Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Cendres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cendres. Afficher tous les articles

mercredi 22 février 2023

Mercredi des Cendres - 22 février 2023

 Revenez à moi de tout votre coeur !


(Source : Il y a dans le coeur de l’ Homme … | 1001 versets (la-bible.info)


 

 

            Ils étaient les premiers mots prononcés au début de cette liturgie ; ils vont nous accompagner durant tout notre Carême. Ecoutons-les à nouveau : Revenez à moi ! Et l’oracle du Seigneur de préciser : de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! N’est-ce pas paradoxal de formuler cette invitation ainsi ? 

            Dans une société dite de loisirs, une telle invitation risque de faire un flop monumental. Revenir au Seigneur, certes, mais dans le jeûne, les larmes et le deuil : on a vu plus joyeux et plus tentant comme expérience. Il faut le reconnaître : cela n’a rien d’attrayant ! C’est même plutôt rude. Faut-il donc renoncer à toute joie pour revenir au Seigneur ? Dieu serait-il contre la joie ? Beaucoup vous diront que ce n’est pas avec un tel programme que vous remplirez les églises. Et pourtant, il nous faut bien entendre et recevoir cette invitation du Seigneur au début de ce carême. 

            Le Carême est un temps que j’appellerais un temps sec, dur ; et c’est normal parce que c’est un temps de conversion. Le retour vers le Seigneur n’est pas le retour joyeux, mais le retour de celui qui sait qu’il s’est éloigné de Dieu, éloigné de sa Parole de vie, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à vivre, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à être. C’est le retour d’un humain qui sait qu’il s’est perdu lui-même, égaré hors de sa vie. Quelqu’un qui n’est plus que l’ombre de lui-même, spirituellement parlant. Ce n’est pas que nous n’aimons plus Dieu, mais la vie, avec ses grands soucis et ses petits bonheurs, nous a lentement éloignés de Lui, lentement éloignés de la meilleure version de nous. Quelquefois nous ne nous en rendons même pas compte. C’est comme la dérive des continents : cela se fait lentement, c’est à peine perceptible. Un jour, nous constatons que Dieu est devenu lointain, que nous sommes devenus étrangers à Dieu. Nous pensons à lui, comme nous pensons à cette vieille tante ou à ce vieil oncle que nous n’avons pas revu depuis si longtemps. Ils font leur vie, nous faisons la nôtre. La différence entre le vieil oncle et Dieu, c’est que Dieu ne souffre pas d’Alzheimer ; il ne nous oublie pas. Ce temps de Carême qui s’ouvre aujourd’hui, est un de ces temps où Dieu lui-même se rappelle à notre bon souvenir : Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. 

            Revenez à moi, parce que je vous attends, parce que votre vie est en moi, parce que votre bonheur est avec moi. Revenez vers moi parce que je fais pour vous des merveilles. Revenez à moi. 

            De tout votre cœur, pas seulement du bout des lèvres, pas seulement parce que vous y avez intérêt, mais parce que c’est  votre désir profond, parce que votre cœur sait où est son vrai repos. Souvenez-vous de ce beau refrain : Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi. Nos soifs les plus profondes, Dieu seul sait les étancher. Revenir vers lui de tout notre cœur, c’est reconnaître cela. 

            Dans le jeûne, les larmes et le deuil, parce qu’ils sont les moyens sûrs et efficaces pour exprimer ce que le fond de notre cœur n’arrive pas toujours à faire parvenir jusqu’à nos lèvres. Le psalmiste a su le faire admirablement dans ce psaume 50 que nous avons antiphoné ensemble : Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Voilà exprimé avec des mots le jeûne, les larmes et le deuil. Un psaume à prier souvent en ce temps de Carême. 

            Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. Nous comprenons bien que cela ne peut se faire la bouche en cœur et la fleur au fusil. Nous avons peut-être du mal à nommer clairement notre péché, mais nous avons la conscience claire de nous être éloignés de Dieu, lentement, mais sûrement. Le retour ne peut se faire avec tambours et trompettes parce que nous ne sommes pas fiers de nous. Mais nous sommes heureux de ce Dieu qui est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qu’est-ce qu’un temps de jeûne, que sont nos larmes, qu’est notre deuil de nous-mêmes, de notre orgueil, face à cet immense amour de Dieu pour nous ? Juste le signe de la sincérité de notre cœur. Nous ne revenons pas à lui parce que le calendrier et la liturgie nous disent de le faire, parce que c’est Carême ; nous revenons à lui parce que nous mesurons pleinement que notre vie loin de Lui n’est que peine et misère, cendres et poussières. 

            Hier, nous portions peut-être un masque de carnaval, jouant à être quelqu’un d’autre. Ne portons pas les cendres que nous allons accueillir comme un masque. Devant Dieu, nous ne pouvons pas jouer à être quelqu’un d’autres. Devant Dieu, nous nous présentons en vérité : et notre vérité, c’est que sans lui, nous ne sommes que cendres et poussières. C’est lui qui, en soufflant sur nous son Esprit, donne vie à nos cendres et poussières. C’est lui, et lui seul, qui nous fait vivre pleinement, réellement. Présentons-nous devant lui, marqués de ces cendres, marqués par les limites de notre existence. Il saura nous transformer, il saura nous fait vivre. Sa Parole nous fait vivre. Quarante jours nous sont donnés pour réapprendre à vivre de Lui. Revenons à lui de tout notre cœur. Amen.

mercredi 2 mars 2022

Mercredi des Cendres - 02 mars 2022

 Faire route avec Jésus : Aumône, prière et jeûne, les réserves pour la route.



(Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)




            Nous voici donc en Carême, une fois de plus. Comme les hirondelles qui font le printemps, il revient chaque année nous remettre face à nous-même, face aux autres, face à Dieu. Il est le temps qui précède la célébration du cœur de notre foi : la mort et la résurrection de Jésus, source de notre salut. Nous sommes invités, durant 40 jours, à faire route avec Jésus pour recevoir de lui le pardon des péchés et la vie éternelle. Quarante jours à marcher avec Jésus, nous comprenons tous que cela est long. Comme pour une randonnée, il s’agit de bien nous préparer, de bien préparer notre sac. Et c’est Jésus lui-même qui nous dit ce qu’il faut pour cette route avec lui : l’aumône, la prière, le jeûne. 

            L’aumône peut sembler un ancien mot, une vieille babiole que l’on garde sur une étagère de bibliothèque, parce que même si cela ne sert pas beaucoup, ça fait joli. Des mots plus récents, plus facilement compréhensible seraient : partage, solidarité, bref ce qui nous fait mettre l’autre en face de nous. Que fais-tu pour les autres, en bien ? Es-tu solidaire ? Sais-tu partager ? Pour marcher avec Jésus, il faut être solidaire. Ce n’est pas une option, c’est un art de vivre. A celui qui devrait en être convaincu, il suffit de relire l’évangile de Matthieu, au chapitre 25. Les questions posées, à la fin des temps, au jour du jugement sont : j’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison : qu’as-tu fait (ou pas fait) pour moi ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et oublier le partage et la solidarité. 

            La prière, c'est-à-dire la relation avec Dieu, cela peut sembler une évidence quand on veut marcher avec Jésus. Après tout, n’est-il pas venu de la part de Dieu, son Père, pour ramener notre cœur vers Lui ? Ce que nous dit Jésus, c’est qu’à côté de l’acte public de la prière, il ne faut pas oublier le tête-à-tête avec Dieu. Avez-vous remarqué que ce passage commence par un pluriel : Quand vous priez…, pour finir sur un singulier : Mais toi, quand tu pries… Les deux temps de la prière sont importants, mais quand tu pries, ne te montre pas aux hommes, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est présent dans le secret. Quelle est cette pièce, la plus retirée ? Je pense qu’il parle de notre cœur, ce lieu qui est notre lieu le plus intime, le lieu où Dieu est présent si j’en crois ce que dit le prophète Jérémie quand il parle de la Nouvelle Alliance : Je l’inscrirai sur leur cœur. Cela suppose d’avoir conscience que Dieu est là, en nous, en toi… il est là, au cœur de ta vie, il t’attend, il te parle. Ecoute-le ! Comment pourrais-tu marcher avec Jésus sans prendre le temps de l’écouter ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et oublier de l’écouter et de lui parler. 

            La troisième chose à mettre dans notre sac, c’est le jeûne. De manière moderne, on pourrait entendre une certaine dépossession. Jeûner, à strictement parler, c’est ne pas manger. Non pas pour faire un régime, mais pour ressentir le manque, ressentir que je me reçois d’un autre. Jeûner, se priver, pour mieux partager ce que j’ai ainsi économisé. Et cela ne doit pas être un acte triste et contraint, mais joyeusement accepté : quand tu jeûne, parfume-toi la tête. Au-delà de la nourriture, il y a tant de choses que nous pourrions jeûner et qui souvent nous coûteraient plus que de ne pas manger : jeûner les insultes, jeûner la violence, jeûner ce qui n’est pas absolument nécessaire, jeûner mes addictions si j’en ai. Il s’agit de retrouver pour soi-même, une vie plus saine, une vie plus simple. Si le partage nous tourne vers les autres, si la prière nous tourne vers Dieu, le jeûne nous tourne vers nous-mêmes. C’est un bon moyen de réfléchir à ce qui me rend vraiment heureux et m’y consacrer vraiment. N’est-ce pas le bonheur que nous recherchons tous ? Pourquoi l’enfermer dans des choses secondaires, qui me referment sur moi-même, alors que le bonheur véritable est en Dieu et tournés vers les frères, vers le bien du plus grand nombre ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et être happé par pleins de choses secondaires, voire inutiles. 

            Nous savons maintenant comment préparer notre sac pour la route. Il nous faut maintenant nous mettre en route, prendre le bâton pour la route et avancer. Les cendres que nous recevrons seront le signe de tout ce que nous devons brûler en nous pour que nous puissions à nouveau être tout feu, tout flamme pour Jésus. Prenons cette route, avançons durant ces quarante jours ; au bout, il y a Pâques ; au bout, il y a notre vie, une vie renouvelée pour nous, avec Dieu, pour les autres. Dans notre monde en crise, il nous sera bon de revenir à l’essentiel : une vie plus libre pour moi, une vie plus proche de Dieu, une vie plus fraternelle avec celles et ceux qui croisent ma route. Avançons, chacun à notre rythme ; ce n’est pas une course, c’est un compagnonnage que Jésus nous propose. Devenons disciples, devenons compagnons. Amen.

mardi 16 février 2021

Mercredi des Cendres - 17 février 2021

 Non pas renoncer mais sublimer ! 



(Julian FALAT, Le Mercredi des Cendres, Peinture polonaise, 1881, Source internet)



            S’il y a bien un mot que je ne peux plus entendre, parmi tous ceux qui sont régulièrement mis en avant pendant le carême, c’est le mot renoncer et tous ceux de sa famille. Il y a tellement de choses auxquelles nous avons dû renoncer depuis un an qu’il me semble que nous vivons un carême perpétuel, vidé de son sens parce que l’horizon pascal n’en semble plus la promesse. Nous avons renoncé à notre liberté, sacrifiée sur l’autel de la répression sous couvert de protéger notre santé à tous ; nous avons renoncé à l’égalité, sacrifiée sur l’autel du « Faites ce que je vous dis et laissez-moi faire comme je veux » ; nous avons renoncé à la fraternité, sacrifiée sur l’autel du profit de quelques-uns au détriment du plus grand nombre. Nous avons renoncé à notre humanité sacrifiée sur l’autel d’un hygiénisme exacerbé, nous privant ainsi de gestes élémentaires de tendresse, de relations vraies et de vie sociale pourtant indispensable à un bon équilibre de vie. Et il faudrait en ajouter encore, des renoncements, sous prétexte que le vrai carême, celui des chrétiens, commence aujourd’hui ? Et quoi encore ?

            Pour vous inviter à vivre notre carême, sans en rajouter dans le renoncement, je vous proposer de sublimer plutôt que de renoncer. Et de sublimer particulièrement notre humanité, la rendre magnifique, puisque c’est elle qu’on nous refuse et que les politiques sanitaires nous rognent pour ne pas dire qu’elles nous la nient. Car j’ai la conviction que plus nous serons humains, plus nous serons saints. Voyez-vous, le Christ que nous allons écouter et accompagner au long de ces quarante jours, est celui qui nous invite justement à cette opération. Fils de Dieu venu dans le monde, il a pris notre chair, il est devenu l’un de nous, pour nous faire comprendre la beauté de notre humanité quand elle accueille en elle la présence de Dieu. Grâce à lui, nous retrouvons notre ressemblance avec Dieu, que le péché nous a fait perdre. Il n’y a pas d’autre chemin pour nous vers la sainteté que celle de vivre intensément et complètement la richesse de notre humanité, telle que Jésus nous l’a révélée. L’humain véritable porte le souci du petit et du faible, l’humain véritable chasse le Mal de sa vie d’abord, l’humain véritable vit de Dieu et avec Dieu. d’où les trois embellisseurs d’humanité que le Christ nous propose dans son Evangile. 

            D’abord, et c’est important, me semble-t-il, que cela soit placé en premier, l’aumône, ou le partage. L’aumône embellit l’humanité et de celui qui donne et de celui qui reçoit. De celui qui donne, parce qu’il réalise qu’il y a un lien entre lui et les pauvres qu’il aide, qu’il les connaisse ou pas. L’aumône est un débordement de charité : non seulement celui qui donne, partage ce qu’il a, mais il le fait par amour, parce qu’il reconnaît dans l’autre à qui il donne un frère que Dieu met sur sa route. Le partage sans amour, ce n’est pas de l’aumône, c’est du rangement de printemps, faire un peu de place pour les nouveautés de la saison à venir. L’aumône embellit l’humanité de celui qui reçoit parce qu’il se sent aimé, soutenu dans son épreuve et peut trouver là, dans ce geste, la force de se relever.

            Ensuite, la prière. Elle embellit notre humanité parce qu’elle nous met en relation intime avec Dieu. elle nous fait réaliser à quel point nous sommes aimés, à quel point Dieu a besoin de nous pour dire au monde les merveilles qu’il accomplit pour tous les hommes. La prière embellit notre vie parce qu’elle nous permet, dans cette intimité avec Dieu, de toujours mieux connaître sa volonté pour nous et de puiser là, dans ce face-à-face avec Dieu, la force d’accomplir cette volonté. Elle est une réponse à l’amour que Dieu nous manifeste ; elle est signe de notre amour pour Dieu, et pour nos frères quand elle nous fait rejoindre la communauté croyante pour la célébration des sacrements.

            Enfin, le jeûne. Il embellit notre humanité en ce qu’il nous rappelle ce qui est essentiel en nous libérant de ce que nous jeûnons justement. Il nous rappelle à une vie plus simple, plus saine aussi, et peut nous aider à nous libérer de certaines addictions. Le jeûne fait partie de cette notion très contemporaine du « prendre soin de soi ». C’est une manière de redécouvrir notre humanité, une manière de comprendre aussi que moins n’est pas ennemi de mieux. Le pape François nous rappelle souvent que nous pourrions tous vivre mieux, si certains acceptaient de vivre de moins. 

            Le partage, la prière et le jeûne : trois ‘sublimateurs’ d’humanité qui nous permettront de traverser ce carême et de parvenir à la lumière du matin de Pâques, resplendissant de la ressemblance de Dieu. C’est bien ainsi qu’il nous faut considérer ces outils que le Christ nous recommande. Ils ne sont pas faits pour nous priver, mais pour nous augmenter, pour nous aider à nous réaliser, et à réaliser en nos vies et en celles de nos frères la volonté de Dieu. Nous pouvons alors vivre ce carême comme une transfiguration de notre vie qui la fera ressembler davantage à ce que Dieu veut pour nous.  Bon carême, bonne recherche de ce mieux auquel Dieu nous appelle, parce qu’il nous aime. Amen. 

mardi 5 mars 2019

Mercredi des Cendres - 06 mars 2019

Et toi, quand tu pries…







Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans la pièce la plus retirée.
Cet ordre du Christ nous est redonné chaque année au moment de l’entrée en Carême. La prière, avec la charité et le jeûne, fait partie des trois piliers du Carême, des trois voies à suivre pour nous rapprocher du Christ, pour manifester notre désir de le suivre de manière renouvelée. C’est sur l’axe de la prière plus précisément que je voudrais vous engager à vivre ce temps, sans rien négliger des deux autres bien sûr.

Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans la pièce la plus retirée.
Nous comprenons bien qu’il s’agit là d’une invitation à une proximité avec Dieu, à une intimité avec lui qui ne peut se faire dehors, sur la grande place. La prière est affaire de relation personnelle. Prier Dieu nécessite un lieu propice, un temps propice, et un nécessaire silence. N’oublions pas que dans la prière, Dieu nous parle. Il nous faut donc nous donner les moyens de l’écouter. « Je l’avise et il m’avise » selon le mot rapporté par le curé d’Ars. L’on comprend bien Jésus et on le suit sur la route de la prière lorsque, refermant sur nous la porte de notre chambre, nous le prions dans le secret, sans que personne n’en soit témoin, sans que personne ne nous entende. Le Carême peut véritablement être pour chacun l’occasion de renouer le fil de ce dialogue intime avec Dieu, si d’aventure nous en avions perdu le chemin ou si nos rendez-vous se sont espacés pour cause de multiples occupations.

Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans la pièce la plus retirée.
L’invitation du Christ à nous retirer dans le secret disqualifie-t-elle alors tout rassemblement ? Supprime-t-elle la nécessité ou l’obligation du rassemblement dominical ? Jésus ayant dit « retire-toi dans ta pièce la plus retirée» et non pas « va à l’église », faut-il en déduire que je peux prier chez moi, tout seul et que cela suffit ? Je ne crois pas que nous puissions tirer pareille conclusion. D’abord à cause de la pratique de Jésus lui-même. Lorsque les évangélistes nous parlent de sa prière, ils nous le montrent certes entrain de prier, la nuit le plus souvent, seul, à l’écart. Mais ils nous le montrent aussi allant à la synagogue, ou montant au Temple de Jérusalem pour les fêtes de la Pâque.

La pratique des premiers chrétiens, ceux qui ont connus Jésus, nous interdit aussi pareille conclusion, car trop hâtive. Lorsque nous lisons les Actes des Apôtres, nous voyons les croyants en Christ fréquenter les synagogues et le Temple jusqu’à ce qu’ils en soient exclus par ceux qui les considèrent dangereux pour leur foi. Et dès lors, les chrétiens continuent de se réunir dans des maisons particulières pour l’Eucharistie au jour du Seigneur (le dimanche) par fidélité à l’ordre du Christ lui-même, pour célébrer ensemble sa mort et sa résurrection. Il y a des prières qui nécessitent la présence de la communauté ; il y a nécessairement le temps du rassemblement qui nous tourne, avec nos frères, vers Dieu. 

Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans la pièce la plus retirée.
L’ordre du Christ n’annule pas le besoin de se retrouver pour célébrer ensemble. La nécessaire prière personnelle, relation intime avec Dieu, ne s’oppose pas et n’annule pas la nécessaire prière communautaire. Lorsque les chrétiens se rassemblent, ils se retirent bien dans leur chambre commune qu’est le bâtiment église pour ne faire qu’un corps, une voix s’élevant vers le Père de toute éternité. Ce que Jésus semble condamner, c’est la publicité faite à la prière, y compris personnelle, et non la nécessité de se rassembler pour célébrer ensemble, avec les frères, notre foi. L’on peut dire que l’église est notre chambre commune, dans laquelle nous nous retirons pour prier Dieu, pour lui rendre grâce de ce qu’il nous donne de vivre. Malgré le nombre de participants, nous pouvons dire que nous nous retrouvons tous dans l’intimité du Père pour l’écouter nous parler, nous qui formons l’unique Corps du Christ, pour recevoir de lui ce qu’il veut nous donner encore et repartir vers le monde, vers les autres, vers la sphère publique, forts de ce que nous avons vécu ensemble, dans l’unité. Lorsque nous sommes rassemblés comme ce soir, nous ne sommes pas d’abord quelques individus venus chacun pour lui-même ; nous nous rassemblons d’abord pour manifester cette Eglise du Christ qui se tourne vers son Dieu pour proclamer sa gloire et sa louange. Si nous venons d’horizons divers, si nos histoires sont particulières, notre prière se fait unanime. Elle est la prière de l’Eglise une qui s’adresse à son unique Dieu. Bien que plusieurs, nous nous retrouvons dans l’intimité de cette chambre haute où Dieu nous parle au secret de nos cœurs. Même si nous étions dix milles à célébrer, il y aurait toujours un secret du cœur où Dieu viendrait nous parler, il y aurait toujours cet endroit au plus profond de nous où Dieu lui-même nous rejoint.  

Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans la pièce la plus retirée.
Prière personnelle et prière en Eglise ne s’opposent pas. Elles sont les deux temps d’un même mouvement qui nous introduit dans l’intimité du Père. Ce temps du Carême qui s’ouvre, peut être l’occasion pour chacun de les redécouvrir et de les revivre. Ces deux prières sont comme les deux pieds sur lesquelles nous marchons pour parvenir au Dieu vivant et vrai. Sur le chemin vers Pâques, nous aurons besoin de temps en tête à tête avec Dieu dans le secret de notre chambre personnelle. Sur le chemin vers Pâques, nous aurons aussi besoin de temps commun pour nous rendre compte que nous ne sommes pas seuls à suivre le Christ, que l’Eglise se construit toujours encore et que nous en faisons bien partie. Ce que nous aurons découvert de Dieu dans l’intimité de notre relation personnelle, nous le confronterons à notre foi lorsque nous nous retrouverons dans l’intimité d’une église, faisant corps avec les autres croyants en Christ. Le carême peut être un temps pendant lequel, solitairement et communautairement, nous venons près de la source entendre Dieu nous parler et nous confier à lui les uns les autres. Ce serait assurément une belle manière de monter vers Pâques. Nous pouvons en prendre la route dès ce soir. Amen.


mardi 4 mars 2014

Mercredi des Cendres - 05 mars 2014

Un carême pour redécouvrir notre baptême.


« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer.»  C’est bien ce désir de vivre comme Dieu nous le demande, ce désir d’être juste devant lui, qui va conditionner notre marche vers Pâques, notre chemin de carême. C’est ce désir de vivre selon le mode de Dieu qui fait de nous des chrétiens, fiers de leur baptême. C’est ce désir de vivre en Dieu, pour Dieu, avec Dieu pour un meilleur service du monde et de l’Eglise, qui nous pousse à nous interroger tout au long des quarante jours à venir sur la pertinence et le sérieux du baptême que nous avons reçu. Je voudrais avec vous et pour vous méditer ce texte d’évangile que nous venons d’entendre. Il sera notre guide et notre mesure pour ce temps de Carême.
 
« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu fais l’aumône… » Première piste de travail pour notre carême : vivre avec justesse nos gestes de partage et de solidarité. « Lorsque tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite ».  L’aumône, la solidarité (sous son appellation moderne) exigent le secret, la discrétion, nécessaires au respect de celui qui reçoit. Il y a bel et bien une manière perverse d’être solidaire : celle qui met le donateur au centre du don et non plus celui qui en est bénéficiaire. L’aumône, la solidarité ne doivent pas glorifier celui qui donne. Donne-t-on pour être reconnu, louangé, acclamé ? Ou donne-t-on pour soulager, pour aider, pour relever ?
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité royale du Christ. Exercer avec justesse et discrétion notre charité nous fait mettre en œuvre cette dignité, car nous veillons, comme Dieu veille, à ce que chacun ait le nécessaire pour vivre. Exerçons cette dignité royale avec la même discrétion que le Christ. Quand il nourrit les foules, soigne les malades, relève les morts, ce n’est pas pour se faire mousser, mais pour que la gloire de Dieu soit manifestée aux hommes.

« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu pries… » Y a-t-il œuvre plus grande que la prière pour dire à Dieu notre désir de vivre avec lui et pour lui ? La prière est au croyant ce que la nourriture est au gourmand : un moment de pur plaisir, à vivre seul ou à partager. En relisant l’invitation du Christ à se retirer dans la chambre pour cet acte d’intimité avec Dieu qu’est la prière, il est bon de s’interroger aussi sur notre pratique. De quelle chambre Jésus parle-t-il ? Parle-t-il uniquement de notre maison, discréditant ainsi la prière communautaire ? Que faire alors de cette autre parole du Christ : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » ?
Ce qui est visé par Jésus dans ce passage, c’est une manière perverse de prier, seul ou à plusieurs, qui nous met au centre de la prière, oubliant que la prière s’adresse avant tout à Dieu. Souvenez-vous de la parabole du pharisien et du publicain qui montent au Temple pour prier. Alors que l’un ne chante que ses louanges, l’autre se tourne vers Dieu, reconnaît sa petitesse et demande l’aide de Dieu. C’est ce dernier, nous dit Jésus, qui est justifié (rendu juste !). Se retirer dans la chambre, ce n’est pas s’interdire toute pratique publique de sa foi, mais bien se retirer dans la chambre de son cœur pour s’ouvrir vraiment à Dieu. Que ce soit seul ou en communauté, nous pouvons nous croire en prière et ne nous préoccuper finalement que de nous, oubliant Dieu et sa Parole. Dans la manifestation publique de la prière (messe ou célébration diverses), se retirer dans sa chambre, c’est remplir son office avec un véritable esprit de service, sans chercher à se faire remarquer par ceux à qui le service est rendu. Cela est vrai des prêtres, des lecteurs, des choristes, des servants, des sacristains, des organistes, des fleuristes et mais aussi de chaque participant au temps commun. Nous venons à plusieurs pour ne faire qu’un devant Dieu. Nous participons tous à la même action liturgique, faisant de notre prière à plusieurs voix la prière d’un seul cœur : celui de la communauté des croyants qui se tournent, unis bien que diversifiés, vers son unique Seigneur.
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité sacerdotale du Christ. Nous l’exerçons individuellement lorsque nous prenons le risque de la prière quotidienne pour que Dieu vienne transformer nos vies par son Esprit Saint. Nous l’exerçons collectivement lorsque, avec les autres croyants, nous voulons nous souvenir que tous, nous ne faisons qu’un en Christ, et que nous participons ainsi à sa prière, toujours entendue et exaucée par le Père du ciel. Exerçons cette dignité avec le même empressement que le Christ, lui qui ne faisait rien d’important dans sa vie sans s’en ouvrir à Dieu dans la prière. Comment pourrions vivre comme des justes aux yeux de Dieu si nous ne prenons jamais le temps de l’écouter nous dire ce qu’il attend de nous, sans jamais surtout l’écouter nous dire ce qu’il réalise pour nous ?

« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu jeûne… » Ah, la belle histoire que voilà. Il fallait bien, n’est-ce pas, au début du carême, que je vous parle des privations nécessaires. Tous les ans, c’est la même chose ! Peut-être, mais il ne tient qu’à nous que cette année, cela soit différent. Et qu’est-ce qui pourrait être différent sinon l’esprit dans lequel nous vivons ces privations ? Quoi jeûner ? Ce que vous voulez, mais de préférence quelque chose qui n’apporte ni joie, ni bien être aux autres ! Ainsi mon jeûne permettra à d’autres aussi de se sentir mieux. Régulièrement, il est proposé à des familles de vivre un temps plus ou moins long sans télé. Le journal La Croix avait même proposé, il y a quelques années de cela, de vivre sans télé pendant un mois complet. Les conclusions de l’expérience étaient intéressantes. Peu de gens pensaient tenir aussi longtemps au départ ; mais tous, à l’arrivée, notaient le bienfait apporté : plus de relation familiale, des parents qui jouent avec leurs enfants, la redécouverte du silence, la joie de regarder un programme ensemble lorsque cela était autorisé (1 fois pendant le mois). Bref, un jeûne qui procure de la joie parce qu’il a rendu libre des gens qui ne se voyaient pas vivre sans la boite à images. Pourquoi jeûner ? Pour être libre, pour être maître de ses choix. Une contrainte pour plus de liberté. Une contrainte pour plus d’humanité. Une contrainte pour un mieux être. Au début, nous ne voyons pas bien comment c’est possible, mais à l’arrivée, nous re-découvrons le vivre ensemble. Voilà ce qui nous est demandé ; voilà ce qui nous est promis.
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité prophétique du Christ. Nous l’exerçons chaque fois que nous inventons de nouveaux modes de vivre ensemble qui donnent à chacun une place. Nous l’exerçons lorsque, par notre jeûne, nous disons que nous ne voulons pas vivre enchaînés par des modes, par un désir de consommation à outrance. Il y a de la vie au-delà des réflexes publicitaires ; il y a de la vie, et même plus de vie, là où les hommes sont avant d’être des hommes qui ont. Il y a de la vie  et plus de vie possible, là où nous acceptons de nous libérer du superflu pour retrouver l’essentiel. 
 
Que ces quarante jours nous ouvrent un horizon nouveau. Qu’ils nous permettent une redécouverte de la vie baptismale – vie royale, sacerdotale et prophétique. Que nous retrouvions le goût des autres, le désir de Dieu et le plaisir de vivre. Joyeux carême à nous tous !

mercredi 9 mars 2011

Mercredi des Cendres - 09 mars 2011

Célébrer le pardon pour faire le choix de Dieu.



Un jour qu’un archéologue fouillait les décombres d’une cité ancienne, il découvrit – enfouie dans la terre – une vieille pièce de monnaie. Elle avait triste mine : couverte de vert-de-gris, maculée par la glaise, rongée par l’humidité, abîmée par le temps ! Pas brillante ! Elle n’avait ni relief, ni figure présentable. Il la prend alors dans ses mains, avec infiniment de délicatesse, la polit et la repolit doucement. Et, miracle ! Voici qu’apparaît peu à peu à nouveau le visage effacé du Roi à l’effigie duquel elle a été frappée. Ainsi, par son pardon Dieu peut-il remettre à neuf en nous, son Visage maculé par nos péchés. Si nous le voulons (in Jean Vernette, Paraboles pour aujourd’hui, éd. Droguet & Ardant, p. 115).

Si j’ai commencé par cette parabole, c’est bien parce que notre Carême, que nous inaugurons solennellement ce soir, à quelque chose à voir avec Dieu, avec son image qui a été gravée en nous au jour de notre baptême, avec le pardon qu’il veut nous offrir. Je m’explique.

Le carême a quelque chose à voir avec Dieu, parce que c’est lui qui nous offre ce temps, parce qu’il se languit de nous. Revenez à moi de tout votre cœur… C’est bien Dieu qui parle ainsi par son prophète ; c’est bien Dieu qui nous appelle ainsi à la conversion. Le carême est ce temps favorable qui peut nous permettre d’effectuer ce retour vers le Père. Dieu n’a pas besoin du carême pour nous parler, ni nous appeler ; il nous offre ce temps pour que nous puissions choisir de lui répondre. A nous qui sommes souvent pris par le temps, à nous qui courrons toujours après le temps, Dieu vient nous offrir quarante jours pour souffler, quarante jours pour faire le point, quarante jours pour refaire le choix de Dieu, le choix de vivre selon sa Parole. Le carême est une chance pour notre vie spirituelle ; saisissons-la !

Le carême a quelque chose à voir avec l’image de Dieu gravée en nous au jour de notre baptême. Oui, nous sommes comme cette pièce trouvée par l’archéologue. Le mal que nous faisons, le péché auquel nous nous soumettons, salissent l’image de Dieu que nous sommes. Quand il y a trop de saletés, trop de boues, trop de vert-de-gris, celui qui regarde ne voit rien d’autre que cette saleté. Il faut le regard aimant de Dieu, et toute la patience de Dieu pour que revienne à la pleine lumière ce que nous sommes vraiment : des fils et des filles de Dieu. Prenant le temps de la prière, nous entendrons à nouveau Dieu nous parler et nous inviter à vivre selon sa parole. Prenant le temps du jeûne, nous nous recentrerons sur ce qui est essentiel, laissant de côté le superflu. Prenant le temps de la charité, nous vivrons l’expérience de la solidarité avec les plus pauvres, avec celles et ceux qui ont encore moins de chance que nous et qui sont aussi fils et filles de Dieu, et donc aussi nos frères et nos sœurs. Prière, jeûne et charité nous permettront de manifester clairement notre désir de vivre comme Dieu. Prière, jeûne et charité nous laverons déjà de cette boue qui nous salit.

Le carême a quelque chose à voir avec le pardon que Dieu ne cesse de nous offrir. L’appel de Paul aux chrétiens de Corinthe est pour nous, ce soir et tout au long de ce carême : Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Laissez Dieu être Dieu. Un proverbe berbère affirme que si Dieu ne pardonnait pas, son paradis resterait vide. C’est dans la nature de Dieu de pardonner, quel que soit le mal commis. Encore faut-il accepter d’être pardonné, accepter d’aller à la rencontre de Dieu pour recevoir de lui ce don. Comme l’archéologue pour sa pièce, Dieu nous polit, nous lave avec patience et douceur, et nous retrouvons notre splendeur. Ce carême 2011, nous voulons le consacrer à approfondir notre connaissance du sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Chaque dimanche, nous pourrons découvrir un aspect de ce sacrement à travers les lectures bibliques proposées et nous pourrons ainsi prendre la route qui nous mènera à un pardon vécu en vérité. Nos actes de charité et de piété nous permettront d’être dans des dispositions favorables pour accueillir ce pardon que Dieu veut nous donner. Par notre prière plus soutenue, nos oreilles s’ouvriront pour entendre Dieu ; par notre jeûne et nos abstinences, notre corps se libèrera de ses esclavages ; par notre charité renouvelée, notre cœur se dilatera et nos mains s’ouvriront. Plus attentifs, plus libres, plus ouverts, nous pourrons alors accueillir le don du pardon de Dieu.

Durant ces quarante jours qui nous préparent aux fêtes pascales, laissons-nous trouver par Dieu ; laissons-nous purifier par lui et nous parviendrons à Pâques, resplendissants de la lumière du Ressuscité. Heureux celles et ceux qui se laisseront réconcilier avec Dieu et avec leurs frères : ils auront fait le choix de Dieu et passeront la mort avec le Christ pour vivre avec lui, maintenant et toujours. Amen.




(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu, voir mes liens)