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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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dimanche 24 mai 2026

Pentecôte - 24 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous donne son Esprit.



 

 




            Nous voici donc au terme du temps pascal avec la solennité de la Pentecôte qui nous fait célébrer non pas l’Esprit Saint, mais le don de l’Esprit à la jeune communauté qui croit en Jésus mort et ressuscité. Tout au long du temps pascal, nous avons vu ce que Dieu fait pour nous pour nous dire son amour. Au terme de ce parcours, Dieu nous dit son amour en nous donnant son Esprit. Et ce n’est pas juste un détail de l’Histoire ; c’est un moment fondateur.

             Quand Dieu donne son Esprit, il nous dit d’abord qu’il est avec nous toujours, l’Esprit Saint étant sa manière d’être présent à notre monde depuis que son Fils est retourné auprès de son Père. Ce don est la suite logique de toute l’histoire de Jésus, venu dans le monde redire aux hommes la proximité de Dieu et son attention à notre monde. C’est une ancienne habitude de Dieu de regarder notre monde et de se rendre présent à la vie de ceux qui croient en lui. L’Alliance avec Moïse n’avait-elle pas commencé par cette parole de Dieu : J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris sous les coups des gardes. Avec Jésus, Dieu lui-même est entré dans le monde, s’est fait proche comme jamais en prenant notre humanité. Le Christ ressuscité étant entré dans sa gloire, l’Esprit Saint nous est donné pour que cette présence soit ininterrompue. Dieu ne peut pas abandonner l’humanité qu’il a sauvé par la mort de son Fils. Il s’est lié à nous pour toujours et le don de l’Esprit est comme le sceau de cette union. Avec la force de l’Esprit, nous sommes rendus capables d’assumer la présence de Dieu, de la laisser nous transformer, de nous attacher à Jésus et de vivre son Evangile. L’Esprit reçu nous rend capable de discerner la volonté de Dieu, de le reconnaître comme notre Père et de reconnaître Jésus comme notre Seigneur. Personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint.

            Le don de l’Esprit est aussi le signe que Dieu veut l’Eglise comme le lieu où le salut en Jésus est annoncé. Le fait que les peuples nombreux, rassemblés à Jérusalem pour la fête juive de la Pentecôte, entendent chacun dans son propre dialecte les Apôtres qui parlaient, témoigne bien que le salut n’est pas réservé aux Apôtres et à ceux qui se convertissent à Jérusalem, mais qu’il est bien pour tous. Le don de l’Esprit fait exploser les frontières naturelles de l’Eglise (le peuple juif dont Jésus est issu) pour englober tous les peuples de la terre. En ce sens, nous pourrions dire que la mission d’un Paul de Tarse vers les nations païennes est déjà présente en germe dans cette Bonne Nouvelle entendue et comprise par chacun dans sa langue propre. Tous nous entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. En Dieu, par le ministère de Jésus et par le don de l’Esprit Saint, il n’y a plus d’étrangers, il n’y a que des frères et des sœurs rachetés par le Christ, invités à vivre avec tous la Bonne Nouvelle. Accueillir l’Esprit revient à accueillir l’humanité dans sa totalité et refuser de ne parler et ne vivre qu’avec ceux et celles qui ont les mêmes origines que nous. Le don de l’Esprit Saint, sans rien enlever à ce qui fait de nous êtres uniques, nous rend pourtant semblables en ce sens qu’il nous fait frères et sœurs en Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous. Et c’est l’honneur de l’Eglise d’être le lieu qui rassemble les enfants de Dieu dispersés.

             La merveilleuse séquence de la Pentecôte nous a fait chanter l’œuvre de l’Esprit dans notre vie. Il est celui qui nous dispense les dons de Dieu, la lumière de nos cœurs, notre consolateur, notre repos, notre réconfort. Il est celui qui lave en nous ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guérit ce qui est blessé. Nous retrouvons ici l’affirmation de Jésus dans l’Evangile : A qui vous remettrez les péchés, ils seront remis. Il n’est pas de vie chrétienne qui ne soit une vie dans la force de l’Esprit Saint. Ce serait nous illusionner gravement que de croire que nous pouvons, par nos seules forces et notre seule volonté, marcher à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu, sans l’aide de l’Esprit Saint. Il est à notre vie croyante ce que l’oxygène est à notre vie humaine : indispensable, parce qu’il est le souffle de Dieu qui nous anime et nous fait vivre. Il est celui qui nous fait respirer Dieu à chaque instant. Il est le don ultime de qui vont jaillir toutes les grâces et toute la connaissance de Dieu. Il nous pousse à faire le bien et à rejeter le mal. Nous devons tout à ce don.

            En ce jour de la Pentecôte, demandons à Dieu de renouveler en nous ce don de l’Esprit, pour que notre baptême en reçoive une nouvelle jeunesse ; qu’il creuse en nous la soif de Dieu et le désir de vivre avec lui aujourd’hui et toujours. Amen.


lundi 9 juin 2025

Pentecôte - 08 juin 2025

 Pâques, l'expérience de la vie dans l'Esprit Saint.






 

            Aujourd’hui s’achève le temps de Pâques. Durant cinquante jours, nous avons approfondi ce mystère pascal à travers les différentes expériences qu’il nous propose de vivre. Avec la Pentecôte et le don de l’Esprit Saint, nous découvrons que le mystère de Pâques se poursuit dans notre vie quotidienne, car Pâques, c’est aussi l’expérience de la vie dans l’Esprit Saint, donné pour faire de nous d’authentiques disciples du Ressuscité, capables de rendre compte de l’originalité de la foi chrétienne.

            Lorsque nous lisons les évangiles qui relatent la vie des disciples à partir du matin de Pâques et que nous ouvrons le livre des Actes des Apôtres, nous pouvons presque pousser un ouf de soulagement quand vient le jour de la Pentecôte. Tout change avec cet événement singulier : un violent coup de vent, des langues qu’on aurait dites de feu qui se partageaient et se posèrent sur chaque Apôtre. Vous aurez noté que Luc ne parle pas de flamme, mais bien de langues de feu. La conséquence est immédiate : les bouches s’ouvrent, les langues se délient, la Bonne Nouvelle est annoncée. Chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit, si bien que chacun qui les écoute, les entend dans son propre dialecte, sa langue maternelle. Nous comprenons immédiatement ce que Jésus disait au soir de sa mort quand il affirmait à ses disciples que l’Esprit Saint que le Père enverra en [son] nom enseignera tout et il [nous] fera souvenir de tout ce que [Jésus nous a] dit. C’est la première conséquence d’une vie dans l’Esprit Saint : nous comprenons la Bonne Nouvelle et nous sommes capables de la répandre, de la dire à notre tour. 

            Nous pouvons alors faire un pas de plus et entendre ce que dit Paul aux chrétiens de Rome. L’Esprit Saint nous libère de l’emprise de la chair. Il nous fait vivre selon l’esprit du Christ. Vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Nous avons donc en nous, par le don de l’Esprit, toute la force nécessaire pour rester ce que nous sommes devenus par la mort et la résurrection du Christ : des fils et des filles de Dieu. L’Esprit [nous] fait vivre de la vie même de Dieu. Et cela ouvre notre espérance de vivre désormais pour toujours avec Dieu, mais si la mort limitera toujours notre passage sur terre. Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. La vie dans l’Esprit, c’est la vie dans cette espérance de vivre pour toute éternité avec Dieu et en Dieu, parce que le Christ, mort et ressuscité, vit en nous. La conséquence de cette vie dans l’Esprit, c’est le rejet, par tout croyant, de tout ce qui conduit au mal et à la mort. Croire en Dieu, c’est refuser de vivre dans le mal. Croire en Dieu, c’est refuser de rendre le mal pour le mal. Il n’est pas possible de dire, sous la conduite de l’Esprit Saint, que Dieu est notre Père, et en même temps de continuer à répandre le mal, le mensonge, la haine… Vivre dans l’Esprit, c’est aligner toute notre vie, nos paroles et nos actes, sur l’enseignement de Jésus donné dans l’Evangile.

            Un dernier mot concernant l’Esprit Saint. Il n’est pas donné pour nous accuser si d’aventure nous tombions malgré tout sur le chemin. Il n’est pas donné pour nous condamner. Il est donné pour prendre soin de nous. Il est notre Défenseur ; c’est ainsi que Jésus l’appelle, et non pas notre procureur. Il est le feu qui ravive en nous le désir de vivre selon notre baptême ; il est la force qui nous relève lorsque nous succombons à la tentation ; il est le vent qui nous pousse lorsque le chemin se fait difficile ; il est la lumière qui éclaire nos décisions ; il est l’huile qui assouplit nos relations ; il est le parfum agréable de la présence permanente de Dieu dans notre vie. Quand l’Esprit vous saisit, ne luttez pas contre lui, mais luttez avec lui et votre vie sera belle, et votre vie aura un avenir radieux.

            En cette fête de la Pentecôte, que l’Esprit renouvelle notre manière d’être disciples du Christ, pour qu’à travers nous, il puisse renouveler la face de ce monde qui en a bien besoin, dans les crises successives qu’il connaît. Invoquons chaque jour sa présence à notre monde, à notre vie, pour que nous puissions vivre cette expérience d’une vie dans l’Esprit Saint. Que notre prière quotidienne nous fasse implorer sa présence : Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Amen.

samedi 18 mai 2024

Pentecôte - 19 mai 2024

 Jésus est ressuscité ; il nous envoie son Esprit.



 (Source : Pentecôte - Egliseinfo.be)

 



            Nous voici donc au terme du temps pascal. Jésus est ressuscité ; il est monté au ciel auprès de son Père. Aujourd’hui, il tient sa promesse. Il fait aux hommes le don de son Esprit Saint. Et alors ? Cela a changé quoi pour les Apôtres ? Cela change quoi pour nous ? La réponse tient en un seul mot : tout ! Oui, cela change tout ! 

            Voyez les Apôtres. Ils sont tous réunis, selon l’habitude. On pourrait dire que depuis Pâques, ils restent entre eux. Nous pouvons comprendre cela de deux manières : soit ils ont encore peur, ils n’osent pas sortir, soit ils obéissent à Jésus qui a promis l’Esprit Saint, mais qui leur a dit aussi d’attendre ce don avant d’être ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous l’avons tous entendu le jour de l’Ascension. La Pentecôte est l’un de ses moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Avec ce don de l’Esprit Saint, le moment est venu pour les Apôtres d’être ce qu’ils doivent être : témoins de la résurrection. Ils en ont été les témoins dans leur groupe jusqu’à ce jour ; ils doivent désormais en être les témoins pour tous les hommes. La résurrection de Jésus n’était pas juste un fait pour les seuls Apôtres, désemparés après la mort en croix de leur Maître et Seigneur. Elle est un événement pour toute l’humanité, de leur époque et à travers le temps et l’Histoire. Que nous partions du principe qu’ils sont restés entre eux par peur ou par obéissance, le résultat est le même ; il est surprenant ! Ces hommes sortent de chez eux et parlent à tous ceux qui sont ici. La longue énumération des peuples présents à Jérusalem ce jour-là, qui entendent les Apôtres, chacun dans son propre dialecte, sa langue maternelle, renforce encore l’idée que quelque chose de neuf et de puissant vient de se réaliser et de commencer surtout. Ce n’est pas un événement isolé ; il est appelé à se répéter, encore et encore, jusqu’à ce que la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité soit parvenue aux bouts du monde. La lecture des Actes des Apôtres nous en a apporté un témoignage saisissant tout au long de ce temps pascal. L’Esprit Saint est ce violent coup de vent et ce feu qui se répand sur les Apôtres. Le vent violent qui pousse vers l’extérieur, le feu qui consume le cœur de l’intérieur, et des Apôtres qui annoncent la résurrection, et de ceux qui entendent la Bonne Nouvelle. Un tel feu ne s’éteint pas ; un tel vent ne se calme pas ! 

            Ce qui a eu lieu pour les Apôtres, a lieu pour nous aussi. Ce même Esprit nous a été donné au jour de notre baptême et de notre confirmation, pour nous pousser vers les autres, le cœur brûlant de l’amour du Christ et des frères. Nous pouvons étouffer en nous ce feu ; nous pouvons résister au vent de l’Esprit ; mais nous ne pouvons pas les chasser de notre vie. Nous vivons de cet Esprit ; nous grandissons dans notre foi par cet Esprit ; nous appelons Dieu « notre Père » à cause de cet Esprit qui nous le révèle ; nous devenons capables de vivre en frères parce que cet Esprit brûle en nous les traces de violence, de jalousie, de haine et que le vent de l’Esprit nous pousse les uns vers les autres. Que nous en soyons conscients ou pas, l’Esprit agit en nous. Il agit plus efficacement sans doute si nous coopérons avec lui et le laissons agir, mais il agit toujours, discrètement. Il est en nous comme le souffle de notre vie ; il est en nous comme ce feu qui éclaire et qui réchauffe ; il est avec nous toujours ! Aucune de nos communautés, aucun croyant ne pourrait vivre sans cet Esprit solidement ancré en lui. Si après des années loin de Dieu, certains recommencent un parcours de foi, c’est parce que l’Esprit en eux n’a jamais vraiment été éteint. Si certains renoncent à la vengeance, c’est parce que l’Esprit leur rappelle de quel amour ils sont aimés, et de quel amour ils doivent aimer. La présence de l’Esprit en moi, c’est cette part de moi qui ne désespère jamais ni de moi, ni des autres. La présence de l’Esprit en moi, c’est cette petite voix qui murmure encore et toujours le nom de Dieu, quand bien même le péché semble avoir envahi ma vie. La présence de l’Esprit en moi, c’est ce courage de dire : je dois changer, je dois devenir la meilleure version de moi-même, pour moi et pour les autres. La présence de l’Esprit en moi fait que je suis capable de reconnaître Dieu quand il passe dans ma vie par une rencontre, une parole, un moment de grâce. Nous avons tous fait l’expérience d’être accompagné, protégé, aimé, sans trop que nous soyons capables de dire par qui ou pourquoi. Laissons l’Esprit Saint vivre en nous, puisqu’il a fait sa demeure en nous. Osons demander à Dieu, en cette Pentecôte, de renouveler en nous ce feu qui brûlait jadis le cœur des disciples d’Emmaüs. Osons demander à Dieu, en cette Pentecôte, de renouveler en nous ce vent puissant qui nous pousse vers les autres pour construire avec eux un monde plus humain, plus fraternel. Nous ne sommes pas faits pour une vie pépère, mais pour une vie avec le Père et le Fils dans la puissance de l’Esprit Saint. Nous sommes faits pour l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi. 

            Quand nous laisserons à nouveau l’Esprit vivre en nous, il transformera nos communautés en profondeur et elles deviendront des signes que Dieu aime le monde et veut pour le monde la joie et la vie. Vivons dans la force de l’Esprit pour devenir des vivants, à l’image du Christ, qui est ressuscité, assis à la droite de Dieu et qui nous partage son Esprit, sa vie, pour aujourd’hui, demain et toujours. Amen.

dimanche 28 mai 2023

Pentecôte - 28 mai 2023

 Du Ressuscité, accueillir l'Esprit et nous laisser envoyer.



(Source de l'icône : e-monsite.com) 

 



            Le temps pascal s’achève avec cette fête de la Pentecôte et pour nous faire comprendre l’unité de ce temps, la page d’Evangile nous rapporte le récit d’une apparition de Jésus, le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques. Le don de l’Esprit Saint est intimement lié à l’événement de la mort et la résurrection de Jésus, Jésus lui-même ayant assuré à ses disciples que l’Esprit ne pourrait venir que lorsque Lui serait parti. L’événement pascal va au-delà de la mort - résurrection de Jésus ; il va jusqu’à ce jour où la promesse de l’Esprit est réalisée. 

            De cette page d’évangile, la première chose à retenir, c’est le souhait de paix formulé par Jésus. S’il est allé jusqu’à offrir sa vie sur la croix, c’est pour que nous trouvions le chemin de la paix. D’abord de la paix intérieure qui nous envahie lorsque nous renonçons au péché et à tout ce qui conduit vers des attitudes de mort, mais aussi de la paix avec ceux qui croisent notre route ; je ne peux être en paix avec moi si mon cœur fait la guerre ne serait-ce qu’à un seul frère ! La paix n’est pas un effort à faire, mais un don du Ressuscité à accueillir. Si nous accordons un temps soit peu d’importance à son sacrifice sur la croix, accueillir ce don de la paix, c’est dire au Christ le prix que nous accordons à ce sacrifice, et l’estime en laquelle nous le tenons pour s’être offert ainsi sur la croix. Accueillir le don de la paix qu’il nous offre sera notre réponse aimante à Jésus qui a donné sa vie pour nous. Pour le dire autrement, tu ne peux pas te dire disciple de Jésus sans accueillir ce don. Un chrétien qui refuserait d’être porteur de paix, un chrétien amoureux de la guerre, n’est pas un authentique disciple du Christ. Ce n’est pas possible ; cela ne devrait même pas exister. Aimer le Christ, c’est aimer la paix qu’il nous donne. Et vous aurez remarqué que ce souhait de paix de la part du Christ est un souhait renouvelé. Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Puisque, de mémoire, c’est la seule fois que Jésus se répète ainsi, c’est bien que cela doit être d’une particulière importance. 

            Deuxième constat : c’est seulement quand le souhait de paix est reformulé, que Jésus souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Nul ne peut accueillir l’Esprit Saint dans l’agitation ; nul ne peut accueillir l’Esprit Saint quand il se dispute avec les autres. Nul ne peut accueillir l’Esprit quand il n’est pas en paix et n’agit pas en paix. L’Esprit de Jésus est un Esprit de paix : il suppose la paix, il engendre la paix, il garantit la paix. Peut-être faut-il voir là la raison pour laquelle, lorsque le pardon est célébré sacramentellement, le prêtre impose les mains au confessant en même temps qu’il prononce les paroles d’absolution. Et qu’est-ce, l’absolution sacramentelle sinon le début de la paix retrouvée, à l’intérieur de nos cœurs, avec nos frères et sœurs en humanité que notre péché avait blessés et éloignés de nous et avec Dieu ? Il nous faut un degré de paix intérieure pour accueillir l’Esprit de réconciliation qui nous établira définitivement dans la paix du Ressuscité qui nous offre le pardon. N’oublions jamais et autant que cela est possible, de demander la grâce de la paix ; c’est une prière toujours exaucée ! Vivre dans l’Esprit du Ressuscité, c’est vivre du pardon qu’il accorde et faire en sorte que ce pardon se répande. 

Dernier constat : la paix et l’Esprit Saint offerts ne peuvent être gardés. Ce sont des dons à partager, des dons qui nous mettent en route. Entendez bien Jésus : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. La paix reçue dans la force de l’Esprit nous fait missionnaire ! Si les dons que Dieu nous fait sont bien pour nous, ils n’en sont pas pour autant à garder jalousement, mais à partager joyeusement. La paix n’augmente que lorsqu’elle se partage. L’Esprit Saint n’agit efficacement que lorsqu’il m’ouvre aux autres. Les dons de Dieu ne nous enferment pas sur nous-mêmes, mais nous poussent à la rencontre, à la communion avec Dieu, certes, mais aussi avec les autres pour lesquels il a pareillement offert sa vie. Un chrétien baptisé et confirmé dans la force de l’Esprit Saint ne saurait s’isoler. Et quand bien même il se ferait ermite, ce serait toujours dans une grande communion avec l’humanité. Nul ne se retire du monde par haine du monde, mais bien pour le porter davantage encore dans sa prière et dans son cœur. 

            Au terme de ce chemin pascal, nous comprenons alors que toute l’œuvre du Christ est une œuvre de pardon et de paix avec et pour toute l’humanité. Le grand projet de Dieu pour les hommes n’est rien d’autre que cela. Il est projet d’amour qui veut faire de toute l’humanité une grande famille qui s’aime, vive en paix, dans un esprit de réconciliation permanent. Nous avons eu la grâce de cinquante jours pour nous ouvrir à cette compréhension. Que cette Pentecôte soit pour nous l’occasion d’un renouveau de notre esprit missionnaire pour que le monde dans lequel nous vivons accueille cette paix. Que l’Esprit Saint répandu aujourd’hui fasse de nous des artisans de paix et des missionnaires de la réconciliation entre tous les hommes. Amen.

samedi 22 mai 2021

Pentecôte - 23 mai 2021

 L'Esprit Saint vous conduira dans la vérité tout entière.




La Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui marque la fin du temps pascal. Nous avons célébré avec intensité le cœur de notre foi, la mort et la résurrection de Jésus ; nous avons médité son retour dans la gloire. Voici l’accomplissement de la promesse qu’il a faite à ses disciples : Je vous enverrai un Défenseur. C’est le don de l’Esprit Saint. Je voudrais reprendre avec vous cette autre affirmation de Jésus au sujet de l’Esprit, entendu dans l’Evangile de ce jour : Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. 

            En ces temps modernes, voire post-modernes, il en est beaucoup pour dire qu’il n’est pas possible de parler de la vérité, mais qu’il serait préférable de parler de vérités, puisqu’elles seraient multiples. Qui pourrait prétendre détenir la vérité dans un monde complexe et multiculturel ? Et puisque personne ne peut posséder la vérité, il faudrait accepter que l’idée même d’une vérité soit fausse. Il nous faut alors nous rappeler que Jésus lui-même n’a jamais dit détenir la vérité, mais être la vérité. Je suis le chemin, la vérité, la vie. La vérité n’est donc pas d’abord une idée, mais une personne : le Christ. Quand Jésus affirme que l’Esprit nous conduira dans la vérité tout entière, nous pouvons donc comprendre qu’il nous conduira vers le Christ, vers la pleine connaissance du Christ. Et l’Esprit Saint ne nous trompe pas quand il nous mène vers le Christ puisqu’il est l’Esprit de vérité. Il n’y a rien de faux en lui ; il est vraiment notre défenseur. 

            Notez encore que Jésus parle de la vérité tout entière, et pas d’une demi-vérité ou d’une vérité relative. Autrement dit, il nous faut considérer le Christ, mais aussi toute son œuvre pour comprendre ce que l’Esprit nous révèle. Nous ne nous attachons pas au Christ juste parce que cela fait joli, ou pour que le Christ ne se retrouve pas tout seul. Être conduit au Christ par l’Esprit, c’est entrer dans le mouvement de salut que le Christ a inauguré. C’est bien plus grand que d’être simplement un ami de Jésus. L’Esprit Saint nous fait alors découvrir que nous sommes faits pour Dieu, faits pour vivre avec lui. C’est une juste compréhension de l’œuvre du Christ, du don de sa vie sur la croix par amour pour nous. En clôturant le temps pascal, la Pentecôte nous dit que ce que nous avons célébré durant cinquante jours, ce n’est pas qu’une page d’histoire, mais bien notre histoire qui s’écrit toujours et encore, et que le salut proposé par le Christ est toujours actuel. 

            Faits pour Dieu, nous sommes aussi faits pour les autres. Avec l’Esprit Saint, nous devons rendre témoignage du Christ, de son œuvre, de ce qu’il réalise dans notre vie. Être conduit dans la vérité tout entière, c’est être conduit aussi vers notre accomplissement. Et l’accomplissement du chrétien, ce n’est pas seulement vivre de Jésus, mais témoigner de lui. J’entends cette nécessité comme l’affirmation que nous ne possédons pas, et ne possèderons jamais, le Christ. Nous ne pouvons pas mettre la main sur lui ; nous ne pouvons pas le garder pour nous. Ayant accueilli le Christ comme celui qui est la vérité de notre existence, nous ne pouvons que le partager, largement, pour que d’autres puissent reconnaître qu’il est la vérité de l’homme, la vérité de Dieu, la vérité du lien qui unit l’homme à Dieu. C’est le témoignage éloquent des Apôtres au jour même de la Pentecôte qui nous invite à prendre notre part dans cette annonce. Et il n’est pas besoin pour cela de savoir parler d’autres langues. La langue de l’amour suffit pour que les hommes, quelle que soit leur propre langue, puissent nous comprendre. C’est la langue même de Dieu, puisque Dieu est amour. 

            Arrivés au terme du temps pascal, n’en considérons pas pour autant la Pentecôte comme la fin de tout. Au contraire, les Actes des Apôtres que nous avons lu durant ces sept semaines sont l’écriture de l’œuvre de Dieu après la Pentecôte. Il nous faut donc considérer cette fête comme le commencement de la mission de l’Eglise, le commencement de la mission pour chaque baptisé. Avec l’Esprit, il n’est pas possible de s’endormir sur les lauriers de la victoire du Christ sur la mort. Avec l’Esprit, nous pouvons écrire nos propres actes pour faire advenir le règne du Christ dans tous les cœurs. Laissons-nous saisir à nouveau par cet Esprit ; laissons-nous conduire par lui dans la vérité tout entière. Amen.

samedi 30 mai 2020

Pentecôte - 31 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer de la peur au témoignage.








            Nous terminons notre parcours pascal avec la fête de la Pentecôte ; une dernière occasion pour approfondir ce que signifie vivre dans la dynamique de Jésus, mort et ressuscité pour nous ; une dernière occasion pour découvrir un sens à ce passage fondamental de la mort à la vie. Il s’agit du passage de la peur au témoignage. Nous vivons ce passage à la suite du Ressuscité, dans la puissance de son souffle. 

            L’Evangile de Jean que nous venons d’entendre nous montre en effet que Pâques et Pentecôte sont liées. C’est le soir de Pâques que le Christ apparaît à ses disciples alors que les portes du lieu où [ils] se trouvaient étaient verrouillées par crainte des Juifs. Et un peu plus loin, l’évangéliste Jean témoigne : Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint… ». Le souffle de Dieu est transmis aux disciples par le Verbe de Dieu, ressuscité d’entre les morts. C’est dans bien dans la dynamique de Pâques qu’est donné l’Esprit Saint. Le Christ va s’effacer, rejoindre son Père et envoyer son souffle, ce souffle créateur dont parle la Genèse au commencement, ce souffle de vie dont parle le prophète Ezéchiel dans la vision des ossements desséchés. Le don de l’Esprit Saint est fait à ceux qui passent de la mort à la vie à la suite du Ressuscité : c’est ce qui se joue au moment de notre baptême. Ce lien est indissoluble. Et nous avons vu, dans notre lecture continue des Actes des Apôtres, que lorsque l’Esprit Saint est donné d’abord, le baptême au nom de Jésus Christ, qui signifie le passage de la mort à la vie, est donné immédiatement. C’est ce qui est arrivé lors de la venue de Pierre chez le Centurion Corneille. Le passage de la mort à la vie se fait dans la puissance du souffle de Dieu. 

            La première lecture, extraite du livre des Actes justement, nous montre l’événement même de la Pentecôte, tel que l’ont vécu les Apôtres. Au-delà du coup de vent et des langues de feu, je voudrais retenir aujourd’hui ce que ce don déclenche chez ceux qui ont reçu l’Esprit Saint. Et le constat est simple : ceux qui ont reçu l’Esprit se mettent à témoigner. La peur, qui avait saisi la jeune communauté au moment de la mort du Christ, les a abandonnés. La foule, rassemblée à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte Juive, les entend témoigner des merveilles de Dieu, la plus grande étant justement d’avoir rendu à la vie celui que les hommes avaient crucifié. Il n’y a plus de trace de peur dans la vie de ces hommes ; tout le livre des Actes en témoigne. Ce souffle de Dieu donne un nouveau souffle à cette jeune communauté. L’Evangile est annoncé à tous, en commençant par Jérusalem, puis à toute la Judée, la Galilée et la Samarie, en attendant de s’étendre au monde entier par les missions de Paul. Vivre dans la dynamique de Pâques, vivre de ce souffle de Dieu, c’est fondamentalement témoigner de ce Dieu qui sans cesse nous appelle à passer de la mort à la vie, c’est fondamentalement vivre de la vie même du Ressuscité qui s’est livré pour nous. Il n’y a pas à opposer Jésus Christ et l’Esprit Saint ; il faut les tenir ensemble, le premier nous donnant le second, et le second nous faisant comprendre ce que nous disait le premier, par ses paroles, par ses actes, par sa mort et sa résurrection. 

            La puissance de vie du Christ est en nous depuis notre baptême ; le souffle de Dieu nous a été donné à ce moment-là déjà et il a été confirmé par l’Eglise au moment de notre confirmation. C’est par toute notre vie que nous devons maintenant confirmer que nous voulons vivre du Ressuscité, dans la puissance de son souffle. Cela commence par notre témoignage de vie d’abord ; et pour ceux à qui est donné le don d’une parole sage, le témoignage passe aussi par l’enseignement de Jésus Christ, par la catéchèse et la prédication. Mais chaque croyant peut dire à sa manière ce que cela change pour lui de vivre dans ce souffle de vie reçu du Ressuscité. Les petits cénacles qui se sont mis en place durant la neuvaine de la Pentecôte en sont bien l’illustration. Aujourd’hui, avec cette fête, le temps pascal s’achève ; mais il n’achève pas le temps du témoignage. Bien au contraire, il l’inaugure. Ayant célébré aujourd’hui ce don perpétuel de Dieu aux hommes, nous ne saurions ni nous taire, ni nous effacer, ni confiner encore notre foi. Nous n’avons d’autre option que le témoignage, dans la confiance de la présence du Ressuscité, Verbe de Dieu fait chair. Dans ce corps du Christ que nous formons parce que baptisés, incorporés au Christ, nous avons à tenir notre place particulière. L’Esprit Saint nous aidera à la trouver et à accomplir ce à quoi Dieu nous appelle. Il nous appelle et nous rend capable de vivre ce qu’il attend de nous. 

            Si vous aviez dit à Pierre, la veille de la Pentecôte, que le lendemain, il se trouverait sur la place publique à parler de Dieu et de Jésus, sans doute vous aurait-il pris pour un fou. Quand il a accueilli l’Esprit Saint, il s’est senti pousser à témoigner. Vous pouvez bien me prendre pour un fou, mais quand vous aurez accueilli l’Esprit Saint, quand vous lui aurez laissé le gouvernail de votre vie, vous le verrez vous mener là où vous ne pensiez pas aller. En ce jour de la Pentecôte, demandons le don renouvelé de la présence de ce souffle divin en nous et acceptons qu’il nous conduise là où Dieu nous attend, pour le bien de tous. Car à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. Amen.




(Arcabas, La Pentecôte, trouvé sur internet)

samedi 8 juin 2019

Pentecôte C - 09 juin 2019

L'Esprit nous donne de vivre notre dignité baptismale.

(Messe du jour)







Dieu te marque de l’huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle. Telle est la fin de la formule de l’onction avec le Saint Chrême lors d’un baptême d’enfant. Cette onction manifeste le don de l’Esprit qui est fait à tout croyant au commencement de sa vie chrétienne. Nous comprenons ainsi très vite que celui qui est appelé par Dieu à la vie, reçoit de lui l’Esprit Saint pour que le nouveau croyant demeure dans le Christ, vive avec Jésus pour toujours. L’articulation des trois est ainsi clairement exprimée : Dieu appelle, le Christ sauve, l’Esprit Saint permet de demeurer dans le Christ, autrement dit de vivre selon son enseignement. 

La fête de la Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui vient donc admirablement clore le temps pascal. Le Christ est retourné chez son Père, partager sa gloire ; il envoie son Esprit, comme il l’avait promis aux siens. C’est cet Esprit qui permettra désormais aux fidèles du Christ de reconnaître sa présence, de mener leur vie en conformité avec leur foi. C’est bien ce qu’enseigne Paul aux chrétiens de Rome. Vous êtes [sous l’emprise de] l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Et plus loin : Si le Christ est en vous (…) l’Esprit vous fait vivre. L’Esprit Saint n’est donc pas juste un truc en plus pour finir le temps pascal en beauté. Sa présence nous est aussi indispensable que le pain et le vin de l’Eucharistie ; son souffle nous est aussi indispensable que l’air que nous respirons ; sa lumière nous est indispensable pour approfondir toujours plus l’enseignement du Christ ; sa force nous est indispensable pour résister aux assauts du péché. Sans l’Esprit, nous ne serions rien ; sans l’Esprit, nous ne tiendrions pas longtemps dans la fidélité au Christ ; sans l’Esprit, nous serions livrés à nos passions charnelles. Notre vie en Christ, c’est à l’Esprit que nous la devons. Il nous fait vivre notre dignité baptismale. 

Paul le reconnaît quand il affirme : Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Sans l’Esprit Saint, pas de filiation divine. Certes, quand Jésus a appris à ses disciples à prier, il leur a donné le Notre Père. Autrement dit, il nous demande de nous reconnaître fils quand nous nous adressons à Dieu. Mais, dit Paul, nous avons reçu un Esprit qui fait de nous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Jésus nous a donné le texte, les mots de la prière ; l’Esprit Saint nous donne la capacité de les dire. Mieux encore, l’Esprit Saint nous fait comprendre que nous ne nous trompons pas quand nous appelons Dieu, notre Père, puisque c’est l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Il est finalement le garant de notre christianité, de notre fidélité au Christ et à son Evangile. 

Il nous faut entendre alors encore ce que Paul rappelle aux chrétiens de Rome. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. Certains diront qu’il y a le meilleur et le pire dans cette affirmation. Le meilleur, c’est que nous héritons de Dieu, avec le Christ. Ce qui d’une part signifie que nous sommes frères du Christ (nous héritons avec lui), et d’autre part confirme que nous sommes fils de Dieu. Ne le serions-nous pas, nous n’hériterions pas ! Le pire, ce sera le passage par la souffrance, car enfin, aucun de nous n’aime souffrir. Que veut dire Paul ? Simplement qu’il nous faut, comme le Christ, passer la mort pour partager sa gloire ; autrement dit, suivre son chemin, ce chemin que Jésus lui-même a indiqué à ses disciples en disant : Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Ce qui devrait plutôt nous rassurer. Non pas que la croix soit une partie de plaisir, mais nous devons nous souvenir que le Christ a vaincu la croix, une fois pour toutes. Nos croix, nos souffrances, nous les vivons dans les siennes, nous les lui confions pour qu’il nous attire à lui dans sa gloire. Dieu ne permettra que ceux qui sont à lui, ceux qui vivent de son Esprit, soient noyés dans la souffrance. Il les fera venir auprès de lui, ils partageront sa gloire, la gloire du Christ, celui dont ils auront témoigné en tout, y compris au cœur de l’épreuve. 

La séquence de la Pentecôte que nous n’entendons plus guère, mais que je vous invite à relire dans vos missels en rentrant chez vous, nous rappelle alors le rôle protecteur et apaisant de l’Esprit Saint. Dans le labeur [sois] le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort… Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droits ce qui est faussé… donne le salut final, donne la joie éternelle. Que ceci devienne notre prière quotidienne pour une vie dans le Christ, sous la conduite de l’Esprit Saint, à la rencontre du Dieu qui nous appelle. Amen.

(Dessin de M. LEITERER)




Pentecôte C - 09 juin 2019

Un chrétien ne peut se passer de l'Esprit Saint.

(Messe de la veille au soir : première lecture extraite du prophète Ezéchiel)






Il faut faire un peu d’histoire biblique pour comprendre la première lecture entendue, sinon elle ne sera qu’une histoire un peu gore qui, au mieux ne nous dira pas grand-chose, au pire nous donnera des cauchemars. Bien comprendre ce passage nous permettra aussi de mieux comprendre pourquoi un chrétien ne saurait se passer de l’Esprit Saint que nous célébrons en cette fête de la Pentecôte.

Il nous faut remonter loin dans l’histoire de nos ancêtres. Nous sommes en 1030 avant Jésus Christ. Le peuple juif est établi en Terre promise depuis 190 ans et il va trouver le prophète Samuel pour lui demander un roi. Pourquoi soudainement veut-il un roi ? Parce que tous les autres peuples qui l’entourent en ont un. Ils veulent être comme les autres peuples. Samuel leur rappelle alors qu’ils ont déjà un roi, Dieu lui-même. Mais ils insistent. Alors, pour essayer de les décourager, il leur donne les inconvénients de la royauté. Ecoutez plutôt : Voici le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à ses chars et à ses chevaux et ils courront devant son char… il leur fera labourer ses terres, moissonner ses champs, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chars, il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliveraies les meilleures pour les donner à ses officiers. Il prélèvera la dîme sur vos cultures et vos vignes… vos meilleurs serviteurs, vos meilleures servantes, vos meilleurs bœufs et vos meilleurs ânes, il les prendra pour lui et vous-mêmes vous deviendrez ses esclaves. Qu’auriez-vous fait devant un tel portrait ? Renoncer à votre idée d’avoir un roi pour être comme les autres ? Ce n’est pas ce qu’a fait le peuple jadis. Le peuple refusa d’écouter Samuel. 

Je vais accélérer la suite de l’histoire. Vous l’aurez deviné : ils auront leur roi. D’abord Saül, puis David, puis Salomon. Avec ces deux, le royaume sera grand, respecté. Mais dès la mort de Salomon, ses fils se déchirent et le royaume est coupé en deux. De décisions politiques imbéciles en décisions politiques désastreuses, les deux royaumes périclitent et finissent par tomber, chacun leur tour, sous le coup des ennemis. C’en est fini du Royaume d’Israël. Jérusalem est détruite, le Temple rasé ; Dieu lui-même semble défait. Le peuple est déporté à Babylone où il n’aura plus le droit de pratiquer sa religion. Il sera prisonnier, esclave. C’est dans ce contexte qu’apparaît le prophète Ezéchiel dont nous avons entendu une des visions. Parce que même si le peuple avait abandonné le Seigneur, Dieu, lui, n’a jamais abandonné son peuple. La vision des ossements desséchés vient rappeler que l’espérance est toujours possible, et que le Dieu qui avait jadis sorti son peuple de l’esclavage d’Egypte, fera retourner son peuple sur la terre d’Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Et comment Dieu fera-t-il cela ? Il le fera par son Esprit Saint : Prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! (…) Et un peu plus loin : Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez (…) alors vous saurez que je suis le Seigneur Dieu.

Voilà à quoi sert l’Esprit Saint dont nous célébrons le don en cette fête de Pentecôte. Il est ce vent de liberté qui nous fait vivre vraiment. Il est la présence de Dieu en notre vie pour que celle-ci soit grande, qu’elle ait du souffle, qu’elle nous sorte de tous nos tombeaux dans lesquels nous nous enfermons quelquefois : tombeaux de nos haines, tombeaux de nos addictions, tombeaux de notre péché, tombeaux de nos séparations. L’Esprit Saint vient faire toute chose nouvelle dans notre vie. Il vient renouveler la terre comme le chantait le psaume. Alors peut-être que certains se disent : mais je suis vivant moi ! Qu’ai-je besoin de l’Esprit Saint ? Tu es vivant ? Tu respires certes, tu te déplaces aussi ; mais cela signifie-t-il que tu es vivant en vérité ? Être vivant en vérité, c’est vivre selon le cœur de Dieu ; c’est vivre en laissant battre notre cœur au rythme du cœur de Dieu. Et le rythme du cœur de Dieu, c’est l’amour. Tu es vraiment vivant quand tu aimes, et que tu aimes comme Dieu aime : d’un amour infini, d’un amour patient, d’un amour qui supporte tout, d’un amour sans préférence, d’un amour pour tous et chacun de ceux qu’il met sur ta route. Tu es vraiment vivant quand tu aimes d’un amour qui se donne totalement. Aimes-tu ainsi ? Alors tu auras encore besoin de l’Esprit pour qu’il te maintienne dans un tel amour, chaque jour que Dieu te donnera de vivre. 

Un chrétien ne peut pas se passer de l’Esprit Saint. Toujours il nous faut demander à Dieu de renouveler en nous ce don que nous recevons dès notre baptême et dont la plénitude nous est donnée par la confirmation. Toujours nous devons prier l’Esprit d’agir en nous, pour que tous nos choix, toutes nos décisions, toutes nos paroles, soient marqués de sa présence, marqués par l’amour-même de Dieu. Tu veux vivre vraiment ? Alors demande l’Esprit Saint. Tu veux vivre ta vie en grand ? Alors invoque l’Esprit Saint. Tu veux vivre selon la Parole de Dieu ? Alors prie l’Esprit Saint ? Tu veux rester fidèle à ton baptême ? Alors laisse l’Esprit Saint agir en toi. Il est ce fleuve d’eau vive qui emporte tout pour ne laisser que l’amour. Amen.




dimanche 20 mai 2018

Pentecôte B - 20 mai 2018

Que faisons-nous de l'Esprit Saint ?








             Prendrons-nous l’Esprit Saint au sérieux un jour ? Je pose la question suite à un échange que nous avions hier à table entre prêtres. Elle ne remettait pas en cause l’importance de l’Esprit Saint, les prêtres ne feraient pas cela, n’est-ce pas ! Elle portait sur une question qui peut paraître bien secondaire, mais qui, pour moi, est bien révélatrice : la manière dont nous conservons le Saint Chrême. 

            Vous savez sans doute qu’au cours de la Semaine Sainte, chaque évêque préside dans son diocèse la messe chrismale. C’est la messe au cours de laquelle sont bénies l’huile des catéchumènes et l’huile des malades et est consacré, par l’imposition des mains de l’évêque et de tous les prêtres, le Saint Chrême. Consacré : comme le pain et le vin au cours de l’Eucharistie. Nous admettons tous que, lorsque le pain et le vin sont consacrés, ils deviennent le Corps et le Sang du Christ, le rendant ainsi réellement présent au milieu de son peuple. De même, disais-je hier, la consécration de l’huile sainte fait de ce mélange d’huile et de parfum le signe de l’Esprit Saint, le rendant réellement présent. Si tel est le cas, pourquoi alors conservons-nous le Pain eucharistique dans un tabernacle après la messe alors que le Saint Chrême est relégué à la sacristie, entre le rituel du baptême et la cruche qui contiendra l’eau pour le même sacrement ? L’Esprit Saint ne mérite-t-il pas autant de respect que le Christ ? Ne disons-nous pas quelque chose de l’importance que nous accordons à l’Esprit Saint par la manière dont nous le conservons, comme nous le faisons pour le Christ présent dans le Pain eucharistique ? 

            Le fait est que nous ne savons que faire de l’Esprit Saint ! Pourtant il est tout à fait essentiel à notre foi. La présence de l’Esprit Saint dans notre vie, c’est ce que nos frères orthodoxes appellent la divinisation. Nous devenons divins par sa présence ! Comme le Père Cantalamessa, prédicateur de la Maison Pontificale, le rappelait aux prêtres du diocèse ce jeudi, la Pentecôte n’est pas un appendice de la fête de Pâques : elle est l’accomplissement de la rédemption en nous. Le Christ a ouvert la porte du Salut par sa mort et sa résurrection ; il nous a obtenu le Salut. Mais l’Esprit nous y maintient, dans ce salut, en divinisant notre être. Comme le chante la séquence de la Pentecôte, il est l’hôte très doux de nos âmes ; sans [sa] puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Il lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guérit ce qui est blessé, assouplit ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rend droit ce qui est faussé. Il donne mérite et vertu, il donne le salut final, il donne la joie éternelle. Je n’invente rien ; tout est dans la prière de l’Eglise. Paul, dans sa lettre aux Galates, ne dit pas autre chose quand il affirme que les fruits de l’Esprit sont amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. Il reconnaît tellement l’importance de l’Esprit Saint qu’il ne cesse d’inviter les Galates, et nous par la même occasion, à marcher sous la conduite de l’Esprit Saint. C’est parce que Paul s’était entièrement laissé saisir par l’Esprit, qu’il a pu dire, sans forfanterie, que ce n’est plus lui qui vivait, mais le Christ qui vivait en lui. 

            La fête de la Pentecôte nous invite à redonner à l’Esprit Saint toute son importance, toute sa place dans notre vie. La Pentecôte n’est pas qu’un moment de l’histoire des premières communautés chrétiennes. Elle a existé avant (pour les Juifs, elle était la fête du don de Loi) ; elle existe encore après ce moment historique. En fait, la Pentecôte n’a pas de fin. Aujourd’hui encore, nous vivons de ce don fait jadis aux Apôtres ; aujourd’hui encore, ce don se renouvelle ; aujourd’hui encore, l'Esprit construit l’Eglise et la guide. Aujourd’hui encore, il transforme nos vies pour que le Christ puisse établir sa demeure en nous, définitivement. Aujourd’hui encore, l’Esprit nous divinise ! Cela vaut non seulement une fête qui nous fait célébrer ce premier don, mais encore une attention quotidienne à cet Esprit qui fait de nous son Temple. De la même manière que nous expliquons aux enfants qu’ils doivent être des amis de Jésus, il nous faut leur expliquer que nous devons être des amis de l’Esprit Saint. Nous ne pouvons pas vivre notre foi sans lui ; nous ne pouvons pas vivre comme si cette onction reçue à notre baptême et à notre confirmation n’était qu’un geste de plus. Le geste de l’onction est le geste qui rend tout possible ; l’Esprit Saint est l’ami le plus intime, celui qui nous connaît, nous défend, nous rend fort. Comment imaginer pouvoir nous passer de lui ? 

            En cette fête de la Pentecôte, rendons grâce à Dieu, en Eglise, pour ce don inouï qu’il fait à son Eglise ; et dans notre vie, remercions chaque jour pour la présence de cet ami. Grâce à lui, nous comprenons les Ecritures ; grâce à lui, nous reconnaissons Jésus dans le Pain consacré ; grâce à lui, nous restons disciples, malgré nos limites, malgré nos faiblesses, malgré notre péché. Il mérite mieux qu’une petite place dans une armoire de sacristie. Donnons-lui ce que notre acte de foi proclame : même adoration et même gloire, avec le Père et le Fils. Amen.

(Ampoule d'huile sainte - Couronnement des rois d'Angleterre - Trésor de la Couronne britannique)
 

 

samedi 3 juin 2017

Pentecôte - 04 juin 2017

Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d'eux entendait
dans son propre dialecte ceux qui parlaient.






Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Cette phrase pourtant anodine exprime à elle seule toute la puissance de l’Esprit Saint et toute la nouveauté de cet événement du don de l’Esprit Saint. Pour bien comprendre, il nous faut revenir en arrière, à l’époque où, selon le livre de la Genèse, toute la terre avait la même langue et les mêmes mots (Gn 11, 1). Temps sans doute béni pour ceux qui n’aiment pas les langues étrangères. Temps maudit pourtant où l’homme se laisse aller à la tentation d’assurer l’unité de l’humanité par un impérialisme politico-religieux. Dieu va déjouer les plans des hommes en les dispersant à la surface du monde. Désormais l’homme devra trouver des terrains d’entente avec ceux qu’il ne comprend plus, ceux qui sont différents de lui, ceux qui parlent une autre langue. A bas l’uniformité ; vive la diversité ! Vive les chemins d’unité ! 
 
Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Cet événement de la Pentecôte marque le renversement de cette situation créée par l’épisode de Babel. Les hommes ne parlent toujours pas la même langue et pourtant chacun peut entendre les merveilles de Dieu dans son propre dialecte. Et ils sont nombreux ; et ils sont divers : ils sont Parthes, Mèdes et Elamites, ils viennent de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphile, de l’Egypte et des contrées de Lybie, ils sont Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes. Une belle diversité, une belle représentation de l’humanité dans sa diversité. Et pourtant, chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. C’est dire que la force de l’Esprit Saint n’abolit pas la frontière des langues, elle la dépasse. La diversité du genre humain est respectée. L’Esprit parle au cœur de chacun, car chacun est concerné par l’appel de Dieu à une vie autre. Et l’Esprit ne demande pas à l’un de devenir comme l’autre. Il invite tout homme à se laisser guider par Dieu. La seule normalité dans la vie de foi, c’est la vie sous la conduite de l’Esprit de Dieu et non l’acceptation plus ou moins forcée de règles de vie appartenant à telle ou telle société humaine au détriment de celles des autres. L’Esprit dit à chacun : tu es appelé à vivre selon l’Esprit de Dieu dans ton quotidien, avec ce que tu es, avec ce que tu deviendras, avec le pire et le meilleur qui sommeille en toi. Tu es une personne particulière, qui a du prix aux yeux de Dieu et non un numéro perdu dans une foule anonyme. Ta richesse, c’est ta différence. 
 
Oui, ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à nous laisser surprendre par l’Esprit de Dieu, à recevoir son message dans notre propre langue, et à accepter qu’il puisse s’adresser à un autre que moi, différemment, d’une manière que je ne comprends pas. Vivre de l’Esprit de Pentecôte, c’est recevoir la différence de l’autre comme une grâce et non comme une atteinte à ma manière de vivre et de croire. Vivre de l’Esprit de Pentecôte, c’est regarder l’autre, l’étranger, comme un frère à aimer, même s’il n’entre pas dans les critères que je me suis fixé, même s’il ne correspond pas à ce que j’en attendais. Vivre de l’Esprit de Pentecôte, c’est vivre l’unité dans la richesse de la diversité de nos vies. C’est croire qu’un avenir commun est possible, malgré ou grâce à cette diversité et que celui qui m’est différent, ne m’est ni un ennemi, ni un indifférent. 
 
Saint Paul l’exprime de fort belle manière lorsqu’il prend la comparaison du corps pour exprimer sa foi en l’Eglise une mais diverse. Poursuivons juste de trois versets l’extrait de la première lettre aux Corinthiens entendu en ce dimanche : Aussi bien le corps n’est-il pas un seul membre mais plusieurs. Si le pied disait : « Parce que je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps », il n’en serait pas moins du corps pour cela. Et si l’oreille disait : « Parce que je ne suis pas l’œil, je ne suis pas du corps », elle n’en serait pas moins du corps pour cela. Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? Si tout le corps était oreille, où serait l’odorat ? (1 Co 12, 14-16). Oui, de même que le corps a besoin de tous ces membres aux fonctions variés, de même l’Eglise a-t-elle besoin d’une variété de membres aux fonctions diverses mais complémentaires. De même l’humanité a-t-elle besoin de ces différences et de ces richesses. 
 
Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Ne minimisons pas l’importance de cette fête en la reléguant au rang de simple souvenir d’un temps passé. Ne sous-estimons pas la puissance de l’Esprit de Dieu. Aujourd’hui encore, il peut faire toute chose nouvelle ; aujourd’hui encore, il construit l’unité de son peuple, de son Eglise, dans la diversité des cultures qui la traversent, dans la diversité des personnes qui la composent. Ne demandons pas un retour à l’uniformité, mais prions pour que nous devenions capable d’accepter l’autre comme il est, sans vouloir le changer et le faire entrer dans nos critères à nous. Laissons-nous toucher par l’Esprit de Dieu : qu’il poursuive en nous, et à travers nous, l’œuvre commencée par les Apôtres. Que de plus en plus de nos contemporains puissent entendre les merveilles de Dieu, chacun dans son propre dialecte. AMEN.

(Image réalisée sur festisite.com)

samedi 14 mai 2016

Pentecôte C - 15 juin 2016

Pâques : une Eglise en germination.





Nous voici donc au terme du temps pascal avec la fête de la Pentecôte qui nous fait célébrer le don de l’Esprit Saint, réalisation de la promesse faite par Jésus : Je ne vous laisse pas orphelin… l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit (évangile 6ème dimanche de Pâques C). Ce jour de fête a son nom propre (Pentecôte), mais ne nous laissons pas abuser par le nom : c’est bien l’unique et central mystère pascal que nous célébrons aujourd’hui encore ; c’est bien le mystère pascal qui est toujours déployé dans la célébration du don de l’Esprit Saint. 
 
Nous avons pu entendre, à travers ce que Luc nous rapporte dans les Actes des Apôtres, ce que fut véritablement la première Pentecôte de l’Eglise. Elle est caractérisée par ce fait incroyable : chacun de ceux qui étaient présents à Jérusalem à ce moment-là pouvait entendre dans son propre dialecte, sa langue maternelle les Apôtres qui parlaient. La longue énumération des peuples présents suggère à elle-seule que l’annonce du mystère pascal dépasse largement le cadre des disciples premiers du Christ. Le monde entier est concerné par ce mystère ; le monde entier est appelé à connaître le Christ. Le monde entier est ainsi appelé au salut. Le mystère de Pâques, déployé dans le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, est le signe d’une Eglise en germination. A ceux qui pouvaient croire que l’affaire Jésus s’arrêterait, sinon avec sa mort mais sûrement avec son retour vers le Père, est apporté un démenti flagrant : l’affaire Jésus ne fait réellement que commencer. Les hommes ont voulu se débarrasser de Jésus en le clouant sur le bois de la croix ; ils ont hérité d’un Christ ressuscité et sont comblés maintenant de l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ lui-même qui assurera le relais de sa présence au milieu des hommes, jusqu’au retour dans la gloire, à la fin des temps, de celui qui s’en est retourné vers son Père. On a voulu chasser Jésus par la porte le Vendredi Saint ; le voici qui revient par la fenêtre avec le don de son Esprit Saint. 
 
Cette Eglise en germination, Paul la décrit bien dans la seconde lecture entendue. Elle est le rassemblement de celles et de ceux qui, suivant le Christ, ont accueilli son Esprit et en vivent. Si le Christ est en vous (…), l’Esprit vous fait vivre. N’étant plus esclaves mais fils, c’est-à-dire enfants de Dieu, ils vivent désormais libres de l’emprise de la chair. L’Esprit Saint les ajuste au Christ pour qu’ils puissent vivre selon les enseignements du Christ. C’est bien une Bonne Nouvelle qui rend libre qui est annoncée par les Apôtres et non une morale. Ce qui est premier, c’est l’agir du Christ (sa vie offerte pour notre salut) et le don de l’Esprit Saint. Les Apôtres n’ont pas demandé aux gens de vivre selon des principes pour pouvoir croire en Dieu. Ils ont demandé de croire en Dieu, d’accueillir le Christ pour recevoir de lui son Esprit qui rend libre en ajustant la conduite des hommes au projet d’amour que Dieu porte pour eux. La Pentecôte est bien le signe d’une Eglise en germination qui accueille pleinement sa libération. Rien n’est plus comme avant ! La vie croyante retrouve son sens : non pas sacrifier à des us et coutumes qui vont attester de la foi, mais accueillir un don de Dieu qui transforme et améliore une vie. 
 
De Pâques à Pentecôte et au-delà, tout est don : don de Dieu en faveur des hommes qu’il veut pleinement libres, pleinement heureux. La route de la vie est ouverte par la mort et la résurrection du Christ ; le Mal, tapis dans la vie des hommes, laisse place à l’Esprit Saint, donné pour remplir l’homme de la présence du Christ. Désormais, l’homme et Dieu peuvent à nouveau aller du même pas ; Dieu a retrouvé l’homme qui s’était perdu au jardin de la Genèse ; l’homme a retrouvé l’amitié avec Dieu qu’il avait perdue quand il avait préféré écouter le serpent au jardin de la Genèse. La prière pour l’unité, que Jésus a prononcée au soir de sa mort, porte ses fruits. Par l’Esprit, Dieu et l’homme sont à nouveau UN, comme le Christ et le Père sont UN depuis toute éternité. Avec la Pentecôte, ne vous demandez pas ce que vous pouvez faire pour l’Esprit Saint (à part l’accueillir) ; mais demandez-vous ce que l’Esprit Saint peut encore faire pour vous, et laissez-le agir. Avec l’Esprit Saint, vous sortirez d’une religion qui attend toujours plus de vous en preuve de votre attachement à Dieu, pour vivre une foi dans laquelle Dieu vous offre toujours plus sa vie, jusqu’à vous accueillir définitivement en lui au terme de votre passage sur terre. 
 
C’est bien à un changement de paradigme que nous invite le mystère de Pâques en cette fête de la Pentecôte. Il s’agit bien d’accueillir toujours plus ce que Dieu veut nous donner pour notre vie. Il s’agit bien, grâce à cette force de Dieu qu’est l’Esprit, de toujours mieux suivre le Christ sur le chemin où il nous précède. Il s’agit bien de laisser la Parole germer en nous, pour que nos communautés soient signes de cette Eglise en germination que le Christ viendra moissonner au temps où il établira son règne pour toujours. Aujourd’hui se clôt le temps de Pâques, certes ; mais aujourd’hui s’ouvre aussi le temps de l’Eglise en marche vers son avenir, à la suite du Ressuscité, sous la conduite de l’Esprit Saint. Grâce en soit rendue à Dieu qui nous veut fils, et fils libres. Amen.

(La Pentecôte, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

samedi 23 mai 2015

Pentecôte B - 24 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à vivre de l'Esprit Saint.




Aujourd’hui se réalise pour l’Eglise la promesse faite par Jésus : celui qu’il a promis d’envoyer d’auprès du Père quand il serait retourné chez lui, l'Esprit Saint, est donné en abondance. Mais il ne suffit qu’un don soit fait ; il faut encore que ce don soit accueilli. Avec les Apôtres, apprenons donc à vivre de l'Esprit Saint. 
 
Les évangélistes Jean et Luc s’entendent sur ce point : vivre de l'Esprit Saint, c’est témoigner du Christ. Nous l’avons entendu chez Jean : Quand il viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage. Et Luc nous a montré les Apôtres qui se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit, au point que les auditeurs s’étonnaient : tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. L'Esprit Saint que nous recevons à notre baptême et qui fait de nous des fils, fait de nous des fils parlant, témoignant de Dieu et non des muets par soucis de discrétion ou de bien-pensante laïcité. Ce don qui nous est fait est un trésor à partager, et non à garder jalousement pour nous. Un chrétien qui ne témoigne pas de sa foi est un chrétien qui a oublié l'Esprit Saint. 
 
Ce besoin de témoigner provient de l’effet premier que provoque l'Esprit Saint : il nous rend libre. Quand l’Esprit fond sur eux, les Apôtres sortent du lieu où ils étaient, ils vont parler : ils sont libres. Ils ne sont plus ces hommes et ces femmes qui s’enfermaient par peur, comme nous les voyions au jour de Pâques, tremblants et terrifiés. Malgré la foule, malgré les nations rassemblées à Jérusalem en ce jour de fête juive, ils sortent, ils parlent, ils vont au contact des autres. Vivre de l'Esprit Saint, c’est vivre libre. La peur s’efface quand l’Esprit, le Défenseur, est accueilli dans une vie. Le témoignage devant les hommes et la liberté reçue sont indissociablement liés : en témoignant du Christ et de sa puissance de vie, je deviens libre ; en accueillant cette liberté que donne la puissance de l'Esprit Saint, je me sens poussé à témoigner. Comment pourrais-je ne pas partager et cette liberté retrouvée et celui qui me procure cette liberté ? 
 
Ceci étant posé, nous pouvons alors faire un pas de plus avec saint Paul. L’extrait de la lettre aux Galates ne laisse planer aucune ambiguïté. Nous pouvons vérifier très concrètement que nous vivons de l'Esprit Saint aux fruits que produit notre vie. Là où il y a amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi, l’Esprit est présent, l’Esprit est à l’œuvre. Il n’est pas un esprit belliqueux. Il est donné pour un mieux vivre, pour un mieux-être. Ce n’est peut-être pas un hasard si le symbole liturgique de l'Esprit Saint est de l’huile parfumée : de l’huile pour permettre aux rouages de nos vies de tourner sans trop grincer, du parfum pour rappeler le côté agréable de la vie en Dieu. 
 
A tous ceux qui pensent aujourd’hui encore qu’il faut libérer enfin l’humanité de toute trace de la présence de Dieu parce qu’il opprimerait l’homme, parce qu’il l’enfermerait dans un infantilisme mortifère, la fête de la Pentecôte est donnée en remède. Elle nous rappelle que Dieu nous veut libre de toute peur, heureux de vivre les uns avec les autres dans la concorde et la paix, avec un horizon plus large que nos simples désirs. En apprenant avec les Apôtres à vivre de la présence de l'Esprit Saint, nous apprenons à vivre en grand, nous apprenons à réaliser pleinement notre humanité au bénéfice de tous. Voilà une bonne nouvelle à transmettre et à vivre. Pouvons-nous espérer mieux ? Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses l'Ile de France)