Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Ecoute. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ecoute. Afficher tous les articles

samedi 27 juin 2026

Solennité des Saints Pierre et Paul - 28 juin 2026

 Nos saints patrons nous obligent, mais à quoi ?

(ce dimanche, je prêche la fête des Apôtres Pierre et Paul à Pfaffenhoffen)




(Saint Pierre et Saint Paul)

 

 



            Chacune de nos paroisses porte le nom d’un ou plusieurs saints. La vôtre a été placée par vos ancêtres sous le patronage des Saints Pierre et Paul, les colonnes de l’Eglise. Je ne sais pas s’il reste une trace dans vos archives qui explique ce choix, mais je sais que le choix de ce patronage vous oblige. Autrement dit, ce n’est pas neutre de placer votre communauté sous le patronage de Pierre et de Paul. Comme nous savons avec certitude que ni Pierre, ni Paul n’ont leurs origines à Pfaffenhoffen, ni n’ont évangélisé ici, il nous faut comprendre à quoi vous oblige un patronage aussi prestigieux. Intéressons-nous donc à chacun de vos patrons.

            J’ai toujours trouvé la figure de Pierre intéressante. Il fait partie des premiers à suivre Jésus avec son frère André. Et, dans l’évangile de Jean, c’est André qui vient annoncer à Pierre qu’il a trouvé le Messie et qui le conduit à Jésus. Ceci nous montre que Pierre est capable d’écoute et d’action. Son écoute le conduit à croire son frère et à le suivre. Il aurait pu ne pas écouter (au sens de comprendre) ce que disait André. Il aurait pu écouter et décider de ne pas suivre son frère. Il aurait pu écouter et suivre André, mais sans s’attacher à Jésus, juste par curiosité, juste pour surveiller André, un réflexe de grand frère, quoi. Non, il écoute, suit et reste. Le pape Léon disait cette semaine aux cardinaux que c’est celui qui écoute qui détient la primauté et donc la mission de guider les autres. L’évangile de la solennité ne dit pas autre chose. La profession de foi de Pierre ne lui vient pas d’une intelligence supérieure aux autres Apôtres, mais de son écoute. Jésus le lui affirme : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Pierre sait écouter les hommes ; Pierre sait écouter Dieu. C’est pour cela que Jésus bâtira sur lui son Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. C’est parce qu’il sait écouter qu’il devient le premier et le guide de la communauté croyante après la Pentecôte. Pierre nous oblige à apprendre à écouter et à faire confiance. Dans le gouvernement de l’Eglise, que ce soit à l’échelle internationale ou à l’échelle locale, l’écoute et la confiance sont primordiales. Celui qui prétend guider doit savoir écouter et faire confiance à ceux qu’il écoute ; en échange, la communauté sait qu’elle peut faire confiance à son guide parce qu’elle se sait écoutée par lui. Savoir écouter, c’est plus que savoir entendre. Ecouter suppose de laisser descendre dans le cœur, lieu des grandes décisions, ce qui nous est dit ; écouter, suppose de se laisser transformer par ce que l’on nous a dit ; écouter signifie que je suis capable de changer d’opinion, d’orientation, de direction. Celui qui n’écoute pas, s’expose à guider un navire qui n’est plus qu’une coquille vide, parce que tous auront tiré la seule conclusion possible : il ne nous écoute pas, il n’a pas besoin de nous. Pourquoi aurions-nous besoin de lui ?

            La figure de Paul, c’est ma grande faiblesse. J’ai, depuis toujours, une vraie vénération pour l’Apôtre des Nations. Il est passé d’ennemi du Christ à Apôtre infatigable, parcourant le monde pour annoncer le Christ, et fixant dans ses lettres la théologie chrétienne. Il est le premier à expliquer la foi chrétienne, à démontrer que Jésus accomplit toutes les promesses de la Première Alliance. L’ardeur qu’il avait mise à éradiquer la foi naissante, il la mettra, après sa rencontre avec le Ressuscité sur la route de Damas, à propager la foi chrétienne et à la rendre intelligible. Ses lettres sont les premiers écrits chrétiens, certaines, avant même les évangiles ! La parole la plus audacieuse de Paul est celle qui fait écho à la profession de foi de Pierre : Pour moi, vivre, c’est le Christ ! (Ph 1, 21). Tout est dit de la foi chrétienne : le Christ au cœur de la vie des hommes, source de la vie des hommes. Et parce qu’il est cette source, Paul peut décrire alors l’art de vivre chrétien dans ce bel hymne à la charité de sa première lettre aux Corinthiens : Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien ! Paul est l’Apôtre qui nous oblige à revoir nos priorités, à être capable de changer notre manière de voir et de comprendre les choses. Il nous oblige à approfondir notre foi, à la réfléchir. L’événement de Damas n’est pas tant une conversion, puisque Paul ne change pas de Dieu, mais une vocation, un appel de Dieu à le suivre. Certes, en suivant Dieu, il changera son cœur ; mais l’appel de Dieu est premier ! Là où Pierre nous apprend à écouter, Paul nous apprend à écouter autrement. Il était bien convaincu d’accomplir la volonté de Dieu quand il poursuivait les chrétiens ; mais il a su écouter Dieu autrement et se rendre compte qu’il faisait fausse route. Paul nous oblige à accepter de nous être trompé ; il nous invite à écouter mieux pour suivre mieux. Voyez-vous : Paul, avant et après Damas, c’est le même caractère, juste réorienté. Sa priorité n’est plus de détruire les disciples du Christ, mais de construire avec eux l’Eglise que le Christ a confié à Pierre. Cela n’ira pas sans conflit ; mais cela passera toujours par la capacité à écouter Dieu, à écouter les autres, à trouver la voie la meilleure à suivre. La grande œuvre de Paul devrait être celle de tout chrétien : remettre sans cesse sur le métier le travail d’approfondissement et d’éclaircissement de la foi chrétienne pour l’annoncer à tous.

            Mesurez bien la chance que vos ancêtres vous ont donné en vous plaçant sous le double patronage de Pierre et de Paul. En vous mettant à leur écoute, en méditant leurs écrits et leur vie, vous deviendrez des fidèles du Christ toujours plus attentifs à Dieu et aux autres. Ecouter Dieu sans changer notre relation aux autres, c’est juste spiritualiser notre vie. Être attentif aux autres sans fonder cette attention sur l’écoute de Dieu, c’est transformer l’Eglise en ONG activiste, améliorant la vie de ceux dont elle prend soin certes, mais incapable d’apporter l’espérance qui transforme durablement une vie et le monde. Montrez-vous de dignes héritiers de vos saints patrons, vous écoutant les uns les autres, écoutant Dieu, comprenant chaque jour mieux votre foi, ne renonçant jamais à la proposer sans l’imposer. Pierre et Paul étaient des disciples libres ; soyez libres à la suite du Christ et rendez les autres libres de choisir le Christ, ou pas. Le travail de tout chrétien est de témoigner ; décider revient à ceux qui les écoutent. Amen.


dimanche 8 mars 2026

 Le Seigneur est-il au milieu de nous ?





 

            Nous approchons de la mi-carême déjà, et la liturgie nous donne de rencontrer le peuple libéré d’Egypte, errant dans le désert, soumis à la soif. Une épreuve de plus, pour purifier ce peuple à la nuque raide, qui alterne entre bonheur d’avoir été libéré et regret de ne plus être en Egypte. Et revient aujourd’hui encore, cette question mainte fois posée : Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ?

            Qui d’entre nous ne s’est jamais posé la question ? Lorsque je lis la presse ou les réseaux sociaux, la question revient souvent ces derniers temps. Entre les guerres qui semblent se multiplier à travers le monde et les agressions, en France, d’élèves et de professeurs par des élèves de plus en plus jeunes, la question me semble légitime. Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Et sa question jumelle : si oui, pourquoi permet-il cela ? Le mal, sous toutes ses formes, est, a été et restera toujours l’énigme majeure qui peut nous faire refuser l’existence de Dieu. Sommes-nous dès lors condamnés au doute à mesure que les drames se multiplient ? N’y a-t-il aucune issue, aucune espérance possible ? Comment comprendre Paul quand il affirme : l’espérance ne déçoit pas ? Certes, il la fonde sur l’amour que Dieu a répandu dans nos cœurs. Mais quand il ne semble plus y avoir d’amour, l’espérance disparaît-elle ? La réponse se trouve dans une autre lettre de Paul, la première aux Corinthiens, quand il dit avec force que l’amour ne passera jamais, comprenons bien qu’il ne disparaîtra jamais. Nous pouvons ne plus le voir, ne plus être capable de le discerner à l’œuvre, mais l’amour ne passera jamais de mode. Il suffit d’un seul pour aimer, toujours et encore, pour que l’amour soit sauvé, pour que le monde soit sauvé. Qui sauve une vie, sauve l’humanité, proclame le Talmud. Et ceci n’est possible que parce que l’amour du bien est à l’œuvre, et la détestation du mal solidement ancrée en celui qui décide que toute vie est importante. N’est-ce pas ce que Jésus nous apprend dans sa manière d’être avec chacun de ceux qu’il rencontre ? N’est-ce pas ce que Jésus nous révèle dans son Evangile ? N’est-ce pas ce qu’il a fait pour nous en offrant sa vie pour la multitude dont nous sommes ? N’est-ce pas ce que fait l’Eglise lorsqu’elle célèbre le sacrement du baptême ? La preuve que Dieu nous aime (et donc accessoirement qu’il est au milieu de nous), c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

            Mais alors pourquoi ce sentiment d’abandon formulé par le peuple dans le désert ? Pourquoi cette impression dans notre propre existence ? Peut-être est-ce une question de regard, d’écoute et de confiance ! Voyez la Samaritaine qui vient au puits de Jacob au moment où Jésus lui-même s’y repose. Quand Jésus engage la conversation pour obtenir un verre d’eau, elle ne voit en lui qu’un Juif qui ne fréquente pas les Samaritains, c’est là chose connue, et elle sait le lui rappeler à sa manière. Mais Jésus ne s’offusque pas. Il va petit à petit déplacer le regard de cette femme, et le réorienter sur sa propre vie, jusqu’à la révéler à elle-même, tout en se révélant à elle. Serais-tu plus grand que notre père Jacob ? Puis : Seigneur, je vois que tu es un prophète… pour arriver à cette question : Ne serait-il pas le Christ ? Ce changement de regard est possible pour la Samaritaine parce qu’elle se met à l’écoute de celui qui a eu l’audace de lui demander un verre d’eau. Elle ne se referme pas, elle accepte la conversation, même quand elle se fait difficile. Changement de regard, écoute attentive, et voilà notre femme qui rentre au village prévenir les siens et les inviter à la même expérience : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Je mesure là, la confiance retrouvée de cette femme. Elle ose ameuter tout un village sur une simple conversation avec un membre de ce peuple ennemi héréditaire. Elle a compris ce que tout son village comprendra, et que nous sommes invités à comprendre à notre tour : en Jésus, le Seigneur est au milieu de nous. Tous les habitants du village le confesseront : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. De la question du peuple errant dans le désert, nous arrivons à une profession de foi lumineuse de tout un village.

Alors, le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Pour les Samaritains, le doute n’est pas permis. Oui, il est là, en Jésus. Il leur a suffi d’accepter l’invitation de la femme à venir écouter. Ils ont vu, ils ont entendu, ils font désormais confiance à celui qu’ils ont accueilli et écouté deux jours durant. Devant l’actualité morose et anxiogène de ces derniers jours, nous pouvons nous aussi, accueillir dans notre vie la parole de Jésus qui éclaire et libère. Avec les Samaritains, nous pouvons reconnaître que le Seigneur est au milieu de nous et qu’il est le Sauveur du monde. L’ayant écouté, confions-lui ce monde et croyons qu’il peut toujours quelque chose pour nous, qu’il peut toujours quelque chose pour ceux et celles qui souffrent. Notre compassion et notre charité seront pour eux le premier signe que le Seigneur est au milieu d’eux aussi et qu’il vient les sauver. Amen.

vendredi 19 juillet 2013

16ème dimanche ordinaire C - 21 juillet 2013

Apprendre à être à l'heure de Dieu !



Nous avons tous entendu les mêmes lectures maintenant. Alors que vaut-il mieux ? Vaut-il mieux prier, aller à la messe le dimanche ?, ou vaut-il mieux s’occuper des pauvres et agir au nom de l’Evangile … La réponse apportée dépend souvent de notre idéologie personnelle ! L’histoire récente de l’Eglise nous le montre bien. Or l’Evangile et le Christ ne sont d’aucune idéologie. La vérité ne saurait être dans l’une ou l’autre. Nous gagnerons donc à bien lire ce qui est écrit aujourd’hui et à comprendre ce que nous disent les textes entendus. 
 
Si nous comparons la première lecture et l’Evangile, nous pouvons dire, sans nous tromper, qu’il s’agit de deux textes de rencontres. Dans la Genèse, Abraham rencontre trois hommes ; il se met à leur service, leur offrant repos et repas. Il en est récompensé par l’annonce de la naissance d’un fils. Dans l’Evangile, Jésus rencontre Marthe et Marie : Marthe s’affaire derrière les fourneaux pour servir le Seigneur, pendant que Marie reste assise là, près de Jésus, à ne rien faire. Et c’est d’elle dont Jésus lui-même dit qu’elle a choisi la bonne part (pour respecter le texte grec). Marthe ne fait que ce qu’a fait jadis son ancêtre Abraham : lui était récompensé, elle s’en trouve quelque peu malmenée. Pourquoi une telle différence ? 
 
En lisant attentivement le passage de la Genèse, nous comprenons fort bien que c’est Abraham qui a l’initiative de la rencontre. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt il courut à leur rencontre, se prosterna jusqu’à terre et dit : "Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur". Il reçoit à son invitation ; il se met au service de ceux qu’il accueille. Normal. Les règles de l’hospitalité sont ainsi faites ; il ne laisse pas son  hôte s’ennuyer, il s’occupe de son confort, il veille à ce qu’il ne manque de rien. Il a voulu que ces hommes s’arrêtent chez lui, il doit maintenant s’en occuper. 
 
Dans l’Evangile, la perspective n’est pas la même. Jésus entre dans un village ; il y a là des amies à lui ; il leur rend visite et Marthe le reçoit dans sa maison. Il nous faut nous souvenir ici que c’est Luc qui nous raconte cette histoire. Et chez Luc, c’est toujours Jésus qui a l’initiative des rencontres. Souvenez-vous de Zachée : Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi !  C’est lui qui s’invite, et aujourd’hui, c’est le jour où il doit demeurer chez Marthe et Marie. Le personnage important, c’est lui. L’acte important, c’est lui qui le pose : il s’invite. Le servir, c’est donc d’abord comprendre pourquoi il s’invite ainsi, et entendre de sa propre bouche le motif de sa visite. Il sera toujours temps, après, de passer à table ; il sera bien temps assez tôt de partager avec lui le repas. Marthe a brûlé les étapes : elle n’a pas pris le temps de bien faire attention à son hôte, contrairement à Marie qui n’a cessé de l’écouter. 
 
Comprenez-vous bien ce qui différencie ces deux histoires de rencontres ? Alors vous comprendrez la réponse à apporter à ma question du début : que vaut-il mieux ? Avec un autre auteur de l’Ancien Testament, nous pourrions dire qu’il y  a un temps pour tout. Pour Abraham était venu le temps d’accueillir comme il se doit ses visiteurs, en leur offrant repas et repos. Pour Marthe et Marie était venu le temps de se mettre à l’écoute de celui qui s’invitait chez elles. De même, la vie chrétienne parfaite n’est pas celle qui sans cesse se perd en activité, même charitable, de manière continuelle, ni même celle qui se perd en prière éternelle oubliant le pauvre devant la porte. Le service authentique de Dieu suppose de savoir à quel moment faire quoi. Jésus, en mettant en avant l’attitude de Marie, rappelle simplement que le service de Dieu commence par son écoute. Seul celui qui écoute bien Dieu peut apprendre de lui comment le servir encore mieux dans ses frères. L’action est nécessaire au chrétien puisqu’il doit témoigner de sa foi auprès des autres. Mais la prière et la pratique authentique passe d’abord par l’écoute, la prière, la méditation de la parole de Dieu pour y découvrir ce que Dieu attend de moi. La charité ne supprime pas la prière, et la prière ne dispense pas de la charité. Chacune a besoin de l’autre : nos activités pastorales ou caritatives ont besoin d’être soutenus par une vie liturgique et spirituelle pour ne pas devenir activisme vain et stérile. Et notre vie liturgique et spirituelle a besoin d’engagement pour que nous ne nous perdions pas dans les nuages d’un mysticisme vain et stérile.  
 
Ce lien profond que Jésus établit entre les deux se vérifie par la place de cette histoire dans l’Evangile de Luc : elle vient après le bon samaritain, parabole par laquelle Jésus nous invitait à nous faire le prochain de tout humain qui souffre, nous enseignant la charité ; mais elle vient juste avant un enseignement cohérent de Jésus sur la prière. Placée à la charnière de ces deux enseignements, cette rencontre avec Marthe et Marie nous invite à unifier en profondeur notre existence, à régler l’horloge de notre vie sur Dieu pour que nous sachions toujours quelle heure il est. Marthe et Marie doivent cohabiter dans notre vie parce qu’elles se complètent mutuellement. L’important est de se soumettre aux exigences de l’heure. 
 
En ce moment de notre dimanche, nous pouvons être assurés d’être à la bonne heure au bon lieu, parce que nous sommes au temps où il faut écouter Dieu lui-même nous parler avant de lui rendre grâce et de partager avec lui le repas auquel il nous a invités. Ce temps est renouvelé par Dieu lui-même chaque dimanche pour nous permettre de revenir à la source et d’être fortifiés dans notre foi, notre espérance et notre charité. Restons fidèles à cette heure de Dieu et toute notre vie sera bien réglée à l’horloge de Dieu. Amen.
 

(Dessin de Jean- François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 27 janvier 2012

04ème dimanche ordinaire B - 29 janvier 2012

Ecouter la Parole et la transmettre.





Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur. Ces mots du psalmiste nous font entrer dans une dimension essentielle de nos liturgies : l’écoute de la Parole de Dieu. C’est une des redécouvertes du Concile Vatican II. Depuis 1965, et la réforme liturgique qui a suivi, nous sommes invités à mettre au cœur de notre vie la Parole de Dieu, pour sans cesse l’approfondir, la mieux comprendre et en vivre. C’est pour cela que nous l’entendons dans notre propre langue ; c’est pour cela que les prêtres ont été invités à l’expliquer ; c’est pour cela que la Bible elle-même a été retraduite et largement diffusée pour que chacun puisse la posséder et la lire quand il en a envie.

L’écoute de la Parole de Dieu n’est pourtant pas une nouveauté. Depuis que Dieu a fait alliance avec l’homme, celui-ci est invité à suivre la voix de son Dieu. Dans le livre du Deutéronome, nous avons entendu le peuple exprimer sa crainte devant la propre Parole de Dieu. Comment peut-il écouter Dieu lui parler en direct sans mourir ? Le peuple a bien conscience que cette voix-là est une voix engageante, qui ne s’exprime pas à la légère et qui a des conséquences dans la vie humaine. D’où l’engagement de Dieu à faire se lever des prophètes dans le pays pour que le peuple puisse entendre ce que Dieu a à dire sans que le peuple ne prenne le risque de mourir. Ces prophètes deviennent les porte-parole de Dieu. Et les hommes qui les entendront devront les écouter comme si Dieu lui-même parlait.

Dans l’Evangile, nous entendons la réaction des contemporains de Jésus lorsque celui-ci enseigne : voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité. Non pas que la Parole soit nouvelle : c’est toujours la Parole de Dieu. Mais le ton employé, les mots utilisés attirent l’attention et donnent envie d’écouter. Assurément, les paroles prononcées par Jésus touchent le cœur de ceux qui les entendent. Nous le constatons à chaque récit de guérison ou de rencontre de Jésus, lorsque des personnes changent radicalement de vie. Voyez Zachée qui s’engage, sur la seule parole de Jésus, à réparer les torts qu’il aurait pu faire. Voyez la Samaritaine qui devient un signe pour les habitants de son village. Voyez tous ceux et celles qui ont croisé le regard du Christ et qui ont été bouleversés et convertis. Il y a une force dans cette Parole, parce qu’elle est différente de la parole humaine. C’est une Parole vraie, une Parole de vie, une Parole de liberté, une Parole qui ouvre un avenir.

Nous entendons aujourd’hui encore ces mêmes paroles. Ont-elles sur nous le même effet ? Sommes-nous véritablement bouleversés par ce que nous entendons ? Ces textes qui nous sont proclamés, sont-ils seulement de beaux ouvrages, de belles paroles d’un autre temps ? Ou sont-elles encore parole de vie, parole de vérité, parole de liberté pour nous, ici et maintenant ?

Nous sommes, aujourd’hui, ce peuple de prophète que Dieu a promis de faire se lever. Nous sommes celles et ceux qui ont en charge l’annonce de la Parole que nous avons entendu. Nous avons à transmettre, tous, là où nous sommes, ce que nous avons entendu, ce que nous avons compris, ce qui nous fait vivre. Cela concerne bien sûr les prêtres, mais aussi l’ensemble des baptisés qui vivent de cette Parole. Connaître la Parole, en vivre et la faire connaître : c’est le combat quotidien de tous les baptisés. A quoi cela servirait-il qu’un prêtre vienne parler de Dieu à des enfants, si en famille ils n’en entendent pas parler, si en famille ils ne se sont jamais adressés à lui dans la prière ?

Lire la Parole de Dieu, l’approfondir ensemble, toujours mieux la comprendre pour mieux en témoigner : voilà le défi que nous avons à relever afin que le monde sache, qu’il croit que Jésus est celui qui nous dit la vérité sur Dieu et sur le monde, et que grandisse le peuple des croyants. Oui, aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur.


(Photo personnelle, Evangéliaire)

vendredi 24 décembre 2010

Saint Jour de Noël - 25 décembre 2010

Notre foi est écoute : nous célébrons un Dieu qui parle aux hommes.




Après cette belle nuit de Noël pendant laquelle nous avons joint notre voix à la voix des anges pour louer Dieu, voici venu le temps de comprendre mieux le mystère de l’incarnation. Les textes de la liturgie du jour de Noël ont balayé le merveilleux et nous invitent à réfléchir plus en profondeur.

Saint Jean, dans l’évangile que nous venons d’entendre, nous propose une approche singulière du mystère de Noël. Pas d’anges, pas de bergers, pas même de crèche ; seulement la finesse de sa méditation, de sa compréhension du mystère divin. Et ce mystère, c’est que le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui parle à l’homme, un Dieu qu’il faut donc écouter. Le Dieu de Jean, notre Dieu, n’a rien à voir avec les dieux romains, grecs ou égyptiens ; il n’a rien à voir avec les idoles de pierre ou de bois qui ne peuvent rien pour nous et qui ne servent souvent qu’à justifier nos propres limites. Non, le Dieu de Jean, notre Dieu, est un Dieu qui entre en relation avec l’humanité. Un Dieu qui parle donc ; un Dieu dont la parole est efficace : ce qu’il dit, est. Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui.

Ce Dieu qui parle, ce Dieu qui fait exister par sa parole, est le Dieu de l’alliance. En Jésus, qui est le Verbe de Dieu, Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. En Jésus, sa Parole vivante, Dieu fait alliance avec chacun de nous. Au commencement, si vous lisez la Bible, Dieu a créé le monde pour établir une alliance avec l’humanité. Il a fait l’homme à son image et à sa ressemblance ; il lui a confié la création afin qu’il la gouverne. Dieu a fait de l’homme presque son égal. Mais le péché a obscurci le cœur de l’homme et celui-ci s’est éloigné de Dieu. En faisant naître son propre Fils selon la chair, Dieu donne à tous les hommes de redevenir ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être dans le cœur de Dieu : ses enfants ! Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Si la joie de Noël est si grande, c’est bien aussi à cause de cela. Notre vie est transformée ; notre vie a un nouvel horizon. Nous pouvons désormais vivre de la vie-même de Dieu puisqu’il a choisi de s’unir à nous par son Fils. Au cœur de cette nuit, au cœur du mystère de la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ, est inscrite en germe cette nouvelle alliance que Jésus accomplira totalement dans l’acte même de sa mort et de sa résurrection. Le bois de la mangeoire inaugure une alliance nouvelle que le bois de la croix signera. Le mystère de l’incarnation n’aurait aucun sens sans cet horizon de la croix qui nous vaudra le salut pour toujours, si nous accordons foi et confiance au Christ Sauveur.

Parce qu’il ne suffit pas que Dieu naisse comme un enfant pour que l’homme soit sauvé, il faut encore que l’homme accueille ce Dieu, que l’homme écoute ce Dieu qui lui parle au cœur. Ce n’est pas sans raison qu’aucune de nos liturgies ne peut se passer de l’écoute de la Parole de Dieu ; ce n’est pas sans raison que le Magistère de l’Eglise nous invite sans cesse à lire et à méditer la Parole de Dieu chez nous, en complément de la Parole entendue et expliquée dans nos assemblées ; ce n’est pas sans raison que notre archevêque nous invite pour la troisième année, non seulement à découvrir la Parole et à la célébrer, mais aussi et peut-être surtout, à la vivre ! A quoi cela me sert-il que Dieu parle si je n’ai pas d’oreilles pour écouter ?

Je le dis souvent aux enfants : le premier organe de la foi, ce n’est pas notre bouche, ni même notre cœur ; le premier organe de la foi, ce sont nos oreilles : elles nous font entendre ce que notre bouche aura à redire ; elles nous font entendre ce que notre cœur aura à aimer. Sans écoute de Dieu, pas de foi possible. Sans Dieu qui parle, sans homme qui écoute, pas d’alliance possible, pas de salut possible. Au milieu de l’agitation et du bruit de nos fêtes, prenons le temps d’écouter Dieu qui nous parle. Nous lui répondrons par une foi toujours plus grande, par une vie toujours plus conforme à son projet d’amour. Est-il meilleur moyen de célébrer l’avènement de son Fils au cœur de notre vie ?


(Photo : Détail de la crèche de Holtzheim, Alsace)