notre intelligence peut croire. Alors nous vivrons ce que nous aurons découvert, et nous pourrons le faire découvrir et vivre à d’autres. Amen. 


dimanche 24 avril 2022

 Faire route avec les disciples pour nous attacher au Ressuscité.



(Jésus ressuscité et Thomas, Source internet)




        Si vous avez été attentifs durant notre temps de carême, vous aurez remarqué que nous vous invitions à suivre Jésus qui marchait vers sa Pâque. Maintenant que ce grand passage de la mort vers la Vie est accompli, nous vous invitons à suivre les disciples, premiers témoins de la résurrection, pour entrer avec eux dans cette radicale nouveauté de Jésus, celui qui était mort et que nous proclamons désormais vivant, auprès de Dieu. En ce deuxième dimanche de Pâques, nous voulons suivre les disciples pour nous attacher au Ressuscité. 

            A l’écoute de l’évangile, nous pouvons comprendre que cela ne sera pas simple, parce que cette nouvelle de la résurrection, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a du mal à rentrer dans nos têtes. Les sondages liés aux élections nationales nous ont évité le traditionnel sondage pascal sur ce en quoi croient les chrétiens aujourd’hui et le désastreux constat que nous sommes de moins en moins nombreux à croire en la résurrection. J’en suis personnellement désolé, mais un chrétien qui ne croit plus à la résurrection n’est plus vraiment chrétien. Paul l’affirmait déjà aux chrétiens de Corinthe dans sa première lettre : Si le Christ n'est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. Contrairement à ce que nous pourrions croire, ce n’est pas plus évident aujourd’hui, après vingt siècles de christianisme, de croire en la résurrection, que cela ne l’était au commencement, au lendemain de Pâques. Voyez les disciples dans l’évangile de Jean de ce dimanche. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Depuis le matin de ce même jour, différents témoins, à commencer par les femmes de leur groupe, n’ont cessé de rapporter aux disciples la nouvelle d’un tombeau vide, de messagers qui disaient qu’il était vivant, que la mort n’avait pas eu raison de Jésus, et malgré tout, les disciples sont encore enfermés, plongés dans la peur. Pire, alors que ce soir-là ils reçoivent du Ressuscité sa paix et l’Esprit Saint, alors que pendant toute la semaine je les imagine bien ne cesser de raconter à Thomas qu’ils ont vu le Seigneur alors que lui était absent, huit jours plus tard, ils sont encore dans une maison dont les portes étaient verrouillées. Et les prédicateurs osent taxer Thomas seul d’incroyant, de disciple qui a besoin de voir pour croire ? Si les autres y croyaient autant après avoir vu Jésus, reçu sa paix et son Esprit Saint, pourquoi s’enfermer encore ? Non, la foi en la résurrection n’est pas quelque chose de facile à admettre ; cela ne l’a jamais été, cela ne le sera jamais. Et pourtant, ce sont ces disciples, peureux, ayant du mal à croire les femmes qui au petit matin s’étaient rendues au tombeau, ce sont ces disciples que nous devons suivre, c’est par ces disciples que la foi s’est lentement mais sûrement répandue d’abord à Jérusalem, puis dans le vaste monde romain. 

            Les Actes des Apôtres que nous lisons alors chaque année au temps de Pâques, nous permettent heureusement de comprendre ce que vit cette jeune communauté, née des disciples et du don de l’Esprit Saint. Ils nous permettent de comprendre que le témoignage des Apôtres, conjugué par la puissance de l’Esprit Saint, rend crédible ce message concernant Jésus, celui qui était mort, et qui maintenant est vivant. Ce qui frappe, à la lecture de ce livre si particulier mais tellement important, c’est que la foi se répand par la prédication certes, mais aussi par les signes que posent les Apôtres. Ces signes, ce sont bien sûr des guérisons, mais plus fondamentalement, un art de vivre que développent les Apôtres. Nous avons une trace de cela dans cette affirmation : tout le peuple faisait leur éloge. Après ce qui était arrivé à leur Seigneur et Maître, après la peur qui a été la leur et dont l’évangile s’était fait l’écho, voilà qu’ils ont pris leur courage à deux mains et ont montré ce que cela changeait dans une vie d’homme que de s’attacher au Ressuscité, de croire en lui sans même comprendre comment cela a pu se passer. Personne ne s’attache seulement à Jésus par goût du spectaculaire, pour une guérison obtenue. Quand votre médecin vous guérit, vous ne vous mettez pas à marcher derrière lui et à ne jurer plus que par lui. Quand quelqu’un se met à suivre Jésus, c’est parce que Jésus a changé sa vie ; si quelqu’un reste fidèle à sa foi, c’est aussi à cause du témoignage de la communauté à laquelle il appartient, à cause ce que vit cette communauté à laquelle il appartient désormais, puisque personne ne peut être chrétien tout seul. Il y a là, pour nous, pour chacun de nous, une grande responsabilité. 

            Baptisés, nous sommes aujourd’hui disciples du Seigneur ; nous sommes ceux qui peuvent donner le goût ou le dégoût de Jésus. Nous sommes ceux qui, par notre manière de vivre et notre manière de croire, peuvent donner envie de suivre Jésus. Si ce dimanche est appelé dimanche de la miséricorde, c’est d’abord parce que l’Eglise a conscience que c’est bien dans la mort et la résurrection de Jésus que Dieu nous fait miséricorde et nous sauve. C’est son Esprit Saint qui nous donne le courage de le suivre et vivre selon son enseignement. Mais il est aussi dimanche de la miséricorde pour nous rappeler que nous sommes invités à la miséricorde les uns envers les autres. Comment imaginer être sauvés radicalement et gratuitement sans faire miséricorde à notre tour à celles et ceux que Dieu met sur notre route ? La miséricorde, c’est le début de cet art de vivre que nous devons développer pour que ceux qui ne connaissent pas encore le Ressuscité puissent le découvrir et s’attacher à lui à leur tour. Soyons des passeurs du Ressuscité, des passeurs de sa miséricorde. Amen.   

samedi 10 avril 2021

2ème dimanche de Pâques B - 11 avril 2021

 Thomas, l'incrédule, vraiment ?




(L'incrédulité de saint Thomas, par un Maitre de Santo Domingo de Silas, Espagne, 12ème siècle, 
publiée par Rosa GIORGI, Saints et Symboles, Les clefs pour décrypter, éd. de La Martinière, Paris, 2011, p. 154)

          


            Nous arrivons aujourd’hui au terme de l’octave de Pâques, ce grand jour d’une semaine, qui nous a fait entendre chaque jour le mystère du Christ ressuscité, en nous rappelant que c’est aujourd’hui que cela s’accomplit pour nous. Et nous achevons ce grand jour par la lecture de l’Evangile de Jean qui nous raconte l’apparition de Jésus au soir de Pâques, d’abord puis huit jours après. C’est l’épisode bien connu où l’Apôtre Thomas fera profession de foi après avoir manifesté son doute. 

            Je n’aime pas que l’on se moque de Thomas, ni qu’il soit présenté comme l’incroyant. Parce que Thomas, dont le nom signifie Jumeau, c’est nous, c’est vous et moi. Il est notre Jumeau, il est le Jumeau de l’homme rationnel, qui veut bien croire, mais qui a besoin de l’expérience : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Que n’avait-il dit là pour des générations de prédicateurs ! Comprenez, le pauvre n’a pas vraiment la foi puisqu’il veut voir pour croire ; ce qui est tout le contraire de la foi ! Peut-être… mais avouez que lorsque l’impossible (un homme qui était mort revient à la vie) devient possible, lorsque l’impensable (la mort n’est pas la fin de l’histoire d’un homme) devient réalité, il y a de quoi en perdre son araméen ! Thomas veut faire l’expérience du Ressuscité ; pourquoi n’y aurait-il pas droit après tout ? N’est-ce pas ce qu’on fait tous les autres huit jours avant lui ? 

            C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Si cette scène, rapportée par Jean, n’est pas une expérience de Jésus ressuscité, je ne sais pas ce que c’est ! Ecoutez encore : Il leur dit : ‘ La paix soit avec vous !’ Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Qu’est-ce qu’ils ont fait, les Dix qui étaient là, en l’absence de Thomas, si ce n’est exactement ce que Thomas demande pour lui : voir ses mains et son côté. Juste parce qu’il est absent à ce moment-là, il n’y aurait pas droit ? Mais écoutez encore : Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : ‘ Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus’. Le premier geste que pose Jésus ressuscité, c’est de donner l’Esprit Saint à ses disciples. Cela simplifie quand même grandement les choses pour croire réellement que Jésus, celui qui était mort, est maintenant vivant ! l’Esprit Saint, c’est quand même Dieu présent dans notre vie. plutôt que de reprendre le pauvre Thomas et son incapacité à croire, nous pourrions regarder les autres d’un peu plus près. 

            Gardez en mémoire qu’ils ont vu Jésus ressuscité et ils ont reçu de lui la force de l’Esprit Saint. Or que se passe-t-il dans la semaine ? Ils disent à Thomas : Nous avons vu le Seigneur, sans toutefois réussir à le convaincre, alors qu’ils ont reçu la force de l’Esprit Saint. Et que se passe-t-il huit jours après ? Les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, encore. De quoi ont-ils peur puisqu’ils ont reçu la force de l’Esprit Saint ? Je veux bien que les hommes, nous, vous et moi, soyons appelés à croire sans voir, sur la foi du témoignage des Apôtres et de l’Eglise. Mais quand cette foi est encore mal assurée (je rappelle à toutes fins utiles qu’il faudra le souffle de l’Esprit au matin de la Pentecôte pour que les Apôtres sortent enfin), quand cette foi est mal assurée donc chez ceux qui doivent la transmettre, peut-on honnêtement reprocher au pauvre Thomas d’avoir du mal à croire ? 

            Saint Jean ne s’y trompe pas dans son évangile. Ecoutez bien la fin de notre passage de ce dimanche : Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence de ses disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous [qui n’étiez pas là et pour qui j’écris] croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. Le signe de la profession de foi de Thomas qui s’écrie : ‘ Mon Seigneur et mon Dieu !’ fait partie de ces signes qui doivent éveiller en nous la foi. Des autres disciples, Jean rapporte seulement la joie qui fut la leur en voyant Jésus. De Thomas seul, il est dit qu’il posa une parole de foi : Mon Seigneur et mon Dieu ! 

            Cette belle page de l’Ecriture nous dit qu’il ne suffit pas de voir pour croire. Elle nous dit aussi qu’il ne suffit pas de dire que Jésus est ressuscité pour que les autres croient. Il faut plus que cela. Il faut la puissance de l’Esprit Saint, et peut-être surtout la conscience de la puissance de cet Esprit dans notre vie. Quand cette conscience est réelle, alors la mission devient possible ; quand cette conscience est réelle, alors la foi devient possible chez celui qui nous entend. Quand cette conscience de la puissance de l’Esprit Saint est réelle, alors tout devient amour et miséricorde. Alors les péchés peuvent être remis et le pardon devenir léger parce qu’il est donné dans la puissance du Ressuscité qui nous a tout pardonné en se livrant sur la croix. A la suite de Thomas, témoin du Ressuscité, croyons au Maître de la Vie plus fort que la Mort ; à la suite de Thomas, témoin du Ressuscité, rendons compte de l’espérance qui est nous. Toujours. Et le monde croira. Amen. 

samedi 18 avril 2020

2ème dimanche de Pâques A - 19 avril 2020

Avec le Ressuscité, passer du doute à la foi.








Il faudra nous y faire : avec la fête de Pâques, quelque chose de neuf a surgi. Avec la fête de Pâques, Jésus, celui que nous connaissions comme homme, est devenu le Christ, celui que nous reconnaissons comme Messie et Sauveur. Le temps pascal que nous avons inauguré durant la grande nuit du passage, c’est avec lui, Jésus le Christ, qu’il nous faut le vivre. C’est lui qui nous permet de vivre à notre tour les différents passages qu’il nous faut effectuer, si nous voulons vivre avec lui pour toute éternité. Le premier passage à vivre, c’est celui du doute vers la foi. 

            Reconnaissons-le d’emblée : il n’est pas plus facile de croire en la résurrection aujourd’hui que cela ne l’était pour les Apôtres. Nous aurions aimé croire que ces hommes qui avaient vécu avec Jésus, qui avaient entendu son enseignement, qui avaient vu ses signes, auraient cru instantanément en Jésus ressuscité. L’événement de la Passion n’aurait été pour eux qu’un mauvais moment à passer. Après tout, ils avaient entendu Jésus, par trois fois, leur annoncer ces événements. Ils auraient dû comprendre instantanément le sens profond de ce qui se jouait sous leurs yeux. Les évangiles nous racontent qu’il en a été tout autrement. Il suffit de vérifier le nombre d’apparition nécessaires pour qu’enfin ces hommes s’ouvrent à cette nouveauté radicale d’une vie plus forte que la mort. Ni pour les Apôtres, ni pour nous, il n’a été simple de croire en la résurrection. Personne ne décide du jour au lendemain de croire en la résurrection de Jésus. Cet événement est tellement hors du commun, tellement nouveau, qu’il n’y a qu’un moyen pour le reconnaître : c’est que Jésus lui-même, celui-là même qui était mort, se révèle vivant à nous pour toujours. 

            L’histoire de Thomas, racontée dans l’évangile de ce dimanche, est révélatrice à ce sujet. Elle se déroule en deux temps. Le premier temps, les Apôtres le vivent en l’absence de Thomas. Ils se sont confinés dans un lieu verrouillé, par crainte des Juifs, nous dit Jean. Nous sommes au soir de la résurrection : Jésus s’est donc déjà révélé vivant à quelques-uns, et pourtant les Apôtres ne s’en trouvent pas raffermis ; je crois même qu’ils ne savent trop que penser de ce qu’ils ont pu entendre ou voir depuis le matin. Et voilà que Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur faudra malgré tout une parole de Jésus et un geste (il leur montre ses mains et son côté) pour qu’ils se laissent aller à la joie. Nous pouvons imaginer leur joie de partager ce moment avec Thomas lorsqu’il rejoint le groupe. Mais nous pouvons aussi comprendre son scepticisme : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous… non, je ne croirai pas ! En fait, ce que demande Thomas, c’est de faire la même expérience que les autres. Ce qu’ils ont vu, il veut le voir aussi. Qui a-t-il de mal à cela ? Je sais bien, certains ne se priveront pas d’appuyer sur la parole de Jésus à Thomas, huit jours après : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. C’est vrai pour tous ceux qui suivront ; c’est vrai pour nous. Nous n’avons pas la chance de voir Jésus comme Thomas et les autres ont pu le voir. Est-ce que cela rend caduque la demande de Thomas de voir comme les autres ? Je ne crois pas, parce qu’à la différence de nous, il a marché avec Jésus avant sa mort. Sa demande d’égalité de traitement est légitime parce que son expérience de Jésus est la même que celle des dix autres. 

            Pour nous qui suivons des siècles plus tard, il en va autrement. Nous sommes invités croire en Jésus sur la parole de l’Eglise qui, à la suite des Apôtres, répand la bonne nouvelle de sa présence réelle et agissante au cœur de notre vie. Mais il reste quand même nécessaire, pour chacun de nous, de faire cette rencontre personnelle avec Jésus, mort et ressuscité. Nous n’y couperons pas. Ce ne sera pas comme pour Thomas et les autres, mais ce sera une rencontre, une parole, un signe, quelque chose qui nous dit que c’est vrai, Jésus est ressuscité. Le signe le plus évident, c’est la vie des communautés chrétiennes. Relisez les Actes des Apôtres dont nous avons entendu un extrait significatif à ce sujet. Ce que vit ce groupe est contagieux ; d’autres ont envie de le vivre si bien que chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés. La miséricorde que Dieu fait aux hommes par son Fils mort et ressuscité, est rendue manifeste par l’art de vivre des croyants au Christ. Et c’est par cet art de vivre des croyants au Christ que d’autres peuvent être mis en contact avec le Ressuscité. Il y a un enjeu majeur qui se joue dans la vie de nos communautés ; celui de son élargissement à ceux qui ne connaissent pas encore le Christ, à ceux qui ne l’ont pas encore rencontré. Et comment le rencontreront-ils ? Par notre manière d’être, notre manière de vivre notre foi. La miséricorde que Dieu nous a manifestée au moment de notre baptême doit déborder de nous, se répandre sur le monde. En ce sens, le moment de pandémie que nous vivons, a quelque chose de ressemblant avec ce temps de la Pâque de Jésus. Quelque chose de neuf devra jaillir de cette épreuve, comme quelque chose de neuf a jailli de l’épreuve de la Passion. Et les croyants au Christ sont tout autant concernés aujourd’hui que ne l’étaient alors les Onze Apôtres. Ce monde nouveau qui devrait advenir après la crise, monde nouveau dont on nous parle depuis quelques jours, ne se fera pas sur de bons sentiments. Il nécessitera le passage du doute que nous connaissons aujourd’hui, à la foi d’un monde nouveau possible ; sinon ce monde ne sera qu’un rêve, une illusion. 

            C’est en passant du doute à la foi, grâce à Jésus mort et ressuscité, que les Apôtres ont pu engendrer un monde nouveau, un art de vivre nouveau dont le Christ était le cœur. Et c’est par cet art de vivre qu’ils ont touché (que le Christ a pu toucher) le cœur de ceux qui ne le connaissaient pas encore. C’est là, me semble-t-il, que nous serons attendus. Il ne s’agit de faire confiance à tel parti plutôt qu’à tel parti, pour nous sortir de la crise. Il s’agit d’accorder pleinement confiance au Christ, celui qui a vaincu la mort, pour nous aider à reconstruire notre monde, à reconstruire nos rapports humains mis à mal par la distanciation sociale. Comme les Apôtres ont su inventer du neuf tout en restant fidèles à ce qui était essentiel de leur vie d’avant, il nous faudra réinventer nos communautés chrétiennes et humaines, pour que la fraternité, signe d’une vie toujours plus forte que la mort, fasse sens et permette aujourd’hui, comme au temps des premiers croyants, de reconnaître la présence du Ressuscité. Que le Christ miséricordieux nous fasse passer du doute à la foi pour qu’avec lui nous puissions construire ce monde nouveau qu’il a inauguré pour tous les hommes. Amen.

(Arcabas, Le Ressuscité, source internet)

dimanche 7 avril 2013

02ème dimanche de Pâques C - 07 avril 2013

Avec les Apôtres, s'ouvrir à la foi.


Il y a un monde entre les Apôtres que nous croisons au soir de Pâques et même encore huit jours après, et les Apôtres que nous croisons dans le livre des Actes, et pourtant, ce sont bien les mêmes. De la peur, ils sont passés à l’annonce ; de l’incrédulité, ils sont passés à la foi. Avec eux, nous pouvons faire un bout de chemin pour nous ouvrir à la foi. 
 
Une question vient alors à mon esprit : qui, des dix Apôtres qui ont vu Jésus au soir de Pâques et de Thomas qui était absent à ce moment-là, montre le plus de foi lorsqu’ils se retrouvent tous ensemble ? Trop longtemps, les prédicateurs ont présenté Thomas comme celui qui a du mal à croire, celui qui a besoin de signes. J’entends bien, et l’évangile que je viens de proclamer leur donne raison. Jésus ressuscité lui-même leur donne raison : cesse d’être incrédule, sois croyant ! Mais permettez-moi quand même d’objecter et de prendre la défense de Thomas. Car enfin, que demande-t-il, Thomas, lorsqu’il exprime ses réticences ? Rien d’autre que de faire la même expérience que les autres : voir Jésus ressuscité et recevoir son Esprit Saint ! C’est facile de charger le pauvre Thomas, absent le premier soir , alors que les autres ont vu celui qui était mort et qui maintenant est vivant pour les siècles. Vous me direz : il aurait pu faire confiance à ses amis ! Certes, mais sont-ils eux-mêmes tellement convaincu de ce qu’ils ont vu qu’ils en deviennent convaincants ? Je n’en suis pas certain du tout ; car enfin, lorsque nous les retrouvons, huit jours après, avec Thomas cette fois, ils sont à nouveau enfermés, les portes sont toujours verrouillées ! S’ils étaient vraiment convaincus, n’auraient-ils pas déjà dû abandonner leur crainte ? La rencontre avec le Ressuscité ne les a pas changés tant que cela ; leur foi est encore bien timide ; leur crainte semble encore bien réelle. A quoi leur a servi le don de l’Esprit Saint ? Et on va me dire que c’est Thomas qui doute ? Si j’admets qu’il doute, admettez que les autres aussi, encore, au moins un peu ! Les portes verrouillées en sont, pour moi, le signe évident. Thomas me semble même être celui qui progresse le plus, le plus vite. Il voit et il croit, et il exprime sa foi en des mots sans appel : Mon Seigneur  et mon Dieu ! Il est bien le seul à formuler ainsi ce qu’il porte en son cœur. 
 
Lorsque nous retrouvons ces mêmes Apôtres dans le Livre des Actes, nous les voyons à l’œuvre. Leur crainte n’est plus qu’un lointain souvenir ; leur enfermement, un passé lointain. Désormais, ils se mêlent à la foule, sortent au grand jour, posent des signes, opèrent des miracles. On ne les montre plus du doigt pour les condamner comme c’était le cas pour Pierre au moment de la passion de Jésus : certainement, toi aussi tu es de ses disciples ! Aujourd’hui, tout le peuple faisait leur éloge, et des hommes et des femmes, de plus en plus nombreux, adhéraient au Seigneur par la foi. Le rêve de tout curé ou de tout ADP. Que les personnes à qui il s’adresse et qui le voient vivre, deviennent des disciples authentiques du Christ !
 
La juxtaposition de ces deux textes nous montre alors deux éléments incontournables dans le domaine de la foi : d’abord que la foi naît de la rencontre avec le Ressuscité et ensuite que la communauté a un rôle à jouer dans l’éveil et la transmission de la foi. Que ce soit pour les dix rassemblés au soir de Pâques ou pour Thomas, c’est la rencontre avec le Ressuscité qui déclenche l’acte de croire. Si nos catéchèses ne tendent pas à permettre cette rencontre, la foi devient difficile, voire impossible. Il n’y a que peu d’Obélix de la foi, des gens qui sont tombés dedans quand ils étaient petits. Même l’enfant élevé en famille très catho, devra un jour ou l’autre, pour faire grandir réellement sa foi, faire cette expérience personnelle, presque intime, du Christ présent dans sa vie concrète. Et c’est là qu’intervient le deuxième terme : la communauté. Elle est et reste le lieu où la foi devient possible ou impossible. Une communauté qui ne vit rien, une communauté qui se déchire, une communauté qui ne vit pas concrètement de l’Esprit Saint, ne peut éveiller à la foi. Nous sommes donc tous responsables de la foi des autres. Par ma manière de vivre ma foi ou de ne pas la vivre, je peux faciliter ou rendre difficile, voire impossible, la rencontre avec le Ressuscité. Il faut nous rappeler alors la parole du Christ au soir de sa mort : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples. Et nous pouvons alors la traduire ainsi : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous serez signes de ma présence au monde ; c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous pourrez toucher le cœur des hommes et les ouvrir à ma présence ; c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous éveillerez la foi en vous et autour de vous. La communauté, c’est la famille d’abord, premier lieu de la catéchèse et de l’éveil à la foi ; mais la communauté, ce sont aussi nos lieux de vie, nos écoles, nos paroisses. Partout, si nous sommes disciples du Christ, nous avons à vivre cet amour qui n’est jamais exclusif. Partout, nous pouvons manifester la tendresse d’un Dieu amour qui vient à la rencontre des hommes pour les sauver et les faire vivre. En méditant les Actes des Apôtres, nous comprenons bien que leur art de vivre suscite autant de disciples que leur discours. 
 
Aujourd’hui, le temps des témoins immédiat du Christ est révolu : Thomas et les autres sont nos ancêtres dans la foi ; mais leur exemple reste vivant et parlant. Nous pouvons nous appuyer sur leur vie et leur témoignage pour grandir dans la foi ; nous pouvons, comme eux, par notre art de vivre et notre annonce claire du Ressuscité, ouvrir à la foi ceux qui ne le connaissent pas encore. En toute humilité et dans la confiance que le Seigneur travaille avec nous, pour sa gloire et le salut du monde. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin Bleu)

dimanche 25 avril 2010

2ème dimanche de Pâques - 11 avril 2010

Retranscription de l'homélie donnée en la Basilique d'Echternach (Luxembourg) à l'occasion du rassemblement diocésain des servants d'autel de METZ (57). Avec mes remerciements à Victor BENZ pour son invitation à prêcher cette eucharistie.


Pourquoi ne serions-nous pas butés aussi ?


Il y a quelque chose de buté chez les Apôtres dans l'Evangile que nous venons d'entendre. Pour bien comprendre, il nout faut faire un peu d'histoire. Dimanche dernier, c'était Pâques ; Jésus ressuscitait, il apparaissait à ses disciples (du moins à 10 d'entre eux, Judas s'étant pendu et Thomas étant absent). Que se passe-t-il alors ? Les disciples étaient enfermés chez eux (ils avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient), Jésus vient ; il leur donne sa paix, leur montre ses plaies, et leur donne son Souffle (l'Esprit Saint). Ils sont contents, mais cette joie ne semble pas changer grand chose. En effet, lorsque une semaine plus tard, Jésus se manifeste à nouveau, en présence de Thomas cette fois, nous constatons que ces mêmes disciples sont toujours enfermés (Jésus vient alors que les portes étaient verrouillées). Enfin, ils ont tout eu huit jours plutôt : la paix, la vision des plaies, le don de l'Esprit Saint. Qu'auraient-ils pû recevoir de plus ? En plus, je les imagine bien se moquer du pauvre Thomas : Nous avons vu le Seigneur, mais pas toi ! Sans compter toutes les apparitions dont les uns ou les autres ont pû bénéficier depuis ce premier soir. L'évangile de ce samedi de l'octave de Pâques nous le disait encore ce matin : malgré le nombre d'apparitions du ressuscité signalées aux disciples, ceux-ci ne crurent pas ! Certes, l'événement est d'une telle nouveauté, que je peux comprendre leur difficulté. Quelle serait ma réaction si, me promenant au matin de Pâques sur le cimetière où sont enterrés mes proches, je découvrais la tombe familiale éventrée et vide ? Serais-je enclin à croire à la résurrection ? Ne serais-je pas un peu buté à l'image des Apôtres ?

Thomas aussi semble un peu buté face aux affirmations des autres (Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas !) ; mais je le comprends mieux. Il n'a eu ni la paix du Seigneur, ni son Esprit Saint, ni la vision des stigmates. Il ne demande rien d'autre finalement que de faire la même expérience que les autres. Et on lui reproche d'être incroyant ! Mais quand Jésus vient en sa présence, il a cette belle affirmation de foi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Et il n'a touché à rien !

Il restera quelque chose de buté chez les Apôtres lorsqu'ils auront intégré la résurrection de Jésus, parce que malgré les oppositions, malgré les dangers, malgré les coups reçus, ils iront désormais annoncer celui qui était mort et que Dieu a rendu à la vie. Et qu'importe le prix à payer !

Il y a quelque chose de buté dans l'attitude de Tarcisius qui nous a rassemblés aujourd'hui en ces lieux. Ce jeune chrétien, désigné pour porter aux malades et aux prisonniers le trésor de l'Eucharistie, refuse de le livrer à ceux qui n'en sont pas dignes, à ceux qui ne comprennent rien à ce grand trésor qu'il porte contre son coeur. Il ne cèdera rien, même sous les menaces, même sous les coups redoutables qui vont le mener à la mort. Buté parce que Celui qu'il transportait ainsi ne devait pas être profané. Buté parce qu'il avait compris l'importance de cette mission qui lui avait été confiée : des frères dans la détresse attendaient le réconfort de l'Eucharistie. Comment aurait-il pû l'abandonner entre des mains païennes ? Il ne cède pas ce qui est vital pour lui et ceux de sa communauté. Son côté buté à cause de Jésus Christ lui vaut de mourir martyr et vous vaut à vous, servants d'autel, l'exemple d'un jeune homme qui ne cède rien pour ce qui est vital.

Alors je m'interroge : ne devrions-nous pas être un peu plus butés nous-aussi pour ce qui est au coeur de notre existence ? Ne devrions-nous pas tenir plus que tout à Celui qui a tout donné par amour de nous ? Comme Tarcisius à son époque, vous connaissez aujourd'hui quelquefois les moqueries à cause de votre attachement au Christ et votre fidélité à le servir, dimanche après dimanche. Quelqu'un ne disait-il pas justement dans un atelier cet après midi qu'il n'avait pas joué des crécelles le vendredi saint à cause de ce que pourraient en penser les copains s'ils le voyaient faire ? Qui n'a jamais été moqué parce que le dimanche il allait d'abord servir la messe avant de rejoindre les copains ? Oui, quelquefois, être buté, être attaché à ce qui est important et le faire quand même, quoi qu'il en coûte, parce que nous savons que c'est juste et bon, oui, quelques fois, être buté, c'est bien. Votre fidélité au service de l'Eucharistie, un service bien fait, avec dignité et simplicité est le signe que, comme Tarcisius, vous restez attachés à Jésus et au trésor de l'Eucharistie.

Comme les Apôtres, comme Tarcisius, soyez buté pour Celui qui est vraiment important. Devenant ainsi le coeur de votre vie, il vous aidera à grandir dans cette fidélité et à vivre toujours mieux votre service. A travers vous, d'autres parviendront à mieux comprendre ce grand trésor de l'Eucharistie. Oui, cela vaut la peine d'être buté pour cela. Amen.

(En illustration, Tarcisius portant le trésor de l'Eucharistie, Sculpture de Bernhard LANG, Suisse. La statue sera exposée place Saint Pierre de Rome à l'occasion du 10ème pèlerinage international des Servants d'autel organisé par le CIM en août 2010)