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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 3 mai 2025

3ème dimanche de Pâques C - 4 mai 2025

Pâques, l'expérience d'un amour qui s'ajuste à moi.






Il a osé, il ne recule devant rien ! En publiant sur son propre réseau social, puis sur celui de la présidence américaine, cette photo où on le voit habillé comme un pape, cet homme prouve à tous ce que l’on supposait déjà : il ne respecte rien, ni personne ; tout ce qui compte, c’est qu’il puisse se mettre en avant et provoquer. Tout le contraire de ce qu’il aimerait incarner. Il l’avait dit la veille à un journaliste qui l’interrogeait : « J’aimerai être pape. Ce serait mon choix numéro un ». Sa mine sévère sur la photo le place à mille lieux de ce que les hommes sont appelés à découvrir de Dieu à travers celui qu’Il donnera comme pasteur à son Eglise. Il n’y a ni amour, ni tendresse, juste de l’arrogance et de la soif de pouvoir. Tout ce que nous ne devons ni imiter, ni désirer. Heureusement pour nous, c’est Dieu qui choisira le prochain pape. 

Il a osé, il ne recule désormais devant rien ! C’est ce que nous pouvons dire en voyant la certitude de Pierre lorsqu’il répond au grand prêtre : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Il sait maintenant, par expérience, qu’il y a plus à attendre et à espérer de la part de Dieu que des hommes, fussent-ils ceux qui le servent et qui prétendent agir en son nom. Il est loin le temps où Pierre affirmait ne pas connaître celui qui alors passait en jugement avant d’être exécuté sur le bois de la croix. Il a fait l’expérience de l’amour et de la tendresse infinie de Dieu envers lui ; il affirme avec audace que le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus… c’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Avec les Apôtres, il est tout joyeux d’avoir été jugé digne de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Il a accepté ce que disait Jésus : le disciple n’est pas au-dessus de son maître, et que le chemin que Jésus a emprunté pour nous sauver est chemin de vie pour les hommes qui croient en lui. Rien ne peut faire peur a celui qui se sait déjà sauvé et toujours aimé. 

Il a osé, il ne recule devant rien, Jésus, lorsqu’il parle avec Pierre sur le bord de la mer de Tibériade. Après s’être fait reconnaître par ses disciples et avoir partagé avec eux un repas, il prend à part celui qui avait renié, et par trois fois l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? La première fois en demandant s’il l’aime vraiment, plus que ceux-ci, c'est-à-dire plus que les autres ! La deuxième fois en lui demandant s’il aime vraiment. La dernière fois s’il l’aime, tout simplement, sans rien ajouter de plus. La langue française rend très mal la profondeur de ce dialogue qui joue sur différents verbes grecs qui parlent d’amour. Le texte original nous montre l’audace de Jésus et ce qu’il fait pour nous. En effet, dans sa première question, Jésus demande à Pierre : m’aimes-tu d’amour agapè, autrement dit, de charité, de cet amour qui va jusqu’au don ultime, de cet amour dont Jésus a fait montre sur la croix. Et Pierre répond : je t’aime d’amour philia, c'est-à-dire : je t’aime d’amitié. Ce n’est pas la même chose. D’où sans doute la deuxième question : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? toujours en parlant de l’amour agapè, histoire de vérifier que Pierre a bien compris la question. Et Pierre de répondre encore qu’il aime Jésus comme un ami. Et l’on entend Jésus qui ne se décourage pas et qui n’abandonne pas. La troisième fois, Jésus l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? en utilisant le verbe qui dit l’amour philia, l’amour d’amitié. Et Pierre, bien que peiné, lui répond : Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime, en utilisant toujours l’amour d’amitié. Comprenez-vous ce que Jésus a fait pour Pierre, et qu’il fait pour chacun de nous ? Il l’interroge d’abord en lui demandant la plus haute forme d’amour, parce que c’est ainsi qu’il aime Pierre, c’est ainsi qu’il nous aime. Et devant l’impossibilité répétée de Pierre, soit de comprendre la question, soit de répondre par le même amour, Jésus abaisse ses prétentions, Jésus se met à portée de Pierre : puisque ce dernier semble bloqué sur le registre de l’amour d’amitié, Jésus va là où est Pierre. Il ne lui reproche pas ce qu’il ne peut pas donner pour l’instant. Il prend ce que Pierre peut lui donner ; il prend l’amour que nous pouvons lui donner, et tant pis si cet amour n’est pas parfait. 

Il a osé, il ne recule devant rien pour nous dire son amour. Et si nous avons du mal à comprendre combien nous sommes aimés de Dieu, et si nous avons du mal à comprendre la croix comme signe de l’amour de Jésus pour nous, Jésus s’abaisse encore. Il nous dit l’idéal à atteindre à travers ses premières questions ; mais il nous offre, avec sa dernière interrogation, une porte de sortie à notre mesure pour que nous ne reculions jamais devant la nécessité d’aimer. En fait, il nous dit qu’il n’est pas nécessaire d’aimer tout de suite d’un amour absolu pour commencer à aimer Dieu, pour commencer à aimer les frères qu’il met sur notre route. Ce qui compte, c’est justement que nous commencions à aimer, même si ce n’est que d’amitié. L’amour s’exerce, l’amour grandit : quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture ; une manière peut-être de nous dire que nous apprendrons, avec l’âge, à faire confiance, à nous laisser faire, à aimer autrement. Alors aimons comme nous pouvons, en attendant d’aimer comme Dieu nous aime. C’est tout ce qui importe. Ne désespérons ni de nous, ni des autres, et surtout pas de Dieu. Il nous accompagne dans notre apprentissage de l’amour ; il nous a donné son Fils en exemple vivant de l’amour parfait. A l’écouter, à le suivre, nous finirons peut-être par savoir aimer comme il nous aime. Et si d’aventure nous n’y arrivions pas, il porterait quand même à notre crédit nos essais d’aimer, même s’ils sont petits, même s’ils peuvent nous paraître insignifiants. En se mettant à portée de Pierre, Jésus nous dit qu’il n’est jamais insignifiant d’aimer, que c’est toujours ce qu’il faut faire, même imparfaitement, même petitement. 

        C’est cela la beauté de Pâques ; c’est la beauté de l’amour divin qui s’ajuste à nos capacités pour que pas un ne se décourage, pour que pas un ne puisse dire : cela ne me sert à rien d’aimer puisque je n’arrive pas à aimer comme Dieu attend que j’aime. Aimer comme Dieu nous aime est le résultat d’un compagnonnage avec Jésus ; il y faut plus ou moins de temps, beaucoup de patience, beaucoup d’essais, beaucoup de pardon aussi. Commencer à aimer par contre est le résultat d’un choix, qui peut se faire ici et maintenant, pour chacun de nous. Et si à notre tour, nous osions et ne reculions devant rien pour aimer toujours, pour aimer chacun, même juste un tout petit peu ? Chiche, on essaie ? Amen. 


jeudi 31 octobre 2024

01er novembre 2024 - Toussaint

 Attendus parce qu'aimés.







 

            Au moment où la nature lentement se meurt et prend ses habits d’hiver, l’Eglise nous invite à célébrer tous les saints, c'est-à-dire tous les vivants en Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre salut. Cette fête pour eux est aussi une fête pour nous, pour nous rappeler, au moment où les ténèbres envahissent nos jours, que notre vie a un sens et que tout ce que nous vivons n’est pas vain, que la mort et les ténèbres n’ont pas le dernier mot. A ceux que l’hiver fait déprimer, la Toussaint rappelle que nous sommes attendus parce que nous sommes aimés. 

            Oui, nous sommes attendus. Et pas attendus au tournant, après une énième faiblesse ou un péché de trop. Non, nous sommes positivement attendus par Dieu. Le mystère de l’incarnation et le mystère de la rédemption nous redisent que Dieu nous attend. Le mystère de l’incarnation permet à Dieu de franchir lui-même la distance qui nous tient éloignés de lui, en entrant dans le monde par son Fils Jésus ; nous ne pouvons plus nous estimer indignes ou incapables de Dieu, puisque Dieu vient à nous. Le mystère de la rédemption permet à Dieu de nous faire franchir la distance due au péché qui nous tient éloignés de Dieu. Nous ne pouvons plus dire que le salut est impossible puisque Dieu lui-même, par la mort et la résurrection de son Fils, nous ouvre les portes du Royaume. Nous avons entendu un passage du Livre de l’Apocalypse que certains utilisent pour dire qu’il n’y aura que peu de sauvés : 12 fois 12 000, soit 144 000 ; douze milles de chaque tribu d’Israël ! Mais il faut lire attentivement le texte et sa suite immédiate pour comprendre que le salut est pour une multitude. Voici ce que dit Jean : Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Dieu attend toutes les nations, tribus, peuples et langues. Le texte se poursuit : Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Oui, le salut, notre salut, appartient à Dieu ; mais pas pour le restreindre, pas pour le limiter. Le projet de Dieu, c’est que nous vivions tous, pour toujours avec lui. Ecoutons encore : L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » La grande épreuve, c’est la participation à la Pâque de l’Agneau, notre propre passage par la mort et la résurrection de Jésus. Ce passage, nous l’avons tous vécu au jour de notre baptême. Heureux sommes-nous ! 

Nous sommes donc attendus par Dieu, attendus parce qu’aimés infiniment par lui. Ce n’est pas parce qu’il n’avait pas le choix que Jésus est mort en croix ; au contraire, en allant à la croix, il a fait le choix de nous sauver, il a fait le choix de l’amour. C’est parce qu’il nous aime qu’il s’est livré ; c’est parce qu’il nous aime, qu’il nous a laissé des signes, des sacrements de son amour. Jean l’affirme dans sa première lettre : dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. C’est quand nous parviendrons au terme de notre histoire que tout sera révélé ; c’est quand nous parviendrons au terme de l’Histoire, que l’amour de Dieu pour nous éclatera au grand jour. Nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Nous verrons l’Amour dans toute sa splendeur ! Nous verrons l’Amour dans toute sa gloire ! Et nous partagerons cette gloire pour peu que nous ayons essayé, ici-bas, d’aimer de cet amour qui a tout donné. A ceux qui doutent d’être aimés de Dieu, je voudrais redire ma foi que nul d’entre nous n’existe sans l’amour de Dieu ; c’est lui qui nous appelle à la vie à travers nos parents ; c’est lui qui nous fait grandir dans sa force. Son amour est acquis à chacun depuis le premier jour de son existence. Nul d’entre nous ne vit sans cet amour de Dieu ; mais voulons-nous tous vivre de cet amour et dans cet amour ? Dieu a pris la liberté de nous aimer ; prendrons-nous la liberté de répondre à son amour ? Les béatitudes nous ouvrent des pistes pour entrer dans cet amour : être pauvre de cœur ; c'est-à-dire non pas manquer de cœur, mais avoir le cœur ouvert à l’amour de Dieu. Savoir pleurer sur les manques d’amour manifestes pour être consolés par un surcroit d’amour. Savoir être doux ; c’est encore le meilleur signe que nous apprenons à aimer. Avoir faim et soif de justice, pour tous. Être miséricordieux parce que Dieu nous fait miséricorde par amour. Garder un cœur pur pour voir, ici et maintenant, l’amour de Dieu à l’œuvre. Se faire artisan de paix puisque la paix est la sœur de l’amour, et la condition de son existence ; ceux qui se font la guerre ne s’aiment pas ! Savoir tout risquer pour la justice, et accepter d’être moqué à cause de Jésus. Autant de signes que nous sommes capables de Dieu, capables d’amour. 

Attendus par Dieu, parce qu’aimés par lui. Les saints nous montrent les divers chemins possibles pour accueillir et vivre l’amour de Dieu pour nous. Réjouissons-nous avec eux, et avançons, éclairés par leurs vies et leurs exemples, jusqu’au royaume où Dieu nous déclarera bienheureux. Alors l’Amour sera tout en tous. Amen.

samedi 20 juillet 2024

16ème dimanche ordinaire B - 21 juillet 2024

 La peur n'est jamais la solution.




(icône dite de l'amitié)



 

            Il y a très longtemps, au début de mon ministère, j’ai entendu une catéchiste dire à un enfant lors d’une journée de récollection : « si tu ne manges pas ta soupe, tu vas faire pleurer Jésus ! » Plus de trente ans après, je pensais que l’utilisation de la peur avait (enfin) disparu, du moins en Eglise. Je me dois de constater qu’il n’en est rien. Pour preuve, cette phrase entendue plus récemment : « il faudrait à nouveau prêcher la peur de l’enfer pour que les gens se convertissent ». Et cette autre phrase, entendue ce vendredi, rapportée dans le cadre de mon travail dans l’enseignement catholique, au sujet d’un prêtre qui fait peur aux gens de son entourage et qui affirme que « faire peur, ça a du bon ! »  Relisant alors la première lecture de ce dimanche, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a encore du travail pour expliquer que la peur n’est jamais la solution, ni même un bien. 

            Dieu, parlant par son prophète Jérémie, est plutôt clair, non ? Je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront. Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue – oracle du Seigneur. Le prophète pouvait-il rapporter plus fidèlement l’intention et les sentiments du Seigneur ? Dieu ne veut pas faire peur ; il viendra au contraire chasser la peur de nos vies ; il viendra nous guider, nous rassembler pour que nous puissions vivre libres. La peur emprisonne ; la peur éloigne de Dieu ; la peur détruit la vie. Le psalmiste, en réponse à la lecture entendue, va dans le même sens quand il nous fait chanter : Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton me guide et me rassure. Le bâton n’est pas fait pour frapper celui qui veut suivre Dieu, mais pour le défendre contre les forces obscures qui veulent le retenir loin de Dieu. N’agitons pas la peur comme le remède à nos églises vides ; n’agitons pas le bâton comme remède à nos manques de fraternité. Si tant d’hommes et de femmes se sont éloignés de l’Eglise, n’est-ce pas parce qu’elle a trop manié le bâton et la peur à certains moments de son histoire ? 

            Observez Jésus. Les foules se pressent autour de lui, ses disciples sont revenus de mission, et mentionne l’évangéliste Marc, ceux qui arrivaient et partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Que fait Jésus pour avoir un temps avec ses Apôtres ? Il ne chasse personne, il ne fait peur à personne ; il emmène ses disciples en barque, plus loin, à l’écart. Et quand ils rejoignent la terre ferme, et que les gens, les ayant vus s’éloigner, les ont rejoints, il ne dit pas : Zut ! encore eux… mais il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. De la tendresse pour ses disciples qu’il emmène ailleurs, pour qu’ils se reposent ; de la compassion pour la foule qui les attend. Rien qui ne fasse peur, rien qui n’indique même seulement un début d’irritation. Jésus n’est pas venu pour nous faire peur, mais pour nous rassurer, nous enseigner, nous sauver. 

            Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, l’a bien compris, quand il explique l’œuvre de Jésus : Vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine (ce qui fait peur) ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse (dont il fallait craindre de ne pas toujours les respecter toutes). A partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix (unité et réconciliation, toutes choses impossibles quand règne la peur) ; en sa personne, il a tué la haine. Et avec la haine, il a tué aussi la peur qui précède toujours la haine et la sert si bien. Nous ne pouvons pas justifier l’utilisation de la peur en Eglise ; nous ne pouvons pas estimer qu’un peu de peur, ça fait du bien. Seul l’amour touchera les cœurs ; seul l’amour convertira les esprits belliqueux ; seul l’amour nous fera vivre libre. Le salut obtenu par la croix du Christ en atteste largement. 

            Ne revenons pas à nos vieux démons ; ne jouons pas avec la peur ; ne jouons pas de la peur des autres. C’est la conversion que nous devons prêcher ; non pas en démontrant ce qu’elle nous fait éviter, mais en précisant ce qu’elle nous fait gagner. Puisque, par la Croix, le Christ a tué la haine, c’est bien l’amour que nous devons vivre et partager, si nous voulons être ses disciples. Tout ce qui contraint l’homme, tout ce que qui terrifie l’homme, n’est pas de Dieu et ne permet pas d’approcher Dieu. Tout ce qui s’oppose à l’amour, n’est pas de Dieu et ne permet d’approcher Dieu. Tout ce que ne mène pas à l’amour, n’est pas de Dieu et ne permet pas d’approcher Dieu, car Dieu est amour. Pour obtenir le bien, ne prêchons pas le mal. Que cela soit dit ; que cela soit su ; que cela soit vécu ; et le monde trouvera auprès du Christ des raisons de vivre, d’espérer et d’aimer à nouveau. Amen.

samedi 6 juillet 2024

14ème dimanche ordinaire B - 07 juillet 2024

 Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.




 

 

Depuis lundi, le groupe qui assure l’adoration au Mont Sainte Odile, approfondit sa foi à partir de la saga Harry Potter. Un parcours original, sans doute, qui nous a permis d’aborder des questions aussi diverses que l’appel, la question du bien et du mal, comment vaincre le mal, la notion de don de soi et de sacrifice, ainsi que, ce matin même, la plus puissante des magies révélées dans l’œuvre de JK Rowling, une magie que, chrétiens, nous ne pouvons renier : il s’agit de l’amour ! Cette magie ne vient pas d’un sort jeté, ni d’une baguette puissante, mais des hommes et des femmes eux-mêmes. Ainsi, c’est bien l’amour de sa mère qui a sauvé Harry Potter dès sa naissance, et lui a permis de survivre au sortilège de mort prononcé contre lui par Vous-savez-qui. 

La deuxième lecture de ce dimanche n’aborde-t-elle pas à sa manière cette puissante magie de l’amour ? Il faut bien entendre Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens. Il reconnaît qu’il porte en lui une écharde qui l’empêche de se surestimer. Nous ne savons pas de quoi il parle exactement, mais il est certain que c’est pour lui une limite, une blessure qui le marque et dont il a demandé à être débarrassé. La réponse de Dieu à sa demande peut sembler curieuse : Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Ce n’est probablement pas la réponse que Paul attendait – pas de libération, pas de guérison – mais il saura se contenter de cette affirmation que la grâce de Dieu l’accompagne. N’est-ce pas la manifestation même de l’amour de Dieu que l’affirmation de la présence de Dieu à notre vie, surtout dans les moments d’épreuves ? Reprenant le vocabulaire de Harry Potter, la puissante magie dont nous bénéficions en tant que chrétiens, c’est bien cette présence aimante de Dieu qui veille sur nous, nous accompagne et nous assure de sa grâce. Cette grâce de Dieu doit nous suffire, même dans nos moments de faiblesse. Il n’y a rien de plus puissant que l’amour de Dieu. Il n’y a pas de péché assez grand et assez fort pour contrecarrer l’amour de Dieu. Il n’y a pas de péché trop grand que l’amour de Dieu ne saurait combattre et pardonner. Le même Paul écrira aux Romains que là où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé (Rm 5, 20). Ce n’est pas une permission de nous laisser aller au péché, mais une invitation à ne pas désespérer, ni de nous, ni de l’amour de Dieu quand le péché semble dominer notre vie. L’amour de Dieu sera toujours plus fort que notre péché ; il ne nous manquera jamais. 

Nous ne prendrons jamais assez la pleine mesure de la puissance de l’amour de Dieu pour nous ; nous ne pouvons que l’expérimenter, jour après jour. Cet amour nous saisit et nous transforme lentement. Ici, au mont Sainte Odile, devant le Saint Sacrement exposé, nous pouvons ressentir cet amour pour nous à travers la paix profonde qu’il nous procure. Pèlerins d’un jour ou adorateurs pour une semaine, nous touchons du doigt cet amour à l’œuvre dans notre vie, comme il fut à l’œuvre de notre bien-aimée patronne de l’Alsace que nous célébrons en ce dimanche. L’amour qui n’a jamais fait défaut à Odile, même quand son père a décidé de la faire éliminer, ne nous fera jamais défaut. Nous devons être habités de cette certitude que nous sommes profondément et éternellement aimés, avant même d’avoir seulement commencé à aimer Dieu en retour.  Accueillant la puissance de cet amour divin pour nous, nous ne pouvons que demander la grâce de savoir en témoigner à notre tour et de répandre cet amour autour de nous. Ce n’est pas quelque chose à faire quand nous aurons le temps ; ce n’est pas quelque chose à faire parce que nous n’aurons rien d’autre à faire à ce moment-là. C’est quelque chose qui s’impose à nous. Caritas Christi urget nos – la charité du Christ nous presse, écrit le même Paul dans cette même lettre aux Corinthiens ! Comment, en étant aimés absolument et inconditionnellement, ne pas aimer de même, absolument et inconditionnellement ? Serions-nous des enfants ingrats, revendiquant pour nous seuls ce que nous refusons aux autres ? Nous ne pouvons garder pour nous ce que Dieu nous partage aussi généreusement ! Comme l’écrit saint Jean dans sa première lettre : Nous devons aimer ! Il n’y a pas d’autre choix possible ! Quand j’ai lu, tout au long de la semaine écoulée, dans nos journaux, que des personnes d’origine étrangère se voit rappeler leurs origines, au point qu’elles ressentent qu’elles ne sont pas les bienvenues quand bien même elles seraient pleinement insérées depuis des années, je me dis que nous avons oublié d’aimer et que notre amour pour l’autre, différent, est en grand danger. Comment, en quelques jours, un vrai sentiment de haine a-t-il pu se développer et se répandre ainsi dans la patrie des Droits de l’Homme ? Comment une nation dont la fraternité fait partie de la devise, peut-elle ainsi manquer aussi gravement à ce qui la constitue et la définit ? La fraternité ne serait-elle plus la sœur de l’amour ? 

Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dan la faiblesse. Plus que jamais, demandons la grâce d’aimer à nouveau, profondément, absolument, inconditionnellement, toute personne qui frappe à la porte de notre cœur, à la porte de notre pays. Ne nous contentons pas de recenser et de déplorer les incidents signes d’un manque d’amour ; agissons clairement pour que l’amour dont Dieu nous aime rayonne à travers nous pour tous. Accueillons la puissance d’amour que Dieu déploie pour combler nos manques et nos difficultés à aimer. Amen.


samedi 25 mai 2024

La Très Sainte Trinité - 26 mai 2024

 La Trinité, une autre manière de vivre l'amour qui est en Dieu.




(La Sainte Trinité, Oeuvre de Bartolo di Freni Cini, XIVème siècle, Musée du Louvre, Département des Peintures. 


 


 

            Pour un concept aussi compliqué que la Trinité, nous aurions été en droit d’attendre quelques explications prises dans la Parole de Dieu elle-même, nous faisant comprendre un peu mieux ce mystère qui veut dire notre Dieu, Un en trois personnes. Hélas, en-dehors de la formule trinitaire employée par Jésus dans l’évangile entendu, nous n’avons rien. Rien qui nous permette de comprendre mieux ce mystère qui défie notre intelligence mathématique. Rien qui explique comment cela marche, un Dieu unique qui est pourtant en trois personnes. 

            Le passage du Deutéronome nous parle de Dieu qui se donne un peuple, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants. L’extrait de la lettre aux Romains nous fait comprendre que nous sommes fils de Dieu par l’Esprit Saint. Quant à l’évangile, il nous fait relire la finale de l’évangile de Matthieu, une apparition aux disciples dont certains doutent encore, leur envoi en mission et l’assurance de la présence de Jésus à leur côté tous les jours jusqu’à la fin du monde. Nous avons bien une lecture sur le Père, une lecture sur l’Esprit Saint et une sur Jésus ; mais cela ne fait pas encore une explication de la Trinité. Cela nous montre juste chacune des personnes à l’œuvre. Et le moins que nous puissions en déduire, c’est que ces interventions sont toujours en notre faveur et toujours pour notre bien. Et peut-être qu’elle est là, la clé de ce mystère : non pas essayer de comprendre ou d’expliquer ce mystère, mais plutôt une invitation à le vivre. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter de vivre cette présence de Dieu Père qui veille sur nous et nous appelle à être son peuple. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter que Jésus, celui dont nous disons qu’il est mort et ressuscité et qu’il siège désormais à la droite de Dieu, que ce Jésus, donc, est toujours avec nous, qu’il continue de nous parler de son Père et de notre Père, et qu’il sera toujours avec nous quand nous enseignerons aux autres la joie de croire. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre dans la puissance de l’Esprit, le don de Dieu promis par Jésus, cet Esprit qui nous permet de d’appeler Dieu : notre Père ! Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre comme Dieu vit en lui-même, c'est-à-dire en amour avec Jésus dans l’Esprit qui les unit. Le mystère de la Trinité serait donc un mystère d’amour qui unit au-delà de tout et qui fait que trois ne sont qu’un, tellement ils s’aiment ! 

            Nous prolongerions ainsi la méditation de l’œuvre de saint Jean qui, tout au long du temps pascal, nous a fait comprendre que Dieu est Amour, et que de cette affirmation découlait toute notre vie, tout notre art de vivre à la suite de Jésus, à la rencontre du Père, sous la mouvance de l’Esprit Saint. Pour approcher la Trinité, il nous faut aimer comme Dieu aime. Pour vivre de ce Dieu Un et Trine, il nous faut entrer dans son Amour, nous laisser saisir par cet Amour, et répandre cet Amour. Ainsi, aussi divers que nous soyons, nous serons Un, nous aussi, comme Dieu est Un, le Père dans le Fils et le Fils dans le Père dans la communion de l’Esprit Saint. Nous serons Un avec Dieu lui-même, puisque c’est de son Amour que nous vivrons et que c’est son Amour que nous répandrons. Il n’y aura plus l’ombre d’une séparation entre nous et Dieu ; et la grande prière de Jésus au soir de sa mort, sera pleinement réalisée, pleinement exaucée : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Oui, plutôt que de chercher à comprendre, vivons ce mystère, vivons de l’amour qui est en Dieu et qui se répand en nous et à travers nous. 

J’entends déjà les petits malins qui viendront dire : en expliquant les choses ainsi, tu ne fais que déplacer le problème. S’il faut aimer pour vivre de la Trinité, il faut alors nous expliquer comment aimer. Parce que dire qu’il faut aimer comme Dieu, c’est facile, mais concrètement, cela donne quoi ? Observez les Ecritures ! Aimer comme Dieu, c’est considérer chaque personne qui croise ma route comme un cadeau de Dieu, et comme un frère qui m’est donné, qu’il soit comme moi, de ma couleur, de mon pays, de ma religion, ou pas ! Aimer comme Dieu, c’est faire des petits nos préférés et avoir pour eux une attention permanente. Aimer comme Dieu, c’est ne juger personne, mais offrir toujours un regard bienveillant, ouvrir un avenir plus grand, croire que rien n’est jamais perdu de l’humanité. Aimer comme Dieu, c’est se battre comme lui, avec lui, pour que la grandeur de l’humanité ne soit jamais réduite et que sa beauté ne soit jamais niée. Aimer comme Dieu, c’est offrir sa vie pour que les autres puissent vivre. Il n’y a pas une page, du Premier comme du Nouveau Testament, qui ne parle pas de l’amour de Dieu pour nous. Prends et lis, et tu apprendras à vivre et à aimer. 

Je vous l’ai dit tout au long du temps pascal : il n’y a rien de plus urgent que d’aimer ! Croyez-le ! Nous aurons tout dit de notre foi, tout compris de notre foi et tout vécu de notre foi lorsque nous aurons commencé à aimer comme Dieu aime. La route a été tracée pour nous par Jésus, suivons-là ! Amen.

 



samedi 25 novembre 2023

Christ, Roi de l'univers - 26 novembre 2023

 L'Amour vaincra ! L'Amour sauvera !


(Source internet)


 

 

            Il est bon d’avoir entendu le prophète Ezéchiel ouvrir la liturgie de la Parole de notre Eucharistie dominicale. Il nous donnait une parole apaisante et rassurante : La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. En cette période difficile que traverse notre monde, il est bon d’entendre que quelqu’un a le souci de nous, que quelqu’un a le souci des pauvres, des blessés de la vie, … mais aussi le souci de ceux qui ne souffrent de rien : Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Dieu veille sur tous, affirme le prophète, mais Dieu, par ce même prophète, dans la même prophétie, annonce aussi un jugement, pour tous : Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs. 

            C’est bien cette image que Jésus reprend dans la parabole dite du jugement dernier, dans l’Evangile de Matthieu. Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Comprenons d’emblée que brebis et boucs n’a rien à voir avec le sexe ; il ne dit pas les femmes à droite, les hommes à gauche. La différence brebis / bouc est une différence « morale », la parabole faisant vite comprendre que les brebis, ce sont les bons, ceux qui seront sauvés, et les boucs, les moins bons, ceux qui seront condamnés. Puisqu’elle est d’ordre « morale », il faut préciser aussi que la différence brebis / bouc n’équivaut pas à la différence pauvre / riche, sous-entendant que seuls les pauvres seraient sauvés, et les riches condamnés. Il y a des bons chez les pauvres comme chez les riches ; il y a des mauvais chez les pauvres comme chez les riches. Les artistes lointains qui ont transposé cette parabole en tableaux ou retables, ne s’y sont pas trompés, mettant autant de riches et de pauvres du côté de ceux qui entraient au Paradis que du côté de ceux qui étaient précipités dans les flammes de l’enfer.  Notre salut n’est pas lié à notre condition sociale. Il n’est dit nulle part que ceux qui sont pauvres et qui souffrent ici-bas seront récompensés, et se verront riches et bien-portants dans l’au-delà. Il n’est dit nulle part que ceux qui sont riches et bien-portants ici-bas se verront pauvres et malheureux dans l’au-delà. A ceux qui le penseraient, je rappellerai que nous sommes tous le riche de quelqu’un et le pauvre d’un autre ! 

            Sur quoi portera alors le jugement ? La parabole est claire : sur notre manière d’agir (ou pas) avec ceux que la vie met sur notre route et qui sont moins bien lotis que nous. Le jugement portera sur notre agir vis-à-vis des grands besoins de l’homme qui a faim ou soif, qui est étranger, nu, malade ou en prison. Nous pouvons comprendre que le jugement portera sur notre capacité de relation et notre mode de relation. Suis-je capable de porter un intérêt à celui qui est différent de moi, parce qu’il est plus pauvre, parce qu’il est étranger, parce que sa vie relationnelle est entravée par la maladie ou la prison ? Est-ce que je fais quelque chose pour soulager la faim et la soif des autres, y compris dans ma propre manière de consommer ? Est-ce que je fais quelque chose pour l’étranger, à part le charger de tous les maux de notre société ? Est-ce que je fais quelque chose pour celui qui est malade ou en prison, à part plaindre le premier et dire du second qu’il l’a bien cherché ? A bien réfléchir, je me rends bien compte qu’il ne s’agit pas seulement de donner de l’argent ou de partager, mais bien de cette capacité à entrer en relation avec l’autre, moins chanceux, différent… Peut-être, pour comprendre, faut-il ici réentendre Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens lorsqu’il affirme : J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. Ecoutons alors à nouveau Jésus dans sa réponse, à l’étonnement des brebis comme des boucs : Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait (ou pas) à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). 

            Il nous donne là un indice sur la bonne manière d’agir avec celles et ceux qui croisent notre route ; je peux l’exprimer ainsi : agis avec chacun comme tu voudrais agir si tu croisais le Christ lui-même ! Il y a, dans cette manière de comprendre et de faire, l’affirmation que nous avons compris pourquoi Jésus, le Fils de Dieu, est venu dans notre monde. En agissant avec chacun comme on agirait avec le Christ, nous affirmons comprendre ce qu’est la fraternité universelle qu’il prêche, et qu’il est Celui qui fonde cette fraternité. En prenant figure humaine en Jésus, Dieu se fait non seulement proche de chacun, mais il nous dit aussi que désormais chacun porte au fond de lui le visage du Dieu qui s’est fait homme. L’artiste qui a réalisé le dernier vitrail de la cathédrale de Strasbourg l’a bien compris, lui qui a composé le visage du Christ avec les photos des visages des hommes et des femmes qui travaillent, visitent et font vivre la cathédrale. Depuis l’incarnation, nous sommes tous des « Christo-phores », des porteurs du Christ ; et cette page d’évangile nous le confirme : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Chaque fois… cela veut bien dire que chaque humain porte le Christ en lui. Pour le dire encore autrement, le Christ s’incarne aujourd’hui, pour nous qui ne le voyons plus de nos yeux de chair, dans l’humain qui croise ma route. Comment, si je suis un disciple du Christ, ne pas l’accueillir alors ? Comment, si je suis un disciple du Christ, ne pas le servir ? Comment, si je suis un disciple du Christ, puis-je seulement songer à le rejeter ? 

            Ce dernier dimanche de l’année liturgique nous fait célébrer le Christ comme Roi de l’univers. Ce titre redit notre espérance de le voir régner un jour sur tous. Chrétiens, disciples de Jésus, nous pouvons hâter la réalisation de ce Règne attendu par notre art de vivre dans le monde et notre art de servir ceux qui y vivent. À ceci, nous a dit Jésus, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Seul l’amour du Christ pour les hommes vaincra le Mal ! Seul l’amour que nous aurons pour tous nous sauvera ! Amen.

samedi 18 novembre 2023

33ème dimanche ordinaire A - 19 novembre 2023

 Risquer avec Dieu.




 (La Parabole des Talents, Andrei MIRONOV)

 

 

 

          

            Comme aurait dit Coluche en son temps : c’est l’histoire d’un mec qui part en voyage… Nous n’allons pas la refaire ; nous n’allons pas la réécrire ; la parabole de Jésus, nous l’avons tous entendu. Elle peut laisser un goût amer, faisant l’éloge de ceux qui réussissent, sans trop d’effort en apparence et condamnant celui qui n’a rien fait… de mal. Car enfin, à part une peur avouée doublée d’un peu de paresse, nous ne pouvons pas lui reprocher grand-chose. Il nous ressemble tellement, n’est-ce pas. 

            Comme lui, nous ne faisons rien de mal, en tous les cas, pas le mal dans ses grandes largeurs, pas le mal qui se poursuit devant les tribunaux. Mais est-ce suffisant de ne pas faire de mal pour être quelqu’un de bien ? La parabole répond, me semble-t-il, assez clairement : non ! Il ne suffit pas de ne pas faire de mal, sauf à prendre Dieu pour un comptable ! Tu m’as donné tant, je te dois donc tant : Voici. Tu as ce qui t’appartient ! Si nous prenons Dieu pour un comptable, ne nous étonnons pas qu’il réagisse en comptable : il fallait mettre l'argent à la banque ! Si nous prenons Dieu pour un surveillant, ne nous étonnons pas qu’il se comporte comme un garde-chiourme, éternellement insatisfait de notre comportement. A la fin des temps, nous rencontrerons le Dieu que nous nous serons construits ! Si tu veux rencontrer le Dieu de tout amour, commence par comprendre qu’il ne suffit pas de ne pas faire de mal pour être un gars ou une fille bien. Commence par comprendre qu’entre faire le mal et faire le bien, il y a toute une gamme d’actions, tout un champ de possibles. Ne pas faire le mal ne signifie pas encore que je fais bien ; cela signifie juste que j’ai renoncé au mal. Mais Jésus nous demande plus : il nous demande de viser le bien, pour nous et surtout pour les autres. Et cela demande plus que juste renoncer au mal ; cela demande de s’engager, cela demande de risquer, cela demande de se bouger. Cela demande de vivre ! 

            Dans la parabole, c’est ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs, ceux qui avaient reçu une somme de cinq talents pour le premier, et une somme de deux talents pour le deuxième. Nous ne savons pas ce qu’ils ont fait pour doubler chacun la somme qui leur a été donnée ; nous savons juste qu’ils les ont risquées et qu’elles ont doublé. Ce qu’ils ont fait, comment ils s’y sont pris, n’a que peu, voire pas d’importance. Ce qui importe, c’est qu’ils ont osé ; ce qui importe, c’est qu’ils ne se sont pas senti les gardiens du dépôt qui a été fait chez eux ; ils l’ont considéré comme leur appartenant. Cela leur a permis, je pense, de prendre quelques risques. Ils ont risqué ce qu’ils ont considéré leur bien, ils ont gagné. A son retour, le maître donne raison à cette interprétation. Il ne demande pas à ses serviteurs de rendre ce qu’ils ont reçu ; il leur demande juste de rendre compte de leur gestion. Il ne reprend rien, il laisse tout, et promet plus encore : Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en donnerai beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur. Le seul à qui il reprend, c’est le troisième, qui se voit qualifier de serviteur mauvais et paresseux, lui qui s’est contenté de creuser la terre et cacher l’argent de son maître. Et ce que le maître reprend, il le donne à celui qui a déjà beaucoup : Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. A ne rien risquer, nous ne gagnerons rien ; à ne rien risquer, nous perdrons tout. Certes, il n’a rien fait de mal ; mais il a fait pire en ne faisant rien ; il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait confié son bien. Il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait fait confiance, à la mesure de ses possibilités. Il n’a eu qu’un seul talent non parce que son maître le pensait incapable ; il n’a eu qu’un talent parce que son maître savait que cela, un talent, il saurait le gérer, cela correspondait à ses capacités. En ne faisant pas confiance au maître qui lui faisait confiance, en ne se faisant pas confiance à lui-même, il s’est abîmé lui-même, il s’est jugé lui-même. Il a caché son talent dans les ténèbres de la terre, au fond d’un trou ; il finira dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Sa peur lui fera grincer des dents ou claquer des dents éternellement. 

             La leçon de cette parabole est double, selon moi. Elle est d’abord un appel à ne pas imaginer Dieu à notre mesure, à ne pas fantasmer Dieu ; c’est le meilleur moyen de nous tromper sur lui. Il est temps de quitter nos représentations de Dieu qui surveille, de Dieu qui note, de Dieu qui se venge. Si nous ne le faisons pas, comme je l’ai déjà dit, c’est ce Dieu-là que nous rencontrerons. Mais si nous comprenons enfin que notre Dieu est Dieu de miséricorde et d’amour, alors quand bien même nous aurions perdu une part de ce qu’il nous a confié, son amour sera plus grand que notre perte, sa miséricorde plus large que nos erreurs. Ce qui nous mène à la deuxième leçon de la parabole : nous pouvons risquer les talents que Dieu nous confie parce que lui-même risque en misant sur nous. Il risque avec nous, il risque pour nous en livrant son Fils sur la croix. Puisque Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Puisque Dieu prend le risque de compter sur nous, prenons le risque de compter sur son amour et sur sa miséricorde. Quand Dieu est compris comme celui qui aime infiniment et pardonne infiniment, il ne peut pas décevoir l’homme ! Dieu est amour ; Dieu est miséricorde : il est temps que nous le comprenions pour que nous puissions vivre notre vie, forts de cet amour, sûrs de ce pardon. Amour et miséricorde sont chemins de vie et de joie éternelle. Amen. 

samedi 11 novembre 2023

32ème dimanche ordinaire A - 12 novembre 2023

 C'est quoi, l'erreur des insouciantes ?



(Les vierges prévoyantes et les vierges insouciantes, Enluminure copte, 
Evangéliaire copte-arabe, réalisé au Caire en 1250, Bibliothèque de Fels, ICP - Paris)



 

 

 

            Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Ainsi commence la parabole que Jésus nous offre en ce dimanche. Elle commence plutôt bien ; elle a même un côté sympathique, parce qu’être invité à un mariage, c’est quand même plutôt bien. Qui n’aime pas être invité à un événement où tout respire la joie et le bonheur ? Mais voilà : cette histoire qui commence bien, et qui nous mettait le cœur en joie, tourne au vinaigre car, précise Jésus, cinq d’entre elles étaient insouciantes et cinq étaient prévoyantes, et s’achève dramatiquement pour les insouciantes qui resteront à la porte de la salle des noces, s’entendant dire : Je ne vous connais pas, alors qu’elles avaient été invitées ! Comment en est-on arrivé là, et surtout, quelle est l’erreur fondamentale de ces insouciantes ? 

            L’erreur fondamentale, ce n’est pas qu’elles se soient endormies, ni même qu’elles aient été tête en l’air et n’aient pas prévu assez d’huile.  On ne peut pas vraiment le leur reprocher. Voyez-vous :  l’époux était en retard à ses noces ! Et pas qu’un peu, semble-t-il ! C’est à se demander s’il avait vraiment envie de se marier, celui-là ? Sa dulcinée, dont personne ne parle au demeurant, n’a pas dû être très contente, mais passons. L’époux tarde donc, et ce qui devait arriver, arriva :  les jeunes filles s’endorment, toutes, les prévoyantes comme les insouciantes, en oubliant au passage d’éteindre leurs lampes. Au réveil, un seul constat s’impose : il n’y a plus assez d’huile pour les insouciantes, et les prévoyantes refusent de partager ce qu’elles avaient prévues. Je ne parlerai pas du manque de solidarité, ce n’est pas le sujet ici. Ce qui est dérangeant, c’est finalement que l’époux, lui qui était grandement en retard, reproche aux insouciantes de n’avoir pas été prêtes lorsqu’il a enfin daigné venir ! S’il avait été à l’heure, rien de tout cela ne se serait produit, et la joie aurait été totale. S’il s’était agi d’un mariage ordinaire, toutes ces remarques auraient été justifiées. Mais voilà, il ne s’agit pas de cela. 

            Il nous faut comprendre que cette parabole de Jésus parle de quelque chose de plus grand, de plus important, qu’un mariage ordinaire. Elle nous parle des noces de l’Agneau, comme dit la liturgie avant la communion, ces noces qui unissent l’humanité, sauvée et pardonnée, avec le Christ, mort et ressuscité, dans la gloire du Royaume, à la fin des temps. Jésus l’a bien indiqué au début de sa parabole : Le royaume des cieux sera comparable à… Si l’époux tarde à venir, c’est parce qu’il veut laisser à l’humanité le temps de se préparer, de se convertir. Et c’est là que nous pouvons comprendre l’erreur (ou le péché) de ces jeunes filles insouciantes. Non pas qu’elles aient manqué d’huile, mais elles ont manqué de confiance. Au moment où l’époux arrivait enfin, réalisant leur manque d’huile et l’impossibilité des autres à partager, elles s’en vont voir ailleurs pour trouver ce que seul l’époux aurait pu leur donner : l’huile de sa miséricorde. Elles seraient allées vers l’époux avec des lampes à demi éteintes, elles seraient entrées avec lui dans la salle du banquet. Elles n’ont pas cru que seul l’époux pouvait quelque chose pour elles. Et cela explique du même coup pourquoi les prévoyantes ne pouvaient pas partager leur réserve. Ce n’est pas par égoïsme ou par peur de manquer ; elles ne pouvaient pas partager parce que l’huile de leur amour pour l’époux ne se partage pas. L’amour que vous avez pour le Christ, vous ne pouvez pas le diviser pour en donner à quelqu’un qui en manque ; vous ne pouvez pas donner l’huile de votre confiance en Christ à celui qui n’a pas confiance en lui. Plutôt que d’envoyer les insouciantes vers les marchands, elles auraient dû, les prévoyantes, emmener avec elles les insouciantes, pour qu’elles se laissent remplir de confiance et d’amour par l’époux. Il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de l’amour qui nous manque ; il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de la confiance qui nous fait quelquefois défaut. Cela ne s’achète pas, et surtout pas ailleurs, chez des marchands quelconques. Non, personne ne peut acheter l’amour ; personne ne peut acheter la foi (même racine que la confiance). Notre manque d’amour, notre manque de foi, cela se confesse à la source de l’amour, à la source de la foi, Jésus, l’époux qui vient à notre rencontre. 

            Le devoir de vigilance auquel Jésus nous invite est double, selon moi. Comme l’indique la parabole, nous ne savons ni le jour ni l’heure. C’est le premier devoir de vigilance : attendre le retour du Christ, sans savoir quand il viendra, et être prêt à l’accueillir. Mais la parabole nous indique un deuxième devoir de vigilance, qui consiste à ne pas nous tromper sur le Christ. Il est le seul qui peut tout pour nous, parce qu’il nous aime infiniment. Il n’attend pas de nous que nous soyons parfaits ; il attend de nous que nous ayons assez d’amour et assez de confiance pour nous approcher de lui, malgré notre indigence. Quand il viendra, ne cherchons pas ailleurs l’amour et la foi qui pourraient nous faire défaut ; ayons assez de simplicité pour nous jeter dans les bras de Jésus pour lui confesser notre manque d’amour, notre manque de foi ; il saura nous combler au-delà de toute mesure. Et nous serons les heureux invités au repas des noces de l’Agneau. Amen.

samedi 28 octobre 2023

30ème dimanche ordinaire A - 29 octobre 2023

 Quand on n'a que l'Amour...



(Jacques BREL, Quand on n'a que l'amour. Source chaine YouTube Jaouad Saber Official) 



 

 

            Quand on n’a que l’Amour…chantait Jacques BREL en 1956. Qui ne connaît cette chanson ? Qui est capable de l’écouter sans se dire : mais bien sûr, il a raison ! Pour le chrétien que je suis, il se fait ainsi l’écho lointain de ce prédicateur qui parcourait la Galilée, la Judée et la Samarie et qui parlait lui-aussi d’amour, je veux parler de Jésus. Quand une nouvelle fois les pharisiens veulent le mettre à l’épreuve, en l’interrogeant sur la Loi pour savoir quel est le grand commandement, ne leur répond-t-il pas en substance : vous n’aurez que l’amour ? L’amour de Dieu et l’amour des autres, comme une seule et même réalité. 

            Quand on n’a que l’Amour… Comment se fait-il, après tant de prédications sur le sujet, que cet amour ne soit pas encore totalement entré dans nos mœurs ? Comment se fait-il que, même entre chrétiens, nous soyons encore capables de nous déchirer ? Comment se fait-il qu’entre membres d’une même communauté croyante, nous soyons encore capables de discordes et de conflits ? Comment se fait-il qu’au sein d’une même famille humaine, nous soyons quelquefois capables de nous déchirer pour des choses bassement matérielles ? N’avons-nous donc pas l’amour ? N’avons-nous donc pas encore compris que tout va mieux, que tout est plus simple, que tout est plus beau… quand nous aimons ? 

            Quand on n’a que l’Amour… A moins que ce ne soit notre conception de l’amour qui soit faussée. Peut-être que nos querelles viennent justement de ce que nous aimons, mais pas les mêmes choses. Peut-être que nos oppositions naissent de ce que nous aimons, mais que nous n’aimons pas l’essentiel. Nous aimons des choses, nous aimons des idées, nous aimons l’idée de l’amour elle-même, mais nous n’aimons pas les autres, qui n’aiment pas les mêmes idées, qui n’aiment pas les mêmes choses, qui n’aiment pas les mêmes personnes… Faudrait-il alors renoncer à aimer ? Ou bien n’aimer que ceux qui nous aiment ? Nous avons déjà entendu Jésus sur la question quand, lors de son sermon sur la montagne, il nous invitait à aimer nos ennemis, comme la marque authentique de notre désir de le suivre Lui, la Source de l’Amour véritable. Ne nous disait-il pas alors : si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Il concluait sa relecture de la Loi par ces mots : Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (voir homélie du 7ème dimanche ordinaire A). 

            Quand on n’a que l’Amour… Un évêque vénérable d’Hippone et Docteur de l’Eglise, Augustin, prêchait au temps pascal ainsi : Aime et fais ce que tu veux. J’aime cette parole, non pas parce qu’elle nous dégagerait de toute Loi, mais elle nous redit, comme Jésus dans l’évangile de ce dimanche, qu’il n’y a pas d’autre voie que la voie de l’amour, et de l’amour du prochain. Il ne s’agit pas, dans la pensée d’Augustin, de faire ce que j’aime, mais de faire par amour ce qui doit être fait pour l’autre. Ecoutons la suite de son homélie qui peut s’entendre aussi comme une prière : « Ce court précepte t'est donné une fois pour toutes : Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par Amour, si tu parles, parle par Amour, si tu corriges, corrige par Amour, si tu pardonnes, pardonne par Amour. Aie au fond du cœur la racine de l'Amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. Voici ce qu’est l’Amour ! Voici comment s’est manifesté l’Amour de Dieu pour nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui. Voici ce qu’est l’Amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 9-10). Ce n’est pas nous qui L’avons aimé les premiers, mais Il nous a aimés, afin que nous L’aimions. Ainsi soit-il. » Il ne s’agit donc pas d’être laxiste, mais d’avoir au cœur même de notre agir le principe de l’amour tel qu’il est en Dieu lui-même. La Loi de la charité ne dispense pas d’appliquer les autres lois, elle en est l’accomplissement : De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes, dit Jésus dans l’Evangile. C’est bien ainsi qu’il faut comprendre l’adage d’Augustin. Aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. Saint Augustin lui-même précisera sa pensée en donnant l’exemple d’un père qui corrige son fils alors que son kidnappeur le caresse. Tout le monde préfère les caresses à la correction, fût-elle fraternelle. Et pourtant dit Augustin :  si l’on considère ceux qui sont à l’origine des actions on comprend que c'est l'amour qui corrige, et la méchanceté qui caresse ; les actions humaines ne peuvent être comprises que par leur racine dans l’amour. Toutes sortes d'actions peuvent sembler bonnes sans nécessairement procéder de l'amour. C’est notre amour, quand il est à l’image de l’amour que Dieu nous porte, qui donne sa valeur à nos actions ; c’est l’amour qui donne sa valeur à la Loi. C’est l’amour qui donne sa valeur à notre vie. 

            [Quand on n’a que l’Amour… Chère Alma, toi qui entres aujourd’hui dans la grande famille des disciples de Jésus, je te souhaite de ne vivre que par cet amour. Tu es le fruit de l’amour de tes parents. Apprends à aimer par eux ; apprends à aimer à la source même de l’Amour, Dieu, qui fait de toi sa fille bien-aimée aujourd’hui. Et si un jour quelqu’un te parle de Dieu de manière à ne pas te conduire à aimer plus, fuis-le et cours aussi loin et aussi vite que tu peux. Car Dieu n’est qu’amour et il est Celui qui nous apprend à aimer vraiment.] 

            Quand on n’a que l’Amour… Faut-il vraiment poursuivre encore ? Je vais conclure en citant sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, à qui le pape François vient de consacrer une exhortation apostolique. Il nous rappelle quelques paroles de la Sainte la plus aimée par les chrétiens et les non chrétiens. Par exemple, ses mots gravés dans sa cellule : Jésus est mon seul amour ; nous devons les faire nôtres, pour que ce soit son amour qui nous inonde et que nous puissions comme Thérèse, lui rendre amour pour amour. Quand on n’a que l’Amour… nous pouvons comme Thérèse trouver notre vocation et nous écrier : Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour. Amen.

samedi 9 septembre 2023

23ème dimanche ordinaire A - 10 septembre 2023

N’ayant de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel !





 

 

 

 

            Il faudrait être particulièrement « bouché » pour ne pas comprendre que les lectures de ce dimanche nous invitent à méditer l’amour et le pardon, deux éléments, de notre foi et de la vie de tous les humains, si étroitement imbriqués. En effet, il n’y a pas d’amour sans pardon ; il n’y a pas de pardon sans amour ! C’est ce qui fait la beauté de tout pardon, parce que nous est redit là que nous sommes aimés malgré notre péché, et c'est ce qui fait la force de tout amour qui ne peut s’empêcher de pardonner à temps et à contre-temps. Ceci étant posé, intéressons-nous à ce que Jésus nous dit dans l’évangile de Matthieu aujourd’hui. 

            Si ton frère a commis un péché contre toi… Remarquez d’emblée la délicatesse de Jésus. Il nous fait comprendre que celui qui a péché envers nous continue d’être un frère, donc quelqu’un à soutenir, quelqu’un à aimer ! Cela nous change de ce qu’une certaine presse et les réseaux sociaux nous étalent ces derniers mois au sujet de certaines célébrités : après ce qu’il a fait, je ne suis plus son ami ! Eh bien, chère Murielle et chers tant d’autres qui avez eu la même réaction, et nous-mêmes chers frères et sœurs, vis-à-vis de ceux et celles qui ont fait du mal, nous ne pouvons peut-être plus les considérer comme des amis, mais ils restent nos frères, et nous avons à leur égard, selon le mot de Paul, une dette d’amour mutuel. Si nous ne reconnaissons pas la pertinence et la gravité de cette parole du Christ : Si ton frère a commis un péché contre toi, alors nous ne pouvons pas vivre les recommandations qu’il nous fait juste après, à savoir lui faire des reproches seul à seul, puis s’il ne les entend pas, à l’approcher avec une ou deux personnes en plus, et s’il n’entend toujours pas, à le dire à l’assemblée de l’Eglise. Si je considère l’autre comme un frère toujours à aimer, et s’il sent cette dette d’amour mutuel qui nous unit, il doit se sentir reconnu comme un frère et changer sa vie. Si toutefois cela n’aboutit pas au résultat espéré, après avoir franchi toutes les étapes, il nous faut encore entendre et comprendre surtout l’ultime recommandation de Jésus : s’il refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain. 

            Certains penseront qu’il a là justification à exclusion, condamnation, mise au ban de la communauté, excommunication. Eh bien non ! Parce que Jésus n’a jamais exclu quelqu’un ; Jésus n’a jamais condamné quelqu’un ; Jésus n’a jamais rejeté quelqu’un ! Cette recommandation de considérer le pécheur qui ne se repentit pas comme un païen et un publicain, signifie d’abord que nous devons avoir pour lui les mêmes sentiments que Jésus a toujours eu pour les païens et les publicains. Et Matthieu, l’évangéliste, est bien placé pour savoir quels sont ces sentiments de Jésus, puisque lui-même, considéré comme un publicain, les a vécus. Et qu’a fait Jésus avec Matthieu, le publicain ? Qu’a fait Jésus avec Zachée, publicain lui-aussi ? Qu’a fait Jésus avec ces hommes et ces femmes que la société religieuse bien-pensante rejetait ? Il les a accueillis ; il est allé manger chez eux, avec eux, au point que les autres s’interrogeaient : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? Ce à quoi Jésus répondit : Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs (Mt 9 11-13). C’est l’enseignement et la pratique constante de Jésus que nous devons faire nôtres : détester le péché certes, mais aimer inconditionnellement le pécheur. N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, exhorte Paul. 

            Nous pouvons alors comprendre que la fin du passage entendu sur la prière de demande qui est toujours exaucée – si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux – que cette prière concerne peut-être aussi et surtout la conversion des frères et sœurs. Il nous faut prier pour cette conversion, car quand bien même nous saurions être persuasifs, ce n’est jamais nous qui convertissons les cœurs. Notre discours peut ouvrir un cœur, mais c’est Dieu qui convertit et c’est le pécheur qui, acceptant Dieu dans sa vie, se convertit. Nous ne sommes que ce guetteur dont parle le prophète Ezéchiel : son rôle n’est pas de forcer, ni d’imposer, mais d’avertir, c'est-à-dire de proposer au méchant un autre chemin. Proposer, avertir, c’est inviter à accueillir Dieu, et dans le même mouvement prier Dieu pour qu’il accompagne cette proposition, cet avertissement. Encore une fois, lui seul touche définitivement les cœurs ; nous ne pouvons que les ouvrir à lui, indiquer cet autre chemin. Nous ne pouvons faire que cela, mais nous devons le faire ! Si nous n’avertissons pas, si nous n’invitons pas, nous serions pareillement coupables, nous serons pareillement condamnés. L’exemple de Jonas est parlant à ce sujet, lui qui essaie d’échapper à sa mission d’annoncer la destruction de Ninive parce qu’il sait au fond de lui que la Parole de Dieu, par lui répandue, touchera les cœurs et convertira la grande ville païenne. Dieu l’y a fait revenir, lui faisant comprendre que c’est là sa mission et qu'in n'y échappera pas ! 

            Comme le dit une très belle prière de l’Eglise, Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Et il a confié à l’Eglise, c'est-à-dire à l’assemblée des croyants, la mission de dire son salut à tous les hommes. En répandant cette Bonne Nouvelle, en nous reprenant les uns les autres, en invitant sans cesse à la conversion des cœurs, en ne désespérant jamais de l’homme, nous nous acquittons de cette dette d’amour mutuel, nous qui sommes infiniment aimés de Dieu. Si Dieu a suffisamment d’amour pour nous, comment douter qu’il puisse n’en avoir pas autant pour tout humain à qui il donne la vie ? N’oublions jamais que nous avons cette dette d’amour mutuel : elle nous oblige à aimer toujours, à aimer chacun, quoi qu’il ait pu faire ! Amen.

samedi 29 juillet 2023

17ème dimanche ordinaire A - 30 juillet 2023

 Tout est don, et nous sommes appelés à témoigner de ces dons.


 

 



 


            Il existe encore un malentendu concernant la foi ; il consiste à croire que, pour être sauvés, il nous faut faire des choses pour Dieu, comprenez : il nous faut être gentil avec lui pour qu’il soit gentil avec nous. Ce malentendu a permis le développement de ce que l’on peut appeler « la théologie de la sueur », comprenez des efforts sans cesse à faire pour plaire à Dieu. Et plus vous fournissez des efforts, plus on vous fera comprendre que ce n’est pas encore assez, et donc plus vous continuerez à faire des efforts, jusqu’au jour où soit vous serez découragés et enverrez tout valser, soit vous aurez compris que Dieu n’agit pas envers nous comme un maître tyrannique, jamais satisfait de nous et qui exige toujours plus de nous. Vous entrerez alors dans une relation renouvelée avec ce Père que Jésus ne cesse d’annoncer et qui nous invite à la joie dans son Royaume. 

            N’est-ce pas ce que Paul nous dit dans la deuxième lecture entendue ? Pour parvenir à la gloire du Royaume, Paul ne nous dit pas ce qu’il nous faut faire ; il nous explique tout ce que Dieu fait pour nous. Ecoutons-le à nouveau : Ceux qu’il a destinés d’avance [à être ses fils], il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire. Le sujet de toutes ces actions, ce n’est pas l’homme, c’est Dieu ! C’est Dieu qui fait de nous ses fils et ses filles en Jésus, le premier-né d’une multitude de frères. Et il le fait d’avance, c'est-à-dire que cela fait partie de son projet depuis toujours. Dieu ne veut pas que l’homme se perde loin de lui ; Dieu ne veut pas la mort de l’homme. Il veut sa vie, et pour lui gagner cette vie, il offre Jésus. Pour que l’homme parvienne au Royaume, Dieu prend les devants, et fait tout ce qui est nécessaire pour que l’homme parvienne là où Dieu l’attend. Il nous appelle à être ses fils (ce que le baptême réalise effectivement), il fait de nous des justes (des hommes et des femmes capables de vivre selon la justice de Dieu), il nous a donné sa gloire (c’est quelque chose que nous possédons déjà). Vivre dans la gloire de Dieu, cela commence dès ici-bas, dès notre baptême. Tout ce que Dieu veut pour nous, il l’a déjà fait pour nous ; il nous a déjà tout donné, en Jésus, son Fils, mort et ressuscité pour notre vie. Il faudra bien un jour que cela rentre dans nos têtes peut-être trop petites pour tout l’amour que Dieu déverse sur nous ! 

            Mais alors, me direz-vous, il n’y a donc pas d’efforts à faire ? Ben non, en fait, non. Ce qu’il convient de faire, c’est de répondre à l’amour que Dieu déverse sur nous. Quand vous êtes tombés amoureux, avez-vous eu des efforts à faire pour dire et vivre votre amour ? Il n’y a pas d’efforts à faire, il y a un amour à accueillir dans un premier temps ; pour être clair, il nous faut reconnaître cet amour de Dieu pour nous et l’en remercier. Et dans un second temps, il faut témoigner de cet amour, c'est-à-dire partager aux autres que nous sommes tous aimés infiniment par Dieu. Et comment fait-on cela ? Pas d’abord par des mots, mais en vivant de manière amoureuse, pas seulement avec Dieu, mais aussi avec tous ceux et celles qu’il met sur notre route. Témoigner de l’amour de Dieu dont nous bénéficions, c’est d’abord répandre cet amour autour de nous par une vie conforme à cet amour. Je redonne plus loin l’amour qui m’est donné ; je le partage largement parce que je l’ai reçu largement ! L’amour de Dieu pour nous ne s’épuise pas, tant qu’il se partage, tant qu’il se répand ; bien au contraire, plus je le partage, plus j’en reçois. Et cela, ce n’est pas un effort à faire, c’est juste une reconnaissance à avoir. Tu m’aimes, Seigneur ; avec ton amour, je peux aimer à mon tour. Et quand nous vivons ainsi, nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons pour nous, parce que reconnaissons-le, c’est quand même plus gratifiant, plus équilibrant, plus libérateur que de vivre en aimant les autres grâce à l’amour de Dieu, que de vivre en nous défiant des autres, en les critiquant, en ne les aimant pas. Nos mauvaises humeurs, nos déprimes, nos colères ne viennent jamais d’un excès d’amour, mais d’un manque d’amour. Ces choses qui nous rongent viennent de ce que nous ne reconnaissons pas ou ne reconnaissons plus combien nous sommes aimés pour ce que nous sommes, tels que nous sommes ; ces mauvaises choses viennent de ce que nous ne transmettons plus l’amour dont nous bénéficions. Nous en avons déjà tous fait l’expérience : c’est quand nous n’aimons plus ou que nous ne nous sentons plus aimés, que nous broyons du noir. Quiconque aime, est dans la joie ; quiconque aime, sait ouvrir son cœur aux autres parce que sa joie, il veut la partager. 

            Avec Paul, passons d’une « théologie de la sueur pour gagner l’amour de Dieu » à une « théologie de la reconnaissance que Dieu nous aime par grâce ». Accueillons ces dons qu’il a préparé pour nous et répandons-les autour de nous. Dieu aime la multitude des hommes d’un amour égal ; il ne nous aimera pas moins parce qu’il en aimera d’autres. Son amour est pour tous, de la même manière, parce que nous sommes tous appelés à devenir fils et filles de Dieu, dans cet immense amour que Dieu porte aux hommes qu’il a créés. Nous aimons Dieu quand nous reconnaissons l’amour qu’il nous porte ; et quand nous aimons Dieu, lui-même fait tout contribuer à [notre] bien, parce que Dieu ne peut pas ne plus aimer. Que cette bonne nouvelle soit pour nous source d’une vraie joie. Amen.