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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 22 août 2026

21ème dimanche ordinaire A - 23 août 2026

 Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! 





 

            Il y a quelque chose de paradoxal dans l’évangile de ce dimanche. Jésus interroge ses disciples sur ce que les gens disent de lui, puis sur ce que les disciples ont compris de lui, avant de leur interdire d’en parler aux autres. Comme si ce que Pierre affirme avec force est trop dangereux pour les autres.

            Tout commence avec cette simple question : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? Petit sondage express ou brève évaluation des connaissances, si vous préférez. Les gens, c'est-à-dire tous ceux qui ont croisé la route de Jésus et de sa troupe, ont-ils vraiment compris quelque chose à Jésus, à son message, à ses actes ? Les trois réponses données par les disciples démontrent que non. La figure du Fils de l’homme, personne ne l’applique à Jésus. Les gens lui préfèrent Jean le Baptiste, Elie, Jérémie ou l’un des prophètes. Autrement dit, des gens du passé, récent ou lointain, mais du passé. A croire que la figure du Fils de l’homme est dépassée ; une survivance d’un autre âge. Et d’une certaine manière, c’est normal. On interrogerait des gens d’aujourd’hui, qui ne sont pas au milieu de nous sur Jésus, nous aurions sans doute aussi des réponses un peu exotiques. Entre la figure du grand sage et du guérisseur, les réponses couvriraient sans doute une large palette. Jésus, c’est un vieux personnage, dont certains doutent même qu’il ait seulement existé, quand bien même de nombreuses études s’accordent à le reconnaître. L’homme Jésus a existé, c’est un fait.

            Après ce premier sondage sur un large panel, Jésus resserre sa cible : Et vous (c'est-à-dire vous qui êtes avec moi chaque jour), que dites-vous ? Vous aurez remarqué au passage que Jésus ne commence pas par dire à ses disciples que les gens ont tort, qu’ils se trompent dans les réponses apportées à la question initiale : Qui est le Fils de l’homme ? Il ne reprend pas même sa question initiale en faisant de grands gestes, pointant vers lui, pour que les disciples additionnent un plus un pour trouver deux. Et la logique aurait suggéré qu’à ce deuxième tour, les disciples répondent à ce que sous-entendait Jésus dans sa question première : pour nous, le Fils de l’homme, c’est toi ! Non, Jésus pose une autre question, qui oriente clairement vers lui : pour vous, qui suis-je ? Quand on fait un sondage, quand bien même on ressert le panel, on ne change pas radicalement la question. Mais ce n’est pas grave, et Pierre, qui semble répondre (selon son habitude) du tac au tac, prononce ces mots devenus célèbres : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! A-t-il compris sa réponse ? A-t-il mesuré l’énormité qu’il vient d’énoncer ? Jésus nous rassure : certes, il proclame Pierre heureux, mais il lui dit en même temps qu’il n’y a pas de quoi fanfaronner. Un souffleur est passé par là : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autant dire que pour l’instant, ce ne sont que des mots d’un autre (Dieu) qui auront à devenir réalité comprise pour les disciples. Et nous savons que cela prendra du temps. Revenez dimanche prochain ; vous aurez la suite immédiate de l’évangile et vous comprendrez. Je ne vais pas spolier aujourd’hui ! A chaque dimanche, sa découverte ; c’est bien suffisant !

            Cette question de Jésus, même si Pierre a laissé à la postérité la réponse juste, demande malgré tout que chacun y réponse personnellement. Régulièrement, comme pour mieux montrer que la foi chrétienne perd du terrain, des instituts de sondage interrogent les chrétiens sur leur foi. Et les réponses ne sont pas toujours à la hauteur de celle de Pierre. Même pour certains baptisés, Jésus est juste un grand homme, éventuellement un sage spirituel, mais Fils du Dieu vivant, vous n’êtes pas sérieux ! Quant à dire qu’il est ressuscité, comme disaient les Grecs à Paul lors de son passage à Athènes : sur cette question, tu repasseras. Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons pas faire l’économie de cette question : pour moi, qui est Jésus ? Et il serait bon que nous la reprenions souvent : qui est Jésus pour moi, aujourd’hui ? Elle est salutaire, cette question, parce qu’elle nous permet d’être au clair, de mesurer les progrès ou les difficultés que nous rencontrons dans notre vie de foi. Elle est salutaire parce qu’elle fait de Jésus, non pas un personnage de l’Histoire, mais notre contemporain. Qui est Jésus pour toi aujourd’hui ? Dans ce moment de grande joie que tu vis, dans ce passage à vide que tu traverses, dans cette épreuve qui te met à genoux, qui est Jésus ? Et vous comprenez alors que la réponse n’est jamais simple à formuler, et qu’elle n’est jamais exprimée tout-à-fait de la même manière. Je voudrais que Jésus soit toujours le même pour moi, mais je dois honnêtement reconnaître que, selon ce que je vis, la formulation de ma réponse sera différente. Parce que notre réponse à cette question ne peut pas juste être une réponse apprise au catéchisme. Ce sera toujours la réponse que Dieu nous révèlera dans le moment que nous vivrons. Cela est vrai depuis que Dieu a révélé son nom à Moïse, jadis au buisson ardent. Je suis qui je suis, que l’on peut aussi traduire par : je suis qui je serai, autrement dit : tu verras bien qui je suis selon ce que tu auras à vivre.

Ce nom de Dieu, et le fait que notre réponse à la question de Jésus puisse différer selon les époques de notre vie, confirme que la promesse faite par Jésus au jour de l’Ascension est vraie : Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Que notre réponse puisse varier, ne signifie pas que Jésus change, mais que la perception que j’ai de lui, que l’expérience que je fais de sa présence à ma vie, change. C’est la même expérience que nous faisons dans nos rapports humains. Dire à quelqu’un que nous l’aimons quand tout va bien et que le ciel est bleu, c’est une chose. Le lui dire quand tout va mal, que les tensions et les difficultés nous éloignent l’un de l’autre, c’en est une autre. Vous comprenez alors pourquoi je vous ai dit que cette question était à reprendre régulièrement. Combien d’hommes et de femmes n’ont aucun mal à affirmer leur foi quand tout est simple, mais lâchent tout à la première difficulté ? J’ai fait confiance à Jésus, j’ai cru en lui, et regarde où cela m’a mené ! Dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, il nous faut consentir à dire à Jésus qui il est pour nous, pour pouvoir vivre dans la fidélité notre foi en lui, pour pouvoir vivre encore et toujours de sa présence aimante et attentive. 

Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? La réponse de Pierre, que nous pouvons faire apprendre aux enfants et aux catéchumènes, ne sera leur réponse que lorsqu’ils auront fait véritablement l’expérience toute personnelle de la rencontre avec Jésus, celui qui était mort et qui est vivant, ressuscité dans la gloire de Dieu. D’où l’ordre donné aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ. Ce n’est pas quelque chose qui se dit d’abord ; c’est quelque chose qui se vit. Il nous faut passer la Pâques avec Jésus pour comprendre véritablement les mots de Pierre, les mots du Père. Ecoutons, et donnons à entendre Dieu qui parle aux hommes, pour qu’après Pierre, avec nous, ils puissent confesser que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Amen.

samedi 26 août 2023

21ème dimanche ordinaire A - 27 juillet 2023

 De curiosité en curiosité, une approche de la Bonne Nouvelle.






            C’est un évangile curieux à plus d’un titre qui nous est proposé en ce dimanche. Curieux, le fait que Jésus s’interroge sur ce que les gens disent, donc pensent, de lui ; jusqu’à présent, il s’est peu soucié de ce détail. Curieuse la réponse faite par Pierre. Curieux le fait que ce soit lui qui soit choisi pour être le « primus inter pares » (le premier parmi ses pairs). Curieuse encore la mission que lui confie Jésus. Toutes ses curiosités sont aujourd’hui, pour nous, Bonne Nouvelle. 

            Jésus interroge donc ses disciples : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? La formulation est curieuse puisqu’il parle de lui : il aurait pu demander simplement ce que les gens disent de lui ; après tout, il sera beaucoup plus direct quand il posera la question directement à ses disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? A la première question de Jésus, les disciples répondent en fonction de ce qu’ils entendent ; et ce qu’ils entendent, ce sont les rapprochements faits par les gens entre cette figure du Fils de l’homme que le Premier Testament connaît déjà et quelques-uns de ses grands personnages. Un peu comme on fait à la naissance d’un nouvel enfant : on cherche à qui il ressemble, de qui il a les yeux, la bouche, le nez… Le Fils de l’homme, au dire des gens, peut être Jean le Baptiste dont il prolonge le ministère ; il peut être Elie, le prophète qui n’est pas mort et dont on attendait le retour ; il peut être Jérémie, le prophète qui a toujours dû annoncer aux gens le contraire de ce qu’ils voulaient entendre. Il peut être aussi n’importe lequel des autres prophètes, tant sa parole est à la fois unique et bien marquée du sceau de Dieu. Nous comprenons bien que les gens ont du Fils de l’homme une représentation qui le situe clairement du côté de Dieu et de ses grands envoyés. Aujourd’hui, beaucoup de gens voient en Jésus un grand personnage, un grand sage, qui invite les hommes à une vie autre, plus élevée que celle que propose le monde. 

            Je ne sais pas si c’est parce que ces représentations des gens ne conviennent pas à Jésus qu’il poursuit son investigation auprès de ses disciples : Pour vous, qui suis-je ? Mais la question est intéressante : vous qui me suivez de près, voyez-vous la même chose que les gens ? Dites-vous pareil ? La réponse de Pierre jaillit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Je donnerais cher pour voir la tête des autres disciples ; et peut-être aussi la sienne lorsqu’il réalise ce qu’il vient de dire ! Jésus ne s’y trompe pas, lui qui reprend tout de suite : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autrement dit, pour passer du Jésus de l’histoire que Pierre et les autres côtoient au Christ de la foi, il n’y a pas la réflexion humaine, mais une révélation de Dieu lui-même. Nul ne passe de Jésus, grand sage de l’histoire des hommes à Jésus le Christ, sans que Dieu le Père ne permette ce rapprochement. La foi n’est pas une déduction humaine ; elle est une expérience spirituelle, le résultat de la rencontre entre l’homme et Dieu. Et c’est toute la beauté de la foi : il n’y a pas besoin d’être un génie intellectuel pour reconnaître le Christ ; il suffit d’être ouvert à la grâce de Dieu qui veut se révéler à tout homme. Pas besoin d’avoir fait de grandes écoles pour rencontrer Dieu ; la simplicité d’un cœur d’enfant y suffit. 

            Nous pouvons alors interroger la fin de l’évangile de ce dimanche. Si ce n’est pas son intelligence qui lui a soufflé de dire cela, pourquoi est-ce Pierre que Jésus choisit ? Car enfin, Pierre est quand même un peu du genre « grande gueule », rapide à parler, lent à réfléchir, et vite rattraper par la peur ; il suffit de se souvenir de l’attitude de Pierre quand Jésus les rejoint dans la barque en marchant sur l’eau : nous l’avons entendu dire que si Jésus le fait, il peut le faire aussi avant de manquer de se noyer quand la peur des eaux tumultueuses l’a repris et de crier vers Jésus : sauve-moi !  Et bien, c’est peut-être justement pour cela que Jésus l’a choisi : parce que quoi qu’il fasse, et surtout après ses moments de faiblesses, il sait revenir vers Jésus. Avec Pierre, nous avons la certitude qu’il ne construira pas son Eglise, mais bien l’Eglise du Christ. C’est d’ailleurs ce que dit Jésus très clairement : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Tu es Pierre, c'est-à-dire tu es qui tu es, comme tu es, comme je t’ai appelé ; et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, sur toi sur qui les autres peuvent s’appuyer, je vais m’appuyer aussi pour faire mon Eglise. Il est choisi parce qu’il connaît ses faiblesses et que Jésus reste celui dont il sait qu’il est son Sauveur vers qui il revient toujours. Et c’est bien parce qu’il sait crier vers Jésus quand tout va mal pour lui, qu’il reçoit le pouvoir de lier et délier, c'est-à-dire de lier en nous ce qui nous éloigne de Dieu pour nous en débarrasser, nous en délier, puisque c’est ce pour quoi Jésus a donné sa vie. Le premier des Apôtres est associé à la mission de salut de Jésus : aider les hommes à identifier le mal qui les ronge pour les en défaire et leur indiquer la voie du Salut. C’est une Bonne Nouvelle pour nous tous, parce que nous est dit clairement que l’Eglise n’est pas là pour nous condamner, mais pour nous aider à identifier le mal, et à suivre le Christ qui nous libère de tout mal. L’Eglise nous aide à identifier le mal non pour nous enfermer dedans mais pour nous en délier, nous en libérer par la puissance du Christ vivant. 

            De curiosité en curiosité, nous sommes arrivés à cette Bonne Nouvelle du Salut à dire et à redire aux gens de notre temps. Nous laisserons la dernière curiosité – le silence imposé à ses disciples sur son identité réelle – pour dimanche prochain ; nous pourrons la comprendre mieux en entendant la suite de l’évangile de Matthieu. A chaque dimanche sa Bonne Nouvelle ; c’est plus facile à assimiler ainsi, petit à petit, pour permettre à notre intelligence de comprendre ce que notre cœur a saisi : Dieu nous aime et nous sauve en Jésus. Amen.


samedi 11 septembre 2021

24ème dimanche ordinaire B - 12 septembre 2021

 Quand le Christ que nous attendons ne correspond pas au Christ que Jésus veut être !



(Museo San Francesco, Montefalco, Italie)


            Nous attendions ce moment depuis le début de l’été. Et si nous ne l’attendions pas, nous savions à tout le moins qu’il allait arriver. Eh bien, le voici, ce moment où il nous faut nous décider, ce moment où il nous faut nous prononcer : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Nous ne pouvons pas contourner la difficulté ; nous ne pouvons pas différer la réponse. C’est Jésus lui-même qui nous interroge et qui attend une parole. Nous l’avons suivi jusque-là, dans l’évangile de Marc. Si nous voulons continuer à le suivre, il nous faut confronter notre attente à la réalité que Jésus est venue vivre. Et que se passe-t-il lorsque le Christ que nous avons imaginé ne correspond pas au Christ que Jésus veut être ? C’est tout l’enjeu de l’Evangile de ce dimanche. 

            La figure d’un Messie (d’un Christ) n’est pas nouvelle. Ce n’est pas Jésus qui l’a inventée. Elle existe depuis longtemps dans les textes de la Première Alliance. Elle a au moins deux représentations différentes. Il y a la figure d’un Messie royal, descendant de David ; et vous avez la figure du Messie prophétique. Cette dernière figure semble plus présente dans l’esprit des gens à l’époque de Jésus. Pour preuve, les réponses données par les Apôtres à la première question de Jésus : Au dire des gens, qui suis-je ? Les réponses données sont bien des figures prophétiques : Jean le Baptiste, Elie (celui qui avait été enlevé au ciel sur un char de feu laissant entendre qu’il reviendrait) ou un des prophètes. Et on peut comprendre cette insistance sur la figure prophétique. Le prophète n’est-il pas celui qui parle devant le peuple au nom de Dieu, celui qui transmet fidèlement sa Parole ? N’est-il pas aussi celui qui pose des gestes prophétiques, qui disent quelque chose de l’Alliance de Dieu avec les hommes ? A relire tout ce que nous avons vu et entendu de Jésus jusqu’à ce moment de l’évangile, cela correspond bien à la figure du prophète, et plus encore à la figure du Messie attendu. Nous avons vu Jésus faire entendre les sourds, faire marcher des boiteux et des paralysés, faire voir des aveugles et parler des muets. Nous l’avons entendu interpréter la Loi de Dieu, parler en paraboles. Et nous l’avons même vu redonner vie à la fille de Jaïre, morte trop tôt. Ce n’est pas étonnant que la foule se soit fait une image de Jésus, de qui il était, de qui il devait être. Pour la foule, c’est clair, Jésus est un prophète, voire le grand prophète. 

            Ayant reçu l’opinion du commun, Jésus interroge encore ses disciples : Et vous, que dites- vous ? Pour vous, qui suis-je ? Autrement dit, est-ce que le fait de fréquenter Jésus dans une proximité plus grande change quelque chose sur l’opinion qu’ils ont de lui ? Est-ce que quelqu’un qui vit avec Jésus H24 connaît pareil ou connaît mieux Jésus que la foule qui le suit ? Redoutable question dont la réponse dira quelque chose de leur relation vraie au Maître qui les a appelés à le suivre. Peuvent-ils voir plus loin que la foule, juste parce qu’ils passent plus de temps avec lui ? Je reformule la question pour nous : croyants pratiquants réguliers, savons-nous dire plus sur Jésus que ceux qui se disent juste croyants par habitude ou tradition familiale et qui ne viennent qu’occasionnellement au milieu de nous ? Si nous faisons abstraction de notre catéchisme et abstraction du fait que nous connaissons toute l’histoire de Jésus, si nous avions été du groupe des Douze, qu’aurions-nous répondu à ce moment précis de l’histoire ? Pierre, sans que nous sachions trop comment la réponse lui est venue, affirme avec une certitude étonnante : Tu es le Christ. Pas seulement un prophète, mais quelqu’un dans la lignée du Messie attendu, et pour être clair, le Messie attendu, le Christ, celui qui a été oint par Dieu lui-même. On ne saurait être plus précis ! 

            Alors qu’il avait tout bon jusqu’ici, Pierre va se rendre compte qu’il n’a pas encore tout compris. La figure du Christ qu’il a en tête ne correspond pas à la figure du Christ que Jésus veut être. Sans doute n’a-t-il pas bien lu le prophète Isaïe, ou l’a-t-il mal compris ! Car le style de Christ que Jésus veut être est plus proche du serviteur de Dieu décrit par Isaïe dans ses prophéties que du Christ ou Messie royal, qui a l’exemple de David, le roi par excellence, va bouter les ennemis d’Israël hors du pays. Il faut entendre Jésus dire à Pierre : Passe derrière moi, Satan ! Jésus renvoie clairement aux tentations qu’il avait vaincues au début de son ministère lorsque Satan lui-même lui faisait miroiter le pouvoir qu’il pourrait lui donner. Ce n’est pas la voie choisie par Jésus ; ce n’est pas le projet de Dieu que Jésus est venu accomplir. Le projet de salut de Dieu pour l’humanité ne peut passer que par une voie : le sacrifice du Christ sur la croix. Ce n’est qu’en combattant la Mort que Jésus pourra faire tomber la Mort. Ce n’est qu’en combattant le Mal que Jésus pourra défaire le Mal. Sur la croix, il va mourir, certes ; mais sur la croix, il fera aussi mourir la Mort et le Mal et ainsi seulement pourrons-nous être libérés du Péché. Ainsi seulement Satan pourra-t-il être défait. Il nous faut entendre Jésus enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué et que, trois jours après, il ressuscite. Sans mort, pas de résurrection. Sans mort, pas de victoire de la Vie. Sans Passion, pas de Pâques. 

            Il nous faut enfin aussi entendre Jésus nous dire que ce chemin sera également et nécessairement le nôtre. Nous ne sommes pas au-dessus de notre Maître. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Il n’y a pas d’autre voie possible que celle de la configuration totale et parfaite au Christ que Jésus veut être. Il nous faut abandonner nos rêves de gloire d’un Messie à la manière du roi David. Il nous faut abandonner nos rêves de grandeur, y compris pour l’Eglise. La communauté des croyants que Jésus réunit autour de lui est la communauté de celles et de ceux qui iront jusqu’à la croix, jusqu’à l’abandon total, jusqu’au sacrifice de leur vie pour la vie des autres. La charité ne s’exerce pas à coup de sabre à la manière d’un roi conquérant ; la charité s’exerce dans l’humble abandon à la volonté de Dieu et dans l’humble service des frères, particulièrement des plus petits. La charité s’exerce dans un combat constant contre toute forme de Mal autour de nous et d’abord en nous. 

            Se prononcer en faveur de quelqu’un, c’est toujours renoncer à un autre. En choisissant Jésus, nous avons renoncé au Mal. C’est tout le sens de la profession de foi qui est faite au baptême et que nous renouvelons solennellement chaque année en la nuit de Pâques. En choisissant Jésus, nous devons aussi renoncer à l’image que nous pouvons nous faire de lui pour le découvrir tel qu’il se révèle en vérité, tel qu’il veut être, et le suivre malgré tout. La croix n’est pas d’abord un bijou de valeur ; la croix est le signe de notre foi, le signe que Jésus a donné sa vie pour nous, par amour des pécheurs que nous sommes. Là est la vraie valeur de la croix ; là est le signe de notre salut. Avec Pierre, reconnaissons que Jésus est le Christ, mais reconnaissons-le à la manière que Jésus lui-même veut être, un Messie livré et crucifié, et suivons-le, toujours. Amen.

samedi 30 janvier 2021

04ème dimanche ordinaire B - 31 janvier 2021

 Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu ! 


(Jésus guérit un possédé, Source internet)


        Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu ! Ce qui surprend dans ce cri, ce n’est pas tant l’affirmation qu’il pose : Jésus est le Saint de Dieu ! Non, ce qui surprend, c’est que ce cri vient d’un esprit impur, autrement dit de l’adversaire de Jésus. Alors que les hommes découvrent à peine ce Rabbi qui parcourt le pays, voici que les démons révèlent déjà qui il est. Vous vous doutez bien qu’en procédant ainsi, ils ne posent pas un acte de foi. 

            Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu ! Dans ce passage d’Evangile, cette belle affirmation au sujet de Jésus résonne plutôt comme une dénonciation, une tentative de faire échouer le projet de Dieu. Jésus vient à peine de commencer sa mission en appelant ses premiers disciples ; il n’a encore rien fait à ce moment de l’évangile de Marc, si ce n’est enseigner de manière remarquable à la synagogue de Capharnaüm. C’est là qu’il est interpelé par un homme tourmenté par un esprit impur. Et c’est sous la poussée de l’esprit impur que cet homme se met à crier : Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? La question en elle-même est pertinente. Voilà un homme qui enseigne en homme qui a autorité. Que veut-il dire par son enseignement ? Qu’attend-t-il de la part de ceux qui l’écoutent ? Cette première question est aussitôt suivie par cette autre question : Es-tu venu pour nous perdre ? Là, déjà, nous pouvons nous interroger : un homme qui parle avec autorité des choses de Dieu (il fait un prêche dans une synagogue ; il ne parle pas de n’importe quoi, ni de n’importe qui), un tel homme peut-il vouloir du mal à quelqu’un ? Dieu peut-il vouloir perdre les hommes ? Celui qui réfléchit bien, comprend vite que ce n’est pas l’homme qui interroge ainsi, mais bien l’esprit impur qui l’habite. Nous pourrions dire qu’il divague, et donc nous ne l’écouterions plus. Et c’est là qu’il lance ce qui, dans la bouche de n’importe quel homme censé et croyant, eut été une profession de foi magnifique : Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. C’est bien une parole de démon, prononcée pour dérouter, pour troubler ceux qui l’entendent. Jésus ne s’y trompe pas, lui qui impose aussitôt le silence : Tais-toi ! Sors de cet homme. Ce que fait cet esprit impur ; l’homme possédé est libéré. Ceux autour n’ont rien compris, ils s’interrogent encore : Qu’est-ce que cela veut dire ? La tentative de l’esprit impur, de révéler qui est Jésus alors que les hommes ne sont pas prêts, a échoué. 

            Dans l’évangile de Marc, il est important que les hommes fréquentent Jésus avant de poser une affirmation sur lui. Il faut ce compagnonnage avec lui pour pouvoir poser une affirmation de foi. Ce n’est qu’après avoir entendu son enseignement, ce n’est qu’après avoir vu les signes qu’il pose, ce n’est qu’au pied de la croix que les hommes pourront dire : Celui-ci est fils de Dieu ! Ce n’est pas une affirmation d’intellectuel, c’est le résultat d’une longue route avec celui qui est venu sauver les hommes. Jésus, il nous faut le suivre, il nous faut l’écouter, il nous faut le regarder pour comprendre ce que nous disons de lui dans la foi. En imposant le silence, Jésus ne refuse pas le témoignage qui lui est rendu ; il refuse qu’il soit donné comme une parole en l’air, une parole coupée de toute expérience. La rencontre avec le Christ, c’est d’abord quelque chose qui se vit ; la réflexion est seconde. Avec Jésus, je fais l’expérience de Dieu et parce que j’ai fait l’expérience de Dieu, je peux dire Dieu. Dieu n’est pas un concept, c’est quelqu’un qui m’invite à vivre. Et c’est parce que je vis, que je peux dire : Dieu est là ; c’est lui qui me fait vivre ! 

            Tout l’évangile de Marc est construit sur ce secret à découvrir. Le lecteur doit accompagner Jésus comme les premiers disciples, écouter son enseignement, lire les signes pour pouvoir dire en vérité : c’est lui, le Fils de Dieu. Et pour Marc, cette révélation ne peut se faire qu’au dernier moment, au pied de la croix. Car là, devant le sacrifice de Jésus, il devient évident que seul Dieu nous aime jusque-là ; là, devant le sacrifice de Jésus, il devient éblouissant que seul Dieu nous donne la vie en livrant la sienne. A nous qui croyons sans avoir vu Jésus, il nous revient de sans cesse nous interroger : notre foi est-elle le résultat d’une réflexion seulement ou d’une véritable expérience de vie ? Quand nous sommes appelés à témoigner, il ne s’agit pas seulement de dire ce que nous savons de Jésus parce que nous l’avons appris, il s’agit de dire Jésus avec qui nous vivons, il s’agit de dire comment Jésus change notre vie pour que nos auditeurs puissent désirer voir leur vie changer en mieux aussi. Car Jésus n’est pas venu pour nous perdre, il est venu nous sauver. Avec lui, la vie change en mieux, avec lui la vie grandit. Tous ceux qui l’ont suivi jusqu’à la croix en témoignent. 

            Nous commençons à peine la lecture de ce bel évangile de Marc. Prenons le temps de le lire, sans trop nous presser. Prenons le temps de suivre Jésus. Et si nous pensons l’avoir déjà fait depuis longtemps, refaisons le chemin avec lui, comme si c’était la première fois. Il y a toujours quelque chose à découvrir de cet homme. Il y a toujours un enseignement à approfondir. Il y a toujours à l’accueillir dans l’aujourd’hui de notre vie. Il se révèle à nous dans notre histoire, il se révèle à nous dans tous les événements heureux ou malheureux que nous vivons. Prenons la route avec lui, tendons l’oreille, ouvrons nos yeux, et laissons-nous encore guider par lui. Amen.


dimanche 16 septembre 2018

24ème dimanche ordinaire B - 16 septembre 2018

N'allons pas trop vite en besogne !






Il faut avoir une vue d’ensemble sur l’Evangile de Marc pour comprendre à quel point le passage d’évangile que nous venons d’entendre est singulier et important. En fait, il est le moment clé de l’œuvre de Marc, celui vers qui tend toute la première partie et qui déclenche la seconde. Et nous sommes mis en demeure, tout comme les disciples aujourd’hui, de dire ce que nous avons compris de Jésus, à ce moment précis de l’histoire, et invités à entendre ce que Jésus dit de lui et de son avenir. 

Si, en rentrant chez vous, vous prenez votre bible et parcourez l’évangile de Marc en entier, vous verrez que tous les signes que Jésus a posés jusque là devaient permettre à Pierre de faire sa profession de foi : Tu es le Christ. Et si vous vous souvenez du début de l’Evangile de Marc, vous comprendrez que cette affirmation de Pierre reprend l’affirmation de l’évangéliste faite dans le titre même de son œuvre : Commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. En fait, comme dans l’excellente série Columbo, nous savons tout dès le début. Marc dit clairement qui est ce Jésus dont va parler son œuvre, comme un épisode de Columbo commence toujours par nous montrer le meurtrier. Le but des épisodes de la série policière est le même que le but de Marc dans son évangile : faire comprendre à celui qui regarde ou qui lit, comment on arrive à découvrir par l’expérience, par la déduction, ce qui est évident dès le départ. Dans la série policière, nous relevons avec l’inspecteur à l’imperméable tous les indices qui vont finir par pointer du doigt le coupable, comme dans l’Evangile, nous découvrons avec les Apôtres tous les indices qui vont mener Pierre à affirmer : Tu es le Christ dans un premier temps, avant de nous le faire comprendre totalement au pied de la croix et de pouvoir l’affirmer avec le centurion romain : Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu !  

Les mots de Pierre ne lui viennent pas à la bouche par hasard. Ils s’imposent à lui, après tout ce qu’il a vu et entendu. Et c’est normal, parce que tout l’évangile de Marc tourne autour de cette question : Qui est Jésus ? En lisant cet évangile, le lecteur est provoqué par cette question à chaque page. Et chaque fois que quelqu’un (même les démons) éclaire la réponse à la question, Jésus ordonne le silence. Et nous comprenons aujourd’hui pourquoi ce silence est imposé : parce qu’il n’est pas encore temps de révéler qui est Jésus. La réponse véritable ne peut pas jaillir après un enseignement, ni même après un miracle de Jésus. La réponse véritable ne peut jaillir qu’à la fin de sa vie, au pied de la croix. Observez ce qui se passe dans l’épisode de ce dimanche : Pierre proclame que Jésus est le Christ ; et il a raison. Mais quand Jésus annonce pour la première fois sa Passion, Pierre se mit à lui faire de vifs reproches. Il n’est pas possible pour lui que le Christ, l’Envoyé de Dieu, souffrît la Passion ! C’est totalement hors de propos ! Sa réaction est naturelle. Il n’a pas compris l’ordre de se taire que Jésus a donné sitôt sa profession de foi posée. Ce que Pierre a affirmé, personne ne peut le comprendre de manière juste à ce moment précis de l’histoire. Et nous ne devons pas, dans un premier temps, lire cette page autrement que comme un premier lecteur qui ne connaît rien à Jésus, ni comprendre plus que ce qu’à compris Pierre à l’époque. Pour bien méditer cette page, il nous faut oublier, durant le temps de compréhension du texte, que nous connaissons la fin de l’histoire de Jésus. Marc nous invite à avancer avec les Douze dans la découverte de Jésus.  

Si nous allons trop vite, nous ne pourrons pas saisir vraiment ce que Jésus dit quand il commence à enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que trois jours après, il ressuscite. Nous le savons parce que nous vivons après Pâques. Mais pour quelqu’un qui commence à découvrir qui est Jésus, pour quelqu’un pour qui Pâques ne représente encore rien, les affirmations de Jésus, à ce moment précis de l’histoire, sont d’une violence et d’une nouveauté inouïe ! Qui peut sincèrement imaginer à ce moment-là que celui qui a fait tant de bien, posé tant de miracles et parle aussi bien de Dieu, qui peut raisonnablement penser qu’il sera mis à mort à cause de cela par ses adversaires ? Qu’il ait des adversaires, c’est une chose : tout homme qui a quelques idées a forcément contre lui ceux qui ont les mêmes mais n’ont pas osé les exprimer, plus ceux qui ont les idées contraires et se sentent mis en danger, sans compter l’immense majorité de ceux qui sont sans opinion et se laissent retourner par celui qui crie le plus fort. Mais de là à se faire tuer, quand même ! Nous vivons dans un monde civilisé, c’est bien connu. En annonçant pour la première fois sa Passion, Jésus vient nous dire qu’il y a un horizon plus grand que les miracles qu’il pose et l’enseignement qu’il donne. Tout cela doit nous mener à accompagner Jésus jusqu’au bout, jusqu’à la croix, parce que c’est là, et seulement là, que tout prendra sens. Il nous faut accepter la violence des mots de Jésus et accepter humblement de le suivre pour ne pas faire de lui le gourou d’un groupe religieux de plus. Si nous voulons vraiment reconnaître en lui le Sauveur du monde, il nous faudra, comme Pierre et ses compagnons, entrer dans les pensées de Dieu, et non rester dans celles des hommes. 

La moitié du chemin est faite puisque nous sommes au point de bascule : nous avons les premiers éléments pour comprendre que Jésus est du côté de Dieu, entièrement, définitivement. Avec Pierre, nous pouvons affirmer au sujet de Jésus qu’il est le Christ. Il nous faut maintenant entrer dans la compréhension de notre affirmation, et nous ne pourrons pas le faire si nous refusons que Dieu ouvre nos oreilles ; nous ne pourrons pas le faire si nous gardons Jésus à hauteur d’homme. Il nous faut accepter toutes les conséquences de notre affirmation et suivre Jésus là où Dieu lui-même le conduit, même si nous ne comprenons pas tout. Ce n’est pas le moment de philosopher sur Jésus ; c’est le moment de le suivre encore, dans la confiance et l’humilité, sûrs que nous n’avons pas encore tout compris et que Dieu lui-même a encore beaucoup de choses à nous apprendre sur son dessein de salut. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

 

 

dimanche 27 août 2017

21ème dimanche ordinaire A - 27 août 2017

Qu'as-tu compris de Jésus ?





Chaque année, nous avons droit à ce passage de l’Evangile où Jésus interroge ses disciples sur sa propre personne : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Un sondage d’opinion en quelque sorte, à moins que ce ne soit une manière d’évaluer les Apôtres : comprennent-ils bien tout ce que je dis, tout ce que je fais ? Si Matthieu, Marc et Luc ont en commun ce passage de la vie de Jésus, Matthieu est le seul, par contre, à introduire la figure du Fils de l’homme. Vous pouvez vérifier chez Marc et Luc, la question posée aux disciples au sujet des dires de la foule n’est pas : Au dire des gens qui est le Fils de l’homme ?  mais bien : Qui suis-je au dire des gens ? (Mc 8,27). Beaucoup de spécialistes s’accordent à dire que c’est la même chose, dit autrement. Mais, dans une lecture spirituelle, partons du principe que ce n’est pas, pour Jésus, à ce moment-là, une manière de parler de lui. 
 
Qui est ce Fils d’homme ? Dans la tradition du Premier Testament, l’expression fils d’homme apparaît très souvent comme un synonyme d’homme. Elle désigne un membre de l’espèce humaine, avec tout ce que cela suppose de fragilité, de petitesse, de condition pécheresse. L’expression fils d’homme permet de souligner la grandeur de Dieu et sa bonté envers l’homme, puisqu’on peut s’étonner qu’un être aussi faible ait été placé au sommet de toute la création. Souvenons-nous du psaume 8, 5 : qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? C’est le livre de Daniel qui va donner à l’expression un sens nouveau en présentant le Fils d’homme comme celui à qui sera remis la royauté sur tous les peuples. L’expression souligne alors plutôt son rapport avec le monde de Dieu et accentue sa transcendance. 
 
Dans l’option que j’ai retenu au départ, Jésus interrogerait donc ses disciples sur cette figure apocalyptique. Qui est le Fils d’homme (ou Fils de l’homme) pour les gens ? Les diverses réponses apportées par les disciples me confortent dans a lecture : Jean-Baptiste, Elie, Jérémie ou un des prophètes ! Mais ce n’est pas Jésus, au dire des gens ! La foule n’identifie pas encore Jésus avec ce Fils de l’homme ! D’où la question plus précise posée aux seuls disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Autrement dit, est-ce que pour vous au moins c’est clair que je suis le Fils de l’homme ? La réponse de Pierre n’en prend que plus de relief : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Non seulement Pierre reconnaît que Jésus vient de Dieu, mais il le proclame comme son Fils, reprenant ainsi ce que Dieu lui-même dira de Jésus au moment de la transfiguration, qui a ce moment-là n’avait pas encore eut lieu dans l’évangile de Matthieu. Nous comprenons donc pour quoi Jésus affirme à Pierre : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Comprendre en profondeur qui est Jésus n’est pas le résultat d’une enquête minutieuse, ni un montage intellectuel : c’est une grâce reçue de Dieu lui-même. C’est une révélation ! 
 
Ceci devrait nous rassurer nous, les plus anciens, qui nous lamentons souvent sur la jeunesse qui ne reconnaît plus ce que nous lui avons enseigné au sujet de Jésus. Nous aurons beau parler de Jésus, nous aurons beau construire des catéchèses extraordinaires, si nos auditeurs ne sont pas ouverts à la rencontre avec Dieu, ils ne pourront pas reconnaître en Jésus celui que Dieu envoie pour sauver le monde. Même Pierre qui suit Jésus et vit avec lui tous les jours n’aurait pu reconnaître en Jésus le Christ, le Fils du Dieu vivant, si Dieu ne le lui avait pas révélé. Cela rendra humble les catéchistes, les prêtres et tous ceux qui essaient avec patience de présenter le Christ. Cela nous rappelle aussi que doit être premier la mise en lien avec Dieu. Nous devons permettre à ceux à qui nous nous adressons de faire l’expérience de Dieu. Cela passe par l’approfondissement de notre vie intérieure et de notre vie de prière. Avant de nous entendre parler de Dieu et de Jésus, il faudrait que les hommes et les femmes de notre temps nous voient prier Dieu et agir en son nom. Il faut que nos contemporains nous voient vivre de Dieu et qu’ils constatent que cela nous rend profondément heureux. N’est-ce pas, la messe du dimanche, ce n’est pas une obligation de plus, mais le rendez-vous joyeux ave celui qui nous appelle à la vie ! Venir en aide à celui qui a besoin de nous, ce n’est pas une manière de nous débarrasser de lui, ni une contrainte morale voire humanitaire, mais bien l’expression de notre attachement à Dieu qui vient croiser la route des hommes pour les soulager de leur misère. 
 
Aujourd’hui nous est renvoyée la question de savoir ce que nous avons appris de Jésus, ce que nous avons compris de Jésus et de sa mission, et surtout la question de comment nous témoignons de lui, comment nous vivons de lui. Est-il bien pour nous, chrétiens, le Christ, le Fils du Dieu vivant, celui qui vient pour notre vie et notre joie ? Les hommes et les femmes attendent des témoins authentiques pour qu’ils puissent croire à leur tour. Les hommes et les femmes attendent des croyants qu’ils vivent de ce Dieu pour qu’à leur tour ils découvrent la joie de croire et de vivre par Jésus. Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? De notre réponse dépend l’avenir de nos contemporains et l’avenir de l’Eglise qui est en France. Amen.





samedi 18 juin 2016

12ème dimanche ordinaire C - 19 juin 2016

Suivre le Christ : oui, mais quel Christ ?




L’Evangile de ce dimanche est bien connu et ne pose à priori pas de problème particulier. Pourtant, nous aurions tort de passer sur le texte trop rapidement et de ne l’écouter que d’une oreille. Ce qui est affirmé par Jésus est plus que fondamental pour quiconque veut suivre Jésus. 
 
Nous ne le savons que trop bien ; c’est la figure du Christ qui est la pierre d’achoppement pour beaucoup d’hommes. C’était vrai hier, c’est vrai encore aujourd’hui. Qui est-il vraiment ? Quand Jésus interroge ses disciples sur la perception que la foule a de lui, ceux-ci reprennent ce qu’ils entendent : Jésus serait Jean le Baptiste pour les uns, Elie pour d’autres, voire un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. Ces affirmations et certitudes de la foule proviennent de ce qu’ils ont vu et entendu. L’enseignement de Jésus, les gestes qu’il pose et les guérisons qu’il a effectuées, attestent assurément qu’il est un homme qui marche en présence de Dieu, qui agit au nom de Dieu. La qualité de prophète n’est pas usurpée. Mais est-elle suffisante pour qualifier Jésus ? N’est-il qu’un prophète parmi d’autres ? Que disent ce qui le côtoient quotidiennement ? Ses disciples ont-ils une perception autre de Jésus ? Car tout est bien là : ceux qui s’attachent à Jésus au point de tout laisser pour lui voient-ils en lui un simple prophète (fût-il le plus grand) ? Le fait qu’ils vivent avec Jésus au jour le jour change-t-il leur manière de percevoir Jésus ? D’où la question de Jésus : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pour vous : Jésus attend bien une réponse personnelle, une réponse à la mesure de ce qu’il leur a permis de vivre à son contact. 
 
Si nous prenons le temps d’un arrêt sur image pour feuilleter l’évangile de Luc à rebours, nous croisons Jésus et ses disciples nourrissant une foule immense avec cinq pains et deux poissons ; nous voyons aussi Jésus qui a envoyé ses disciples en mission, faire exactement ce qu’il a fait jusqu’à présent : annoncer le Royaume et guérir les malades. Ayant donc vu et entendu Jésus, ayant participé même à sa mission, les disciples en disent-ils plus sur Jésus que la foule ? C’est Pierre qui répond au nom de tous, d’une formule dont on ne sait s’il en mesure bien toute la portée : pour lui, Jésus est le Christ, le Messie de Dieu. Nous n’avons pas le temps de nous réjouir de la sagacité de Pierre ; déjà Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne. Pierre a donc visé juste, mais trop tôt. L’affirmation posée aussi crûment pourrait prêter à confusion. Jésus est bien le Messie, mais personne ne peut le dire pour l’instant. Ce n’est qu’à la fin de la mission de Jésus que cela sera révélé à tous. Pour que même les disciples ne se méprennent pas sur la qualité de Messie de Jésus, celui-ci précise aussitôt en quel sens il sera Messie. Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. Voilà qui rend le Messie bien moins sexy, n’est-ce pas ! Comment le reconnaître encore après un tel traitement ? Le Messie de Dieu peut-il seulement mourir ? 
 
Jésus va encore plus loin. Non seulement le Messie doit souffrir et mourir, mais en plus ceux qui veulent le suivre doivent renoncer à [eux-mêmes], et prendre leur croix chaque jour. Pas glamour du tout ! Pas une once de romantisme dans la démarche ! Suivre le Christ est exigeant au point d’y engager toute sa vie. Ce n’est pas un acte passager, ce n’est pas pour un temps ! Le Christ livre sa vie pour toi ; engage donc la tienne en retour, totalement. Tu dois être prêt à perdre ta vie à cause de [lui]. Le disciple ne sera pas au-dessus de son Maître ; le disciple ne sera pas plus épargné que le Maître. Et nous mesurons soudain le courage et la confiance qu’il faut pour suivre Jésus lorsque nous nous rappelons qu’au pied de la croix, il n’y avait que Jean et Marie, les autres disciples ayant disparu, se tenant au loin pour regarder ! Si quelqu’un voulait dégouter les disciples et les décourager, il ne s’y prendrait pas autrement. Mais ce rappel est nécessaire, vital même. Comment engager toute sa vie pour quelqu’un qui ne ferait que semblant ? Comment croire que Jésus pourrait nous sauver s’il n’allait pas au bout de l’expérience humaine, s’il n’affrontait pas la mort sur son propre terrain ? Le baptême dans lequel nous sommes plongés n’est pas un long fleuve tranquille ; c’est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus pour que nous puissions vivre ! C’est une plongée dans le feu de l’Esprit pour que soit brûlé en nous tout ce qui est contraire à l’esprit de Dieu. 
 
Au moment où la foule pourrait être tenté par un Messie romantique ou révolutionnaire, qui bouterait hors de Palestine l’occupant romain, Jésus vient réaffirmer que sa mission est plus profonde, que la libération qu’il propose est plus qu’un acte simplement politique, que sa vision du monde est plus complexe qu’un monde sans romains. Paul l’a bien compris lorsqu’il explique aux Galates qu’il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Le Messie de Dieu est venu pour une humanité réconciliée, une humanité qui ne fait plus de différence, une humanité vraiment libre ! Si c’est bien là ce que tu attends du Messie de Dieu, alors viens, prends ta croix, prends ta part avec lui, et participe à ce Royaume à venir, aujourd’hui, demain et chaque jour de ta vie. Amen.

(Illustration extraite de l'Image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004)

samedi 20 juin 2015

12ème dimanche ordinaire B - 21 juin 2015

Qui est-il donc, celui-ci ?




Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? Si nous avions été dans la barque, cette fameuse journée-là, sans doute aurions-nous posé la même question. Personne, jusqu’à présent, n’avait réussi à faire ce que Jésus venait de faire : calmer la mer qui battait de ses flots la pauvre embarcation des disciples. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? La question des disciples semble donc légitime. Pourtant, les multiples guérisons qu’il a opéré jusqu’ici et l’enseignement qu’il a donné aux foules auraient, petit à petit, dû les mettre sur la bonne piste. De plus, avec la culture qui est la leur et la connaissance qu’ils ont nécessairement des textes sacrés, ils devraient conclure, par eux-mêmes, que Jésus est Dieu. Le rapprochement que la liturgie de ce dimanche fait avec le livre de Job est éclairant. Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial (…), quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Celui qui est avec eux dans cette barque, c’est certes Jésus, leur maître ; mais il se révèle aussi chaque jour davantage Dieu. Cette autre rive sur laquelle il les a invités à passer quand ils sont montés dans la barque, c’est bien la rive de la foi. En nous embarquant avec lui, il veut nous faire découvrir qu’au-delà de l’homme Jésus, il est Dieu, vainqueur de toutes les forces qui s’opposent à la vie. En montrant son autorité sur la mer, il annonce déjà sa victoire sur la mort, puisque pour l’homme biblique, la mer est bien le lieu où résident les forces du Mal et de la Mort, toutes choses que seul Dieu maîtrise. Ce signe, loin de les effrayer, devraient, au contraire, les rassurer. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? Si les disciples s’interrogent sur Jésus, nous pouvons constater aussi que Jésus s’interroge sur ses disciples. Si les hommes sont étonnés par Dieu, il nous faut remarquer dans le même temps que Dieu est étonné par les hommes : Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? Nous pouvons entendre, en sourdine, cette autre question : que faudra-t-il que je fasse pour que vous croyiez en moi ? Les nombreuses guérisons, les esprits impurs eux-mêmes qui criaient que Jésus est le fils de Dieu (Mc 3, 11) devaient suffire pour que ceux qu’il a appelés à le suivre comprennent déjà qu’il est plus qu’un homme, qu’il est bien du côté de Dieu. Oui, les hommes sont étonnants de lenteur, peut-être d’abord parce qu’ils sont étonnamment centrés sur eux-mêmes. Ceux que Jésus a appelés à le suivre ne se rendent sans doute pas compte, là tout de suite, de l’expérience spirituelle qu’il leur fait vivre. Ils suivent un maître, mais sans savoir ; ils regardent leur maître, mais sans voir ; ils écoutent son enseignement, mais sans entendre vraiment. Ils en restent à la surface des choses. 
 
Ne sommes-nous pas comme eux, bien souvent ? Nous allons à la messe, nous écoutons Dieu nous parler, nous recevons de lui le pain qui nous fait vivre ; et pourtant, nous sommes par moment si éloignés de lui, si difficiles à convaincre que Jésus est là, au cœur même de notre vie, nous appelant à de grandes choses ! Quand surgissent les difficultés, ne sommes-nous pas remplis de crainte devant l’avenir incertain ? Cette page d’évangile vient nous rappeler que là où Jésus est présent, rien ne peut détruire ce que l’amour a saisi, pas même la tempête, pas même les forces de mort. Puisque Jésus est avec nous et en nous depuis notre baptême, nous avons tout pour tenir bon dans les épreuves, pour affronter la tempête de la mort ; notre barque ne saurait chavirer, les flots de la mer ne sauraient nous submerger. Ecoutons à nouveau Paul redire aux Corinthiens : Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.  En Jésus, nous avons déjà notre victoire ; en Jésus, nous sommes déjà sauvés ; en Jésus, nous pouvons croire et espérer. Il ne nous abandonnera jamais. Il nous invite passer sur les autres rives en embarquant avec nous. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? Si nous reconnaissons que cette question peut être légitime dans la bouche des Apôtres s’interrogeant sur Jésus, reconnaissons aussi que cette question est légitime dans la bouche de Jésus, s’interrogeant sur notre foi, sur notre fidélité à son œuvre d’amour pour nous. Accueillons-le vraiment dans notre vie, pour qu’il puisse nous accueillir vraiment dans la vie de Dieu. Amen.


(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 7 février 2015

05ème dimanche ordinaire B - 08 février 2015

Tout le monde te cherche !





Tout le monde te cherche ! C’est ainsi que les disciples interpellent Jésus lorsqu’il le retrouve, après qu’il soit sorti prier. La veille, il a passé un temps certain à guérir des malades de toutes sortes, à commencer par la belle-mère de Simon. Ce temps, seul à l’écart, pour prier, est bien nécessaire à Jésus. La foule ne lui laisse guère de repos : même après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. Je peux comprendre qu’il ait envie d’un peu de tranquillité ! 
 
Tout le monde te cherche ! Les disciples semblent presser leur Maître. Il faut que tu viennes, il y a urgence. Et c’est compréhensible. En temps de crise (c’est bien la situation de ceux et celles qui sont malades ou possédés), rencontrer quelqu’un qui peut quelque chose pour vous, c’est réconfortant. Cela signifie que votre situation anormale peut prendre fin. Quelque chose de neuf peut commencer pour vous ; de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives s’ouvrent devant vous ! Qui ne chercherait une telle rencontre ? Qui ne voudrait pas croiser celui qui peut le rendre libre, le guérir, le sauver ? Oui, ils sont nombreux à chercher Jésus ; mais le cherchent-ils pour la bonne raison ? 
 
Tout le monde te cherche ! Jésus ne semble pas pressé de répondre à cette attente. Au contraire, il pousse ses disciples à partir, à aller plus loin avec lui : Allons ailleurs, dans les villages voisins. Un moyen d’échapper à la foule ? Peut-être, mais nous savons que la foule le suit et le suivra partout ! Pourquoi ne pas profiter de cette célébrité ? Pourquoi ne pas profiter de l’engouement de la foule pour sa personne ? Parce que la foule ne voit pas pourquoi Jésus est venu. Elle ne veut que la satisfaction immédiate d’un désir, sans voir plus loin, sans voir en Jésus plus qu’un simple guérisseur. Ont-ils seulement compris le message de Jésus ? Jésus veut aller plus loin, non pas parce que ailleurs il y a aussi des malades à guérir, mais parce qu’il a un message à proclamer : Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Evangile. Les signes que Jésus pose, ne sont qu’une illustration du message qu’il doit annoncer ; les signes sont l’Evangile rendu visible. Ils disent que la Bonne Nouvelle d’un monde nouveau est une réalité ; ils disent que le temps du Messie qui vient faire toute chose nouvelle est bien là. Mais l’essentiel n’est pas dans les signes ; l’essentiel est dans la conversion que ces signes devraient produire ; l’essentiel est dans le message à annoncer pour que les gens croient, et qu’ils croient vraiment. 
 
Tout le monde te cherche ! Aujourd’hui encore, des hommes et des femmes cherchent Jésus. Mais pourquoi ? Qu’attendent-ils de lui ? Une guérison ? Un mieux-être ? Ou cherchent-ils à le connaître en vérité pour marcher à sa suite et répandre avec lui le règne de Dieu ? Nous-mêmes, chrétiens de longue date, que cherchons-nous en allant à la rencontre de Jésus ? Un peu de réconfort ? Un peu de chance pour une vie meilleure ? Cherchons-nous Jésus pour nous servir de lui ou pour le suivre ? Ce qu’il pourrait faire pour nous est-il plus important pour nous que ce qu’il a à nous dire ? Entre patte de lapin, fer à cheval et trèfle à quatre feuilles, Jésus n’est-il qu’un gris-gris de plus ? 
 
Si Jésus semble ainsi s’échapper, ce n’est peut-être pas sans raison. Il veut que nous le cherchions, mais que nous le cherchions pour de bonnes raisons. Nous le découvrirons en vérité lorsque nous aurons lâché nos fausses images de lui ; nous le trouverons lorsque notre espérance aura été purifiée ; nous le trouverons lorsque notre amour aura reconnu son amour ; nous le trouverons lorsque son Evangile aura pénétré nos cœurs. Celui que nous découvrirons alors ne sera pas un faiseur de miracle, mais le Crucifié, celui qui donne sa vie pour nous, par amour. C’est au pied de la croix que nous trouverons celui que nos yeux ont cherché.
 
En attendant, avec ses disciples, faisons route avec lui, écoutons-le, découvrons-le à travers son enseignement, comprenons bien les signes qu’il pose. Il n’est pas un magicien qui peut tout ; il n’est pas un médecin qui guérit de tout ; il est celui que Dieu envoie. C’est celui-là que nous devons confesser ;  c’est celui-là que nous devons suivre ; c’est celui-là que nous devons aimer. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 31 janvier 2015

04ème dimanche ordinaire B - 01er février 2015

Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?




Noël n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Les anges qui chantaient la gloire de Dieu, les bergers qui se précipitaient à la crèche, les mages : tout le monde est désormais rentré, retourné à sa  vie d’avant. Chez nous, les personnages de la crèche sont bien rangés, ou s’apprêtent à l’être dès demain puisque la fête de la présentation du Seigneur au Temple est la date ultime de l’exposition de la crèche. Si nous avions vécu à l’époque de Jésus, peut-être aurions-nous eu la chance d’être auprès de Jean le Baptiste lorsque Jésus est venu pour être baptisé par lui. Toujours est-il que nous le retrouvons aujourd’hui, avec ses premiers disciples à Capharnaüm, dans la synagogue où il enseigne. Soudain, un cri : que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? 
 
Nous ne pouvons pas ne pas entendre cette question aujourd’hui ! Elle doit même, en un sens, devenir notre question. Que nous veut-il ce Jésus de Nazareth avec son enseignement nouveau ? Vient-il changer notre religion ? Vient-il bouleverser nos habitudes ? Au nom de qui ? Au nom de quoi ? Ces questions sont nécessaires pour ne pas ranger simplement Jésus au rang des grands personnages de l’Histoire. Ces questions nous permettront de passer du Jésus de l’Histoire au Jésus de la Foi. Le cri qui est adressé à Jésus pose la question de sa légitimité. Car nous sentons bien, depuis que nous suivons Jésus dans l’Evangile de Marc que quelque chose se prépare, que quelque chose de neuf est en train d’advenir. Oui, que nous veut-il, ce Jésus de Nazareth ?
 
Mais le cri de cet homme ne s’arrête pas à ce questionnement ; il se prolonge en une affirmation étrange pour celles et ceux qui l’entendent : Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. L’homme qui pousse ce cri étant tourmenté par un esprit impur, je ne suis pas certain que les auditeurs aient tous donné crédit à cette dernière affirmation. S’ils peuvent aisément faire leur ses questions (ne s’interrogent-ils pas sur le sens des événements auxquels ils assistent ?), je ne suis pas sûr qu’ils reconnaissent déjà en Jésus celui que Dieu envoie. Ils ont dû mettre cette dernière affirmation sur le compte de la folie de cet homme : il dit n’importe quoi, il est tourmenté par un esprit impur ! 
 
La réaction de Jésus aurait dû leur mettre la puce l’oreille : Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » Il impose le silence. Il a quelque chose à cacher, quelque chose qui ne doit pas encore être su. Quelque chose qui ne sera révélé qu’à la fin de l’histoire ; quelque chose qui ne pourra vraiment être révélé qu’à ce moment-là, lorsque Jésus sera cloué en croix. C’est le secret de la personne de Jésus. Le cri de l’homme tourmenté trouve ici une première réponse, mais la réponse définitive ne sera révélée qu’avec sa mort et sa résurrection. 
 
Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Si c’est l’esprit impur qui parle à travers cet homme, alors la réponse est oui : Jésus est venu combattre le Mal qui empêche l’homme de vivre sa pleine humanité. Si c’est l’homme qui pose la question, la réponse est : non, Jésus n’est pas venu nous perdre, il est venu nous sauver, il est venu nous rendre notre pleine dignité. Il a autorité sur les forces opposées à une humanité libre, il a autorité sur les forces qui s’opposent à une humanité consciente de sa dignité. Il vient redire à l’homme qu’il a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il vient rendre Dieu aux hommes et rendre les hommes à Dieu. Hors de l’homme tout ce qui n’est pas Dieu ; hors de l’homme, tout ce qui s’oppose à Dieu ; hors de l’homme, tout ce qui entrave sa liberté ; hors de l’homme, tout ce qui salit sa pureté. Que l’homme soit seulement mais totalement ce que Dieu en a fait ! 
 
Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Que ces questions, loin de nous troubler, soient pour nous source d’apaisement et de réconfort. En suivant Jésus, en écoutant son enseignement, en regardant ce qu’il fait, nous pouvons acquérir la certitude qu’un monde nouveau est inauguré, que le règne du Mal touche à sa fin. Avec Jésus, nous n’avons rien à perdre ; avec Jésus, nous avons tout à gagner, surtout notre vie. Amen.
 
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 3 janvier 2015

Epiphanie - 04 janvier 2015

A chacun sa route, chacun son destin...



Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Ainsi parlait Jean dans le prologue de son évangile entendu le jour de Noël. Il nous rappelait ainsi qu’il ne suffit pas que Dieu lui-même vienne dans le monde pour que tous accourent. Seuls quelques bergers se sont dérangés, nous disent les autres évangélistes. Des bergers et des étrangers. C’est tout le sens de cette fête de l’Epiphanie que nous célébrons aujourd’hui. 
 
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. On pourrait un peu vite dire que c’est bien le cas d’Hérode. Mais ne lui jetons pas trop vite la pierre en ce jour. Mettez-vous à sa place : des étrangers débarquent chez lui, au palais, cherchant le roi des Juifs qui vient de naître ! Enfin, il sait bien qu’il est le roi : il sait bien aussi que sa femme n’est pas enceinte ; comment un nouveau roi des Juifs aurait-il pu naître sans qu’il en soit informé le premier, et pour cause ? Sa surprise n’a rien de déplacé. Vous l’auriez été tout autant à sa place. Elle n’est même pas condamnable. Il cherche même à comprendre et réunit tout ce que Jérusalem compte d’intellectuels et de savants. Ils apportent des réponses à ses questions. Mais il en reste une qui n’est peut-être pas posée : comment n’ont-ils pas pu voir ce qu’ont vu ces étrangers ? Comment ont-ils pu seulement permettre une telle surprise ? Il ne suffit donc pas d’être intelligent pour découvrir le Christ et aller à sa rencontre. 
 
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ce qu’affirme Jean ainsi dans son prologue, nul doute que ces étrangers le vivent. On ne sait pas trop quelle mouche les a piqués pour qu’ils laissent ainsi tout ce qui faisait leur vie jusqu’à maintenant, pour se risquer dans un voyage hasardeux et risqué. Ils ont vu une étoile et ils se sont mis en route. C’est peu de chose, une étoile ! Le ciel en est plein ! Pourquoi, en voyant celle-là justement, changer sa vie ? Nous ne le saurons jamais ; mais cela nous apprend que les grandes révélations se font quelquefois par des petits signes. Nul besoin d’un nouveau big-bang pour que Dieu se révèle à l’homme. Nul besoin de manifestation extraordinaire pour faire bouger les hommes. Une étoile dans le ciel a suffi. Une simple lumière nouvelle, et ces hommes se sont mis en route. Cela en dit long sur cet enfant nouveau-né. Sa venue vient éclairer nos vies d’une manière particulière ; sa naissance nous remue et nous fait bouger, si nous savons le reconnaître et l’accueillir. En trois cadeaux, ils disent qui est l’enfant et son avenir : l’or des rois, l’encens des dieux et la myrrhe pour l’embaumement des morts. Cet enfant est roi, cet enfant est Dieu, cet enfant offrira sa vie. Quelle révélation ! Quelle sagesse surtout pour la saisir ainsi, dès le commencement d’une vie. Assurément c’est un don que Dieu leur a fait de saisir ainsi ce qu’il a caché aux sages et aux savants de son peuple. Assurément ils avaient le cœur et l’esprit ouvert à l’irruption de Dieu dans la vie des hommes, dans leur vie. En venant se prosterner devant lui, ils disent aussi que cet enfant, bien que né dans un peuple particulier, est venu pour tous les hommes, pour éclairer tout homme, quelle que soit son origine. Les frontières du peuple de Dieu explosent et s’élargissent dès ce jour. On comprend mieux que le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il n’y a plus de privilège de caste ou de naissance. Désormais, tout homme a accès au Dieu unique et vrai s’il désire l’accueillir. Désormais, toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile.
 
Ces mages et les cadeaux qu’ils offrent nous renvoient à notre propre expérience. Qu’avons-nous vu en venant à la crèche ? Qu’avons-nous reconnu dans l’enfant qui y est couché ? Est-il juste pour nous un mignon petit garçon, nouvellement né ? Ou bien est-il notre roi, notre Dieu, celui qui offrira sa vie pour nous ? Nous fait-il bouger et nous émerveiller comme ces mages ? Ou nous fait-il trembler et craindre comme Hérode ? La crèche est-elle un décor joli pour un mois dans l’année ou est-elle le début d’une aventure qui nous ramènera chez nous par un autre chemin ? 
 
Au-delà du côté un peu merveilleux de cette visite des mages, il y a de vraies questions qui se posent à nous. Nos réponses traduiront notre foi. Si nous suivons les mages, l’enfant grandira et se fortifiera ; notre vie en sera changée. Si nous suivons Hérode, l’enfant mourra. Nous le rangerons dans son carton jusqu’au Noël prochain, mais rien n’aura changé dans notre vie. Avec Noël, nous nous sommes émerveillés ; avec l’Epiphanie, il faut nous décider. Quel sera ton choix ? Quelle sera ta voie ? Comme le dit la chanson : A chacun sa route, chacun son destin, passe le message à ton voisin. Amen.

(Gustave DORE, Les mages guidés par l'étoile)