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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 26 août 2023

21ème dimanche ordinaire A - 27 juillet 2023

 De curiosité en curiosité, une approche de la Bonne Nouvelle.






            C’est un évangile curieux à plus d’un titre qui nous est proposé en ce dimanche. Curieux, le fait que Jésus s’interroge sur ce que les gens disent, donc pensent, de lui ; jusqu’à présent, il s’est peu soucié de ce détail. Curieuse la réponse faite par Pierre. Curieux le fait que ce soit lui qui soit choisi pour être le « primus inter pares » (le premier parmi ses pairs). Curieuse encore la mission que lui confie Jésus. Toutes ses curiosités sont aujourd’hui, pour nous, Bonne Nouvelle. 

            Jésus interroge donc ses disciples : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? La formulation est curieuse puisqu’il parle de lui : il aurait pu demander simplement ce que les gens disent de lui ; après tout, il sera beaucoup plus direct quand il posera la question directement à ses disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? A la première question de Jésus, les disciples répondent en fonction de ce qu’ils entendent ; et ce qu’ils entendent, ce sont les rapprochements faits par les gens entre cette figure du Fils de l’homme que le Premier Testament connaît déjà et quelques-uns de ses grands personnages. Un peu comme on fait à la naissance d’un nouvel enfant : on cherche à qui il ressemble, de qui il a les yeux, la bouche, le nez… Le Fils de l’homme, au dire des gens, peut être Jean le Baptiste dont il prolonge le ministère ; il peut être Elie, le prophète qui n’est pas mort et dont on attendait le retour ; il peut être Jérémie, le prophète qui a toujours dû annoncer aux gens le contraire de ce qu’ils voulaient entendre. Il peut être aussi n’importe lequel des autres prophètes, tant sa parole est à la fois unique et bien marquée du sceau de Dieu. Nous comprenons bien que les gens ont du Fils de l’homme une représentation qui le situe clairement du côté de Dieu et de ses grands envoyés. Aujourd’hui, beaucoup de gens voient en Jésus un grand personnage, un grand sage, qui invite les hommes à une vie autre, plus élevée que celle que propose le monde. 

            Je ne sais pas si c’est parce que ces représentations des gens ne conviennent pas à Jésus qu’il poursuit son investigation auprès de ses disciples : Pour vous, qui suis-je ? Mais la question est intéressante : vous qui me suivez de près, voyez-vous la même chose que les gens ? Dites-vous pareil ? La réponse de Pierre jaillit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Je donnerais cher pour voir la tête des autres disciples ; et peut-être aussi la sienne lorsqu’il réalise ce qu’il vient de dire ! Jésus ne s’y trompe pas, lui qui reprend tout de suite : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autrement dit, pour passer du Jésus de l’histoire que Pierre et les autres côtoient au Christ de la foi, il n’y a pas la réflexion humaine, mais une révélation de Dieu lui-même. Nul ne passe de Jésus, grand sage de l’histoire des hommes à Jésus le Christ, sans que Dieu le Père ne permette ce rapprochement. La foi n’est pas une déduction humaine ; elle est une expérience spirituelle, le résultat de la rencontre entre l’homme et Dieu. Et c’est toute la beauté de la foi : il n’y a pas besoin d’être un génie intellectuel pour reconnaître le Christ ; il suffit d’être ouvert à la grâce de Dieu qui veut se révéler à tout homme. Pas besoin d’avoir fait de grandes écoles pour rencontrer Dieu ; la simplicité d’un cœur d’enfant y suffit. 

            Nous pouvons alors interroger la fin de l’évangile de ce dimanche. Si ce n’est pas son intelligence qui lui a soufflé de dire cela, pourquoi est-ce Pierre que Jésus choisit ? Car enfin, Pierre est quand même un peu du genre « grande gueule », rapide à parler, lent à réfléchir, et vite rattraper par la peur ; il suffit de se souvenir de l’attitude de Pierre quand Jésus les rejoint dans la barque en marchant sur l’eau : nous l’avons entendu dire que si Jésus le fait, il peut le faire aussi avant de manquer de se noyer quand la peur des eaux tumultueuses l’a repris et de crier vers Jésus : sauve-moi !  Et bien, c’est peut-être justement pour cela que Jésus l’a choisi : parce que quoi qu’il fasse, et surtout après ses moments de faiblesses, il sait revenir vers Jésus. Avec Pierre, nous avons la certitude qu’il ne construira pas son Eglise, mais bien l’Eglise du Christ. C’est d’ailleurs ce que dit Jésus très clairement : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Tu es Pierre, c'est-à-dire tu es qui tu es, comme tu es, comme je t’ai appelé ; et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, sur toi sur qui les autres peuvent s’appuyer, je vais m’appuyer aussi pour faire mon Eglise. Il est choisi parce qu’il connaît ses faiblesses et que Jésus reste celui dont il sait qu’il est son Sauveur vers qui il revient toujours. Et c’est bien parce qu’il sait crier vers Jésus quand tout va mal pour lui, qu’il reçoit le pouvoir de lier et délier, c'est-à-dire de lier en nous ce qui nous éloigne de Dieu pour nous en débarrasser, nous en délier, puisque c’est ce pour quoi Jésus a donné sa vie. Le premier des Apôtres est associé à la mission de salut de Jésus : aider les hommes à identifier le mal qui les ronge pour les en défaire et leur indiquer la voie du Salut. C’est une Bonne Nouvelle pour nous tous, parce que nous est dit clairement que l’Eglise n’est pas là pour nous condamner, mais pour nous aider à identifier le mal, et à suivre le Christ qui nous libère de tout mal. L’Eglise nous aide à identifier le mal non pour nous enfermer dedans mais pour nous en délier, nous en libérer par la puissance du Christ vivant. 

            De curiosité en curiosité, nous sommes arrivés à cette Bonne Nouvelle du Salut à dire et à redire aux gens de notre temps. Nous laisserons la dernière curiosité – le silence imposé à ses disciples sur son identité réelle – pour dimanche prochain ; nous pourrons la comprendre mieux en entendant la suite de l’évangile de Matthieu. A chaque dimanche sa Bonne Nouvelle ; c’est plus facile à assimiler ainsi, petit à petit, pour permettre à notre intelligence de comprendre ce que notre cœur a saisi : Dieu nous aime et nous sauve en Jésus. Amen.


samedi 19 août 2023

20ème dimanche ordinaire A - 20 août 2023

 Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.


(Souche de Jessé, Icône) 

 

 

            Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble. Ce verset du psaume 66, mesurons-nous bien ce qu’il a de « révolutionnaire » ? Ecris à une époque où les peuples divers avaient tous leurs dieux propres, distincts de ceux des voisins, voici un psaume qui ose risquer une affirmation de l’universalité du Dieu d’Israël, le Dieu d’un peuple particulier. Pourtant, quelques siècles plus tard, lorsque Jésus croise la route d’une Cananéenne qui vient lui demander de l’aide pour sa fille, on ne peut pas vraiment dire que ce risque soit assumé : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Cela sonne durement à nos oreilles. Quelqu’un, fût-il Jésus, peut-il ainsi « nationaliser » Dieu et dire que les autres ne le concernent pas ? 

            Des siècles plus tard encore, la question se posera dans l’autre sens, quand les chrétiens seront devenus majoritaires. Le Dieu d’Israël, dont les chrétiens disent qu’il a envoyé son Fils unique Jésus dans le monde pour le sauver, peut-il désormais se détourner de ce peuple qu’il avait choisi jadis, au motif que quelques-uns ont entraîné la condamnation et la mort de ce Fils de Dieu ? Quelqu’un peut-il dire : puisque vous avez tué le Fils de Dieu, on vous le prend, on le christianise et il vous rejette ? Peut-on annexer le Dieu d’un autre sous prétexte que ce quelqu’un n’a pas compris ou pas reconnu Dieu à l’œuvre dans le monde ? Dieu ne serait-il qu’un jouet dans les mains des hommes, qui se le refilent ou se l’attribuent au gré des circonstances de leur histoire ? Ce serait faire peu de cas des hommes ; ce serait surtout faire peu de cas de Dieu lui-même. 

            Peut-être la réponse est-elle dans la bouche de Paul quand il affirme dans sa lettre aux Romains : Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. Pour mémoire, et selon mon dictionnaire, le repentir c’est l’acte de reconnaitre que j’ai fait quelque chose de mal, que je le regrette et que je vais réparer autant que possible. Paul nous dit donc clairement que Dieu n’a rien fait de mal, ni n’a à regretter le fait d’avoir appelé le peuple d’Israël à être son peuple particulier. Et l’émergence du groupe des disciples du Christ, n’est pas la réparation d’une disqualification du peuple juif. Dieu ne regrette pas d’avoir choisi un peuple particulier pour être lumière des nations. Et nous devons toujours tenir ce peuple en haute estime pour la mission qui est la sienne. Le Nouveau Testament ne remplace pas le Premier Testament ; l’Eglise ne chasse pas la Synagogue. Par notre manière d’être avec les autres, ne soyons pas les premiers à faire regretter à Dieu notre existence ! 

            Cette affirmation de Paul : Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, s’applique bien au peuple juif. Non seulement, Dieu ne regrette pas son choix, mais dit Paul, sa miséricorde s’étendra à eux aussi, quand Dieu fera de tous les peuples un seul peuple. Ils ne sont pas moins croyants que nous parce qu’ils n’ont pas reconnu le Christ. Paul affirme même que Dieu a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde.  Ainsi aucun peuple ne pourra se dire supérieur à un autre, parce que chacun aura bénéficié de la même miséricorde de Dieu. 

            Ceci doit nous réconforter lorsque nous constatons que nous ne correspondons pas toujours à ce que Dieu attend de nous. Pécheurs nous le sommes tous ; cela ne signifie pas que Dieu nous rejette ! Nous avons tous des moments où notre foi est faible et des moments où notre foi est forte. Cela ne signifie pas que nous sommes moins bons ou meilleurs que les autres. Cela ne signifie surtout pas que Dieu nous aime plus ou moins, selon que notre foi soit forte ou faible. Cela signifie juste que nous avons plus fortement ou moins fortement besoin de sa miséricorde. Nous avons besoin que Dieu soit miséricordieux lorsque nous sommes forts dans la foi ; nous avons besoin que Dieu soit plus miséricordieux quand nous sommes faibles dans la foi. Nous avons besoin de la miséricorde de Dieu, tout simplement. Et lorsque Dieu l’accorde, il ne le regrette pas. Comme il ne regrette pas de nous avoir intégrés à son peuple, nous qui autrefois refusions de croire. Comme il ne regrette pas de nous avoir intégrés à son Eglise, quand nous ne vivons pas exactement l’Evangile de Jésus Christ. 

            Puisque les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance de sa part, ils ne devraient pas être un objet de jalousie ou d’opposition de notre part. Réjouissons-nous de ce que Dieu parle aux hommes, à tout homme. Réjouissons-nous de ceux qui le suivent avec nous. Réjouissons-nous de ceux qui le suivent sur un autre chemin que nous. Si nous croyons bien que Dieu parle aux hommes de manières variées, pourquoi croirions-nous qu’il n’y a qu’un chemin, le nôtre tant qu’à faire, pour le suivre ? Ce qui compte, ce n’est pas comment je marche à la suite du Christ ; ce qui compte, c’est que, pour que je puisse marcher à sa suite, Dieu m’aie fait miséricorde. Ce qui compte c’est que toujours encore les dons gratuits de Dieu et son appel soient sans repentance, et que je ne donne pas à Dieu de motif de regretter de m’avoir appelé. Ce qui compte finalement, c’est que ses dons gratuits et son appel nous conduisent tous au Royaume où il nous attend pour faire de nous un seul peuple, le peuple de ceux qui auront répondu à son appel et goûté avec profit à ses dons gratuits. Amen.

lundi 14 août 2023

Assomption - 15 août 2023

 Le Magnificat : hymne de la confiance que Marie met en Dieu.




 (Source : 15 août : Fête de l’Assomption (catholique.fr)

 

 



            Puisque nous ne sommes qu’au deuxième jour après dimanche, faisons le pari que nous avons encore en tête l’apostrophe de Jésus à ses disciples lorsque, le voyant marcher sur l’eau, ils eurent peur. Il leur disait alors (laisser aux gens le temps de répondre…) : Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! Confiance : c’est bien à cela que Jésus nous invite tous ; et la fête de l’Assomption vient justement mettre sous nos yeux le résultat de cette confiance : une vie pour toute éternité avec Dieu. Marie est bien celle qui a fait confiance, de manière absolue, et qui est appelée aujourd’hui à partager la gloire de son Fils, mort et ressuscité. 

            La plus belle expression de cette confiance réside, me semble-t-il, dans le Magnificat, le chant de Marie, lors de sa visite à sa cousine Elisabeth, que l’évangile de cette solennité nous a donnés de réentendre. Après avoir exprimée toute sa joie profonde (Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !), elle égrène les motifs de sa confiance : Il s’est penché sur son humble servante, le Puissant fit pour moi des merveilles ; sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Les premiers motifs de la confiance que nous devons avoir vis-à-vis de Dieu, c’est cette certitude qu’il intervient pour nous, qu’il ne nous laisse jamais seul. Son amour pour nous est si grand qu’il s’exprime en miséricorde, en capacité infinie à nous pardonner. Ceux qui ont confiance en Dieu savent que leur péché n’est que peu de chose face à l’immensité de l’amour miséricordieux du Père. 

Mais Marie ne s’arrête pas là : dans l’expression de sa confiance en Dieu, elle invite ceux qui jouent aux puissants à la conversion en les avertissant (il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, renvoie les riches les mains vides). Il nous faut entendre ces paroles comme un avertissement et non comme un jugement déjà prononcé, parce que la miséricorde s’étendra à eux aussi s’ils reviennent de cette conduite ; sa miséricorde est pour nous lorsque nous abandonnons des manières de vivre qui blessent la fraternité universelle que Dieu veut nous voir vivre. En même temps, Marie chante comment Dieu intervient pour les petits : il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il relève Israël son serviteur. Ceux dont l’art de vivre correspond au projet de Dieu, mais aussi ceux qui n’ont rien, Dieu ne les oublie pas ; il sait les récompenser, pas plus tard, mais dès maintenant. Tout le chant de Marie est au présent ! Dès le moment où, par Marie, il choisit d’entrer dans le monde, ce renversement s’effectue. L’homme blessé est sauvé, l’homme tombé est relevé ; l’homme suffisant, autocentré, est averti : s’il ne change pas, il sera défait. 

            Si l’Eglise a choisi de reprendre cette page d’Evangile au moment même où elle célèbre l’entrée dans la gloire de Marie, c’est peut-être bien pour nous redire le sens ultime de notre vie. Nous sommes faits pour la vie avec Dieu dès ici-bas et pour la vie en Dieu par-delà notre mort. Mais ce destin ne s’accomplit qu’au prix d’une conversion et d’une fraternité véritable. Marie entre dans la gloire de Dieu parce qu’elle a fait confiance, en toute chose, au projet inimaginable de Dieu pour tous les hommes ; en Jésus, il n’offrirait pas seulement son salut à son peuple, mais à tous les hommes. Marie entre dans la gloire de Dieu parce que, la première, elle a été véritablement disciple de celui qu’elle allait offrir au monde. Sans l’avoir encore vu, sans l’avoir encore entendu, elle a cru que l’enfant qui grandissait en son sein serait le Sauveur du monde, et dans le Magnificat, elle exprime déjà ce que sera le message de ce Fils à naître. Sa disponibilité à Dieu lui a fait entrevoir toute la richesse de la Bonne Nouvelle que son Fils annoncera. Elle ne l’a pas rêvée ; elle y a cru et elle nous l’a dit.  Dans sa prière, Marie nous donne toutes les raisons qu’elle a de croire en Dieu et de se mettre à son service. Tout ce qu’elle exprime, elle le tire de l’expérience de foi du peuple auquel elle appartient. 

Alors puisque chaque fête liturgique n’est pas seulement le souvenir d’un événement fondateur, mais une invitation à approfondir notre foi et à la vivre toujours mieux, il nous revient aujourd’hui de croire Marie quand elle exprime sa foi dans cette belle prière. A nous de suivre, comme Marie, ce chemin de confiance ; à nous maintenant de dire aux autres, au nom du Christ venu parmi nous, sa Bonne Nouvelle du Salut. A nous de vivre cette Bonne Nouvelle avec celles et ceux que Dieu met sur notre route. A nous maintenant, en prenant exemple sur Marie, de faire de notre vie, un chant de louange à la gloire de Dieu qui nous a donné Jésus. Aujourd’hui nous chantons avec Marie son cantique de louange, son cantique de confiance. Mais quelle parole contiendrait notre propre Magnificat ? Que dirions-nous aux autres de ce que Dieu fait pour nous ? N’ayons pas peur de composer notre propre Magnificat, forts de notre expérience de foi. Je n’ai nul doute que Marie chantera avec nous l’hymne de notre vie, l’hymne de notre confiance en Dieu lorsqu’il nous fera partager la gloire de son Royaume. Amen.

samedi 12 août 2023

19ème dimanche ordinaire A - 13 août 2023

 Confiance ! c'est moi ; n'ayez plus peur !


 

 

 



          Toutes les crises que nous pouvons connaître ont un point commun : le manque de confiance ! Après le rapport de la CIASE, la plupart des journaux soulignait le déficit de confiance en l’Eglise et en sa capacité de se réformer. Les crises politiques et économiques sont souvent le résultat d’un manque de confiance dans l’avenir ; les indices ne sont pas bons, on ne voit pas comment en sortir, et en politique comme en économie, tout déraille. Et je ne parle pas du manque de confiance dans la police dans certains quartiers voire dans certains milieux sociaux ! La confiance est difficile à gagner et très facile à perdre. 

          Jésus n’échappe pas à ce phénomène, nous le voyons dans l’évangile de ce dimanche. Il vient de nourrir la foule au désert, il renvoie tout le monde, y compris ses disciples, pour prendre le temps d’un cœur à cœur avec son Père, dans la prière. Comme ses disciples avaient pris la barque pour le précéder sur l’autre rive à sa demande, il se trouve là, seul. Comme il doit les rejoindre, on aurait pu imaginer qu’il prendrait une autre barque, au petit matin, lorsque les pêcheurs sortiraient pour leur travail. Mais non, pourquoi faire aussi simple ? Matthieu note sobrement dans son évangile : Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. Il écrit cela comme une évidence, comme si cela était quelque chose qui se faisait couramment ! Pas besoin d’être dans la barque avec les disciples pour être, comme eux, bouleversés. N’oublions pas que la barque était battue par les vagues, car le vent était contraire. Dans ces conditions, prendre Jésus pour un fantôme, c’est encore bien gentil. Beaucoup n’hésitent pas à dire aujourd’hui que c’est une fable, une belle histoire à dormir debout, quand ils ne tournent pas tout bonnement le signe donné par Jésus en dérision : moi aussi je pourrais le faire pour peu qu’on me dise où sont les gros cailloux ! La bonne blague ! Pourtant, l’invitation à la confiance que Jésus adresse à ses disciples, et à nous aujourd’hui, montre bien que ce n’est pas une belle histoire, que le signe a bien eu lieu et qu’il nous dit beaucoup de Jésus et de nous. 

          Il nous dit de Jésus qu’il est plus fort que le mal qu’il écrase de son talon. N’oublions pas que, dans la bible, la mer est le lieu où réside les forces du mal, celles qu’on ne contrôle pas. Ce signe de Jésus, outre le fait qu’il n’est pas banal, n’est pas davantage innocent. En appelant ses disciples à la confiance en lui qui peut tout, il les appelle à reconnaître en lui celui qui est plus fort que le mal. Il le montrera de manière plus éclatante encore dans sa mort et sa résurrection, lorsque sa victoire sur le mal sera totale. Le signe posé aujourd’hui est un avant-goût de cette victoire. Si les disciples n’ont pas confiance en Jésus après ce petit signe, comment auront-ils confiance en lui lorsqu’il leur apparaîtra, ressuscité ! Pierre, qui a toujours de bonnes idées, se dit qu’il peut en faire autant, si Jésus le lui demande : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Ce que Jésus ne manque pas de faire : Viens ! Et il marche, du moins tant qu’il ne remarque pas la force du vent, tant qu’il ne se laisse pas envahir par le mal qui se déchaine. C’est quand il prend peur qu’il commence à enfoncer. 

          Et c’est là que l’évangile dit des choses de nous, les disciples du Seigneur. Il nous dit que tant que nous regardons Jésus, tant que nous l’écoutons, nous pouvons tout, nous pouvons faire reculer le mal. Mais lorsque nous prenons peur devant le mal, le mal gagne, et nous enfonçons, parce que nous avons perdu de vue Jésus et sa puissance. Observez ce que dit Matthieu quand Jésus gagne la barque avec Pierre tout détrempé : Quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Quand Jésus est là, le mal disparaît. Se pose alors pour nous la seule question qui vaille : avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour croire qu’il est avec nous toujours ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour croire que la barque de l’Eglise comme la barque de notre vie n’est jamais vide de sa présence et qu’elles peuvent, chacune, affronter les vagues de la vie ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour ne jamais avoir peur lors des crises que nous pouvons traverser ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus ? Si, avec les disciples, nous reconnaissons qu’il est le Fils de Dieu, qu’avons-nous à craindre ? 

          La confiance repose toujours sur une expérience. Je sais que je peux avoir confiance en quelqu’un parce qu’il me l’a démontré. Jésus nous l’a montré quand il s’est livré pour notre salut. Que pourrait-il faire de plus pour gagner notre confiance ? Que devrait-il faire de plus ? Puisque Jésus a tout donné en se donnant lui-même, peut-être la balle de la confiance est-elle maintenant vraiment dans notre camp ? Saurons-nous la saisir et croire qu’avec Jésus, tout nous est possible ? Saurons-nous la saisir et croire qu’avec Jésus, nous pouvons faire taire le mal dans notre vie et autour de nous ? Puisque Jésus a tout donné en se donnant, c’est à nous maintenant de ne plus avoir peur ; c’est à nous de faire confiance, absolument. Celui qui vit en Jésus et qui laisse Jésus vivre en lui, ne connaît plus la peur parce qu’il participe déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. Faisons-lui confiance et nous en ferons l’expérience chaque jour. Faisons-lui confiance et toute notre vie sera transformée, transfigurée. Amen.