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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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vendredi 3 avril 2026

Vendredi Saint - 3 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.







 

            Depuis le dimanche des Rameaux, nous accompagnons Jésus à Jérusalem. Nous avons vécu avec lui son dernier repas pendant lequel il nous a dit l’amour de Dieu pour nous à travers deux signes : celui du pain et du vin partagés et celui du lavement des pieds. Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert. Peut-être avons-nous même veillé une partie de la nuit avec lui. Nous voici, toujours avec lui, pour vivre l’impensable : l’arrestation, le procès et la mort de l’Innocent. Pourquoi ? Parce qu’il nous aime ! Oui, quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.

            Lorsque nous perdons un proche, nous prenons le temps de relire sa vie, nous nous remémorons les bons moments, nous oublions les moins bons. Quand la mort frappe à la porte, souvent tout est pardonné. En relisant la vie de Jésus, force est de constater qu’il n’y a rien à pardonner ; toute sa vie ne fut qu’amour, miséricorde, don, pardon. Rien ne laissait présager qu’il puisse un jour être arrêté, jugé et condamné à mort. La lecture de la Passion selon Jean démontre bien l’inconsistance des accusations. Lorsqu’un des serviteurs du grand-prêtre Hanne le gifle, Jésus interroge : Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? Sa question reste sans réponse et par dépit, on l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Et de chez Caïphe au Prétoire, devant Pilate, le seul qui puisse prononcer la peine de mort. Jusque-là, aucun motif de condamnation n’a été trouvé. Quand Pilate les interroge, la seule raison invoquée pour la comparution de Jésus est : S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. Mais aucune démonstration de culpabilité. Pilate lui-même en conviendra : Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Alors pourquoi est-il condamné quand même ? Pourquoi le scandale de la croix ?

            La réponse nous a été donné par le prophète Isaïe. Nous pouvons relire son livre à la lumière du mystère de Pâques et comprendre que ce qu’il annonce, c’est Jésus qui le vit, qui l’incarne. C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous… il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. En clair, c’est à cause nous, à cause de toi, à cause de moi que Jésus est mort en croix. Ce mystère de l’amour donné librement, gratuitement c’est à cause de nous ; c’est pour nous, pour notre salut. Parce que nous ne vivons pas toujours de l’Alliance que Dieu nous propose, parce que le péché, tapi dans notre vie, surgit et détruit, parce que notre amour est inconsistant, Dieu fait preuve de bonté, de grâce, de miséricorde et d’amour pour sauver notre vie et notre avenir. A nous qui avons si souvent rompu son Alliance, il montre la voie de la fidélité ; à nous qui nous laissons envahir par la haine, il montre le chemin de l’amour ; à nous qui succombons si souvent à la rancune, il montre le chemin du pardon. Dieu accepte le sacrifice de son Fils unique pour que toute sa création puisse être sauvée. Par le passé, au temps de Noé, Dieu avait refait sa création après avoir lavé la terre par les grandes eaux du déluge. Il s’était engagé à ne jamais recommencer. Pour sauver l’homme, il fallait à Dieu affronter la mort et la vaincre définitivement. C’est le sacrifice de Jésus sur la croix qui va réaliser cette grande œuvre de Dieu. Puisque l’humanité est incapable de se sauver, il a accepté que son Fils affronte la mort et le péché. Au pied de la croix, nous pouvons légitimement penser que c’est là un échec. Jésus, l’Innocent, est mort. Les hommes ont parlé, la foule a crié : Crucifie-le ! Crucifie-le ! Et Dieu s’est tu !

Le silence assourdissant de Dieu marque encore chaque année notre liturgie du Vendredi Saint. Il est le silence de la sidération, le silence de ceux et celles qui ne comprennent plus et à qui il manque les mots de la révolte. Il nous faut accepter ce silence de Dieu ; il nous faut partager ce silence si nous croyons avec Pilate qu’il fallait relâcher Jésus ; il nous faut accepter ce silence et attendre la parole que Dieu prononcera définitivement. Nous avons tué son Fils ; restera-t-il sans répondre ? Nous avons tué son Fils ; refusera-t-il la vengeance ? Ce silence est notre seul espoir. Peut-être que le choix des soldats de ne pas profaner davantage ce corps meurtri en lui brisant les jambes, nous vaudra un sursis. Peut-être que l’attitude de Joseph d’Arimathie et de Nicodème qui vont l’ensevelir dignement, selon la coutume juive, nous vaudra-t-il le début d’un pardon. Pour l’heure, nous n’en savons rien. Entrons dans ce silence de Dieu et comptons sur sa miséricorde. Qui sait ? Peut-être quelque chose de neuf adviendra-t-il de ce scandale. Amen.

vendredi 7 avril 2023

Vendredi Saint - 07 avril 2023

 Jésus, le Messie crucifié.




(Tableau de Sieger KÖDER)



 

 

            Mon serviteur réussira, dit le Seigneur. Cette prophétie d’Isaïe, reconnaissons que nous avons du mal, après le récit de la Passion, à y croire. Là, au pied de la croix, l’histoire Jésus semble belle et bien achevée, dramatiquement finie pour toujours. Et ne venons pas dire que, si nous avions assisté jadis à l’événement, que nous aurions misé une seule pièce sur la victoire de Jésus. La seule flagellation donnée par les romains (soit cinquante coups avec un fouet à deux lanières lestées de plomb ou d’os de mouton) a affaibli considérablement le corps de Jésus. Personne n’aurait misé sur sa réussite, et la condamnation à la croix aurait achevé les derniers espoirs. 

            Lorsque le prophète Isaïe prononce cet oracle, le peuple juif est en déportation à Babylone. Son histoire est finie, son alliance avec Dieu rompue ; ce peuple n’existe plus. Il connaît l’enfer de la désolation. Et c’est là que naît l’espérance d’un Messie qui va rétablir le peuple de Dieu dans ses droits. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur. Voilà de quoi redonner espoir ; voilà de quoi réchauffer les cœurs. Le problème, c’est la suite de cet oracle : il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme… méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, … il a été broyé… il a été transpercé. Nous comprenons bien que la multitude avait été consternée en le voyant. Ils attendaient un super héros, un homme fort ; ils n’ont devant les yeux qu’un agneau conduit à l’abattoir. Et aujourd’hui, nous n’avons pas mieux. Jésus, que nous reconnaissons comme Messie, est un Messie crucifié. Nous attendions de lui monts et merveilles ; nous n’avons à contempler qu’un corps torturé, suspendu au bois de la croix, humilié comme jamais. 

            En ce Vendredi Saint, nous n’aurons que cela à adorer : un corps, mort, défiguré, abandonné. En ce Vendredi Saint, nous n’avons que nos yeux pour pleurer. En ce Vendredi Saint, notre foi en lui est mise au tombeau avec lui. Cette expérience de la désolation est nécessaire ; cette expérience de l’abandon de Dieu est cruciale ; cette expérience que tout est fini et perdu est fondamentale. Ne courrons pas trop vite vers le matin de Pâques ! Ne nous consolons pas trop vite en disant : ce n’est que passager ; dans trois jours, il ressuscitera. Ce serait comme joindre notre voix à ceux qui l’ont insulté sur la croix ; ce serait nier la nécessité de ce moment fondateur : Dieu, en Jésus, meurt sur la croix pour affronter, en notre nom, la mort éternelle. Le combat entre la mort éternelle et la vie éternelle n’a fait que commencer. Nous sommes au temps du silence et du deuil, ce temps si particulier, comme suspendu, dans l’attente de quelque chose dont on ignore tout. C’est le temps nécessaire pour que nous puissions nous interroger : avons-nous eu tort ou raison de croire en ce que Jésus a dit quand il était au milieu de nous ? Avons-nous eu tort ou raison de croire aux signes qu’il a posé et qui nous montrait la puissance de vie qui résidait en lui ? L’oracle d’Isaïe laisse entrevoir une porte de sortie quand il dit : S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière. 

            Comme au temps d’Isaïe, comme au temps de Jésus, il nous faut attendre dans la foi. Comme au temps d’Isaïe, comme au temps de Jésus, il nous faut apprendre à croire que tout est possible à Dieu, même l’impossible, même l’incroyable. Sans doute avons-nous vu des hommes défaits, démoralisés, reprendre force et courage. Sans doute avons-nous vu des malades retrouver la santé. Sans doute avons-nous vu des hommes lourdement blessés retrouver goût à la vie. Mais un mort revenir de chez les morts : qui l’a vu ? Un corps que la vie avait abandonné, avec certitude, retrouver la vie, qui l’a vu ? La mort n’est pas un mauvais moment à passer dont on se remet. La mort n’est pas un jeu : ni la nôtre, ni celle de Jésus. Elle est une part de notre réalité. 

            Aujourd’hui, face au corps mort de Jésus, nous ne pouvons que faire silence et nous interroger : comment avons-nous pu en venir là ? C’est la question qui revient sans cesse après chaque drame que connaît notre existence. En relisant les textes de la Première Alliance, nous pourrons trouver un chemin d’espérance, en attendant que Dieu lui-même nous redise avec force : Mon serviteur réussira ! Pour l’heure, mesurons ce que signifie la croix dans notre vie. Mesurons la grandeur de ce sacrifice. Mesurons le prix que tout humain a aux yeux de Jésus, aux yeux de Dieu. Et si nous croyons que Jésus est allé à la croix pour nous et pour tous, alors commençons comme lui à nous aimer et à aimer tous ceux qu’il met sur notre route. Ce sera notre manière de faire échouer la mort, parce que nous montrerons ainsi qu’elle n’aura pas réussi à nous entraîner dans le tombeau de la désespérance. Puisque Jésus est devenu le Messie Crucifié par amour pour nous, nous pouvons déjà vivre de lui en aimant comme lui. Toujours, et tout le monde. Amen.

vendredi 2 avril 2021

Vendredi Saint - 02 avril 2021

 Pour rendre notre vie plus belle, le Christ s'offre en sacrifice.



(Chemin de croix de Francis Schneider, 12ème station, église de Fort-Louis (67), 
photo de Bernard Wittmann et Jean-Michel Duband)



        C’est un paradoxe que nous célébrons aujourd’hui. Ce Jésus, qui voulait rendre la vie des hommes plus belle, s’offre en sacrifice sur la croix. Comment des hommes peuvent-ils se réjouir de la mort d’un innocent ? Comment des hommes peuvent-ils obtenir une vie plus belle en se livrant à l’abject ? Et pourtant… 

            Pourtant, le prophète Isaïe l’avait annoncé : Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. Caïphe avait donc raison lorsqu’il prophétisait avant la Passion : Vous n’y comprenez rien, vous ne voyez pas quel est votre intérêt :il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas ? Pourquoi faut-il toujours que quelqu’un meurt pour que les hommes comprennent ? Pourquoi faut-il toujours que quelqu’un meurt, pour que les hommes changent ? Pourquoi faut-il toujours que quelqu’un meurt ? 

            L’auteur de la Lettre aux Hébreux tente une réponse : Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et des larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Mais cette réponse est-elle satisfaisante pour Marie et Jean qui se tiennent au pied de la croix ? Est-elle satisfaisante pour celles et ceux qui ont cru en lui ? Il faudra du temps pour qu’une telle réponse jaillisse et soit audible. Ce n’est pas le jour même de la mort que vous pouvez proclamer cela aux proches de l’innocent mis à mort. Non, en ce jour difficile, où l’homme ne comprend plus rien à l’homme, la seule attitude qui vaille est de se tenir là, devant la croix, aux côtés de Marie et de Jean. En ce jour difficile, où l’homme ne comprend plus rien à Dieu, la seule attitude qui vaille, c’est le silence, pour espérer entendre encore, entendre à nouveau la voix de Dieu qui parle dans le silence de notre cœur. 

            Il nous faut accepter, humblement, que Jésus se livre en sacrifice pour que notre vie devienne plus belle, sans chercher à comprendre tout de suite comment cela est possible. Il faut méditer ces événements, comme Marie l’a toujours fait pour tous ces événements qui concernaient son fils Jésus. Il nous faut accepter, comme Jésus lui-même avait accepté au moment de son arrestation : La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? Nous pouvons faire comme Pilate qui, bien que dépassé par les événements et manipulé par la foule, proclame malgré tout, la vérité qu’il aura saisi de ce procès, en faisant placer cet écriteau au sommet de la croix : Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. Cela ne change peut-être rien aux faits qui viennent de se dérouler, mais la vérité est toujours bonne à prendre ; elle permettra de réfléchir, quand les cœurs seront apaisés, et que d’autres événements, tout aussi incompréhensibles, auront lieu. 

            Il nous faut accepter, humblement, et croire que Jésus se livre en sacrifice pour que notre vie devienne plus belle. Il nous faut accepter humblement, et vivre de telle sorte que ce sacrifice ne fut pas vain. Ce que Jésus nous offre dans sa mort, il faut une vie pour le comprendre. Ce que Jésus nous offre dans sa mort, il faut une vie pour l’accepter toujours mieux. Levons les yeux vers celui que nous avons livré à la mort ; gardons le silence ; et demandons à Dieu de mieux saisir encore son projet de salut pour nous. Il veut notre vie plus belle ; la croix dressée nous en montre désormais le chemin. Amen.

vendredi 10 avril 2020

Vendredi Saint - 10 avril 2020

Dieu nous apprend sa faiblesse.







            Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. Ce verset, tiré de la deuxième lettre aux Corinthiens (12, 10), nous le comprenons souvent pour nous. Et Paul l’emploie bien dans ce sens. Il redit à ses amis que, quelle que soit la situation angoissante qu’il traverse, dans sa faiblesse, il est fort de l’amour que Dieu lui porte. En ce vendredi saint, je ne peux m’empêcher de penser que ce verset s’applique aussi au Christ. Voyez-vous, j’en suis convaincu, en livrant son Fils bien-aimé, Dieu nous apprend sa faiblesse. 

            Nous avons tellement l’habitude de parler de Dieu tout-puissant que nous en venons à oublier cette réalité : devant l’homme, Dieu est faible. Il a limité sa toute puissance en donnant à l’homme sa liberté. Car l’homme est libre d’accepter Dieu ou de le refuser. Et dans ce dernier cas, Dieu ne pourra rien. En ces fêtes pascales où nous disons que le Christ, par sa mort et sa résurrection, nous ouvre le ciel, il nous faut être plus que jamais conscient que n’iront au Paradis que ceux qui le désireront. Des deux larrons crucifiés en même temps que Jésus, il ne sera dit qu’à un seul : Aujourd’hui, tu seras avec moi en paradis. Dans ces mots, dans toute la Passion, c’est toute la faiblesse de Dieu qui s’exprime. 

            La première faiblesse de Dieu, c’est l’Homme, l’Homme qu’il a créé, désiré, avec lequel il veut faire alliance. Pour cet Homme, Dieu est prêt à tout. Il suffit de relire l’histoire biblique pour s’en rendre compte. D’alliance proposée par Dieu en rupture d’alliance provoquée par les hommes, Dieu ne peut consentir à se défaire de l’Homme. C’est sans doute le prophète Osée qui nous fait approcher du plus près cette faiblesse de Dieu pour l’Homme. Bien que les hommes se prostituent devant d’autres dieux, le Dieu de l’Alliance n’a de cesse de séduire et de conquérir à nouveau son peuple, les hommes qu’il a créés, choisis, sauvés… Que nous le voulions ou non, que nous le reconnaissions ou non, il y a un lien indéfectible entre Dieu et l’Homme. 

            Et c’est la seconde faiblesse de Dieu, son amour de toujours pour cette humanité. Le geste de la Passion est d’abord un acte d’amour pour tous les hommes que Dieu veut sauver une fois pour toutes. Et c’est en Jésus, obéissant jusqu’à la mort, que l’amour de Dieu trouve son expression la plus forte, la plus parfaite. Nous pouvons alors réentendre le verset de Paul donné en introduction : Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. Y a-t-il plus grande faiblesse que d’être cloué injustement en croix ? Y a-t-il plus grande faiblesse que d’être livré par ceux-là mêmes que vous comptiez sauver ? Sur la croix, l’histoire semble s’arrêter, le match est joué et perdu par Dieu. Son fils meurt, rejeté, abandonné, humilié. Les hommes ont signifié qu’ils n’en voulaient pas. Et pourtant, sur la croix, les plus grandes faiblesses de Dieu (l’Homme et l’Amour) vont devenir la force de Dieu. Nous avons pour nous le recul de l’Histoire et le témoignage de la foi. Nous savons que la croix, si elle est le dernier mot des hommes, n’est pas le dernier mot de Dieu. Certes, nous pouvons dire que Dieu meurt en Jésus ; et notre humanité meurt avec lui. Mais nous savons aussi que sur la croix, la Mort elle-même meurt, parce qu’elle avait oublié qu’on ne peut faire mourir l’Amour. C’est encore Paul qui l’exprimera le mieux dans l’hymne à la charité : l’Amour ne passera jamais. 

            Les hommes ont oublié que la faiblesse que Dieu avait pour eux, c’était un Amour incommensurable, indestructible. Devant la croix, il semble mis en sourdine, comme jadis au temps de l’exil. Mais justement, l’exil nous apprend que l’Amour de Dieu pour les hommes s’est renforcé dans l’épreuve jusqu’à faire revivre l’amour des hommes pour Dieu. En ce vendredi saint, les hommes ont exilé le Fils de Dieu dans un sombre tombeau, bien gardé. Mais nous pouvons bien exiler Dieu hors de nos vies, Dieu ne peut s’exiler loin de nous. La lourde pierre du tombeau ne saurait résister longtemps à la puissance de son Amour. Devant le tombeau fermé, gardons le silence. Devant la croix, mesurons à quel point Dieu nous aime. Si Dieu est faible devant l’Homme qu’il aime, l’Homme devient fort par cet Amour quand il accepte Dieu dans sa vie. Mais ça, c’est déjà une autre histoire. Elle ne commencera qu’au matin de Pâques pour ceux qui auront su entrer dans la faiblesse de Dieu pour être forts avec Lui. Amen.




(Tableau d'Arcabas, Crucifixion, trouvé sur internet)

vendredi 19 avril 2019

Vendredi Saint - 19 avril 2019

Qui cherchez-vous ?




           Qui cherchez-vous ? Cette question de Jésus aux soldats venus l’arrêter dit bien la particularité de la Passion de Jean. Nous y découvrons un Jésus qui ne subit pas les événements, mais les dirige, souverainement. Ce ne sont pas les soldats qui arrêtent Jésus ; c’est Jésus qui se livre à eux, en se révélant lui-même, en révélant sa nature profonde. Regardez comme les soldats tombent à la renverse lorsque Jésus leur affirme : C’est moi, je le suis. Il redit, et par deux fois, qu’il est de Dieu, puisqu’il utilise pour lui le nom que Dieu avait révélé jadis à Moïse au buisson ardent. Quand Jésus se livre, c’est Dieu lui-même qui se livre aux hommes. Quand Jésus marche vers sa mort, c’est Dieu lui-même qui, dans un acte fou, organise le salut des hommes. 


Qui cherchez-vous ? C’est peut-être pour n’avoir pas à répondre à la question que le Sanhédrin n’est pas réuni dans l’évangile de Jean. Il n’y a pas vraiment besoin de procès, la décision de faire mourir Jésus ayant été prise il y a longtemps. Jésus est interrogé par Hanne, le beau-père de Caïphe, le grand-prêtre de cette année-là. Il se montre curieux de l’enseignement de Jésus et de son groupe de disciples. Mais l’interrogatoire semble tourner court. Et Jésus est emmené au Prétoire, c’est-à-dire livré au pouvoir de l’occupant romain, le seul à être habilité à prononcer la peine capitale.


Qui cherchez-vous ? Cette question initiale de Jésus pourrait être adressé à Pilate qui semble ne pas trop savoir pourquoi on l’embarque dans cette galère et qui cherche à se débarrasser du problème : Jugez-le suivant votre Loi. Il sous-estime l’opiniâtreté des ennemis de Jésus pour qui il doit disparaître. Et Pilate cherche alors à savoir mieux qui est Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Alors, tu es roi ? On ne sait pas ce que cherche Pilate, mais il cherche : il n’a que des questions à renvoyer à Jésus. Et plus Jésus répond, plus Pilate questionne. Alors Jésus se tait. Et Pilate est trop faible pour résister à la déferlante qui vient du dehors du Prétoire. Ils ne veulent peut-être pas juger Jésus eux-mêmes, mais ils veulent en finir une fois pour toutes avec lui. A mort ! Crucifie-le ! Pilate, par faiblesse, laisse faire. Pouvait-il faire autrement puisque Jésus s’était lui-même déjà livré? Dans un sursaut d’intelligence, Pilate fait écrire sur la croix : Jésus le Nazaréen, roi des juifs. Désormais, tous ceux qui lèveront les yeux vers la croix sauront qui ils trouvent ici. Plus besoin de s’interroger sur celui que tout le monde a tant cherché tout au long de l’évangile de Jean. Il est là, crucifié, élevé, exposé. 


Qui cherchez-vous ? Joseph d’Arimathie et Nicodème sont les derniers à qui nous pouvons poser cette question. Qui cherchent-ils quand ils demandent à prendre le corps de Jésus ? Un ami ? Un Maître en religion ? Le Fils de Dieu fait homme qui s’est livré à la mort ? Ils ont chacun une histoire secrète avec Jésus, ils ont cherché à savoir par le passé. Nicodème était venu trouver Jésus pendant la nuit. Il ne voyait pas très clair, mais il sentait bien que Jésus était différent. Quand il porte le corps de Jésus au tombeau, a-t-il eu toutes les réponses à ses questions ? A-t-il quitté sa nuit pour venir à la lumière qu’est Jésus ? 


Qui cherchez-vous ? Cette question, il nous faudra nous la poser, chacun. Qui cherchons-nous quand nous venons célébrer la Passion de Jésus ? Sommes-nous un membre de cette foule, manipulable et manipulée, venu par hasard parce qu’il n’y avait pas mieux à faire aujourd’hui ? Sommes-nous aux côtés de Marie et de Jean, au pied de la croix, pleurant le Fils ou l’ami perdu ? Qui verrons-nous quand nous lèverons les yeux vers la croix qui s’avancera au milieu de nous tout à l’heure ? Vers qui viendrons-nous quand nous nous approcherons de la croix pour vénérer ce corps livré et meurtri ? Serons-nous comme les gardes, venus avec des torches et des armes, pris de stupeur et tombant à terre ? Serons-nous comme Joseph d’Arimathie et Nicodème, venant avec les aromates de notre foi, pour honorer celui qui s’est livré pour notre salut ? 


Qui cherchez-vous ? Vous comprendrez bien que la réponse est à vous. Je peux juste témoigner que vous trouverez ici Celui que Dieu, qui a tant aimé le monde, nous a donné, livré, pour qu’il soit notre salut. Vous trouverez ici votre vie, votre paix, votre salut : Jésus, le Nazaréen, le Crucifié. Ne cherchez pas plus loin ; ne cherchez pas plus haut. Il est Dieu qui s’est mis à hauteur d’homme, Dieu élevé de terre pour que les hommes puissent grandir à la hauteur de Dieu. Amen.


(Tableau d'Antonio CISERI, Ecce homo, 1880-1891, Galerie d'Art Moderne, Palais PITTI, Florence).


dimanche 24 juin 2018

12ème dimanche ordinaire B - 24 juin 2018

L'amour du Christ nous saisit…

(Un petit détail a échapper à mon attention : le 24 juin, nous célébrons la nativité de saint Jean le précurseur ; d'où cette homélie pour le 12ème dimanche et non pour la solennité du jour).




            Il n’y a pas de doute à avoir : Paul sait mieux que personne nous parler du Christ, de son œuvre de salut pour les hommes. Il est le premier croyant au Christ à systématiser ce qui deviendra la foi chrétienne, à mettre des mots sur ce qui fait vivre le fidèle du Christ, à préciser le rapport entre le Christ et les hommes. Le passage de la deuxième lettre aux Corinthiens entendu ce dimanche commence par une vraie déclaration d’amour : l’amour du Christ nous saisit… 

            Ce qui remplit Paul d’amour pour le Christ, c’est son sacrifice sur la croix : l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Il y a comme un vertige des profondeurs devant cette réalisation. Non seulement le Christ a donné sa vie pour nous, mais il nous fait bénéficier de cette mort. Oui, la mort du Christ nous bénéficie ; elle nous décentre en nous orientant vers le Christ. Sa mort sur la croix, en nous procurant la vie, nous tourne résolument vers lui, à moins d’être ingrats, sans reconnaissance pour cette œuvre d’amour. Paul a parfaitement intégré cette donnée. A partir du moment où le Christ l’a appelé sur le chemin de Damas, il n’a plus eu de cesse que de proclamer la Bonne Nouvelle du Salut. Il n’aura pris aucun repos, allant jusqu’à affirmer que si le Christ n’était pas ressuscité, vaine serait notre foi. Pour Paul, tout est contenu dans ce don du Christ sur la croix. Par cet acte, quelque chose de neuf a commencé : le monde ancien s’en est allé ; un monde nouveau est déjà né. Comment dire mieux la nouveauté introduite par le Christ dans la vie des hommes ? 

            La nouveauté introduite par le Christ, c’est bien cette foi qui transforme la vie des hommes. J’ai déjà dit que la mort du Christ nous bénéficiait ; mais elle fait plus que cela : elle nous identifie au Christ, nous fait participer à sa propre mort et à sa résurrection. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine. Nous sommes transformés par la mort du Christ, comme transfigurés ; nous sommes des créatures nouvelles. Nous sommes des autres Christ. Mesurons-nous cette nouveauté ? Mesurons-nous cet honneur ? Lorsque nous lions notre vie à celle du Christ par le baptême, nous sommes transformés en profondeur parce que le Christ, celui qui a livré sa vie sur la croix, vit désormais en nous. Nous ne portons pas seulement le Christ au monde par des mots, mais par toute notre vie, par tous nos actes. Nous devons avoir conscience que notre manière de vivre porte le Christ au monde ; et avoir conscience aussi que notre manière de vivre peut aussi être un obstacle à la présence du Christ au monde. Lorsque les croyants au Christ ont peur d’ouvrir leur monde à ceux qui frappent à leur porte, ils empêchent les migrants d’approcher l’amour du Christ. Lorsque les croyants au Christ se satisfont des rapports économiques qui enrichissent toujours plus les plus riches et appauvrissent sans fin les plus pauvres, ils empêchent les pauvres d’approcher l’amour du Christ. Lorsque les croyants au Christ ferment leurs cœurs, ils ferment le cœur du Christ et son amour ne peut plus être diffusé dans le monde. Et l’amour du Christ ne saisit plus personne, même plus nous… 

            Cette affirmation de Paul, qui a déclenché toute ma réflexion, nous oblige alors aussi à préciser ce qui nous attire vers le Christ. Est-ce vraiment la conscience de ce don qu’il a fait de lui-même sur la croix ? Pour dire les choses autrement, le don du Christ sur la croix est-il pour chacun de nous le fondement de notre attachement réel au Christ ou n’est-il qu’une leçon de catéchisme parmi d’autres ? Sommes-nous capables d’identifier dans notre vie ce que l’amour du Christ réalise pour nous ? Sommes-nous saisis comme Paul d’un amour ardent pour le Christ à la seule pensée de son sacrifice ? Ou bien nous sommes-nous dilués jusqu’à n’être plus que des chrétiens sociologiques ? Que nous soyons chrétien ou non ne changerait finalement pas grand-chose, pour ne pas dire rien, à notre manière de vivre ! 

Trop souvent aujourd’hui, dans le but avoué de ne présenter qu’un Christ positif, certains cachent le sacrifice du Christ ; parlons de Pâques sans parler du Vendredi Saint ! C’est tellement commode ! C’est oublier un peu vite que ce qui donne sa valeur à la résurrection, c’est bien sa vie offerte sur la croix ! Si tel n’était plus le cas, l’eucharistie que nous célébrons ce matin ne serait plus le mémorial de sa passion, mais juste le repas du club des amis de Jésus qui se retrouvent pour un moment fraternel. Sommes-nous les disciples d’un grand homme qui a dit et fait des choses extraordinaires ? Ou sommes-nous les disciples de celui qui a donné sa vie par amour pour nous ? Les deux ne sont pas incompatibles, mais la seconde affirmation est primordiale et impérative. 

L’amour du Christ nous saisit quand… Il revient à chacun de finir la phrase pour lui-même et d’affirmer ce qui est primordial pour lui. Que notre eucharistie nous permette de discerner à frais nouveaux jusqu’où va l’amour du Christ pour nous ! Qu’elle nous donne la force d’y répondre par un art de vivre conforme à notre foi : alors l’amour du Christ pourra saisir encore le cœur des hommes et renouveler le monde. Amen.

 

 

 
 

jeudi 13 avril 2017

Vendredi Saint - 14 avril 2017

Mon serviteur réussira !






Depuis dimanche, les petits détails retiennent mon attention : ce furent d’abord l’ânesse et son ânon qui nous ont évangélisé dimanche ; hier au soir, c’est le repas même auquel Jésus nous a invité qui a retenu notre attention. En ce vendredi saint, le petit détail qui change tout, c’est le premier verset entendu du prophète Isaïe. Souvenez-vous… 
 
Mon Serviteur réussira, dit le Seigneur. Il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! Cette affirmation de Dieu au prophète Isaïe, l’Eglise l’a toujours appliquée au Christ, au Christ mourant en croix. Elle est une première annonce de la résurrection au moment même où nous rappelons la mort de Jésus. La liturgie de ce jour si particulier semble nous dire, avant même que nous ne lisions la Passion, que l’histoire que nous venons de revivre ne saurait s’arrêter là, au seuil de la tombe. L’annonce prophétique est une promesse que Dieu va réaliser, c’est sûr ! 
 
Mais n’allons pas trop vite à la joie de Pâques. Pour l’heure, Jésus est mort et c’est bien à cause de nous qu’il est mort. Ô bien sûr, ni vous, ni moi n’étions là, le jour où Jésus fut crucifié. Nous n’avons pas crié avec la foule, nous n’avons pas fui avec les disciples, nous n’étions ni Judas qui trahit, ni Pierre qui renie, ni Pilate qui condamne. Pourtant, c’est bien à cause de nous, à cause des hommes, ceux de son époque, ceux des temps passés et ceux des temps à venir, que Jésus est mort. Mort à cause du péché des hommes. Mort à cause de notre capacité à faire le mal. Mort à cause de nos refus de Dieu. Mort à cause de l’amour que Dieu nous porte même lorsque nous vivons loin de lui. Mort parce que Dieu ne saurait se résoudre à voir mourir l’homme. Mort parce que, pour Dieu, l’homme est fait pour vivre. Et si l’homme préfère la mort, alors Dieu va affronter cette mort pour que l’homme puisse vivre ! 
 
C’est surprenant cette capacité qu’a Dieu de s’appuyer même sur nos erreurs et nos péchés, c’est à dire sur nos refus de Dieu, pour quand même réaliser son projet d’amour. C’est comme s’il nous disait : vous ne voulez pas m’écouter ? Qu’à cela ne tienne ! Je vous enverrai des prophètes, choisis au milieu de vous, pour vous dire ma parole. Vous ne voulez pas écouter les prophètes ? Qu’à cela ne tienne ! Je viendrai personnellement, en mon Fils, pour vous parler comme un Père parle à ses enfants, comme un Frère parle aux siens. Vous le rejetez ? Qu’à cela ne tienne ! S’il doit mourir pour que vous ouvriez les yeux, je l’accompagnerai. Je mourrai avec lui sur la croix. J’irai jusqu’au bout. Mais je prendrai avec moi votre péché, je me chargerai de votre mal, celui qui vous ronge de l’intérieur et vous empêche d’être vraiment libre. Je combattrai ce mal, et je vaincrai, parce que je suis Dieu ! Je vaincrai et vous croirez ! 
 
Oui, Jésus meurt parce qu’il est le seul Juste, le seul à être totalement et parfaitement Dieu tout en étant totalement et parfaitement homme. Jésus meurt, parce que Juste, il pouvait prendre sur lui le péché des hommes, péché qu’il n’a pas commis, qu’il n’a jamais commis, sûr que Dieu, son Père, ne laisserait pas commettre une nouvelle injustice. Et si aujourd’hui, les hommes semblent avoir gagné, si aujourd’hui le mal semble avoir triomphé, il ne faut pas que les ténèbres crient victoire trop vite. En Dieu, le Vivant, la mort n’est pas la fin. En Dieu, source infinie de vie, la mort n’est pas un obstacle, ni un frein à la vie. Tant que Dieu sera Vie, tant que Dieu sera amour, la mort ne saurait triompher définitivement. 
 
Aujourd’hui, c’est le jour de victoire de la mort. Aujourd’hui, le Mal semble avoir le dessus. Qu’il savoure ce moment ! Que ceux qui croient que Dieu est définitivement hors jeu parce que son Fils est au tombeau se hâtent de faire la fête. Car demain est un autre jour. Demain sera le jour de Dieu, et nous verrons bien comment se poursuivra cette histoire.  Et nous verrons bien si la vie est perdue. Acceptons aujourd’hui de garder le silence. Acceptons aujourd’hui de descendre à la tombe.  Acceptons aujourd’hui que Dieu soit mort. Mais gardons la foi, tenons ferme dans l’espérance. Celui qui est mort est celui qui a promis d’être avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin, jusqu’à son retour. Attendons dans le silence le Maître de la Vie. Il va venir et nous vivrons. Et nous exulterons à notre tour. Oui le serviteur de Dieu réussira, il sera exalté, parce qu’en lui est la vie du monde ; en lui est notre avenir ! AMEN.


(Dessin de Mr Leiterer)