Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Rejeter le Mal. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rejeter le Mal. Afficher tous les articles

samedi 16 août 2025

20ème dimanche ordinaire C - 17 août 2025

 Le Christ, source de conflits ?




 

            Après voir entendu Marie chanter le Magnificat qui rappelle les merveilles que Dieu fait pour son peuple et pour les petits de la terre, voici une parole curieuse de Jésus qui semble bien loin du poème de Marie : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. Cela ne ressemble pas beaucoup au discours auquel Jésus nous avait habitué. Où sont la paix, l’amour, l’unité et le bonheur tant prêchés ? Sommes-nous seulement sûrs que cette parole vient vraiment de Jésus ?

             Je reconnais que cela est déroutant. Mais il n’y a pas de doute : c’est bien là l’enseignement de Jésus, parfaitement aligné avec l’enseignement des prophètes, plus particulièrement le prophète Michée. Nous pouvons l’écouter dans le dernier chapitre de son livre, lorsqu’il dit (Mi 7, 5-6) : 05 Ne mets pas ta foi dans ton ami, ne te confie pas à ton familier ; devant celle qui repose entre tes bras, garde les portes de ta bouche. 06 Car le fils insulte son père, la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère, chacun a pour ennemis les gens de sa maison. Et Michée prophétise cela au moment même où il prophétise la venue du Messie. Quand Jésus s’aligne ainsi avec l’enseignement des prophètes que ses auditeurs connaissent bien, il leur fait comprendre que le temps du Messie est venu, que les prophéties se réalisent, et que Dieu n’a jamais parlé en vain. La division, c’est la marque même de la venue du Messie. Et ce n’est pas une division entre des peuples, mais à l’intérieur même de nos familles, entre ceux qui reconnaitront le Messie et ceux qui le refuseront. C’est comme si Jésus voulait nous prévenir que croire en lui, ce n’est pas de tout repos ; croire en lui, c’est exigeant ; croire en lui, c’est prendre réellement parti pour lui ; croire en lui, c’est rejeter tout ce qui n’est pas lui, tout ce qui n’est pas son enseignement. Au bout du compte, faire le choix de Jésus, ce n’est pas le choix de la facilité, mais c’est faire un choix qui passe par la croix. Jésus nous avertit à ce sujet (Lc 14, 27) : Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. Personne n’est croyant par hasard ou par habitude. Croire, c’est s’engager en connaissance de cause, en acceptant que tous, y compris dans nos propres familles, ne partagent pas nos vues et s’éloignent de nous, à cause de Jésus. Croire, c’est accepter cette part de difficultés, de conflits qui peuvent survenir lorsque nous faisons le choix de vivre comme Jésus. Croire que nous ferons mieux que Jésus qui a connu l’opposition et la discorde, y compris au sein du groupe des Douze, serait nous faire illusion ; nous ne sommes pas plus grand que notre Maître.

             S’il en est ainsi, si nous aussi nous devons accepter cette part de conflits, quel intérêt pour nous à faire le choix de Jésus ? Pourquoi ne pas nous contenter de vivre sans lui, comme les autres ? Si c’est lui la cause des divisions, supprimons la cause et nous n’aurons pas à vivre les effets de la cause ? Là encore, c’est nous faire illusion. Des conflits, il y en a eu avant Jésus. Que Jésus soit là ou pas, n’y changera rien ! Il n’est pas la cause de toutes nos divisions, juste celles liées à sa personne parce que nul ne peut être obligé de le reconnaître et le suivre. L’avantage qu’il y a à vivre comme il nous le demande, c’est que notre monde s’en portera mieux, parce que, au bout du compte, même s’il peut être vu par certains comme source de conflits, il est venu apporter la paix. Pas une paix à moindre frais, mais la paix véritable, la paix profonde du cœur qui nous permet d’entrer en relation avec les autres, qu’ils soient comme nous ou pas, qu’ils croient comme nous ou pas. La paix que le Christ apporte au monde n’est pas juste un accommodement où chacun fait un pas vers l’autre, mais la paix qui suppose que chacun renonce au mal, à la source même du mal. Vivre de la foi en Christ, la liturgie de la nuit de Pâques nous le rappelle, c’est renoncer au mal, à l’auteur du mal, à tout ce qui conduit au mal. Choisir le Christ, c’est faire un choix radical qui transforme la vie pour de bon et pour le bon. Faire le choix du Christ, c’est refuser de voir en l’autre un ennemi pour ne voir en lui qu’un frère à aimer. Faire le choix du Christ, c’est refuser de laisser le mal gagner la partie en construisant résolument un monde de fraternité. Choisir le Christ, c’est tout, sauf vivre tranquille au coin du feu en attendant que le temps passe. Parce que ce monde nouveau que le Christ promet ne se fera pas sans nous. Tu veux un monde plus juste ? Commence par être juste avec les autres. Tu veux un monde plus fraternel ? Commence par vivre la fraternité avec ceux que Dieu met sur ta route. Tu veux un monde dans lequel chacun puisse vivre ? Commence par respecter cette terre où Dieu te donne de vivre. Le pape François nous a rappelé dans Laudato Si que tout était lié, et que le respect de la terre passe aussi par le respect de ceux qui y habitent et par une meilleure justice sociale.

             La parole que Jésus nous adresse aujourd’hui peut sembler dure, mais elle est porteuse de promesses de vie meilleure si nous, qui croyons en lui, commençons par vivre de l’Evangile. Que certains ne soient pas d’accord avec nous, voire s’opposent à nous, ne doit ni nous décourager, ni nous empêcher de vivre du Christ. Il est Bonne nouvelle pour nous et pour la terre. Il est le chemin à suivre pour parvenir à la vie et à la paix véritables. Amen.

samedi 5 mars 2022

1er dimanche de Carême C - 06 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour affronter le mal.



(Gustave Doré, Jésus tenté par le diable)





            Après avoir préparé notre sac, au mercredi des Cendres, pour la route que nous voulons faire avec Jésus au long de ce Carême, après trois jours à commencer en douceur ce temps si particulier, voici une première étape, un premier dimanche pour comprendre mieux à quoi peut nous servir ce temps. Nous faisons route avec Jésus pour affronter le mal. Il s’agit bien d’oser affronter les structures de péché qui peuvent exister dans notre propre existence, mais aussi d’oser affronter la racine même du mal qui détruit notre monde. Le disciple du Christ ne peut pas se contenter de vivre à côté du mal ; le mal lui est insupportable, le mal, il doit le combattre, en lui et autour de lui. 

            Je reconnais volontiers qu’en ce début de Carême 2022, nous sommes servis et plutôt vernis si nous voulons affronter le mal. Après la pandémie qui a pu nous atteindre en profondeur ces deux dernières années, non pas parce que nous aurions été positifs voire malades, mais parce qu’elle a pu changer notre rapport aux autres (les autres, ce sont ceux dont il fallait se protéger, ceux qui pouvaient me rendre malade et dont j’étais invité à me méfier, ceux qui voulaient m’injecter des choses et ceux qui refusaient de se faire injecter…), voilà qu’une guerre éclate à l’Orient de l’Europe. Et déjà nous entendons, en France, des discours qui divisent, des réflexions sur les migrants « de qualité » que seraient les Ukrainiens par rapport aux autres migrants qui ne viennent pas d’Europe, discours qui en d’autres temps nous auraient été insupportables. Le mal est à nos portes, pas seulement dans la lointaine Ukraine, mais à la porte de nos réflexions, à la porte de notre bouche, à la porte de notre cœur. 

            A celui qui veut lutter contre le mal, est donné aujourd’hui un exemple et deux armes. L’exemple, c’est celui du Christ lui-même qui, sitôt baptisé, fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là. Quarante jours à affronter le mal en jeûnant. Nous ne savons pas grand-chose de ce temps, si ce n’est sa conclusion. Luc détaille en effet ce qui s’est passé quand ce temps fut écoulé. Jésus eut faim. Tu m’étonnes ! Il a beau être Fils de Dieu, ne rien manger durant un temps si long, ça donne faim. Le diable intervient alors trois fois ; et par trois fois, Jésus contre ses projets : il ne jouera pas au magicien qui ordonne à cette pierre de devenir du pain ; il n’est pas assoiffé de pouvoir au point de se prosterner devant le diable et pactiser avec lui ; il ne mettra pas à l’épreuve le Seigneur son Dieu. 

            La première arme pour affronter le mal, nous venons de l’entendre, c’est le jeûne. Si nous l’avons mise dans notre sac mercredi, c’est pour que cela serve. Et c’est bien ce à quoi nous invite le Pape François pour prendre notre part au retour à la paix en Ukraine et ailleurs dans le monde. La seconde arme, c’est la Parole de Dieu. Jésus s’oppose au diable en reprenant la Parole à laquelle il est fidèle : Il est écrit dira-t-il deux fois en introduction de sa réponse. Il est dit répliquera-t-il la dernière fois lorsque le diable essaiera de le faire tomber en utilisant à son tour la formule « il est écrit ». Il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder... Jésus lui fit cette réponse : Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Luc semble ainsi nous mettre en garde. La Parole de Dieu ne peut pas, ne doit pas servir à mettre en tentation ; la Parole de Dieu n’est pas faite pour conduire l’homme au mal. La Parole de Dieu est l’arme du Juste, de celui qui reste fidèle à Dieu. Il sait reconnaître les utilisations frauduleuses de cette Parole, et les dénonce. Un chrétien ne peut pas bénir les armes qui servent à détruire ; un chrétien ne peut pas utiliser la Parole de Dieu pour justifier le mal commis ; un chrétien ne peut pas être solidaire du mal qui est fait. Il n’y a pas, et il ne peut pas y avoir de solidarité avec le mal ; ce serait être tout entier plongé dans le péché ; cela reviendrait à pactiser avec le diable. Ce n’est jamais bon ; cela n’apporte pas jamais rien de bon. Depuis le temps que l’homme essaie, il devrait le savoir, il devrait avoir appris la leçon. Si je suis effrayé d’entendre des hommes et des femmes politiques français qui arrivent presque à justifier les événements dramatiques qui se déroulent en Ukraine, je suis proprement scandalisé d’entendre le Patriarche de Moscou les justifier d’un point de vue religieux. A moins d’avoir l’esprit gravement corrompu et gangrené par le mal, un croyant ne peut sous aucun prétexte justifier des actes mauvais. Les rêves de grandeur, qu’ils soient rêves d’un seul ou de tout un peuple, sont des rêves mauvais car ils entraînent violence, destruction, pauvreté, rancœur et vengeance. Rien de bon pour l’humanité.

            A défaut de pouvoir agir réellement sur les événements du monde, nous pouvons déjà agir sur notre propre vie. Certains pensent que la guerre est un grand mal contre lequel on ne peut rien, mais qu’ils ne font, eux, que de petites choses qui relèvent du domaine du mal. Eh bien, je prétends qu’il n’y a pas de grand mal et de petit mal. Il n’y a que du mal, fait à l’échelle à laquelle je peux le faire. Certains peuvent grand ; d’autres ne peuvent que petit. Mais c’est toujours le mal qui est fait. Disciples du Christ, le mal ne doit même pas faire partie de l’horizon de nos possibles. Rappelons-nous des questions posées lors de la grande nuit de Pâques, lorsque nous renouvelons les promesses de notre baptême. Elles sont formulées ainsi : Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, renoncez-vous au péché ? Pour échapper au pouvoir du péché, renoncez-vous à ce qui conduit au mal ? Pour suivre Jésus le Christ, renoncez-vous à Satan, auteur et instigateur du péché ? Notre réponse, lors de la nuit pascale, doit être notre réponse quotidienne : J’y renonce. Amen.

dimanche 20 juin 2021

12ème dimanche ordinaire B - 20 juin 2021

 Silence, tais-toi !



(Vitrail de Guido NINCHERI, Jésus calmant la tempête, Eglise Saint Léon, Westmount, Montréal, Québec)


                Silence, tais-toi ! Voilà une parole prononcée avec autorité qui réalise ce qu’elle dit : Le vent tomba, il se fit un grand calme. Il n’y a véritablement que Jésus qui puisse prononcer une telle parole et la voir suivie d’effet. Mais sans doute est-ce courir trop vite à la conclusion et faut-il ne pas oublier le reste de l’histoire. 

            Le reste de l’histoire, c’est d’abord Jésus qui a passé la journée à enseigner la foule : la parabole du blé semé et qui lève seul sans que l’homme ne sache vraiment comment, la parabole de la graine de moutarde et de nombreuses paraboles semblables. C’était l’Evangile de dimanche dernier. Nous pouvons comprendre que Jésus soit fatigué ; nous pouvons comprendre qu’il ait envie d’un peu de calme et qu’il invite ses disciples à quitter ce lieu pour l’autre rive. Nous pouvons comprendre aussi que Jésus s’endorme dans la barque : son humanité a pris le dessus ; il a beau être Fils de Dieu, il n’en est pas moins fatigué. Ce qui ne cesse de m’étonner, c’est la réaction des Apôtres au milieu de la tempête. Ils réveillent Jésus et lui disent : Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? Après avoir entendu l’enseignement de Jésus, après l’avoir suivi depuis quelques temps déjà, comment peuvent-ils encore croire que ce qui arrive aux hommes indiffère Jésus ? Le cela ne te fait rien est hors de propos. Soit ils savent que Jésus saura faire quelque chose pour eux, et il est bon alors qu’ils le réveillent. Soit ils pensent que déjà tout est perdu et demander à Jésus ce qu’il en pense ne sert à rien. Le réveiller est même cruel en ce sens qu’il me semble préférable de mourir dans son sommeil en ne se rendant compte de rien, que d’être réveiller par les autres pour finir comme eux, pleinement conscient de ce qui arrive. La Parole de Jésus à ses disciples, après que la mer se soit calmée, semble me donner raison : Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?

            Cette dernière question me dit bien que, dans la foi, nous pouvons tout. Nous n’avons pas à craindre le sommeil de Jésus ; nous n’avons pas à craindre que notre sort lui indiffère. Quand Jésus est dans la barque, quand bien même il y serait endormi, ceux qui sont dans la barque avec lui sont bien gardés. Tout ce que démontre cet épisode, c’est que les disciples de Jésus n’ont pas encore vraiment compris qui il est. Ils ne cessent d’ailleurs de s’interroger à son sujet : Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? A ceux qui se posent cette question, une démonstration a été faite, une réponse a été donnée : il est celui qui a autorité sur les forces du Mal, la mer étant le lieu où réside les forces du Mal. Allez donc essayer de calmer une tempête comme Jésus pour comprendre cette identification entre la mer et le lieu où réside le Mal. 

            Silence, tais-toi !  Cet ordre de Jésus, suivi des effets que nous connaissons, doit nous convaincre que Jésus est toujours avec nous et qu’il est vainqueur des puissances du Mal. Là où est Jésus, le Mal recule. Là où est Jésus, le Mal n’a plus de pouvoir. Disciples de Jésus depuis notre baptême, nous sommes des porteurs du Christ. Disciples de Jésus depuis notre baptême, nous pouvons dire que Jésus est avec nous, présent dans notre vie, même si quelquefois nous le mettons en sommeil. Le Mal doit donc reculer dans notre propre vie d’abord. Il ne saurait y avoir de place pour Jésus et pour les forces du Mal en même temps dans notre vie. Ou bien nous sommes à Jésus, ou bien nous sommes au Mal. Ou bien nous appartenons au monde ancien, ou bien nous appartenons au monde nouveau. C’est à nous de poser ce choix, à nous de redire que nous reconnaissons cette présence de Jésus au cœur de notre vie. Mais ne nous laissons pas impressionner et dominer par le Mal pour ensuite dire à Jésus : tu as vu ? et tu ne fais rien ? ça ne te dérange pas ? tout va bien ? 

            Silence, tais-toi !  Cette parole, nous pouvons nous la dire à nous-mêmes lorsque nous nous sentons dériver vers le Mal, être dominés par le Mal quand bien-même nous avons l’assurance de la présence de Jésus dans notre vie. Si nous croyons que Dieu, en Jésus, a fait sa demeure en nous, nous devons croire aussi que la puissance de résister au Mal est en nous aussi. Jésus n’abandonne aucun de ceux qu’il reconnaît comme disciple. La barque de notre vie, il y est dedans, avec nous. La barque de l’Eglise, il y est dedans, avec nous tous. Ne le croyons ni endormi, ni indifférent à nos vies, à nos épreuves. Crions vers lui, oui, mais pas pour lui reprocher une indifférence supposée, mais pour lui dire notre foi en sa puissance sur le Mal et la Mort. Il est mort pour tous, nous a rappelé Paul dans sa seconde lettre aux Corinthiens. Comment, après un tel sacrifice, pourrait-il dire à un seul d’entre nous : tu ne m’intéresses plus ? Soyons sérieux ! Prenons notre foi au sérieux et le vent et la mer qui agitent notre vie et la vie de l’Eglise, s’apaiseront. Amen.

samedi 26 septembre 2020

26ème dimanche ordinaire A - 27 septembre 2020

 La conduite du Seigneur n'est pas la bonne : vraiment ?




            La conduite du Seigneur n’est pas la bonne. Ainsi commençait l’extrait du prophète Ezéchiel proposé ce dimanche à notre méditation. Ce verset est extrait du chapitre 18 de ce beau livre biblique ; c’est le verset 25 précisément. Pour le comprendre, il faut relire ce qui précède. Cela nous permettra de dire si l’homme a raison de parler ainsi de Dieu et de porter un jugement moral sur l’œuvre de Dieu, ou pas. 

            Les premiers versets de ce chapitre sont les suivants : La parole du Seigneur me fut adressée : « Qu’avez-vous donc, dans le pays d’Israël, à répéter ce proverbe : “Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont irritées” ? Dieu dénonce une croyance qui mettra des siècles à disparaître. Elle consiste à dire que si la génération des pères fait du mal, c’est à la génération des fils de l’expier. Nous en avons une belle trace dans le Nouveau Testament, dans la bouche même des Apôtres, lorsque Jésus et ses disciples croisent la route d’un aveugle de naissance. C’est dans l’évangile de Jean au chapitre 9 : En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Comme s’il eut été normal qu’il soit né aveugle à cause d’un péché commis par les parents. Le prophète Ezéchiel a vécu plus de 500 ans avant Jésus Christ, et son enseignement n’est toujours pas assimilé. Car c’est bien contre cette croyance que lutte Ezéchiel. Ce qu’il veut faire comprendre, c’est que chacun est responsable du mal qu’il fait, comme chacun est responsable du bien qu’il fait. Personne ne peut et ne doit vivre sa relation à Dieu par procuration ou à crédit. 


            Dans ce bel oracle du Seigneur adressé à son prophète, Dieu fait l’éloge de l’homme juste, l’homme qui respecte le droit, l’homme qui ne se tourne pas vers les idoles, l’homme qui respecte les dix commandements, l’homme qui est charitable, et il lui assure la vie. Le bien fait n’est jamais perdu ; le bien fait trouvera sa récompense : Un tel homme est juste, c’est certain, il vivra. Mais la parole adressée par Dieu à son prophète ne s’arrête pas là. Elle se poursuit ainsi : Mais si cet homme a un fils violent et sanguinaire, coupable d’une de ces fautes, – alors que lui n’en a commis aucune – un fils qui, de plus, va aux festins sur les montagnes et rend impure la femme de son prochain, qui exploite le pauvre et le malheureux, qui commet des fraudes, ne restitue pas un gage, lève les yeux vers les idoles immondes et se livre à l’abomination, qui prête à intérêt et pratique l’usure, ce fils-là vivra-t-il ? Il ne vivra pas ; il s’est livré à toutes ces abominations : il sera mis à mort, et son sang, qu’il soit sur lui ! Le père n’est pas responsable du dévoiement de son fils ; il a observé la Loi, il aura, sans doute aucun, appris à son fils à faire de même, mais ce fils ne l’a pas suivi. Tant pis pour ce fils. Et pour que l’enseignement soit clair et complet, l’oracle se fait plus précis encore. Il affirme en effet : Mais voici : un homme a un fils qui voit tous les péchés qu’a commis son père, il les voit sans les imiter, il ne va pas aux festins sur les montagnes, ne lève pas les yeux vers les idoles immondes de la maison d’Israël, ne rend pas impure la femme de son prochain, il n’exploite personne, ne prend pas de gages, ne commet pas de fraude, donne son pain à celui qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu, il détourne sa main du mal, ne prélève pas d’intérêt et ne pratique pas l’usure, il accomplit mes ordonnances et marche selon mes décrets. Ce fils ne mourra pas à cause des fautes de son père, c’est certain, il vivra. Mais son père, s’il a pratiqué la violence, commis des fraudes et n’a pas bien agi au milieu de son peuple : il mourra en raison de sa faute. Puisque chacun a sa vie, chacun ne peut être responsable que de ce qu’il fait ou pas. Personne ne peut reporter sur un autre le mal qu’il commet ; personne ne peut porter au crédit d’un autre le bien qu’il fait. Et personne n’est enfermé dans un système : le fils d’un père mauvais peut-être bon malgré tout. Et pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, Dieu précise aussitôt : Or vous dites : “Pourquoi le fils ne porte-t-il pas la faute de son père ?” Le fils a pratiqué le droit et la justice, il a observé tous mes décrets et les a pratiqués : c’est certain, il vivra. Celui qui a péché, c’est lui qui mourra ! Le fils ne portera pas la faute de son père, ni le père, la faute de son fils : la justice sera la part du juste, la méchanceté, celle du méchant. 


            C’est cela, la conduite de Dieu que l’homme juge n’être pas la bonne. Il voudrait que le fils porte la faute du père ou inversement. Quelle drôle de justice l’homme prône-t-il donc ? Cet oracle nous rappelle qu’il n’y a pas de solidarité possible dans le mal ; cela s’appellerait de la complicité. Seul le Christ, au moment de sa passion, prendra sur lui les péchés de tous les hommes, les nôtres, pour les mettre à mort sur sa croix. Mais nul autre ne peut le faire. Si, vivants dans le mal, vous comptez sur la génération suivante pour vous sauver, c’est peine perdue, dit le Seigneur à son prophète, donc à nous. Chacun est responsable de sa vie ; chacun est responsable de ses actes. La justice à hauteur de Dieu l’exige ; celle des hommes ferait bien de s’en inspirer. Ne disons pas trop vite qu’il en est bien ainsi en notre beau pays de France aujourd’hui. Rien n’est plus faux ! Il suffit de regarder le sort réservé aux enfants de parents français partis faire le jihad ! Quand bien même leurs parents sont morts ou en prison, de trop nombreux enfants, souvent très jeunes parce que nés à l’étranger, ne peuvent rejoindre leurs grands-parents en France, parce que nous leur faisons porter la faute de leurs parents. Comprenez-vous : ils pourraient devenir terroristes à leur tour ! Que fait-on de la puissance de l’amour ? Croyons-nous que l’amour d’un grand-père, d’une grand-mère, d’un oncle ou d’une tante, parfaitement étrangers aux comportements de ceux qui sont partis peut transformer une vie et changer un cœur ? Ou sommes-nous tellement englués dans le mal que nous ne pensons même plus que d’autres peuvent en sortir ? 


            La conduite du Seigneur n’est-elle vraiment pas la bonne quand il annonce que chacun désormais sera responsable de ses actes ? Est-ce vraiment terrible d’entendre Dieu dire : Je ne prends plaisir à la mort de personne, – oracle du Seigneur Dieu – : convertissez-vous, et vous vivrez. » ? Ce sont là les derniers mots du chapitre dix-huit d’Ezéchiel. C’est là surtout le dernier mot de Dieu à tout homme pécheur. Il ne pourra jamais faire plus belle proposition que celle-ci. Que le juste continue de vivre dans la justice ; que le méchant se détourne de son mal, qu’il se convertisse et qu’il vive. C’est un beau résumé de l’alliance que Dieu propose à tous. C’est l’alliance pour laquelle Jésus a donné sa vie sur la croix. En levant les yeux vers le signe de notre foi, la croix dressée, nous devrions avoir le mal en horreur. En levant les yeux vers la croix dressée du Christ, un cri de joyeuse espérance devrait monter de nos lèvres : Jésus, Fils du Dieu Sauveur, aie pitié de moi. La conversion commence par ce cri ; elle se poursuit par une vie digne de l’œuvre du Christ comme le rappelle Paul dans sa lettre aux Philippiens : ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. Ayez le même amour, les mêmes sentiments. Alors apparaît en pleine lumière la justesse de la conduite du Seigneur, qui fait vivre le juste et invite le méchant à la conversion, s’il veut vivre lui-aussi. Nous en revenons toujours au choix proposé jadis par Moïse à son peuple : Aujourd’hui, choisis la vie ou la mort, Dieu ou pas Dieu. Mais choisis. Amen.

 

 

samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

samedi 18 juillet 2020

16ème dimanche ordinaire A - 19 juillet 2020

Quand les choses se compliquent ! 




          Quand les choses se compliquent ! C’est ce que nous pourrions déduire de la parabole du bon grain et de l’ivraie entendue ce dimanche. Dimanche dernier, la liturgie nous donnait à entendre la parabole du semeur qui sème à tout va le grain de la Parole de Dieu. Il ne se préoccupait pas de la terre ; il semait, tout simplement, avec largesse. Et je vous expliquais qu’il nous fallait comprendre peut-être que nous étions ces différentes terres, tour à tour, selon notre vie, selon notre désir d’entendre et de vivre la Parole. Une fois bord du chemin, une fois chemin empli de pierres, une fois envahi de ronces, une fois bonne terre. Notre vie, notre maturité aussi, nous font évoluer. On ne peut donc pas définitivement classer quelqu’un, voire nous-mêmes, une fois pour toutes. Nous pouvons prendre soin de nous, améliorer la terre que nous sommes, terre qui reçoit la Parole largement répandue. Nous pouvons décider de changer, nous pouvons porter du fruit. 

            Mais voilà donc que tout se complique. Aujourd’hui, Jésus semble dire qu’il y a deux sortes d’hommes, les bons et les mauvais, les fils du Royaume et les fils du Mauvais. Un monde binaire, en noir et blanc, en bien et mal. L’histoire est simple : Le fils de l’homme sème le bon grain, les fils du Royaume ; le diable sème l’ivraie, les fils du Mauvais. Faut-il les séparer pour que l’ivraie n’étouffe pas le bon grain ? Non, dit Jésus ; il y aura un temps pour cela. Pour l’instant, les deux poussent ensemble jusqu’à la moisson que réaliseront les anges. Ouf, diront ceux qui se souviendront qu’au jour de leur baptême le signe de la croix, le signe de Jésus, a été tracé sur eux. Sûrement, nous faisons partis des fils du Royaume que Jésus a semé. Les méchants, ce n’est pas nous ; ce sont les autres, forcément ! Ah, quel soulagement ! Ils pourront même se dire qu’ils ont bien fait d’aller à la messe ce matin ; ça fait toujours du bien d’entendre dire que les bons, c’est nous. Mais sommes-nous bien sûr que c’est cela que Jésus a voulu dire ? Sommes-nous bien sûrs que Jésus nous délivre un certificat de bonne conduite sous prétexte qu’un signe de croix a été tracé sur nous et qu’un peu d’eau a coulé sur nos fronts ? 

            Nous pouvons comprendre l’histoire au premier degré et entendre le monde dont parle Jésus comme notre terre. Elle a été ensemencée du bon grain des croyants, tandis que le diable a semé le mauvais grain des impies, des non-croyants, des croyants autrement. Il y a des gens qui se complaisent dans cette croyance. Pour eux, le monde se porterait mieux si tous les hommes étaient croyants, et tant qu’à faire si tous les hommes étaient chrétiens, catholiques de surcroît. C’est quand même mieux ! Mais si tel était le cas, pourquoi ne pourrions pas supprimer les mauvais, tout simplement ? Enfin, ce n’est pas bien compliqué quand même ! Il est plus facile de faire le tri entre les hommes dans une ville que de trier les herbes qui poussent dans un champ. A moins que… 

            A moins qu’il nous faille comprendre le monde dont parle Jésus comme désignant l’homme, chaque homme dans sa singularité. Ne sommes-nous pas chacun un petit monde complexe à nous tous seuls ? Et dans ce monde que je suis, Jésus a semé la trace de sa présence et le diable a semé la sienne. En nous, en chacun, pousseraient le bien et le mal ; en chacun de nous, le bon grain et l’ivraie se côtoient. En chacun de nous, un peu de blanc et un peu de noir pour beaucoup de gris. Entre gris clair et gris foncé, il devient difficile de faire le tri et de savoir ce qu’il faut supprimer et ce qu’il faut laisser. Il nous faudrait une fois de plus renoncer à vouloir classer les hommes et regarder notre ‘nous’ profond. Il faudrait regarder notre vie, nos actions, et veiller à ce que la trace de Jésus soit plus présente, plus forte en nous que la trace du diable. Il faudrait que la trace de Jésus brille davantage dans notre vie, pour qu’au moment de la moisson, le bon grain ait envahi tout le champ et étouffé la mauvaise herbe. Il faut que la conversion se fasse ; il faut que Jésus passe, que Jésus triomphe dans notre vie comme il a triomphé de la mort et du péché. La victoire de Jésus doit devenir notre victoire. Nous avons une part à jouer. Jésus a commencé le travail, nous devons l’accueillir et poursuivre son œuvre. C’est pour cela que nous sommes devenus ses disciples par le baptême. Le baptême ne nous dispense pas de vivre et de grandir ; le baptême nous pousse à vivre et à grandir, en sainteté d’abord. La vie que Jésus nous offre, nous devons la faire nôtre. Nous ne serons pas sauvés malgré nous ! Nous ne deviendrons pas bons par une volonté extérieure, fût-elle celle de Dieu. Nous deviendrons bons parce que nous aurons accueilli et fait fructifier en nous la Parole que Jésus sème en nous. Nous deviendrons grands et bons en renonçant à nos rêves de grandeur : c’est la plus petite des graines qui donne un grand arbre, nous rappelle la parabole de la graine de moutarde. Nous deviendrons grands et bons en renonçant à nous mettre en avant : c’est la levure, invisible dans la pâte qui la fait gonfler, nous dit la parabole du levain dans la pâte. 

            Croyants, chrétiens, catholiques, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; mais nous pouvons devenir ce que Jésus attend de nous, ce qu’il a enfoui en nous. Laisserons-nous le grain du diable étouffer ce grain de lumière semé par Jésus ? Ou resplendirons-nous de la présence du Ressuscité ? Il n’est pas de réponse toute faite à cette question. Il n’y aura que la réponse que chacun apportera, dans le secret de son cœur, dans le témoignage de sa vie. Tout est semé : que ferons-nous lever ? Le choix est nôtre. Amen.

 

 (Image trouvé sur Wikipédia [https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bon_Grain_et_l%27Ivraie] Tableau de Heinrich Füllmaurer, L'ennemi semant l'ivraie, panneau tiré du Mömpelgarder Altar, peint vers 1540, Kunsthistorisches Museum, Wien, Autriche)

 

samedi 23 mai 2020

7ème dimanche de Pâques A - 24 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer des difficultés à l'allégresse.








            Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. Cela ne s’invente pas, cela ne se prévoit pas : c’est juste la finale de la seconde lecture de ce septième dimanche de Pâques, le premier où nous pouvons enfin à nouveau nous réunir pour célébrer l’eucharistie publiquement, même si c’est en nombre restreint. 

            Cette parole de la première lettre de Pierre invite le croyant chrétien au bien d’abord : il dit clairement qu’un disciple de Jésus Christ ne peut être ni meurtrier, ni voleur, ni malfaiteur, ni agitateur. Et c’est une chose dont nous devons être convaincus. Notre attachement au Christ, mort et ressuscité, nous destine au bien, pour nous-mêmes (nous sommes faits pour la vie éternelle) et pour les autres. En effet, au moment de notre baptême, ce sacrement qui fait de nous des frères du Christ et des enfants du Père éternel, nous avons renoncé au Mal sous toutes ses formes. Nous avons renoncé à en être à l’origine, nous avons renoncé à y participer et à le répandre. Quand se Mal se loge dans un organisme microscopique, il nous faut donc accepter les conditions qui sont celles de notre célébration aujourd’hui, et qui seront celles de nos célébrations pour les temps à venir. C’est cela aussi, ne pas participer au Mal et au fait que le Mal se répande. 

            Mais cette parole de Pierre est aussi une parole qui nous invite au courage. Notre appartenance au Christ peut déranger ; notre appartenance au Christ peut être cause de persécution (le Mal dans sa manifestation la plus forte) ou à minima cause de vexation. Nous avons pu vivre l’interdiction prolongée du culte public alors que la vie économique, sociale, scolaire, reprenait peu à peu comme une vexation, un manque de confiance à tout le moins, pour ne pas dire qu’on nous prenait pour des irresponsables, voire des idiots incapables de gérer la difficulté. Pierre nous dit que la honte ne doit pas être de notre côté dans ces cas-là. La honte doit toujours être du côté des persécuteurs, des vexateurs, des gens qui se font de nous des idées fausses et qui projettent sur nous leurs propres peurs. Ce courage nous invite à une grande responsabilité ; nous devrons être exigeants avec nous-mêmes que ce soit en venant à l’église pour l’eucharistie, ou pendant l’eucharistie, ou à la fin de celle-ci. Nous devrons être irréprochables pour que le caractère vexatoire des mesures que l’on voulait nous imposer apparaisse publiquement. Vivre sa foi, dans le respect de Dieu et dans le respect des autres, ne transmet pas de maladie. Et si la maladie a pu progresser rapidement dans notre région à l’occasion d’un rassemblement évangélique, c’était d’abord parce que ceux qui nous gouvernent n’avaient pris ni la mesure du phénomène COVID au sérieux, ni les mesures élémentaires de protection que nous devons respecter aujourd’hui. Il faudrait voir à ne pas mettre dans les chaussons de nos frères évangéliques ce qui relevait d’abord de mesures sanitaires longtemps décriés comme inutiles et maintenant imposées par la force. Cela aurait pu arriver chez nous si c’est un catholique qui avait été malade ; mais cela aurait pu arriver aussi lors d’une séance de cinéma ou lors d’une rencontre sportive, si un cinéphile, ou un sportif avait été malade. Cela aurait pu arriver partout parce qu’on nous avait expliqué sur tous les tons que notre vie ne devait pas s’arrêter à cause d’une « grippette » ! 

            Cet épisode de notre vie nous rappelle ce que le temps pascal proclame : avec le Ressuscité, nous avons sans cesse à passer de la mort à la vie ; et ce passage prend plusieurs visages. Aujourd’hui, il nous est rappelé que passer des difficultés à l’allégresse fait partie de ces passages de la mort à la vie. Nous avons souffert de ne pouvoir nous rencontrer au moment même où nous célébrions le cœur de notre foi ; cette difficulté, moyennant quelques précautions élémentaires, est aujourd’hui surmontée. Sachons en rendre grâce à Dieu !  Que soit aussi surmontée la peur que certains ont su instillée. Sachons puiser dans notre foi le courage de vivre. Et sachons retrouver surtout la fierté de notre nom de chrétiens en veillant à construire des communautés plus fortes encore. Nous risquons de connaître d’autres épreuves comme celle-ci dans l’avenir. Souvenons-nous toujours que le Ressuscité nous a ouvert le passage vers la Vie en plénitude. Avec lui, soyons toujours prêts à passer des difficultés à l’allégresse : il veille sur nous, il veut notre vie, il veut notre joie. Ce ne sont pas nos assemblées restreintes qui nous les enlèveront, bien au contraire. Réjouissons-nous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Amen.



(Arcabas, Le messager de la joie, source internet).


samedi 5 octobre 2019

27ème dimanche ordinaire C - 06 octobre 2019

Dimanche du judaïsme.







Ce dimanche, situé entre le nouvel an juif et la fête de Yom Kippour, est pour nous, chrétiens, le dimanche du judaïsme, qui doit « nous rappeler nos racines juives et nous faire prendre conscience de la mission spirituelle du peuple juif appelé à sanctifier le nom de Dieu ». Nous pouvons nous réjouir avec eux et les porter dans notre prière, en ces jours où ils revivent de manière particulièrement forte le pardon, la conversion du cœur et la joie d’être réconcilié en Dieu. La succession des fêtes (Roch Hachana, Yom Kippour et Souccoth) doit nous interpeler également dans notre rapport à Dieu, à son Alliance et à notre fidélité à celle-ci. 

Le prophète Habacuc, que nous avons entendu en première lecture, pose avec acuité la question du Mal, principal obstacle à la foi. Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchainent. Cette expérience n’est propre ni au prophète, ni au peuple juif. Elle est nôtre à bien des moments de notre existence. Beaucoup de nos contemporains, ne sachant réduire cette énigme, font le choix d’abandonner. Si Dieu ne répond pas, c’est peut-être parce qu’il n’existe pas, disent-ils. Entendre cette lecture d’Habacuc, à ce moment particulier du calendrier de nos frères ainés dans la foi, nous permet de trouver dans ces fêtes un début de réponse. La fête de Roch Hachana (le nouvel an juif, qui a été célébré du soir du 29 septembre au soir du 01er octobre) nous fait nous souvenir que Dieu est bon, qu’il a donné la création dont on célèbre l’anniversaire ; mais elle nous rappelle aussi que l’homme a sans cesse à se purifier et à demander pardon, à Dieu et à son prochain, pour le mal commis. Cela montre bien que le mal vient du cœur de l’homme. En même temps qu’il célèbre les dons faits par Dieu dans sa création, il entre dans un temps de purification pour correspondre toujours plus à ce que Dieu attend de lui. Le pardon et la réconciliation avec Dieu et le prochain, célébrés lors de Yom Kippour (du 08 octobre au soir au 09 octobre au soir) ne sont pas alors un moment d’humiliation, mais un temps de grâce et de salut. En demandant pardon, l’homme permet à Dieu de rendre la création, y compris l’humanité, telle qu’il l’avait faite. D’où la joie de la fête de Souccoth qui suit (du 13 octobre au soir au 22 octobre au soir) : quand Dieu pardonne, l’homme est libéré, réconcilié, comme jadis au temps de l’Exode, après la sortie d’Egypte. L’homme sait qu’il pourra toujours compter sur Dieu. 

A ceux qui s’interrogent sur le Mal, une triple réponse est donc donnée : Souviens-toi que Dieu est bon ; purifie-toi et pardonne ; réjouis-toi de ce que Dieu a fait pour toi. Que ce soit Habacuc que nous avons entendu, ou n’importe lequel des prophètes de la Première Alliance, le message est le même. C’est de la fidélité à l’Alliance de Dieu que vient le salut. C’est Dieu qu’il faut servir ; c’est Dieu qu’il faut écouter ; c’est Dieu qu’il faut suivre. Chrétiens, nous ferons un pas de plus en incluant Jésus, dans le processus, comme nous le faisait chanter un cantique de mon enfance : Dieu fait de nous, en Jésus Christ, des hommes libres : tout vient de lui, tout est pour lui, qu’il nous délivre ! La foi de Jésus, qui est celle du peuple juif, devient pour nous foi en Jésus, ce qui nous est propre. Les promesses faites par les prophètes, nous croyons que Jésus les a accomplies. Il est, pour nous, la source du salut pour tous les hommes ; il est celui qui a réconcilié, par son sang, tous les hommes avec Dieu. Il n’y a plus, selon le mot de Paul, ni Juifs, ni païens, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme, mais tous, vous ne faites plus qu’un en Jésus Christ. En Jésus, né juif par Marie, mort juif, ressuscité dans la puissance de l’Esprit Saint, la vocation d’Israël d’être lumière menant toutes les nations à la connaissance du Dieu unique et vrai, est devenue réalité. Nous devons remercier le peuple choisi par Dieu pour sa fidélité à l’Alliance première ; nous devons le remercier d’avoir engendré Jésus, qui par une fidélité parfaite nous vaut d’être incorporé au peuple saint, et sauvé par le don de sa vie sur la croix. 

Vous comprenez que nous nous pouvions faire, ni ne pourrons jamais faire l’impasse sur ce temps si précieux pour nos frères ainés dans la même foi. La méditation de leur fidélité à la foi de nos pères communs doit susciter notre propre fidélité à la foi de notre baptême. Rendons grâce à Dieu pour ce qu’il réalise pour nous, réaffirmons notre désir de lutter contre le Mal par une vie toujours plus donnée à Dieu, et réjouissons-nous d’être sauvés par pure grâce, simplement parce que Dieu est bon, parce que Dieu est grand, parce que Dieu est saint et qu’il nous aime, aujourd’hui et toujours. Amen.

(image internet, site https://www.myjewishlearning.com/article/shalom )






samedi 18 mai 2019

05ème dimanche de Pâques C - 19 mai 2019

Finissons de rêver, commençons par aimer !



         Est-il possible que nos rêves deviennent un jour réalité ? Lorsque nous annonçons un monde plus beau, plus juste, plus fraternel, est-ce seulement de l’utopie ? Sont-ce là des paroles bienfaisantes pour mieux supporter un monde qui semble de plus en plus difficile et dur ? Un monde selon le cœur de Dieu, est-ce vraiment possible ? En écoutant les visions que Saint Jean nous livre tout au long de ce temps de Pâques à travers le livre de l’Apocalypse, ce sont ces questions qui me viennent à l’esprit et que je voudrais méditer avec vous aujourd’hui.


Relisons ensemble l’extrait du livre de l’Apocalypse qui constituait notre deuxième lecture. J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés, et, de mer, il n’y en avait plus. C’est le rêve que je fais souvent en lisant le journal ou en entendant à la radio la liste trop longue des massacres, des morts, des catastrophes en tous genres. Un nouveau monde enfin débarrassé du Mal, des hommes nouveaux définitivement débarrassés de la capacité à faire le mal, parce que la source du mal aurait disparu. A travers le temps et l’histoire, les hommes ont sans cesse cherché ce nouveau monde. N’est-ce d’ailleurs pas le nom qui a été donné jadis à l’Amérique par ceux qui fuyaient l’Europe et les persécutions religieuses après la Réforme ? Lorsque Jean voit le monde à venir, c’est bien ainsi qu’il le voit d’abord : refait à neuf, comme au premier jour de la Création, tel que Dieu l’a voulu, sans aucune trace de mal. De mer, il n’y en a plus, nous dit Jean, annonçant par-là l’éradication du mal. La mer, rappelons-le, était pour les anciens, le lieu où résidaient les forces indomptables, non maîtrisables du mal. 


Jean a bien conscience qu’un tel monde ne peut pas être l’œuvre des seuls hommes. Ce monde est offert, il vient d’auprès de Dieu. Voilà bien une conviction forte que je partage avec lui : le renouvellement de notre monde ne se fera pas sans Dieu ; il ne se fera pas non plus sans des hommes selon le cœur de Dieu. Jean l’affirme très clairement : il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il reprend ce qu’annonçait jadis le prophète Jérémie. Lorsque Dieu reviendra, il redonnera sa loi aux hommes, mais il ne l’écrira plus sur des tables de pierre ; elle sera gravée au fond du cœur de chaque homme. Pour Jérémie, c’est ainsi que le mal disparaîtra parce que les hommes connaîtront Dieu et son projet d’amour, intimement. Pour Jean, Dieu consolera l’humanité : Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. Ce n’est qu’en acceptant Dieu dans leur vie, que les hommes se débarrasseront définitivement du Mal. N’oublions pas que pour l’Apôtre, Dieu est amour. Là où est Dieu, il ne peut donc plus y avoir de mal. Ce renouvellement, nous le voyons à l’œuvre dans les premières communautés chrétiennes à travers le récit que nous en proposent les Actes des Apôtres. L’annonce de la Bonne Nouvelle, l’amour de Dieu prêché à toutes les nations, entraînent la conversion du cœur de ceux qui reçoivent la parole des Apôtres. Des Eglises naissent ; l’Evangile se répand dans le monde païen. Le rêve devient peu à peu réalité : un monde plus fraternel prend vie ! 


Le secret de ce renouvellement, c’est d’abord la mort et la résurrection du Christ. Sans l’événement de la Pâque, sans la victoire du Christ sur la mort, le mal et le péché, rien n’aurait été possible. Mais ce n’est pas la seule force de conversion. En fait, l’évangile nous livre le grand secret, celui qui a permis à Jésus lui-même de vaincre tout ce qui s’oppose à Dieu. Ce secret, c’est l’amour ! L’amour de Dieu pour chaque homme qui a permis ce geste de salut ! L’amour des hommes pour Dieu aussi. Mais le secret profond, c’est l’amour des hommes pour leur semblable. Ce secret, c’est le Christ lui-même qui l’a confié à ses amis au soir de sa mort. Donné à ce moment précis, le commandement de l’amour prend toute sa force car il est la parole ultime d’un homme qui sait qu’il va mourir, et qui ne laisse à ses proches que ce qui est vraiment important. L’amour qu’il nous demande de vivre n’est pas un simple amour humain. Il nous demande d’aimer comme lui aime, comme lui va aimer lorsqu’il sera en croix ! Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Et voilà qu’au commandement de l’amour est joint le mode d’emploi : tu aimes vraiment lorsque ton amour s’appuie sur l’amour de Dieu. Tu aimes vraiment, lorsque ton amour imite l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est patience, bonté, pardon, ouverture aux autres, acceptation de l’autre tel qu’il est. L’amour de Dieu est don total.


Il faut sans doute toute une vie humaine pour bien comprendre ce que le Christ nous demande dans ce commandement de l’amour. Il faut sans doute toute une vie humaine pour aimer comme le Christ aime. Mais cela ne signifie pas que c’est chose impossible. Dieu ne nous demande jamais rien qui ne soit possible. La preuve, des saints ont vécu un tel amour ; et ils sont nombreux. Ils ont réussi parce qu’ils ont véritablement accueilli dans leur vie la puissance de vie et d’amour du Ressuscité. Que cette Eucharistie ouvre nos cœurs au Ressuscité et nous donne de vivre son Amour pour tous les hommes. Ainsi le monde saura que nous sommes véritablement ses disciples. Ainsi nous pourrons commencer la construction de ce monde plus juste que nous attendons et espérons. Finissons de rêver, commençons (enfin) par aimer comme le Christ nous a aimés ! Amen.


(Tableau de Sieger KÖDER, La nouvelle Jérusalem)

samedi 12 janvier 2019

Baptême du Seigneur C - 13 janvier 2019

Il a été baptisé mais n'en est pas chrétien pour autant !







Il y a une chose qui étonne (encore) beaucoup de gens : c’est que Jésus est né juif et il est mort juif alors même qu’il a reçu le baptême. C’est évident pour moi et pour ceux qui maitrisent un peu les concepts de notre foi ; mais cela en étonne d’autres, même chez les chrétiens. Enfin quoi, il a bien été baptisé, non ? Ben oui, et la fête de ce dimanche nous le rappelle. Mais le baptême qu’il a reçu est celui de Jean le Baptiste, et il est différent du baptême chrétien. Alors oui, Jésus a été baptisé, mais n’en est pas pour autant devenu chrétien.

En lisant attentivement l’évangile de Luc, nous pouvons dire la même chose de tous ceux qui sont venus à lui : ils ont été baptisés, mais n’en sont pas chrétiens pour autant. Le baptême de Jean est un geste de conversion, un geste qui marque le désir de se tourner à nouveau vers Dieu. C’est un geste qui venait combler la soif de Dieu d’un peuple. Remarquez bien ce qu’écrit Luc : le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. De cette affirmation, je déduis que ce ne sont pas quelques illuminés qui sont allés voir le Grand illuminé pour se constituer en groupe ou en association. Non, c’est un peuple qui se déplace parce qu’il attend quelque chose ou plutôt quelqu’un qui peut quelque chose pour lui. Un peuple, c’est plus que trois ou quatre, même plus que cinquante ou cent. Un peuple, c’est aussi une manière de dire que tous ces gens sont habités par la même espérance. Il y a quelque chose, au-delà d’une appartenance ethnique, qui les lie, un désir profond jusqu’ici inassouvi. Il y a comme une lame de fond qui les rassemble tous autour de Jean le Baptiste. Et tous sont travaillés par la même question : celui-là n’est pas le Christ ? Nous parlons donc d’un peuple, qui attend, qui cherche des réponses, qui attend quelqu’un. Le baptême de Jean est un premier moyen pour eux d’être apaisés, rassurés : ils ne sont pas oubliés, ils ne sont pas maudits, il leur est toujours possible de revenir vers Dieu. Mais la réponse de Jean est limpide. Même s’il ne dit pas qu’il n’est pas le Christ, sa réponse ne laisse pas de place à mauvaise interprétation : Il vient, celui qui est plus fort que moi. Il faudra donc attendre encore, chercher encore, avec cette certitude que le temps est proche de la venue de celui qu’ils espèrent. 

Ce qui est surprenant, c’est que personne ne leur dit, quand Jésus vient au milieu d’eux, pour avec eux se faire baptiser, que c’est lui, qu’il est là, celui qu’ils ont tant attendu. Ni Jean, ni Jésus, ni Dieu le Père : personne ne vient éclairer ce peuple en attente. La parole venant du ciel, s’adresse à Jésus, et à lui uniquement : Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. Elle lui est dite, chez Luc, après son baptême, dans un de ses moments d’intimité que Jésus cultive : un temps de prière personnelle : après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit… et il y eut une voix venant du ciel. La voix ne s’adresse pas au peuple pour lui dire : Ecoutez-le ! comme le font entendre d’autres évangélistes. Non, chez Luc, c’est intime, parce que ce rapport avec Dieu ne peut être qu’intime, personnel. Il faut que chacun fasse l’expérience de Dieu dans sa vie, et pas seulement qu’il en entende parler. Souvenez-vous de Zachée : il avait entendu parler de Jésus puisqu’il voulait le voir absolument. Mais ce qui l’a converti, c’est bien sa rencontre personnelle avec Jésus, quand Jésus s’est adressé à lui : aujourd’hui, il me faut aller chez toi. Il n’y a pas de miracle, pas de grand signe : il y a une soif de Dieu, une rencontre, une parole : et la connexion a lieu. Pour Jésus, il fallait cette parole intime du Père pour qu’il entre dans sa mission ; là il est envoyé par Dieu, il ne peut plus en douter si d’aventure il l’avait fait ! Jésus a été baptisé par solidarité avec ce peuple qui cherche Dieu ; et il est envoyé par Dieu vers ce peuple, comme son Fils bien-aimé. Tout est réuni pour que la soif du peuple soit étanchée. Jésus a bien été baptisé mais pas pour devenir chrétien ! 

Il a été baptisé donc mais il n’en est pas chrétien pour autant ! C’est malheureusement ce que nous pouvons dire de beaucoup aujourd’hui, et même quelquefois de nous. Ce n’est un secret pour personne : tous ceux qui ont été baptisés, ne vivent pas en baptisés vingt-quatre heure sur vingt-quatre.  Parce que la vie nous éloigne du Christ, parce que nos aspirations sont autres, parce que le Mal travaille encore en nous. Si le baptême que nous recevons nous identifie au Christ, s’il fait de nous des fils de Dieu, alors nous devons vivre comme lui. Jamais il n’a menacé, invectivé, frappé ou détruit ; jamais il n’a répandu la haine de ceux qui gouvernaient à son époque. Et quand il a piqué une sainte colère, ce n’était pas pour satisfaire une pulsion personnelle ou pour appeler à la révolte, mais pour défendre la grandeur de Dieu, la grandeur du Temple. Défendre les petits et les pauvres, c’est s’attaquer aux structures du péché, jamais aux personnes ! Défendre les petits et les pauvres, si c’est bien une attitude chrétienne, ne suppose jamais et ne permet jamais une solidarité dans le Mal. 

Il a été baptisé mais il n’en est pas devenu chrétien pour autant ! Le baptême de Jésus, même s’il n’a pas le sens du baptême que nous avons reçu, doit nous interroger quand même sur le sens que nous donnons à cet acte fondateur de notre vie croyante. Il nous faut revenir à la source, à ce premier contact avec Dieu pour l’approfondir toujours, mieux le comprendre et le rendre plus vrai, plus agissant dans notre quotidien. Le baptême, au-delà de l’acte posé, est un art de vivre à la manière de Jésus ; c’est une relation qui se tisse entre Dieu et nous, entre nous et les frères qu’il nous donne. En ces jours troubles que nous connaissons maintenant depuis deux mois, puisse l’eau de ce sacrement nous rafraîchir l’esprit, apaiser notre soif d’un monde plus juste et nous remettre dans les dispositions qui furent celles du Christ Jésus : une vie de bien au service de tous. C’est la seule voie possible ; c’est la seule attitude chrétienne à avoir. Amen.

 
(Piero della Francesca, Le Baptême du Christ, vers 1450-1465, National Gallery, Londres)
 

 

dimanche 13 mai 2018

07ème dimanche de Pâques B - 13 mai 2018

Dieu est amour !






Nous terminons aujourd’hui la méditation de la première lettre de Jean. Pendant cinq dimanches, nous avons découvert avec l’apôtre ce qu’était l’amour. Mesurons le chemin parcouru :

·       2ème dimanche de Pâques : Tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements.

·       3ème dimanche de Pâques : En celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment sa perfection.

·       4ème dimanche de Pâques : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes.

·       5ème dimanche de Pâques : N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité.

·       6ème dimanche de Pâques : Aimons-nous les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu.  Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. 

Au terme de notre parcours, voici l’affirmation centrale de la pensée de Jean : Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. 

            Dieu est amour. En trois mots, Jean a tout dit, tout ce qui compte, la seule chose qui importe. Parce que Dieu est amour, un monde nouveau est possible. Parce que Dieu est amour, les hommes peuvent espérer vivre en paix. Parce que Dieu est amour, les hommes peuvent espérer vivre libres. Parce que Dieu est amour, les hommes peuvent apprendre à aimer vraiment. Au risque de passer pour un radoteur, je redis ici, à la suite de l’apôtre Jean, que tout ce qui n’est pas amour ne vient pas de Dieu. Toute parole qui n’est pas dite au nom de l’amour ne vient pas de Dieu. Tout acte qui n’est pas un acte d’amour ne peut être revendiqué au nom de Dieu. Toute religion qui n’entraîne pas ses croyants à l’amour n’est pas au service de Dieu. Quiconque agit dans le but de détruire, de faire du mal, de faire du tort à autrui n’agit pas au nom de Dieu. Quiconque affirmerait le contraire serait un menteur et un falsificateur, voire un blasphémateur. Comment puis-je me réclamer d’un Dieu dont le nom est Amour si je ne me laisse pas entraîner par cet amour ? Comment affirmer devant les hommes que le Dieu que je sers est amour si mon cœur penche du côté obscur de l’homme, si je cède au pire de ce qu’il y a en l’homme ?  Jean ne s’y trompe pas, et ne nous trompe pas, puisqu’il complète son affirmation par cette phrase : Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Puisque l’amour est la marque de Dieu, l’amour est aussi la marque du croyant. Pas de foi en Dieu sans amour : non seulement sans amour pour Dieu, mais aussi sans amour des hommes, de tous les hommes ! L’amour de Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; l’amour de Dieu ne choisit pas quels hommes Dieu doit aimer ; l’amour de Dieu ne condamne pas les hommes sur leur manière de croire ; l’amour de Dieu ne condamne pas les hommes sur leurs opinions, pas même sur leurs opinions au sujet de Dieu. L’amour pour les hommes est tel qu’il espère toujours que même le pire d’entre les hommes se laisse aimer enfin et change de vie. L’amour de Dieu pour les hommes est contagieux au point que les hommes deviennent capables d’aimer comme lui les aime. 

            Dieu est amour. Si aujourd’hui le Mal a encore cours, si aujourd’hui notre monde n’est pas en paix, si aujourd’hui les hommes ne sont pas encore vraiment libres, ce n’est pas à cause de Dieu. C’est à cause des hommes qui ont rejeté Dieu, préférant une liberté tout humaine, toute factice, justifiant tous leurs excès et toutes leurs déviances. Rejeter Dieu, c’est rejeter l’amour véritable. Rejeter Dieu, c’est refuser la capacité d’aimer vraiment. Rejeter Dieu, c’est entraîner les hommes et le monde dans une insécurité permanente, parce que toujours suspendu soit au bon vouloir, soit à la folie de quelques-uns. La formule Dieu est amour n’est pas une médecine douce à verser sur les plaies d’un monde en folie ; c’est une réalité dont nous devons être convaincus pour pouvoir enfin en vivre. Chaque croyant doit commencer par évacuer le Mal de sa propre vie, refuser tout ce qui pourrait l’y conduire, en vivant humblement à la suite de Dieu qu’il sert. La paix et la liberté deviendront réalité pour tous quand chaque individu aura accepté que son voisin qu’il n’aime pas, qui est différent de lui, qui croit différemment que lui, a le droit à la paix, à la liberté, à la vie. Saint Jean est plus que clair à ce sujet : Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. C’est bien une obligation ; nous ne saurions nous en dédouaner, sous aucun prétexte. 

Nous ne pourrons mener aucun des grands combats sociétaux qui s’annoncent si nous le faisons dans la haine. Nous ne changerons pas le cœur des hommes par la violence, ni par la violence des mots, ni par la violence des actes. Seul l’amour sauvera le monde ! Seul l’amour transformera le monde en profondeur ! Encore faut-il que nous acceptions d’accueillir cet amour dans notre vie. Laissons-nous donc aimer par Dieu et nous deviendrons capable d’aimer tous les hommes que Dieu met sur notre route puisqu’il nous a donné part à son Esprit. Appartenant à Dieu par notre baptême, vivant de son Esprit, aimons, aimons, aimons. Il n’y a rien de plus grand ; il n’y a rien de plus utile ; il n’y a rien de plus urgent. Amen.
 
(dessin de M. Leiterer)