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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 11 avril 2026

2ème dimanche de Pâques A - 12 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il fait miséricorde.



(Icône religieuse : Jésus Miséricorde, année sainte - Boutique)




 

            C’est curieux comme certaines paroles de Jésus peuvent vous marquer à un moment donné de votre existence, alors que jamais auparavant, elles ne vous avaient intrigués. En trente-quatre ans de sacerdoce, c’est la première fois que je bute sur cette affirmation de Jésus dans l’évangile : Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. Ce n’est pas tant la phrase qui me choque, que le moment où elle est dite : le soir du premier jour de la semaine, soit pour nous le dimanche de Pâques ! Pourquoi dire cela à ce moment précis ? Quand même : tu es mort ignominieusement ; tu es ressuscité glorieusement ; et ta deuxième parole à tes Apôtres, c’est : à qui vous remettrez ses péchés… ? Personnellement, je trouve cela bizarre. A moins que…

            A moins que cela soit pour redire le sens profond de ces événements ; à savoir que Jésus est mort et ressuscité justement pour cela, pour le pardon des péchés ! Le Vendredi Saint ne serait donc pas un accident de l’Histoire, mais le dénouement de toute l’Histoire de l’humanité sous l’emprise du péché depuis la chute originelle. Nous ne l’avions pas compris au soir du Vendredi Saint, pris que nous étions par notre révolte et notre sidération de la mort de l’Innocent, du seul Juste. Au pied de la croix, à hauteur d’homme, c’est le péché qui a gagné. Au pied de la croix, à hauteur du démon, c’est lui qui a gagné. Jésus, l’empêcheur de pécher en rond, n’est plus ! A Jésus qui, du haut de la croix, disait : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34), le Père répond le jour de Pâques : va leur annoncer que les hommes sont pardonnés. Et comme désormais Jésus va vivre auprès de son Père, il confie cette mission à ses Apôtres ; d’où le don de l’Esprit Saint et cette parole sur le pardon des péchés. Et je comprends alors, en tant que ministre de la Réconciliation, qu’il faut que les Apôtres pardonnent plutôt largement, puisque Jésus lui-même sur la croix n’a pas voulu la condamnation de ses bourreaux. La parole de pardon est première sur la parole du refus du pardon. Cela nous renvoie aussi à la réponse de Jésus à Pierre qui l’interrogeait justement pour savoir si sept fois était la bonne mesure pour pardonner à quelqu’un : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois, c'est-à-dire une perfection, un accomplissement du pardon en toutes circonstances. En fait, ce que Jésus annonce ainsi à ses disciples, c’est que quand Dieu nous dit son amour, il nous fait miséricorde. Et comme Dieu ne peut pas faire autre chose que de nous aimer, il nous fait miséricorde à tous les coups. Son cœur divin est plus grand que le plus grand de nos péchés, et notre misère sera toujours fondue dans son cœur, anéantie par son cœur aimant.

            Alors me vient une autre raison pour justifier cette parole de Jésus sur le pardon au soir de Pâques. Elle concerne l’ensemble des Apôtres. En leur demandant de remettre les péchés aux hommes, il leur fait comprendre qu’ils sont les premiers pardonnés par Dieu, pardonnés de leur lâcheté, de leur abandon, de leur reniement, et si Judas n’était pas allé se pendre, il aurait été pardonné de sa trahison. Parce que nul ne peut remettre les péchés à quelqu’un, s’il n’a pas d’abord fait, dans sa chair, l’expérience d’avoir été pardonné totalement. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est le pardon avant d’avoir compris ce que c’est d’avoir été pardonné par Dieu pour notre propre péché. C’est une expérience à vivre intimement avant de pouvoir donner le pardon à quelqu’un. Seul celui qui est sans péché, c'est-à-dire Jésus, peut remettre les péchés abondamment. Pour notre part, nous devons d’abord avoir éprouvé notre faiblesse, notre condition de pécheur et la grâce de la miséricorde absolue de Dieu à notre égard, pur pouvoir espérer être capable de pardonner maladroitement. Tout prêtre doit particulièrement s’en souvenir quand il entend des confessions, pour exercer le pardon non pas à sa mesure d’homme, mais bien in persona Christi capitis, en français en la personne du Christ Tête de son Eglise. C’est bien le pardon de Dieu qu’il donne et non le sien ; il ne peut donc pas être avare dans sa manière de le donner, puisque Dieu n’est pas avare de pardon. Le prêtre ne pardonne pas parce qu’il serait lui-même sans péché, mais parce que le Christ qui est sans péché agit en lui et à travers lui, et que le prêtre est lui-aussi pardonné par Jésus, complètement.

            Enfin, je comprends mieux la présence de cette parole au soir de Pâques, en me rappelant que le sacrement qui nous fait tous participer à la mort et à la résurrection de Jésus, c’est le sacrement du baptême, donné… pour le pardon des péchés. Le baptême est le premier sacrement du pardon pour celui qui le reçoit. C’est l’affirmation que beaucoup de chrétiens ont du mal à comprendre quand il s’agit du baptême d’un nouveau-né, qui ne connaît encore rien du bien et du mal. C’est l’affirmation qui, pour moi, donne le plus de force au baptême des bébés. Nous leur rappelons qu’ils sont humains comme nous, dès leur premier jour sur terre ; puisqu’ils sont humains, ils ont en eux la capacité à faire le bien et la capacité à faire le mal. Les baptiser, c’est leur donner l’Esprit Saint, qui nous permet de lutter en nous contre le fameux péché des origines, ce péché qui a entraîné la chute de nos premiers parents, et qui leur faisait croire qu’ils pouvaient être leur propre Dieu. Puisque notre baptême est notre Pâques, notre passage de la mort à la vie à suite de Jésus mort et ressuscité, il fallait que Jésus prononce cette parole sur la rémission des péchés au soir de Pâques pour que nous l’entendions mystérieusement quand l’eau coulerait sur nous, nous lavant déjà de ce premier péché inhérent à notre condition humaine. Dès le premier jour de notre vie chrétienne, Dieu nous dit ainsi sa miséricorde infinie qui nous fait vivre dans le souffle de son Esprit. Voyez comme Dieu est bon, lui qui a tout prévu pour nous faire comprendre son cœur miséricordieux.

            En ce dimanche de la Divine Miséricorde, remercions Dieu de nous aimer ainsi, et demandons-lui la grâce de toujours savoir confier notre misère à son cœur aimant. Ainsi nous ressentirons les effets de sa miséricorde et nous pourrons être d’authentiques acteurs de réconciliation et de paix. Puisque Dieu est miséricordieux, nous pourrons sans honte et sans crainte noyer en lui notre misère ; son cœur fera le reste. Amen.

 

samedi 31 août 2024

22ème dimanche ordinaire B - 01er septembre 2024

 Parfaitement terrible et absolument rassurant.



Jésus au milieu des pharisiens, Tableau de Jacob JORDAENS, vers 1660, Palais des Beaux-Arts de Lille)

 




           

            C’est à la fois parfaitement terrible et absolument rassurant ce que Jésus dit à la foule d’une part, et qu’il précise à ses disciples, à l’écart de la foule d’autre part. Il vient d’avoir un échange musclé avec les pharisiens, parce que ces derniers avaient remarqué que quelques-uns de ses disciples [prenaient] leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées. Horreur ! Malheur ! chantait un groupe dans ma jeunesse. Et saint Marc de nous expliquer que les pharisiens sont les champions du lavage tous azimuts. Pas un grain de poussière, pas une impureté ne leur échappe, chez les autres en particulier ! Jésus en profite pour rappeler ce qui est vraiment important : les commandements de Dieu plutôt que la tradition des hommes. 

            En quoi est-ce parfaitement terrible ? Remettons-nous en mémoire ce qu’il dit et comprenons. Jésus dit : Ecoutez-moi tous et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. Et de préciser à ses disciples seulement : C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. Pourquoi est-ce parfaitement terrible ? Parce que, dans la bible, le cœur est le lieu où Dieu réside ; le cœur est le lieu de mes grandes décisions prises avec Dieu, à la lumière de sa Parole. Si tout le mal décrit par Jésus est dans notre cœur, c’est que Dieu n’y est plus ! Si tout ce mal vient du dedans, du cœur de l’homme, c’est le signe que l’homme a chassé Dieu de sa vie. Il est clair, ou il doit être clair pour chacun, que Dieu et le mal ne peuvent pas tenir ensemble dans le cœur de l’homme. C’est ou l’un, ou l’autre ! Celui qui fait le mal a fait le choix de refuser Dieu dans son cœur. C’est pour cela que ce que Jésus nous dit est parfaitement terrible ! Il nous faut observer chacun son propre cœur à travers ses actions pour savoir s’il a chassé Dieu de sa vie, et ne garde Dieu que sur ses lèvres. Dieu peut-il dire de moi : [Tu] m’honores des lèvres, mais [ton] cœur est loin de moi ? 

            Si je réponds ‘oui’ à cette question, si je fais le constat que j’ai chassé Dieu de mon cœur, pourquoi ce que dit Jésus est-il malgré tout absolument rassurant ? Cela me semble évident ! Parce que je sais désormais comment lutter contre le mal. Tant que je reste persuadé que le mal que je fais vient du dehors (les autres, les circonstances, la météo… ou que sais-je encore ?) je peux croire que je ne peux pas lutter contre le mal. Ce n’est pas ma faute ; un autre ou une chose m’a poussé à faire ce que j’ai fait. Au mal que j’ai fait, j’ajoute encore le refus de changer. Puisque c’est extérieur à moi, je n’y peux rien ; il m’arrive, dans certaines conditions, en présence de certaines personnes, de faire ou d’imaginer le mal. Alors que si le mal vient de moi, de mon intérieur, alors je sais aussi lutter contre. Si j’ai fait le choix d’accueillir le mal dans ma vie, je peux aussi à nouveau faire le choix d’accueillir Dieu dans ma vie. Il saura en chasser le mal si je décide que c’est lui, Dieu, que je veux voir habiter mon cœur. Nous pouvons relire le Deutéronome dont nous avons entendu un extrait ; nous pouvons relire le prophète Jérémie, en particulier le chapitre 31, versets 33-34. Ecoutez bien :  Mais voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés. Puisque le mal vient de notre cœur, nous pouvons, avec Jérémie, demander à Dieu de se souvenir de cette alliance nouvelle. Pour nous chrétiens, elle est scellée par Jésus, qui s’offre totalement sur la croix, pour que Dieu puisse reprendre sa place dans notre cœur. Le sacrifice de Jésus nous vaut le pardon de nos péchés. Chaque eucharistie nous le rappelle. Prenez et buvez-en tous ; car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Communier au Corps et au Sang du Christ, c’est accueillir Jésus au cœur de notre vie pour qu’il en chasse le mal et nous permette d’y retrouver l’image de Dieu, la présence aimante et pardonnante de Dieu. 

            A écouter trop vite cette belle page d’évangile, on pouvait croire que Jésus nous faisait une leçon de morale. Non, ce qu’il donne à ses disciples, ce qu’il nous donne, c’est une leçon de théologie. Dans ton cœur, mets Dieu ! Dans ton cœur, laisse une place à Dieu, toujours. Lui seul saura en chasser le mal, lui seul saura te rendre pur. De tes propres forces, de ta propre volonté, tu ne le peux pas. Accueille Dieu, compte sur Dieu, et tu seras pur, parce que Dieu t’aura rendu pur. Mais pour que cela puisse se faire, tu dois reconnaître que le mal vient de toi, de ton dedans, et demander à Dieu de t’en libérer. C’est absolument rassurant, non, de savoir cela ! Tant que l’écoute de la Parole de Dieu restera notre boussole, Dieu restera notre guide, notre compagnon de route, au plus profond de nous. Demandons à Dieu la grâce qu’il en soit toujours ainsi pour nous. Amen.

samedi 9 septembre 2023

23ème dimanche ordinaire A - 10 septembre 2023

N’ayant de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel !





 

 

 

 

            Il faudrait être particulièrement « bouché » pour ne pas comprendre que les lectures de ce dimanche nous invitent à méditer l’amour et le pardon, deux éléments, de notre foi et de la vie de tous les humains, si étroitement imbriqués. En effet, il n’y a pas d’amour sans pardon ; il n’y a pas de pardon sans amour ! C’est ce qui fait la beauté de tout pardon, parce que nous est redit là que nous sommes aimés malgré notre péché, et c'est ce qui fait la force de tout amour qui ne peut s’empêcher de pardonner à temps et à contre-temps. Ceci étant posé, intéressons-nous à ce que Jésus nous dit dans l’évangile de Matthieu aujourd’hui. 

            Si ton frère a commis un péché contre toi… Remarquez d’emblée la délicatesse de Jésus. Il nous fait comprendre que celui qui a péché envers nous continue d’être un frère, donc quelqu’un à soutenir, quelqu’un à aimer ! Cela nous change de ce qu’une certaine presse et les réseaux sociaux nous étalent ces derniers mois au sujet de certaines célébrités : après ce qu’il a fait, je ne suis plus son ami ! Eh bien, chère Murielle et chers tant d’autres qui avez eu la même réaction, et nous-mêmes chers frères et sœurs, vis-à-vis de ceux et celles qui ont fait du mal, nous ne pouvons peut-être plus les considérer comme des amis, mais ils restent nos frères, et nous avons à leur égard, selon le mot de Paul, une dette d’amour mutuel. Si nous ne reconnaissons pas la pertinence et la gravité de cette parole du Christ : Si ton frère a commis un péché contre toi, alors nous ne pouvons pas vivre les recommandations qu’il nous fait juste après, à savoir lui faire des reproches seul à seul, puis s’il ne les entend pas, à l’approcher avec une ou deux personnes en plus, et s’il n’entend toujours pas, à le dire à l’assemblée de l’Eglise. Si je considère l’autre comme un frère toujours à aimer, et s’il sent cette dette d’amour mutuel qui nous unit, il doit se sentir reconnu comme un frère et changer sa vie. Si toutefois cela n’aboutit pas au résultat espéré, après avoir franchi toutes les étapes, il nous faut encore entendre et comprendre surtout l’ultime recommandation de Jésus : s’il refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain. 

            Certains penseront qu’il a là justification à exclusion, condamnation, mise au ban de la communauté, excommunication. Eh bien non ! Parce que Jésus n’a jamais exclu quelqu’un ; Jésus n’a jamais condamné quelqu’un ; Jésus n’a jamais rejeté quelqu’un ! Cette recommandation de considérer le pécheur qui ne se repentit pas comme un païen et un publicain, signifie d’abord que nous devons avoir pour lui les mêmes sentiments que Jésus a toujours eu pour les païens et les publicains. Et Matthieu, l’évangéliste, est bien placé pour savoir quels sont ces sentiments de Jésus, puisque lui-même, considéré comme un publicain, les a vécus. Et qu’a fait Jésus avec Matthieu, le publicain ? Qu’a fait Jésus avec Zachée, publicain lui-aussi ? Qu’a fait Jésus avec ces hommes et ces femmes que la société religieuse bien-pensante rejetait ? Il les a accueillis ; il est allé manger chez eux, avec eux, au point que les autres s’interrogeaient : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? Ce à quoi Jésus répondit : Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs (Mt 9 11-13). C’est l’enseignement et la pratique constante de Jésus que nous devons faire nôtres : détester le péché certes, mais aimer inconditionnellement le pécheur. N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, exhorte Paul. 

            Nous pouvons alors comprendre que la fin du passage entendu sur la prière de demande qui est toujours exaucée – si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux – que cette prière concerne peut-être aussi et surtout la conversion des frères et sœurs. Il nous faut prier pour cette conversion, car quand bien même nous saurions être persuasifs, ce n’est jamais nous qui convertissons les cœurs. Notre discours peut ouvrir un cœur, mais c’est Dieu qui convertit et c’est le pécheur qui, acceptant Dieu dans sa vie, se convertit. Nous ne sommes que ce guetteur dont parle le prophète Ezéchiel : son rôle n’est pas de forcer, ni d’imposer, mais d’avertir, c'est-à-dire de proposer au méchant un autre chemin. Proposer, avertir, c’est inviter à accueillir Dieu, et dans le même mouvement prier Dieu pour qu’il accompagne cette proposition, cet avertissement. Encore une fois, lui seul touche définitivement les cœurs ; nous ne pouvons que les ouvrir à lui, indiquer cet autre chemin. Nous ne pouvons faire que cela, mais nous devons le faire ! Si nous n’avertissons pas, si nous n’invitons pas, nous serions pareillement coupables, nous serons pareillement condamnés. L’exemple de Jonas est parlant à ce sujet, lui qui essaie d’échapper à sa mission d’annoncer la destruction de Ninive parce qu’il sait au fond de lui que la Parole de Dieu, par lui répandue, touchera les cœurs et convertira la grande ville païenne. Dieu l’y a fait revenir, lui faisant comprendre que c’est là sa mission et qu'in n'y échappera pas ! 

            Comme le dit une très belle prière de l’Eglise, Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Et il a confié à l’Eglise, c'est-à-dire à l’assemblée des croyants, la mission de dire son salut à tous les hommes. En répandant cette Bonne Nouvelle, en nous reprenant les uns les autres, en invitant sans cesse à la conversion des cœurs, en ne désespérant jamais de l’homme, nous nous acquittons de cette dette d’amour mutuel, nous qui sommes infiniment aimés de Dieu. Si Dieu a suffisamment d’amour pour nous, comment douter qu’il puisse n’en avoir pas autant pour tout humain à qui il donne la vie ? N’oublions jamais que nous avons cette dette d’amour mutuel : elle nous oblige à aimer toujours, à aimer chacun, quoi qu’il ait pu faire ! Amen.

samedi 24 juin 2023

12ème dimanche ordinaire A - 25 juin 2023

 Un pour tous, tous pour Un ?




 

 

 

 

            Cette semaine, rappelant que le baptême était le premier sacrement de pardon, même pour un nouveau-né, j’ai eu droit, en écho, à la question récurrente : « Mais que fait-il, notre petit, pour qu’il doive déjà être pardonné ? » Je réponds toujours, pour rassurer les anges gardiens de tous les nouveau-nés, que réveiller les parents en pleine nuit parce que la couche est pleine ou le ventre vide, n’est pas de l’ordre du péché. Ce qui est visé, n’est pas un acte particulier, mais plutôt une réalité liée à notre humanité, et que Paul explique bien dans la seconde lecture entendue : le péché originel. 

            Ecoutons bien Paul : nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. La désobéissance de nos premiers parents nous vaut à tous d’être marqués par cette capacité à nous prendre pour notre propre Dieu. L’homme est le seul animal qui peut décider, en conscience, parce que cela lui plaît et qu’il en a l’occasion, de faire le Mal. Aucun autre animal ne le fait. En-dehors de l’homme, aucun autre animal ne tue par plaisir par exemple ! Mais vous et moi, nous avons en nous, parce que nous sommes humains, la possibilité de faire le choix du Mal. Cela étant dit, nous avons aussi en nous la possibilité de faire le choix du Bien. Quand nous affirmons que le baptême est le premier sacrement du pardon pour qui le reçoit, nous affirmons bien que les parents font le pari que, avec l’aide de Dieu qui leur pardonne par avance ce péché originel, leurs enfants feront le choix du Bien et renonceront au Mal. C’est toujours Paul qu’il nous faut écouter dans la suite de son explication : Il en va du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Comprenez-vous ? Puisque la faute unique d’Adam nous a valu à tous d’être marqué par le péché, l’obéissance de Jésus qui est allé à la mort nous vaut à tous le salut. Ce qui vaut dans le sens du péché, vaut également dans le sens du salut : c’est Un pour tous ! 

            En affirmant cela, Paul nous redit l’immense amour de Dieu pour nous. En effet, puisque l’homme lui avait désobéi, il aurait pu se détourner de l’humanité. Or, il n’en a rien été. Au contraire, les Ecritures en témoignent, il n’a cessé depuis ce jour funeste, de chercher à gagner à nouveau l’homme. Dieu, pour y parvenir, a même envoyé son propre Fils pour que le cœur des fils revienne vers le Père. Et nous savons que ce Fils est allé à la mort sur la croix, non par plaisir ou par romantisme, mais par souci du salut de tous les hommes. Si cela n’est pas une preuve d’amour, je ne sais pas ce qu’il nous faut ! Mesurons-nous vraiment la puissance de l’amour de Dieu pour nous ? L’évangile nous fait comprendre aussi cet amour immense de Dieu pour nous en nous invitant à la confiance : nous sommes tellement aimés de Dieu que nous n’avons rien à craindre. Nous sommes tellement aimés de Dieu que nous valons plus que tout le reste de la création. Il nous reste alors à entendre Jésus lui-même quand il affirme : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Pour reprendre Alexandre Dumas, nous pouvons poser ainsi les choses : le Un pour tous de Jésus en matière de salut entraine-t-il en réponse de notre part un : tous pour Un ? Avons-nous de la reconnaissance envers Jésus de nous avoir sauvés tous de la mort et du péché au point de nous engager pour lui et témoigner de lui devant les hommes ? Ou continuons-nous à vivre comme si cela n’était rien, ou ne changeait rien ? Le Un pour tous, Jésus l’a fait, une fois pour toutes ; et les croix dressées dans nos églises et à la croisée de nos chemins, nous le rappellent quotidiennement. Le tous pour Un serait donc à manifester tout aussi quotidiennement par une vie fidèle au Christ, une vie qui ne refait pas le choix du Mal, mais une vie qui se montre solidaire des plus petits, des plus vulnérables, une vie offerte à qui en a besoin. 

            Notre baptême a été pour nous tous, et restera pour les générations à venir, le premier sacrement du pardon, puisqu’il nous fait fils et filles de Dieu, libérés du péché et de la mort. Notre baptême donne ainsi un grand souffle à notre existence ! Vivons-nous toujours dans ce souffle qui nous vient de Dieu, ou laissons-nous, comme Adam, le vent de la révolte souffler en nous ? L’eucharistie qui nous rassemble ce matin, est le repas qui vient refaire nos forces dans cette lutte constante contre le Mal, et en faveur du Bien. Elle est un signe supplémentaire que Dieu nous aime, puisqu’il nous donne lui-même la nourriture nécessaire pour mener à bien notre combat. Que le Pain partagé, Corps livré du Christ, nous redonne le courage de mener en nous d’abord, autour de nous ensuite, cette lutte pour un monde meilleur, débarrassé du Mal. Que le Pain partagé, Corps livré du Christ, nous donne d’être toujours plus acquis pleinement à Dieu et à son Christ, source de notre salut, source de notre vie. Puisque le Christ est pour toujours Un pour tous, soyons tous pour Lui, tous pour cet Un qui nous a aimés à en mourir. Amen.

mercredi 22 février 2023

Mercredi des Cendres - 22 février 2023

 Revenez à moi de tout votre coeur !


(Source : Il y a dans le coeur de l’ Homme … | 1001 versets (la-bible.info)


 

 

            Ils étaient les premiers mots prononcés au début de cette liturgie ; ils vont nous accompagner durant tout notre Carême. Ecoutons-les à nouveau : Revenez à moi ! Et l’oracle du Seigneur de préciser : de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! N’est-ce pas paradoxal de formuler cette invitation ainsi ? 

            Dans une société dite de loisirs, une telle invitation risque de faire un flop monumental. Revenir au Seigneur, certes, mais dans le jeûne, les larmes et le deuil : on a vu plus joyeux et plus tentant comme expérience. Il faut le reconnaître : cela n’a rien d’attrayant ! C’est même plutôt rude. Faut-il donc renoncer à toute joie pour revenir au Seigneur ? Dieu serait-il contre la joie ? Beaucoup vous diront que ce n’est pas avec un tel programme que vous remplirez les églises. Et pourtant, il nous faut bien entendre et recevoir cette invitation du Seigneur au début de ce carême. 

            Le Carême est un temps que j’appellerais un temps sec, dur ; et c’est normal parce que c’est un temps de conversion. Le retour vers le Seigneur n’est pas le retour joyeux, mais le retour de celui qui sait qu’il s’est éloigné de Dieu, éloigné de sa Parole de vie, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à vivre, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à être. C’est le retour d’un humain qui sait qu’il s’est perdu lui-même, égaré hors de sa vie. Quelqu’un qui n’est plus que l’ombre de lui-même, spirituellement parlant. Ce n’est pas que nous n’aimons plus Dieu, mais la vie, avec ses grands soucis et ses petits bonheurs, nous a lentement éloignés de Lui, lentement éloignés de la meilleure version de nous. Quelquefois nous ne nous en rendons même pas compte. C’est comme la dérive des continents : cela se fait lentement, c’est à peine perceptible. Un jour, nous constatons que Dieu est devenu lointain, que nous sommes devenus étrangers à Dieu. Nous pensons à lui, comme nous pensons à cette vieille tante ou à ce vieil oncle que nous n’avons pas revu depuis si longtemps. Ils font leur vie, nous faisons la nôtre. La différence entre le vieil oncle et Dieu, c’est que Dieu ne souffre pas d’Alzheimer ; il ne nous oublie pas. Ce temps de Carême qui s’ouvre aujourd’hui, est un de ces temps où Dieu lui-même se rappelle à notre bon souvenir : Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. 

            Revenez à moi, parce que je vous attends, parce que votre vie est en moi, parce que votre bonheur est avec moi. Revenez vers moi parce que je fais pour vous des merveilles. Revenez à moi. 

            De tout votre cœur, pas seulement du bout des lèvres, pas seulement parce que vous y avez intérêt, mais parce que c’est  votre désir profond, parce que votre cœur sait où est son vrai repos. Souvenez-vous de ce beau refrain : Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi. Nos soifs les plus profondes, Dieu seul sait les étancher. Revenir vers lui de tout notre cœur, c’est reconnaître cela. 

            Dans le jeûne, les larmes et le deuil, parce qu’ils sont les moyens sûrs et efficaces pour exprimer ce que le fond de notre cœur n’arrive pas toujours à faire parvenir jusqu’à nos lèvres. Le psalmiste a su le faire admirablement dans ce psaume 50 que nous avons antiphoné ensemble : Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Voilà exprimé avec des mots le jeûne, les larmes et le deuil. Un psaume à prier souvent en ce temps de Carême. 

            Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. Nous comprenons bien que cela ne peut se faire la bouche en cœur et la fleur au fusil. Nous avons peut-être du mal à nommer clairement notre péché, mais nous avons la conscience claire de nous être éloignés de Dieu, lentement, mais sûrement. Le retour ne peut se faire avec tambours et trompettes parce que nous ne sommes pas fiers de nous. Mais nous sommes heureux de ce Dieu qui est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qu’est-ce qu’un temps de jeûne, que sont nos larmes, qu’est notre deuil de nous-mêmes, de notre orgueil, face à cet immense amour de Dieu pour nous ? Juste le signe de la sincérité de notre cœur. Nous ne revenons pas à lui parce que le calendrier et la liturgie nous disent de le faire, parce que c’est Carême ; nous revenons à lui parce que nous mesurons pleinement que notre vie loin de Lui n’est que peine et misère, cendres et poussières. 

            Hier, nous portions peut-être un masque de carnaval, jouant à être quelqu’un d’autre. Ne portons pas les cendres que nous allons accueillir comme un masque. Devant Dieu, nous ne pouvons pas jouer à être quelqu’un d’autres. Devant Dieu, nous nous présentons en vérité : et notre vérité, c’est que sans lui, nous ne sommes que cendres et poussières. C’est lui qui, en soufflant sur nous son Esprit, donne vie à nos cendres et poussières. C’est lui, et lui seul, qui nous fait vivre pleinement, réellement. Présentons-nous devant lui, marqués de ces cendres, marqués par les limites de notre existence. Il saura nous transformer, il saura nous fait vivre. Sa Parole nous fait vivre. Quarante jours nous sont donnés pour réapprendre à vivre de Lui. Revenons à lui de tout notre cœur. Amen.

samedi 20 mars 2021

04ème dimanche de Carême B - 14 mars 2021

 Retrouver une vie belle quand le péché domine ?




(Tableau d'Edouard Bendemann, Les Juifs endeuillés en exil, 1832, source internet, illustration du psaume 136)




          Toute l’histoire biblique, donc l’histoire des hommes, ressemble à une inlassable suite d’alliances scellées par Dieu avec les humains, bafouées par les hommes et leurs péchés, et restaurées par Dieu et sa grâce. Nous en avons fait l’expérience durant les trois premiers dimanches de ce carême avec l’histoire de Noé, d’Abraham et de Moïse. Le livre des chroniques, dont nous avons entendu un extrait en première lecture, nous en fait une nouvelle démonstration à l’époque de la royauté.

            Tout le temps de la royauté est une saga mouvementée. Sur les quarante deux rois dont le règne est rapporté dans la Bible, seuls sept ont droit à l’affirmation : Il fit ce qui plut au Seigneur. Le constat dressé par l’auteur du livre est réalité : tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes. L’alliance scellée jadis avec Moïse n’est plus qu’un lointain souvenir, la Loi a été oubliée. Dieu n’est plus Dieu chez lui, nom de Dieu ! Malgré les prophètes qui n’eurent de cesse de dénoncer le péché et d’appeler à la conversion, rien ne change. C’est le temps de l’exil annoncé par le prophète Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposera durant soixante-dix ans. La vie belle qui était la perspective offerte par l’Alliance devient une vie de cauchemar : Nabuchodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils. Comment retrouver la vie d’avant le péché ? Comment revenir à cette vie belle promise par Dieu ? En retrouvant le chemin de la Loi de Dieu, en étant fidèle au souvenir de son Alliance. De lui-même, l’homme ne pourra pas restaurer ce qu’il a détruit. Le salut viendra de Dieu. 

            Pour nous, chrétiens, la source nouvelle de cette vie belle, c’est Jésus Christ, livré pour nos péchés. Dieu est riche en miséricorde, écrit Paul aux Ephésiens ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Cette vie belle à laquelle l’homme aspire, c’est un don de Dieu, un cadeau gratuit de Dieu à notre humanité. Enfin cadeau gratuit pour nous, le Christ en ayant payé le prix par son offrande sur la croix. Il nous faut pleinement mesurer le prix de ce signe dressé dans nos églises. Il nous faut pleinement mesurer le prix de ces croix que nous portons au cou. Ce n’est pas le prix des métaux ou des bois précieux dans lesquels elles sont faites, c’est le prix du sang d’un innocent, qui a accepté de mourir pour nos péchés. C’est le prix de l’amour absolu et illimité de Dieu pour nous, qui n’a pas refusé son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous. Le sacrifice du Christ sur la croix ne nous coûte rien, et pourtant il nous sauve. Le sacrifice du Christ sur la croix ne nous coûte rien, et pourtant il nous rachète à grand prix. C’est ce mystère qui fait le cœur de notre foi ; c’est ce mystère qui signe l’amour de Dieu pour nous, pécheurs. Là où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé (Rm 5, 20). L’amour de Dieu pour nous est tel qu’il ne peut se résoudre à laisser un seul d’entre nous aller vers la mort éternelle. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Devant tant d’amour, comment ne pas être reconnaissant ? Devant tant d’amour, comment ne pas s’abandonner à la foi ? Devant la croix, pouvons-nous honnêtement douter de l’amour de Dieu pour nous ? Devant la croix, pouvons-nous honnêtement dire à Dieu : ton amour, je n’en veux pas ? Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. C’est cela la vie belle qui nous est promise. Et elle commence dès maintenant, par la foi accordée au Christ, source du Salut. La foi rend notre vie belle dès ici-bas, non en nous évitant les épreuves et les obstacles, mais en nous permettant de les affronter et de les vaincre dans la force du Christ, mort et ressuscité pour nous. 

            Nous avons passé cette semaine, la moitié du chemin de carême. Nous comprenons de mieux en mieux, je l’espère, la beauté d’une vie gagnée par le Christ. Malgré notre péché, une vie belle est toujours possible dès lors que nous devenons disciples de Jésus, lui qui marche vers sa mort pour nous obtenir notre vie. Nous pouvons reprendre alors les mots de la prière qui ouvrait cette eucharistie et demander à Dieu d’augmenter encore la foi du peuple chrétien, notre foi, pour que nous nous hâtions avec amour au-devant des fêtes pascales qui approchent. Elles sont le but de notre route ; elles sont la source de cette vie belle que Dieu veut pour nous. Amen.

samedi 18 janvier 2020

2ème dimanche ordinaire A - 19 janvier 2020

Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.







Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Telle est l’affirmation de Jean le Baptiste lorsqu’il voit Jésus venir vers lui.  Les gens qui étaient là, autour de lui, ont-ils bien compris le sens de cette affirmation ? Et nous, qui reprenons cette parole dans notre liturgie eucharistique, comprenons-nous bien ce que nous affirmons lorsque nous prononçons ces mots ? 

Voici l’Agneau de Dieu. Déjà rien que cette appellation singulière, pour la comprendre, il nous faut nous souvenir des rites de la Pâque juive, lors de laquelle un agneau sans défaut est sacrifié et partagé au cours d’un repas. Son sang versé est, au moment de la sortie d’Egypte, le signe de l’alliance entre Dieu et les hommes, le signe de la promesse de Dieu de ne pas exterminer son peuple en même temps que les premiers-nés des Egyptiens. Ce sang est source de salut, source de vie pour tous ceux qui sont dans une maison marquée du sang de l’agneau.  En identifiant Jésus à l’Agneau de Dieu, Jean le Baptiste identifie clairement Jésus comme celui qui vient sauver les hommes et comme celui qui est la vie des hommes. Ceux qui sont là, sur les rives du Jourdain, n’en ont sans doute pas conscience, mais ils pourront le découvrir en marchant à la suite de Jésus, en faisant confiance au témoignage de Jean le Baptiste. Ce témoignage n’est pas vain, puisqu’appuyé sur la parole de celui qui l’a envoyé baptiser : Moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Tout est dit ; tout est certifié ; mais tout est-il entendu ? Tout est-il cru ? 

Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Ainsi est formulée l’affirmation complète de Jean le Baptiste. Il faut nous y intéresser car elle nous dit comment Jésus nous sauve. Il ‘enlève le péché du monde’ recouvre une double réalité, un double mouvement. Le premier mouvement consiste à prendre sur lui notre péché : il nous en débarrasse. Le Mal auquel nous nous habituons si bien, la violence dont nous sommes friands, l’orgueil qui nous fait nous prendre pour Dieu, il les ôte de notre vie. Il nous en libère, rendant à notre humanité son véritable visage. Il fait œuvre de salubrité publique en nettoyant ainsi nos vies. Il nous redit que nous pouvons vivre sans tout cela ; le péché n’est pas nécessaire à nos vies d’hommes ; le péché est même une entrave à notre rencontre avec Dieu. Jésus nous rend à nouveau beau devant Dieu en prenant sur lui ce qui assombrit notre vie, ce qui enlaidit notre existence. Libérés du péché par le Christ, nous sommes à nouveau aimables. 

C’est le second mouvement de cette expression : il enlève le péché du monde. En effet, enlevant le péché de notre vie, il l’enlève aussi de devant le regard de Dieu. Quand Dieu, après le sacrifice du Christ, regarde notre vie, il ne voit plus notre péché que le Christ a fait disparaître. Il nous voit à travers son Fils, ce Fils plein de grâce et de vérité, ce Fils qu’il a donné par amour du monde, ce Fils qu’il a offert pour que le monde soit sauvé. Dieu nous voit à nouveau tel qu’il nous a créés ; il voit en nous son Fils unique qui n’est qu’obéissance au Père, Amour donné, Amour livré, Amour plus fort que la mort même. Ayant été aimés du Christ au point qu’il prenne sur lui notre péché et le fasse disparaître, nous pouvons être pleinement aimé du Père qui reconnaît en nous la trace du passage de son Fils bien-aimé, celui en qui il trouve toute sa joie. Ainsi nous savons que nous sommes réellement libérés du péché puisque vivants à nouveau de la grâce de Dieu, vivants à nouveau sous le regard aimant du Père. 

L’expression « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » n’est donc pas une parole poétique sur Jésus. Elle nous dit tout de la vie et de l’œuvre de celui qui s’approche de Jean le Baptiste ; elle nous dit tout de la vie et de l’œuvre de celui qui s’approche de notre vie pour que nous l’accueillions et le suivions, jour après jour. Il nous veut sauvés et libres. Il nous veut acquis à Dieu, son Père. C’est celui-là que nous reconnaîtrons tout à l’heure dans le Pain consacré et partagé : Jésus, le Christ, qui vient à nous, se fait notre nourriture, pour nous sauver en nous donnant sa vie, en prenant sur lui notre péché. Il est celui qui rend possible notre conversion ; il est celui qui rend possible notre vie. Avec Jean, confessons et témoignons qu’il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Avec Jean et tous les témoins de l’Evangile qui ont proclamé le Christ à travers les siècles, témoignons de lui par notre vie renouvelée et libérée, afin que le monde croie et se convertisse à une vie qui plaise à Dieu. Amen.


(Matthias Grünewald, Détail du panneau de la crucifixion, Retable d'Issenheim, 1512-1516, Musée Unterlinden, Colmar)

samedi 23 novembre 2019

Christ Roi de l'univers - 24 novembre 2019

Roi sur la croix, Roi pour la Vie.






En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Eglise récapitule toute l’histoire de Jésus dans cette belle solennité du Christ Roi de l’univers. Elle nous permet de reprendre tout ce que nous avons vécu durant cette année de compagnonnage avec Jésus. Des quatre textes entendus, deux sont particulièrement significatifs de cette récapitulation de l’histoire : la deuxième lecture et l’Evangile. En cette année, nous clôturons ainsi les dimanches avec la relecture d’un extrait de la Passion selon Luc (Jésus en croix entouré des deux larrons) et ce bel hymne de l’épître aux Colossiens. 

Il peut sembler surprenant de finir l’année liturgique par un épisode de la Passion. Certains peuvent penser que, célébrant le Christ Roi, la puissance de la résurrection eut mieux convenu. Un roi ne se doit-il pas d’être puissant, majestueux, imposant respect et crainte à ses sujets ? Jésus en croix n’est ni majestueux, ni puissant (il va mourir), ni sujet d’un grand respect de la part de ceux qui sont au Calvaire, à regarder l’événement. Cloué en croix, Jésus ne fait plus peur à personne ; il suffit d’observer les réactions de tous ceux qui ont contribué à ce moment de l’histoire de Jésus : Les chefs tournaient Jésus en dérision… les soldats aussi se moquaient de lui… un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le respect dû à un roi en prend un coup ! Et j’ose à peine mentionner le fait que Jésus est suspendu en croix, nu comme un ver ! Le déshonneur est total, l’abaissement à son comble ! En matière d’irrespect, l’homme ne peut tomber plus bas. Pourtant, nous dit la liturgie, c’est là sur la croix, que Jésus se révèle le mieux le roi de l’univers. Si pour ces adversaires, sur la croix, Jésus meurt, pour nous qui avons une vue plus globale de l’histoire, sur la croix, Jésus combat le Mal ; sur la croix, Jésus se bat pour les hommes ; sur la croix, se dessine déjà le royaume à venir. Le second larron semble l’avoir saisi mystérieusement, lui qui reprend son complice dans le crime : Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste ; après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. Et s’adressant à Jésus, il ajoute : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Ça ne s’invente pas ! Soit vous avez la révélation de Dieu du mystère qui se joue, et avec celui que la tradition appelle désormais le bon larron, vous reconnaissez sur la croix déjà la gloire à venir de Jésus ; soit vous n’avez pas de révélation, et avec les chefs, les soldats et l’autre larron, vous vous moquez de Jésus. Il n’y a pas d’autre voie possible. 

Si vous appartenez à ceux qui reconnaissent déjà la gloire du Christ lorsqu’il est en croix, alors vous rejoignez tous ceux qui, depuis Paul, chantent l’hymne de l’épître aux Colossiens. Elle récapitule la foi chrétienne qui est louange au Père et au Fils sous la conduite de l’Esprit Saint qui a fait comprendre à Paul le mystère de la rédemption. Paul reconnaît l’œuvre du Père, qui par son Fils, offre le salut à tous les hommes. Notre rédemption renvoie à la coutume du rachat qui, dans la tradition juive, oblige un homme, au nom des liens du sang, à se porter garant de la liberté d’un membre de sa famille, qui se trouve dans une situation d’endettement ou d’esclavage. C’est bien la situation des hommes lorsqu’ils vivent sans Dieu. Ils sont endettés par le péché, réduit par lui en un esclavage dont ils ne peuvent se sortir eux-mêmes. Jésus, par sa croix, nous rachète à grand prix. Il se porte garant de nous, affirmant ainsi que nous sommes de son sang, de sa famille. Il se fait notre frère en humanité, lui qui est l’image du Dieu invisible. L’hymne s’achève par le rappel de la grandeur de Jésus, sa royauté, puisque toute la création trouve en lui son origine : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre… en lui tout est réconcilié… en lui, par le sang de sa croix, la paix est faite, sur la terre et dans le ciel. N’est-ce pas là ce que devrait être l’œuvre d’un roi : assurer la vie et la paix de ses sujets ? Tout cela Jésus le fait par l’offrande de sa vie. La préface de ce jour le chante admirablement : Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l’univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu’il s’offre lui-même sur l’autel de la croix en victime pure et pacifique pour accomplir les mystères de notre rédemption. Il n’y a pas, pour Jésus, d’autre manière d’être roi que de se faire le serviteur du salut de tous par la croix. Celui qui, avant sa mort, invitait ses disciples au service par le signe du lavement des pieds, leur donne, sur la croix, l’exemple du service parfait, le service qui sauve le monde, l’amour donné jusqu’au bout. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Là est la vraie royauté, la vraie dignité d’un homme. 

Toute notre année liturgique nous aura conduit là, à la découverte que Jésus veut régner sur nos vies, non à la manière d’un tyran, mais à la manière d’un serviteur qui veut le meilleur pour nous : il devient ainsi notre vie, notre sainteté, notre paix, et nous pouvons vivre dans sa grâce, dans sa vérité, dans sa justice et dans son amour largement répandu. Après tant d’amour manifesté pour nous, nous aurions mauvaise grâce à ne pas le célébrer aujourd’hui comme Roi de l’univers. Réjouissons-nous d’être de la famille d’un tel roi et proclamons au monde les merveilles qu’il a faites pour le salut de tous les hommes. Amen.




samedi 14 septembre 2019

24ème dimanche ordinaire C - 15 septembre 2019

Dieu est-il déraisonnable ?





Après avoir écouté la Parole de Dieu proposée par l’Eglise en ce 24ème dimanche du temps ordinaire, une question me vient : Dieu est-il bien raisonnable ? Car enfin, chacun des textes entendus, nous montre un Dieu qui est tout, sauf raisonnable. 

L’extrait du Livre de l’Exode en est un bon exemple. Moïse s’attarde sur la montagne avec Dieu, et le peuple, déjà, se détourne de la conduite attendue. C’est l’épisode bien connu du veau d’or qui entraîne la colère de Dieu, colère légitime s’il en est. Pourtant, est-ce raisonnable de se mettre en colère, en comptant secrètement sur la bonté de Moïse, pour l’apaiser ? Parce qu’ils se connaissent bien, ces deux-là, Moïse et Dieu, à force de discuter ensemble. Moïse sait l’amour de Dieu pour ce peuple qu’il a fait sortir du pays d’Egypte par [sa] grande force et [sa] main puissante, et il ne se gêne pas pour le lui rappeler. Et Dieu connaît son serviteur Moïse et son attachement à ce peuple qu’il a accepté de guider sous sa conduite. Ce petit jeu : Retiens-moi, je vais faire un malheur ! n’a d’autre raison d’être que de nous faire prendre conscience de tout ce que Dieu fait pour nous. C’est l’occasion pour Moïse de redire les merveilles que Dieu a faites pour ce peuple à la nuque raide ; c’est l’occasion pour Moïse de se situer lui-aussi, avec ce peuple, dans cette Alliance faite par Dieu avec Abraham, Isaac et Israël. Certes, Dieu pourrait faire surgir du désert un nouveau peuple après avoir détruit celui-ci ; mais n’y a-t-il pas plus de grandeur à pardonner et à continuer de travailler le cœur de ce peuple pour qu’il soit toujours plus acquis à Dieu ?  Je ne sais pas si Moïse est plus raisonnable que Dieu ; mais il est certainement, à ce moment de l’histoire, le plus raisonné. Et Dieu se rend aux arguments de son serviteur : il renonce au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

La leçon semble avoir portée. Lorsque nous relisons Paul dans sa lettre à Timothée, nous constatons l’amour permanent de Dieu pour les hommes, puisqu’il n’a pas hésité à envoyer le Christ Jésus dans le monde pour sauver les hommes. Mais est-ce bien raisonnable ? Est-ce raisonnable de demander le sacrifice du Fils aimant et aimé pour sauver ces hommes qui, comme le peuple que Moïse conduisait au désert, ont la nuque raide ? Mesurons-nous, dans le témoignage de Paul, l’immensité de l’amour de Dieu pour nous, amour manifesté dans la mort et la résurrection de Jésus ? Cet amour est-il bien raisonnable ? L’amour que Dieu porte à chacun de nous est-il raisonnable ? Heureusement que non, de notre point de vue, sinon nous serions encore à attendre un signe du salut. Sauvés, nous le sommes, par ce fils qui est venu dans le monde faire miséricorde même à ceux qui sont blasphémateurs, persécuteurs, violents. Il fait miséricorde même au pire des pécheurs pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui. C’est sans doute déraisonnable, mais Dieu ne recule devant rien pour nous sauver.

Relisons alors les paraboles entendues dans l’évangile de Luc. Il est complètement déraisonnable celui qui laisse, dans le désert, ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour s’en aller chercher l’unique qui s’était perdue. Elles seraient à l’abri de la bergerie, je ne dis pas ; je pourrais comprendre. Mais les laisser, en plein désert, à la merci des bêtes sauvages, pour une qui n’a pas pu suivre, cela me semble déraisonnable. Et pourtant, c’est la conduite de Dieu à notre égard, chaque fois que nous nous éloignons du troupeau. Il vient nous rechercher, il vient nous prendre sur ces épaules, il n’a de cesse de nous retrouver.  Il est déraisonnable aussi ce père qui, pour accéder au souhait de son plus jeune, se défait de la moitié de ses biens, biens que ce fils s’empresse de dépenser à tort et à travers. Il est tout aussi déraisonnable lorsqu’il guette quotidiennement le retour de ce fils dépensier. Il est tout aussi déraisonnable, l’aîné nous le rappelle, lorsqu’il fait tuer le veau gras pour ce fils revenu. Mais il est tout aussi déraisonnable lorsqu’il reprend ce fils ainé qui ne comprend rien à son attitude et qui se révèle incapable de se réjouir avec ce père qui n’aura plus besoin de guetter chaque jour le retour du prodigue. Et pourtant, s’il ne l’était, déraisonnable, il n’y aurait pour nous aucun avenir, il n’y aurait pour nous aucune espérance. Car nous sommes cette brebis perdue, nous sommes ce fils plus jeune qui demande sa part d’héritage, nous sommes ce fils ainé, sûr de son bon droit à se mettre en colère contre son frère et contre son père. Et nous sommes tous, comme le rappelle si bien Paul, le premier des pécheurs à qui il est fait miséricorde.

Si Dieu n’était pas déraisonnable, nous ne serions pas sauvés. Si Dieu n’était pas déraisonnable, nous n’aurions pas d’autre alternative que d’être éternellement parfaits. Mais si Dieu est déraisonnable dans sa capacité à nous aimer, ne devenons pas déraisonnables à notre tour. L’immense amour de Dieu pour nous n’est pas un blanc-seing pour persévérer dans le mal. Entrons en chemin de conversion, apprenons de l’amour de Dieu à grandir dans cette sainteté et cette vie éternelle qu’il nous offre par la mort et la résurrection de Jésus. A l’amour déraisonnable de Dieu, répondons par une vie raisonnée, une vie à la mesure de cet amour. Nous contribuerons ainsi à la joie du ciel. Amen.

(Tableau de Sieger KÖDER, le Bon Pasteur)

vendredi 16 août 2019

20ème dimanche ordinaire C - 18 août 2019

Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché.







            Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’auteur de la lettre aux Hébreux n’a pas son pareil pour encourager ses lecteurs. Vous avez un problème avec le péché ? Non, mais rassurez-vous ce n’est rien ; vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte. Bien, ça, c’est dit. Et maintenant, on en fait quoi ? On relit, et on tâche de bien comprendre. 

            Commençons par préciser que le péché dont parle l’auteur de la lettre n’est pas uniquement ce que nous entendons par là communément aujourd’hui. Il ne s’agit pas uniquement de notre péché personnel (encore qu’on pourrait l’entendre ainsi) ; il s’agit surtout de ce péché que subissent les premières communautés croyantes, à savoir la persécution, la confiscation des biens, le dénigrement… Être chrétien, à l’époque n’avait rien de reposant. La nouvelle communauté croyante a vite rencontré l’hostilité et la persécution à des degrés divers. Il fallait un certain courage, et devant les attaques de l’Ennemi (le Péché), certains pouvaient se décourager, voire renoncer pour une vie plus confortable, plus calme. Dans ce combat pour garder la foi au milieu des difficultés quotidiennes dues à un monde hostile au Christ, l’auteur invite à garder les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Il nous demande de ne pas perdre de vue Jésus, souvent confronté à l’hostilité au point de finir en croix. Lui a affronté le péché jusqu’au sang, puisque dans l’acte même de sa mort, c’est le Péché qu’il affronte. Et il insiste : Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement.

            Cela peut sembler presque trop simple, dit comme cela, mais c’est d’une puissance étonnante en matière de vie spirituelle. Notre foi ne repose pas sur de grandes idées ; notre foi, ce ne sont pas quelques règles morales à mettre en pratique ; notre foi, c’est Jésus, mort et ressuscité, et seulement lui. Garder Jésus au cœur, savoir qu’il nous accompagne au quotidien, nous souvenir qu’il a donné sa vie pour nous : voilà de quoi affronter la vie et ses difficultés, puisque nous proclamons que Jésus, loin d’avoir été vaincu par la Mort et le Péché, a signé sur la croix sa plus belle victoire. Si la victoire du Diable, c’est de faire croire aux hommes qu’il n’existe pas, la victoire du Christ, c’était de lui faire croire, au Diable, que sur la croix, Jésus avait perdu, que son histoire était finie, alors qu’en fait tout commençait ici. Sa vie publique n’était qu’un échauffement dans ce grand combat contre le Mal, et sa mort en croix, librement acceptée, devenait le lieu même de sa victoire. La croix ne le retiendra pas, pas plus que la tombe. Il est ressuscité et désormais les hommes peuvent avoir la certitude que le Mal, la Mort et le Péché n’auront plus jamais le dernier mot. La victoire de Jésus est tellement éclatante qu’elle est déjà notre victoire si le Christ partage notre vie, si nous laissons au Christ une place dans notre vie. 

            La difficulté, me semble-t-il, pour nous, ce n’est pas tant de comprendre la foi chrétienne, mais plutôt d’en faire l’expérience. Tant que nous n’expérimentons pas dans notre vie la puissance de la victoire du Christ, nous aurons du mal à comprendre son impact pour nous. Combien de gens aujourd’hui renoncent à la foi parce qu’ils ont l’impression, non seulement que cela ne change rien à rien, mais pire que cela complique les choses. Comme le dit Jésus dans l’Evangile, la foi des uns peut compliquer la vie de famille : entre ceux qui regrettent que les plus jeunes ne croient en rien et ceux qui pensent que tout ça, ce sont des histoires de grand-mère, combien de familles sont divisées à cause de la foi. Je me souviens de ces parents qui étaient venus me voir parce que leur fille de 8 ans demandait soudainement le baptême. Ils ne comprenaient pas, affirmant qu’ils « avaient tout fait pour que cela n’arrive pas ». Mais il a fallu la grand-mère dont la jeune enfant était proche et qui n’arrêtait pas de le « bourrer le crâne » avec ses histoires. Deux ans de lutte familiale avant que les parents ne rendent les armes et acceptent ce baptême auquel leur fille tenait de plus en plus. Ce n’est pas pour rien qu’il est déconseillé de parler, outre politique et argent, de religion lors des grands repas de famille, si on veut que tout se passe bien ! Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division.

            Faire l’expérience du Christ, c’est la clé de la foi. Faire l’expérience du Christ, personnellement, c’est la clé de la lutte contre le péché. Ne vous demandez pas pourquoi vous retombez toujours dans le même péché, si vous ne vous êtes pas assurés que c’est bien le Christ qui est au cœur de votre vie. Ne vous demandez pas pourquoi le Mal semble avoir fait de vous sa proie si le Christ n’est pas au cœur de votre vie. Pas uniquement dans la tête, de manière intellectuelle ; ni seulement sur les lèvres, au moment de la prière ; mais bien au cœur, là où se fondent toutes les grandes décisions de la vie humaine. Cela ne veut pas dire que celui qui a le Christ au cœur ne sera pas soumis au Mal ; le Diable n’aime pas ceux qui suivent le Christ. Mais celui qui suit le Christ, celui qui l’a accueilli dans sa vie, au plus profond, celui-là a un combattant hors pair avec lui, celui-là sait que la victoire est possible puisque le Christ a déjà vaincu le Mal. 

            Dans le Pain de l’Eucharistie que nous allons partager, nous accueillerons le Christ, nous accueillerons sa force, nous accueillerons sa vie, nous accueillerons sa victoire, du moins si nous croyons que c’est bien lui que nous recevons par l’Hostie consacrée. Si ce n’est que le Pain de l’amitié que nous partageons, il ne se passera rien ; si c’est le Christ que nous recevons, tout changera dans notre vie, le Péché aura un adversaire à sa mesure, et nous, une part à la victoire du Christ. Gardons les yeux fixés sur le Christ ; il nous gardera dans la paume de sa main jusqu’au jour où il nous accueillera dans la joie de son Royaume. Amen.




samedi 6 avril 2019

05ème dimanche de Carême C - 07 avril 2019

Non pas une condamnation, mais une libération !




Et toi, qu’en dis-tu ? Cinq mots pour provoquer Jésus à se prononcer sur la Loi et sur Dieu.  Cinq mots qui peuvent aboutir à la condamnation d’une femme à la lapidation, uniquement pour piéger Jésus ! Il faut vraiment que la haine à l’égard de Jésus soit grande pour que des hommes en arrivent à de telles extrémités. Une vie pour en piéger et en abattre une autre ! Ne nous y trompons pas : c’est bien de cela qu’il s’agit : à quoi l’homme est-il prêt pour en discréditer ou en abattre un autre ? Heureusement que celui à qui s’adresse cette question n’est pas seulement homme : il est de Dieu, vient de Dieu et son seul souci est de parler juste de Dieu, de parler juste au nom de Dieu.

C’est bien cette connaissance fine de Dieu et de l’homme que possède Jésus qui va sauver cette femme. En premier lieu, il refuse d’entrer dans la polémique avec les pharisiens. Son souci ne semble pas d’abord de prendre la défense de la femme – cela lui serait facile, la Loi disant que les deux adultères doivent être lapidés : personne ne commet un adultère tout seul ! Or où est l’homme ? – Non, son premier souci me semble être la défense de Dieu, l’interprétation juste de la Loi de Dieu. Il ne condamne ni la femme à cause de son péché, ni les pharisiens à cause de leur mauvaise foi. Et s’il ne prononce pas une seule fois le nom de Dieu, toute son attitude pourtant ne parle que de lui. A la question des pharisiens, il répond par une attitude surprenante : il se baisse (il s’abaisse) et dessine sur le sol. Comme pour dire : cette affaire ne concerne pas Dieu, c’est pourquoi je me mets à la hauteur d’un homme. Mais puisqu’une réponse est attendue, Jésus se redresse, se met à la hauteur de Dieu, à la hauteur du Ressuscité pour annoncer, de manière surprenante son jugement : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre ! C’est une affaire humaine qui se doit d’être réglée par les humains ; mais puisque vous voulez que Dieu s’en mêle, que ceux qui sont « purs de tout péché » se chargent d’appliquer la sentence. Eux seuls pourraient juger la femme. Qui, ayant péché lui-même, pourrait condamner cette femme sans se condamner lui-même ? Jésus semble dire aux hommes que ce qui est grave, ce n’est pas l’espèce de péché commis ici ; ce qui est grave, c’est le péché, quel qu’il soit. Celui qui a commis, ne serait-ce qu’une petite entrave à la Loi, s’est disqualifié lui-même pour juger cette femme. D’ailleurs, personne ne s’y trompe puisqu’ils s’en vont tous, les uns après les autres, les plus âgés en premier ! Devant Dieu, il n’y a pas de petits péchés et de grands péchés ; il n’y a pas de péché mignon : il n’y a que le péché, dans toute sa laideur, qui nous éloigne de Dieu. Dieu ne s’intéresse pas à nos péchés ; mais il s’intéresse à notre désir de le rencontrer, lui. La parabole du fils prodigue que nous avons entendu dimanche dernier nous le redisait déjà. Et voilà Jésus, seul avec la femme. Il n’a pas eu besoin de renvoyer ses détracteurs, ils se sont renvoyés eux-mêmes. Il ne va pas condamner la femme, mais la renvoyer dans sa vie de femme avec cette seule demande : Va, et désormais ne pèche plus ! Ce que Jésus condamne, c’est le péché et non ceux qui commettent le péché. Il nous redit ainsi qu’il est bien celui qui vient nous rendre notre liberté : Va ! Ne s’intéressant qu’à l’humanité, ne posant sur elle que le regard de Dieu lui-même, il peut nous détacher de notre péché et nous permettre de repartir dans la vie, libres de toute attache au Mal. 


En agissant ainsi, Jésus ne fait qu’accomplir de manière parfaite la Loi au nom de laquelle les autres voulaient condamner cette femme. Relisez Isaïe ! Après l’exil qu’Israël avait interprété comme un châtiment envoyé par Dieu à cause des infidélités du peuple, Dieu lui-même invite les hommes à ne plus se souvenir du passé. Non pas à ne plus se souvenir de ce que l’amour de Dieu a réalisé pour eux (ce peuple que je me suis façonné redira ma louange), mais à ne plus se souvenir du péché qui les a éloignés de Dieu. Ne regardez pas sans cesse en arrière ; voici que je fais une chose nouvelle, ce que l’ancienne traduction liturgique rendait ainsi : voici que je fais un monde nouveau, un monde dans lequel il ne se fera plus rien de mal, un monde dans lequel toute la création chantera la louange de Dieu (même les chacals). N’est-ce pas ce monde nouveau que Jésus est venu inaugurer ? En renvoyant cette femme dans une vie libérée du péché, libérée du jugement des autres, ne la fait-il pas entrer déjà dans cette nouveauté ? 


L’appel de Paul dans la seconde lecture nous ouvre aussi à cette chose nouvelle que Dieu crée pour nous. En connaissant toujours mieux le Christ, oubliant ce qui est en arrière (c'est-à-dire notre vie soumise au péché), et lancé vers l’avant (c'est-à-dire vers cette chose nouvelle que Dieu fait pour nous), nous pouvons courir vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus : une vie nouvelle, libre du péché, la vie même de Dieu, la sainteté retrouvée. L’énergie nécessaire pour tenir la distance dans cette course de fond nous vient du Christ, d’une connaissance (c'est-à-dire d’une intimité) toujours plus grande avec lui. Plus nous nous attacherons au Christ, plus nous nous éloignerons du péché, parce que la puissance du Christ agira en nous. Puisqu’il s’est relevé d’entre les morts, il nous libèrera de toutes les puissances de mort. C’est avec lui que nous courrons l’épreuve jusqu’au bout ; c’est avec lui que nous vaincrons. 


Le temps du Carême est ce temps où nous est donnée la grâce d’une plus grande connaissance du Christ ; c’est aussi le temps où nous est proposée la grâce du sacrement qui nous libère du péché et de la mort. N’hésitons pas à nous en approcher ; n’hésitons pas à laisser Dieu jeter un regard d’amour sur notre passé pour nous tirer vers notre avenir. Et nous aussi, nous ressusciterons avec le Christ. Amen.



(Tableau : La femme adultère, Lioba artisanat - www.lioba-artisanat.com)