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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 19 février 2022

7ème dimanche ordinaire C - 20 février 2022

 Un art de vivre conforme à l'amour de Dieu.



(David prend la lance et la gourde de Saül endormi, Gravure XVIIIème siècle, 
Source internet : artbiblique-hautetfort.com)


            Comment vais-je dire les choses ? Reconnaissons-le : il y a des évangiles plus sexy que celui que nous d’entendre ! Nous avons là un catalogue de choses à faire qui ne donne pas très envie. Qui a envie de faire du bien à ceux qui le haïssent ? Qui a envie de souhaiter du bien à ceux qui le maudissent ? Qui a envie de présenter l’autre joue à celui qui le frappe sur une joue ? Qui a envie de laisser sa tunique à celui qui lui prend déjà son manteau ? Qui ne réclame pas son bien à celui qui le lui a pris ? Ce que demande Jésus, c’est tout le contraire de ce que nous ferions de prime abord. Peut-on seulement encore l’écouter ? 

            Faisons un pas de côté et regardons cette autre histoire qui nous est racontée ce matin, cette tranche de vie du futur roi David. Nous sommes à un moment de son histoire où il a déjà été choisi par Dieu pour succéder à Saül, mais ce dernier est non seulement toujours vivant, mais en guerre ouverte contre le jeune David. Il cherche, une fois de plus, à tuer David dont il est jaloux. Il se passe cette chose étrange. David sait que Saül veut le tuer ; ce n’est pas la première fois qu’il cherche à l’éliminer. Or voilà que le traqueur, Saül, se trouve endormi au milieu de ses hommes, tous aussi endormis que lui. Abishaï, le compagnon de David, comprend : Aujourd’hui, Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup. Sans doute Dieu est-il favorable à David qu’il a choisi pour succéder à Saül ; le fait que celui-ci soit endormi avec l’élite d’Israël, est un signe de Dieu ; l’écrivain biblique ne le dément pas, lui qui précise un peu plus loin : Le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux. Pour Abishaï, la solution est simple : l’ennemi est là, endormi : tuons-le ! C’est facile, efficace ; c’est la volonté de Dieu. Mais David dit à Abishaï : ‘Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l’onction du Seigneur ?’ Et David renonce à tuer celui qui pourtant cherche à faire de même pour lui. Il va même plus loin, puisqu’il en fait un acte théologique : le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité. Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur. Pour David, ce n’est pas aussi simple que cela. Peut-être voit-il là une épreuve pour lui, pour vérifier sa fidélité à Dieu. Saül a été choisi par Dieu pour être le premier roi. David a été choisi par Dieu pour lui succéder, certes. Mais ce n’est pas à lui d’accélérer la marche de l’histoire. David sera fidèle à Dieu ; il sera roi au moment fixé par Dieu ; il ne commettra pas ce meurtre et ne permettra pas qu’il soit commis. Saül est toujours le messie du Seigneur. 

            Ce pas de côté nous permet alors de revenir à l’évangile de ce dimanche, parce que les situations qu’il évoque sont de même nature que l’histoire de David. Ce que Jésus nous demande de vivre, c’est ce que David avait compris devant Saül endormi : cet homme, son ennemi, est l’instrument de Dieu, il a été choisi par lui. Qui est-il, David, pour faire revenir Dieu sur son choix en supprimant celui qui cherche à le tuer ? Vaudrait-il mieux que Saül s’il se laissait aller à pareille extrémité ? Faites du bien à ceux qui vous haïssent, dira Jésus, des siècles plus tard, lui qui est de la descendance de David ! Et nous pouvons comprendre mieux alors les paroles de Jésus grâce à David, son ancêtre. Ce que Jésus nous demande, c’est un autre style de vie que celui de ceux qui nous veulent ou nous font du mal. Il ne s’agit pas de se faire avoir ou de se laisser maltraiter : il s’agit de montrer plus d’amour que ceux qui nous haïssent ; il s’agit de vivre d’amour véritable plutôt que de vivre comme eux de la haine. Il s’agit de faire triompher l’amour vrai, celui qui endure tout, supporte tout et ne fait rien de mal. Il s’agit de passer des belles phrases sur l’amour à un amour vécu, au quotidien, même quand ce quotidien peut sembler infernal, c'est-à-dire cerné par les forces du Mal. Et si le début de l’évangile de ce dimanche peut sembler difficile à entendre et à vivre, reconnaissons que Jésus n’a pas tort quand il dit qu’il n’y a pas de mérite à aimer ceux qui nous aiment déjà ; même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Jésus n’a pas tort non plus quand il dit qu’il n’y a rien d’extraordinaire à faire du bien à ceux qui nous en font ; même les pécheurs en font autant. Jésus n’a pas davantage tort quand il affirme qu’il n’y a pas d’exploit à prêter à ceux dont on espère recevoir en retour ; même les pécheurs prêtent aux pécheurs. Des gens bons, aimants, ça existe en-dehors des croyants, heureusement ! Si donc le croyant doit se démarquer par son art de vivre, il doit faire plus, il doit faire mieux que la
norme communément admise. Il aimera de l’amour même de Dieu qui est bon pour les ingrats et les méchants. Jésus le résume admirablement dans ce verset : Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Autrement dit, que votre art de vivre soit une Parole de Dieu ; que votre art de vivre reflète l’art de vivre de Dieu lui-même puisque vous vous dites fils du Très-Haut

            Voilà que cette page d’évangile prend une saveur nouvelle, en nous rappelant que notre baptême nous oblige à une vie conforme dans nos relations aux autres. Devenus fils et filles de Dieu, nous ne pouvons pas vivre autrement que Dieu, notre Père. Son amour offert doit devenir notre amour vécu pour celles et ceux qui croisent notre route. Puisse le Pain de l’Eucharistie nous donner la force de vivre de cette Parole de Dieu aujourd’hui entendue. Amen.

samedi 19 décembre 2020

4ème dimanche de l'Avent B - 20 décembre 2020

 Notre Dieu est Dieu-avec-nous.



(Tableau d'Arcabas, l'Annonciation, Source internet)


               S’il est une conviction qui ne doit jamais nous quitter, pas seulement en temps de crise comme c’est le cas actuellement, mais en tout temps, c’est cette conviction rappelée par l’ange Gabriel à Marie dans sa salutation : Le Seigneur est avec toi. Le Dieu qui se révèle dans la Bible, de sa première à sa dernière page, est Dieu-avec-nous. C’est pour cela que l’histoire que nous vivons est une histoire sainte, car marquée par la présence de Dieu à nos côtés, toujours. 

            Cette conviction est l’expérience fondatrice de notre foi. Elle est à la fondation même de l’humanité. Dieu crée l’homme pour être avec lui. Nous le voyons dès la Genèse, lorsque le Seigneur fait le tour de son jardin et n’y trouve plus l’homme, celui-ci s’étant caché de lui après avoir découvert qu’il était nu. La question de Dieu, adressée à chacun de nous, résonne encore à nos oreilles : Homme, où es-tu ? Comprenons dans cette question toute la surprise de Dieu, son étonnement, (sa déception ?) devant l’absence de l’homme qu’il est venu visiter. Le Dieu-avec-nous se retrouve seul, dans ce jardin planté pour l’homme. Depuis ce jour, il n’est pas un homme, une femme, un enfant de la Bible, qui n’ait pas fait cette expérience de Dieu-avec-nous. 

            David, le grand roi, l’a fait dans sa vie depuis que Dieu est allé le prendre pour en faire un roi pour Israël, le peuple que Dieu s’est choisi. Il a connu cette présence de Dieu alors même que Saül était encore roi et cherchait à lui nuire. Il est devenu ce grand roi grâce à la présence de Dieu dans sa vie. C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé… le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Même quand David ne sera plus de ce monde, Dieu sera toujours Dieu-avec-lui et continuera d’agir pour lui : Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Cette présence de Dieu au cœur de la vie de l’homme n’est pas la présence d’un instant, c’est une présence pour toute éternité. 

            En ce sens, la finale de la salutation adressée par l’ange à Marie n’a donc rien d’exceptionnelle. Elle pourrait nous être adressée à tous puisque Dieu est avec nous depuis le jour où il nous appelé à la vie. Ce qui est particulier à Marie, c’est le nom que l’ange lui adresse : Comblée-de-grâce. Non seulement Marie peut avoir la certitude, comme tout un chacun, que Dieu est avec elle, mais en plus elle est la Comblée-de-grâce. En elle, la présence de Dieu-avec-nous atteint des sommets parce que le cœur de Marie est tout entier en Dieu. En fait, l’annonce de l’ange est possible, non parce qu’il a été envoyé par Dieu pour la faire, mais parce que là, devant lui, se tient l’humanité-avec-Dieu. Dans cette scène de l’Annonciation, Dieu-avec-nous se lie avec l’humanité-avec-Dieu. La naissance de l’Enfant-Dieu peut être annoncée parce que chacune des parties concernées (Dieu et l’humanité) sont l’un avec l’autre. Le « Oui » de Marie vaut pour elle bien sûr, mais il vaut aussi pour toute l’humanité qui, reconnaissant que Dieu est Dieu-avec-nous, choisit à son tour d’être humanité-avec-Dieu.

            Notre Dieu est Dieu-avec-nous. La liturgie nous le rappelle quatre fois au cours de l’Eucharistie qui nous rassemble, avec cette salutation adressée par le prêtre à l’assemblée : le Seigneur soit avec vous. Elle n’est rien d’autre que cette affirmation de la présence du Seigneur à l’assemblée des fidèles. Elle redit aussi que nous ne nous rassemblons pas en vain, mais bien pour être en présence du Ressuscité qui nous livre sa Parole et son Pain, et pour vivre de Lui et avec Lui jusqu’à notre prochain rassemblement. C’est un prêtre qui vous adresse cette salutation, sous forme de souhait, pour vous rappeler que c’est le Christ qui vous rassemble, vous enseigne, vous nourrit et vous renvoie chez vous. Et votre réponse, sous forme de souhait également (Et avec votre esprit) renvoie au prêtre cette même certitude dont il doit vivre aussi et qui le met en attitude de service : que le Seigneur soit avec le souffle qu’il t’a donné et qui fait de toi un prêtre pour l’accomplissement de ton service. A chacun est rappelé l’unique essentiel : le Christ, que l’assemblée est venue entendre et recevoir, et que le prêtre doit veiller à servir au mieux dans le peuple qui lui est confié. 

            Le Seigneur est avec toi. Comme Marie, accueillons cette salutation. Comme Marie, soyons attentifs à ce que Dieu attend de nous. Comme Marie, sachons répondre et dire notre désir d’être humanité-avec-Dieu. Alors tout peut advenir selon la parole du Seigneur. Amen.

vendredi 22 décembre 2017

04ème dimanche de l'Avent B - 24 décembre 2017

Voici la servante du Seigneur.




Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole. Il nous faut bien mesurer la radicalité et le courage contenus dans cette affirmation de Marie, la jeune promise en mariage à Joseph, quand l’ange vient lui annoncer qu’elle a été choisie pour être la mère du Fils du Très-Haut. Elle est à mille lieux de ce que nous croyons habituellement de nos rapports avec Dieu. Elle laisse la première place à Dieu ; elle oublie les projets qu’elle aurait elle-même pu porter ; elle met de côté ses projets d’avenir pour entrer dans le projet d’avenir de Dieu. Marie est à mille lieux de nos manières de faire ou de penser.

           Reconnaissons-le : alors que nous voyons Marie centrée sur Dieu et sa volonté, nous voulons centrer Dieu sur nous et nos petits efforts en sa faveur ; nous voulons faire quelque chose pour lui. Vous comprenez, il a tellement besoin de notre reconnaissance, Dieu, qu’il faut bien que nous nous retroussions les manches pour lui. Combien de catéchèses marquées de cet esprit ? Combien d’efforts déployés pour montrer aux autres que nous, on fait ! On n’attend pas que cela nous tombe tout cuit de la table de Dieu ! Observer Marie quand elle est visitée par l’ange du Seigneur nous conduit à envisager les choses autrement. Nous ne pouvons plus vraiment croire que nous pouvons faire quelque chose pour Dieu. Nous sommes plutôt invités à croire que Dieu fait quelque chose pour nous. D’ailleurs, la toute première chose qu’il fait pour nous, c’est de venir à notre rencontre. Et la liturgie de ce dernier dimanche d’Avent nous a fait entendre des textes qui nous disent Dieu à l’œuvre en notre monde. Regardez ce qui se passe pour le roi David. 

             L’extrait du second livre de Samuel nous présente ce passage de sa vie où David réalise qu’il était bien installé, qu’il avait tout, mais que Dieu n’avait pour lui qu’une tente. Il décide donc de lui construire un temple. Mais Dieu lui-même vient lui rappeler que ce n’est pas ainsi que cela se passe. C’est Dieu qui a fait alliance avec David, c’est lui qui le maintient sur le trône, c’est lui encore qui y maintiendra sa descendance : la maison, ce n’est pas David qui la construit pour Dieu, c’est Dieu qui la construit pour son peuple. Entrer dans l’Alliance de Dieu, c’est accepter qu’il soit notre guide, qu’il soit notre Roi. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils, dit Dieu. David doit accepter cette paternité de Dieu pour qu’il puisse être accompagné par lui tout au long de sa vie. Nous aussi devons nous situer en fils face à ce Dieu qui vient à notre rencontre. A nous d’apprendre de Dieu le juste comportement, le juste positionnement. 

            Le psalmiste illustre alors une manière d’être fils. Il est celui qui chante toujours l’amour de Dieu pour son peuple. C’est sa part, son œuvre. Ton amour, sans fin, Seigneur, je le chante. L’œuvre de Dieu, c’est de manifester cet amour par les merveilles qu’il accomplit pour l’homme. Sans fin, je lui garderai mon amour, mon alliance lui sera fidèle. Dieu s’est engagé une fois pour toute envers l’homme. Il n’y a pas à en douter. Il agit envers nous comme un père qui veut voir son enfant réussir. 

           Cette présence mystérieuse de Dieu auprès de son peuple semble souvent cachée. Qui peut dire qu’il a vu Dieu de près ? Qui peut dire, dans les difficultés de la vie, son assurance de la présence de Dieu ? Paul reconnaît que cette présence était longtemps cachée. Mais en Jésus, mort et ressuscité pour nous, le voile s’est levé. C’est bien Dieu qui marchait aux côtés des hommes en Jésus. C’est bien Dieu qui continue à nous accompagner et à se révéler aux hommes par l’annonce de la Bonne Nouvelle. 

            Il nous faut devenir comme Marie, accueillant l’annonce de l’Ange. Il nous faut cette simplicité et cette ouverture à l’appel de Dieu. Il nous faut cette pureté du cœur qui permet de répondre OUI au projet d’amour de Dieu pour chacun de nous. Il nous faut cette vie sous la conduite de l’Esprit pour reconnaître Dieu présent et agissant en chacun de nous, Dieu à l’œuvre en cet âge, comme il l’a été jadis et le sera toujours. Rien n’est impossible à Dieu, proclame l’ange à Marie. Il faut simplement des hommes et des femmes prêts à répondre et à s’engager à la suite de Dieu. Le comment cela va-t-il se faire ? est sans importance : ce qui compte, c’est la confiance accordée au Dieu de l’Alliance.

            Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole. Y a-t-il plus belle prière que celle-ci pour achever le temps de l’Avent ? Y a-t-il plus belle manière d’accueillir celui que Dieu envoie dans le monde manifester aux hommes sa tendresse, son amour et sa présence ? Faisons nôtre les mots de cette prière pour que Dieu puisse réaliser en nous, et avec nous, la transformation de notre monde. Ainsi hâterons-nous la venue définitive du royaume que nous espérons et attendons dans la foi. Ainsi Dieu réalisera-t-il définitivement son Alliance : être tout en tous et pour tous. AMEN.

 (Tableau de Botticelli, L'Annonciation).