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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 28 mai 2016

Fête du Corps et du Sang du Christ - 29 mai 2016

Permettons la rencontre entre Dieu et son peuple.





Depuis quelques années, alors qu’elles avaient presque totalement disparu, refleurissent dans nos villes et villages les processions de la Fête Dieu, avec leur cortège de traditions : tapis de fleurs, autels reposoirs aux carrefours de nos cités. Certains peuvent s’en inquiéter, et pas seulement parmi les plus laïcards. Même au sein de l’Eglise, au sein de nos communautés, des voix s’élèvent contre ce retour à une visibilité trop marquée, singe d’une tradition désuète selon eux. C’est un retour en arrière qui ne fait que traduire d’autres retours plus dogmatiques, pour ne pas dire une étroitesse d’esprit. Peut-on balayer ainsi ce que la foi veut exprimer ? Je ne le crois pas. 
 
Cette procession du Saint Sacrement, signe hautement chrétien, marque la proximité de Dieu avec son peuple. C’est bien lui qui marche ainsi au milieu de nos quartiers, rappelant sa présence au monde des hommes. Dieu n’est pas étranger à ce que nous vivons ; il n’est pas étranger à ce qui fait nos vies. Les autels dressés aux carrefours de nos cités marquent alors en retour l’intérêt que l’homme peut avoir à ce que Dieu s’arrête ainsi dans sa vie. Ces rencontres sont rares pour certains, pour ne pas dire inexistante. En ce dimanche, même si c’est de manière rapide, voire folklorique, cette rencontre peut se faire et des hommes et des femmes peuvent retisser les fils d’une amitié divine oubliée. C’est une manière très forte d’évangéliser pour peu que nos stations permettent de dépasser le folklore et osent inviter à une rencontre furtive mais vraie. 
 
Si nous regardons de près l’Evangile de cette fête en cette année, nous remarquons que Jésus ne fait pas autre chose. Certes, il annonce la Parole de Dieu, des hommes et des femmes se pressent par milliers pour l’écouter, au point d’en oublier les choses simples comme un bon casse-croûte. Ils ont beau suivre Jésus, se nourrir de sa Parole, cela ne remplit pas encore un ventre qui ne tarde pas à se rappeler au bon souvenir d’un apprenti disciple tête-en-l’air. Vient le moment où les ventres affamés parlent plus fort que Jésus, et il faudra bien s’en occuper. Les Douze ont la solution : que Jésus renvoie cette foule trop nombreuse.  Mais Jésus ne l’entend pas ainsi. Il est au milieu d’eux, envoyé par Dieu pour prendre soin de son peuple ; comment pourrait-il les renvoyer simplement, sans ne rien tenter pour eux. Jésus ne fait pas que passer dans la vie de ces foules, il veut leur faire rencontrer quelqu’un d’autre, celui qui l’a envoyé lui-même. Il passe dans les villes et villages non pour se faire remarquer, mais pour inviter à voir plus loin, à entendre quelqu’un que l’on avait oublié, ou soigneusement enfermé dans le Temple pour qu’il ne vienne pas nous déranger dans l’ordinaire d’une vie. Jésus, par sa prédication, porte Dieu à nouveau dans nos vies, dans nos villes et villages ; il le fait sortir de nos temples bien situés et si peu fréquentés pour le remettre au cœur de nos vies. En cette fête du Corps et du Sang du Christ, l’Eglise se propose de faire la même chose avec le Christ. Nous l’avons bien rangé dans un tabernacle fermé à clé, dans une église elle-même souvent fermée, par précaution. Vous savez, on pourrait nous le voler ! Je me demande souvent si ce n’est pas pour ne pas risquer qu’il sorte qu’on ferme tout ainsi à double tour. Ce serait gênant, un Dieu qui se promène dans nos rues ; ce serait gênant que les gens se laissent interpeler et retrouvent le chemin de l’Eglise, le chemin de la confiance en ce Dieu qui se veut proche de nous, qui s’est fait proche de nous en Jésus. Nos processions sont comme une nouvelle incarnation, un petit Noël pour nous rappeler que Dieu marche bien avec nous, qu’il a souci de nous, parce qu’il nous aime infiniment. En son Fils Jésus, mort et ressuscité, il continue d’aller à notre rencontre, livrant sa Parole, livrant aux hommes ce Fils unique venu dans le monde pour rapprocher les hommes de Dieu par une Alliance nouvelle. 
 
Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes de notre temps connaissent encore Jésus et se rapprochent de lui ? Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes puissent entendre la Parole vivante de Dieu qui peut transformer une vie ? Est-ce tellement vieux jeu que de vouloir permettre cette rencontre si fondamentale et si libératrice ? Ne craignons pas de porter le Christ au monde : il ne veut que son bien et sa vie. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : les hommes ne peuvent qu’en devenir meilleurs. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : cela ne peut que renforcer notre propre foi et notre propre amitié avec le Christ. Marchons humblement, mais fièrement, à la suite du Christ présent dans l’Eucharistie, et permettons une rencontre renouvelée entre Dieu et son peuple. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004, éd. Marguerite)

samedi 7 novembre 2015

32ème dimanche ordinaire B - 08 novembre 2015

Quand les pauvres nous évangélisent !



Il est gonflé, Elie, le prophète du Seigneur, quand, s’invitant chez une pauvre veuve, il insiste pour qu’elle lui fasse d’abord cuire une petite galette alors même qu’elle vient de lui signaler qu’il ne lui reste qu’un peu de farine et un peu d’huile pour elle et son fils. Après, ce sera la fin, comme dans tout le pays frappé par un temps de famine. 
 
Elle est obéissante et sans doute aussi un peu confiante, la veuve de Sarepta lorsqu’elle fait comme le prophète lui a dit. C’est vrai, Elie avait prophétisé que jarre de farine point ne s’épuisera et que vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. Mais avouez qu’il y a tant de faux prophètes ; à l’époque d’Elie, ils ne manquent pas. Pourquoi la parole de celui-ci serait-elle plus vraie ? Oui, il faut une bonne dose de confiance pour risquer le peu qu’il reste et croire que l’impossible est possible. Ce qu’Elie a annoncé se réalise, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. 
 
Elle doit être terriblement gênée, la pauvre veuve qui vient faire son offrande au Temple après que tant de riches aient donné de leur superflu. Elle n’a que deux piécettes, mais elle les offre. Nous ne savons pas ce qu’elle compte faire pour vivre encore, après ce don. Sans doute aurions-nous réagi, un peu gênés à notre tour, en disant : qu’elle les garde, ses deux petites pièces de monnaie. Tant pis pour son offrande ! Mais voilà, personne n’intervient pour lui dire de garder sa monnaie. Et certainement l’aurait-elle mal pris si on lui avait demandé de ne rien donner. C’est qu’elle a confiance en Dieu, cette veuve. Et Jésus ne s’y trompe pas quand il relève qu’avec ces deux pièces, elle a mis plus dans le trésor que tous les autres. Elle donne ce qui fait sa vie pour que d’autres puissent vivre, comme Jésus un jour donnera sa vie pour que nous puissions vivre. 
 
Avec ces deux veuves, pauvres toutes deux, nous comprenons que les pauvres nous évangélisent. Ils nous apprennent l’essentiel de la vie : la confiance, le partage, là où nous ne parlons que de crise, d’avenir à préserver, de placements à prévoir, au cas où ! Si nous attendons d’être riches pour être charitables, attentifs aux besoins des autres, nous risquons fort de ne jamais l’être ; nous ne nous considérerons jamais assez riches pour nous payer le luxe d’aider les autres. Il nous faudra toujours plus avant de nous décider de donner un peu de notre superflu. Aujourd’hui, des hommes et des femmes frappent à la porte de nos pays riches, chassés de chez eux par la guerre, la violence et la terreur. Et que voyons-nous ? Des murs qui se lèvent, des hommes et des femmes qui disent : trop, c’est trop ! Et ces pauvres exilés qui sont parqués dans des camps en attendant que nous sachions quoi en faire. Nous avons contribué à importer la guerre chez eux par des décisions politiques manquant de courage ; nous avons évité de nous mouiller de trop quand il était encore possible d’intervenir ; et aujourd’hui, nous faisons la sourde oreille et nous fermons les yeux. 
 
Certes, ce n’est pas nous qui prenons les grandes orientations politiques de notre pays ; nous pourrions nous dédouaner en disant que nous n’y pouvons pas grand-chose ! Mais est-ce si sûr ? N’avons-nous pas la possibilité d’influencer les politiques que nous élisons et qui nous représentent ? Les valeurs dont on nous rabat les oreilles depuis les attentats de Paris ne sont-elles qu’à usage interne ? Des valeurs françaises pour des gens bien français ? Et l’élémentaire charité chrétienne : ne s’applique-t-elle qu’aux chrétiens bien baptisés ? 
 
La veuve de Sarepta et la veuve de l’Evangile, qui ont donné ce qu’elles avaient pour survivre, doivent être bien tristes quand elles contemplent notre monde. Nous approchons de la fin de l’année, et déjà commencent à fleurir dans nos boites à lettre des demandes d’associations qui viennent en aide qui aux enfants, qui aux personnes âgées, qui a tels souffrants de telle catastrophe : les occasions ne manqueront pas de donner un peu de ce que nous avons pour contribuer à la vie de quelques-uns. Que ces deux veuves rencontrées aujourd’hui nous apprennent à ouvrir notre cœur et nos mains. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 20 septembre 2014

25ème dimanche ordinaire A - 21 septermbre 2014

Le maître peut-il disposer de ses biens comme il l'entend ?




Quiconque aura écouté le pape François, ou lu, ne serait-ce que quelques lignes de son exhortation apostolique La joie de l’Evangile (EG), aura compris que l’Eglise est nécessairement missionnaire ou elle n’est pas fidèle à sa mission : Tous ont le droit de recevoir l’Evangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer, sans exclure personne (EG 14). Si je reviens aujourd’hui à ce texte programmatique du pontificat du pape François, c’est parce que l’Evangile que je viens de proclamer va dans ce sens. Le maître du domaine qui sort chercher des ouvriers pour travailler dans sa vigne est bien la représentation de Dieu qui cherche des hommes et des femmes pour travailler à la mission pour que son peuple grandisse et donne le fruit qu’il en attend. 
 
Je pourrais alors m’attarder sur les différentes catégories d’ouvriers, qui ont tous travaillé dans la vigne du maître, certains, juste un peu moins longtemps que d’autres. Je pourrais souligner combien la réaction des premiers embauchés semblent humaine. N’aurions-nous pas fait de même si nous avions été à leur place ? Notre sens de la justice ne s’en trouverait-il pas bousculé, voire choqué, en constatant que les derniers arrivés reçoivent autant que les premiers, qui ont travaillé sous le poids de la chaleur ? Pourtant, au-delà de ces considérations sociales, il y a une parole qui me semble plus digne d’intérêt, en ces temps qui sont les nôtres. Cette parole, c’est la réponse du maître justement à l’interpellation des ouvriers de la première heure : N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? 
 
Quel est ce bien dont parle le Maître ? Si nous lisons cette parabole comme une allégorie de l’Eglise, chargée de gérer les biens du Maître en attendant son retour, ces biens peuvent être les sacrements qui la font vivre et grandir. Comment gérons-nous ces biens qui ne nous appartiennent pas, mais dont nous avons le dépôt ? Le pape François dresse, dans son exhortation, un constat dramatique : L’Eglise est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est « la porte », le baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Eglise n’est pas  une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile (EG 47). Ce long passage nous invite tous à nous interroger, et pas seulement les prêtres ! Lorsque j’étais curé de paroisse, combien de fois ai-je entendu des chrétiens respectables critiquer le baptême de tel enfant ou la communion de tel autre alors qu’on ne voyait jamais sa famille. Et combien de fois m’a-t-on reproché de célébrer avec la même ferveur que pour des familles pratiquantes, les baptêmes, mariages ou funérailles de familles loin de l’Eglise ! Ce sont bien là des récriminations du même genre que celles formulées par les ouvriers de la première heure. Quand nous sommes du bon côté de la barrière, nous voudrions tous qu’une différence soit faite entre nous et les autres, ceux du dehors, ceux qui ne sont pas aussi sérieux, aussi pieux, aussi engagés que nous. Enfin quoi, l’Eglise ne va pas commencer à mélanger les torchons et les serviettes quand même ! 
 
Si vous avez suivi l’actualité religieuse ces derniers jours, peut-être avez-vous entendu que différents cardinaux, proches collaborateurs du pape, ont sorti en librairie nombre de livres pour défendre la doctrine du mariage catholique, et ce à quelques semaines de l’ouverture d’un synode sur la famille. Alors que le cardinal Casper invitait ses frères à réfléchir à la doctrine à frais nouveaux, en tenant compte aussi de la réalité vécue par de nombreux croyants, voilà qu’une poignée d’entre eux jouent aux ouvriers de la première heure, et veulent confisquer les biens que le Maître a confié à tous. Je ne dis pas que la doctrine du mariage catholique est mauvaise, mais que certains interdissent même la possibilité d’en discuter à la vue de la situation actuelle, voilà qui me semble dangereux. Ne vaut-il pas mieux revenir vers le Maître du domaine et l’interroger sur le bien qu’il nous a confié et sur la manière d’en disposer ? N’est-il plus vrai que l’Esprit Saint s’exprime aussi quand le pape réunit ses collaborateurs pour discuter de sujets graves ? Une doctrine tenue fermement, envers et contre tous, aurait-elle plus de poids que le souffle de l’Esprit animant une réunion d’Eglise au plus haut niveau ?
 
Le travail dans la vigne du Seigneur ne manque pas. Il faut le faire avec intelligence et discernement. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, mais d’oser une vraie pastorale missionnaire qui redonne le goût de l’Evangile, le goût du Christ à celles et à ceux qui l’ont perdu. Pour citer encore le pape François, la pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du « on a toujours fait ainsi » (EG 33). Avec le pape François, je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités (EG 49). Nous ne gagnons rien à refuser la discussion, la rencontre avec l’autre, si ce n’est le risque de la disparition. Va-t’en, s’entend dire le serviteur qui récriminait contre le maître qui a voulu donner autant aux derniers qu’aux premiers.
 
Le Dieu que révèle Jésus dans la parabole est un Dieu bon, un Dieu qui récompense chacun de la même manière. Dieu n’a qu’une seule chose à offrir à tous : le salut. Il n’y a pas de petites doses ni de grandes doses du salut. Il n’y a que le salut, le même pour toutes et pour tous. Il nous est obtenu par le Christ, qui a livré sa vie pour les Juifs et les païens, les esclaves et les hommes libres, les hommes et les femmes. Si nous sommes croyants de longues dates, fidèles aux enseignements de l’Eglise, ne récriminons pas contre Dieu qui veut donner à tous le salut, même à ceux qui sont moins fidèles, moins croyants, moins engagés ; réjouissons-nous plutôt de ce que la joie de l’Evangile gagne les cœurs et permette à tous de se mettre en route, malgré leur vie difficile. Amen.

 

vendredi 27 juin 2014

Fêtes des Apôtres Pierre & Paul - 29 juin 2014

Des hommes différents au service d'une même foi.




Qui a eu cette idée folle de réunir en une même célébration deux Apôtres aussi dissemblables que Pierre et Paul ? Avouez que c’est une chose surprenante ; c’est comme une alliance entre l’eau et le feu, entre l’impétuosité et la raison pure. Deux personnalités différentes, voire opposées si ce n’est en ce qui concerne leur amour du Christ. C’est lui qui fait leur unité, c’est lui qui fait leur force. 
 
Commençons par Pierre. Pour le définir, il faudrait relever sa propension à parler trop vite, à réfléchir trop peu. Cela lui vaut de se faire traiter de satan par Jésus lui-même, lorsqu’ayant annoncé sa mort prochaine, Pierre l’assure que lui vivant, cela n’arrivera pas ! Cela lui vaut de renier Jésus, trois fois, alors qu’il s’était engagé à ne pas abandonner son Maître ! Mais il est aussi l’homme de la confiance, qui sur une parole de Jésus, remet ses filets à l’eau au petit matin après une pèche infructueuse. Il reste l’homme de la confiance, après son reniement, lorsque croisant le regard de Jésus que l’on emmène, il se met à pleurer amèrement.  Sans doute est-ce pour cela qu’il s’est vu établir comme gardien de cette Eglise que Jésus lui confie. 
 
Paul est plus réfléchi que Pierre, assurément. Il l’a toujours été. Avant sa conversion, sa réflexion l’avait amené à comprendre le danger que pouvait représenter cette communauté atypique qui ne cessait de proclamer que Jésus était vivant alors même que les chefs des prêtres l’avaient fait condamner à la croix. Après sa conversion, il sera tout aussi réfléchi quand il expliquera en quoi la résurrection du Christ et la proclamation de sa résurrection sont non seulement une grande joie, mais aussi une grande chance pour Israël d’abord, pour tous les hommes, sans distinction de race, de religion ou de culture après. Il explique la foi chrétienne avec tant d’assurance et tant de clarté que l’on comprend son titre d’Apôtre alors même qu’il n’a pas connu Jésus de son vivant et n’a donc pas entendu son enseignement. Tout ce qu’il sait de Jésus, c’est ce qu’il en a entendu dire. Mesurez-vous quelle intelligence il faut pour passer de on dit à une certitude absolue qui rend capable de fixer les choses de la foi dans un discours cohérent ? 
 
Ces deux saints si différents sont animés par un même amour du Christ. Pierre serait l’Obélix de la foi chrétienne : il est tombé dedans quand Jésus l’a appelé ; son impétuosité a fait le reste ; il a suivi Jésus, assumant ses paroles hâtives, ses gestes guère plus réfléchis (c’est lui qui tranche l’oreille d’un serviteur au moment de l’arrestation de Jésus, comme s’il pouvait ainsi tout arrêter !). Paul a appris à passer de la haine du Christ qui lui fait pourchasser les adeptes de cette doctrine nouvelle à l’amour total et inconditionnel, cet amour qui lui fait braver tous les dangers qui se dressent sur sa route dès lors qu’il part évangéliser. Oui, Pierre et Paul aiment tous deux profondément et sincèrement le Christ, même si leur rapport au divin Maître est différent. C’est certainement la préface que nous entendrons tout à l’heure qui souligne le mieux à la fois ce qui oppose ces deux-là et celui qui les rapproche au point que l’Eglise les célèbre ensemble en ce jour. Tu nous donnes de fêter en ce jour les deux Apôtres Pierre et Paul : celui qui fut le premier à confesser la foi, et celui qui l’a mise en lumière ; Pierre qui constitua l’Eglise en s’adressant d’abord aux fils d’Israël, et Paul qui fit connaître aux nations l’évangile du salut ; l’un et l’autre ont travaillé, chacun selon sa grâce, à rassembler l’unique famille du Christ… La prière de l’Eglise ne nie pas les difficultés qui ont pu surgir entre ces deux. Vous pouvez entendre en arrière fond de cette préface les passages difficiles des Actes des Apôtres qui auraient pu conduire à la rupture au sein de la communauté chrétienne lorsque Paul a commencé à se tourner vers les païens sans leur demander de devenir fils d’Abraham par la circoncision. Il a fallu toute la sagesse des Apôtres et la force de l’Esprit Saint pour arriver à un compromis permettant à tous de se reconnaître d’une même Eglise et de travailler ensemble, chacun selon son charisme, à faire connaître l’Evangile du salut.
 
Pierre et Paul ont eu des chemins différents, mais un même amour et un même destin : chacun a donné sa vie pour le Christ. Si l’Eglise les célèbre ensemble, c’est peut-être pour nous faire comprendre qu’aujourd’hui encore l’évangile doit être adressé ad intra comme le fait Pierre ( qui se tourne vers ceux qui croient déjà et qui sans cesse doivent manifester leur fidélité au Christ)  et ad extra comme le fera Paul (qui va vers ceux qui ne connaissent pas encore Jésus et qui ont soif de sa Parole de vie). Peut-être veut-elle aussi nous faire comprendre que l’Eglise a besoin de gens impétueux comme Pierre et de gens réfléchis comme Paul. Si ces deux-là ont pu s’entendre et trouver leur mission, alors chacun peut trouver sa place et sa mission dans la communauté croyante. 
 
En ce jour où nous vénérons ensemble Pierre et Paul, demandons au Seigneur la grâce d’une fidélité parfaite à leur enseignement : ainsi nous pourrons poursuivre l’annonce du Christ à tous les hommes et faire vivre cette Eglise dont ils sont les promoteurs et les hérauts. Amen.  

(Icône des Saints Pierre et Paul)

samedi 12 octobre 2013

28ème dimanche ordinaire C - 13 octobre 2013

L'Evangile pour tous, j'y crois !


Avec ce dimanche, s’ouvre la semaine missionnaire mondiale qui voudrait nous sensibiliser à une dimension essentielle de notre foi : la nécessaire annonce de l’Evangile à tous. Si vous suivez un peu l’actualité du pape François, vous savez que c’est là un de ses thèmes favoris, lui qui, depuis son élection, nous encourage sans cesse à aller aux frontières, porter l’annonce de l’Evangile à tous. C’est ainsi que se décline le thème retenu par les promoteurs de cette semaine : l’Evangile pour tous, j’y crois ! Permettez que je démonte ce slogan pour vous, et peut-être y trouverez-vous de quoi nourrir votre foi ! 
 
Commençons par le premier mot : l’Evangile ! Voilà un mot qui est bien connu dans la sphère chrétienne. L’Evangile, c’est bien sûr la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui s’intéresse tellement à l’homme qu’il devient l’un d’eux afin de leur partager sa vie. Est-ce vraiment une Bonne Nouvelle ? L’homme a-t-il besoin que Dieu s’intéresse à lui pour vivre ? Le croyant, au moins, devrait répondre ici par l’affirmative. Dieu n’est pas un lointain vieillard vivant dans les nuages et contemplant les hommes de haut ; il est d’abord quelqu’un qui veut vivre une alliance avec chacun, avec moi, avec toi. Non pas parce qu’il s’ennuie, non pas parce qu’il voudrait nous ennuyer, mais parce que c’est sa personnalité propre. Dieu n’existe pas pour lui-même ; il est un être de relation et il veut établir une relation privilégiée avec chacun de nous, pour que notre vie s’en trouve plus belle, plus grande, plus riche. Nous pourrions nous interroger sur ce que cette Bonne Nouvelle, cet Evangile, comporte de plus important. Quel serait le verset entre tous les versets à transmettre absolument ? La réponse, c’est Paul lui-même qui nous la donne dans la seconde lecture : Jésus est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Evangile. Il n’y a rien de plus urgent à annoncer. Le pape François lui-même le répète régulièrement : annoncer Jésus, mais tout Jésus, c’est-à-dire aussi Jésus mort et ressuscité. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur le Vendredi Saint dans notre annonce sans prendre le risque de tronquer la Bonne Nouvelle : sans Vendredi Saint, il n’y a pas de Pâques. Ecoutons encore saint Paul : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous règnerons. Oui, à moins de vouloir ressembler à des gâteaux dans une pâtisserie pour reprendre encore le pape François, nous devons annoncer au monde Jésus, mais Jésus mort et ressuscité. Tout l’enseignement de Jésus devient Bonne Nouvelle à cause de l’événement de Pâques. Tout l’enseignement de Jésus reçoit sa force de la croix et de la victoire de Jésus sur la croix. Sans cette expérience de la mort et de la résurrection, les paroles de Jésus ne sont que de belles paroles, mais pas une Bonne Nouvelle. 
 
Cet Evangile, dont nous venons de préciser les contours, est pour tous, selon le thème de cette semaine missionnaire. Cela signifie bien qu’il ne concerne pas que les chrétiens. Nous n’avons pas à enfermer l’Evangile dans un beau livre que nous n’ouvrons jamais. Il n’y a pas de tabernacle dans lequel enfermer cet Evangile à double tour pour que surtout il ne s’échappe pas et ne nous échappe pas. Saint Paul dit encore à Timothée : on n’enchaîne pas la Parole de Dieu ! On ne la retient pas ; on ne l’empêche pas de se faire entendre ! Au pire, on l’ignore, mais elle ne cessera pas pour autant d’être proclamée, elle ne cessera pas pour autant d’agir dans le cœur des croyants, dans le cœur de celles et ceux, de toutes origines qui l’accueillent dans leur cœur et se laissent ainsi approcher de Dieu. Oui, cette Parole est pour tous, croyants ou non croyants. Si nous voulons qu’elle puisse remplir sa mission qui est de féconder le cœur de tout homme qui cherche Dieu, il nous faut l’annoncer, à temps et à contre temps, avec notre bouche et par toute notre vie. L’Evangile pour tous est une réalité de la catholicité de notre Eglise : ou elle s’adresse à tous les hommes, ou elle n’est pour personne. En tous coins de la terre, cette Parole peut porter du fruit et être Bonne Nouvelle. En tous coins de la terre, elle peut intéresser les hommes et leur permettre de mieux connaître Dieu, de mieux grandir dans son amour, de mieux découvrir le bonheur auquel ils sont appelés. L’Evangile est pour tous parce que le Christ lui-même est venu et a livré sa vie sur la croix pour tous les hommes de la terre, à travers le temps et l’histoire. S’il l’a fait à un moment donné de l’histoire, il ne l’a pas fait que pour les hommes de ce moment. L’Evangile, ce n’est pas une belle histoire du passé, c’est une vie donnée pour nous aussi.
 
L’Evangile pour tous, j’y crois ! Il ne faut pas oublier la finale de ce slogan. J’y crois, c’est une traduction souvent donnée aux enfants pour le mot AMEN. Ce « J’y crois » nous rappelle que si l’Evangile est pour tous les hommes, il est aussi pour moi. Car souvent, lorsque nous disons pour tous, nous pensons « pour les autres, mais pas pour moi ». Nous voulons bien charger la mule des autres, mais pas la nôtre. C’était déjà au temps de Jésus le réflexe de certains membres du parti des pharisiens. En affirmant « l’Evangile pour tous, j’y crois », nous affirmons bien que nous sommes croyants, appelés à nous laisser convertir par cette Bonne Nouvelle. Vivre le thème de cette semaine missionnaire mondiale, c’est affirmer non seulement que l’Evangile est pour tous les hommes, y compris ceux qui ne croient pas, mais aussi qu’il est Evangile pour moi, qui suis croyant, et qui ai toujours besoin de me convertir, de me laisser saisir par cette Parole, d’en saisir toute la richesse, toute la beauté, toute la profondeur. Le plus grand obstacle à la Bonne Nouvelle pour tous, n’est-ce pas le croyant qui n’y attache plus d’importance, le croyant qui n’en vit pas ou plus ? Oui, la Bonne Nouvelle de Jésus mort et ressuscité pour tous est aussi pour moi, même si j’ai déjà été sauvé par Dieu au moment de mon baptême. Je me dois d’accueillir cette Bonne Nouvelle dans ma vie, je me dois d’en vivre pour mieux pouvoir la transmettre.
 
L’Evangile pour tous, j’y crois. De génération en génération, de continent en continent, la Bonne Nouvelle de Jésus se répand dans le cœur des hommes. Elle résonne par toute la terre. Nous ne saurions interrompre la longue chaine de celles et de ceux qui ont transmis cet Evangile depuis que Jésus a envoyé ses Apôtres faire de toutes les nations ses disciples. L’œuvre immense déjà accomplie ne doit pas cacher l’œuvre immense qui reste à accomplir pour que toujours, les hommes et les femmes de notre terre, où qu’ils vivent, quoi qu’ils croient, puissent continuer à entendre cet Evangile et accueillir la puissance du ressuscité dans leur vie, s’ils sont convaincu que cet Evangile pour tous est aussi pour eux. Sans forcément parcourir le vaste monde, nous pouvons commencer par annoncer cet Evangile par nos mots et par notre vie à celles et à ceux qui nous entourent et que nous croisons quotidiennement. L’annonce missionnaire, c’est dans la famille qu’elle commence, c’est dans nos quartiers qu’elle se poursuit, sans oublier la paroisse  que nous fréquentons. De cœur en cœur, de maison en maison, ici ou ailleurs, la Bonne Nouvelle se répandra et deviendra vraiment Evangile pour tous. Amen.

(Photo prise en l'église St Georges de Haguenau en ce dimanche)

vendredi 6 janvier 2012

Epiphanie - 08 janvier 2012

Permettre à tous les hommes d'accueillir le Sauveur !





Un signe dans le ciel, des hommes, étrangers, païens (c’est-à-dire, pour l’évangéliste, non juifs) qui se mettent en route à la recherche de celui que ce signe révèle, des hommes qui trouvent celui qu’ils ont cherché et qui, en lui, adorent leur Dieu, acclament leur roi et reconnaissent leur Rédempteur : et voilà tout le sens de cette fête de l’Epiphanie que nous célébrons, sens révélé par les Ecritures et la prière de l’Eglise. Comme l’écrit Paul dans l’épître entendue : désormais, en Jésus, les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, par l’annonce de l’Evangile. C’est déjà la fin du mythe de Babel qui divisa les hommes et l’annonce de la Pentecôte qui achèvera de faire entendre à tous l’Evangile dans leur propre langue.

Une fête donc qui nous ouvre à l’espérance : en s’incarnant en Jésus, Dieu n’a pas seulement voulu sauver ceux qui déjà croyaient en lui, mais il a voulu sauver l’humanité répandue par toute la terre. Tous peuvent, à l’exemple de ces voyageurs, reconnaître les signes universels de la présence de Dieu au cœur du monde : il suffit de scruter attentivement le monde pour reconnaître Dieu à l’œuvre. Ils sont nombreux, les témoins de l’Evangile, à travers l’histoire, à avoir souligné ces signes : là où règne la justice, là où règne la paix, là où les hommes s’aiment et s’entraident, là Dieu est présent, là Dieu est révélé. Parce que Dieu continue de prendre soin de son peuple à travers les hommes, les femmes et les enfants qui le servent avec fidélité et courage, quelquefois.

Une fête qui nous ouvre aussi à la nécessaire mission qui incombe à chaque baptisé : annoncer le Christ, toujours et encore, afin que tous puissent connaître le bonheur de ces mages devant l’enfant trouvé dans sa crèche : celui qu’ils ont cherché était là, petit, pauvre, faible, sans doute loin de ce qu’ils avaient imaginé, et pourtant, ils sont comblés de joie. Aujourd’hui encore, des hommes, des femmes et des enfants peuvent connaître cette joie de rencontrer le Christ ; aujourd’hui encore, les païens des temps modernes peuvent adorer en lui leur Dieu, acclamer leur roi et reconnaître leur Rédempteur, c’est-à-dire celui qui les sauve, celui qui donne un vrai sens à leur existence, celui qui les comble parfaitement.

Une fête qui nous renvoie aussi à notre propre manière de croire : Jésus n’est-il qu’un homme sympathique ou est-il vraiment, pour chacun de nous, celui qui donne sens à notre vie, force à nos convictions, et légitimité à toutes nos actions ? Jésus est-il le cœur de notre vie, le cœur de notre foi, quelles que soient les circonstances vécues ? En cette nouvelle année, cette fête nous renvoie immanquablement alors à notre dynamique diocésaine qui est aussi la question dont se saisira un synode des évêques prochainement : la nouvelle évangélisation. Comment faire connaître celui que nous avons accueilli, à tous les peuples de la terre ? Comment le faire connaître et reconnaître à nos proches ? Comment mieux l’accueillir dans notre propre vie ?

Aujourd’hui encore, nous pouvons faire découvrir qu’au cœur de notre foi, il y a le Christ que nous accueillons et reconnaissons comme Parole vivante de Dieu. Et cette Parole, nul ne peut la faire taire. Il suffit de relire l’histoire, quelquefois mouvementée, de notre Eglise pour s’en rendre compte. Ils ont été nombreux, ceux qui ont voulu étouffer cette Parole, dès le départ et tout au long de l’histoire, et pourtant, elle résonne encore ; et pourtant, elle touche encore les cœurs, invite à se mettre en route et à suivre les signes de la présence de Dieu. Chaque chrétien doit suivre ainsi son étoile pour progresser dans sa foi. Et chaque chrétien peut ainsi devenir une étoile pour quelqu’un qui ne connaît pas encore Dieu. Baptisé, membre de l’Eglise, je suis responsable de ma foi et de la foi des autres ; nous soutenant ainsi mutuellement, à travers les joies et les difficultés de cette vie, nous parviendrons, comme les mages, à la révélation du Dieu vivant et vrai : nous verrons Dieu face à face, comme eux.

En cette fête de l’Epiphanie, je nous souhaite à tous de poursuivre notre route : nous sommes venus à la crèche, nous avons trouvé notre Dieu, notre roi et notre rédempteur. Désormais, il nous faut déjà le chercher ailleurs, sur d’autres chemins que ceux que nous avons empruntés jusqu’ici. Car Dieu nous met toujours en route. La route est longue, quelques fois difficiles, mais toujours belle. Elle est la route de la vie où Dieu nous attend, nous guide et nous sauve. Un signe nous est donné depuis notre baptême pour progresser sur cette route en vérité : c’est le signe de la croix qui est pour chaque croyant comme une étoile dans la nuit, une étoile à suivre, une étoile à faire découvrir, une étoile à accueillir. Puissions-nous, par le mystère de la croix, devenir évangélisateurs après avoir été évangélisés à frais nouveau : ainsi des peuples plus nombreux encore pourront vivre l’Epiphanie du Seigneur, en accueillant celui qui s’est fait le Sauveur de tous. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)