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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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vendredi 31 octobre 2025

Toussaint - 01er novembre 2025

 Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse ! 







 


            Le cœur de la foi chrétienne, c’est Jésus, mort et ressuscité pour notre vie. Il n’y a pas à en douter une seule seconde. Chaque chrétien devrait pouvoir poser cette affirmation lorsqu’il est interrogé sur sa foi. Et chaque chrétien devrait pouvoir vivre les conséquences de cette affirmation. La plus immédiate, la plus évidente aussi, c’est la joie que procure cette bonne nouvelle pour nous.

            Les béatitudes entendues aujourd’hui ouvrent le premier grand discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu. Et quel est le mot qui revient comme un refrain ? Heureux, renforcé par cette conclusion : réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse. Celui qui vit le bonheur annoncé par Jésus ne peut que se réjouir, même si les béatitudes semblent proposer un bonheur à mille lieues de ce que nous considérons comme utile à notre bonheur. Le bonheur proposé par Jésus est un bonheur qui découle d’un vivre avec les autres, d’une attention à ceux et celles qui en ont le plus besoin ; c’est un bonheur qui découle d’une manière d’être et non d’une manière d’avoir ou de posséder. Là où beaucoup diraient : pour être heureux, il me faut de l’argent, une maison, une voiture, Jésus nous dit : il te faut juste, pour être heureux, ouvrir les yeux sur ceux qui t’entourent et prendre le temps d’être là pour eux, quels que soient les événements qu’ils traversent, ou que tu traverses avec eux ou à cause d’eux. Et Jésus nous dit cela au début de son ministère de prédication. Si le temps de sa passion a pu faire oublier cet appel au bonheur et plonger ses disciples dans la peur et le désarroi, sa résurrection va le raviver. Devant celui qu’ils croyaient mort et qu’ils voient à nouveau vivant, au milieu d’eux, leur joie est complète. Et ainsi devrait être la nôtre.

            Un chrétien ne devrait jamais oublier de se réjouir à cause de Jésus, et vivre chaque instant de sa vie, bon ou moins bon, avec le souvenir de cette joie que provoque la résurrection de Jésus. Si la puissance de la résurrection nous habite et nous met en mouvement, alors notre cœur sera établi fermement dans cette joie du Christ ressuscité, et nous pourrons mieux affronter les moments plus difficiles de notre vie. Cette joie de la résurrection est pour aujourd’hui déjà et elle est notre avenir. Nous sommes faits pour vivre heureux avec Dieu et en Dieu, aujourd’hui et toujours. Les saints que nous fêtons tous ensemble en ce jour, qu’ils soient connus ou inconnus, ont tous vécu de cette joie que rien ne peut nous enlever. Dans les saints les plus récents, voyez un Carlo ACUTIS par exemple. Il a répandu, par de petites attentions quotidiennes, la joie autour de lui, et malgré la maladie foudroyante qui l’a emporté à 15 ans, il a su garder cette joie et consoler ses proches. C’est cela, vivre de la puissance de la résurrection du Christ. Les saints nous montrent tous, chacun à leur manière, comment vivre cette joie du Ressuscité.

             A ceux qui cherchent un chemin de sainteté, la joie se présente comme une route sûre, parce qu’elle est l’attitude la plus chrétienne possible. La joie que me procure ma foi en Jésus mort et ressuscité, est aussi la joie qui ouvre mon cœur aux autres et aident mes mains à soulager leur misère. C’est encore la joie de la foi qui dilate mon espérance et me fait entrevoir le bonheur véritable dans lequel Dieu veut ses enfants. Enfants de Dieu, nous le sommes, nous assure saint Jean dans la deuxième lecture de cette solennité. Nous le sommes parce que Dieu, le premier nous aime, sans aucun mérite de notre part. Voilà qui ajoute encore à notre joie. Ce n’est pas une joie de façade qu’il nous est demandé de vivre ; ce n’est pas un verni qui nous protègerait. Non, la joie que nous avons à vivre vient de l’assurance que rien ne peut nous enlever de la main de Dieu ; rien ne peut nous retenir loin de lui, puisqu’il nous aime et qu’il nous veut avec lui, toujours. Y a-t-il une plus grande joie que celle de se savoir aimé, inconditionnellement ?

            En nous réjouissant aujourd’hui pour tous ceux et celles que l’Eglise reconnait comme saints, en nous réjouissant pour tous ceux qui le sont dans l’anonymat des autels, réjouissons-nous aussi pour nous, appelés par Dieu à être saints, que nous soyons un jour reconnus comme tel ou non. Que la sainteté de celles et ceux qui ont été élevés sur les autels stimulent notre sainteté et nous connaîtrons aujourd’hui et toujours la joie parfaite que Dieu nous donne en Jésus, son Fils, mort et ressuscité pour notre salut. Amen.

samedi 31 octobre 2015

Toussaint - 01er novembre 2015

Heureux !




Heureux ! C’est le premier mot de Jésus à la foule venue se rassembler autour de lui, le premier mot de son ministère. Il précise ainsi, dès son premier discours, pourquoi il est venu, quelle est sa mission : rappeler aux hommes qu’ils sont faits pour vivre, heureux et libres, avec Dieu et tous les hommes, leurs frères. Et l’on comprend alors aisément pourquoi il est écouté. Qui n’a pas envie d’être heureux ? Qui ne cherche pas le bonheur ici bas ? 
 
Heureux ! Ce premier mot de Jésus est une invitation faite à tout homme. Il n’est pas une loi morale, il n’est pas un commandement ; il est une invitation ! Tu peux être heureux, vraiment, si tu écoutes ce que je te dis et si tu essaies d’en vivre. Nous ne le savons que trop bien : le bonheur ne se commande pas, le bonheur ne se programme pas. Mais, semble nous dire Jésus, il est des chemins qui y mènent, assurément !  Celui qui accepte de suivre l’un de ces chemins parvient au bonheur véritable. Quels sont ces chemins ? Les béatitudes les égrainent l’un après l’autre, par 9 fois. Heureux les pauvres de cœurs ! Heureux les doux ! Heureux ceux qui pleurent ! Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ! Heureux les miséricordieux ! Heureux les cœurs purs ! Heureux les artisans de paix ! Heureux les persécutés pour la justice ! Heureux ceux qui sont persécutés à cause de Jésus ! Voilà les chemins de bonheur que Jésus propose ! Reconnaissons qu’ils ont l’air bien raide ! Ils sont, en tous les cas, à l’opposé des bonheurs proposés par la publicité aujourd’hui : pour elle, vous ne pouvez être heureux que si vous êtes jeune, beau, riche, et en bonne santé. Et si vous n’appartenez pas à l’une de ces catégories, rassurez-vous, il existe un produit qui peut supprimer ce manque : celui que nous ne possédez pas encore et que la publicité vous propose justement d’acquérir ! Les chemins de bonheur de Jésus ne sont pas des argumentaires publicitaires. Ils ne proposent pas d’acquérir quelque chose d’extérieur pour devenir  heureux. Ils proposent, au contraire, de changer notre intérieur, pour nous faire comprendre où est le vrai bonheur. Il n’est pas dans ce que l’homme possède, mais dans ce qu’il est. Les chemins vers le bonheur que Jésus propose ne s’achètent pas ; ils supposent désir de conversion, ouverture aux autres, attention à ce qui fait la vie des hommes. 
 
Heureux ! Il y a une béatitude qui permet de comprendre que ces chemins vers le bonheur que Jésus propose ne sont pas aussi difficiles ou inatteignables qu’ils le paraissent. C’est curieusement la dernière. Et celle-ci ne s’adresse plus à tous les hommes (heureux ceux qui …), mais elle ne s’adresse qu’aux disciples de Jésus : Heureux serez vous lorsque … à cause de moi ! C’est dans la relation personnelle à Jésus que se révèle le vrai bonheur. C’est dans la relation à Jésus que l’ouverture aux autres et à Dieu prend tout son sens. C’est dans la relation à Jésus que l’homme trouve la force de suivre ces chemins, parce que le Christ, le premier, les a empruntés et vécus pleinement. Il est venu proposer le vrai bonheur aux hommes ; et pour que les hommes puissent s’y convertir, il s’est offert sur la croix, afin de nous recentrer sur Dieu et sur son œuvre de salut pour tous. En mourant sur la croix, il nous ouvre définitivement la possibilité d’être heureux, puisque le dernier obstacle au bonheur, à savoir la mort, est vaincu alors même que nous croyions que tout était fini et que Jésus s’était trompé. Sur la croix, Jésus ne nous trompe pas : il nous sauve ! Sur la croix, il révèle sa toute puissance et nous ouvre au vrai bonheur. Parce qu’il y a de la joie à être sauvé du mal et de la mort par le Christ ! Parce qu’il y a de la joie à connaître enfin un règne de justice et de paix ! Parce qu’il y a de la joie à se savoir aimé ainsi, jusqu’au bout, jusqu’au plus profond de la mort. 
 
Heureux ! Ce bonheur que Jésus nous propose n’est pas pour plus tard. C’est un vrai bonheur pour aujourd’hui. Et tous ceux qui marchent déjà, fidèlement, à la suite de Jésus, connaissent un bout de ce vrai bonheur dont ils attendent la réalisation totale lorsqu’ils seront appelés à voir Dieu. La fête de la Toussaint vient heureusement nous redire que ce bonheur promis se réalise, dès ici-bas et pour l’éternité : à preuve, la foule immense de celles et de ceux qui, au long de notre histoire, ont accordé foi et confiance au Sauveur, ont reconnu en lui celui qui est venu sauver les hommes de la désespérance et de la mort ; avec lui, ils ont trouvé le chemin du bonheur, dès ici-bas. Avec lui, ils sont parvenus au vrai bonheur, celui que même la mort ne saurait nous enlever. Près de lui, ils nous attendent, pour qu’avec eux, nous formions cette foule immense qui chante la gloire de Dieu ! Que la célébration de leur fête nous stimule et oriente notre vie vers le Christ. Que cette Toussaint nous permette de redécouvrir à quel bonheur nous sommes appelés. Aujourd’hui et toujours. Amen.
 
(Dessin extrait de L'image de notre paroisse, n° 203, éd. Marguerite, nov. 2003)

samedi 28 février 2015

02ème dimanche de Carême B - 01er mars 2015

Dieu fait alliance avec l'homme pour que l'homme soit heureux !




C’est une très ancienne histoire que nous raconte le livre de la Genèse : l’histoire de l’alliance entre Dieu et l’homme. Une alliance commencée à la création, recommencée avec Noé, pour que les hommes vivent libres et heureux. Et lorsqu’un jour Dieu fait alliance avec Abraham, voici que cette alliance de bonheur prend visage : le visage de ce fils qui manquait à Abraham pour asseoir sa descendance et réaliser ainsi la promesse de Dieu : tu seras le Père d’une multitude
 
Ce fils donc, Dieu l’offre : y a-t-il plus beau cadeau que celui d’une descendance ? Plus beau cadeau que de savoir que sa propre vie va se poursuivre dans la mémoire des enfants ? Ainsi naît Isaac, l’enfant de la promesse, l’enfant-cadeau de ce Dieu qui fait alliance. Nous imaginons sans peine la joie de ce vieillard à la naissance du fils tant attendu. Mais voilà, le même Dieu qui avait promis l’enfant, le même Dieu qui avait assuré Abraham d’une descendance, ce même Dieu lui réclame à nouveau la vie de cet enfant. Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. Cruel, direz-vous ! Volonté de Dieu, répond Abraham, qui suit à la lettre les instructions de Dieu. Faut-il être insensible pour agir ainsi ? Ou faut-il au contraire avoir une grande foi en ce Dieu qui s’est déjà manifesté Dieu de l’impossible ? Dieu veut-il réellement le sacrifice de ce fils aimé ? Abraham ne se pose pas de question. Dieu demande, Abraham obéit : Me voici est l’unique parole qu’Abraham sache dire à son Dieu. Grand bien lui fasse ! Son obéissance lui vaut une joie plus grande encore que la naissance de son fils : la joie d’entendre son Dieu lui dire qu’il ne veut pas de sacrifice humain ; la joie d’entendre son Dieu renouveler sa promesse et ses bénédictions pour sa famille. Parce qu’il a fait confiance à Dieu, Abraham vivra heureux ; parce qu’il a fait confiance à Dieu, Abraham sera comblé, avec toute sa famille.
 
Lorsque Paul nous parle de cette alliance de Dieu, il nous dit cette proximité de Dieu au monde des hommes. Une proximité telle, que rien ne peut nous atteindre. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? L’alliance de Dieu est plus que jamais solide ; l’alliance de Dieu est plus que jamais faite pour le bonheur de l’homme. En Jésus, Dieu a délivré l’homme de la mort et du péché. Il lui a donné la victoire sur tout ce qui s’opposait au bonheur des hommes, tout ce qui limitait l’homme, tout ce qui l’enfermait dans sa condition pécheresse. Par la mort et la résurrection de Jésus, les portes de la vraie vie se sont ouvertes. Pour Paul, le bonheur que nous recherchons se trouve donc en Dieu, et en Dieu seul. Plus rien ne peut attenter durablement au bonheur de l’homme qui sait que Dieu est de son côté, selon sa promesse. 
 
Cette promesse de Dieu, Pierre, Jacques et Jean en ont été les témoins privilégiés sur la montagne de la transfiguration. Pendant un instant, ils ont vu Jésus tel qu’il est, dans toute sa gloire. Un moment unique pour leur redonner courage quand viendront les jours de la passion. Un moment unique et une invitation : celui-ci est mon fils bien-aimé : écoutez-le ! Autrement dit, en Jésus, c’est Dieu qui parle aux hommes, comme il le faisait jadis avec Abraham, comme il le fera encore par les prophètes et par la Loi : la présence de Moïse et d’Elie en atteste. Mais Jésus est plus grand que tous les prophètes, plus grand que Moïse, puisque Dieu le reconnaît comme son fils. Comme jadis avec Abraham, l’alliance prenait le visage d’Isaac, la nouvelle alliance de Dieu prend le visage singulier de Jésus ; elle s’écrit dans les gestes et les paroles de Jésus. Connaître Jésus, confesser son nom, écouter sa parole et en vivre : voilà qui nous introduit aujourd’hui, avec certitude, dans cette alliance de Dieu avec les hommes, alliance signée dans le sang de la croix pour notre vie et notre joie. 
 
Aujourd’hui encore, nous sommes invités à écouter Jésus, le fils unique de Dieu. Aujourd’hui encore, nous sommes invités à faire de sa parole le cœur de notre vie, le cœur de notre action. Lorsque nous proclamons notre foi, chaque dimanche, après l’écoute de la Parole de Dieu, c’est bien pour dire notre volonté d’intégrer cette parole, de lui être fidèle et d’en vivre. Nous disons que nous croyons qu’il y a un chemin de vie et de bonheur dans cette parole entendue. Nous disons que nous croyons que cette parole, qui invite à l’amour, au partage, au respect, est le seul chemin possible pour les hommes de vivre en paix, de vivre heureux. 
 
Depuis Abraham, le Père des croyants, jusqu’à Jésus, le Crucifié, Dieu fait alliance avec nous, parce qu’il nous veut vivants, libres et heureux. Ne trahissons pas son alliance en utilisant sa Parole pour nous opposer, voire nous combattre. Mais honorons cette alliance en répandant sa Parole de paix et de pardon, promesse de bonheur pour tous et toujours. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)



vendredi 13 avril 2012

02ème dimanche de Pâques B - 15 avril 2012

En Jésus ressuscité, nous sommes vraiment heureux !






A quoi aura servi la résurrection du Christ ? Vous êtes-vous déjà interrogé à ce sujet ? Car enfin, l’événement fondamental de notre foi, la mort et la résurrection du Christ, doit bien servir à quelque chose, non ?!

Certes, nous avons tous appris au catéchisme que le Christ est mort pour nos péchés. Mais à une époque où le sens du péché se perd, à une époque où même les croyants ne sont pas nombreux à courir le sacrement du pardon, ça veut dire quoi : il est mort pour nos péchés ? Quand l’homme n’a plus l’impression de faire des choses vraiment mal qui le coupent de l’amitié avec Dieu, à quoi cela sert-il que Dieu donne son Fils sur la croix pour libérer l’homme de ses péchés ? Peut-il libérer quelqu’un qui n’a pas l’impression d’être prisonnier ? Alors à quoi peut servir la résurrection du Christ ?

Nous avons encore appris qu’en donnant sa vie, Jésus nous offre la vie de Dieu. Mais à une époque où Dieu lui-même est remis en cause, où son existence semble niée quotidiennement, ça veut dire quoi : il nous offre la vie de Dieu ? Quand l’homme ne veut plus d’alliance avec Dieu, quand l’homme ne semble plus se préoccuper de sa relation d’amour avec Dieu, à quoi cela sert-il que Dieu nous offre sa vie ? Quand des enfants sont accueillis dans l’Eglise par le sacrement du baptême et deviennent ainsi fils de Dieu, pour aussitôt ne plus être conduit dans une communauté, que signifie : entrer dans la vie de Dieu ? Dieu peut-il donner sa vie à quelqu’un qui n’en veut pas ? Alors à quoi peut servir la résurrection du Christ ?

Nous avons encore appris que le Christ, par sa mort et sa résurrection, nous sauve de la mort. Mais à une époque où, en France, une majorité de personne ne croit plus en la résurrection, et pour certains ne croient même pas qu’il y a quelque chose après la mort, ça veut dire quoi : il nous sauve de la mort ? Quand l’homme se ferme son propre avenir, quand il refuse même la perspective d’un salut après sa mort, à quoi cela sert-il que Dieu meurt pour qu’un avenir s’ouvre à l’homme ? Dieu peut-il donner la vie à quelqu’un qui ne veut pas vivre d’une vie marquée du sceau de l’éternité ? Alors à quoi peut servir la résurrection du Christ ?

La première lecture que nous avons entendue nous montre les effets de la résurrection sur les premiers croyants. Ils sont un seul cœur, une seule âme. Ils mettaient tout en commun ; ils témoignaient de la résurrection du Christ. En lisant les Actes des Apôtres, nous sentons bien qu’ils sont profondément heureux de ce qui leur arrive ; ils vivent de la résurrection du Christ. Demandez-leur à quoi sert la résurrection ? Elle est toute leur vie, le moteur de leurs actions, ce qui donne sens à leur manière de vivre. C’est parce que Jésus ressuscité les sauve du péché qu’ils sont un cœur et une âme ; c’est parce que Jésus ressuscité les sauve de la mort et inaugure ainsi un monde nouveau qu’ils mettent tout en commun ; c’est parce que Jésus ressuscité les a libérés du mal qu’ils ne se disent propriétaire de rien et partagent tout, de telle sorte que personne ne vivait dans la misère ; c’est parce que Jésus ressuscité leur offre la vie même de Dieu qu’ils sont assidus à la prière et à la fraction du pain. Cette vie, qui nous semble idyllique, est le fruit de la résurrection du Christ prise au sérieux dans le quotidien d’une existence humaine.

Alors à quoi sert la résurrection du Christ ? Aujourd’hui comme hier, le Christ ressuscité est la vie et le bonheur de ceux qui croient en lui : à nous de le montrer si telle est notre foi. Aujourd’hui comme hier nous pouvons trouver, dans le don du Christ sur la croix, la force nécessaire pour vivre l’Evangile et transformer notre vie et notre monde pour qu’ils soient à l’image et à la ressemblance de Dieu : à nous d’agir si telle est notre foi. Aujourd’hui comme hier, nous pouvons témoigner fièrement de ce que le Christ ressuscité continue de faire dans le cœur des croyants : à nous de parler si nous vivons du Christ. Oui, la résurrection du Christ nous sauve de la mort et du péché ; oui, le Christ ressuscité nous offre la vie de Dieu et nous ouvre un avenir. Oui, avec le Christ ressuscité, nous pouvons être vraiment heureux, vraiment libres, vraiment vivants aujourd’hui et toujours. Nous n’avons pas vu le Christ ressuscitant, mais nous pouvons, avec Thomas, le reconnaître comme notre Seigneur et notre Dieu. Nous ne nous demanderons plus à quoi peut bien servir la résurrection puisque nous en vivrons. N’est-ce pas la meilleure réponse à la question posée ? Croire ce que nous entendons, proclamer ce que nous croyons et vivre ce que nous proclamons : et si c'était là, la recette du vrai bonheur vécu en Jésus ressuscité ? Pour être heureux, rien ne vaut une vie unifiée par la foi. Puisse-t-il en être ainsi pour le plus grand nombre. Amen.






(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 29 janvier 2011

04ème dimanche ordinaire A - 29 janvier 2011

Dieu veut notre bonheur !



Heureux ! Tel est le premier mot du premier discours adressé par Jésus aux foules qui le suivent dans l’évangile selon Matthieu. Et je reconnais que cela a quelque chose de rassurant. Les premiers mots publics du Verbe de Dieu ne sont pas d’abord des règles de morales, ni des interdits, mais une invitation à être heureux, profondément heureux. C’est ainsi que Dieu nous veut : Heureux ! A y regarder de plus près, je ne suis pas sûr que cela soit vraiment le bonheur que nous recherchons, mais c’est celui qui nous est offert. Je ne vais pas reprendre chaque béatitude, mais vous indiquer quelques pistes qui nous permettent d’entrer dans leur esprit pour vivre ce véritable bonheur.

Au commencement de tout, il y a la pauvreté de cœur, la pauvreté évangélique. Elle ne concerne pas d’abord notre situation financière, mais bien plutôt notre rapport aux choses et aux autres. Le pauvre de cœur, c’est celui dont le cœur ne possède rien ; il est libre de tout. Il n’a pas le cœur encombré au sujet de ce qui pourrait arriver aux choses qu’il possède, ni préoccupé de ce qu’il pourrait posséder encore. Son rapport aux choses est un juste détachement : il ne se définit pas par ce qu’il possède, mais par ce qu’il est. Le pauvre de cœur, libre vis-à-vis de tout, est aussi libre vis-à-vis de tous. Son cœur ne possède rien et n’est possédé par personne. Il n’est l’esclave de rien, ni de personne. Il établit avec les autres une juste relation. Le cœur libre de tout, il a de la place, dans sa vie, pour Dieu, pour les autres qu’il croise dans sa vie. Encombré par rien, il peut laisser à Dieu la place qui lui revient. Ne possédant personne et possédé par personne, il peut entrer en relation juste et vraie avec Dieu, l’unique nécessaire, en relation juste et vrai avec tous : il est disponible, ouvert, attentif. C’est la première condition pour être vraiment heureux, en tous les cas pour être heureux comme Dieu nous veut heureux. C’est déjà ce qu’annonçait le prophète Sophonie, dans la première lecture entendue : Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur.
Après la pauvreté, vient l’amour. Toujours. Libre vis-à-vis de tout et de tous, nous sommes en mesure d’aimer vraiment. Dans les Béatitudes, l’amour des autres est souligné dans les béatitudes suivantes : Heureux les doux ; Heureux ceux qui pleurent ; Heureux les miséricordieux ; Heureux les artisans de paix. Des attitudes fondamentales pour permettre à celles et à ceux dont nous croisons la route de découvrir un peu de ce bonheur que Dieu nous invite à vivre : être doux avec eux, capable de compassion, de pardon, de paix. Il ne s’agit pas seulement de vivre à côté des autres, sans les asservir, ni être asservi par eux, mais bien de vivre avec eux et de nous permettre à tous de vivre mieux. Notre bonheur passe par celui des autres ! Le prophète Sophonie déclarait déjà : Il ne commettra plus l’iniquité, il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche.

Enfin, après la pauvreté et l’amour, vient la pureté du cœur. Pour l’homme de la Bible, le cœur est le siège de ses décisions. Si par ma pauvreté, je laisse à Dieu la place qui lui revient, si par l’amour que je manifeste, je laisse l’amour de Dieu approcher de tous, alors mon cœur est pur, mon cœur est comme Dieu le veut, parce que gouverné par lui. Tout ce que je fais, tout ce que je dis, tout ce que je vis, je le fais, je le dis, je le vis avec Dieu. Grâce à un cœur pauvre, Dieu habite en nous ; grâce à un amour vécu, Dieu se répand autour de nous ; et petit à petit, nous devenons ce que nous sommes : des hommes, des femmes, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et tout ceci, nous ne le devons qu’à Dieu, au Christ, envoyé pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption. Le cœur pur ne tire même pas orgueil de cet état de fait : ce qu’il est, il le doit au Christ qui l’a sauvé. Celui qui veut s’enorgueillir, qu’il mette son orgueil dans le Christ !
Un cœur de pauvre, totalement libre ; un cœur aimant, comme Dieu aime ; un cœur pur dans lequel Dieu prend toute la place : voilà le chemin du vrai bonheur. Il est peut-être à mille lieux de nos petits bonheurs humains, mais il est un bonheur éternel, un bonheur pour tous. Dieu nous veut heureux et il nous indique la route à suivre pour l’être vraiment. Si cela nous semble fou, si vivre ainsi nous semble faire preuve de faiblesse, méditons cette phrase de saint Paul : Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qu’il y a de fort. Et regardons sans cesse vers la croix : elle est folie pour certains, signe de faiblesse pour d’autres, et pourtant, elle nous vaut le salut et la vie avec Dieu. N’est-il pas là notre vrai bonheur ? Amen.





(Dessin de Coolus, blog du lapin bleu, voir mes liens)

lundi 12 juillet 2010

15ème dimanche ordinaire C - 11 juillet 2010

Va, et fais ainsi !


Qui d'entre nous n'aspire pas à vivre heureux ? Qui d'entre nous n'espère pas connaître un jour la joie du Royaume qui nous est promis ? Il y a peu encore, quelqu'un m'interrogeait au sujet du "paradis et de l'enfer". Qui irait où ? C'est une question récurrente lorsque la mort frappe une famille : la personne décédée a-t-elle bien fait tout ce qu'il fallait pour être maintenant auprès de Dieu ? Je me garderai bien de répondre d'une manière personnelle. Mais la liturgie de ce dimanche nous indique une voie à suivre. Elle tient en quelques mots : Va, et fais ainsi !

Va, et fais ainsi !
C'est la réponse que Jésus apporte à cet homme qui l'interroge : Comment gagner le Royaume de Dieu ? A une question simple en apparence, Jésus répond par une question tout aussi simple : Que dit la Loi ? En clair, qu'a recommandé Dieu à son peuple lorsqu'il l'a sorti de l'esclavage ? Quel chemin l'a-t-il invité à suivre pour connaître le bonheur ? En bon croyant, l'homme qui interroge Jésus répond par le coeur de la Loi : Aime Dieu et ton prochain comme toi-même ! Jésus ne peut que constater la justesse de la réponse. Que dire de plus, en effet, après cela ? Nus l'avons tous appris dès le début de notre catéchisme. Et c'est encore pour nous aujourd'hui le coeur de notre vie morale.

Mais l'homme sent bien que c'est un peu court comme réponse. Le voilà pris à son propre piège. Aussi risque-t-il une autre question : Qui est mon prochain ? En interrogeant ainsi Jésus, il semble vouloir le forcer à classer les gens, à dire qui est aimable et qui ne le serait pas ! Qui est prochain ressemble fortement à cette autre interrogation : Qui dois-je aimer ? Et nous comprenons tout de suite; si nous connaissons un peu le Christ, qu'il ne peut se laisser enfermer dans pareil discours. La question est mal posée ; la réponse se fait surprenante. Une histoire d'homme attaqué en chemin et laissé pour mort. Un serviteur du Temple, puis un prêtre et enfin un Samaritain passent par là : un seul viendra au secours de cet homme et paiera même ce qu'il faut pour que le blessé vive. Nous avons tous entendu cette parabole. Jésus la conclut par cette question : Qui a été le prochain de l'homme blessé ?

En agissant ainsi, Jésus renverse la question posée. Ne demande pas qui tu dois aimer ; tout le monde est à aimer pour celui qui se met à la suite de Dieu, puisque tout le monde est dépositaire de l'image de Dieu au plus profond de lui. Demande-toi plutôt : de qui vais-je être aimé ? Cette manière de dire les choses peut sembler bizarre, mais c'est bien ce qui resort de cette inversion. Quel est celui dont l'action est appréciée par le blessé ? A qui ira la reconnaissance du blessé ? Jésus n'a pas besoin de tirer les conclusions qui s'imposent : si je veux être aimé par celui qui croise ma route, je dois lui vouloir du bien, je dois lui manifester mon amour.

Va, et fais ainsi.
Nous l'aurons tous compris : l'accès à la vie éternelle, c'est l'amour manifesté et vécu. En invitant le docteur de la Loi à imiter le Samaritain de la parabole, Jésus lui indique la seule voie à suivre. Il ne suffit pas de parler d'amour, il ne suffit pas de crier vers Dieu : il faut vivre cet amour que l'on confesse. La première lecture entendue nous rappelait fort justement que cette Loi d'amour n'est pas hors d'atteinte. Elle est inscrite au coeur de chacun ; elle est sur toutes les lèvres, non pour être redite, mais pour être mise en pratique. Dieu ne nous demande pas l'impossible : il nous demande de mettre en accord nos paroles et nos actes. Le premier, Dieu nous a montré le chemin ; le premier, il a aimé, et aime encore, l'homme d'un amour sans mesure, d'un amour sans faille. Il n'a rien ignoré des difficultés de l'amour : Jésus lui-même a échoué auprès du jeune homme riche ; Jésus lui-même s'est retrouvé en croix par amour. Mais la victoire de Jésus sur la mort, sa parole de pardon sur la croix, viennent nous rappeler que la victoire de l'amour est possible. Nous en avons un avant-goût dans la résurrection de Jésus ; un jour, nous goûterons à cet amour en plénitude. Pour peu que nous ayons aimé, même un peu, même maladroitement. Il suffit de se mettre en route ; il suffit de commencer. Le reste est donné en plus.

Va, et fais ainsi.
Et si c'était là le secret de la réussite d'une vie d'homme ? Va, mets-toi en route, et fais comme le dit la Loi. Va, commence ton chemin d'humanité et fais comme cet homme dans la parabole que le Christ nous raconte aujourd'hui. Va, et commence à aimer en aidant simplement celles et ceux que tu croiseras sur ta route. Tu es le prochain de tout homme. Va, aime, vis : le bonheur est au bout. Amen.




(Dessin de l'Hortus Deliciarum, illustrant la parabole du Bon Samaritain)