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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 16 novembre 2024

33ème dimanche ordinaire B - 17 novembre 2024

 Crainte ou espérance ?






Pour qui est un tant soit peu attentif, il est facile de repérer la fin de l’année liturgique, parce qu’elle est précédée de ces textes aux couleurs d’apocalypse : grande détresse, soleil s’obscurcissant, lune sans éclat, étoiles tombant du ciel, et j’en passe. Qu’ils viennent du Premier ou du Nouveau Testament, ils sont faits à l’identique et peuvent déclencher en nous crainte ou espérance. 

De nombreux mouvements, qu’ils soient politiques ou religieux jouent sans vergogne sur ce sentiment de crainte. La récente campagne électorale aux Etats-Unis nous a montré ce que la crainte engendre : des affirmations à l’emporte-pièce jamais vérifiées, la désignation de boucs émissaires, des mesures drastiques annoncées pour conjurer le mauvais sort (il a quand même été question de déportation !), pour finir par la victoire de l’irrationnel, du mensonge, et une société profondément divisée. Il n’est pas besoin de regarder de l’autre côté de l’Atlantique ; nous possédons les mêmes en tout, en Europe et en France. La crainte a encore de beaux jours devant elle, et ceux qui aiment jouer à se faire peur peuvent avoir la certitude de quelques belles soirées dignes d’Halloween.  

Se pose alors la question suivante : chrétiens, pouvons-nous nous contenter de regarder et de trembler ? Pouvons-nous rejoindre ceux qui crient au loup, pour ajouter encore de la peur à la peur ? Les textes bibliques entendus aujourd’hui, d’ordre apocalyptique, ne sont pas lus pour nous faire peur, mais pour ouvrir notre espérance, et nous mettre en attitude de veille.  De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Voilà que nous est rappelé que notre histoire a un sens, et que nous sommes tendus vers son accomplissement. Et le sentiment qui doit prédominer en nous, ce n’est pas la crainte, mais l’espérance. Ce jour du retour du Christ, nous l’attendons, comme les enfants attendent Noël : fébriles mais sans crainte, tout à la joie de ce qu’annonce cet événement. Le retour du Christ, quel qu’en soit le moment, marquera le jour de notre récompense, le jour du jugement de notre vie par celui qui est la source de tout amour. Avons-nous à craindre l’amour ? Bien sûr que non ! L’amour ne fait rien de mauvais ; l’amour espère tout ! Comme il l’a fait au moment de son Incarnation, il frappera à notre porte. Nos pourrons alors faire comme les aubergistes jadis, et dire qu’il n’y a pas de place ; ou nous pourrons lui ouvrir notre vie et il viendra prendre son repas avec nous. C’est ce que nous rappelle justement le Livre de l’Apocalypse au chapitre 3, 20 : Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Il n’y a rien à craindre de celui qui frappe à la porte de notre vie et qui demande à entrer. Au contraire, il y a tout à espérer. Ecoutons la suite de ce passage de l’Ecriture (Ap 3, 21) : Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon Trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son Trône. 

Dans quelques semaines, le pape François ouvrira une année jubilaire qu’il a voulu consacrer à l’espérance. Dans notre monde froid et triste, la petite lumière de l’espérance nous attend. Elle vient nous redire que le meilleur est possible et que chacun est capable du meilleur. Nous ne sommes pas faits pour les ténèbres ; nous ne sommes pas faits pour la mort ; nous ne sommes pas faits pour la désespérance. Dieu nous veut dans sa lumière, Dieu nous veut vivant, Dieu nous veut pleins d’espérance. Il envoie son Fils pour nous le redire. Sa venue est comparable à l’été qui revient. Sachons lire les signes des temps, repérer le figuier qui refleurit. Il porte en lui la vie que Dieu nous communique. Si cela n’est pas source d’espérance, je ne sais pas ce qu’il nous faut. Laissons là notre pessimisme et entrons dans l’espérance du jour de Dieu. Amen. 


samedi 12 novembre 2022

33ème dimanche ordinaire C - 13 novembre 2022

 Appel à la confiance.




Il y aura des signes dans le ciel.
Tableau d'Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham



                Nous sentons que nous approchons de la fin de l’année liturgique. Les textes se font sombres ; le jugement est annoncé. Et pourtant, il y a en même temps comme une douce musique qui nous invite à la confiance et à l’espérance. Le jour du jugement arrive, mais avec lui vient aussi le Messie, le Sauveur, celui qui a offert sa vie sur la croix pour notre salut. 

            Entendons le prophète Malachie et son annonce du jour du Seigneur. Nous comprenons, sans difficulté, qu’un tri sera (enfin) opéré entre ceux qui commettent l’impiété et ceux qui craignent le nom de Dieu, les premiers réduits à l’impuissance, les fidèles accueillant la justice de Dieu. Comprenons bien aussi la notion de crainte du nom de Dieu ; elle n’a rien avoir avec la peur maladive de Dieu, mais avec le respect qui lui est dû par amour. Ceux qui aiment Dieu n’ont rien à craindre du jugement de Dieu. C’est une certitude qui doit nous habiter et ne jamais nous quitter. 

            Entendons aussi l’enseignement de Jésus que Luc nous rapporte dans l’Evangile proclamé en ce dimanche. S’il parle de prophètes de malheur, de catastrophes à venir, de persécutions, il invite malgré tout à garder confiance. Le disciple du Christ ne se laissera pas égarer par ceux qui annoncent la fin du monde : souvenons-nous que lui-même a dit ignorer quand ce jour viendra. Seul Dieu, son Père, le sait ! Le disciple du Christ ne se laissera pas davantage effrayer par les phénomènes naturels qui pourraient survenir, pas plus que par les persécutions dont il pourrait faire l’objet à cause du nom de Jésus. Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Le nom de Jésus, à cause duquel le disciple véritable sera persécuté voire mis à mort, est plus puissant que tout ce qui peut s’abattre sur nous. Au-delà d’un réconfort donné par avance, Jésus nous invite à la persévérance. Sachons en qui nous avons mis notre confiance ! N’oublions pas le mystère de la croix qui nous vaut notre salut. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons les yeux fixés sur Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre vie. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons le cœur ancré dans sa Parole. 

Nous ne pouvons pas éviter le jugement ; il fait partie des affirmations de notre foi : il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin. Mais nous pouvons nous préparer à ce jugement par une vie conforme au projet de Dieu pour nous. C’est une vie façonnée par la foi, l’espérance et la charité. Puisque tout nous a été donné, usons-en, abusons-en, et le jugement sera pour nous la reconnaissance du bien que nous avons essayé de faire, de la foi que nous avons proclamée et de l’espérance qui nous a fait tenir bon. Chrétiens, nous savons en qui nous avons mis notre confiance ; de quoi, de qui aurions-nous peur ? Paul l’a écrit dans sa lettre aux Romains : J’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur (Rm 8, 38-39). Rien, sauf nous-même. Gardons les yeux fixés sur le Christ, les pieds solidement sur terre, et vivons, avançons à la rencontre de Celui qui vient accomplir notre espérance. Amen.

samedi 27 novembre 2021

01er dimanche de l'Avent C - 28 novembre 2021

 Faites donc de nouveaux progrès ! 




(Couronne d'Avent, image internet)




Avec l’hiver qui se fait sentir à notre porte, revient aussi le temps de l’Avent, ce temps qui nous prépare aux fêtes de Noël, à la venue du Messie Rédempteur, le Christ notre Seigneur. C’est le temps de l’attente qui nous rappelle que nous vivons dans l’espérance du retour dans la gloire du Christ Sauveur. 

            L’attente, nous mesurons tous depuis presque deux ans ce qu’elle peut avoir d’énervant. Depuis le début de la pandémie, on nous promet un monde d’après, sans cesse repoussé. Nous sommes pris, en ce moment-même, dans une cinquième vague épidémique, incapables de nous défaire de ce virus qui plombe nos vies et nos relations, qui entraine angoisse et violence à force d’attendre quelque chose qui ne semble pas vouloir venir. Ce n'est pas une attente de la sorte qui doit nous animer. L’attente du retour du Christ dans la gloire devrait être une attente joyeuse. Certes, pas plus que pour la fin de la pandémie, nous ne savons quand ce retour aura lieu. Mais ce retour marquera l’avènement d’un monde nouveau, d’où le Mal aura disparu. Et nous pouvons nous préparer à ce retour en commençant dès maintenant à lutter contre le Mal, d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il nous faut entendre le prophète Jérémie parler de ce jour comme de celui de l’accomplissement de la parole de bonheur que [le Seigneur a] adressée à la maison d’Israël. Il nous faut entendre Jésus nous dire comment nous préparer à ce jour : en restant éveillés et en priant en tout temps. A celui qui est un intime du Christ par la prière constante, rien ne peut faire peur. De celui qui est un intime du Christ, la joie sera à son comble quand ce jour viendra. 

De mon enfance, je retiens alors un double sentiment face à ce temps de l’Avent. D’abord un réel sentiment de joie, non pas enseigné par l’Eglise, mais davantage par la famille. Ce temps de l’Avent était marqué par les soirées à faire ensemble les Bredele que nous partagerions durant le temps de Noël. Cette joie est toujours mienne quand je sens l’odeur des épices de Noël dans ma cuisine en pensant déjà à ceux et celles à qui je partagerai dans quelques semaines ma production. Au-delà de la tradition locale et familiale, je ne peux concevoir vivre ce temps de l’Avent sans la joie d’avoir mis la main dans la pâte pour préparer quelques délices. Et je vis déjà dans l’anticipation de la joie du partage, de la joie que procure le visage heureux d’un ami qui goûte avec plaisir ces petits gâteaux.

 Mais je retiens aussi de ce temps de l’Avent une crainte certaine enseignée par l’Eglise, crainte qui se traduisait par la peur de n’avoir pas fait assez d’efforts pour mériter de partager la joie du retour du Christ. L’Avent, comme le Carême, devenait un temps ingrat d’efforts toujours insuffisants à faire. De quoi gâcher par avance la joie de Noël ! A tous les traumatisés de ces discours sur les efforts à faire, je voudrais relire ce que Paul a dit aux chrétiens de Thessalonique dans sa première lettre. Il ne parle pas d’effort à faire, mais de progrès à réaliser. Et cela change tout ! Ecoutons-le une nouvelle fois : après avoir formulé le vœu que le Christ lui-même affermisse [leurs] cœurs, les rendant irréprochables en sainteté, il rappelle à ses lecteurs qu’ils savent déjà comment [ils doivent] se conduire pour plaire à Dieu ; et puisque c’est ainsi [qu’ils se] conduisent déjà, il les invite à [faire] de nouveaux progrès. Il leur dit qu’ils font bien déjà, mais ils peuvent progresser encore. Il ne faut pas se relâcher. Une fois qu’on a compris que le Mal existe et qu’il faut le combattre ; une fois qu’on a commencé, par notre baptême, à prendre notre part dans cette lutte, il nous faut rester forts, vigilants. La lutte contre le Mal ne sera terminée que lorsque le Christ reviendra dans sa gloire. Poursuivre la lutte n’est pas un effort à faire qui conditionnerait le retour du Christ, ce que semblait être les efforts demandés dans mon enfance ; poursuivre la lutte contre le Mal est un art dans lequel il nous faut progresser, parce que les grands maîtres spirituels nous l’ont appris : plus nous luttons contre le Mal, plus le Mal se fait insidieux, cherchant toujours plus comment détruire notre œuvre. Ce n’est pas une question d’effort, donc de sueur ; c’est une question de persévérance et de confiance. De confiance en nous, de confiance en Christ qui se bat avec nous pour nous aider à vaincre le Mal dans notre vie.           

            Alors qu’avec les efforts demandés dans mon enfance, il me semblait qu’il fallait chaque nouvelle année liturgique tout recommencer à zéro, voici que la parole de Paul sur les progrès à faire encore, nous permet de mesurer le chemin parcouru, de constater combien le Christ, année après année, nous a aidé à vaincre nos démons et à grandir dans l’amour de Dieu. Ces progrès alimentent notre joie de préparer encore le retour du Christ et de célébrer dans la joie la mémoire de sa venue première pour notre salut. Que ce temps de l’Avent nous ouvre à cette joie ; que nous progressions dans la foi et dans l’amour, avec l’aide du Christ dont nous attendons le retour dernier. Amen.

samedi 1 juin 2019

7ème dimanche de Pâques C - 02 juin 2019

La Bonne Nouvelle de l'Apocalypse.





Avec ce septième dimanche de Pâques, nous terminons la méditation du livre de l’Apocalypse. Nous en avons entendu les derniers versets nous annoncer le retour du Christ, commencement et fin de toutes choses. Il vient récapituler l’Histoire des hommes, la mener à son achèvement. 


Si vous avez pris le temps, durant ce temps de Pâques, de lire la totalité de ce livre, vous aurez compris que cet achèvement est en fait un commencement. Le commencement de la communion retrouvée entre l’homme et Dieu, le commencement de ce que l’histoire des hommes n’aurait jamais dû cesser d’être s’il n’y avait pas eu la chute d’Adam et d’Eve, nos premiers parents ; le commencement de ce que notre propre histoire personnelle avec Dieu aurait dû être depuis notre baptême, quand Dieu nous a rachetés à grand prix, nous faisant participer à la mort et à la résurrection du Christ. Le commencement d’une vie dans laquelle l’homme et Dieu partagent une même vision, le commencement d’une vie où projet de Dieu et projet de l’homme ne font qu’un. Ce livre nous rappelle alors que notre vie a un sens, qu’elle est orientée vers ce jour où, comme jadis au jardin de la Genèse, nous verrons Dieu face à face. Notre vie est destinée à être libre de toute entrave du Mal, libre de toute entrave de la Mort. Notre vie n’est vraiment la Vie, qu’ancrée en Dieu. 


Si vous avez été attentifs à cette lecture de l’Apocalypse, vous aurez remarqué que ce retour du Christ s’accompagne d’une béatitude : Heureux ceux qui lavent leurs vêtements [dans le sang de l’Agneau, comme le rapportait la vision entendue au quatrième dimanche de Pâques] : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie. Nous pourrions dire que la boucle est bouclée, pour peu que nous nous souvenions de la parole prononcée par Dieu au moment de la chute de nos premiers parents : Voilà que l’homme est devenu l’un de nous par la connaissance du bien et du mal ! Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il ne cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement. Ce qui était interdit à l’homme lui devient possible, pour peu qu’il ait passé la grande épreuve avec le Christ, pour peu qu’il ait passé avec lui la mort. L’homme, sauvé par le Christ, est fait pour la vie, pour la vie en plénitude. Voilà l’heureuse nouvelle dont les chrétiens sont dépositaires ; voilà l’heureuse nouvelle que nous devons découvrir par l’écoute de la Parole et transmettre au monde. Dans un monde secoué, en crise, il n’est rien de plus urgent à faire découvrir pour rendre aux hommes une espérance. Dans un monde en proie à la violence, il n’est rien de plus urgent à proclamer : l’homme n’est pas fait pour la mort, il est fait pour la vie avec Dieu. Il n’y a pas d’autre issue possible si nous ne voulons pas nous abimer dans des guerres sans fin. Il s’agit bien de retrouver le goût de la grandeur de l’homme ; il s’agit bien de retrouver le goût de la fraternité que Caïn avait supprimé en tuant son frère Abel ; il s’agit de retrouver le goût de l’éternité. 


Nous pouvons comprendre alors que le livre de l’Apocalypse n’était définitivement pas donné pour nous faire peur, mais pour réveiller notre conscience de ce que nous sommes réellement : nous sommes des hommes et des femmes désirés par Dieu, pour vivre avec lui. Oui, Dieu a voulu avoir besoin de nous ; Dieu nous a voulu, en sa bonté, comme partenaires d’une alliance éternelle, pour une vie de bonheur et de sainteté. Devant la connaissance d’un tel projet, nous pouvons entendre l’Esprit et l’Epouse (autrement dit l’Eglise) dire au Christ : Viens ! Et nous pouvons entendre la nécessité pour nous de dire pareillement au Christ : Viens ! Comment, devant la promesse d’un tel bonheur, ne pas vouloir qu’il s’accomplisse ? Comment, devant la promesse d’un tel bonheur, ne pas vouloir hâter cette venue en appelant du fond du cœur : Viens !? Pour que ce désir devienne réalité en nous, il nous faut nous ouvrir à l’Esprit Saint : c’est lui qui poussera avec nous ce cri de notre désir : Viens ! 


Nous mesurons bien alors la profondeur et la réalité du désir de Dieu que nous vivions avec lui, puisque non seulement il nous a envoyé son Fils et l’a livré pour notre salut ; mais maintenant que son Fils s’en est retourné partager la gloire de son Père, il nous donne l’Esprit Saint, celui qui nous fait tout comprendre, celui qui nous permet de dire à Dieu : Abba ! Père, celui qui, avec l’Eglise, dit au Christ : Viens ! Comment exprimer mieux que notre vie vient de Dieu, qu’elle est pour Dieu, qu’elle est en Dieu ? Saint Paul l’a rappelé jadis aux chrétiens de Rome : Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Quand les hommes aiment Dieu : aimes-tu suffisamment Dieu pour désir son retour ? Que cette semaine qui nous sépare de la Pentecôte soit pour nous l’occasion de demander une présence renouvelée de l’Esprit au cœur même de notre vie, pour que nous puissions dire en vérité : Viens, Seigneur Jésus ! Viens ! Amen.

(Icône de Armia El Katcha, St Jean à Patmos)


mercredi 9 mai 2018

Ascension de notre Seigneur - 10 mai 2018

Jésus s'en va ; et nous, que devenons-nous ?






Nous laissons temporairement la lecture continue de la première lettre de Jean au bénéfice de cet extrait de la lettre de Paul aux Ephésiens que la liturgie affecte à cette fête de l’Ascension. En treize versets, Paul parle de nous, du contenu de la foi, du Christ, des dons qu’il nous a faits et de notre mission. Ce passage vaut la peine que nous nous y arrêtions un peu. 

Lorsque Paul écrit cette lettre, il est en prison à cause du Seigneur. Et son souci, ce n’est pas lui, sa vie ou son avenir. Son souci, c’est ce que vivent les chrétiens d’Ephèse. Il les exhorte à vivre selon l’enseignement du Seigneur : dans l’humilité, la douceur, la patience, l’amour, l’unité et la paix. Rien d’autre finalement que ce que Jean n’a cessé de nous répéter durant les cinq dimanches que nous avons vécu depuis Pâques. Il décline à sa manière l’art de vivre du croyant au Christ. Ce que Jean résumait dans : Aimez-vous les uns les autres, Paul le précise : l’amour des autres nous rend humbles, doux, patient ; il nous pousse à rechercher en toutes choses l’unité et à vivre en paix. Là où il y a l’amour, il ne saurait y avoir rien de Mal. Jean l’avait bien compris et l’Eglise à sa suite n’a cessé de nous le redire depuis Pâques : notre vie prend sa valeur dans l’amour. Rappelez-vous ce que nous disait Jean dimanche : celui qui aime connaît Dieu ; et qu’est-ce que connaître Dieu sinon être pleinement vivant ? 

Cet art de vivre, Paul l’appuie sur la foi. Les fidèles du Christ ne peuvent vivre que dans l’amour parce qu’ils sont appelés à ne former qu’un seul Corps vivant dans un seul Esprit. On ne partage pas le Christ, on ne sépare pas le Christ. Fidèles du Christ, nous sommes son Corps visible, nous vivons de son Esprit, cet Esprit qu’il a remis sur la croix afin que tout soit accompli. Nous ne formons qu’un corps parce qu’il n’y a qu’un seul Seigneur (le Christ), qu’une seule foi, qu’un seul baptême (qui nous unit au Christ et nous fait membre de son Corps), qu’un seul Dieu et Père de tous. Tout se tient, tout doit se tenir ou tout s’écroule. Et l’Histoire nous a montré ce que donnait la vie des hommes lorsque les chrétiens ne sont pas unis par la même charité, ni soucieux de l’unité et de la paix. Cela n’a jamais rien donné de bon. Ils se sont tous éloignés de Dieu, le revendiquant pour leur groupe contre les autres. Ne pas vivre cette unité dans la paix, c’est comme refuser l’œuvre du Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes.
 
Paul rappelle alors la grandeur de cette œuvre vécue en deux temps : il est d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre, puis il est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. C’est ce mystère que nous célébrons en ce jour. Dieu, en Jésus, s’est abaissé pour nous élever avec le Christ auprès de lui. Dieu n’a pas sauvé l’homme de l’extérieur ; il s’est fait homme pour faire monter l’homme vers Dieu. Il a rendu l’homme capable de Dieu. L’Ascension est une déclinaison du mystère de Pâques. Dans la résurrection est contenu déjà ce retour vers le Père ; c’est un même mouvement. Et nous serons appelés à vivre nous aussi ce même mouvement lorsque nous serons appelés à vivre définitivement auprès de Dieu. C’est toujours la joie de Pâques qui se prolonge dans la fête de ce jour.  
 
Que le Christ retourne vers son Père, voilà qui semble plutôt bien donc. Mais nous, dans tout cela, que devenons-nous en attendant ? La réponse est donnée par Paul : Il a fait des dons aux hommes. Il ne nous laisse ni seuls, ni désorganisés. Il a tout donné pour que se construise le Corps du Christ : Apôtres, prophètes, évangélisateurs, pasteurs, enseignants. La parole du Christ n’est pas tue depuis qu’il est retourné vers son Père. Il a envoyé ses disciples en mission pour qu’ils soient ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous sommes faits témoins de celui qui est ressuscité des morts et retourné vers son Père. Par notre art de vivre souligné au début de l’extrait de la lettre aux Ephésiens, nous devons édifier ce Corps du Christ vivant. Il ne s’agit pas seulement de l’entretenir en essayant d’en perdre le moins possible, mais de le faire grandir. Il s’agit bien que tous les hommes, de toute la terre, reconnaissent en Jésus le Messie Sauveur, le Fils unique de Dieu venu sur terre pour sauver tous les hommes. Comme le dit si bien Paul, nous devons parvenir tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Nous devons grandir dans notre foi. Nous avons notre part à prendre dans l’œuvre du Christ pour qu’il soit tout en tous. Le retour du Christ dans la gloire de son Père marque le début de notre envoi en mission. La feuille de route nous est donnée, l’horizon est indiqué.

Le Christ retourne vers son Père et nous confie la terre qu’il a recréée dans sa mort et sa résurrection. Nous nous retrouvons dans la position d’Adam jadis au jardin de la Genèse : co-créateurs avec Dieu, responsables de son œuvre, responsables les uns des autres pour qu’ensemble nous parvenions là où Dieu nous attend, là où le Christ aujourd’hui nous précède. Apprenons des erreurs d’Adam, vivons de l’exemple du Christ ! Et préparons-nous à recevoir le don déjà promis, la force de l’Esprit Saint. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 25 novembre 2017

Fête du Christ, Roi de l'univers A - 26 novembre 2017

Un dernier dimanche pour nous stimuler !






La parabole des vierges sages et des vierges insensées, la parabole du maître qui part en voyage et qui confie ses biens à ses serviteurs le temps de son absence : nous sentions bien, ces deux derniers dimanches, que notre foi avait un sens et que notre espérance n’était pas vaine : le Christ, qui s’en était retourné chez son Père au moment de l’Ascension ; le Christ, qui avait promis à ses disciples son retour ; le Christ donc reviendrait un jour. Et nous contemplerons sa gloire pour toute éternité… du moins si nous sommes appelés dans son Royaume. Car les deux paraboles citées nous faisaient bien comprendre qu’il y aurait un tri et que tous n’entreront pas dans la salle du banquet, que certains se retrouveraient dehors, dans les ténèbres, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents. L’évangile de la fête du Christ, Roi de l’univers, nous avertit une ultime fois : nous n’irons pas tous au Paradis… 
 
Sans doute aurions-nous aimé un évangile plus conciliant en cette fin d’année liturgique, un évangile plus joyeux, plus dynamique, davantage capable de mobiliser nos énergies. Eh bien, c’est exactement ce que nous avons avec cette parabole que nous devons lire en entier. Il n’est pas laissé la possibilité d’une lecture brève, qui s’arrêterait après la parole du Christ adressée à celles et ceux qui connaîtront le bonheur sans fin. Nous devons entendre, en ce dernier dimanche de l’année liturgique, ce qui adviendra quand le Christ reviendra. Ce qui adviendra, c’est un jugement auquel tous les hommes sont soumis, et pas seulement ceux qui auront cru au Christ. Toutes les nations seront rassemblées devant lui, dit Jésus à ses disciples. Le jugement concerne tous les hommes ; et parce qu’il concerne tous les hommes, il ne peut pas seulement reposer sur la connaissance du petit catéchisme ; parce que le jugement concerne tous les hommes, il ne peut pas reposer seulement sur le nombre de fonds de culotte que nous aurons usé sur les bancs d’une église durant notre vie ici-bas. Le critère du jugement sera le même pour tous ; il mettra à égalité les croyants au Christ et les non-croyants au Christ. Ce critère sera l’amour que nous aurons su vivre et partager avec tous, ou du moins avec tous ceux qui auront croisé notre vie. J’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison… Voilà les situations que le Christ glorieux mettra en avant. Elles concernent les grandes souffrances des hommes et les besoins les plus vitaux des hommes : la nourriture et la boisson pour vivre, l’accueil de l’autre différent, la protection de celui qui n’a rien, ainsi que l’attention et l’amitié envers ceux qui sont isolés du fait de la maladie ou des circonstances de la vie. Elles nous rappellent ce à quoi chaque homme a droit pour vivre dans la dignité, même s’il est temporairement écarté de la communauté des hommes. Nul ne devrait mourir de faim ou de soif, nul ne devrait mourir de froid ou brûlé par le soleil par manque de vêtement pour se protéger, nul ne devrait mourir dans la rue parce qu’étranger dans le pays où il réside, nul ne devrait mourir seul parce que malade ou en prison. L’homme a une dignité que rien ne saurait lui enlever : la dignité des fils et des filles de Dieu. Comment protégeons-nous cette dignité ? Comment la valorisons-nous pour chacun ? 
 
Dans le droit fil des évangiles des deux derniers dimanches, cette parabole nous redit que le salut, ce n’est pas automatique. Dans le droit fil de la parabole des vierges sages et des vierges insensées, cette parabole du jugement dernier nous rappelle qu’il nous faut nous préparer à ce jour. Dans le droit fil de la parabole du maître qui part en voyage après avoir distribué ses biens, cette parabole entendue aujourd’hui nous redit que l’absence de mal ne fait pas un bien, et que s’abstenir de faire le bien équivaut à faire mal. Il n’était pas méchant, le serviteur qui n’avait rien fait du bien confié et qui l’a rendu en l’état au retour du maître. Ils n’étaient pas forcément méchants ceux qui se sont retrouvés à la gauche du Christ dans la parabole du jugement dernier ; ils n’ont juste pas su voir en chaque homme un frère à aimer, un frère à aider. Ils n’ont juste pas su agir en humains responsables. Le grand péché contre l’Esprit Saint, seul péché non remis, c’est peut-être la cécité spirituelle qui nous empêche de reconnaître le Christ en chaque homme lorsque nous sommes croyants, la cécité du cœur qui nous empêche de reconnaître en chaque homme quelqu’un qui a besoin de nous si nous sommes justes humanistes. Ne t’étonne pas d’être laissé de côté au jour du jugement si toi-même tu laisses de côté ceux qui attendent un geste, un sourire, une attention. Comme nous le disait déjà les paraboles des derniers dimanches, nous sommes responsables de notre jugement, nous sommes les commanditaires de la sentence qui sera prononcée sur nous. Le Christ ne pourra pas rendre lumineuse la charité que nous n’aurons pas fait exister de notre vivant. Brebis ou bouc, c’est nous qui décidons, dès maintenant, dès ici-bas. 
 
Ce dernier dimanche de l’année ne veut pas nous abattre mais nous stimuler spirituellement ; il vient nous mettre en route, en action pour qu’à travers nous, les hommes connaissent une vie meilleure dès cette terre. Un peu d’amitié, un peu de respect, un peu de partage : il n’en faut pas plus pour que les hommes vivent ; il n’en faut pas plus pour que le salut promis nous ouvre les portes du Royaume. Nous ne pouvions finir mieux notre année qu’en nous redisant ce qui nous fera vivre éternellement : l’esprit du Christ largement partagé et vécu avec tous ! Amen.    


(Dessin de M. Leiterer)

samedi 18 novembre 2017

33ème dimanche ordinaire A - 19 novembre 2017

Faisons fructifier la confiance que Dieu nous porte !





Souvenez-vous : dimanche dernier, Jésus commençait un enseignement en parabole sur le retour du Christ dans sa gloire. La parabole des vierges prévoyantes et des vierges insensées nous invitait à nous préparer à la joie des noces de l’homme avec Dieu. Aujourd’hui, Jésus raconte la parabole des serviteurs à qui un maître confie ses biens, à chacun selon ses capacités. Nous aurions tort de l’entendre comme une parabole à contenu moralisateur. Elle ne nous parle d’abord de nous ; elle ne nous parle pas davantage des bons et des méchants ; elle nous parle d’abord de Dieu et de la confiance qu’il nous porte. C’est lui qui est au cœur de la parabole ; lui et son œuvre d’amour pour nous ; lui et sa confiance inébranlable en l’homme. Vous ne me croyez pas ? Relisons-la ensemble alors. 
 
C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. Tout commence là. La première parole sur Dieu se trouve dans cette simple phrase : Dieu confie quelque chose à l’homme. Il ne donne pas, il confie. Il fait confiance à l’homme dans la gestion de ce qu’il partage. Et il ne partage pas à moitié ; il ne confie pas la part qu’il ne peut pas emmener en voyage ; il confie ses biens, entendons tous ses biens. Quel homme, aurais-je envie de dire ! Quelle confiance ! Les hommes ont-ils jamais vu Dieu confier ainsi tous ses biens aux hommes ? Si vous relisez le livre de la Genèse, vous verrez que dès le commencement, dès la création, Dieu confie tout aux hommes. Sa confiance n’est pas d’hier, elle est de toujours et pour toujours. Et malgré le péché qui ronge le cœur de l’homme, malgré les nombreuses infidélités des hommes à la parole de Dieu, Dieu ne reprend pas sa confiance ; toujours et encore, il nous confie ses biens… et il part. Il ne se retire pas pour nous laisser seul ; il ne s’en va pas en nous abandonnant ; les biens qu’il nous confie, c’est un peu de lui qu’il nous laisse. Mais il part pour que nous puissions exercer la confiance qu’il nous fait ; il part pour que nous puissions user de ces biens. Comme il ne nous les donne pas mais nous les confie, nous pouvons bien supposer qu’un jour il faudra rendre, un jour le voyage prendra fin ; un jour, Dieu reviendra.  Mais n’allons pas trop vite ; voyons comment il distribue ses biens. 
 
A l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. J’entends déjà les esprits grincheux qui diront que Dieu ne respecte pas la sacro-sainte égalité républicaine. Je vois déjà les syndicalistes se lever et protester : le Dieu des riches, cela suffit ! Comme ils se trompent ceux qui penseraient ainsi ! Dieu ne fait pas des riches et des pauvres lorsqu’il confie ses biens ; au contraire, Dieu respecte chacun dans ce qu’il est, il respecte chacun dans ce qu’il est capable de faire. Il confie ses biens selon les capacités de chacun. Autrement dit, il ne nous demande rien d’impossible ; il nous connaît, il sait ce qu’il peut nous demander, il sait nos capacités et nos limites. Ce qu’il nous demande, il sait que nous pourrons l’accomplir. Dieu ne veut pas le malheur de l’homme, mais son bonheur. Dieu ne veut pas que l’homme échoue, mais qu’il réussisse ! Il est l’ami parfait. Sa confiance en nous est réelle ; pas de piège dans ses actes ! Il nous fait confiance au moment de son départ en connaissant bien nos capacités ; nous pourrons lui faire confiance au retour, connaissant désormais sa justice. La fin de l’histoire ne peut dès lors pas être une surprise, à moins de ne rien comprendre à Dieu. 
 
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Il fallait s’y attendre, nous l’avons déjà évoqué. Le maître n’était parti que pour un voyage. Quand il revient, c’est aux serviteurs de rendre les biens, c’est aux serviteurs de rendre le fruit de la confiance qui leur a été faite. L’histoire est bien connue : ceux qui ont reçu cinq et deux talents en rendent autant qu’il leur a été confié. Le choix du maître se révèle judicieux ; ce n’est pas tant ses talents qu’il a bien placés, mais sa confiance. Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup : entre dans la joie de ton seigneur. Quand la confiance est réciproque, les fruits sont nombreux ; ils se multiplient. Car c’est bien de confiance dont il s’agit. Voyez et surtout entendez bien le dernier serviteur : Seigneur, je savais que tu es un homme dur… j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient. Cet homme n’a eu confiance ni en son maître, ni en lui. Il a eu peur. La peur n’apporte rien de bon, elle ne fait rien fructifier si ce n’est elle-même. La peur engendre plus de peur. La peur engendre la défiance. La peur engendre la paresse. La peur engendre le mal. Ce n’est pas le maître qui juge le dernier serviteur puisqu’il s’est déjà jugé lui-même. Le maître reprend le raisonnement de ce serviteur et en applique toutes les conséquences, aussi rudes soient-elles. Personne ne peut avoir peur de Dieu, se faire de lui un portait sévère et attendre en retour sa miséricorde. Il est jugé par le maître tel qu’il se le représentait ; il ne peut pas être surpris de ce jugement. Il n’y aura pas de surprise au jour du jugement. Ecoutons encore le maître. A celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quand le Christ reviendra, il constatera ce qui a toujours été. Il constatera la confiance que nous aurons eu ou pas ; il ne l’inventera pas au dernier moment. Tu as eu confiance en moi pendant ton passage sur terre ; tu auras ma confiance pour toute éternité. Tu n’as pas eu confiance en moi durant ton passage sur terre ; tu ne pourras pas avoir ma confiance pour l’éternité.  Nous sommes donc les artisans du jugement qui sera prononcé sur nous ; nous sommes les artisans de notre sentence. 
 
Avec ces paraboles sur le royaume de Dieu, Jésus nous enseigne et nous avertit. Nous ne pourrons pas dire : ah, si j’avais su… Apprenons de Jésus qui est Dieu. Apprenons de Jésus la confiance que Dieu a placé en nous. Apprenons de Jésus à placer notre confiance en Dieu, pas pour plus tard, mais dès maintenant, dans l’ordinaire de notre vie, dans ses difficultés comme dans ses joies. Ainsi nous aussi nous entendrons le Christ nous dire au moment de son retour : Entre dans la joie de ton Seigneur. Amen.









dimanche 12 novembre 2017

32ème dimanche ordinaire A - 12 novembre 2017

Le retour du Christ dans la gloire.





Il flotte comme une odeur de fin d’année liturgique avec ce premier dimanche d’une série de trois nous parlant de la fin des temps et du retour du Christ dans sa gloire. Et avec elle, la nécessite pour nous d’approfondir notre foi en la matière. Le retour du Christ n’est pas qu’une belle idée, une revanche sur l’histoire qui a bien malmenée les chrétiens ces derniers temps. Le retour du Christ dans la gloire fait partie de notre foi, donne sens à notre espérance et du contenu à notre charité. Tout doit nous orienter vers cette évidence : le Christ va revenir, l’histoire des hommes est orientée vers sa fin, vers sa récapitulation en Jésus Christ. 
 
Pour raffermir notre foi en la matière, l’Eglise nous donne à entendre un extrait de la première lettre de Paul aux Thessaloniciens. Il rappelle à ses frères dans la foi ce qu’il en est de notre espérance. Sans doute une question lui est-elle parvenue sur ce qu’il en sera de ceux qui meurent avant le retour victorieux du Christ. La réponse de Paul est intéressante parce qu’elle développe deux points liés entre eux. D’abord il rappelle que, face à la mort, les disciples du Christ ont une espérance : il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres (ceux qui ne croient pas comme nous) qui n’ont pas d’espérance. Il y a bien deux manières de concevoir la vie. Il y a celles des autres, pour qui l’homme naît, vit et meurt. Point final. Il y aurait finalement une absurdité à vivre, puisque la vie ne mène à rien, si ce n’est la mort, et avec la mort, l’oubli. Quoi que fasse l’homme, c’est voué à disparaître. Et il y a le point de vue chrétien : une espérance traverse la vie de l’homme. Il n’y aurait donc pas de fin à la vie ; il y aurait un sens à la vie ; il y aurait des raisons de vivre, parce que l’homme ne va pas vers sa fin, mais vers son accomplissement, vers quelque chose qui le dépasse. Face à la mort, l’homme n’a plus à désespérer, il n’a plus à se laisser abattre. Cette espérance s’appuie sur la foi (c’est le deuxième point du développement de Paul) : Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis (comprenons bien ceux qui sont morts), Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui… ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. La mort et la résurrection de Jésus n’ont pas été à son seul bénéfice ; Jésus est mort et ressuscité pour nous, pour que nous ayons la vie, pour que nous vivions, par lui et avec lui, en Dieu, pour toujours. Voilà le sens de notre vie ! Voilà qui donne force à notre espérance : nous n’espérons pas en vain. Ce que nous croyons de Jésus, nous le croyons aussi de nous.
 
Nous pouvons alors comprendre mieux l’évangile. Ce retour du Christ se fera en son temps, un temps qui n’est pas déterminé, un temps qui, en attendant, laisse du temps à l’homme. L’époux tarde à venir ! Mais le fait que l’époux tarde ne signifie pas qu’il ne viendra plus. Il nous faut donc enter dans une veille permanente et active. Il nous faut sans cesse creuser notre foi en ce retour et creuser notre désir de le voir arrivé. Si nous cessons d’y croire, nous sommes comme ces cinq insouciantes qui n’avaient pas imaginé que l’époux tarderait à venir à sa propre noce. Si nous gardons au cœur le désir de Dieu, le désir de le voir, le désir de vivre un jour avec lui, nous sommes comme ces cinq prévoyantes qui savent que tout ne se déroule pas toujours selon nos plans et qu’il nous faut être toujours prêts. De vrais scouts en somme ! Toujours parés à l’imprévu, l’abordant toujours avec foi et espérance. L’appel du Christ est sans ambiguïté : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure. Mais ce n’est pas parce que nous ne savons rien à ce sujet, que cela n’arrivera pas. L’homme ne peut pas tout savoir ; il ne peut pas tout prévoir. Il y a, dans sa vie, une part non négligeable de foi nécessaire, pour qu’il ne désespère ni de lui, ni des autres, ni de Dieu. Il a cette chance inestimable de pouvoir toujours changer d’options, de pouvoir toujours se convertir pour avoir part à la joie du royaume. Car le Christ nous le dit : son retour sera marqué par un jour de noces, un jour de joie. C’est cela la fin de notre vie ici-bas : non pas l’oubli, mais une joie sans fin de pouvoir vivre en présence de Dieu, source de vie, source de bonheur, source d’éternité. 
 
Voilà l’enseignement de ce premier dimanche consacré à la fin des temps et au retour du Christ. C’est plutôt encourageant ; cela donne envie, dès maintenant, de hâter la venue de ce temps, par une vie conforme à l’Evangile du Christ, faite d’attention à soi, aux autres et à Dieu. Ce ne doit pas être pour nous une corvée, mais une anticipation de cette joie que nous connaîtrons alors. Dans l’attente de cette grande joie, soyons déjà joyeux d’être croyants ; soyons joyeux d’avoir été appelés à la vie pour faire connaître et partager, dès ici-bas, cette vie et ce bonheur à venir. Amen.

 (Dessin de M. Leiterer)

 

 

mercredi 24 mai 2017

Ascension - 25 mai 2017

Une fête pour nous remettre en route !





Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette simple question traduit toute la dramaturgie de cette fête si particulière de l’Ascension. Elle souligne le désarroi qui doit être celui des Apôtres devant ce départ pourtant annoncé du Christ ! Ce n’est pas comme au moment de sa mort, mais quand même, cette séparation marque la fin d’une époque. Désormais, ils n’auront plus Jésus, présent sous leurs yeux. Désormais, ils devront apprendre à lire sa présence au cœur même de leur action et de leur vie.
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette question sonne aussi un peu comme un reproche. Les disciples n’ont-ils donc pas entendu Jésus dire qu’il reviendrait ? N’ont-ils rien d’autre à faire que de rester là ? Le retour promis n’est pas pour tout de suite : on le comprend assez rapidement. Mais attendre le Christ, ce n’est pas justement attendre là, qu’il se passe quelque chose. Attendre le retour du Christ, c’est vivre de l’Evangile, témoigner du Ressuscité, grandir en sainteté. C’est tout, sauf rester passif. Je me demande si, à travers cette question, les anges n’essaient pas de faire comprendre que la foi est action, vie, témoignage. La présence de Jésus les avait peut-être habituée à regarder Jésus faire, à écouter Jésus parler de Dieu et de son Royaume. Son absence va les pousser à prendre la relève. Il a fait d’eux ses disciples pour qu’ils poursuivent son œuvre, et qu’ils aillent sur les routes des hommes pour porter la Bonne Nouvelle du salut, ce salut qu’ils ont pu expérimenter dans la mort/résurrection de Jésus. Ils n’ont plus à avoir peur : Christ s’est montré plus fort que la mort même ! Ils n’ont plus à craindre les hommes : en Jésus, ils ont déjà leur part à la victoire. Ils n’ont plus à être effrayés de ne pas trouver les mots : Jésus leur promet, au moment-même de son départ, le don de l’Esprit Saint, cet Esprit qui les poussera à sortir et à s’adresser à tous les peuples. 
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette question, nous pouvons aujourd’hui l’adresser à de nombreux chrétiens qui semblent s’être arrêté dans leur chemin de foi. Ils sont nombreux, ceux qui ont oublié qu’ils avaient à témoigner de l’espérance qui les fait vivre, et du Christ qui appelle sans cesse à plus de vie. D’ailleurs, n’en sommes-nous pas quelquefois ? Ne sommes-nous pas de ces disciples qui se sont arrêtés sur le bord du chemin lorsque nous refusons d’avancer sur les nouveaux chemins que l’Eglise nous propose, parce que « nous n’avons jamais fait comme ça » ? Ne sommes-nous pas de ces disciples qui s’arrêtent sur le bord du chemin lorsque nous refusons de faire un bout de route pour retrouver les autres frères de la communauté chrétienne qui se réunissent dans le village d’à côté ? Ne sommes-nous pas de ces disciples arrêtés au bord de la route lorsque nous refusons de prendre notre part à l’animation de la communauté locale ? Ne sommes-nous pas de ces disciples arrêtés au bord du chemin lorsque nous n’approfondissons plus notre foi par des lectures, des conférences, des échanges ? Ne sommes-nous de ces disciples arrêtés au bord du chemin lorsque nous posons des choix politiques en contradiction avec l’Evangile ? 
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette interpellation a remis les Apôtres en route, même si elle ne les a pas complètement libérés. Il faudra encore l’Esprit de Pentecôte pour que tombent les dernières barrières, les dernières craintes. Appelons-donc cet Esprit au cœur même de notre communauté : qu’il vienne nous bousculer, nous secouer et nous remettre en route, dans l’attente joyeuse et active de Celui qui vient et ne cesse de venir pour nous vie. Amen.

samedi 14 novembre 2015

33ème dimanche ordinaire B - 15 novembre 2015

Notre histoire a un sens !





Les événements dramatiques qui se sont déroulés à Paris en cette fin de semaine nous interrogent, et interrogent notre foi. Quand autant de vies peuvent être balayées d’un seul coup, quand la folie meurtrière frappe, nous sommes désemparés. Nous sommes brutalement mis en face de notre finitude et de notre fragilité. Que reste-t-il de nos idéaux après ces actes inqualifiables ? Que reste-t-il de notre désir de vivre en paix avec tous quand la guerre est là, dans nos rues ? Que reste-t-il de notre volonté de respecter et d’aimer tout homme quand quelques hommes, soit disant au nom de leur foi, nous méprisent autant et méprisent notre vie ? Quel sens cela a-t-il ? 
 
Puisque le monde ne semble plus faire sens, écoutons ce que l’Eglise nous dit aujourd’hui à travers les textes bibliques proposés pour ce dimanche. Que ce soit par le prophète Daniel ou l’évangéliste Marc, l’Eglise vient nous redire que notre histoire a un sens, une direction. Le monde ne court pas à sa perte. Il y a un horizon indiqué par le projet de Dieu pour tous les hommes : cet horizon, c’est le retour du Christ, dans sa gloire. Ce n’est pas une utopie, ce n’est pas une belle histoire : c’est notre réalité. Croyants, nous sommes tout entier tendus vers ce terme de l’histoire. Et ce retour du Christ marquera l’avènement d’un monde nouveau débarrassé de toute trace du Mal. En ces temps troublés qui sont les nôtres, cela me redonne un peu de foi en l’homme, un peu d’espoir en un avenir toujours possible. Je ne sais pas quand ce retour aura lieu, mais je l’attends, je l’espère ; il me donne le courage d’affronter les jours difficiles ; il me donne le courage de dépasser nos limites et nos faiblesses. Il est un motif pour refuser toute forme de violence et croire toujours et encore en l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, même et surtout quand cela est difficile à discerner. 
 
L’homme que je suis a peur de ce que l’avenir nous réserve quand je revoie les images de cette violence inouïe qui a frappé notre pays. Le prêtre que je suis espère malgré tout encore, car je sais que le Mal ne peut pas avoir le dernier mot. Je sais que notre histoire est une histoire sainte, avec un sens (même si celui-ci m’échappe !). Je sais que la violence ne peut et ne doit pas être le dernier mot de l’histoire des hommes. C’est pour cela que je m’efforce de la faire sortir de ma propre vie ; c’est pour cela que je ne crierai pas vengeance, mais justice. 
 
Le Christ a donné sa vie pour chacun de nous. Il a subi la violence inouïe de la mort injuste pour faire de nous des justes et nous offrir ainsi le salut. Dieu n’a pas proposé la violence comme solution à nos problèmes, mais il a subi la violence en solution de toutes nos turpitudes. Il a pris sur lui notre violence et nous a offert son amour en retour. Que cet amour chasse de nos cœurs la peur et la violence et nous retrouverons la paix. Amen.

samedi 22 novembre 2014

Christ, Roi de l'univers - 23 novembre 2014

Le frère et le service comme sacrement du Christ.




Il y a un risque certain avec ces paraboles que nous connaissons sur le bout des doigts, et ce risque est celui de passer à côté d’un détail, parce que nous n’écoutons que d’une oreille distraite un texte dont nous pensons tout savoir. C’est particulièrement vrai avec cette parabole du jugement dernier rapporté dans l’évangile de Matthieu.  C’est la dernière parabole de Jésus avant que ne commencent les événements de la Passion. Elle termine tout un ensemble de paraboles sur le Royaume et le jugement à venir. En ce sens, elle devient comme le résumé de ce long discours de Jésus, comme ce qu’il faut en retenir absolument. 
 
L’histoire, en elle-même, ne pose pas de problème de compréhension. Jésus, présenté comme le Fils de l’Homme, vient pour prononcer le jugement sur toutes les nations. Il effectue pour cela une séparation qui est loin d’être arbitraire : d’un côté, les brebis, les bénis du Père, ceux qui ont vécu selon l’esprit de l’Evangile ; de l’autre, les chèvres, les maudits, ceux qui n’auront vécu que pour eux. 
 
Saint Matthieu note la surprise des deux camps à l’énoncé du jugement ; surprise identique de surcroît : quand, Seigneur, t’avons-nous vu ? Et c’est là que les choses se compliquent. Si la parabole s’adresse uniquement à des croyants, il est difficile de comprendre comment certains peuvent être ainsi surpris, puisqu’ils avaient en main, à travers l’Evangile et le témoignage des communautés, tout ce qu’il fallait pour bien se préparer à ce jour, pour reconnaître ce qu'ils avaient à faire durant leur vie pour échapper à la sévérité du jugement. Le croyant aurait reconnu de suite le Christ et n’aurait pas manifesté de surprise. De plus, comment comprendre que des croyants au Christ puissent n’être pas sauvés ? Il n’y aurait donc pas d’automaticité en matière de salut ? Le simple fait d’être baptisé ne procurerait donc pas automatiquement le salut ? 
 
C’est là que les petits détails ont leur importance. Certes, cette parabole, Jésus l’adresse à ses disciples ; mais dans la parabole, il ne parle pas que de ses disciples. Il parle bien de toutes les nations. On peut donc en conclure que cette parabole s’adresse à tous, quelle que soit leur origine, leur foi ou leur non foi d’ailleurs. Et si la parabole s’adresse bien à toutes les nations, nous avons alors une nouvelle clé de lecture. Tous les peuples de la terre sont rassemblés devant le Christ, qu’ils aient pu connaître ou non, sa parole de vie. Et tous les hommes, quelles que soient leurs opinions religieuses, sont jugés sur le même critère : non pas sur ce qu’ils auront dit ou pas de Dieu, de Jésus et de l'Esprit Saint, mais sur ce qu’ils auront vécu, concrètement, au jour le jour : l’attention et le partage envers les plus pauvres. Sans le savoir, nous dit cette parabole, les hommes, qu’ils aient connu ou non le Christ, mais qui ont passé leur vie à se mettre au service des autres, ont en fait servi le premier de tous, le Christ lui-même, présent au cœur de la vie de tout un chacun. Le frère et le partage deviennent les sacrements du Christ, les signes de sa présence dans le monde, les signes de sa présence en tout homme. Ce n’est peut-être pas pour rien que l’Eucharistie est le sacrement qui fait l’Eglise puisque elle est le lieu où Dieu se donne, où Dieu se partage dans la Parole et le Pain rompu, nous invitant à faire de même avec chacun de ceux que nous croisons. Il n’y a de vie de foi que partagée et donnée ; il n’y a de vie véritablement humaine que partagée et donnée. 
 
Croyants, nous sommes donc concernés par cette parabole, faisant partie nous aussi de cette multitude qui attend son jugement. Notre seule appartenance à l’Eglise de Jésus Christ ne suffit pas. Certes, c’est la foi en Jésus, mort et ressuscité, qui nous sauve ; mais, autant Paul que Jacques nous rappellent, à la suite du Christ Jésus, que notre foi nous engage et nous donne une responsabilité envers nos frères. Le baptême ne nous dispense pas de vivre notre foi au quotidien, bien au contraire. Reconnaître le Christ, Roi de l’univers, c’est reconnaître que tout pouvoir sur terre est d’abord service, puisque lui, le premier, a ouvert ce chemin, puisque lui nous a assuré de sa présence au cœur du monde, au cœur de notre vie. Le service du frère ne peut donc en aucun cas être optionnel. Il est une conséquence de la foi que nous proclamons. Dire sa foi, c’est bien sûr la proclamer dans les symboles de foi ; mais c’est aussi et surtout la proclamer par notre vie conforme à l’esprit des mots que nous proclamons. 
 
Que cette Eucharistie, partagée entre tous, nous rappelle toujours que dans le Royaume annoncé par Jésus, le plus grand est celui qui se met au service de ses frères, dès maintenant, dès ici-bas, pour la gloire de Dieu et le salut de tous. AMEN.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 14 novembre 2014

33ème dimanche ordinaire A - 16 novembre 2014

Dans l'attente du retour du Christ, risquons !




Ta mort, Seigneur, nous la rappelons. Amen. Ta sainte résurrection, nous la proclamons. Amen. Ton retour dans la gloire, nous l’attendons. Amen. J’aurais pu vous chanter n’importe quelle anamnèse bien écrite, vous auriez entendu ces trois termes : la mort de Jésus et sa résurrection comme cœur de notre foi, et l’attente de son retour comme cœur de notre espérance. En un chant bref, après le récit de l’institution eucharistique, l’assemblée des croyants proclame ce qui est essentiel pour comprendre notre foi. Jésus a donné sa vie pour nous, Dieu l’a ressuscité et nous attendons qu’il revienne comme il l’a promis. De ces trois termes, l’un a rapidement posé problème quant à sa réalisation : celui du retour du Christ.
 
Il faut se mettre dans la peau des premiers chrétiens. Jésus avait dit à ses disciples, au soir de sa mort : Je pars vous préparer une place. Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Cette promesse, beaucoup en attendaient la réalisation immédiate. Bon, on voulait bien attendre un peu, mais pas trop. Et quand Jésus tarde, quand certains de ses témoins viennent à mourir, la question du retour de Jésus se fait plus urgente : quand Seigneur ? Mais poser la question en termes de date, c’est faire fausse route. C’est ce qu’affirme Paul : Frères, au sujet de la venue du Seigneur, il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délais ou de dates. Vous savez très bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Ce n’est pas la date qui importe. Qu’il revienne dans dix jours ou dans cent ans, là n’est pas l’important. Ce qui compte, c’est notre attitude, notre capacité à être prêt au bon moment. Pour reprendre Paul encore, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.
 
Être vigilant, c’est se tenir toujours prêt, pour ne pas se laisser surprendre. Etre vigilant, c’est travailler en vue de ce retour du Seigneur, comme la maîtresse de maison dont parle le livre des proverbes. L’éloge qui en est fait vient rappeler le but que se fixe cette femme : le bonheur et le bien-être de sa maisonnée, chaque jour ! Ainsi devrait-il en être du croyant qui attend son Sauveur : chaque jour, il devrait veiller au bonheur et au bien-être de ceux qu’il rencontre afin que tous soient prêts à accueillir le Seigneur le moment venu. Avec Jésus, il s’agit d’être au bon endroit, au bon moment. 
 
La parabole que raconte Jésus ne dit pas autre chose. Elle peut nous sembler choquante tant elle fait l’éloge de ceux qui ont réussi financièrement. Mais ce n’est pas tant ce détail qui doit retenir notre attention que l’attitude du Maître et de chacun de ces serviteurs. Le Maître part en voyage et confie ses biens en gestion à ses serviteurs, à chacun selon ses capacités. Petite remarque importante, car le Maître connaît le cœur de ses gens ; il sait ce qu’il peut leur confier et combien il peut donner à chacun ; il sait ce qu’il peut attendre de chacun. C’est un homme profondément juste, attaché à ses serviteurs, respectueux de ce qu’ils sont et de ce qu’ils peuvent. Il ne leur tend pas un piège, il ne se moque pas d’eux ; au contraire, il veut leur faire confiance en mettant entre leurs mains ses propres biens. Ce qu’il confie, ce n’est pas rien : un talent équivaut à 26 kg d’or ou d’argent ! Une vraie fortune ! Oui, c’est bien du respect et une immense confiance qu’il leur manifeste ainsi. 
 
Le maître parti, deux serviteurs s’en vont aussitôt faire valoir ce qu’ils avaient reçu. Nous ne savons pas ce qu’ils font, mais nous apprendrons plus tard qu’ils ont doublé leur capital. Sans doute ont-ils risqué gros ! De telles sommes ne se gagnent pas du jour au lendemain, et surtout pas sans risque : ce n’est pas le placement pépère de la banque du coin ! Le troisième serviteur a une réaction différente : il va creuser la terre et y cacher l’argent de son maître. Il a bien conscience de ce que représente une telle somme, et ne veut sans doute pas se faire voler. 
 
Le Maître, à son retour, demande des comptes : il avait confié un bien à chaque serviteur : l’heure est venue de le restituer. Les deux premiers rendent le dépôt avec le surplus gagné et sont accueillis par le maître avec joie. Ils ont su risquer ; ils sont  récompensés, de la même manière : ils partageront la joie du Maître. Le troisième serviteur rend simplement ce qui lui avait été confié et se trouve condamné. Cela peut  nous paraître surprenant, le Maître n’ayant jamais posé de condition au moment du dépôt. Jamais il n’a dit qu’il fallait en rendre plus. Alors pourquoi cette sévérité ? Parce que l’homme a été paresseux et peureux : il n’a pas osé, par peur de son maître. Non seulement, il se fait une idée fausse de celui-ci (c’est un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé, qui ramasse le grain là où il ne l’a pas répandu), mais en plus, ce qu’il fait est illogique, puisqu’il ne va même pas placer l’argent de son maître à la banque. Il n’a même pas un sou de bon sens. Il s’est en fait jugé lui-même par sa façon de réagir. 
 
Cette parabole est donc un avertissement. Comme il en va de ses serviteurs, ainsi en sera-t-il de chacun de nous : une vie nous est donnée ; des talents nous sont confiés. Viendra le jour où il faudra rendre des comptes. Qu’as-tu fait de ta vie ? Qu’as-tu fais de ce que Dieu t’a confié ? As-tu utilisé ces talents pour le bonheur et le bien-être de tes frères ? As-tu eu peur et t’es-tu caché ? Dieu ne nous demande pas de réussir à tous les coups mais de savoir risquer : risquer une parole de paix là où les hommes s’opposent ; risquer des gestes d’amitié là où la guerre l’emporte ; risquer de croire là où la méfiance prolifère ; risquer d’aimer là où grandit la haine ; risquer de vivre là où la mort veut avoir le dernier mot. Risquer, et croire que Dieu est avec nous et qu’il récompensera notre audace. Risquer, et entraîner les autres à faire de même pour faire grandir ce monde de justice et de paix auquel nous aspirons. Risquer de vivre et ne pas se contenter d’une vie tranquille, au coin du feu, où l’on ne dérange personne et où personne ne nous dérange. La foi nous pousse à prendre des risques… au risque de nous perdre si nous refusons de vivre. On ne peut pas être croyant et attendre simplement et sagement que le temps passe, et que vienne enfin ce jour de Dieu. C’est à chacun de faire ce qu’il peut afin de hâter la venue du jour de Dieu par des actes conformes à la volonté du Père. Nous n’échapperons pas à la nécessité de vivre en conformité avec notre foi ; nous n’échapperons pas à l’urgence de développer un art de vivre en accord avec notre foi. Il ne peut pas y avoir la vie ordinaire du lundi au samedi, et la vie de foi réservée au dimanche. Le croyant au Christ est un être unifié tout au long des jours, ou il n’est pas. A tout le moins doit-il essayer d’unifier sa vie. 
 
J’aime bien finalement cet Evangile parce qu’il m’oblige à me mettre en mouvement ; il m’oblige à bouger pour la cause de Jésus et la cause des hommes. Grâce à cet Evangile, je ne peux plus considérer ma vie de foi comme quelque chose de mou, comme une vie passée à attendre que le temps s’écoule et que Jésus enfin vienne. A chacun donc de s’observer, de découvrir le talent que Dieu lui a confié et de se mettre en devoir de le faire fructifier. Il est temps de chasser la peur de notre vie ; il est temps de prendre des risques. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

mercredi 28 mai 2014

Ascension A - 29 mai 2014

Un jour pour entrer dans une espérance !



Cela devait bien arriver ; c’était dans la logique de Pâques et pourtant, ce jour a un je-ne-sais-quoi de paradoxal. Jésus s’en va, nous ne le verrons plus comme les disciples l’ont vu ; c’est désormais une certitude. Nous pouvons légitimement en ressentir quelque tristesse. Mais en même temps, comment ne pas nous réjouir de ce départ, puisqu’il marque le retour vers le Père de ce Fils qui a accompli en tout sa parole et son dessein d’amour ? Avec ce retour, c’est notre chemin vers Dieu qui s’ouvre. Ce jour de l’Ascension nous est donné pour que nous entrions dans une espérance. Une triple espérance même. 
 
Première espérance : le Christ ne nous abandonne pas ! Il s’en va vers son Père, mais il reste avec nous : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. C’est bien la promesse qu’il fait à ses disciples dans l’évangile de cette fête. Il part, mais il est en chacun de nous. Ce Dieu qui s’est incarné reste présent au cœur de ces amis qu’il envoie faire des disciples : baptisez-les, apprenez-leur à garder mes commandements. Dans la prolongation de son œuvre de salut par les disciples, c’est bien Jésus qui continuera d’être à l’œuvre. C’est bien sa parole qui doit être enseignée, ses commandements qui doivent être gardés. Rien n’est fini de l’histoire de Jésus : tout commence, au contraire ! Et avec quelle puissance ! Jésus n’est plus seul à enseigner, Jésus n’est plus seul à parcourir les routes humaines pour inviter à la conversion : ces disciples vont prendre le relais, portant chacun en lui la présence du Ressuscité. Avec cet envoi en mission, c’est le Christ qui est démultiplié, c’est son œuvre qui se répand plus vite, plus loin. Tous les hommes pourront avoir accès à sa Parole, tant que les disciples resteront fidèles à la mission reçue au moment même où Jésus s’en va vers son Père ! 
 
Deuxième espérance : Jésus non seulement ne nous abandonne pas, mais en plus il nous envoie quelqu’un, à sa place : l’Esprit Saint ! C’est lui qui donnera aux disciples, à travers le temps et l’espace, la force d’accomplir en tout la mission reçue de Jésus : vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Ce don de l’Esprit Saint est un cadeau de Dieu à accueillir. Selon l’enseignement de Jésus lui-même, cet Esprit nous enseignera tout, nous permettra de mieux comprendre la vie et l’œuvre de Jésus ; il nous donnera la force de témoigner et sera notre Défenseur dans les épreuves. Nous pouvons nous appuyer sur cet Esprit  pour grandir dans la foi, affermir notre espérance et rendre active notre charité. Cette promesse  n’est pas vaine ; elle n’est pas une simple consolation au moment du départ. Elle est la garantie de la présence de Jésus au milieu de nous en tout temps et pour tous les temps. 
 
Troisième espérance : Jésus non seulement ne nous abandonne pas et nous donne son Esprit, mais il nous assure en plus de son retour. Il l’avait déjà dit à ses Apôtres avant sa mort : Je pars vous préparer une place et je reviendrai vous prendre avec moi. Cette promesse est faite à nouveau par ces hommes en blanc qui apparaissent aux disciples après le départ de Jésus : Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. C’est sans doute la plus grande espérance que nous avons à vivre. Elle tend notre foi vers l’accomplissement des temps, vers ce jour où Dieu sera tout en tous. Elle nous maintient en éveil permanent dans la foi : qui voudrait s’endormir au risque de rater ce retour promis et attendu ? Elle rend active notre charité puisque servir le frère, c’est servir le Christ et le rendre ainsi présent un peu plus à notre monde. 
 
Heureux sommes-nous de vivre ce jour ! Heureux sommes-nous d’entrer dans cette espérance que le Christ reviendra. Il ne nous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais il nous appartient de vivre cette espérance, de la transmettre autour de nous, avec la force de l'Esprit Saint, afin que le monde lui-même prépare et hâte ce retour. C’est quand l’humanité sera prête à le reconnaître qu’il reviendra dans sa gloire. Puisse toute notre vie être tendue vers ce jour béni. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)