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mardi 24 décembre 2019

Nuit de Noël 2019 - 24 décembre 2019

Le signe de la crèche.






            Nous voici donc arrivés près de ce signe particulier de la crèche où naît en cette nuit l’Enfant-Dieu, promis par les prophètes. Nous voici à contempler une grotte, une mangeoire, un lieu pauvre, dénué de toute splendeur extérieure. Ce n’est pas le lieu vers lequel l’homme court pour passer ses vacances d’hiver. Ici, rien n’est luxe, calme ou volupté. Ici, tout n’est que rejet, pauvreté, et pourtant grande joie. 

            Dans une lettre apostolique signée à Greccio, le premier décembre de cette année, le Pape François nous invite à méditer ce signe de la crèche, lieu où Dieu non seulement rencontre l’homme, mais se fait homme. Nous découvrons [là], écrit le Pape, qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui. C’est ce mystère-là qu’il nous faut sans cesse approfondir : Dieu qui se fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu ; Dieu qui se fait tout petit pour que l’homme puisse devenir, par Lui, tout grand. Pour entrer dans ce mystère, il faut donc que l’homme reconnaisse qu’il vit sa vie en petit, quand il la vit sans Dieu. Seul Dieu peut faire parvenir l’homme à sa pleine stature ; seul Dieu peut faire vivre l’homme debout ; seul Dieu peut rendre l’homme vraiment libre. 

            Méditer le mystère de la crèche, c’est aussi déjà méditer le mystère de l’Eucharistie. Se situant pleinement dans la Tradition de l’Eglise, le Pape François nous rappelle que le Christ s’est incarné pour devenir notre nourriture. En entrant dans le monde, écrit-il, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme le « pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). Il nous faudrait donc consentir à plier le genou devant la crèche comme nous le faisons devant le Saint Sacrement exposé. Ici, dès le commencement de sa vie, Jésus se donne, se livre entièrement. Toute sa vie est déjà là, dans cette pauvre mangeoire. Du bois de la crèche au bois de la croix : il semblerait que le seul élément qui accueille toujours le Christ, au début comme à la fin de sa vie, soit bien le bois. Seul avec Marie et Joseph pour entrer dans le monde, seul avec Marie et Jean pour quitter ce monde : la vie de Jésus n’est qu’abandon. Seul Dieu le Père veille sur ce Fils qui s’abandonne d’abord à Lui et à sa volonté. A la crèche, nous touchons du doigt la pauvreté du Fils de Dieu, venu humblement dans le monde. 

             C’est cette pauvreté que l’autre François, le pauvre d’Assise, voulu ressentir. C’est là l’origine de nos crèches que le Pape nous encourage à installer dans nos maisons, dans nos écoles, sur nos places. François d’Assise voulait, selon les Sources franciscaines, représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille, entre le bœuf et l’âne. C’est un homme du lieu qui a tout préparé selon le vœu de saint François. Le 25 décembre, quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. A cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes. Nous sommes, ce soir, les santons de notre crèche. Nous sommes venus avec ce qui fait nos vies ; nous pouvons déposer tout cela devant l’Enfant nouveau-né ; nous pouvons lui offrir nos vies, qu’elles soient bien droites ou toutes abimées, lumineuses ou plongées dans les ténèbres. La seule chose qui importe au Christ, c’est que nous lui fassions l’offrande de notre vie. Quand il offrira la sienne sur la croix, il prendra avec lui toutes nos vies offertes ; quand il entrera dans sa gloire, il emportera toutes nos vies offertes. 

            Nous pouvons, devant la crèche, mesurer pleinement l’amour et la tendresse de Dieu pour nous. Comme nous le rappelle le Pape dans sa Lettre, en Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché. Ne cherchez rien d’autre à la crèche que cet amour et cette tendresse de Dieu pour vous. Vous ne trouverez pas la gloire ici ; vous ne trouverez pas la richesse ici. Mais à la crèche, vous trouverez celui qui veut devenir votre gloire ; à la crèche, vous trouverez celui qui veut être votre unique richesse. Dès à présent, il vous invite à le suivre sur le chemin de la simplicité et de l’humilité ; dès à présent, il vous invite à le suivre sur le chemin de l’amour donné et du service à accomplir. La crèche, on y vient pour trouver du courage ; on en repart missionnaire, joyeux d’avoir rencontré le visage véritable de Dieu qui prend soin de tous les hommes. 

            Aujourd’hui vous est né un Sauveur. Ce message de l’ange aux bergers est pour nous, ce soir. C’est Noël, Dieu qui vient chez nous. Nous ne célébrons pas l’anniversaire de sa venue, mais bien cet aujourd’hui de Dieu qui fait irruption dans notre vie. Venons à la crèche pour voir le Roi du monde. Venons à la crèche trouvons-y notre vie, notre paix, notre joie. Amen. 

(Photo prise à Greccio, Exposition de crèches venues du monde entier).






dimanche 7 janvier 2018

Epiphanie - 07 janvier 2018

La visite des mages : une leçon pour une vie meilleure.





           Elle est bien jolie, cette histoire des mages venus d’Orient qui cherchent l’endroit où se trouve le roi des Juifs qui vient de naître ! Elle est connue la stupéfaction d’Hérode qui entraîne un désir malsain de tout connaître et de tout contrôler. Mais en quoi nous concerne-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle change dans votre vie ? Qu’est-ce qu’elle provoque dans votre vie ? Car enfin, la Parole de Dieu n’est pas qu’une belle histoire pour enfants sages. Elle doit remuer notre vie, entraîner une conversion, susciter un désir plus grand ! Si non, pourquoi la lire encore ? Je crois, pour ma part, que cette visite est et sera pour toujours, une invitation à vivre plus grand, à l’image de ces mages. Relisons leur histoire et comprenons mieux. 
 
            Cette histoire commence non pas avec l’arrivée de ces personnages à Jérusalem, mais bien des mois plutôt lorsqu’ils sont chacun dans leur lointain pays. Un jour, ils ont vu une étoile à l’orient qui annonçait la naissance d’un nouveau roi des Juifs. Ceci n’est pas qu’un détail ; c’est l’élément déclencheur de tout ce remue-ménage au palais d’Hérode. Ils ont vu une étoile : cela signifie qu’ils ne vivaient pas repliés sur eux-mêmes ; ils n’avaient pas la vue basse. Ces hommes scrutaient le ciel, ne se contentant pas de ce qu’ils avaient, ni de ce qu’ils savaient. Première leçon de vie : ne reste pas à regarder le sol, ni la pointe de tes chaussures : tu n’y trouveras rien, si ce n’est de la poussière ! Pour faire des rencontres qui marqueront ta vie, il te faut lever les yeux, il te faut t’interroger, il te faut chercher des réponses. Ne vis pas petit ; tu es fais pour de grandes choses, pour de belles rencontres. Sors de toi-même, scrute le ciel, scrute ta vie et laisse-toi surprendre. C’est ce qu’ont fait ces hommes. Hérode, lui, s’en montre incapable. Même quand il est averti de cette naissance, il ne cherche pas lui-même ; il fait chercher. Par les savants de son pays d’abord – il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ – par les mages ensuite : Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi-aussi, me prosterner devant lui. Lui, le grand du royaume d’Israël, vit petit, inquiet de lui-même et de son avenir, incapable de se réjouir de la nouveauté, incapable de sortir de lui. 
 
            Il ne suffit pas qu’une histoire commence pour qu’elle se déroule ensuite. Les mages ont vu une étoile, ils ont compris que quelque chose de neuf allait arriver. Ils auraient pu en rester là. Ils auraient pu dire : cela ne nous concerne pas, nous ne sommes pas juifs ! Ils auraient pu rester chez eux, faire une note sur wikipédia s’il avait existé pour que d’autres apprennent la nouvelle ; ils auraient pu se contenter d’envoyer un courrier très diplomatique par dromadaire pour féliciter le roi Hérode. Mais non, ils ont décidé de se mettre en route, de suivre l’étoile et d’aller à la rencontre de ce nouveau roi. Deuxième leçon de vie : ne t’enferme pas, sors de chez toi et tu vivras plus grand. N’aie pas peur de l’aventure ; n’aie pas peur de la route. Bouge-toi ! Bouge-toi pour les autres ! Bouge-toi pour Dieu ! Et les autres se bougeront pour toi, et Dieu se bougera pour toi. Quelle est l’étoile qui illumine ta vie ? Quelle est l’étoile qui te mettra en route ? Il est évident que si tu ne lèves pas les yeux de tes chaussures, tu ne verras rien et donc tu ne te bougeras pas. Or la rencontre de Dieu est à ce prix ; la rencontre des autres est à ce prix. 
 
            L’histoire se poursuit : les mages arrivent à la crèche. Eux des grands de royaumes étrangers se pressent autour d’un enfant né sur un peu de paille, hors d’un palais, hors d’une maison convenable. Et pourtant, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils ne sont pas seulement contents, ni même juste joyeux ; ils sont super méga heureux ! Pas une once de déception. Troisième leçon de vie : réjouis-toi de ce qui t’est donné ; réjouis-toi de ce que tu trouves ; réjouis-toi de ce qu’il t’est donné de vivre. Sache te réjouir de choses simples et reconnais Dieu quand il se présente à toi. Ne l’attends pas en super-héros qui résoudra tous tes problèmes et les grandes crises de notre monde. Reconnais-le tel qu’il se présente à toi : bien plus souvent comme cet enfant couché dans une crèche, ou comme cet homme crucifié entré en agonie, attendant la mort comme une délivrance. Ne cherche pas Dieu dans l’exceptionnel, ni dans le grandiose : ouvre les yeux sur le monde et adore Dieu présent dans le frère, dans le petit, dans l’exploité, dans l’oublié, dans l’immigré. Offre-lui l’or de ton amour, l’encens de ta charité, la myrrhe de ton espérance. Sois toi-même une offrande à ton Dieu ! Là se trouve la plénitude de ta vie ; là se trouve le bonheur parfait. 
 
            Cette belle histoire a une fin dans l’évangile de Matthieu, mais elle ne se finit pas en vérité. Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. C’est la fin de ce passage d’Evangile, mais ce n’est pas la fin de l’histoire : d’ailleurs on ne la connaît pas. Qu’ont-ils fait, une fois revenus chez eux ? Comment cette histoire a-t-elle bouleversé leur vie d’après ? Ont-ils juste tourné la page ? Cherché une autre étoile ? Un nouveau roi ? Ne pas retourner chez Hérode, rentrer par un autre chemin : c’est un même mouvement, la dernière leçon de vie : ne te retourne pas, va toujours de l’avant. Tu ne peux pas vivre de grandes choses et ensuite revenir chez toi comme s’y de rien n’était. C’est pour cela que j’affirme que l’histoire n’est pas finie. Elle ne peut pas s’arrêter. Personne ne rencontre Dieu en vérité pour retourner après regarder le bout de ses souliers. Personne ne se met en route pour finir confortablement installé dans un fauteuil. D’ailleurs, avec un Christ qui naît dans une étable et finit cloué sur une croix, je vois mal comment tu pourrais finir dans un fauteuil à attendre qu’il vienne. Tant de chemins différents s’ouvrent devant toi. Tant d’hommes sont à rencontrer, à réconforter, à offrir à Dieu dans la prière. Tant de choses sont à faire pour que grandisse le Royaume inauguré par la naissance de cet Enfant, vrai Dieu et vrai homme, que nous confessons Christ et Sauveur. 
 
            Trois mages venus d’orient à la recherche d’un enfant, et toute notre vie est chamboulée. Laissons-nous prendre à leur jeu : osons lever les yeux, osons nous mettre en route, osons nous réjouir de ce que la vie nous offre, osons progresser. La vie que Dieu nous promet, la vie que Dieu nous offre demande quelque effort mais elle nous procure aussi une très grande joie. Amen.

(Lorenzo MONACO, L'adoration des mages, Huile sur bois, vers 1420-1422, Galerie des Offices, Florence)

lundi 25 décembre 2017

Jour de Noël - 25 décembre 2017

Le risque de Noël.






La nouvelle est tombée hier soir bien qu’elle concerne un événement qui s’est déroulé le 13 décembre 2017. Elle concerne 83 élèves d’une école de Langon, en Gironde. Ce jour-là, leurs enseignants les avaient emmenés au cinéma, regarder L’étoile de Noël, un superbe dessin animé racontant le premier Noël, mais du point de vue des animaux qui se retrouvent à la crèche. Les enfants ne connaîtront pas la fin de l’histoire, les enseignants ayant décidé de suspendre la séance, après s’être rendu compte que le dessin animé américain n’était pas très laïc (en français dans le texte). Il ne s’agit pas d’un film sur une légende de Noël, mais sur l’histoire de la Nativité. Pour ceux qui ne connaissent pas le film, l'affiche représente pourtant bien une crèche avec tout ce qu’il faut : Marie, Joseph, l’Enfant Jésus, l’âne, un mouton… Plus explicite, tu meurs ! Comme l’écrit un internaute, les laïcards ont aussi le droit d’être des bûches. Surtout pour…Noël ! 
 
Si je vous raconte cette anecdote, c’est parce qu’elle rejoint bien ce que Jean nous dit dans son prologue : Il est venu chez lui, mais les siens ne l’ont pas reçu. Tout est dit ! Il n’est pas écrit : ils ne l’ont pas reconnu, mais bien : les siens ne l’ont pas reçu. C’est le drame de l’humanité qui pendant des siècles réclame un Sauveur et qui lui tourne le dos dès lors que le Sauveur se manifeste. Voulait-elle un autre modèle ? Un qui fait plus sérieux qu’un Enfant dans une crèche ? Un qui fait moins sérieux qu’un prédicateur de l’amour absolu de Dieu que les hommes doivent vivre à leur tour ? Nous ne saurons jamais ; Jean est plutôt discret sur la question. Mais il est une chose de sûre : que ce soit à l’époque de Jean ou ce fameux 13 décembre 2017, cette histoire de naissance dans une crèche d’un enfant qui n’a nulle part où aller, ça inquiète son monde, ça entraîne des réactions hostiles : on n’en veut pas ! Point ! 
 
Au-delà de l’anecdote, ce qui est visé, c’est bien la foi. On ne montre pas ces choses-là à des enfants, des fois qu’ils seraient influencés et qu’ils rejoignent le groupe de tous ceux qui l’ont reçu. Car écoutez bien ce que dit Jean à propos de ces gens-là : à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Est-ce tellement grave, docteur, qu’il faille en préserver nos enfants ? Un homme politique disait lors d’une commémoration du 11 novembre : La France n’a pas besoin de croyants, elle a besoin de citoyens ! En quoi est-ce dramatique de se référer à quelqu’un dont nous disons qu’il est la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde ? Donner un sens à la vie, transmettre un héritage qui a façonné notre histoire et notre pays, se référer à un Dieu dont les croyants disent qu’il est Amour : voilà aujourd’hui le danger pour certains. Il est clair que les ténèbres sont préférables. Il est vrai que la violence est plus facile à mettre en œuvre que l’amour. Mais est-ce vraiment le monde dont nous rêvons ? Est-ce vraiment le monde que nous voulons ? 
 
A tous ceux qui trouvent qu’une crèche, c’est trop dangereux, je conseille la lecture de l’Evangile de Jean. A tous ceux qui trouvent qu’un dessin animé sur le premier Noël, c’est trop subversif, je conseille la lecture de l’Evangile de Jean. Il nous fait prendre de la hauteur. Chez lui, pas de crèche, mais les symboles forts de la foi chrétienne : la Lumière, le Pain de Vie, le Lavement des pieds, l’Amour inconditionnel et gratuit, le Chemin la Vérité et la Vie. Il va voir ce qui se cache derrière, il nous révèle le sens de cette vie de Jésus, entré dans l’histoire des hommes pour réconcilier les hommes entre eux et avec Dieu. Il rappelle les dons précieux que Jésus, le Verbe de Dieu, fait aux hommes : c’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie… et un peu plus loin : la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Sans oublier qu’il nous révèle Dieu : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Faut-il donc que l’homme, en ce vingt-et-unième siècle soit devenu sourd et aveugle pour rejeter d’un bloc tout ce qui pourrait remettre du sens dans sa vie ? Faut-il qu’il soit peureux pour refuser même d’ouvrir à la vérité les plus jeunes générations ? Faut-il qu’il soit opposé à Dieu pour avoir l’impression de vivre libre ? 
 
Après le merveilleux de la nuit de Noël, la prise de hauteur de Jean me semble salutaire. Elle oblige à raisonner notre foi, à entrer en dialogue avec le Verbe éternel de Dieu. Mais elle redit aussi la grandeur de l’homme, né de Dieu. A elle seule, cette affirmation rend à l’homme sa dignité que le péché avait dégradée. Réjouissons-nous de cela et rendons grâce à Dieu d’avoir visité son peuple en Jésus, le Sauveur. Que notre attachement au Christ Rédempteur transforme notre vie et soit signe pour tous ceux qui ne croient pas encore en lui. Amen.

(Affiche du film, distribué par Saje Distribution)

samedi 3 janvier 2015

Epiphanie - 04 janvier 2015

A chacun sa route, chacun son destin...



Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Ainsi parlait Jean dans le prologue de son évangile entendu le jour de Noël. Il nous rappelait ainsi qu’il ne suffit pas que Dieu lui-même vienne dans le monde pour que tous accourent. Seuls quelques bergers se sont dérangés, nous disent les autres évangélistes. Des bergers et des étrangers. C’est tout le sens de cette fête de l’Epiphanie que nous célébrons aujourd’hui. 
 
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. On pourrait un peu vite dire que c’est bien le cas d’Hérode. Mais ne lui jetons pas trop vite la pierre en ce jour. Mettez-vous à sa place : des étrangers débarquent chez lui, au palais, cherchant le roi des Juifs qui vient de naître ! Enfin, il sait bien qu’il est le roi : il sait bien aussi que sa femme n’est pas enceinte ; comment un nouveau roi des Juifs aurait-il pu naître sans qu’il en soit informé le premier, et pour cause ? Sa surprise n’a rien de déplacé. Vous l’auriez été tout autant à sa place. Elle n’est même pas condamnable. Il cherche même à comprendre et réunit tout ce que Jérusalem compte d’intellectuels et de savants. Ils apportent des réponses à ses questions. Mais il en reste une qui n’est peut-être pas posée : comment n’ont-ils pas pu voir ce qu’ont vu ces étrangers ? Comment ont-ils pu seulement permettre une telle surprise ? Il ne suffit donc pas d’être intelligent pour découvrir le Christ et aller à sa rencontre. 
 
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ce qu’affirme Jean ainsi dans son prologue, nul doute que ces étrangers le vivent. On ne sait pas trop quelle mouche les a piqués pour qu’ils laissent ainsi tout ce qui faisait leur vie jusqu’à maintenant, pour se risquer dans un voyage hasardeux et risqué. Ils ont vu une étoile et ils se sont mis en route. C’est peu de chose, une étoile ! Le ciel en est plein ! Pourquoi, en voyant celle-là justement, changer sa vie ? Nous ne le saurons jamais ; mais cela nous apprend que les grandes révélations se font quelquefois par des petits signes. Nul besoin d’un nouveau big-bang pour que Dieu se révèle à l’homme. Nul besoin de manifestation extraordinaire pour faire bouger les hommes. Une étoile dans le ciel a suffi. Une simple lumière nouvelle, et ces hommes se sont mis en route. Cela en dit long sur cet enfant nouveau-né. Sa venue vient éclairer nos vies d’une manière particulière ; sa naissance nous remue et nous fait bouger, si nous savons le reconnaître et l’accueillir. En trois cadeaux, ils disent qui est l’enfant et son avenir : l’or des rois, l’encens des dieux et la myrrhe pour l’embaumement des morts. Cet enfant est roi, cet enfant est Dieu, cet enfant offrira sa vie. Quelle révélation ! Quelle sagesse surtout pour la saisir ainsi, dès le commencement d’une vie. Assurément c’est un don que Dieu leur a fait de saisir ainsi ce qu’il a caché aux sages et aux savants de son peuple. Assurément ils avaient le cœur et l’esprit ouvert à l’irruption de Dieu dans la vie des hommes, dans leur vie. En venant se prosterner devant lui, ils disent aussi que cet enfant, bien que né dans un peuple particulier, est venu pour tous les hommes, pour éclairer tout homme, quelle que soit son origine. Les frontières du peuple de Dieu explosent et s’élargissent dès ce jour. On comprend mieux que le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il n’y a plus de privilège de caste ou de naissance. Désormais, tout homme a accès au Dieu unique et vrai s’il désire l’accueillir. Désormais, toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile.
 
Ces mages et les cadeaux qu’ils offrent nous renvoient à notre propre expérience. Qu’avons-nous vu en venant à la crèche ? Qu’avons-nous reconnu dans l’enfant qui y est couché ? Est-il juste pour nous un mignon petit garçon, nouvellement né ? Ou bien est-il notre roi, notre Dieu, celui qui offrira sa vie pour nous ? Nous fait-il bouger et nous émerveiller comme ces mages ? Ou nous fait-il trembler et craindre comme Hérode ? La crèche est-elle un décor joli pour un mois dans l’année ou est-elle le début d’une aventure qui nous ramènera chez nous par un autre chemin ? 
 
Au-delà du côté un peu merveilleux de cette visite des mages, il y a de vraies questions qui se posent à nous. Nos réponses traduiront notre foi. Si nous suivons les mages, l’enfant grandira et se fortifiera ; notre vie en sera changée. Si nous suivons Hérode, l’enfant mourra. Nous le rangerons dans son carton jusqu’au Noël prochain, mais rien n’aura changé dans notre vie. Avec Noël, nous nous sommes émerveillés ; avec l’Epiphanie, il faut nous décider. Quel sera ton choix ? Quelle sera ta voie ? Comme le dit la chanson : A chacun sa route, chacun son destin, passe le message à ton voisin. Amen.

(Gustave DORE, Les mages guidés par l'étoile)

mercredi 24 décembre 2014

Nuit de Noël - 24 décembre 2014

La crèche, un signe intolérable ?



Une grande inquiétude a régné dans les milieux libres penseurs en France ; elle a mené à des actions en justice contre … des crèches ! Un humoriste a traduit cela par un dessin que j’ai reçu durant ce temps de l’Avent. Il s’intitule « Terreur sur la République » et représente une Marianne perchée sur une chaise et poussant un cri strident : Mon Dieu, une crèche ! Il n’y a qu’en France qu’on peut ainsi s’émouvoir et s’inquiéter devant une scène banale à souhait : une mère et un père et leur enfant nouveau-né couché dans une étable. 
 
Les quelques libres penseurs entendus ça et là sur des chaines d’information télévisées ou radiodiffusées, s’inquiétaient d’une atteinte intolérable à la laïcité. Ce couple et leur nouveau-né, encadrés d’un âne et d’un bœuf et visités par quelques bergers, semblaient soudainement mettre en grand péril la République. Regardez la crèche qui est là, en cette basilique, et dites-moi honnêtement dans quel personnage se cache l’infâme terroriste qui mettrait à mal notre vivre ensemble ! Le sommet de la bêtise humaine a été atteint, me semble-t-il, lorsqu’un responsable national de ce mouvement somme toute minoritaire, s’exclamait devant ces contradicteurs : Mais c’est quand même le petit Jésus ! Enfin, il y croit ou pas, au petit Jésus ? Car là réside bien toute la question. Que voyez-vous, que voient nos contemporains, lorsqu’ils regardent une crèche ? 
 
Le croyant que je suis ne peut s’empêcher de constater, en cette nuit très sainte, que la plus grande peur des grands prêtres de la religion de la laïcité poussée à l’extrême vient de se réaliser. Au cœur de notre nuit, Dieu se fait homme en Jésus. Dieu vient visiter son peuple, comme le proclame Zacharie dans son cantique d’action de grâce au moment de la naissance de son fils Jean le Baptiste. Pour le croyant donc, toute crèche est bel et bien le rappel de cette incarnation faite pour le salut de l’homme, de tout homme à travers le temps et l’histoire. Ici Dieu se fait à notre image pour restaurer en nous son image que le péché avait défigurée. C’est une bonne nouvelle pour celles et ceux qui reconnaissent en Jésus le Messie promis depuis des siècles. Depuis plus de quatre mille ans, nous le promettent les prophètes, dit un chant de Noël bien connu. Dans un monde de plus en plus gris, voire sombre, les bonnes nouvelles sont assez rares pour que nous ne cachions pas celle-ci ! 
 
Pour un non-croyant, qu’est-ce qu’une crèche, sinon la représentation d’une naissance en un temps ancien, dans un pays appelé Palestine ? Le décor peut nous rappeler qu’en tout temps, il y a eu des laissés pour compte de la société. Cette mère accouche dans une étable, entre un âne et un bœuf, parce qu’il n’y a pas de place pour eux ailleurs. C’est la représentation du scandale de l’égoïsme, du chacun pour soi. Mais la venue des bergers, et plus encore de rois étrangers, traduira alors une espérance. La naissance de cet enfant semble un événement suffisamment important pour que des hommes se déplacent, même de loin, pour le voir. Une espérance jaillit dans un monde inégalitaire. Là, devant cet enfant, certains reconnaissent déjà qu’un autre monde est possible. Cet enfant semble porter avec lui la possibilité d’un monde plus juste, plus fraternel, plus humain. Est-ce si dangereux qu’il faille cacher cela aujourd’hui ? Est-ce si révolutionnaire qu’il faille démonter les crèches élevées dans les espaces publics, peut-être simplement pour rappeler qu’aujourd’hui encore, il y a des exclus ; aujourd’hui encore, il y a besoin de fraternité, de justice, d’égalité, de paix ? Si un non-croyant, ne reconnaissant pas le Christ Jésus dans l’Enfant de la crèche, se met malgré tout à espérer que les choses peuvent changer, là devant ce tout-petit couché dans sa mangeoire, n’est-ce pas une raison suffisante pour élever des crèches une fois par an, même dans les lieux publics ? Si en voyant tous ces pauvres se regrouper autour d’un enfant, un seul homme se dit que cela vaut la peine de se bouger pour rendre le monde meilleur, alors la crèche a sa place dans nos cités. 
 
Peut-être que nos libres penseurs, plutôt que de se reconnaître dans les pauvres exploités, rejetés, qui trouvent là une espérance nouvelle, se reconnaissent plutôt dans le roi Hérode. Une lecture continue des textes évangéliques de la naissance de Jésus nous montre en effet ce roi ordonner la mort de tous les nouveaux nés mâles jusqu’à l’âge de deux ans. Il n’en voulait pas, Hérode, de crèche, dans son Royaume ! Trop dangereux pour son propre pouvoir. Si ses sujets se mettent à penser autrement, s’ils se mettent à croire en un enfant qui vient de naître, s’ils se mettent à espérer des lendemains meilleurs, que deviendra-t-il ? Plutôt que d’accepter que quelqu’un se soucie des hommes, fût-ce Dieu en personne, Hérode va éradiquer toute espérance par un assassinat de masse. A bas la crèche, et pour être sûr qu’elle n’échappe pas à son courroux, tuons gaiement et les enfants, et l’espérance qu’ils portent en eux. Sans nul doute un libre penseur avant l’heure, Hérode. Plutôt que d’accepter l’irruption de Dieu dans la vie des hommes, il va faire entrer la mort dans leur vie, de manière brutale et abjecte. Tout cela pour éviter de se remettre en cause ; tout cela pour rester le seul maître à penser, la seule autorité à suivre. 
 
En cette nuit de Noël, faut-il s’inquiéter parce que certains, les chrétiens, disent que Dieu est venu dans le monde pour le sauver ? N’est-ce pas plutôt la joie qui doit nous habiter en ces jours ? Alors que pour beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants, le monde devient de plus en plus lourd, voici qu’une lumière nouvelle se lève ; voici que l’horizon s’éclaire ; voici qu’un avenir est possible. Dieu, comme un petit enfant, vient nous dire son amour éternel, sa tendresse et sa sollicitude pour chacun. Puissent tous les hommes accueillir ce message de paix et d’amour. Puissent tous se réjouir qu’une crèche soit le signe de leur salut, aujourd’hui et toujours. Amen.
 
(Dessin d'Ixène. Merci au dessinateur pour ce que son dessin m'a inspiré)