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vendredi 17 janvier 2025

2ème dimanche du temps ordinaire C - 19 janvier 2025

 Il y eut un mariage à Cana en Galilée.




(Giotto, Les noces de Cana, Source : Suivre notre actualité - Frères Franciscains du Canada)




Après le temps des fêtes, voici le temps ordinaire qui nous fait chercher Dieu dans ce qu’il y a de plus simple, de plus ordinaire : notre vie quotidienne. Quelle que soit cette vie, Dieu y est présent. Cette année, l’Eglise nous fait commencer ce temps ordinaire avec la proclamation d’un texte tiré de l’évangile de Jean : les noces de Cana. Un moment de fête, certes, mais qui fait partie de l’ordinaire d’une société qui a encore des repères stables. 

En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. Notez la sobriété de Jean quand il annonce l’événement. Ce n’est rien d’extraordinaire. Juste un événement de la vie célébré dans un village de Galilée. Il ne sera pas le seul mariage célébré cette année-là. C’est sans doute un événement pour le jeune couple et leurs familles, mais pas pour les invités. Il y a bien des chances qu’ils soient invités à d’autres mariages. Pour un village comme Cana, à cette époque, c’est une occasion pour tous de se rassembler. Cela fait partie de la vie simple et ordinaire de célébrer avec d’autres une étape de leur vie. C’est dans ce cadre ordinaire que Jean place deux personnes peut-être moins ordinaires pour ses lecteurs. 

        En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Remarquez l’ordre : d’abord Marie, puis Jésus avec ses disciples. J’en déduis que Marie est veuve. Elle est invitée et elle vient avec ce fils qui, selon la loi, veille sur sa mère. Cela nous indique aussi que Jésus n’est pas encore connu pour son métier de prédicateur ; Cana sera un commencement pour lui, un tournant dans sa vie, un tournant dans la vie des hommes. Grâce à ce mariage (ou à cause de ce mariage), Jésus va se faire connaître ; désormais on va parler de lui. Pourquoi ? A cause d’un incident malheureux, une chose qui n’arrive que rarement sans doute.

        En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. Si nous sommes au début du mariage, c’est un drame ! Si c’est à la fin de la noce, cela signifie surtout que les invités auront bien bu. Quoi qu’il en soi, l’affaire semble sérieuse. Cela risque de gâcher la fête et la réputation des familles qui auront été chiches dans leurs prévisions et leur commande. Le cœur de Marie, cœur d’une mère qui aura sans doute renoncé à marier son propre fils, la pousse à intervenir : La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » La première réaction de tout observateur de la scène serait de dire : de quoi se mêle-t-elle ? Et qu’est-ce que son fils peut bien y faire ? A moins qu’il ne soit négociant en vin et que sa boutique ne soit pas trop éloignée, on ne voit pas trop l’intérêt de la remarque. Ce n’est pas elle qui a organisé le mariage ; elle est une invitée comme les autres. Personne ne s’attend à ce qu’elle porte à l’attention de tous ce qui est embarrassant pour ses hôtes. Certes, c’est une noce ; il y a de la musique, des danses. Mais elle pourrait quand même être entendu par d’autres, et la mauvaise nouvelle pourrait faire taire musiciens et chanteurs pour faire parler les mauvaises langues et se répandre les rumeurs sur les familles invitantes. Ce n’est pas là l’objectif de Marie ! Nous connaissons sa discrétion ! Mais là où les hôtes n’attendent plus rien qu’une fin précipitée de la joie des noces, Marie attend quelque chose de son fils. D’où son intervention. 

        Ce qui surprend souvent, pour ne pas dire toujours, c’est la réponse de Jésus à sa mère : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Je n’ai pas beaucoup d’explication sur cette apparente sècheresse de la réponse. Mais il y a cette indication à retenir pour l’avenir : il y aura bien un jour une heure de Jésus. Il y aura un temps où il interviendra et où les choses changeront définitivement pour tous. Mais ce n’est pas ici et maintenant, à Cana en Galilée. Cette réponse ne démonte pas Marie. C’est une mère, elle connaît son fils.  Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Elle nous ouvre à l’espérance en nous invitant à l’obéissance. Et le signe que l’on connaît désormais sous le nom de signe de Cana peut avoir lieu. L’eau puisée est changée en vin ; la fête est sauvée ; la joie des hommes peut continuer. Ce premier signe de Jésus nous dit une chose fondamentale sur Dieu : il veut notre joie ! Il veut notre bonheur ! Et nous trouvons ce bonheur dans l’obéissance à sa parole. La parole de Marie (Tout ce qu’il vous dira, faites-le !), n’est pas une parole dite au hasard ; ce n’est pas une parole en l’air. C’est d’abord une parole qu’elle a vécue depuis toujours ; c’est la parole qu’elle a vécue quand l’ange lui a annoncé qu’elle serait la mère du Sauveur. C’est la parole qu’a vécue Joseph quand il a pris chez lui Marie, son épouse, toujours sur la parole de l’ange. Tous deux ont trouvé leur joie profonde dans cette obéissance à la parole de Dieu qui leur avait été adressée. En nous donnant cette parole, elle nous donne la voie à suivre pour trouver notre bonheur. 

        A quelqu’un qui m’interrogeait récemment sur l’utilité de la religion, ma réponse fut celle-ci : la religion permet à l’humanité de s’accomplir ; puisque Dieu lui-même a pris le chemin de notre humanité, c’est par notre humanité que nous parviendrons à Dieu. Et notre humanité n’est pas faite pour le malheur ; elle est faite pour la joie. Cet évangile qui nous relate les noces de Cana, commencement des signes que Jésus accomplit, nous le rappelle avec brio. Jésus n’est pas un embêtement de plus dans notre vie ; il est celui qui nous aide à sortir de nos embêtements et à retrouver la joie profonde qui devrait être notre quotidien, notre ordinaire. Dieu nous envoie vers les hommes, non pas pour les juger et les condamner, mais pour leur faire retrouver la joie profonde, la joie initiale que l’homme connaissait avant que le péché n’envahisse son cœur. 

        En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Rassurez-vous, je ne vais pas reprendre l’histoire ; je viens de la parcourir avec vous. Mais si, au terme de mon homélie, je reprends le début de l’histoire, c’est pour nous rappeler à tous qu’il peut être le début de notre histoire avec Jésus. Il nous revient d’inviter Marie, Jésus et ses disciples dans notre vie, comme une présence discrète, mais agissante. En faisant tout ce qu’il nous dira, notre vie parviendra à son accomplissement : la joie véritable ; elle chantera la gloire de Jésus, et celles et ceux que nous côtoyons pourront croire en lui. Que se poursuivent donc les noces de Cana à travers nous ! Amen. 


dimanche 5 mai 2019

03ème dimanche de Pâques C - 05 mai 2019

"Pierre, m'aimes-tu ?", ou comment guérir du cléricalisme !




Les révélations successives des abus qui ont eu lieu dans l’Eglise, et qui ont plongées celle-ci dans une crise sans précédent, n’ont pas manqué de souligner l’une des causes de ces abus : le cléricalisme. Et tous, depuis, de proposer leur solution pour lutter contre cette dérive insupportable ! Un lecteur (protestant quand même) du journal La Croix proposait ainsi, dans un courrier, sa manière, voire la seule manière, de lutter contre le cléricalisme, à savoir : supprimer le clergé. Plus de clergé, plus de cléricalisme ! C’est mathématique, donc scientifique, donc inattaquable comme méthode. Je peux concevoir aisément que pour certains, ce serait là une solution de bon sens ; mais vous ne vous étonnerez pas que je ne partage pas, mais alors absolument pas, cet avis. Je vous laisse deviner pourquoi, si d’aventure quelque doute subsistait dans votre esprit. Je voudrais donc vous proposer une autre voie, ancienne celle-là, qui aurait dû nous éviter à tous de tomber dans ce travers mortifère. Cette réponse, c’est l’évangile de Jean, et particulièrement son chapitre 21 dont nous avons entendu l’essentiel. 


Passons rapidement sur la première partie, l’épisode de la partie de pêche qui se conclut au petit matin par des filets vides… jusqu’à ce qu’un inconnu interpelle les pêcheurs : Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? La réponse négative qui suit, entraîne une suggestion, certains diront un ordre, qui, à sa mise en œuvre, se révèle particulièrement judicieux et fructueux. Ils n’arrivaient pas à tirer [le filet] tellement il y avait de poissons. Cela suffit pour qu’un des compagnons reconnaissent Jésus. Il y a là un premier indice à suivre, et qui se vérifiera rapidement par la suite, pour lutter contre le cléricalisme : obéir à Jésus qui peut se manifester à nous de diverses manières, sans même qu’on le reconnaisse d’emblée. Il est cette voix qui nous dit comment réussir, où chercher, où trouver. Obéir à Jésus, à sa parole, qui jamais ne se trompe et jamais ne nous trompe. Sans doute l’avions-nous oublié, empêtrés que nous sommes quelquefois dans nos fonctionnements, dans nos programmes, dans nos idées, dans nos chapelles, dans nos mouvements… Obéir au Christ qui, au soir du Jeudi Saint, nous a laissé deux signes qui étaient d’abord et avant tout des signes de service : l’eucharistie et le lavement des pieds. Dans ces deux signes, dans ces deux sacrements, nulle place pour du cléricalisme, puisque nous agissons sur ordre du Christ, et à la manière du Christ, à savoir dans l’amour. Quand nous prenons le parti d’agir par amour et dans un esprit de service, il n’y a pas de risque de verser dans ce travers qui est pointé du doigt, ni de la part des prêtres, ni de la part des laïcs qui œuvrent avec eux et qui sont parfois plus cléricaux que les membres du sacerdoce. 


Ceci étant posé, attardons-nous sur la figure de Pierre qui, dans l’évangile de Jean, n’est pas gâtée. Comme il est le seul disciple qu’on ne peut jamais identifier au disciple que Jésus aimait, certains en sont même venus à se demander s’il n’était pas le disciple que Jésus n’aimait pas. Après tout, à part une profession de foi posée au moment de la multiplication des pains, Pierre est quand même dans l’évangile de Jean, celui qui fait toujours ce qu’il ne convient surtout pas de faire, pris au piège par un tempérament sanguin, et qui de surcroit n’a pas été appelé par Jésus, au début de sa mission. Il est un peu là par hasard, suivant sans doute son frère André qui, lui, a été appelé. Pierre est le disciple qui n’a pas su être disciple, qui n’a pas su aimer Jésus, et qui l’a finalement renié. Cette rencontre entre Jésus et Pierre, après la résurrection, est donc tout à fait capitale pour les deux. Que va faire Jésus de celui qui n’a pas osé prendre son parti au moment du procès ? Que va dire Pierre ? Va-t-il se confondre en plates excuses ? Va-t-il tenter de se justifier ? Jésus ne lui en laissera pas le temps. Il l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? C’est peu diplomate, mais cela a l’avantage d’être clair. Alors pourquoi avons-nous l’impression d’assister à un dialogue de sourd qui va se répéter encore deux autres fois ? Parce que la réponse de Pierre ne correspond pas à la demande de Jésus. Le français nous est ici un piège puisqu’il n’a qu’un mot pour parler de l’amour. Or le grec, la langue du Nouveau Testament, en connaît trois : eros (pas la peine de s’étendre sur le sujet), philia (l’amour d’amitié) et agapè (l’amour don de soi absolu). Les deux premières questions posées par Jésus utilise le verbe aimer au sens d’agapè, de don total, et Pierre répond par l’amour philia (l’amitié). Quand je vous disais qu’il était toujours à côté de la plaque. La troisième fois, Jésus adopte la posture de Pierre et utilise l’amour philia : les deux peuvent se rejoindre enfin. Il nous est dit là d’une part qu’il y a deux manières d’exprimer l’amour que l’on a pour Jésus, et que Jésus peut se contenter d’un amour d’amitié, pour commencer. Il n’exige pas tout, tout de suite. Mais il faut commencer par l’aimer, au moins comme un ami aime ses amis pour que quelque chose puisse exister. Nous constatons aussi que Jésus interroge Pierre mais se garde bien de dire à Pierre qu’il l’aime. Non pas que Jésus n’aime pas Pierre ; tout cet épisode nous montre l’amour de Jésus pour celui qui, jusqu’à présent, n’a pas su être authentiquement disciple : il lui confie le troupeau, par trois fois. Sois le berger de mes agneaux ; sois le pasteur de mes brebis ; sois le berger de mes brebis. S’il ne l’aimait pas, il ne l’aurait pas fait. Jésus, en demandant à Pierre d’exprimer son amour, rend celui-ci sujet de cet amour qu’il porte au Christ. Il le fait ainsi devenir disciple, pleinement, volontairement. En disant son amour, Pierre choisit d’être disciple de Jésus. Il y a là un deuxième indice pour nous libérer du cléricalisme : choisissons-nous Jésus parce que nous l’aimons ou parce que lui nous aime (sous-entendu nous n’aurions plus le choix de l’aimer ou pas, et n’ayant plus le choix, qu’au moins nous ayons des compensations : profitons-en !). Aimons-nous Jésus, au moins de cet amour d’amitié, sachant que Lui pourra nous aider à grandir dans l’amour ? Regardez ce même Pierre dans le Livre des Actes des Apôtres. Il aime plus que d’un simple amour d’amitié puisqu’il est tout joyeux d’avoir été jugé digne de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Il y a déjà quelque chose de l’amour agapè dans cette attitude. 


Regardons d’un peu plus près encore et écoutons bien ce que dit Jésus à Pierre après que celui-ci ait confessé son amour : sois le berger de mes agneaux ; sois le pasteur de mes brebis ; sois le berger de mes brebis. MES agneaux, MES brebis, et non pas sois le berger de TES agneaux et de TES brebis. Pierre se voit confier un troupeau qui n’est pas, et ne sera jamais, le sien. Il est, sera et restera toujours le troupeau de Jésus, le seul vrai pasteur, le seul prêtre véritable, le seul à qui reviennent la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Parce qu’il est le seul Agneau immolé pour le salut de tous. C’est lui, Jésus, qui sauve par son sacrifice ; c’est lui, Jésus, qui se rend présent dans le pain et le vin consacrés ; c’est lui, Jésus, qui guide aujourd’hui encore son peuple vers le Royaume où il est entré le premier au matin de sa Pâque. Ni Pierre, ni aucun de ses successeurs, ni aucun de ses collaborateurs, n’est et ne sera jamais le Christ. Il est, et nous sommes à sa suite, ceux qui reçoivent le troupeau en héritage pour le nourrir et le protéger (rôle du berger), le guider et le conduire (rôle du pasteur), mais nous-mêmes agissant sous le regard du Christ, nous-mêmes étant comptables devant le Christ. Voilà qui devrait achever de soigner cette maladie du cléricalisme : nous souvenir que si nous sommes placés à la tête du troupeau, nous sommes toujours aussi sous l’autorité du Christ, seul et unique pasteur. Sans lui, nous ne sommes rien ; avec lui, nous pouvons tout pour la croissance et le bien du peuple, parce que lui-même agit en nous, et non pas nous à sa place. Nous sommes les serviteurs et du Christ qui nous a confié son troupeau, et du troupeau que nous devons conduire. Serviteurs et non propriétaires ! Celui qui agirait en propriétaire et non plus en serviteur ne serait qu’un mercenaire, tel que Jésus lui-même l’affirme au chapitre 10 de l’évangile de Jean. Le troupeau n’a ni à suivre, ni à écouter un mercenaire ; il doit tout faire pour s’en protéger.


Pierre, m’aimes-tu ? Tout est dans cette question ; tout était donné dès le commencement de l’aventure. Si en cours de route, certains ont trompé le peuple de Dieu, ont trompé Dieu lui-même, c’est par profond manque d’amour. Ils ne se sont pas donnés au peuple, ils se sont donnés, accaparés un peuple qui ne leur était pas destiné. Ils n’ont donc pas entendu la parole finale de Jésus à Pierre au terme de ce questionnement : Suis-moi. Enfin, pourrait-on dire au sujet de Pierre. Quand l’évangile de Jean se termine, il est enfin invité à suivre Jésus. Parce que l’amour, même d’amitié qu’il a proclamé en faveur de Jésus, le rend capable de commencer à être disciple, avant que l’amour agapè ne le rende capable d’être l’Apôtre que nous contemplons dans les Actes. Apprenons de Pierre à dire à Jésus notre amour sincère pour lui et nous serons tous, quel que soit notre état, quelle que soit notre mission, ajustés à Jésus pour ne jamais tomber dans le cléricalisme qui nie tout amour. Apprenons de Pierre qu’il n’est jamais trop tard pour bien aimer Jésus, pour bien aimer ceux qu’il met sur notre route. Apprenons de Pierre et comme lui, commençons à aimer. Amen.






mercredi 17 avril 2019

Jeudi Saint - 18 avril 2019

Cessons d'être des chrétiens médiocres !





            Ce jeudi saint sera sans doute le plus triste de mes vingt-sept ans de sacerdoce. Triste parce que marqué par la crise que traverse l’Eglise, crise liée aux comportements déviants de certains prêtres. Même s’ils sont peu nombreux au regard du nombre de prêtres à travers le monde, ils sont toujours de trop et entachent sérieusement et durablement la réputation de tous les prêtres. Triste aussi parce que, pour une fois, je ne ferai pas de lavement de pieds. Il paraît que ce n’est pas possible ici, les adultes étant peu enclins à se laisser faire ; quant à le faire avec des enfants, la crise, mentionnée plus haut, aura eu vite fait d’éveiller méfiance et soupçon chez certains. J’ai donc renoncé à poser le geste, mais pas à en parler.


            Je crains que ce geste, beau et fort, n’ait jamais vraiment été compris. Déjà Jésus avait dû vaincre les réticences de Pierre, réagissant violemment lorsque Jésus se présente devant lui, à genoux, tablier à la ceinture, bassin et linge à la main. Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! S’il avait bien compris le geste, il n’a pas compris pourquoi Jésus le posait à ce moment-là de son existence. Nous sommes à quelques heures de son arrestation, de son jugement et de sa mort. Et c’est bien là qu’il prend tout son sens. L’évangéliste Jean, lorsqu’il nous parle du dernier repas de Jésus, ne le fait pas comme les autres. Il n’y a pas chez lui d’institution de l’Eucharistie ; il n’y a pas chez lui les gestes et les paroles au sujet du pain et du vin, devenant son Corps et son Sang livrés pour que nous ayons la vie. Il y a, chez Jean, ce geste du lavement des pieds, l’institution de ce que l’on a appelé le sacrement du frère qui est toujours à servir à la manière dont le Christ a servi les hommes. La messe, c’est bien et c’est nécessaire : c’est pour cela que nous relisons et le livre de l’Exode qui nous rappelle le sens de la Pâque juive, et l’extrait de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, qui est le texte le plus ancien qui nous parle des gestes et paroles de Jésus, au soir de sa mort, sur le pain et le vin, donnant à la Pâque juive un sens plus fort encore. C’est toujours la fête de la libération, mais elle se fait désormais par Jésus, l’Agneau immolé une fois pour toutes afin que tous les hommes puissent vivre. C’est ce sacrifice que nous commémorons à chaque eucharistie, en proclamant notre foi en Jésus, mort et ressuscité, dont nous attendons le retour dans la gloire.


            Hélas, une médiocrité de la pensée a rapidement entraîné une double médiocrité des actes. D’abord, oubliant le texte de Jean, nous avons fait des prêtres des êtres à part, plus sacrés que consacrés, parce qu’ils avaient ce « pouvoir » de rendre Jésus présent dans le pain et le vin de l’eucharistie, oubliant que c’est Jésus lui-même qui se rend présent. Cette première médiocrité des actes en a entraîné une autre, de la part de certains de ceux qui avaient ainsi été portés aux nues. Ils ont abusé l’Eglise en abusant les plus faibles ! Ils ont abusé d’un pouvoir qui n’était pas le leur, mais dont ils devaient être les serviteurs. Et cette double médiocrité des actes entraîne à nouveau, aujourd’hui, une médiocrité de la pensée qui fait que les hommes se méfient désormais des prêtres, au point de voir le mal dans le plus noble geste qu’ils puissent poser : celui de s’abaisser devant les petits pour les servir à travers le lavement des pieds. Nous, prêtres, témoignons ainsi que notre place est bien là, à genoux, à servir le petit et le faible, et non pas à mettre le faible et le petit à genoux devant nous pour nous servir. Se méfiant des prêtres, les hommes ne réfléchissent plus ; ne réfléchissant plus, ils n’aiment plus ; n’aimant plus, ils font gagner Satan, qui ne se réjouit jamais autant que quand l’amour recule, voire disparaît. Quelle belle occasion nous avons manqué ce soir de comprendre et ce beau geste, et la place du sacerdoce dans l’Eglise de Jésus Christ. Quelle tristesse d’en être arrivé là !


            Comment nous en sortir ? En apprenant, prêtres et fidèles laïcs, l’obéissance au Christ, qui nous a dit, en ces deux gestes présentés dans les lectures de ce Jeudi Saint, de faire cela en mémoire de lui, comme lui a fait pour nous. Nous nous en sortirons en approfondissant toujours plus l’enseignement de Jésus pour comprendre mieux à quoi il nous invite. Nous nous en sortirons en quittant cette méfiance qui pourrit la vie à tout le monde, qui empêche d’avancer, qui empêche d’aimer. Cessons d’être des disciples médiocres ! Devenons ce que le Christ attend de nous : des frères qui s’aiment, des frères qui se respectent, des frères qui se mettent ensemble au service des plus faibles et des plus petits. Amen.


(Tableau de Duccio di Buoninsegna, Le lavement des pieds, 1310, Musée de l'Opera del Duomo, Sienne)

samedi 30 décembre 2017

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2017

Imiter la Sainte Famille ?





           
Etes-vous influencés par les fêtes que nous célébrons en Eglise ? Venez-vous à l’église avec une idée précise de ce que le prédicateur va vous dire ? Par exemple, en ce dimanche après Noël où l’Eglise célèbre la Sainte Famille, l’un de vous s’est-il dit ce matin : chouette, encore une homélie sur la famille ! Pourvu que mon mari (ma femme, mon gamin, ma belle-mère…) écoute bien ! Et moi, comme prédicateur, ai-je vraiment le choix alors quant au contenu de mon homélie ? En préparant ce dimanche, ce n’est pas tant la famille qui occupait mon esprit, mais cette question que je vous renvoie : Peut-on imiter la Sainte Famille ? 
 
            Curieuse question, j’en conviens. Mais il me semble qu’il nous faut bien l’affronter un jour. Une première réponse serait de dire qu’on ne peut pas l’imiter. La Sainte Famille est une famille hors catégorie : une maman préservée du péché dès sa naissance, un fils engendré par Dieu, un époux qui prend tout avec beaucoup de recul et ne pose aucune question. Vraiment, cette famille ne joue pas dans la même ligue que nos familles. Ils ont beau être humains, ils sont quand même ‘space’, non, un peu à part. Comment voulez-vous imiter une telle famille ? C’est un OFNI : un objet familial non identifié. 
 
            D’autres diront : les temps ont changé, la notion de famille elle-même a beaucoup évolué. L’Eglise ne peut plus présenter la Sainte Famille (papa, maman et un enfant) comme le modèle de la famille. D’autres réalités familiales ont vu le jour : familles recomposées, familles monoparentales, familles homoparentales. Les familles à l’image de la Sainte Famille seraient des exceptions, voire des curiosités. Vous comprenez, des comme ça, on n’en fait plus beaucoup ! Célébrer la Sainte Famille et la donner pour modèle, reviendrait alors à stigmatiser les autres réalités familiales qui existent aujourd’hui. Ce n’est pas, me semble-t-il, le but de cette fête. Sous prétexte que l’Eglise défend un modèle précis de famille, je ne peux pas, comme pasteur, ignorer la vie des gens que je rencontre, ni condamner de manière péremptoire ce qu’elles vivent. Prêtre, je dois accompagner au mieux toutes ces familles nouvelles lorsqu’elle s’adresse à moi, et voir avec elles comment elles vivent l’Evangile et suivent le Christ dans l’histoire qui est la leur. Et je vous invite tous à faire de même. Trop de familles sont déchirées parce qu’un des leurs ne suit pas la même voie que les autres ; trop de familles sont déchirées par une séparation et les conséquences qu’elles entraînent ; trop de familles sont déchirées parce qu’un enfant a eu le courage d’assumer sa différence. 
 
            Ecoutez à nouveau ce que disait la prière d’ouverture de cette fête : Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être réunis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Intéressant, n’est-ce pas ! Et surtout très ouvert comme discours. La Sainte Famille est donnée en exemple non pas tant pour sa composition (papa, maman, enfant) mais pour ce qu’elle a vécu : les vertus familiales et l’union dans l’amour de Dieu. C’est tout, mais c’est beaucoup. Les vertus familiales ne sont pas précisées plus que cela. Il faut donc les découvrir en méditant la vie de cette famille. Et cela commence plutôt mal : Marie est enceinte avant son mariage avec Joseph et d’un autre que lui ; le jeune couple se retrouve sur les routes à cause d’une décision politique imbécile ; il connaît l’exclusion au moment où l’enfant vient au monde, puis vient l’exil pour soustraire l’enfant à la colère du roi Hérode. Il est indirectement la cause du massacre des saints innocents. A douze ans, le petit devenu grand fera une fugue de trois jours. Quand il est adulte, au lieu d’exercer un travail honnête comme son père, voilà que le fils parcourt le pays, s’oppose aux religieux de son époque jusqu’à être menacé de mort. Et toute cette histoire finit mal, le fils terminant sa vie sur une croix, comme un vulgaire malfaiteur, avec sa mère comme témoin. Vous voulez vraiment imiter tout cela ? 
 
            Puisque la Sainte Famille est l’exemple de toutes les familles, nous pouvons retenir que les difficultés font autant partie de la vie de famille que les joies. Et ce qui fait de cette famille-là une sainte famille, ce n’est pas seulement l’origine divine du Fils, mais le lien qui unit cette famille à Dieu. Elle est sainte parce que Dieu vit avec cette famille, dans cette famille. Elle est sainte parce que sa vie est entre les mains de Dieu et qu’elle laisse Dieu la conduire. Depuis le oui de Marie et de Joseph à l’ange jusqu’à la mort du Fils en croix, tout s’est vécu sous la conduite de Dieu. Et la mère et le père et l’enfant ont été un oui permanent à l’œuvre de Dieu en eux. Les premières vertus de cette famille sont donc l’obéissance à la volonté de Dieu pour chacun de ses membres et leur fidélité à cette volonté. Quelle que soit la famille dans laquelle vous vivez, vous êtes invités à découvrir quelle est la volonté de Dieu pour vous et à y rester fidèles. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de fidélité humaine possible. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de sainteté possible. 
 
            L’Evangile de cette fête ne montre pas autre chose que la fidélité de cette famille à la volonté de Dieu. Bien que leur Enfant leur ait été donné par Dieu, ils vont le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Et s’ils ne comprennent sans doute pas grand-chose aux élucubrations du vieux Siméon et de la prophétesse Anne, ils accueillent tout cela, sans se pousser du col, sans faire non plus de scandale. Ils s’étonnaient tout juste de ce qui était dit de leur fils. Puis, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. Ils ont mené leur vie simplement, comme toutes les autres familles du monde. Rien ne les distingue des autres familles. Il faut entrer dans l’intimité de cette famille pour y découvrir la présence de Dieu à chaque instant de la vie. Et pendant longtemps, Jésus n’est qu’un enfant comme les autres, apprenant, jouant, vivant, tout simplement. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui, dit sobrement l’évangéliste Luc. 
 
            Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour éduquer votre enfant, votre belle-mère ou qui sais-je encore, c’est raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour trouver en elle le modèle d’une vie paisible et sans soucis, c’est encore raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour condamner la famille de votre voisin parce qu’elle ne correspond pas au modèle catholique, c’est toujours raté : tout n’est qu’amour dans cette famille. Par contre, si vous cherchez en elle comment vivre mieux ce que Dieu attend de vous, regardez et méditez son exemple : vous trouverez auprès d’elle la force de vivre mieux l’Evangile. En cela, elle sera toujours notre modèle, parfaitement sainte parce que parfaitement accordée à la volonté de Dieu. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)
           

dimanche 9 avril 2017

Dimanche des Rameaux A - 09 avril 2017

Quand un âne nous apprend l'évangile !





            Chaque année, nous sommes invités à vivre la Semaine Sainte qui, du dimanche des Rameaux où nous sommes à la nuit de Pâques, nous fait vivre le cœur de la foi chrétienne ; nous accompagnons ainsi Jésus dans les derniers jours de sa vie terrestre. Cette semaine si intense porte pourtant en elle un risque pour nous : celui d’être suivie sans être vraiment vécue. En effet, aucune autre semaine ne comporte autant de célébrations fortes en symboles et en sens. Et pour peu que ce ne soit pas notre première Semaine Sainte, le souvenir des années passées peut nous rendre insensible à des petits détails que nous jugeons vite sans importance, et pourtant. Prenons Matthieu dont nous avons entendu l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il est le seul à signaler que les disciples trouverons une ânesse attachée et son petit avec elle. Les autres évangélistes parlent juste d’un ânon, que personne n’avait encore monté. Et alors, me direz-vous ? Alors ? Ben sur lequel monte Jésus ? Il ne peut pas monter sur les deux quand même ! Pourquoi vouloir alors les deux ? Et pourquoi un âne ? Un cheval n’aurait-il pas été plus convenant pour le Messie ? En ce dimanche des Rameaux, laissons-nous donc évangéliser par un âne ! 
 
            Pourquoi un âne ? L’explication la plus communément admise tient au caractère de l’animal. Il va où il veut et c’est lui qui guide semble-t-il. En montant sur un âne, Jésus manifeste qu’il ne tient pas les rennes de sa vie. Sa vie, il l’a déjà remise à Dieu ; c’est lui qui conduit les événements. L’âne serait donc l’instrument de Dieu pour conduire son Fils là où Dieu le veut, au rythme que Dieu veut, au moment que Dieu veut. L’heure vient, et elle est proche, où le Fils de l’homme va être livré. Même la porte par laquelle il va entrer à Jérusalem, ce n’est pas lui qui la choisit. L’âne, avec Jésus monté dessus, va son chemin. Jésus, au moment où la foule l’acclame, est l’homme obéissant à Dieu, en toute chose. Il s’en remet à lui seul. Et c’est l’âne qui incarne cette obéissance ! De lui, apprenons à aller sur les routes où Dieu nous attend, au moment où Dieu nous attend, au rythme que Dieu attend. 
 
            Chez Matthieu donc, les disciples vont chercher une ânesse et un ânon que personne n’a encore monté. Mais on ne sait sur lequel Jésus est monté. Faisons donc pour lui le choix de l’ânon, conforme aux textes de Marc, de Luc et de Jean. Pourquoi l’ânon ? N’ayant été monté par personne, il symbolise la Nouvelle Alliance que Jésus va inaugurer dans son sacrifice sur la croix. Avec cet ânon, qu’il est le premier à monter, Jésus commence quelque chose de neuf. L’ânesse les accompagne ; elle symbolise la première alliance, non rejetée, mais dépassée désormais par celle que Jésus va établir. Il n’est pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir dans une nouvelle alliance. Et nous chrétiens, dépositaires de cette Nouvelle Alliance, nous ne pouvons pas faire abstraction de la Première Alliance : elle explique la nouvelle, permet de mieux la comprendre. Elle est cette ânesse qui a donné vie à son ânon ! Jésus ne pouvait donc monter que l’ânon, annonçant une nouvelle vie qui commence avec lui. C’est toujours une vie d’obéissance, de confiance en Dieu, mais avec des règles nouvelles. Jésus précisera ces règles lors de son dernier repas avec ses disciples. 
 
            Vous comprenez donc aussi pourquoi Jésus ne peut pas monter un cheval. Un cheval est fougueux, un cheval est symbole de la force guerrière. Or Jésus n’est pas un combattant militaire, il n’est pas un chevalier en armure qui va combattre l’ennemi pour le bouter hors de Palestine. Il est ce Fils obéissant qui marche vers sa mort pour entraîner les hommes sur les chemins d’une vie nouvelle. Les acclamations de la foule ne le feront pas changer d’avis. Elle a beau l’acclamer comme le Messie qui vient ; elle n’a pas encore compris quel type de Messie il est. Pourtant, tout est dit par l’ânon, tout est dit par cet équipage curieux, mais nouveau. 
 
            En ce dimanche des Rameaux, nous avons acclamé Jésus, le Fils de David ; nous avons suivi celui qui vient au nom du Seigneur ! Apprenons de ce que nous avons vu l’humilité de Jésus qui monte un ânon ; apprenons de cet ânon à nous laisser conduire, simplement, là où Dieu nous veut, pour notre vie et notre joie. Amen.      

(Dessin de Mr Leiterer)



samedi 8 octobre 2016

28ème dimanche ordinaire C - 09 octobre 2016

Naaman, une certaine idée de la religion.




Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! » Cette belle profession de foi nous vient d’un païen, un non juif, à une époque où on ne parlait pas encore de Jésus, ni même d’un messie à venir. Elle pourrait induire en erreur celui qui n’entendrait que ce passage lu ce matin, et faire croire que Naaman, le païen, parvient à la foi facilement. Son désir de ne plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël a bien failli n’être jamais exprimé. Car l’histoire commence bien mal. 
 
Naaman est un général du roi d’Aram, un peuple souvent en guerre contre Israël. Il a une servante, capturée lors d’une razzia en territoire d’Israël. Lorsque Naaman devient lépreux, c’est cette jeune servante qui parle à sa maîtresse du prophète Elisée, en Samarie, qui pourrait le délivrer de la lèpre. La lecture de ce dimanche permet désormais de recoller les morceaux : Naaman vient en Israël, se rapproche d’Elisée qui l’envoie se baigner sept fois dans le Jourdain pour être guéri. Les versets 14 à 17 nous ont donné à voir Naaman descendre jusqu’au Jourdain et s’y plonger sept fois, pour obéir à la parole d’Elisée, l’homme de Dieu. Alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Le problème, c’est que le passage de la liturgie nous cache la résistance de Naaman. Il ne suffit pas que le prophète lui fasse dire de se baigner pour qu’il y aille. Bien au contraire ! Pour ce général, aller se baigner est une chose trop simple ! A croire qu’on le prend pour un imbécile. De plus, Elisée ne l’a même pas rencontré ; il a envoyé un serviteur dire au général ce qu’il aurait à faire. Une fois la consigne passée, Naaman se met en colère en disant : Je m’étais dit : Sûrement il va sortir, et se tenir debout pour invoquer le nom du Seigneur son Dieu ; puis il agitera sa main au-dessus de l’endroit malade et guérira ma lèpre. Il attendait autre chose, Naaman ; il voulait un magicien, un guérisseur, quelqu’un qui s’agite au-dessus de ses plaies. Il n’a qu’un ordre, simple au demeurant : va te baigner dans le Jourdain. Il s’attendait à un spectacle religieux, à quelque chose de grandiose ; il n’a qu’une prescription de bain, rapportée de seconde main. Il faudra la sagesse de ses propres serviteurs pour que Naaman, enfin, s’applique à respecter la consigne donnée. Si le prophète t’avait ordonné quelque chose de difficile, tu l’aurais fait, n’est-ce pas ? Combien plus lorsqu’il te dit : « Baigne-toi, et tu seras purifié ». La suite, nous la connaissons. On peut dire que Naaman est passé d’une certaine idée de la religion à la foi en apprenant l’obéissance à la parole de Dieu. 
 
Comprenez-vous ce qui est en jeu ? Naaman, comme beaucoup de nos contemporains, veut une religion spectacle. Avec Dieu, il faut que ça swingue ! Avec Dieu, il faut du fun ! Avec Dieu, il faut des étoiles pleins les yeux ! Combien de fois ai-je entendu : moi je vais à la messe une fois par mois, à la messe des familles ou lors du dimanche autrement, parce que là, tu comprends, c’est mieux, il se passe des choses, ça bouge, c’est créatif…. Je ne nie pas l’importance de ces rendez-vous ; j’en ai fait moi-même, avant même que ce ne soit la mode dans les paroisses. Le problème, c’est qu’on ne doit pas faire de spectacle, n’est-ce pas ! La simplicité convient bien mieux à Dieu et à sa manière de nous respecter. Pas besoin de tambour, ni de trompette, ni de feux d’artifices pour le rencontrer. Pas besoin de grandes manifestations, de grands efforts pour le suivre. Il suffit de s’attacher à sa Parole et de la suivre. Va te baigner, et tu seras purifié !
 
C’est la même parole qui a été adressée à Emma, Anastasia et Stan et qui va se concrétiser dans un instant pour eux. Le bain de Naaman qui le purifie de sa lèpre annonce déjà le bain du baptême dans lequel nous plongeons pour être purifié de la lèpre du péché. Par ce simple bain, nous sommes reconnus comme fils et filles de Dieu, désireux de marcher à la suite du Christ, libérés de tout ce qui nous empêche d’être pleinement libres et heureux. Je ne ferai pas de magie ce matin ; je ne m’agiterai pas au-dessus ou à côté d’Emma, d’Anastasia et de Stan : je leur verserai juste un peu d’eau sur la tête, les oindrai avec un peu d’huile, et ils seront fils et filles de Dieu, frères et sœurs du Christ. Un peu d’eau et un peu d’huile suffisent pour revêtir le vêtement de ceux qui ont déjà, en Jésus, remporté la victoire sur toutes les forces du Mal et de la Mort. Un peu d’eau, un peu d’huile, un vêtement blanc, c’est tout ce qu’il faut pour marcher à la lumière du Christ. Un peu d’eau, un peu d’huile, un vêtement blanc et un cierge, c’est tout ce que vous aurez et c’est tout ce qu’il vous faudra pour avancer à la suite du Christ et vous approcher un jour, que j’espère prochain, de la table où Dieu nous rassemble pour nous donner son corps et son sang, offerts pour la vie du monde. Oui, vous n’aurez qu’un peu d’eau, qu’un peu d’huile, qu’un vêtement blanc et un cierge, et une parole. La Parole du Christ lui-même qui vous a déjà séduit puisque vous êtes là, ce matin, pour dire votre désir de le suivre. Une parole qui vous entrainera encore et toujours à la rencontre de vos frères et donc du Christ, qui vit en chacun d’eux. Il y a des jours comme aujourd’hui où cette parole vous semblera belle et grande, capable de vous mettre en route ; il y aura des jours où cette parole vous semblera fade et faible. Mais ce sera toujours la même parole, la seule et unique parole de Dieu qui vous appellera, qui vous invitera à aller de l’avant, à poursuivre votre chemin de foi, à poursuivre votre chemin d’humanité. Plus vous grandirez en humanité, plus vous grandirez en sainteté. Plus vous grandirez en sainteté, plus vous grandirez en humanité, devenant homme et femme à la mesure de Dieu, comprenant que rien ne vaut plus que l’amour offert. 
 
Emma, Anastasia Stan, vous avez magnifiquement exprimé cette simplicité qui sied à Dieu en nous rappelant, au début de cette célébration, comment Jésus était déjà votre lumière et comment a grandi en vous le désir du baptême. Il n’y avait pas de manifestation extraordinaire ; juste la présence et le témoignage de gens qui vous sont proches, juste ce désir de vivre de celui dont vivent les chrétiens. Gardez toujours cette simplicité ; et vous serez, à votre tour pour d’autres, témoins de ce Dieu qui appelle tous les hommes à la vie et à la joie. Oui, devenez désormais pour d’autres, ce que ces autres dont vous avez parlé ont été pour vous : des témoins, des porteurs d’une parole qui donne envie de vivre en plus grand. Amen.

lundi 2 mai 2016

06ème dimanche de Pâques C - 01er mai 2016

Pâques : quand l'Eglise sort grandie de ses épreuves.



Elle a un-je-ne-sais-quoi d’idyllique, la cité sainte décrite par Jean dans le livre de l’Apocalypse. Elle peut et doit nous faire rêver. En dévoilant dans son livre le projet ultime de Dieu et l’avenir auquel nous sommes destinés, il nous invite à désirer cette cité sainte sans oublier pour autant qu’ici-bas, c’est loin d’être le paradis, qu’ici-bas même l’Eglise est imparfaite, pauvre et pécheresse. Les événements qui ont bousculé l’Eglise de France ces derniers temps en sont un rappel douloureux. Pourtant, ces épreuves peuvent faire grandir l’Eglise, comme d’autres épreuves dans le passé l’ont permis. 
 
Voyez la jeune communauté croyante après Pâques. A mesure que se propage le nom de Jésus chez les peuples de la terre, grandit au sein même de la communauté une difficulté majeure, qui pourrait mener à l’implosion de celle-ci. Elle est résumée ainsi par Luc dans les Actes : Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. Cette difficulté peut nous sembler ridicule, vue depuis notre 21ème siècles relativiste et syncrétiste. Elle concerne pourtant l’unité même et le devenir de l’Eglise. Il serait trop réducteur de la résumer en une simple querelle entre conservateurs et progressistes. Elle concerne avant tout la foi, comme Paul ne cessera de le redire dans ses écrits. Puisque Jésus et ses disciples sont juifs, et que Jésus est reconnu par eux comme le messie attendu, ne faut-il pas que tous les nouveaux croyants au Christ deviennent juifs eux-mêmes en recevant la circoncision ? N’est-ce pas trahir Jésus et amoindrir la foi au Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous, que d’imposer cette circoncision ? L’Eglise, réunie à Jérusalem, entendra tour à tour les tenants de l’une ou l’autre option, ainsi que Pierre et Jacques avant de rendre sa décision, sous la motion de l’Esprit Saint. C’est cette décision que nous avons entendu en première lecture. L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela
 
Ce qui a sauvé l’Eglise, ce n’est pas d’avoir pris le parti de l’une ou l’autre faction, mais bien de se placer sous l’autorité de l’Esprit Saint, et se tenir à ce que l’Esprit lui a fait comprendre. C’est ainsi que le mystère de Pâques se prolonge en elle ; c’est ainsi qu’elle vit de plus en plus dans l’imitation de son Seigneur et Maître, le Christ Jésus, lui qui a livré sa vie sur la croix en obéissance à son Père qui avait pour projet de sauver tous les hommes. C’est dans cette obéissance à l’Esprit Saint que l’Eglise a trouvé, et trouvera toujours son salut. C’est pour cela que, petit à petit, nous sommes invités à demander cet Esprit et à nous préparer à l’accueillir. Comme le promettait Jésus à ses disciples au soir de sa mort, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout. La jeune communauté croyante n’a pas eu peur de faire appel à lui, se conformant à son enseignement. Il l’a toujours mené sur les chemins d’une vie plus grande, plus belle ; il a toujours permis de renforcer la foi et de la propager. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? C’est le même Esprit, l’Esprit du Christ, qui nous anime, qui nous est donné, qui nous guide. Laissons vivre en nous l’Esprit reçu à notre baptême, l’Esprit qui rend présent le Christ dans le pain et le vin consacré, l’Esprit qui appelle les hommes à vivre sous sa conduite pour parvenir au Royaume promis, cette Jérusalem nouvelle, belle et resplendissante. 
 
Pas plus qu’hier, nous n’avons à craindre les difficultés et les épreuves qui se présentent à nous. Dans une confiance renouvelée en l’Esprit Saint, laissons-nous conduire par lui et suivons le chemin par lequel il nous conduit. Il est chemin de purification, de vérité et de justice. Il est chemin de vie pour toujours. Amen.

vendredi 11 avril 2014

Dimanche des Rameaux A - 13 avril 2014

Un jour pour découvrir qui est Jésus.



J’en conviens, c’est une semaine particulière qui s’ouvre en ce dimanche des Rameaux. Une semaine comme aucune autre, qui nous permettra de vivre et d’approfondir le cœur de notre foi. Son importance ne vient pas tant de sa place dans notre carême (juste avant Pâques) ; son importance vient de ce que chaque jour qui la compose nous permet de découvrir quelque chose de notre foi. Chaque jour que nous allons vivre porte un mystère à approfondir. En ce premier jour de la semaine, il nous est ainsi proposé de découvrir mieux encore qui est Jésus. 
 
Qui est Jésus ? La liturgie de ce dimanche des rameaux nous en donne plusieurs portraits. Il est d’abord celui qui est acclamé comme Roi par la foule qui attend un messie politique. Il est ensuite l’ami qui réunit les siens pour le repas de la Pâque et qui leur laisse un merveilleux cadeau. Il est aussi le Juste arrêté, emprisonné, jugé, abandonné. Il est enfin l’Innocent mis à mort, humilié, moqué de tous. Jésus accepte chacun de ces portraits. Il ne se met pas en colère quand la foule l’acclame comme roi : il sait seulement qu’elle se trompe et que l’heure vient où il rectifiera cette image en faisant découvrir qu’il ne se bat pas avec les armes de la violence ou de la haine. Sa seule arme, c’est l’amour porté à son extrême pour tous, y compris pour ses bourreaux. Ainsi, il n’accable pas Judas qui le trahit, ni Pierre qui le renie, ni les autres qui l’abandonnent. Au contraire, il appelle encore Judas son ami lorsque celui-ci le livre ; il regarde encore Pierre avec un regard d’amour lorsque celui-ci l’a renié ; il n’a de haine pour aucun des Douze. Il ne se révolte pas lorsqu’il est arrêté ; il ne hurle pas à l’injustice lorsqu’il est condamné ; il ne fait pas appel aux armées célestes pour échapper à la croix. Il connaît l’injustice des hommes ; il sait combien le monde est quelques fois révoltant. Mais il accepte ; il prend sur lui tout ce mal dont l’homme est capable pour le mettre à mort avec lui sur la croix. Il va jusqu’au bout de sa mission dans un seul but : nous permettre de vivre, d’être vraiment libre face au péché, de ne plus craindre la mort, et nous offrir enfin de vivre avec lui, éternellement ! 
 
Ce Jésus qui se révèle ainsi est d’abord l’homme de l’obéissance, l’homme du projet de Dieu. Il sait combien Dieu aime l’homme, tout homme ! Il sait combien l’homme est prisonnier de ses passions, de ses envies, de son péché. Il sait que Dieu l’a choisi, envoyé, pour nous libérer. Il ira jusqu’au bout, par obéissance à Dieu, par amour pour nous. Il est animé d’un désir de vivre et de faire vivre tellement puissant qu’il acceptera la mort comme chemin vers plus de vie. Sur la croix, lorsque le Christ meurt, c’est la mort qui perd, c’est la mort qui meurt. Celui qui est source de vie, celui qui a toujours relevé les tordus de la vie qu’il a rencontré, accepte cette mort pour mieux la vaincre. Ce n’est qu’en affrontant la mort sur son propre terrain que le Christ peut la vaincre. Homme de l’obéissance, il est aussi l’homme humble, celui qui fait confiance en toute chose à Dieu, qu’il nomme Père. Il sait que, malgré les apparences, il n’est pas abandonné de lui. Il sait qu’en lui, la vie va manifester sa toute puissance. Comment le faire autrement qu’en acceptant cette mort pour en être relevé lorsque tous croiront que c’en est fini de l’histoire Jésus ? Homme d’obéissance, humble, il est enfin l’amoureux de l’humanité, de toute l’humanité, en particulier cette humanité blessée, défigurée par les épreuves de la vie pour laquelle il se livre. 
 
Par notre baptême, nous sommes identifiés à ce Christ obéissant, humble, amoureux de l’humanité. Notre baptême nous révèle le projet d’amour de Dieu pour nous. Notre baptême nous invite à vivre ce projet pour parvenir au vrai bonheur. Il nous redit que nous sommes fils et filles de Dieu, appelés à témoigner de l’amour dont nous avons bénéficié. Enfin notre baptême nous oblige à l’amour de tous et de chacun, parce que nous sommes nous-mêmes aimés de manière inconditionnelle. 
 
En ce premier jour de la semaine, prenons le temps d’approfondir notre connaissance de ce Jésus qui se livre pour nous. Suivons-le sur le chemin de sa Passion. Plongeons au cœur de notre foi ; nous y trouverons un nouveau souffle, un nouveau dynamisme qui nous fera porter à tous la joie de l’Evangile. Amen.
 
(Icône du Christ - Collection de l'auteur)

samedi 13 avril 2013

03ème dimanche de Pâques C - 14 avril 2013

Avec les Apôtres, obéir à Dieu.





Il y a une totale incompréhension entre les Apôtres et ceux qui s’opposent à eux, après s’être opposés, il y a peu de temps encore, à Jésus lui-même. Ils pensaient en finir avec Jésus en le clouant sur une croix ; ils pensaient que le tombeau était le moyen le plus sûr d’enterrer toute cette histoire. Et voilà que ses compagnons, ses disciples, font resurgir son nom. Insupportable ! Tout bonnement insupportable ! Sans doute quelques coups de fouet bien placés vont-ils mettre un terme à ce resurgissement du nom de Jésus. 
 
Faut-il donc qu’ils soient naïfs pour croire qu’ils arrêteront ainsi ceux qui parlent de celui que la mort n’a pu retenir ? Faut-ils qu’ils soient naïfs pour espérer faire taire la voix de Celui qui, à travers ses Apôtres, parle maintenant d’au-delà de la mort ? Les Apôtres ont acquis la certitude que Jésus est bien vivant ; ils ont expérimenté sa présence réelle à leurs côtés : plus rien ne peut leur faire peur, et certainement pas le fouet qui a déchiré le dos de leur Seigneur et Maître. S’il a subi le fouet, ils le subiront eux-aussi, tout heureux de suivre ainsi le chemin de Jésus. 
 
D’où leur vient ce courage ? D’où leur vient cette force de caractère ? La semaine passée, la liturgie nous les montrait  encore tous enfermés à double tour, par crainte des Juifs. Aurions-nous tous sous-estimé la puissance de l’Esprit Saint que Jésus a répandu sur eux ? C’est bien cet Esprit qui est évoqué par Pierre lui-même dans sa réponse au grand-prêtre. Cet Esprit leur donne la force d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes
 
Car là est bien la leçon de ce dimanche : avec les Apôtres, nous devons obéir à Dieu. Obéir, non pas de manière servile, comme des esclaves, mais comme un ami peut obéir à un ami en entrant dans le projet qu’il porte ; obéir comme un ami qui fait tout ce qu’il faut, tout ce qu’il doit, pour que l’œuvre de son ami, qui a besoin de lui, réussisse.  Jésus ne leur a-t-il pas dit, ne nous a-t-il pas dit, que désormais, il ne nous appelait plus serviteur mais ami, parce que le serviteur ignore ce que veut faire son maître ?  Disciples de Jésus, connaissant son œuvre de salut pour tous les hommes, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, refusant les modes passagères, choisissant toujours la vérité et la justice, même si ce chemin est exigeant. Connaissant l’œuvre de Dieu, connaissant surtout l’immense amour qu’il a déployé pour nous, comment ne pas entrer avec lui en résistance ? Comment ne pas obéir à son Esprit Saint, qui veut le meilleur pour nous, le meilleur pour chaque homme ? Et si cela passe par des moqueries, qu’importe au fond : l’amour de Dieu est plus fort que les moqueries. L’amour de Dieu est plus fort que tous les coups que nous pouvons prendre, au propre comme au figuré. 
 
Apprendre à obéir à Dieu, comme les disciples qui étaient partis à la pêche et qui n’avaient rien pris, mais qui, sur l’ordre de Jésus, relancent les filets et les tirent à terre remplis comme jamais. Obéir à Dieu, comme Pierre devra apprendre à le faire, en réaffirmant son amour sincère pour l’ami qu’il avait trahi et qui se voit confier la charge de tout le peuple que Dieu se choisit et appelle à vivre avec lui. Obéir à Dieu, en ayant conscience que ce n’est pas toujours nous qui mettrons notre ceinture et qu’un autre nous emmènera là où nous ne voudrions pas aller. L’obéissance à Dieu devient ainsi l’expression de notre attachement à la mission qu’il nous confie, l’expression de notre reconnaissance pour l’amour qu’il déploie pour nous, jour après jour, l’expression de notre indéfectible attachement à la personne du Christ, mort et ressuscité pour nous. 

Obéir à Dieu n’est-ce pas finalement simplement aimer Dieu et son Christ plus que tout ? L’obéissance, ainsi comprise, ne nous déresponsabilise pas ; au contraire, elle nous fait grandir et aimer mieux celui qui a tout donné par amour pour nous. En obéissant à sa parole, en laissant son Esprit nous guider, nous répondons à cet amour et nous le répandons autour de nous. N’est-ce pas ce qui est demandé à tout disciple ? En toute simplicité ! Amen.
 
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

mardi 17 août 2010

20ème dimanche ordinaire C - Assomption 15 août 2010

Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité.



Le Christ est ressuscité des morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. C’est à partir de cette affirmation de foi et de son développement dans la deuxième lecture entendue qu’il nous faut comprendre le mystère de l’Assomption de la Vierge Marie.

De quoi parle Paul ? Il répond d’abord à une question fondamentale pour les chrétiens de Corinthe concernant la vie après la mort. Son point de départ : la résurrection du Christ. Face à la mort, c’est bien au cœur de notre foi qu’il nous faut revenir. Christ est ressuscité ! C’est le cri de joie du matin de Pâques. C’est lui qui fonde notre foi : si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ; c’est lui qui donne sens à notre espérance : il est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. En mourant et en ressuscitant, Jésus ouvre à tous croyants les portes de la vie. Désormais, nous savons que sommes appelés à la vie, et à la vie éternelle. Même la mort ne peut empêcher le dessein de Dieu de nous unir à lui pour toujours. C’est bien cela l’Alliance nouvelle et éternelle que le Christ a scellé pour nous dans son sang.

Cela étant rappelé, Paul rajoute : C’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront. Adam est ici l’archétype de celui qui s’était coupé de l’alliance avec Dieu, préférant suivre la parole de l’Adversaire plutôt que celle de Dieu qui avait posé un interdit : tu ne mangeras pas des fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ce faisant, il brisait l’harmonie entre Dieu et l’humanité. Par opposition à Adam, le Christ est celui qui accomplit parfaitement la parole de Dieu. Il l’accomplit à un degré tel que la parole de Dieu et la parole du Christ ne font qu’un. Quand le Christ parle, c’est Dieu qui parle ; quand le Christ agit, c’est Dieu lui-même qui agit en faveur des hommes ! Si la désobéissance d’Adam nous a valu à tous d’être marqués par le péché des origines, l’obéissance du Christ nous vaut à tous d’être sauvés ! Heureuse faute de l’homme qui a valu au monde un tel sauveur, chantons-nous dans la nuit pascale avec raison !

Si vous avez bien écouté la lecture, vous aurez remarqué que j’ai commis un oubli dans ma seconde citation de Paul : c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang. Et voilà la précision dans laquelle vient se nicher la fête de l’Assomption : chacun à son rang ! Jouissant du privilège de l’Immaculée Conception et d’un lien unique avec son Fils, Marie occupe un rang unique dans la communauté des ressuscités. Bien que fille d’Adam, elle n’a pas été marquée par le péché, ayant été préparé par Dieu pour être la mère du Sauveur. Toute la vie de Marie a été un grand OUI au projet d’amour de Dieu pour elle, pour son Fils et pour l’humanité. Préservée du péché, elle est préservée de la dégradation du tombeau. A sa mort, elle a été élevée au ciel en son âme et en son corps : c’est là notre foi ; c’est là le sens de cette fête de l’Assomption qui nous réunit au cœur de notre été. Au premier rang des ressuscités, il ya le Christ, puis sa Mère puis les croyants au Christ. En étant ainsi placée directement après son Fils – on pourrait même dire auprès de son Fils – elle devient pour nous gage d’espérance. En sa vie et en sa mort, Marie reste pour nous le modèle du disciple, toujours à l’écoute de son Seigneur et Maître, le suivant en tout sur le chemin qu’il emprunte. Ce n’est donc pas sans raison que la mort de Marie est devenue pour nous un jour de joie et non un jour de tristesse : parvenue au terme de sa vie terrestre, elle connaît immédiatement le bonheur d’être unie à son Fils dans la gloire du Père. Comment pourrions-nous ne pas nous réjouir en un tel jour ? Comment notre espérance ne pourrait-elle pas être renforcée aujourd’hui ? Ce que vit Marie à l’heure de sa mort, c’est ce que nous attendons pour chacun de nous : la pleine vision de Dieu dans sa gloire le jour où le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père.

Réjouissons-nous donc en ce jour et, de Marie, apprenons l’obéissance à la parole du Christ, parole de Dieu ; de Marie, apprenons l’empressement à toujours accomplir ce qui est juste, ce qui est conforme à notre foi. Avec Marie et Elisabeth, tressaillons de joie : Dieu ne cesse de visiter son peuple et il attend que nous allions à sa rencontre, il attend de nous le Oui de notre foi, le oui de notre vie. Ainsi nous partagerons sa gloire pour l’éternité. Amen.




(Icône de la Dormition de la Vierge de Marie, Collection de l'auteur)

samedi 24 avril 2010

Dimanche des Rameaux - 28 mars 2010

Je vais commencer la publication des homélies à partir du dimanche des Rameaux de cette année. L'homélie a été donnée en l'église de Dalhunden (67).



Pour suivre le Christ, il faut apprendre l'obéissance au Père !




Il y a un mot qui permet de résumer l'attitude spirituelle qui caractérise chaque lecture de ce dimanche si particulier. C'est un mot simple, que nous avons tous appris ; que souvent, nous détestons quand nous devons le mettre en oeuvre, mais que nous applaudissons lorsqu'il nous permet de commander aux autres : c'est l'obéissance. Oui, sans obéissance, il n'y a pas ce jour particulier du dimanche des rameaux qui ouvre notre Semaine Sainte. Sans obéissance, il n'y a pas, pour nous, possibilité de suivre le Christ sur le chemin de sa passion, ni même possibilité de partager sa gloire au matin de Pâques.



L'Evangile que nous avons entendu sur le parvis de l'église nous montre l'obéissance des disciples. Un ordre curieux de Jésus : Allez à la ville et amenez l'ânon que vous trouverez attaché à l'entrée ! Lui qui a parcouru tout son pays de long en large et en travers, et le tout à pied ou en barque, le voilà qui demande un ânon, l'animal monté par les rois. Nous comprenons bien que cette demande ne souffre pas de discussion. Elle introduit une série d'événements qui vont s'enchaîner avec une redoutable précision, ces événements que nous allons revivre justement au long de cette grande semaine sainte. Cette obéissance des disciples à l'égard de leur maître se calque sur cette obéissance plus fondamentale de leur maître à l'égard de Dieu. Si l'on vous demande : pourquoi le détachez-vous ?, vous répondrez : le Seigneur en a besoin ! Nous entrons bien dans ce temps pour lequel Jésus a préparé ses disciples, ce temps que Jésus lui-même semble redouter, mais qui est nécessaire à l'accomplissement de sa mission : le temps où ce ne sont plus les hommes qui mènent le jeu, même s'ils peuvent encore en être convaincus. Ce temps est le temps de Dieu, le temps où Dieu va manifester sa gloire. Et il le fait d'abord à travers cette entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, prémice de son entrée dans la gloire de Dieu après l'affrontement ultime avec la mort.



Cette obéissance du Christ à son Père n'est pas une obéissance servile. Elle est la marque du Fils bien-aimé qui se sait investi d'une mission précise : apporter aux hommes la paix par le sang de sa croix. Ne croyons pas qu'il y va la fleur au fusil et le coeur léger. La passion que nous méditons nous montre bien l'angoisse du Christ. Son obéissance est librement consentie ; il s'est laissé intruire par Dieu son Père durant toute sa vie et maintenant vient le temps où cet enseignement va porter son fruit. Jésus accepte l'acclamation de la foule le jour de son entrée triomphale à Jérusalem, comme il acceptera que cette même foule, précédée d'ailleurs de ses propres disciples, l'abandonne quand viendra pour lui l'heure d'être élevé de terre sur la croix. En montant sur cet ânon, il devient le Roi de l'univers par obéissance et non par orgueil ou vanité. En se laissant acclamer, il devient Roi des hommes non pour les soumettre à son autorité, mais pour leur proposer le seul chemin d'avenir : le chemin de l'amour offert sans retour. Sans doutefaut-il la force tranquille de cet animal pour que les pieds de Jésus ne se dérobent pas. En se laissant porter par cet ânon, il se laisse porter désormais par les événements qui vont conduire à la libération de l'humanité tout entière à travers le temps et l'histoire. Son obéissance au Père le fait refuser d'être traité autrement qu'un homme. Il va, par obéissance au Père, s'abaisser jusqu'à n'être plus rien pour devenir tout pour ceux qui le reconnaîtront vivant au matin de Pâques. Il faut savoir tout perdre pour tout recevoir de Dieu. Il faut savoir n'être plus rien pour se recevoir Fils de ce Dieu qui nous aime et nous protège.



A nous qui allons vivre au long de cette semaine le coeur de notre foi, il nous est demandé d'entrer dans cette obéissance. Nous ne comprendrons sans doute jamais totalement pourquoi il aura fallu le drame de la Passion pour que nous soyons pleinement sauvés, mais par notre obéissance à la Parole de Dieu, nous pourrons toujours mieux comprendre ce grand mystère qui nous vaut la vie. Oui, il nous faut apprendre l'obéissance au Christ pour le suivre sur le chemin douloureux de la passion ; il nous faut apprendre l'obéissance au Père pour comprendre toujours mieux l'offrande du Fils unique. Nous avions tout le temps du Carême pour questionner Dieu et nous laisser intruire. Maintenant est venu le temps de suivre, pas à pas, Celui que nous confessons comme Seigneur et Sauveur. Même si nous ne comprenons pas bien ; même si nous aurions préféré un autre chemin. Il ne nous est donné désormais que le chemin qui passe par la croix. Alors avançons, dans l'obéissance à Dieu et la fidélité au Christ. Amen.





(En illustration : Copie d'une icône de l'entrée de Jésus à Jérusalem, 16ème siècle, collection de l'auteur du blog)