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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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dimanche 12 juillet 2026

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2026

 Tu prépares la terre, tu arroses les sillons.





 

            Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. Voilà un fait de la vie de Jésus que nul ne peut contester. Nous ne les connaissons peut-être pas toutes, mais parmi celles qui nous sont parvenues, beaucoup retiennent celle de l’enfant prodigue et celle du bon Samaritain. La parable du semeur serait sans doute aussi bien placée au palmarès des paraboles les plus connues, parce que c’est une des rares à être entièrement expliquée par Jésus lui-même à ses seuls Apôtres. Faut-il dès lors que je rajoute une explication à l’explication officielle ? Il est difficile de dire autre chose que le Maître lui-même. Et pourtant…

            L’expérience rapportée par Jésus dans cette parabole du semeur ne nous est pas étrangère, même si nous sommes citadins. Un bout de jardin ou quelques jardinières suffisent, et nous voilà à planter qui des fruits et légumes, qui des plantes d’agréments. Nous savons d’expérience combien le choix de la terre compte, selon ce que nous voulons faire grandir. Aucune terre n’est vraiment mauvaise ; il faut apprendre ce que l’on peut y planter. Un sol rocailleux ne convient pas à tout, mais les plantes dites de rocailles s’y épanouissent à merveille. Si j’en parle, c’est parce que je ne voudrais pas que quelqu’un pense qu’il n’est pas fait pour accueillir la Parole de Dieu, puisque c’est elle qui est largement semée dans la parabole. Nous sommes tous faits pour accueillir la Parole, mais peut-être que toute parole, même de Dieu, ne nous convient pas toujours. Selon ce que nous vivons, il nous faudra davantage une parole de consolation, ou de guérison, ou d’encouragement, et quelquefois une parole de réprimande ! Nous savons tous qu’une parole donnée à un mauvais moment peut ne rien donner, voire produire l’exact contraire de ce que nous visions. Semer la parole largement ne signifie pas la semer n’importe comment ! Comment pourrions-nous seulement croire que Dieu, qui accorde avec raison une grande importance à sa Parole et à sa réception, ne se préoccupe pas du lieu où sa Parole tombe ? 

            C’est le psalmiste qui m’a rendu attentif à ce détail. Le Psaume 64 (65) que nous avons chanté précise ceci : Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons. C’est bien de Dieu qu’il parle, et de son œuvre pour nous. La terre qu’il prépare, c’est notre cœur ! Il le prépare, et nous prépare, à accueillir sa Parole, à accueillir son Verbe fait chair. Quand Dieu sème son Verbe, il prépare d’abord la terre. Pensons à tous les prophètes de la Première Alliance ! Pensons à Jean le Baptiste qui a préparé très immédiatement le cœur des hommes à l’accueil du Messie. Quand Dieu sème sa Parole, il n’est ni inconscient, ni fou ; il est juste généreux. Il sème largement, pour que jamais nous ne manquions de sa Parole nécessaire à notre vie, nécessaire à notre salut. Elle est pour tous, quel que soit l’état de notre vie, sol pierreux, envahi de ronces ou bonne terre. Il sème même au bord du chemin, quand bien même rien n’y pousse. Nous sommes bord du chemin lorsque nous nous tenons à distance, pas vraiment concernés par elle. Mais je crois que même du bord du chemin, Dieu ne désespère pas, parce que ce bord du chemin peut se laisser saisir par le spectacle de la bonne terre qui porte du fruit, et il peut décider un jour de chasser le Mauvais qui emporte tout ce que Dieu a pourtant largement semé. 

            Car oui, Dieu visite la terre, Dieu prépare la terre et arrose les sillons. Dieu nous visite, Dieu nous visite, et nous pouvons choisir de faire de cette visite, de cette préparation, quelque chose de bon pour nous, grâce à ses soins prodigués. Dieu n’abandonne personne au Mauvais. Il a même envoyé sa Parole nous libérer tous de l’emprise du Mauvais pour que, de bord du chemin, nous devenions tous bonne terre. Sans doute passerons-nous par le sol pierreux et le sol envahi de ronces. Mais toujours souvenons-nous que nous pouvons nous laisser travailler par Dieu, car c’est lui qui, non seulement sème, mais c’est aussi lui qui prépare notre terre et arrose nos sillons pour que nous produisions les fruits attendus à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Laissons donc Dieu agir en nous ; laissons-nous transformer par lui ; devenons cette bonne terre, et nous porterons du fruit. C’est notre choix de laisser Dieu préparer la terre et arroser les sillons. Amen.

samedi 18 avril 2026

3ème dimanche de Pâques A - 19 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il se révèle à nous dans sa Parole et le Pain partagé.



(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)





 

             Nous avions eu quelques indices, au long de la Semaine Sainte. Les signes étaient puissants au soir du Jeudi Saint, lors de son dernier repas. Un lavement des pieds et surtout des paroles mystérieuses sur le pain et le vin, des gestes à refaire en mémoire de lui. Mais voilà, le Vendredi Saint a suivi, avec la mort ignominieuse, et nous avons tout oublié. Notre chagrin, notre révolte, ont comme gommé ses gestes ; ils ont bloqué dans notre mémoire les paroles de ses trois années d’enseignement. Il ne nous restait que nos yeux pour pleurer et une espérance détruite. C’est l’expérience faite par ces disciples qui rentrent chez eux à Emmaüs jusqu’à ce que…

            Jusqu’à ce qu’ils soient rejoints par un inconnu qui les interroge. De quoi discutez-vous tout en marchant ? S’ils pensaient être discrets, les deux disciples sont pris en défaut. Leur peine est si grande qu’ils ne se sont pas rendu compte qu’on pouvait les entendre. A moins que leur peine ait été si évidente, qu’elle interpelait celui qui les a rattrapés sur la route.  De quoi discutiez-vous, Cléophas, sur cette route entre Jérusalem et Emmaüs ? La question leur semble à tous deux surprenante. Enfin cet homme fait la même route qu’eux ; il vient de Jérusalem, comme eux ! Comment peut-il ignorer les événements de ces jours-ci ? Certes, il n’y avait ni gazette, ni journal à scandale, ni réseaux sociaux ; mais quand même ! L’affaire avait fait grand bruit ! A moins qu’il ait dormi toute la semaine, il a dû en entendre parler ! Forcément ! Mais l’étranger insiste : Quels événements ? Et les voici obligés de raconter à un autre, à quelqu’un qu’ils pensent extérieur à leur groupe, tout ce qu’ils ont sur le cœur. Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Ils ont raconté comment il est mort, sans doute aussi comment, avant cela, il avait transformé leur vie au point qu’ils espéraient que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais tout est fini, leurs espérances les plus folles sont déçues et anéanties. Il ne leur reste que les affirmations de quelques femmes de leur groupe qui sont venues dire qu’il est vivant. Mais rien, jusqu’à présent, ne confirme cela ; des hommes sont allés vérifier, ils n’ont rien vu.

            C’est une expérience qui nous est peut-être commune : avoir tellement cru en quelqu’un pour finir anéanti, sans illusion, comme trahis par les événements. Cela arrive dans les relations humaines, et quand cela arrive, cela nous ronge de l’intérieur, parce que nous ne comprenons plus, ou nous ne voulons pas comprendre. La douleur est trop forte ; l’incompréhension ne nous permet plus de réfléchir sereinement. Ils en sont là, ces deux disciples, et tous les autres sans doute aussi. Ils ont oublié non pas que Jésus est mort ; cela ils ne l’oublieront jamais ! Non, ils ont oublié tout ce que Jésus leur avait dit. Ils ont oublié tous les gestes que Jésus avait posés, tout au long de son ministère et durant leur dernier repas avec eux. La vision du Crucifié est trop prégnante, elle envahit tout, elle saccage tout. Avec sa mort, il ne reste rien que la douleur et le désespoir ! Nous sommes encore loin du magnifique discours de Pierre au jour de la Pentecôte quand il relit pour les Juifs et tous ceux qui résident à Jérusalem l'histoire de Jésus. D’ailleurs en serait-il capable sans ce qui se joue là, sur la route vers Emmaüs ? Cet étranger qui s’est approché, cet étranger qui semblait ignorant des événements qui ont eu lieu à Jérusalem, cet étranger se montre particulièrement versé dans la connaissance des Ecritures. Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui concernait Jésus de Nazareth.

            C’est ce même chemin que nous avait fait vivre la grande nuit pascale. Mais l’avions-nous compris alors ? Avions-nous compris que c’est Jésus lui-même qui venait nous expliquer la même chose ? Comprenons-nous vraiment que c’est Jésus qui, en chaque eucharistie, vient nous redire la parole de Dieu et nous la faire comprendre ? Nous ne saurons jamais combien de temps il restait à Jésus avant d’arriver à Emmaüs ; nous ne saurons jamais ce qu’il leur a dit. Mais nous savons, parce que l’Ecriture nous le dit que leur cœur était brûlant en eux, tandis qu’il leur parlait sur la route. Ils en ont témoigné largement au point que Luc le rapporte dans son évangile. Et le discours de Pierre, au jour de la Pentecôte, en porte sans doute la trace, puisqu’il refait une partie de ce chemin pour ses auditeurs, en faisant le lien avec un psaume de David. Quand vous lisez la Bible chez vous, c’est ce même cheminement qui peut se faire en votre cœur. Les textes du Premier Testament vous conduisent aux textes du Nouveau Testament et vous pouvez entendre à votre tour Jésus qui s’est approché et qui ouvre votre cœur à sa vérité.

            Mais l’étranger ne s’arrête pas là. A l’invitation des disciples arrivés à destination, il entre chez eux et bénit la table avec un geste banal : le pain rompu et partagé. Geste mille fois fait et mille fois vu, puisqu’il était commun à tous les Juifs. Mais pour ces deux hommes, ce geste simple renvoie à ce geste de Jésus au soir de son dernier repas. Et là, leur cœur brûlant embrase tout, et ils comprennent, et ils le reconnaissent, mais déjà, il a disparu. Cette expérience aussi nous pouvons la connaître après un deuil, lorsque nous rangeons les souvenirs dans la maison du défunt. Un petit objet peut nous remettre en route, l’espérance chevillée au cœur. Ce n’est souvent pas grand-chose, souvent d’un banal achevé, mais cela nous remet debout, nous remet en vie. La douleur de la séparation s’estompe, un avenir s’ouvre à nouveau. C’est aussi ce que réalise l’eucharistie pour nous. Nous avions déjà la Parole retrouvée et comprise ; nous avons aussi ce geste banal d’un morceau de pain rompu pour nous redire la présence éternelle de Jésus. A qui veut rencontrer Jésus dans sa vie, il ne sera donné que ces deux choses : une parole expliquée, un morceau de pain partagé. Là est Jésus, réellement, totalement, vivant pour toujours. Dans ce sacrement de l’Eucharistie, Dieu nous dit son amour et se révèle à nous dans sa Parole et dans le Pain partagé. Il n’y a besoin de rien d’autre que ces deux signes, et une communauté qui les célèbre et les reçoit comme signes de la présence de Jésus. L’expérience que font les disciples d’Emmaüs nous la refaisons en chaque eucharistie. Jésus s’approche de nous, quelquefois sous les traits d’un étranger, et se révèle à nous vivant, vainqueur de la mort, vainqueur du péché qui nous plonge encore trop souvent dans les ténèbres. Avec cette Parole expliquée, avec ce Pain partagé, nous avons tout reçu de l’amour du Père, tout ce qu’il nous faut pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et rendre efficace notre charité.

Tout est dit, tout est donné dans une parole reçue, dans un morceau de pain partagé. Que nos eucharisties soient joyeuses parce qu’elles nous font célébrer la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’il vienne dans la gloire. Que nos eucharisties rendent nos cœurs brûlants de cet amour de Dieu sans cesse renouvelé et réaffirmé. Avec les disciples d’Emmaüs, puisons dans l’eucharistie la force d’être missionnaire pour aller dire la joie de la résurrection à tous nos frères. Amen.

samedi 14 février 2026

6ème dimanche ordinaire A - 15 février 2026

 Quand Jésus propose un nouvel art de vivre...




Jésus enseignant les foules



 

            Nous avons tous eu dans nos relations cette personne qui savait les choses mieux que nous et qui nous disait sans cesse : moi, je te dis… et qui se posait en donneuse de leçon. Etait-elle vraiment plus sage que nous ? Je laisse chacun juge de ce fait. Quand nous entendons l’évangile de ce dimanche, Jésus joue le rôle de ces personnes-là : Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien ! moi, je vous dis… sauf qu’il ne vient pas nous faire la leçon mais nous appeler à regarder autrement ce que dit la Loi, et conséquemment, à vivre autrement. Non pas pour être meilleur que les autres, mais pour être plus proche de ce que Dieu attend de nous. Ce que Jésus nous propose, c’est un autre art de vivre.

            Pourquoi le fait-il ? La réponse la plus mauvaise serait d’affirmer qu’il trouve la Loi mauvaise, ou à tout le moins pas assez bonne. Ce serait oublier le début de son développement qui dit justement qu’il n’est pas venu abolir, mais accomplir la Loi. Il me semble qu’il ouvre déjà la porte à Saint Paul auquel personne ne pense pour l’instant, et qui dira que la Loi était utile mais imparfaite. Elle était comme un garde-fou, utile et nécessaire, mais incapable de nous garder complètement du péché. Jésus, dans cette partie du discours sur la montagne, porte la Loi à son accomplissement en montrant aux hommes le chemin qu’il leur reste à faire pour parvenir à la manière de penser de Dieu. Là où la Loi dit que le meurtre, ce n’est ni bien, ni acceptable, et qu’il doit être puni, Jésus affirme que même la colère et l’insulte sont mauvaises et relèvent du tribunal. De même met-il sur un même plan l’adultère et le fait de regarder quelqu’un avec convoitise. Ce que je comprends de cela, c’est qu’il nous dit que pour éviter un mal que la Loi juge grand et condamnable, il est préférable de s’abstenir même des maux que la Loi ne condamne pas. Il me fait comprendre qu’il n’y a pas de petites choses mal que nous pourrions commettre et de grandes choses mal qu’il nous faut éviter. Il n’y a que le mal, et les petites choses que nous jugions moins graves, voire acceptables, menaient, dans certains cas, aux grandes choses mauvaises. Donc, pour ne pas arriver au meurtre, évite la colère et les insultes ; pour ne pas commettre d’adultère, ne regarde pas les autres avec convoitise. Se mettre en colère, insulter les autres, c’est le premier pas vers quelque chose de plus grave ; regarder avec convoitise, c’est la porte ouverte à l’adultère. Ce que Jésus nous demande, c'est de renoncer au mal. Point.

             Concernant notre parole et sa valeur, Jésus, le Verbe fait chair, la Parole de Dieu incarnée, nous demande de ne rien y ajouter. Pas de serment, mais un oui qui soit oui, ou un non qui soit non. Autrement dit, que notre parole ait une valeur en elle-même. Pas la peine de jurer par qui que ce soit ou par quoi que ce soit. La parole d’un homme, la parole d’une femme, vaut pour elle-même. S’il faut rajouter à la chose dite un serment pour lui donner de la valeur, la parole ne vaut rien. Je comprends cette demande par le fait que le don de la parole est ce qui nous rend le plus identique, le plus proche de Dieu lui-même. Aucun autre animal ne parle ; les animaux communiquent entre eux, les humains parlent entre eux comme Dieu parle avec eux. Ne pas respecter notre parole, c’est manquer de respect à Dieu, source de toute parole. Ne pas respecter notre parole, c’est renoncer à cette ressemblance que nous avons avec Dieu. Notre parole, à l’image de la Parole de Dieu, doit être performative, c'est-à-dire réaliser ce qu’elle dit. Quand Dieu, dans la Genèse, dit : Que la lumière soit ! la lumière est ; elle existe. Il ne jure pas par lui-même que la lumière va exister. Ce qu’il dit, c’est ce qui advient. Il doit en être de même pour notre parole. Si ce n’est pas le cas, il vaut mieux ne rien dire. Si notre parole ne réalise pas ce que nous disons, il vaut mieux se taire pour ne pas enlever à la parole sa force créatrice. Si notre parole n’est pas suivie des faits, il vaut mieux s’abstenir de parler pour ne pas enlever à la parole sa vérité. Faire mentir notre parole, c’est refuser Dieu et prendre le parti du diable, le père du mensonge, le père de la parole qui divise. De là, l’avertissement sévère de Jésus : Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ». Ce qui est en plus vient du Mauvais. Nous voilà prévenu !

            Ce long discours sur la montagne, inauguré par les Béatitudes, nous invite donc à un art de vivre marqué par le désir de faire en toutes choses la volonté de Dieu. Cet art de vivre nous entraîne à refuser toute forme de mal, et à respecter l’autre, même quand il nous gonfle, nous énerve et s’oppose à nous. Cet art de vivre nous invite à donner du poids à notre parole parce qu’elle est ce qui nous rapproche le plus de Dieu lui-même. Elle est, par sa valeur intrinsèque, la marque de respect la plus grande que nous pouvons donner. Une parole qui a du poids, une parole qui compte, reconnaît que celui à qui je la donne, a du prix pour moi, à l’image de Dieu qui nous a donné son Fils, Jésus, sa Parole qui nous sauve, pour nous dire que nous avions du prix pour lui. A quelques jours de notre entrée en Carême, voilà, me semble-t-il, une belle feuille de route pour nous préparer à vivre les fêtes pascales. Pour reprendre Ben Sirac le Sage : si nous le voulons, nous le pourrons ; il dépend de notre choix de rester fidèle. Amen.

samedi 17 janvier 2026

2ème dimanche ordinaire A - 18 janvier 2026

 Des vœux pour cette année nouvelle.





 

            Il y a des jours où la Parole de Dieu est difficile ; il y a des jours où la Parole de Dieu fait du bien. Les textes de ce dimanche qui ouvre la série des dimanches ordinaires, font partie de ces derniers. Dans un monde morose, en tension, où la loi du plus fort et la guerre reviennent au goût du jour, il y a de quoi déprimer quand nous n’appartenons pas à la catégorie des forts et que non, vraiment, nous n’avons pas le goût de la guerre. Entendre alors Isaïe, ou Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, ou encore Jean le Baptiste dans l’évangile de Jean, peut nous redonner courage, espoir et audace.

            Avez-vous bien écouté le prophète Isaïe ? Son courage lui vient de cette certitude exprimée dans le passage entendu : Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. Je crois qu’il n’y a pas de parole plus censée à faire entendre aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, qui vivent dans la crainte ou la dépréciation d’eux-mêmes. Nous pouvons ne pas aimer l’image que nous renvoie le miroir le matin ; nous pouvons douter de nous quelquefois. Mais ne doutons pas de Dieu et de son amour pour nous. Nous avons tous et chacun de la valeur aux yeux du Seigneur. Et ce, quelle que soit notre vie, quels que soient nos travers, quel que soit notre péché. Dieu nous estime à sa juste mesure. Et pour lui, nous valons toujours plus que ce que nous imaginons, parce que c’est lui qui nous a façonné dès le sein de [notre] mère. Il nous a fait de manière admirable, et quand bien même le péché enlaidirait notre vie, il nous voit et nous regarde toujours tel qu’il nous a fait, nous invitant par sa parole et son amour, à retrouver notre splendeur première. Personnellement, j’appelle cela une Bonne Nouvelle qui me redonne du courage quand je ne m’aime plus, quand je n’aime plus ce que je fais, ni ce que je suis. Ne jamais perdre de vue que nous avons de la valeur aux yeux du Seigneur ; voici un premier vœu que je formule pour nous, en cette période inaugurale de l’année nouvelle.

            Avez-vous bien écouté Paul, dans ce qu’il dit au début de sa première lettre aux Corinthiens ? Je sais bien, ce n’est qu’une salutation, sa manière à lui de dire bonjour et de se présenter. Mais quelle manière ! Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus… à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints. Rien de moins ! Si Isaïe nous rappelait que nous avions de la valeur aux yeux du Seigneur, Paul fait un pas de plus et nous affirme que nous sommes appelés à être saints, c'est-à-dire à être comme Dieu, le seul Saint. C’est notre vocation, et la théologie du baptême nous dit que nous le sommes depuis que l’eau a coulé sur notre front. Ce n’est pas quelque chose qui nous est extérieur, comme une auréole, mais bien notre condition fondamentale. Par notre baptême, Dieu nous appelle saint, nous fait saint, parce que, par le baptême, il fait de nous ses fils et ses filles. C’est sa volonté, son désir le plus profond, le plus vrai pour nous. Voilà qui me permet d’espérer encore en moi (ou de ne pas désespérer de moi) quand j’ai l’impression d’être perdu, loin de Dieu. Il a fait de moi son enfant ; il ne m’abandonnera pas. Cela aussi est une bonne nouvelle, et je forme le vœu que nous gardions tous en mémoire ce jour où Dieu nous a fait ses enfants et s’est engagé envers nous plus que nous ne nous engagerons jamais envers lui. Et quand bien même nous ferions le choix de ne plus être son enfant, il serait encore ce père, prodigue en amour, à attendre notre retour, à nous considérer comme son enfant, et prêt à faire la fête pour nous et avec nous au cas où nous reviendrions vers lui.

            Avez-vous bien écouté ce que dit Jean le Baptiste de Jésus ? J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Jean témoigne ainsi qu’il a vu de ses yeux celui que Dieu envoie pour notre salut. Ciel et terre ne sont plus éloignés, mais désormais unis en celui sur qui demeure l’Esprit. C’est Jésus que Jean a baptisé pour accomplir toute justice. En lui, Dieu envoie dans le monde celui qui, par ses actes, témoignera aux hommes qu’ils ont de la valeur aux yeux du Seigneur, en leur accordant le pardon, la guérison, la réintégration dans une humanité que les autres leur refusaient. Par sa vie, par ses signes, par son sacrifice sur la croix, il nous a dit l’immense amour de Dieu pour tous, y compris les pécheurs pour lesquels Jésus est venu. Il est venu rendre à tous la dignité de fils et de fille de Dieu. Quand l’humain rencontre Jésus et lui ouvre sa vie, nous pouvons à nouveau marcher avec notre Dieu, converser avec lui, comme nos premiers parents le faisaient jadis au jardin de la Genèse. Le monde et l’humanité en sont renouvelés, la vie en est renforcée et magnifiée. Et cet Esprit qui reposait sur Jésus au jour de son baptême, nous est transmis pour que nous ayons l’audace de témoigner de ce Christ qui rend notre vie à la mesure de la vie de Dieu. Cela aussi est une bonne nouvelle. Et je formule ce dernier vœu : que nous fassions vivre en nous l’Esprit qui nous a été donné en partage, et qui fait de nous des autres Christ, joyeux de se donner à Dieu et à leurs frères et sœurs en humanité.

            Avec ces trois vœux formulés, permettez-moi d’en ajouter un dernier pour finir : qu’en cette année nouvelle, nous puissions toujours trouver courage, espoir et audace à l’écoute de la Parole de Dieu, qu’elle soit agréable à entendre ou plus rude. Quand Dieu parle, c’est toujours pour nous édifier, toujours pour nous rendre plus saints à son image. Ne craignons pas d’affronter cette Parole ; elle est notre vie et notre salut. Amen.

samedi 29 novembre 2025

1er dimanche de l'Avent A - 30 novembre 2025

Bonne nouvelle année liturgique ! 





 

            Bonne nouvelle année liturgique à toutes et à tous ! Ben oui, quoi. Si dimanche dernier, la fête du Christ Roi clôturait l’année liturgique, c’est ce dimanche que commence la nouvelle. Pas lundi dernier, mais ce premier dimanche après le Christ Roi. Parce que c’est bien le dimanche qui compte pour les chrétiens, ce jour où nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ. Nous ouvrons à nouveau le livre de la Parole de Dieu, avec d’autres extraits et surtout un autre évangile, celui de Matthieu. Certains pourraient se dire : j’étais déjà là, il y a trois ans. J’ai été fidèle tout au long de cette année-là. L’évangile de Matthieu, je l’ai entendu. Ai-je vraiment besoin de recommencer ? Une fois que j’ai vécu un cycle liturgique, j’ai tout fait ; pourquoi revenir ?

            La raison première, c’est qu’en trois ans, les choses ont changé. Oh, pas la Parole de Dieu, ni l’Ancien Testament, ni le Nouveau. Personne n’a réécrit l’Evangile de Matthieu en en modifiant fondamentalement le sens. Il n’y a pas eu de découverte qui ferait dire : nous nous sommes trompés dans l’interprétation des textes de Matthieu ; il faut tout reprendre. Non rassurez-vous, personne ne nous a changé la Bible. Mais quelque chose a bien changé, ou plutôt quelqu’un, et je ne parle pas ici de notre nouveau curé. Non, celui qui a changé, c’est toi, toi, et elle, et lui, et moi. Nous avons tous trois ans de plus, et donc de la sagesse en plus, de l’expérience en plus. Et à cause de cela, la manière dont nous entendrons à nouveau les mêmes textes qu’il y a trois ans, peut changer. Et j’en suis même certain, si nous avons pris au sérieux les paroles venues de Dieu, entendues au cours des trois dernières années. Parce que j’ai l’intime conviction que la Parole de Dieu nous change, nous fait grandir, nous fait relire le monde et ses événements différemment. Chacun de nous sait ouvrir une Bible ; il n’y a aucun exploit dans cette chose. Chacun de nous sait lire un texte biblique ; il n’y aucun exploit dans cette chose non plus. Quiconque sait lire une BD ou un journal, sait lire la Bible. Cependant, ce que chacun ne sait pas forcément faire tout seul, c’est bien comprendre ce qu’il lit. C’est pour cela aussi que nous nous rassemblons chaque dimanche ; pas uniquement pour recevoir le Corps du Christ, mais pour faire vivre ce Corps du Christ qu’est l’Eglise, donc un peu chacun de nous, à la lumière de la Parole proclamée et expliquée.

Dans cette Parole entendue, Dieu est présent et se révèle, en fonction de ce que chacun est capable de comprendre et d’assimiler. Il a une manière simple de le vérifier : il suffirait à la fin de chaque messe de vous réunir à quelques-uns pour échanger rapidement ce que vous avez compris des lectures du jour ; il y aura forcément des différences entre vous. Et il y a une méthode très simple pour que chacun puisse vérifier personnellement que sa manière de comprendre les lectures du dimanche change ; il suffirait de tenir un petit journal en y transcrivant après la messe, ce qu’il a compris des lectures et de faire cet effort sur six ans, c'est-à-dire deux cycles liturgiques complets et de comparer lors du deuxième cycle, ce que vous avez écrit avec ce que vous aviez relevé lors du premier cycle. La différence ne sera pas seulement due au changement de prédicateur, mais bien à cette présence agissante de Dieu dans votre vie, qui vous fait grandir dans son amitié et dans son amour. Plus nous allons à la rencontre du Seigneur, plus nous grandissons dans la connaissance de sa Parole et de l’alliance qu’il veut nouer avec chacun de manière particulière. Paul a bien raison de nous rappeler que le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. Cela est vrai parce que le temps s’écoule lentement mais sûrement vers la récapitulation de l’histoire en Christ ; mais cela est vrai aussi parce que notre fréquentation de la Parole de Dieu nous la rend plus familière, plus facile d’accès et que nous comprenons mieux ce salut que le Christ nous propose.

Jésus l’affirme avec force dans l’évangile de ce dimanche : Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. La Parole de Dieu nous assure juste que ce retour aura lieu. Et si l’histoire de Noé nous semble bien vieille et bien lointaine, la situation n’a pas beaucoup changé. Il y a ceux qui seront sauvés et il y aura les autres. Parce que même si le projet de Dieu est de sauver tout le monde, il ne sauvera personne malgré lui ou contre lui. Veiller, ce n’est donc pas rester tranquillement chez soi en attendant ce jour, en limitant les risques de mal faire, mais c’est vivre activement, dans notre monde, à l’âge qui est le nôtre, à toujours mieux connaître ce Christ qui vient à notre rencontre, à toujours mieux faire sa volonté, à toujours être davantage frères et sœurs de celles et ceux que Dieu met sur notre route. Ne faisons pas à notre tour l’erreur de nos ancêtres au temps de Noé. En cette nouvelle année liturgique, je forme le vœu que l’écoute attentive de la Parole de Dieu, et sa compréhension approfondie par l’expérience acquise, nous garde éveillés, dans l’attente joyeuse de la venue de notre Seigneur. Amen. 

mercredi 28 mai 2025

Ascension de notre Seigneur - 29 mai 2025

 Pâques, l'expérience d'un avenir possible. 




(L'Ascension, Andréa della Robbia, Terre cuite, vers 1495)



 

            Quarante jours ! Quarante jours que nous vivons de la joie pascale et que nous comprenons mieux la force de cet événement radicalement nouveau ! Et nous voici au jour de l’Ascension qui nous fait célébrer le retour du Christ, victorieux de la mort, auprès de son Père. Un événement qui marque à la fois une continuité et une rupture.

             Du point de vue de la vie de Jésus, l’Ascension est la continuité normale du mystère de Pâques. En fait, on peut dire que c’est un seul et même mystère. Après sa mort et sa résurrection, la demeure de Jésus ne peut plus être terrestre ; sa divinité ayant été pleinement révélée dans sa victoire sur la mort, sa place est désormais à la droite de Dieu, cette droite à laquelle il avait renoncé en venant dans le monde. S’étant abaissé en devenant homme, il est élevé au-dessus de tout, retrouvant la place qui était la sienne depuis toujours. Le Fils de l’homme, pour reprendre un des titres que les évangélistes attribuent à Jésus, est le Fils de Dieu. Et c’est bien l’événement de Pâques qui nous révèle cela.

             La rupture opérée par l’Ascension nous concerne, nous. Avec le retour du Christ auprès de son Père, nous ne le verrons plus avec nos yeux de chair. Le Christ est soustrait à [nos] yeux, pour reprendre l’expression du livre des Actes des Apôtres. Il ne nous reste de Jésus que sa Parole, le témoignage des Apôtres, l’eucharistie célébrée en mémoire de lui, et bientôt la venue du Défenseur, de l’Esprit Saint, que Jésus a promis d’envoyer quand il serait de retour chez son Père. Nous devons donc apprendre à vivre cette absence physique de Jésus en aiguisant le regard de notre foi qui nous le rend présent dans sa Parole et dans le Pain et le Vin partagés. Jésus est là, au milieu de nous dès lors que deux ou trois sont réunis en son nom. Jésus est là, dans sa Parole proclamée, expliquée et vécue par la communauté croyante. Jésus est là, dans le pain consacré et rompu, signe de sa présence éternelle et réelle à nos côtés. Avec son départ d’au milieu de nous, il nous faut désormais reconnaître sa présence dans sa Parole, dans les sacrements et dans le frère qu’il met sur notre route. Nous ne sommes pas orphelins ; nous devons juste apprendre à regarder autrement, à regarder mieux, pour découvrir Jésus et son visage dans celles et ceux qui croisent notre route. Nous sommes tous, les uns pour les autres, des Christo-phores, des porteurs du Christ au cœur de ce monde.

            Cette continuité et cette rupture que nous fait vivre l’Ascension, nous la vivons au cœur même de notre existence lorsque nous faisons le choix de devenir disciples du Christ et que nous recevons le baptême. Continuité parce que notre vie ne change pas ; c’est la vie que nous avons reçue de nos parents qui s’ouvre à quelque chose de neuf, à la présence de Dieu dans cette unique et même vie. Nous ne recevons pas une nouvelle vie, mais notre vie devient vie nouvelle, plus grande, plus accomplie parce que désormais, par le baptême, Dieu y est présent, Dieu y est reconnu. Par le baptême, Dieu est chez lui en étant présent en nous. Nous continuons notre vie, mais avec Dieu et son Christ, présents en nous par l’Esprit. Mais notre baptême est aussi une rupture parce que, ayant choisis Dieu, nous avons renoncé au Mal, nous avons rompu avec l’esprit du monde. Nous vivons dans le monde sans être du monde, selon l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean. Nous vivons dans le monde, tel qu’il est, à notre époque que nous n’avons pas choisie. Mais nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à Dieu ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à la Vie ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à le Vérité ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci réduit l’homme à une simple donnée économique, voire à une variable d’ajustement. L’homme, tout homme, a la grandeur même de Dieu puisque le Christ s’est livré, non pas seulement pour ses disciples, mais pour toute l’humanité qui désormais peut partager la grandeur de Dieu. En ce sens, Pâques est l’expérience d’un avenir possible. Au plus sombre de notre vie est révélée la grandeur de l’humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le Christ, en se livrant pour notre salut, nous ouvre à cet avenir désormais possible pour chacun d’une vie auprès du Père, là où le Christ entre aujourd’hui justement.

             Il est particulièrement heureux que Marcel soit baptisé au cours de cette eucharistie en jour solennel. Il nous permet d’être témoins de cette continuité et de cette rupture qu’instaure l’Ascension de Jésus. Au cœur de notre rassemblement, il sera reconnu pour ce qu’il est depuis sa naissance : fils de Dieu. Et nous redirons ensemble, avec ses parents, parrain et marraine, que nous voulons vivre loin du mal et que nous voulons être pour lui et avec lui témoins qu’une vie libérée du mal est possible. Cette rupture est fondatrice de ce nouveau monde que le Christ inaugure dans sa mort et sa résurrection et que nous avons à rendre présent ici-bas déjà. Notre vie auprès du Père, c’est ici-bas que nous la commençons. Un monde libéré du mal et tourné vers Dieu, c’est ici-bas que nous le construisons. Entre rupture et continuité, notre avenir est possible, l’Ascension qui nous rassemble nous le confirme. Amen.

samedi 8 mars 2025

1er dimanche de Carême C - 9 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, le combat contre le mal.



(Source : Jesus Tempted In The Desert Painting at PaintingValley.com | Explore collection of Jesus Tempted In The Desert Painting)





Quelle que soit l’année liturgique, au premier dimanche de carême, la liturgie nous donne d’entendre que Jésus fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Des deux, le diable et Jésus, ce n’est pas Jésus le plus fou, mais bien le diable, qui aurait dû savoir qu’il n’en sortirait pas vainqueur. Pas ici, pas maintenant ; son heure n’était pas encore venue. Ayant épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. Il y aura un moment où il sera le plus fort, un moment où, à vue d’homme, le diable aura gagné ; ce sera au pied de la croix. Nous n’en sommes pas là aujourd’hui. 

Aujourd’hui, l’Ecriture nous dit d’abord que cet affrontement avec le diable, l’adversaire, nommez-le comme vous voulez, c’est le combat de Jésus, certes, mais c’est aussi notre combat à nous, qui voulons suivre le Christ. Et si un seul d’entre nous pense encore qu’il peut y échapper ou s’en dispenser, il se trompe dans les grandes largeurs. Chaque croyant qui veut suivre Jésus est nécessairement confronté à l’adversaire parce que rien ne lui insupporte plus, au diable, que quelqu’un qui décide de suivre Jésus. Comment seulement imaginer que celui qui s’en prend au Maître ne s’en prenne pas un jour à ses disciples, ensemble et individuellement ? Ensemble, nous ne le voyons que trop ces dernières années avec toutes les attaques dans les lieux de cultes, les dégradations, et hélas quelques morts. Individuellement, nous savons tous nos propres faiblesses, les situations qui peuvent nous faire céder, nous détourner du bien, nous détourner du Christ, même si ce n’est qu’un instant. S’il est vrai que Dieu nous connaît, et connaît chacune de nos faiblesses dont il veut nous guérir, l’adversaire aussi nous connaît et connaît nos faiblesses dont il veut jouir. Serait fou celui ou celle qui pense échapper à l’attention de l’adversaire ; serait fou celui ou celle qui pense être à l’abri des attaques de l’adversaire. Je ne dis pas cela pour nous effrayer, mais pour nous rendre conscient de ce combat nécessaire à mener. Celui qui ignore ou refuse de reconnaître cette réalité court le risque de ne pas savoir l’affronter. La certitude du psalmiste doit être nôtre : Dieu combat avec nous et pour nous. Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ; je le défends car il connaît mon nom. Il m’appelle, et moi, je lui réponds ; je suis avec lui dans son épreuve. Ce que Jésus réalise au désert lorsqu’il est confronté au mal, il le réalise encore pour nous. Il s’oppose à l’adversaire et remporte la bataille. Dieu intervient toujours pour ceux qui croient en lui et se tournent vers lui. Ce qu’il a fait jadis en Egypte pour nos pères, il le fait encore pour nous aujourd’hui.

Le second enseignement des lectures de ce jour, c’est que, dans cette lutte contre l’adversaire, nous avons une arme puissante. Nous avons Jésus, la Parole de Dieu. Cette Parole est tout près de [nous], elle est dans [notre] bouche et dans [notre] cœur. Comme le rappelle Paul aux chrétiens de Rome, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Autrement dit, alors le mal n’aura pas de prise sur toi. Cela ne signifie pas que nous n’y sommes pas confrontés, mais cela signifie que le mal ne pourra pas nous submerger ; il n’aura pas de prise définitive sur nous. Tant que nous reconnaitrons que Jésus, celui qui est mort en croix, est ressuscité, vainqueur de la mort ; tant que nous garderons sa Parole en nos cœurs ; tant que nous nous reconnaîtrons disciples de Jésus, il combattra avec nous et il nous donnera part à sa victoire. L’adversaire essaiera, toujours et encore ; et l’adversaire perdra, toujours et encore. Contre Jésus, il ne peut pas gagner. C’est ce que nous rappelle notre foi pascale. Celui qui était mort est vivant ; Dieu l’a ressuscité, il lui a rendu la vie, ouvrant à celles et ceux qui croient en lui les portes de la vie éternelle. Ce n’est pas une belle histoire pour enfants sages ; c’est ce que nous croyons et pouvons expérimenter chaque jour. Chaque fois que je sens le désir du mal grandir en moi et que je l’étouffe, chaque fois le Christ ressuscité a combattu avec moi pour que je puisse résister au mal et faire en sorte qu’il ne passe pas par moi. En ces temps troublés qui sont les nôtres, nous pouvons voir le mal à l’œuvre et quelquefois désespérer ; plus que jamais, il nous faut entendre Jésus qui nous appelle à une foi plus grande, plus affirmée, pour que nous puissions résister avec lui à toute forme de mal, à toute forme de tentation. Ce qu’il a fait jadis dans le désert, il nous donne de le faire à sa suite : nous aussi, nous pouvons faire s’éloigner le malin de notre vie. 

Ecoutons encore Paul quand il écrit aux chrétiens d’Ephèse (6, 11-17) : Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. Que notre carême nous permette de nous réarmer contre l’adversaire pour que sa défaite n’en soit que plus évidente au matin de Pâques. Amen. 


samedi 2 novembre 2024

31ème dimanche ordinaire B - 03 novembre 2024

 Ces paroles que je te donne aujourd'hui resteront dans ton coeur.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, Les presses d'Île de France)





Vendredi, la Toussaint ; hier, tous les fidèles défunts ; aujourd’hui, dimanche, le jour du Seigneur, jour habituel du rassemblement de la communauté des croyants en Jésus Christ. En trois jours, un petit marathon liturgique qui nous aura donné à entendre de nombreuses paroles venant de Dieu. Alors, si je vous demandais maintenant laquelle aura été la plus importante, peut-être me citerez-vous celle qui vous aura le plus marqués, ou celle qui reviendra spontanément à votre mémoire, ou peut-être vous gratterez-vous la tête d’un air dubitatif, ne sachant trop que répondre, un texte biblique ayant chassé le précédent, et ainsi de suite. Mettez-vous alors à la place de Jésus qui est invité à définir le plus grand de tous les commandements, et souvenez-vous qu’il y en a 613 en tout dans la Torah : 248 positifs qui disent ce qu’il faut faire, et 365 négatifs qui disent ce qu’il ne faut pas faire. Lequel choisir ? 


Jésus ne semble pas hésiter ; sa réponse jaillit, claire et précise. Voici le premier : Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. L’évangéliste qui nous rapporte la scène ne signale aucune hésitation ; c’est cela et rien d’autre. Et l’interlocuteur de Jésus valide sa réponse : Fort bien, Maître, tu as dit vrai. Il est donc vrai que, même si l’on n’est pas du même camp, il est possible de réfléchir ensemble, il est possible de parler ensemble, il est possible de reconnaître que l’autre a raison, et de le féliciter publiquement. Sur l’essentiel, les hommes peuvent s’entendre. Grâce à l’essentiel, ils peuvent progresser. Comment définir alors ce qui est essentiel ? 

La première lecture peut nous y aider, elle qui nous dit : Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ces paroles, ce sont celles que Dieu adresse à son peuple. Et pour qu’elles restent dans nos cœurs, il nous faut être comme Jésus : entièrement tournés vers Dieu, entièrement de Dieu. Sans doute pour Jésus, Parole vivante du Père, est-ce plus facile de savoir ou de comprendre quelle parole l’emporte sur toutes les autres. Mais avant d’être une réponse réfléchie, c’est d’abord une réponse vécue. Jésus aime Dieu infiniment, intimement, puisqu’il l’appelle son Père ; et Jésus aime infiniment les hommes et les femmes qui croisent sa route, puisque pour eux, il ira librement jusqu’à la croix pour leur offrir le salut. Quand tu aimes infiniment à la manière de Jésus, qu’importe le nombre de commandements ; l’amour qui te fait vivre et que tu fais vivre à d’autres, l’emporte sur tout le reste. A la fin, il ne reste de toute façon que l’amour. Il n’y a rien de plus beau, il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus urgent. Aimer ! Saint Jean l’a bien compris lui qui a tout résumé dans ce verset : Dieu est amour. Il est dit que dans ses vieux jours, quand il prêchait, c’est la seule chose qu’il affirmait ! Dieu est amour. 

Plus je réfléchis à cette question posée, plus je me rends compte que n’importe quel autre commandement, c’est quelque chose que tu décides de faire ou de ne pas faire. Cependant, aimer, tu ne le décides pas vraiment. L’amour s’impose à toi ; c’est quelque chose que tu vis, ou pas d’ailleurs, mais jamais quelque chose que tu fais. C’est quelque chose qui vient de plus loin que ta seule volonté. L’amour te vient de Dieu ; c’est comme une infusion de l’Esprit de Dieu dans ta vie. Si tu fais le choix d’intégrer Dieu dans ta vie, l’amour est donné en plus, et il s’affinera au fur et à mesure que tu affineras ta connaissance de Dieu. Dieu ne peut que mener à aimer plus, à aimer mieux. Si t’approcher de Dieu te faisait éloigner des autres, tu peux avoir la certitude que ce n’est pas Dieu qui s’est approché de toi, et il vaut mieux fuir cette caricature de Dieu. Tu sais que les paroles [de Dieu] sont dans ton cœur quand tu constates que ton amour pour lui et pour les autres grandit. C’est le meilleur critère de discernement. La parole de Dieu est toujours une parole d’amour, même lorsqu’elle te reprend. Dieu corrige avec amour ceux qui l’aiment et ceux qu’il aime. 

Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ce sera le conseil du jour ; ce sera le conseil pour chaque jour. Garder la parole, c’est garder Dieu ; garder Dieu, c’est garder l’amour. Garder l’amour, c’est vivre de Dieu et n’être pas loin du Royaume. Que cette eucharistie, mémorial de l’amour du Christ pour nous, nous donne de grandir toujours et encore dans cet amour offert. Que le Pain de vie reçu en communion dilate notre cœur et nous aide à reconnaître en chacun un frère ou une sœur en qui le Christ est présent, en qui le Christ vient à notre rencontre. Amen. 


samedi 20 janvier 2024

3ème dimanche ordinaire B - 21 janvier 2024

 La Parole de Dieu, Bonne Nouvelle pour notre salut !



(Le prophète Jonas, source internet : (1827) Pinterest)



 

 

 

 

            Ce dimanche est, par la volonté du pape François, le dimanche de la Parole de Dieu. Un dimanche pour réfléchir davantage à sa place dans notre vie. J’espère juste que cela ne signifie pas que le reste du temps, nous n’en avons rien à faire que Dieu nous parle ou pas. Après tout, chaque dimanche, nous entendons des extraits de cette Parole, et la réforme liturgique du Concile Vatican II nous a largement ouvert ce trésor. 

            Lorsque nous croisons le prophète Jonas, dans la première lecture de ce dimanche, on pourrait croire qu’il suffit que Dieu parle pour que les hommes se bougent. Après tout, n’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsque Jésus appelle ses premiers disciples ? Il leur dit : Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Aussitôt, souligne Marc, laissant leurs filets, ils le suivirent. Une parole est dite ; l’homme répond, aussitôt. Nous savons qu’il n’en est rien pour Jonas ; Dieu s’y est pris à deux fois, Jonas s’étant enfui loin de Dieu après le premier appel de Dieu. Jonas ne voulait pas remplir la mission que la Parole de Dieu lui avait attribuée. Nous savons tous, par expérience, qu’il ne suffit pas que quelqu’un nous dise quelque chose pour que nous nous exécutions immédiatement. La Parole de Dieu, nous avons beau savoir et confesser qu’elle est importante pour nous, ne nous met pas au garde-à-vous. 

            Pourtant, cette Parole est une parole bonne. Dieu ne nous parle pas mal. Sa Parole ne nous entraîne pas au Mal. Sa Parole est Bonne Nouvelle, en tous les cas, se veut Bonne Nouvelle pour toute l’humanité à qui Dieu s’adresse. Peut-être que des prédications trop moralisantes nous ont éloigné de cette Parole ! Peut-être que nous n’y retrouvions plus justement cet aspect de Bonne Nouvelle. Quand nous faisons perdre à la Parole de Dieu sa saveur, il ne faut pas s’étonner que les hommes la rejettent. Pour que cette Parole que Dieu adresse à temps et à contre-temps garde toute sa saveur, il faudrait peut-être que ceux qui la transmettent lui gardent sa bonté, les encouragements qu’elle nous offre. N’utilisons jamais, en prédication, en catéchèse, ou dans une conversation, la Parole de Dieu pour condamner, pour juger, pour exclure. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous rendre plus libres. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous éclairer. Quand Dieu nous parle, c’est pour notre salut. Quand Dieu nous parle, c’est pour établir une Alliance d’amour et de miséricorde avec nous. 

            L’Eglise, pour souligner l’importance de cette Parole dans notre vie, ne célèbre aucun sacrement sans lire ne serait-ce qu’un verset de cette Parole. A toutes les étapes de notre vie, qu’elles soient joyeuses ou tristes, l’Eglise fait retentir cette Parole pour que nous croyions à l’Evangile et que nous nous convertissions. Car c’est bien à l’écoute et à la méditation de cette Parole que nous pouvons changer notre cœur. Notre cœur ne se convertit pas sous la contrainte, mais par l’écoute d’une parole bonne et constructive, d’une parole qui donne envie de vivre en plus grand. Il arrive que cette Parole soit dure à entendre, c’est vrai ; mais elle est toujours donnée pour notre bien. Quand Jonas consent finalement à parcourir Ninive en proclamant : Encore quarante jours, et Ninive sera détruite, cette parole devient une bonne nouvelle, parce qu’elle laisse à chacun le temps (quarante jours, ce qui n’est pas rien !) pour changer, pour tourner son cœur vers Dieu. Et c’est bien ce qui se produit : Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. 

            N’abandonnons jamais cette Parole ! Entendons-la pour ce qu’elle veut être : Bonne Nouvelle pour notre Salut, même lorsqu’elle nous semble difficile. Dieu ne veut que notre bien ; Dieu ne veut que notre vie. C’est pour cela qu’il parle ; c’est pour cela qu’il a envoyé sa Parole faite chair au milieu de nous, en Jésus. Suivre Jésus, c’est vivre de cette Parole. Ecouter Jésus, c’est entendre cette Parole. Qu’elle nous mette en route à la rencontre de Dieu qui nous attend, pour que nous vivions avec lui dans la joie de son Royaume. Amen.

samedi 4 novembre 2023

31ème dimanche ordinaire A - 05 novembre 2023

 Quand la parole de Dieu se fait difficile...



(Tableau d'Arcabas)


  

  

            Il y a des dimanches où la Parole de Dieu peut nous sembler sévère, difficile à entendre, parce qu’elle a été écrite dans un contexte de crise, à une époque lointaine dont la plupart d’entre nous n’ont que trop peu entendu parler pour en apprécier toute la portée. Et si nous lisons ces textes aujourd’hui en les prenant au pied de la lettre, nous risquons des raccourcis dramatiques. Ainsi la première lecture pourrait nous pousser à dire : les prêtres, tous pourris ; et l’évangile pareillement, mais cette fois-ci des intellectuels et des cathos trop catholiques pour certains (nos scribes et pharisiens modernes). Il n’est jamais bon de sortir un texte de son contexte, même et surtout quand ce texte est Parole de Dieu.  La question qui se pose alors est la suivante : comment ces textes sévères peuvent-ils être parole de Dieu qui fait grandir et vivre ? 

            La première piste que je vous propose, ce sera d’éviter de faire de la religion une morale. Ce sont là deux disciplines distinctes. Et si ma foi, prise au sérieux, entraine une modification de mon comportement envers les autres, elle ne s’en réduit pas pour autant à un ensemble de règles morales à observer. Dieu n’est pas le gendarme de nos vies, même s’il veille sur nous ; il est celui qui veut principalement entrer en relation, en Alliance d’amour, avec nous. La question n’est donc pas de savoir quelle règle je dois observer, mais comment je fais pour aimer mieux. L’évangile de dimanche dernier nous le rappelait à sa manière : tout est accompli de ce que Dieu veut, dès lors que j’aime comme Dieu aime, d’un amour désintéressé, qui met Dieu et l’autre au cœur de mon agir. Et, pour en rester au texte du prophète Malachie, Dieu mérite que les hommes, et les prêtres en premier, célèbrent le culte de telle manière que celui-ci soit à la hauteur de la gloire de Dieu. Pour le dire autrement, et ayant lu la totalité du livre du prophète, les prêtres doivent célébrer correctement, et les fidèles montrer plus de zèle quand ils vont au Temple. 

            La deuxième piste intéressante est de se souvenir toujours de ce que Paul écrit aux chrétiens de Thessalonique et qui leur vaut ses félicitations : ils ont accueilli la parole de Dieu pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre dans les croyants. Nous pouvons ne pas toujours la comprendre ; certains passages de la parole de Dieu ne s’éclaireront peut-être qu’avec le temps, à force de les méditer : elle reste cependant parole de Dieu qui agit, donc parole qui veut le meilleur pour nous, parole qui veut pour nous la vie avec Dieu. La comprenant ainsi, nous ne mettrons pas de côté ce qui ne nous convient pas ; nous ne nous fabriquerons pas une petite bible à usage personnelle ; mais nous entrerons progressivement dans cette parole, retenant ce que nous comprenons immédiatement, approfondissant toujours davantage ce qui nous interpelle, nous interroge voire nous scandalise. Il nous est interdit d’ignorer la parole de Dieu ; il nous est recommandé de la travailler pour la comprendre mieux dans le monde et l’époque où nous vivons. Nous entendons la même parole que les Thessaloniciens de l’époque de Paul, mais nous ne l’interprétons peut-être pas toujours de la même façon, parce que notre époque n’est pas, et n’est plus, l’époque des Thessaloniciens à qui Paul écrit. Mais ce qu’il leur a écrit, peut encore interroger notre époque ; ce qu’il leur a écrit peut encore éclairer notre époque, peut-être avec des accents différents. La parole de Dieu ne change pas ; ce qui change, c’est le monde dans lequel nous avons à la vivre ; ce qui peut changer, c’est donc notre manière de la vivre aujourd’hui. Si nous figeons la parole de Dieu dans l’époque à laquelle elle a été écrite, elle sera juste une collection intéressante de paroles venant d’un passé de plus en plus lointain, et un éclairage sur un modèle de société donné. Mais si nous la travaillons, la méditons avec ferveur, elle sera une parole authentique de Dieu pour le monde d’aujourd’hui. 

            La dernière piste que je vous propose nous vient du bref psaume 130 (131) qui nous a permis de répondre à l’extrait du prophète Malachie. Il nous rappelle l’attitude qui convient lorsque nous nous présentons devant Dieu : une juste humilité (je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux) et une grande confiance en Celui qui vient à notre rencontre (Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais). Je comprends de cela que je dois laisser Dieu être Dieu comme il veut l’être, comme il a promis jadis à Moïse de l’être toujours. Je suis celui que tu auras besoin que je sois selon les étapes de ta vie, dit-il en substance quand Moïse lui demande son nom et qu’il répond :  Je suis qui je suis ou je suis qui je serai. Nous pouvons dès lors ne jamais avoir peur de Dieu, et lui garder la confiance primordiale, celles des enfants vis-à-vis de leurs parents : Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Quand nous abordons avec cet esprit la parole de Dieu, qu’elle soit sévère comme aujourd’hui ou plus encourageante, nous reconnaîtrons toujours en elle Dieu qui nous invite à le suivre et nous prévient des dangers de la route, dangers dans lesquels nous nous mettons tout seul quelquefois. Rendre à Dieu la gloire qui lui est due, c’est aussi reconnaître et confesser qu’il est Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous, nous appelant toujours à une vie plus grande et nous donnant de la réaliser. 

            Puisse notre eucharistie toujours nous redonner le goût de la parole de Dieu. Puisse-t-elle toujours nous permettre de le célébrer dignement, d’un culte qui soit à sa hauteur. Puisse-t-elle nous apprendre à toujours nous rapprocher de Dieu qui est notre vie et qui veut pour notre vie le meilleur ; il gardera notre âme dans la paix, près de lui, ici, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.


dimanche 16 juillet 2023

15ème dimanche ordinaire A - 16 juillet 2023

 Un échec de Jésus ou la simple réalité de la vie ?




 (Source : La parabole du semeur (Lc 8,4-15) | Au Large Biblique)

 




            Je reconnais humblement que j’ai eu quelques difficultés avec l’homélie de ce dimanche liée au texte évangélique lui-même. Fallait-il vraiment prendre la parole après que le Christ lui-même eut expliqué à ses seuls disciples – donc ceux qui croient en lui – la parabole qu’il avait adressée à la foule – donc ceux qui étaient appelés à croire à lui mais qui ne le feront pas tous finalement ? Que pourrais-je dire de plus qu’il n’a pas dit ? Ma seconde difficulté vint ensuite du rapprochement que notre Eglise fait de ce passage d’évangile avec le passage entendu du prophète Isaïe qui affirme : Ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. N’y a-t-il pas une contradiction entre le prophète et Jésus ? 

            Je m’explique : Isaïe a la certitude, que je partage, que la parole de Dieu est performative, c'est-à-dire qu’elle réalise bien ce qu’elle dit. Nous pouvons dire de Dieu, sans nous tromper, que ce qu’il dit, c’est ce qu’il fait. Nous le voyons dès les premières pages de la Bible. Quand Dieu dit : Que la lumière soit ! la lumière se fait. Pour le dire plus simplement encore : Dieu ne parle pas en vain, il ne parle pas pour ne rien dire. C’est plutôt rassurant de savoir cela, me semble-t-il ! Là où les choses se corsent pour moi, c’est quand je mets cette affirmation de Dieu au prophète Isaïe, en lien avec cette parabole du semeur que Jésus raconte. Dans l’explication qu’il donne, nous comprenons que la semence semée largement, pour ne pas dire n’importe comment, c’est la Parole de Dieu. Voyez-vous mon problème venir ? Non ? Il me semble pourtant évident !  Si la Parole de Dieu accomplit toujours sa mission, pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas toujours ? Parce que la parabole que Jésus raconte, c’est quand même d’abord une histoire qui échoue trois fois sur quatre ! La parole semée ne donne rien, ni sur le bord du chemin, ni sur le sol pierreux, ni dans les ronces. Il n’y a que dans la bonne terre que le grain germe et grandit. Je pourrais m’en sortir en allant vite à la conclusion de la parabole, à savoir le rapport du grain semé en bonne terre, à savoir cent, soixante ou trente pour un, ce qui n’est pas rien d’une part, et qui permet de dire que le risque vaut la peine ! Connaissez-vous beaucoup de placement qui rapporte cent pour un (pour un euro placé vaut en recevez cent) ? soixante pour un ? trente pour un ? Si oui, partagez l’information pour que nous en profitions tous en ces temps de crise ! 

            Nous précipiter ainsi vers la conclusion nous fait ignorer la partie la plus longue, et de la parabole, et de l’explication que Jésus en donne. Si elle était sans importance, pourquoi insister autant, puisque Dieu ne parle pas pour ne rien dire ? Et qu’est-ce que cela peut bien dire pour nous aujourd’hui ? Cet échec apparent de la Parole de Dieu nous concerne tous. Il nous rappelle que l’important, ce n’est pas uniquement la qualité du grain semé, qualité qui n’est pas à remettre en cause. Ce qui compte aussi, c’est le terrain où le grain est semé ; ce qui compte aussi, ce sont les conditions extérieures : les oiseaux qui viennent tout manger, le sol pierreux sans beaucoup de terre, donc pas d’enracinement possible, trop de soleil, et n’oublions pas les ronces qui étouffent le grain semé. Nous ne pouvons pas ignorer les obstacles au grain semé, obstacles qui sont naturels, nous dit Jésus. Ce n’est pas la main de l’homme qui empêche le grain de pousser, mais bien la réalité du terrain dans lequel tombe le grain. Ceci nous ouvre alors des perspectives qui nous permettent de ne pas nous décourager quand nous participons à l’œuvre des semailles. Qui, travaillant honnêtement à répandre la parole de Dieu ne s’est jamais interrogé sur l’absence de rapport ? Nous faisons des choses d’ordre pastorale et nous avons l’impression que cela ne donne rien, en tout cas, cela ne donne pas ce que nous espérions. Nous enterrons plus que nous ne baptisons ; des couples que nous avons sérieusement préparé au mariage relieuse finissent par se séparer quand même ; du peu que nous baptisons encore, peu poursuivront avec la première communion ; et de ceux-là, encore moins iront jusqu’à la confirmation ! Et je pourrais continuer la liste des efforts consentis par les prêtres et les laïcs, en paroisse, dans les mouvements ou en famille tout simplement, qui ne donnent rien. Pas le moindre bout d’herbe à l’horizon malgré tout ce qui est semé ! Alors qu’est-ce qu’on fait ? On arrête tout ? On s’asseoit et on pleure ? 

            Jésus nous dit, avec cette parabole que c’est normal. Dieu lui-même n’y peut rien ! Personne ne naît croyant ! Personne ne naît pratiquant ! Personne ne naît avec une foi préinscrite dans le cœur ! Il y a ce que je suis, il y a les circonstances, l’entourage, pleins de choses extérieures qui vont jouer. Trois choses doivent nous rassurer cependant : d’abord que Dieu sème sa parole toujours et encore, sans regarder où ; la parole n’est pas réservée à une élite en mesure de l’entendre et de la mettre en pratique. Ensuite, c’est qu’elle rapporte beaucoup quand elle tombe dans une bonne terre ; le temps passé à semer, le grain qui ne donne rien dans des terres non préparées, ce n’est pas du temps et du grain perdu. Enfin, puisque la parole ne donne rien à cause de circonstances extérieures, n'oublions pas que celles-ci ne sont pas toujours éternelles, et que semer toujours et encore a du sens. Il suffit d’un changement dans la terre qui reçoit pour que tout change. Dégagez les pierres, ajoutez un peu de terreau et déjà quelque chose peut prendre racine et grandir ! Et ce changement nous devons y croire ! Si nous désespérions, alors ce sont les cailloux, les ronces qui envahiraient la bonne terre. Croire le changement de circonstances possible, c’est croire que le Christ, par sa mort et sa résurrection, a bien vaincu le mal, la mort et le péché, et que ces trois-là peuvent reculer dans la vie des hommes. Il suffit d’un grain germé et levé pour en obtenir trente, soixante ou cent autres ! 

            Ce qui semblait un échec apparent n’est rien d’autre que la réalité de la vie des hommes, la réalité de notre vie. Quelquefois, ce n’est juste pas le bon moment. Quand après des vacances bien méritées, nous reprendrons notre travail missionnaire, faisons-le avec la certitude affirmée par le prophète que la parole de Dieu accomplit bien sa mission, au rythme de Dieu. Ne soyons pas impatients ! Ne soyons pas défaitistes ! Tout se fait selon le plan Dieu. Un petit peu à chaque fois, pour un résultat qui mènera à l’établissement du Royaume de Dieu. Le temps n’appartient qu’à Dieu. Travaillons sur ce qui est de notre ressort : l’espace où le grain est planté. Ne renonçons pas à travailler la terre, notre terre d’abord, pour que le grain semé puisse germer et rapporter toujours plus : trente, soixante et pourquoi pas cent pour un. Amen.

samedi 4 mars 2023

2ème dimanche de Carême A - 05 mars 2023

 Revenez à moi : vivez de ma Parole !




            Notre marche vers Pâques se poursuit, toujours avec ce désir de répondre à l’appel de Dieu relayé par le Prophète Joël : Revenez à moi ! En ce deuxième dimanche, Dieu lui-même nous donne une clé pour emprunter le chemin du retour. Il nous dit : Vivez de ma Parole. La liturgie nous donne deux exemples de croyants qui ont vécu ce conseil : Abram et Paul. 

            Puisqu’il est le tout-premier à s’être mis à l’écoute de Dieu, commençons par Abram. Au moment où Dieu s’adresse à lui, il est déjà âgé et pourtant, à l’écoute de la promesse du Seigneur, il s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit. Je n’arrive pas à me défaire de la surprise qui est la mienne quand je lis ce passage de l’Ecriture. Comment un homme qui a déjà bien vécu peut-il, sur la parole d’un inconnu, tout laisser pour un autre pays ? En effet, à parcourir les chapitres précédents, rien ne prédestinait Abram à cette aventure. Il est certes de la descendance de Noé, mais quand même à la onzième génération ! Et la Bible ne dit rien de toutes ces familles sinon les mariages et les enfants. Pas un mot de leurs relations avec le Seigneur. Aussi, vous comprendrez mon étonnement lorsqu’après autant de temps, Abram se met en route à l’appel d’un Seigneur qui ne s’est plus manifesté depuis le déluge ! En tout cas, la Bible n’en garde pas de trace ; nous pouvons en déduire qu’il n’y a rien eu de mémorable à relever en-dehors des successions familiales. Cela fait peu pour engager sa famille dans un voyage vers l’inconnu. Car force est de constater qu’Abram ne connaît pas, à son départ, le pays d’arrivée : Va vers le pays que je te montrerai ! Comme si Dieu lui-même cherchait encore la terre où il allait établir ce qui deviendra son peuple. Est-ce un rêve de grandeur qui le met en route ? Je ferai de toi une grande nation, je rendrai grand ton nom ? Est-ce la voix de Dieu qui avait quelque chose d’enchanteur ou de séducteur qui fait qu’il s’est mis en route ? Nous n’en saurons jamais rien. La seule certitude qui nous est donnée, c’est qu’Abram prit la route, avec sa famille. 

Vivez de ma parole : cette invitation est pleine de surprises. Elle est invitation à la confiance, invitation à se déplacer peut-être d’abord intérieurement. Le chemin à faire n’est pas tant topographique que spirituel. Comme Abram, nous sommes invités à cette mise en route intérieure qui nous fait accorder notre confiance à un Dieu qui nous parle certes, mais que nous ne voyons pas de nos yeux. Nous n’avons de lui que le témoignage de ce qu’il a réalisé pour tant d’autres avant nous. C’est bien sur parole que nous le croyons ; c’est bien sur cette Parole fidèlement transmise depuis Abram que nous engageons notre vie. Et nous pouvons engager notre vie sur cette Parole, mieux qu’Abram parce que nous avons des exemples nombreux qu’il n’avait pas. Nous savons que, comme pour Abram, cette Parole sera une parole de bénédiction. Car Dieu veut notre bonheur, il veut pour nous la vie.  

            Si Abram est parti à l’aventure à l’appel de Dieu, Paul s’est engagé lui, sur un même appel, celui du Christ, à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus, mort et ressuscité pour nous. Sa réponse à l’appel du Christ s’est concrétisée dans ses voyages missionnaires, mais aussi dans sa présentation méticuleuse et ordonnée de ce qui est aujourd’hui notre foi. Vivant de la Parole de Dieu, il a su trouver les mots qui ont convaincu tant d’hommes et de femmes à accorder leur foi à un homme mort à Jérusalem comme un criminel. Il n’avait rien d’extraordinaire face à tous les dieux païens, juste cette certitude que celui qui s’est adressé à lui, s’est maintenant manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Evangile. En vivant de la Parole du Christ, Parole de Dieu faite chair, Paul a eu une connaissance approfondie des mystères de Dieu. 

Comme lui, en vivant de cette Parole, nous pouvons entrez dans une compréhension plus profonde du projet de Dieu pour nous. Cette Parole méditée, réfléchie, approfondie, révèle à chacun de nous la voie à suivre pour vivre toujours plus et toujours mieux le projet que Dieu porte pour nous, personnellement ! Vivre de la Parole de Dieu, c’est faire le choix de vivre notre vie pleinement, avec la bénédiction de Dieu. Paul nous montre aussi qu’une vie vécue dans la grâce de cette Parole de Dieu, permet d’affronter toutes les épreuves que les hommes ne manqueront pas de placer sur notre route. 

            Comme Pierre, Jacques et Jean jadis sur la montagne de la transfiguration, écoutons la voix de Dieu qui nous dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! Mais ne l’entendons pas comme un ordre de Dieu, mais bien comme une invitation à trouver nous-aussi notre joie en Jésus, lui qui rend la grâce de Dieu visible par toute sa vie. Revenez à moi : vivez de ma Parole est donc une invitation au bonheur, une invitation à la vie en plénitude, ne invitation à suivre le Christ. N’est-ce pas là une Bonne Nouvelle pour nous  et pour les hommes qui cherchent un sens à leur vie ? Avec Abram, prenons la route ; avec Paul, répandons la Bonne Nouvelle : Dieu est avec nous, il nous donne son Fils pour notre vie, pour notre joie. Amen.