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samedi 20 juin 2020

12ème dimanche ordinaire A - 21 juin 2020

Ne craignez pas !





            Avez-vous remarqué comme Jérémie est confiant alors même qu’il doit affronter la rage de ses ennemis ? Bien qu’il soit attaqué de toute part, il garde une grande confiance en Dieu, en qui il a mis toute son espérance et de qui il attend le salut. Si on rapproche alors ce texte de l’Evangile de ce dimanche, il devient évident qu’un mot d’ordre se dégage qui doit nous inspirer aujourd’hui : Ne craignez pas ! Autrement dit : N’ayez pas peur ! 

            En trois mots, voilà plus qu’un slogan ; en trois mots, voilà donné pour nous et les hommes de notre temps, une vraie règle de conduite. Après le temps du confinement, après les temps un, puis deux du déconfinement, voilà un appel qu’il nous faut entendre comme étant vraiment Parole de Dieu pour nous aujourd’hui, Parole qui nous sauve, Parole qui nous libère. Je peux comprendre la prudence ; je peux entendre et accepter la nécessité de gestes barrières, de mesures de distanciation physique, toutes choses utiles. Mais je ne peux accepter que l’on ait plongé des contingents entiers de nos compatriotes dans une peur telle que, même lorsqu’ils ne font pas partis des personnes fragiles ou à risque, les voilà auto-confinés, prisonniers volontaires et apeurés, ne se risquant même plus à faire les courses élémentaires, par peur de… Vous comprenez, même si je sais être très prudent, je peux être contaminé par l’insouciance d’un autre ; donc je reste chez moi, je ne vois personne, je n’accueille personne. Je me replie, je m’enferme, je me protège. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : peur et prudence sont aussi éloignées l’une de l’autre que peuvent l’être le ciel et la terre. Il est vrai que les discours des politiques, les positions souvent contradictoires des scientifiques et l’égrenage quotidien du nombre de morts durant cette pandémie, sans donner en contrepartie le nombre de guéris et maintenant les plaintes en justice parce qu’il faut bien un ou des coupables, ont contribué à distiller la peur. Le problème c’est que cet instrument de gouvernement par défaut qu’est la peur, s’est installé durablement dans l’esprit de certains et nous sommes bien en peine d’en mesurer les dégâts aujourd’hui. Mais je crains bien qu’ils ne soient pires que ceux du virus dont nous cherchons tous à nous protéger. 

            Ne craignez pas ! Il nous faut accueillir cette parole du Christ comme une vraie libération. Elle n’est pas une invitation à faire n’importe quoi, ni à ignorer les règles d’hygiène de base. Elle est une invitation à ne pas oublier que nous sommes dans la main de Dieu et nous avons du prix pour lui : Soyez sans crainte, vous valez plus qu’une multitude de moineaux. En ces temps difficiles, il nous faut retrouver la confiance d’un prophète Jérémie qui savait encore se confier à Dieu alors que, tout autour de lui, tous cherchaient à lui nuire, amis comme ennemis. En ces temps difficiles, il nous faut avoir la confiance du psalmiste qui chante la tendresse et la miséricorde de Dieu à son égard : Dans ta grande tendresse, regarde-moi ; il est bon ton amour. En ces temps difficiles, il nous faut avoir la confiance que le Christ nous demande de vivre, confiance qu’il a vécu le premier lorsqu’il était cloué en croix : Père, en tes mains, je remets mon esprit. La foi en Dieu, qui a livré son Fils pour notre salut, nous ouvre à cette confiance essentielle et primordiale ; elle nous redit que Dieu veut notre bien ; elle nous dit que Dieu veut notre vie marquée du sceau de l’éternité. Foi et confiance ont d’ailleurs la même racine, de sorte qu’on ne peut avoir l’une sans vivre l’autre. L’expérience de Jérémie, l’expérience du Christ lui-même, nous disent que Dieu ne veut pas notre malheur et qu’en conséquence notre confiance en lui doit être totale. Comment vaincre le mal si nous ne lui accordons pas cette confiance ? Comment accueillir son Esprit en nous, si nous ne lui accordons pas cette confiance ? La peur et la foi, c’est comme l’huile et l’eau : ça ne va pas ensemble ! La peur est la négation de la confiance ; la confiance est le remède à la peur. 

            Ne craignez pas ! Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance primordiale si nous voulons vaincre le Mal. Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance essentielle si nous ne voulons pas voir notre vie sociale complètement détruite. Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance absolue en Dieu qui veut pour nous la vie si nous ne voulons pas nous enfermer davantage dans des postures mortifères. Le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés. Que cette parole du psalmiste nous inspire et nous guide. Amen.

 

(Photo de Bertrand Wittmann & Jean-Michel Duband, Chemin de croix, Station 1, réalisé par Francis Schneider, église de Fort-Louis - Bas Rhin)

mardi 25 décembre 2018

Noël : Messe de Minuit - 24 décembre 2018

Ne craignez pas !






            Une enseignante de nos écoles catholiques, qui voulait parler de Noël à ses élèves de CM2, s’était entendu répondre par un enfant : Mais Madame, votre histoire on la connaît depuis l’école maternelle. Que devrions-nous dire, nous qui sommes plus proches des cheveux blancs que des bancs d’école, et qui venons chaque année, au cœur de la nuit, célébrer le Dieu qui vient ? Que nous connaissons l’histoire, nous aussi ? Pourtant, est-elle bien la même d’année en année ? Je n’en suis pas sûr, tant ce que nous vivons, modifie ce que nous percevons. Alors, plutôt que de vous parler de Marie, Joseph et Jésus, je voudrais reprendre avec vous le message de cette fête, tel qu’il nous est donné par les anges. 

            Ce message commence ainsi : Ne craignez pas ! Ce messager de Dieu, qui ne se dérange pas pour rien en général, ne vient pas nous faire peur. Dieu ne vient pas faire peur aux hommes. Comme cela est rassurant à une époque où certains utilisent Dieu pour semer la terreur et la mort. Comme cela est rassurant après des années de discours moralisant de la part de l’Eglise et de ses représentants. Les hommes avaient toujours une bonne raison de se méfier de Dieu : ils n’étaient jamais assez ceci ou alors trop cela pour convenir à Dieu et à ses représentants. Ont-ils entendu ce message de l’ange qui se veut rassurant ? Ne craignez pas, Dieu ne vient pas vous faire misère. Ne craignez pas, Dieu ne vient pas vous demander des comptes. Ne craignez pas, Dieu ne vient pas pour vous faire mourir. 

Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. De mieux en mieux. Non seulement, il n’y a pas à craindre Dieu, mais en plus voici qu’il livre une bonne nouvelle. Dieu a choisi le camp des hommes, Dieu a choisi de se faire homme : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. A-t-on jamais entendu pareille chose ? Ce Dieu que certains craignaient, ce que Dieu que d’autres utilisaient à leur sombre profit, voici qu’il prend forme humaine et rejoint notre monde. Comme le dira saint Irénée : Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. Tout notre Avent nous tendait vers la réalisation de cette promesse ; tout notre Avent aboutit ici, à la crèche, avec cette certitude que nous n’avons pas à craindre Dieu. La rencontre entre l’homme et Dieu, que certains avaient confisqué pour plus tard, quand l’homme ne sera plus qu’un corps mort, voici qu’elle a lieu, au cœur de notre nuit, au cœur de cette nuit. Et c’est une bonne nouvelle ! 

C’est une bonne nouvelle parce qu’elle ouvre pour les humains que nous sommes des perspectives nouvelles. C’est une bonne nouvelle parce que cet enfant nouveau-né vient nous dire que la paix est possible ; cet enfant nouveau-né vient nous dire que la joie est possible, même au cœur de la nuit la plus profonde ; cet enfant nouveau-né vient nous dire qu’un avenir est possible pour les hommes. Il porte en lui la réalisation de toutes les promesses que Dieu a formulées au long de l’alliance. Il porte avec lui la possibilité d’un salut pour les hommes, la possibilité d’une vie qui ne finira jamais. Quand des hommes sont capables de s’extasier devant une nouvelle vie qui commence, alors ils sont capables du meilleur, alors ils sont capables de se reprendre et de construire un monde nouveau dans lequel leurs enfants seront heureux, libres et en paix. 

Cette bonne nouvelle, dans l’évangile, parvient aux bergers, aux parias de la société d’alors. Les bien-pensants, les bien-vivants n’ont rien perçu de ce grand mystère, n’ont rien perçu de cette grande nouvelle. Trop occupés, ils n’ont pas su accueillir celui qui frappait à leur porte : pas de place pour lui dans la salle commune, pas de place pour lui dans la vie de ces hommes. Ce drame n’a pas eu lieu qu’à l’époque, quand Jésus est né de Marie ; ce drame est encore le drame de tant d’hommes et de femmes, qui ne savent pas, ou qui ne veulent pas, accueillir Dieu dans leur vie. Nous en avons des échos chaque année, à l’approche de Noël, quand se pose la question de la présence de crèches dans l’espace public : pas de place pour ça ! Nous en avons des échos quand des hommes se servent de Dieu pour détruire l’homme : pas de place pour un Dieu qui aime les pauvres et les opprimés dans ce monde où ne compte que le profit de quelques-uns. A-t-il une place dans ta vie ? 

Regardez-le bien, ce petit Dieu fait homme : il a déjà les bras ouverts pour nous accueillir tous dans son amour. Il se donne à nous et veut nous attirer à lui. Allons à lui, sans crainte, et demandons-lui de nous rendre capables de lui puisqu’il s’est rendu capable de nous. Puisqu’il a su s’abaisser, il saura nous élever. Amen.

 (Enluminure de Frère Jacques)