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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 5 février 2022

5ème dimanche ordinaire C - 06 février 2022

 Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.




        Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. J’ai bien conscience, en ces temps qui suivent la publication du rapport Sauvé, qu’il peut-être ecclésialement et politiquement incorrect de relever cette affirmation de Paul pour la proposer à votre méditation. Pour certains, elle ferait partie de ces phrases qui ont permis la mise en place du cléricalisme, source de tous les abus. Ce serait pourtant gravement trahir la pensée de Paul que d’utiliser ce verset pour justifier une position de domination. 

            Paul ne tire aucune gloire de sa mission d’apôtre. Il se défendra toujours d’avoir été à la charge de quiconque. Jamais il ne s’est fait entretenir ; jamais il n’a usé de sa place dans la communauté pour exiger privilège ou attention particulière. Bien au contraire ; il l’exprime très bien quand il écrit aux Corinthiens : Moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Il a conscience que son histoire avec Jésus avait plutôt mal commencé. L’attitude de domination, c’était avant, quand il ne connaissait pas encore le Christ, et qu’il avait exigé les pouvoirs nécessaires pour poursuivre et traquer les adeptes de cette nouvelle voie. Sa qualité d’Apôtre ne sera décidément jamais une occasion d’imposer un pouvoir, d’imposer une opinion. Saint Paul n’est pas un ‘self made man’, mais quelqu’un qui a été fait par Dieu à l’image d’un Isaïe dans la première lecture entendue, quelqu’un qui a été saisi par le Christ, à l’image de Pierre dont nous avons entendu l’appel dans l’Evangile. Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. Il a conscience aussi qu’il a été saisi par le Christ pour une seule et unique chose : l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Evangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. Ce n’est pas là la parole d’un homme de pouvoir, mais la parole de quelqu’un qui s’est mis au service d’un Autre pour les autres. Cette Bonne Nouvelle, il y avait urgence à l’annoncer, puisque sa réception conditionne le salut de ceux qui l’entendent. Paul a travaillé pour la gloire de Dieu et le salut du monde. 

            On pourrait objecter, à la vue de l’œuvre de Paul et de son influence dans la jeune communauté, qu’il a quand même pesé lourd. Il est le premier qui a explicité la foi chrétienne, précisé ce que cela voulait dire, dans le quotidien, d’être chrétien. Il l’a fait de manière systématique, répondant avec assurance aux questions que les jeunes communautés qu’il avait fondées lui adressaient. Certes, mais il ne l’a pas fait pour faire valoir une primauté quelconque, mais bien parce que Dieu l’avait saisi et travaillait avec lui, à travers lui. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. Ce n’est pas là une belle phrase, mais bien l’expression de sa conscience d’être au service de Dieu. Il a conscience d’agir, selon la belle expression du Concile Vatican II in persona Christi capitis (en la personne du Christ Tête). Le mot important dans cette phrase, c’est celui ajouté justement par le dernier Concile à une expression plus ancienne : le mot ‘Tête’. Ce mot rappelle qu’il n’est pas le Christ ; il est un instrument qui permet à la Tête du Corps qu’est l’Eglise d’agir dans son Eglise. Et cette tête, ce n’est jamais Pierre, Paul, François, ou qui sais-je encore ; cette tête, c’est toujours et exclusivement le Christ que les hommes comme Paul servent. 

Ceux qui servent ne peuvent jamais être celui qu’ils servent. L’œuvre de Paul, l’œuvre des Apôtres, l’œuvre des prêtres, c’est de permettre au Christ, et à lui seul, de guider, enseigner, nourrir, présider son peuple. Le prophète, l’apôtre, l’évêque, le prêtre, le diacre, mais aussi le catéchiste et toute personne investie dans l’Eglise, n’existent que par appel du Christ, appel adressé à eux par l’Eglise. Sans le Christ, sans l’Eglise, ils ne sont rien. Sans le Christ, ils n’ont personne à annoncer ; sans l’Eglise, ils n’ont personne à servir. Paul ne s’annonce pas lui-même, même quand il aura l’audace de dire : prenez-moi pour modèle ! Car aussitôt, il ajoute : mon modèle à moi, c’est le Christ ! In fine, le Christ doit être notre modèle à tous. Qu’il le soit à la manière d’un Paul ou d’un Pierre, importe peu. Il est et reste le modèle unique qu’un Paul ou un Pierre présentent avec ce qu’ils sont. Paul est plus que clair à ce sujet : Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze… et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. Si même Paul a finalement été saisi par le Christ, combien plus chacun de nous peut être saisi par le Christ. Ce n’est pas Paul qui compte, c’est le Christ et son œuvre : Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. 

            Rien, dans ces grandes figures appelées par Dieu, ne justifie une prise de pouvoir ou un abus de quelque sorte que ce soit. Tout, dans leur vie, souligne la primauté du message sur le messager. Tout contribue à tourner notre cœur vers le Dieu unique et vrai, et pour les chrétiens que nous sommes, à mettre le Christ, et lui seul, au cœur de notre vie. Qu’il en soit donc ainsi ; il n’aurait jamais dû en être autrement. Amen.

samedi 27 mars 2021

Dimanche des Rameaux B - 28 mars 2021

 Un petit âne suffit pour rendre une vie plus belle ! 



(Reproduction d'une Icône byzantine représentant l'entrée de Jésus à Jérusalem, Collection personnelle)




            Voici donc venu le temps de la grande semaine qui nous mènera à Pâques. Une semaine comme une autre, avec le même nombre de jour, mais une semaine particulière, une Semaine Sainte, qui nous donnera de vivre avec le Christ ses derniers moments de vie terrestre. Une semaine intense, riche en célébrations uniques ; et même si cette année encore la pandémie nous empêche de déployer tous les rites prévus, nous essayerons de la vivre au mieux, nous souvenant que l’an passé, nous en étions privés totalement. 

            Cette semaine si particulière nous invite encore à comprendre comment rendre notre vie plus belle. Et en ce dimanche des rameaux, je voudrais répondre à cette question à partir d’un personnage tout à fait secondaire pour beaucoup d’entre nous, mais qui est pourtant essentiel à mes yeux, car sans lui, l’entrée de Jésus à Jérusalem n’aurait pas eu le même panache. Je veux parler du petit âne dont nous parlait l’évangéliste Marc. Souvenez-vous : Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : ‘Que faites-vous là ? ‘, répondez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.’ »  Cela n’a l’air de rien, mais je trouve que cet épisode du petit âne est fort utile pour notre vie spirituelle. 

            Voyez-vous, il s’agit bien d’un ânon, que personne n’avait encore monté. Il ne sait rien encore de la vie qui l’attend, et pourtant le Seigneur a déjà besoin de lui. Il ne sait encore rien de la vie qui l’attend, mais il est disponible. Ce n’est pas lui qui objecte quand les disciples le détachent ; ce sont les gens autour de lui. Lui se laisse faire et laisse même Jésus être le premier à s’asseoir sur son dos. Sans doute comprend-t-il que Jésus ne lui veut aucun mal. Son premier travail n’est pas un fardeau à déplacer, mais un Dieu à porter. L’ânon est disponible au Seigneur, il est utile au Seigneur. Ne devrions-nous pas être comme lui, éternellement jeune aux yeux du Seigneur, éternellement disponibles pour Lui ? Cet ânon nous invite à nous laisser faire par Jésus, pour que nous puissions porter Jésus aux autres, pour que nous puissions permettre à d’autres d’acclamer celui que nous reconnaissons comme Maître et Seigneur. 

            Je peux même imaginer l’échange qu’il a pu avoir à son retour, avec ses congénères. « Alors, qu’est-ce qu’ils te voulaient ces étrangers ? Rien de particulier. Ils ont mis leurs manteaux sur mon dos et un homme s’est assis dessus. Vous auriez dû voir et entendre la foule. Ils l’ont acclamé comme un roi. Ah, je n’étais pas peu fier ! Les acclamations qui lui ont été adressées ont rendu mon fardeau léger, léger. C’est comme si ces gens m’acclamaient aussi un peu. En acceptant de le laisser me monter, j’ai rendu des gens heureux ! » Oui, sœurs et frères, on peut n’être qu’un petit âne et rendre des gens heureux ! On peut n’être qu’un petit âne, et porter le Christ aux hommes sans même le savoir ! Comme je voudrais être ce petit âne, choisi par Jésus parmi tous les petits ânes de la région, pour le porter sur mon dos. Comme je voudrais être ce petit âne, disponible à Jésus, utile à Jésus, ne serait-ce qu’un seul jour de ma vie. 

            Ce petit âne nous apprend qu’il faut peu de choses pour rendre notre vie plus belle. Juste être disponible et accepter que Jésus entre dans notre vie. Pouvons-nous mieux commencer la Semaine Sainte qu’en nous rendant utiles à Dieu et aux autres qui, à travers nous, peuvent reconnaître en Jésus Celui qui vient au nom du Seigneur ? Je veux bien être comme ce petit âne dont Dieu a besoin pour aller à la rencontre des hommes ; je veux bien être comme ce petit âne pour que Dieu puisse rendre la vie des autres plus belle. Les joies simples font les grands bonheurs. Et notre grand bonheur sera d’être appelé justement pour être pour toujours avec le Seigneur. Si un petit âne y a réussi, pourquoi pas nous ? Amen.

samedi 17 octobre 2020

29ème dimanche ordinaire A - 18 octobre 2020

 La vie d'un chrétien.





Il y a des clins d’œil de Dieu que l’on ne peut ignorer. Nous célébrons aujourd’hui la clôture de la semaine missionnaire, semaine de prière pour celles et ceux qui, aux quatre coins du globe, sont appelés à répandre la Bonne Nouvelle afin que le monde croie ! Et c’est en ce dernier jour que nous commençons justement la lecture du plus ancien écrit chrétien, la lettre aux Thessaloniciens. L’apôtre y parle, dès sa salutation, de la manière dont doivent vivre les croyants au Christ. Quatre attitudes sont soulignées.

 En premier lieu, avoir une foi active. On peut être surpris de la juxtaposition du mot foi et de l’adjectif active. La foi aurait donc quelque chose à faire ? La foi nous mettrait donc en mouvement ? A ceux qui croyaient que la foi se réfléchissait d’abord (ou seulement), Paul rappelle qu’elle est un principe de vie. N’est-ce pas, la foi, ce n’est pas d’abord quelque formule obscure à répéter, c’est aussi et surtout un art de vivre. Personne ne peut avoir la foi s’il n’en vit pas. Une foi active, ce serait alors une foi qui se réfléchit, s’approfondit, pour un meilleur service de l’Eglise et des frères. Saint Matthieu nous le rappellera en la fête du Christ Roi : ce sont aussi nos actes qui nous jugeront lorsque le Fils de Dieu reviendra ! J’avais faim, soif, j’étais malade, en prison, … qu’as-tu fais pour moi ? Ce n’est qu’en accueillant sans cesse la Parole de Dieu au cœur de notre vie, que nous pouvons découvrir ce que Dieu attend de nous et essayer de le réaliser. Une foi active, ce n’est pas s’occuper à ne rien faire, mais bien se mettre à l’écoute de Dieu, et l’ayant écouté, se mettre au service des frères. 

Peut-être est-ce pour cela qu’en deuxième lieu, Paul rappelle qu’un croyant au Christ doit avoir une charité qui se donne de la peine. Un amour passionné des autres qui met l’autre en premier, en tout cas avant moi. Un amour attentif et créatif pour trouver sans cesse comment, avec d’autres, soulager la misère humaine. Un amour attentif à l’autre qui m’oblige au respect de chacun, même s’il n’est pas comme moi, même s’il ne croit pas comme moi. Notre foi se vérifie dans les actes que nous posons tout au long de notre vie. Si nous croyons au Christ Sauveur, nous ne pouvons pas vivre comme les autres qui n’y croient pas. Nous ne pouvons pas nous détourner des autres sous prétexte que nous avons nos propres problèmes ; nous ne pouvons pas exiger que nos prêtres travaillent d’abord chez nous avant d’aller vers ceux et celles qui sont loin. Nous ne pouvons pas exiger de vivre notre foi et notre vie de communauté sans nous soucier de la communauté qui est juste à côté, dans le prochain village. 

En troisième lieu, Paul parle de la dernière des vertus théologales : l’espérance qui doit tenir bon dans le Seigneur. Notre foi et notre charité sont orientées par notre espérance. Même si nous n’en avons pas toujours conscience : nous ne croyons pas en vain et nous n’agissons pas en vain. Nous sommes orientés vers la fin des temps, vers le retour glorieux du Christ, vainqueur du mal et de la mort. Nous ne pouvons pas oublier l’espérance, sous peine de transformer notre foi en vague théorie humaniste et notre charité en activisme stérile. L’espérance nous rappelle en qui nous croyons et pourquoi nous vivons en conformité avec cette foi : parce que le Christ a offert sa vie pour que le monde soit meilleur, et que nous voulons aider, à notre manière, à établir son règne au milieu de nous. Paul est heureux de constater qu’il en est ainsi pour la jeune communauté de Thessalonique et il en rend grâce à Dieu. 

La dernière attitude du croyant que Paul souligne est la suivante : Vous avez été choisis par Dieu. Une affirmation en guise de rappel. Ne l’oubliez pas ! Votre foi, qui entraîne votre agir et fonde votre espérance, est d’abord un don de Dieu que vous avez accueilli, un appel auquel vous avez répondu ! Il n’y a pas à s’enorgueillir d’être croyant : cela nous est offert par Dieu ! Il n’y a pas à s’enorgueillir du bien que nous faisons : cela nous est offert par Dieu ! Il n’y a pas à s’enorgueillir d’avoir une espérance alors que tant d’autres désespèrent : cela nous est offert par Dieu ! « C’est cet appel de Dieu, ce don gracieux qui a permis aux Thessaloniciens d’accueillir la Parole comme parole de Dieu, dans toute sa plénitude. C’est elle qui, à présent, se déploie en eux et les dynamise ». 

Baptisés, nous sommes appelés par Dieu à vivre selon sa Parole. Ouvrons nos cœurs à son appel et vivons selon ce que nous aurons entendu et discerné : nous parviendrons ainsi au Royaume où Dieu nous attend. Amen.


dimanche 3 novembre 2019

31ème dimanche ordinaire C - 03 novembre 2019

Zachée, Jésus et les autres ! 






Il a un côté attachant, Zachée, à vouloir faire à tout prix ce que les autres lui refusent, voir Jésus. On ne sait rien de sa motivation profonde ; est-ce juste un peu de curiosité ? L’envie de ne pas être, encore une fois, à l’écart des autres au moment où est annoncée la venue de Jésus ? La réputation de ce prédicateur de Galilée le précède, si bien que, ne pas être sur le bord du chemin qu’il doit emprunter, ce serait être has been ! C’est l’événement mondain qu’on ne saurait manquer, Zachée encore moins que les autres. Après tout, il n’est pas n’importe qui ; il est le chef des collecteurs d’impôts, pas très aimé, pas fréquentable mais important !  S’il lui faut faire l’enfant et grimper dans un arbre, qu’à cela ne tienne. Il verra Jésus, et mieux que les autres ! 

Il a un côté surprenant Jésus, à être toujours là où on ne l’attend pas, à faire ce que les autres jugent scandaleux et à enrober le tout d’une leçon théologique pour débutants. Il est celui que Zachée voulait voir ; il est celui qui voit Zachée. Personne ne lui demandait rien, à Jésus ; il devait juste passer là, et voilà qu’il s’arrête et parle à un arbre ! Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. On dirait qu’il s’adresse à un vieux copain qu’il n’a pas vu depuis longtemps et avec qui il a hâte de prendre un repas. Comme des retrouvailles après une trop longue absence. On dirait que Jésus avait prévu tout cela : aujourd’hui il faut que… Rien d’autre à l’agenda que cette rencontre. C’est dire l’urgence et l’importance de la rencontre ; si Zachée, perché dans son sycomore, n’était pas invité à en descendre, on aurait pu parler de rencontre au sommet. Descends vite marque bien l’urgence qui est celle de Jésus. C’est l’urgence du salut de Zachée qui est ainsi exprimée par Jésus. Un peu comme s’il disait : c’est aujourd’hui ou jamais ! Quand Dieu passe dans ta vie, tu ne peux pas toujours te cacher comme jadis Adam et Eve au Paradis, après avoir transgressé l’ordre de Dieu ! Ce qui se joue ici avec Zachée, c’est le grand drame de Dieu qui passe dans la vie des hommes, et qui quelquefois échoue à les rencontrer, à les approcher, parce qu’ils sont trop bien cachés, parce qu’ils sont trop sourds à ses appels. Notre salut passera par nos oreilles et notre capacité à entendre la voix du Seigneur. Zachée en est la preuve ! 

Ils ont un côté énervant, ces éternels râleurs, jamais satisfaits de ce que fait Jésus. Voyant ce qui se joue sous leurs yeux ébahis, tous récriminaient. Pas quelques-uns, pas uniquement des scribes et des pharisiens, ses éternels contradicteurs ; non, souligne Luc : tous. Tout une ville contre un seul homme ! Et on mesure soudain la solitude qui doit être celle de Zachée à Jéricho. Pas un pour se réjouir de ce qui se passe pour lui ! Pas un pour se réjouir de voir Zachée appelé à faire partie à nouveau de la communauté humaine, de la communauté croyante. Pas un pour se dire : il en a de la chance, Zachée. Non, tous récriminent ! L’homme sait le faire, et bien le faire. C’est toujours l’autre qui a de la chance ; c’est toujours l’autre qui profite de tout ; c’est toujours l’autre qui … Ils ne se rendent même plus compte qu’ils sont avec Jésus, eux-aussi. Ils ne se rendent pas compte de ce que cela signifie pour eux le fait que Zachée, sans doute le plus grand pécheur reconnu de Jéricho, s’entende ainsi appelé par Jésus. Si Jésus appelle le plus grand des pécheurs et se réjouit d’être avec lui, ne se réjouit-il pas aussi de la présence de tous les autres ? Ils ne veulent voir que le scandale là où il n’y a que grâce ! Ils ne veulent voir que le scandale là où il n’y a qu’amour gratuit. C’est sûr, ce n’est pas la charité qui les étouffe ! 

Elle a un côté rassurant, cette rencontre entre le pécheur Zachée et le Juste Jésus. Elle nous redit que nous pouvons compter toujours sur la miséricorde de Dieu. Elle nous dit que le désir de voir Jésus qui nous anime rencontrera toujours le désir de nous sauver qui anime Jésus. Là, sur un chemin poussiéreux, sous un arbre, se joue la rencontre entre l’humanité en manque d’amour et Jésus, signe de l’immense amour de Dieu pour nous. Cette rencontre a lieu alors que Jésus se rend à Jérusalem pour y être livré, condamné et crucifié. Jéricho ne serait donc pas qu’une étape sur la route, mais un signe donné aux hommes qu’ils peuvent toujours et encore se convertir ; ils peuvent toujours et encore se réjouir avec Jésus. Le temps approche où il sera enlevé ; le temps approche où il sera trop tard. Zachée l’a compris ; les autres récriminent encore ! Pourtant, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Réjouissons-nous pour Zachée, réjouissons-nous pour nous. Ce qui est advenu pour lui peut devenir notre réalité si nous savons entendre la voix de Jésus qui nous appelle : eh toi, descends vite ; aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi ! Amen.






samedi 28 janvier 2017

04ème dimanche ordinaire A - 29 janvier 2017

La fierté de l'homme, c'est de connaître Dieu !





La question récurrente de l’enseignement religieux à l’école en Alsace Moselle ne cesse de m’interroger. J’ai souvent l’impression que les tenants de son abolition nous regardent comme des bêtes curieuses, des hommes et des femmes pas complètement finis, pas vraiment adultes. N’est-ce pas, ils ont encore besoin de Dieu dans leur vie ! Ce serait un défaut qu’il faudrait corriger urgemment, d’où ces attaques contre la présence de l’enseignement religieux dans le parcours scolaire. Moins on enseignera Dieu, moins ils y seront attachés et plus vite ils en seront libérés, délivrés… Les opposants à l’enseignement religieux à l’école voudraient donc notre bien, et surtout le bien de nos enfants. Ils auraient le souci de notre évolution, de notre maturité. N’est-ce pas beau ? 
 
Une lecture trop rapide de l’extrait de la première lettre de Paul aux Corinthiens entendu en seconde lecture pourrait leur donner raison. Quand il est lu trop vite, certains pourraient croire que Paul exalte la pauvreté, l’inintelligence et la faiblesse des gens qui composent la communauté croyante de Corinthe. Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance... Au contraire, affirme Paul, ce qu’il y a de fou…, ce qu’il y a de faible…, ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi. Pour nos tenants modernes de la libre pensée, voilà bien qui justifie leur devoir de libération ! Même à Corinthe, du temps de Paul, les gens dit biens ne se mêlaient pas aux chrétiens. Pire, Dieu lui-même ne choisit que des faibles. Libérons-les donc de ce Dieu et ils seront forts comme nous. L’homme véritable, l’homme fort, l’homme debout n’a pas besoin de Dieu... pensent-ils !
 
Or ce n’est pas la pensée de Paul. Bien au contraire, Paul affirme que Dieu a choisi exprès les petits et les pauvres, il les a appelés pour couvrir de confusion les sages, pour couvrir de confusion ce qui est fort, pour réduire à rien ce qui est. Dieu a fait le choix des petits, des pauvres, des faibles, pour rappeler à l’homme qu’il n’est pas sa propre origine, qu’il n’est pas vraiment fort tant qu’il est sans Dieu ou loin de Dieu, qu’il n’est pas vraiment sage tant qu’il ignore Dieu, qu’il n’existe pas vraiment tant qu’il se drape dans la gloire qu’il se donne à lui-même. La fierté de l’homme, c’est de connaître Dieu ! La fierté de l’homme, c’est d’avoir été choisi par Dieu ! La fierté de l’homme, c’est d’avoir été appelé par Dieu ! Dès lors, l’homme peut connaître vraiment Dieu et découvrir en lui un Dieu qui marche avec l’homme, un Dieu qui veut la liberté pour l’homme, un Dieu qui veut le bonheur de l’homme, un Dieu qui veut la vie pour l’homme. L’homme n’aura rien de tout cela tant qu’il met son orgueil dans ses propres forces. L’homme n’existe pas vraiment tant qu’il reste auto-centré, ne voyant que son nombril, ses intérêts, son plaisir… 
 
A ceux qui veulent libérer les hommes de Dieu, le christianisme opposera toujours un Dieu qui s’est fait homme, et le dernier des hommes, pour que chacun, même le plus petit, même le plus méprisé, puisse trouver en lui une force nouvelle. La dernière place, Jésus l’a faite sienne pour toujours, en marchant vers sa croix. Et le fait que vingt siècles plus tard, des hommes cherchent toujours et encore à l’évacuer de l’espace public montre bien qu’il est pour toujours le plus méprisé des hommes. Pourtant, nous qui avons été appelés par lui, nous savons l’œuvre de libération qu’il a accompli pour tous les hommes. Nous qui avons été appelés par lui, nous savons qu’il a proclamé l’égalité de tous devant Dieu. Nous qui avons été appelés par lui, nous savons l’œuvre de fraternité à laquelle il nous invite chaque jour. Comment des esprits soi-disant éclairés peuvent-ils nous demander de renoncer à celui qui fait de nous des hommes libres, égaux et fraternels ? Comment peut-on demander à l’homme de renoncer à enseigner ce qu’il y a de meilleur pour que grandisse une humanité renouvelée en Jésus Christ, libérée de toute peur, fraternelle envers tous ? 
 
Nous avons peut-être l’air bête de suivre encore Jésus Christ ! Mais ils ont l’air fin, ceux qui nous demandent de renoncer à parler de celui qui ne veut que le meilleur pour l’homme, sa vie et son bonheur. Si nous renoncions, où l’homme trouverait-il sa joie ? Si nous renoncions, où l’homme trouverait-il sa vie ? Le vingtième siècle nous a montré la vanité des idéologies humaines qui voulaient construire un monde meilleur où l’homme seul serait Dieu ; elles se sont effondrées après avoir causé bien du mal à l’humanité, quelle que soit leur couleur politique. De Paul, apprenons à être fier dans le Seigneur : il nous a appelés pour construire un monde vraiment nouveau qui reçoit du Christ justice, sanctification, rédemption, aujourd’hui et toujours. Comme Paul, marchons à la suite de Jésus, annonçons-le à tous les hommes : que tous sachent qu’il est la vie et le salut de l’homme. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

vendredi 23 janvier 2015

03ème dimanche ordinaire B - 25 janvier 2015

L'unité des chrétiens.




Nous terminons ce dimanche la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Elle passe souvent inaperçue, se limitant à un temps de prière réunissant les chrétiens de diverses confessions. Mais en-dehors de ce temps, que faisons-nous ? Travailler à l’unité des chrétiens n’est pourtant pas matière à option. Notre foi nous y oblige : question de crédibilité ;  question de témoignage à la face du monde. Permettez-moi donc en ce dimanche de vous livrer deux réflexions au sujet de l’unité des chrétiens, appuyées sur la Parole de Dieu entendue aujourd’hui.  
 
Ma première réflexion, je voudrais l’appuyer sur le livre de Jonas. Voilà un homme envoyé par Dieu annoncer à une ville sa destruction. Dans un premier temps, Jonas refuse, connaissant bien son Dieu et son immense amour pour les hommes. L’envoyé craint que la ville réagisse positivement à son message et se convertisse, retenant ainsi le bras vengeur de Dieu. Curieuse réaction de la part d’un envoyé ! Il sait que le peuple va réagir, il semble vouloir faire échouer lui-même sa mission. Après bien des péripéties, il ira malgré tout, poussé par ce Dieu qui l’envoie. Et la ville se convertira : et Dieu ne détruira pas. Voilà qui nous donne à méditer : Dieu ne veut pas user de la force pour nous convertir : il nous envoie des messagers nous prévenir de ce qui pourrait arriver si la conversion ne vient pas. Mais son projet ultime, c’est toujours que l’homme se convertisse et qu’il vive. Dans nos rapports entre chrétiens, il en est de même. Personne ne saurait user de la force pour imposer son Eglise. Tous, nous avons à nous convertir pour découvrir l’amour immense de Dieu pour nous et conformer notre vie à cet amour. Lorsque l’Eglise nous demande de prier pour l’unité, elle nous demande de nous rendre capable, dans la prière, d’entrer dans ce projet de Dieu, projet que Saint Paul  résumait ainsi : faire un seul peuple de tous les hommes autour du Christ. Nous n’avons pas à avoir peur des conséquences. Nous n’avons pas à douter de la présence de Dieu, ni de son amour. Notre prière est comme le cri de Jonas : elle portera ses fruits et nous n’avons pas à les redouter. L’Eglise ne pourra sortir que grandie d’une réconciliation et d’une unité retrouvée. 
 
Ma deuxième réflexion rejoint davantage l’Evangile que nous venons d’entendre. Nous voyons Jésus appeler des hommes divers : Simon n’est pas André ; Jacques n’est pas Jean. Lorsque l’on regarde le groupe des Douze dans son ensemble, nous apercevons des hommes différents par leurs opinions politiques, par leurs tempéraments, par leurs métiers. Et pourtant, ce groupe sera uni autour du Christ. C’est que l’unité n’est pas l’uniformité. L’essentiel, c’est la foi commune au Dieu Père, Fils et Esprit Saint, reconnue dans la communauté des croyants rassemblés. Les différentes Eglises chrétiennes ont des rites différents : mais déjà elles reconnaissent un même baptême, s’appuient sur les mêmes Ecritures, confessent la même foi. Le temps viendra, je le crois, où elles deviendront capable de reconnaître leurs ministres respectifs, permettant ainsi un partage de la Table eucharistique. Le temps viendra où elles sauront reconnaître dans leurs fonctionnements différents, la réalisation de l’unique Eglise du Christ, dans laquelle plusieurs demeures peuvent exister. Paul, en son temps, l’écrivait déjà : il n’y a pas à se réclamer qui de Paul, qui de Pierre : tous, nous appartenons au Christ : c’est lui qui nous obtient la vie par sa mort et sa résurrection. Personnellement, je ne rêve pas d’une Eglise où tous seraient catholiques, ou protestants, ou orthodoxes : je rêve d’une Eglise où, malgré nos différences – et avec elles –  nous puissions nous asseoir à la même table, partager la parole et le pain. Quel témoignage se serait pour le monde ! 
 
Se convertir ; croire que le temps est venu de s’unir autour du seul Christ, à la rencontre du seul Dieu, sous la conduite de l’unique Esprit : voilà le chemin qu’il nous faut résolument emprunter. Ce n’est pas une question de mode : c’est une question de vie. Comment, en effet témoigner d’un Dieu d’amour, d’un Dieu qui pardonne, si entre chrétiens, nous ne sommes pas capables de lever les obstacles à une communion vraie, dans le respect des différences ? Le chemin sera peut-être encore long. Mais il est chemin d’avenir et d’espérance, car Dieu lui-même nous y conduit et nous y attend. Alors, laissons là nos craintes et suivons-le ! AMEN.

samedi 9 août 2014

19ème dimanche ordinaire A - 10 août 2014

La foi : le résultat d'un long processus.



Vraiment, tu es Fils de Dieu ! C’est par cette profession de foi que s’achève l’évangile de ce dimanche. Parce que ce sont les Apôtres qui s’expriment ainsi, nous aurions tort de croire que cette parole est facile pour eux. Elle est le résultat d’un long processus, le résultat d’une maturation, comme il en est pour nous. Les Apôtres, comme nous, ont dû apprendre la foi et traverser les étapes qui y mènent. 
 
Lorsque nous retrouvons le groupe des Douze, la multiplication des pains vient d’avoir lieu. Ils n’ont pas bien le temps d’en discuter avec Jésus, car aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Ce n’était ni le moment, ni le lieu pour de grandes considérations théologiques sur Jésus, son pouvoir… Nous ne saurons donc jamais si le long processus de la foi des Apôtres a commencé là, mais rien n’empêche de le croire. Le signe des pains multiplié rappelle quand même assez clairement que Dieu a jadis nourri son peuple au désert par le don de la manne. 
 
Les Apôtres se sont donc embarqués, direction l’autre rive. Jésus reste seul à renvoyer les foules, puis se retire pour prier Dieu. Sur l’eau, le vent se lève, la barque est secouée, à une bonne distance de la terre. Il y a beau avoir des professionnels de la pêche dans la barque, sans doute l’angoisse a-t-elle gagné certains disciples, si ce n’est tous. Et voilà que Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. L’angoisse des disciples grandit quand ils voient cette forme qui s’approche : les disciples furent bouleversés, ils disaient : C’est un fantôme. C’est le temps de la peur. Les disciples traversent une épreuve et Jésus n’est pas vraiment là. La barque est battue par les vagues et il y a cette chose qui s’approche : vous pouvez imaginer ce qui peut se passer dans la tête des disciples. La peur fait partie de ce processus qui mène à la foi. Pour qui cherche Dieu en vérité, s’ouvre toujours une période d’incertitude, de peur même : est-ce que je ne me trompe pas ? Est-ce qu’on ne me trompe pas ?
 
Une deuxième période s’ouvre alors. Elle commence par une parole de Jésus : Confiance ! C’est moi, n’ayez pas peur ! Il indique ainsi le but de la foi : être libéré de nos angoisses, de nos peurs. Et lui seul, Jésus, peut le faire. Il vient vers nous, dans nos vies chaotiques, bousculées, pour cela : pour nous ouvrir à la confiance, pour nous permettre de reprendre notre vie en main, libérés de toute peur. Avec Jésus, nous pouvons traverser les épreuves. Avec Jésus, nous pouvons espérer une vie meilleure. Avec Jésus, nous n’avons plus à craindre : il vient apporter amour, vérité, justice, paix, ainsi que nous le chantions avec le psalmiste après la première lecture. Mais cette parole de Jésus semble ne pas suffire à Pierre : Si c’est bien toi… Il doute encore, il veut des preuves et quelle meilleure preuve que de pouvoir faire ce que fait Jésus : si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. Nous sentons le doute de Pierre : il sait qu’avec Jésus, tout est possible : ne vient-il pas de nourrir une foule de plus de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec seulement cinq pains et deux poissons ? Et en même temps, il n’est pas tout-à-fait convaincu. Le doute fait partie de la démarche de foi, il permet à la foi de grandir, de se purifier. Il faut que Pierre passe de la notion de fantôme qui s’avance à la réalité de Jésus qui vient vers lui. Il doit être convaincu que, même lorsque Jésus n’est pas là, immédiatement à côté de lui, il est capable de faire de grandes choses avec Jésus, au nom de Jésus. Pour l’heure, il a encore besoin de preuve : si c’est bien toi… 
 
Jésus va le prendre au mot : Viens ! Il appelle Pierre. Il l’appelle à venir vers lui, en marchant sur l’eau, il l’appelle à venir à la foi. C’est le moment décisif. A l’appel de Jésus, nous devons répondre, tous, ou nous enfermer dans nos peurs. Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Et ça marche ! Et Pierre marche sur l’eau ! Incroyable, me direz-vous ! Mais Jésus n’a-t-il pas dit que si nous avions la foi, gros comme un grain de moutarde, nous serions capables de grandes choses ? Pierre l’expérimente en s’avançant sur l’eau, les yeux fixés sur Jésus. Oui, lorsque Jésus nous appelle, nous pouvons sans crainte sortir de la barque de nos peurs pour avancer libres et confiants vers celui qui nous attend. Jésus ne nous demandera jamais rien d’impossible !
 
Mais alors, me direz-vous, pourquoi Pierre coule-t-il ? Parce que, un bref instant, il n’a plus regardé Jésus, mais il a regardé le vent. Il a repris peur, parce que sa ligne de mire n’était plus le Christ, mais les événements qui se déroulaient autour de lui : le vent, la mer agitée et sa peur qui a repris le dessus. Quand nous quittons Jésus des yeux, quand nous sortons Jésus de notre cœur, le monde nous envahit, le monde peut nous faire peur ; et nous coulons. Même si cet instant est bref, le temps de regarder le vent suffit. Il n’y a alors que deux choix possible : soit nous nous coulons dans ce monde, soit nous crions vers Jésus, comme le fait Pierre, sûr qu’il peut encore quelque chose pour nous. Notre désir de croire prend alors le dessus, nous retrouvons spontanément les mots de la foi : Seigneur, sauve-moi ! 
 
S’ouvre alors le temps du salut, car Jésus ne peut rester sourd à nos appels. A qui crie vers lui, Dieu fait miséricorde. A qui implore son aide, Dieu se donne. Aussitôt, Jésus étendit la main et le saisit. C’est la première chose que fait Jésus : il sauve. Sa nature profonde s’exprime dans ce geste ; il ne peut pas faire autrement que de sauver ceux qui crient vers lui. Quand ils sont tous deux en barque, le vent tombe. Le calme est revenu, la peur a disparu, la foi peut jaillir : ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et lui dirent : Vraiment, tu es Fils de Dieu. Quand Jésus est là, au milieu d’eux, les Apôtres n’ont plus peur. Quand Jésus est là, au milieu d’eux, le vent se tait, la mer se calme, le mal n’a plus de pouvoir. Quand Jésus est là, ceux qui ont expérimenté son salut, peuvent exprimer leur foi. Il faudra encore que les Apôtres apprennent à dire cette foi en l’absence de Jésus, quand il ne sera plus physiquement au milieu d’eux. 
 
N’est-ce pas là notre expérience ? Nous pouvons dire notre foi, et nous la proclamerons ensemble dans un instant,  parce que d’autres nous l’ont inculqué, parce que nous avons appris des textes qui disent la foi des chrétiens. Mais nous ne la disons jamais avec plus de vérité que lorsque nous avons expérimenté dans notre vie la présence mystérieuse et agissante de Jésus, lorsque nous avons goûté à sa présence aimante, rassurante au cœur de notre vie. A la suite des Apôtres, nous connaissons le même cheminement : peur, doute, appel, confiance, salut, proclamation de la foi. Et nous ne le faisons pas une fois seulement ; nous savons bien que, tout au long de notre vie, nous passons de l’une à l’autre de ses phases. Plus notre foi grandira, plus nous douterons, plus nous voudrons des preuves, jusqu’au moment où le Christ nous accordera la grâce de croire, tout simplement, parce qu’il nous aura fait voir le salut et comprendre qu’il est toujours avec nous, même lorsque la barque de notre vie est secouée par des vents contraires et qu’il nous semble qu’il est resté sur le rivage. Dans sa prière au Père, sur le rivage où il nous attend, il œuvre déjà avec nous, il nous porte devant son Père pour que nous ne sombrions pas. Quand nous aurons cette certitude ancrée en nous, quand notre foi nous permettra de « sentir » le Christ à l’œuvre alors même que tout nous semble difficile, alors nous pourrons dire nous aussi, parce que nous le croyons sincèrement : Vraiment, tu es Fils de Dieu. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Presses d'Ile de France)

samedi 10 mai 2014

04ème dimanche de Pâques A - 11 mai 2014

Un dimanche pour accepter l'appel de Dieu.





Il les appelle chacune par son nom. C’est par ce détail que Jésus définit le vrai Pasteur, celui qui conduit ses brebis, celui que les brebis acceptent de suivre parce qu’il n’est pas, comme les autres, un bandit ou un voleur. Ce détail souligne d’abord qui est Dieu pour nous qui croyons en lui. Il est celui qui nous appelle, qui nous connait par notre nom et dont nous connaissons la voix
 
Cette voix de Dieu qui nous appelle est un élément essentiel pour notre vie de foi. En effet, la foi ne vient pas de nous, ni d’efforts que nous aurions fait. Elle est un don de Dieu ; elle est une réponse à son appel. Car Dieu appelle tous les hommes. Pierre le  redit dans son discours, le jour de la Pentecôte : c’est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. Le non-croyant n’est pas un non-appelé ; il est un non-répondant, voire un non-entendant volontaire. Quand Dieu appelle, l’homme a le choix : écouter ou ne pas écouter, répondre ou ne pas répondre. 
 
A celui qui répond, est proposé le baptême d’abord, comme signe de son désir de suivre le Christ, comme réponse à l’appel de Dieu à grandir dans sa famille. Ce baptême l’introduit dans une communauté au sein de laquelle il va désormais vivre. Elle est le relais de l’appel de Dieu tout au long de ma vie. Car Dieu continue d’appeler, même ceux qui sont déjà baptisés ! Quand une communauté est vivante, ouverte et attentive à ce que Dieu veut lui dire, alors des vocations peuvent naître en son sein. Que ce soit des vocations à la vie matrimoniale, vécues comme le don de soi à la personne aimée, dans la fidélité et pour la vie ; ou des vocations sacerdotales et religieuses, vécues comme le don de soi à Dieu et aux frères pour que la Parole de Dieu puisse toujours être entendue et que l’Eglise reste fidèle à sa propre vocation : annoncer aux hommes les merveilles que Dieu réalise pour eux. Chacun est appelé par Dieu à une vie conforme à la foi, dans la charité et dans l’espérance de son retour. 
 
Vous pouvez tourner les choses comme vous le souhaitez, vous reviendrez toujours à cette notion fondamentale : la vie de l’homme est la vie d’un appelé par Dieu. L’homme est  appelé à la vie, appelé à la foi, appelé à un style de vie. Sa liberté, l’homme l’exerce par sa réponse. Il reste cependant une certitude concernant l’appel que Dieu nous adresse ; il est appel à plus de vie, appel à plus de joie, appel à plus de vérité. Dieu ne nous appelle pas au malheur, ni à la tristesse, ni à une vie étriquée. Ce qu’il veut, c’est le meilleur pour nous, le meilleur pour ceux qu’il met sur notre route. Voilà qui devrait nous aider à répondre toujours favorablement aux appels de Dieu. Ce à quoi il nous appelle, il nous donne de l’accomplir ; jamais Dieu ne nous charge d’un poids impossible à remuer. Avec le psalmiste, nous pouvons chanter en confiance : le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer… si je traverse le ravin de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure. 
 
Puisque ce dimanche est la journée mondiale de prière pour les vocations, prions, certes, pour que Dieu envoie des ouvriers pour sa moisson ; mais prions aussi pour que nous soit donné le courage de répondre favorablement à l’appel de Dieu, quand il s’adresse à nous et compte sur nous. En ce dimanche, osons écouter l’appel de Dieu ; osons aussi y répondre. Amen.

 (Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 8 février 2013

05ème dimanche ordinaire C - 10 février 2013

Qui se laissera envoyer ?


Isaïe, Paul et Pierre. Trois personnages hors du commun que l’Eglise présente à notre méditation aujourd’hui. Trois personnages illustres, issus de milieu différents, mais qui ont en commun d’avoir été appelés par Dieu et d’avoir répondu positivement à cet appel. Trois personnages qui nous permettent d’entrer dans une attitude d’ouverture aux appels de Dieu.

Isaïe, d’abord. C’est un aristocrate juif qui a vécu dans les années 700 avant Jésus Christ. Son message est clair : devant les hésitations politiques des rois d’Israël, il annonce que seule l’Alliance avec YHWH peut sauver Israël du désastre. Face à l’orgueil de son peuple, Isaïe prêche vigoureusement la foi. Pourtant, ce n’était pas évident. Lorsqu’il reçoit la révélation de sa mission, il cherche à se dérober : mes lèvres sont impures. Il ne s’estime pas digne de la mission que Dieu veut lui confier. Devant la grandeur de Dieu dont il fait l’expérience dans un songe, Isaïe reconnaît son péché, sa petitesse : pour lui, l’honneur de parler au nom de Dieu est trop grand. Pourtant, il va accepter. Quand Dieu appelle quelqu’un, il lui donne aussi les moyens de sa mission. Isaïe est purifié par l’envoyé de Dieu. Désormais, il se laisse envoyer auprès de son peuple.

Paul, ensuite. Il est citoyen romain, issu d’une grande famille juive. C’est d’abord l’anti-chrétien fanatique qui, sur la route de Damas, rencontre le Christ. Une rencontre qui va bouleverser sa vie. Paul deviendra le modèle de tout missionnaire. Lui aussi aurait pu se dérober ; il avait de bonnes raisons pour cela. Je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise du Christ. Mais, lui aussi va accepter : ce que je suis devenu, je le suis par la grâce de Dieu. Il reconnaît ce qu’il doit au Christ Sauveur qui s’est révélé à lui. Désormais, il n’y a rien de plus urgent que d’annoncer la résurrection de celui qui a offert sa vie par amour pour les hommes. Comment pourrait-il se taire, lui qui a bénéficié de ce salut ? Comment ne pourrait-il pas en faire profiter d’autres ? Malheur à moi, dira-t-il, si je n’évangélise pas !

Pierre, enfin. Celui que nous connaissons le mieux. Le professionnel de la pêche. Quand Jésus lui propose un stage de reconversion, il prend peur : éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur ! Il reconnaît ainsi et la distance qui le sépare de Jésus et sa peur, ses doutes quant à son efficacité. Pierre, c’est aussi celui qui croyait tout savoir sur la pêche et qui reçoit une leçon d’un terrien qui n’y connaît rien : jette le filet, et tu verras ! Pierre, c’est celui qui croit et qui écoute cet inconnu. Pierre, c’est aussi celui qui trahira son ami par peur de la mort. Sois sans crainte ! N’aie pas peur ! Trois mots pour commencer ses années de compagnonnage, ses années de formation à l’école du Christ, pour lui permettre de devenir le prédicateur que l’on connaît !

Isaïe, Paul et Pierre. Trois modèles pour ceux qui sont invités à suivre le Christ d’une manière particulière pour annoncer sa Parole. Trois modèles pour rappeler que le travail est immense, souvent difficile, mais plein de joie et d’espoir parce que c’est Dieu qui mène la barque ! Trois vies d’hommes pour nous redire que nos petitesses, nos erreurs, notre péché ne sont pas un obstacle à la grâce de Dieu. Si c’est Dieu qui appelle, je ne peux que répondre dans la confiance : il me donnera la capacité à le suivre ; il mettra sur mes lèvres sa parole de vie ; il saura pénétrer mon cœur pour le rendre meilleur ! Saint Augustin déjà disait : Si Judas baptise, c’est le Christ qui baptise ! Comment dire mieux que l’envoyeur compte plus que l’envoyé ? Le Christ choisit qui il veut pour transmettre son Evangile aux hommes : il ne regarde pas la dignité de celui qu’il envoie, mais sa capacité à se laisser saisir par sa Parole, et à la laisser agir en lui.

Isaïe, Paul et Pierre. Trois hommes saisis par Dieu pour porter au monde l’annonce de sa Parole. Aujourd’hui encore, il y a des Isaïe, des Paul, des Pierre, appelés pour annoncer aux hommes l’unique évangile : Jésus, mort et ressuscité pour notre vie ! Sachons les accompagner et les encourager sur le chemin exigeant du OUI à Dieu. L’Eglise a plus que besoin que des jeunes s’engagent à être apôtre pour jeter sur le monde les filets de l’amour de Dieu. Le monde a plus que besoin d’entendre qu’il est sauvé et appelé à une vie plus grande et plus fraternelle. Plus que jamais, le Seigneur interroge : Qui enverrai-je ? Qui sera mon messager ? Plus que jamais, nous sommes invités à répondre aux appels de Dieu. Il a besoin de chacun de nous. L’Eglise a besoin de chacun de nous. Et particulièrement de prêtres pour que toujours soient manifesté la bonté, la patience et l’amour de Dieu. Qui se laissera envoyer ?

  (Image de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 26 juin 2010

13ème dimanche ordinaire C - 27 juin 2010

Homélie donnée au Carmel de Marienthal

Qui peut vraiment suivre le Christ ?
Un peu provoquante, la question, je n'en disconviens pas, mais nous avons le droit de la poser ainsi aujourd'hui, après avoir entendu cette page d'Evangile (Lc 9, 51-62). C'est bien cette question qui me semble être au centre de cette page. Et elle nous oblige alors à nous interroger sur ce qui est nécessaire pour nous mettre à la suite de Jésus.

Certains diront : Pour suivre le Christ, il faut le vouloir ! On ne peut forcer personne. Et ils ont raison... en partie. Disons que c'est un bon début. Je te suivrai partout où tu iras, dit un homme à Jésus. Nous ne savons pas s'il a fini par le faire. Ce que nous savons, c'est ce que lui répond Jésus. Et honnêtement, qui d'entre vous s'attendait à pareille réponse ? N'aurions-nous pas préféré un "Mais bien sûr, viens, mon ami !" ? Or la réponse de Jésus énumère le style de vie de Jésus : Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête. Un publiciste vous dirait qu'on fait mieux comme argument de vente. Le propos de Jésus n'est pas tant d'encourager que de préciser les qualités requises. Vouloir suivre Jésus, c'est bien ; le suivre vraiment, dans un quotidien, demande détachement, révision des priorités. Suivre Jésus, c'est le suivre sur le chemin du renoncement, de la simplicité pour ne pas dire de la pauvreté évangélique. C'est s'engager à une dose d'incertitude. Oui, dans un sens, pour suivre Jésus, il faut le vouloir, mais sans se tromper sur les exigences nécessaires pour réaliser cela.
D'autres alors diront : plutôt que de le vouloir, il faut être appelé par Jésus pour pouvoir le suivre vraiment. Et ils ont, eux-aussi, raison... en partie. Nous le constatons bien dans l'Evangile. Jésus dit à un autre : "Suis-moi" L'homme répondit : "Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père." Mais Jésus répliqua : "Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le Règne de Dieu." Là non plus, nous ne savons pas ce qu'il en a été au final. A-t-il suivi ou non ? Il a été appelé, mais avait encore des choses à faire. Être appelé par Jésus, c'est un bon début, encore faut-il être prêt à entendre cet appel à tout laisser, là, de suite, et se mettre en route. L'exigence de Jésus ne vise pas à détourner des conventions sociales, mais à rappeler qu'il y a urgence et pour l'appelé et pour ceux à qui il est envoyé. L'urgence, c'est celle du Royaume à annoncer.

Alors qui peut vraiment suivre Jésus ? La prière de l'Eglise y répond à sa manière dans la liturgie de ce dimanche. La prière sur les offrandes nous fera dire : Dieu qui agis avec puissance dans tes sacrements, fais que le peuple assemblé pour te servir soit accordé à la sainteté de tes propres dons. Peut vraiment suivre Jésus, servir Jésus, celui qui est accordé à lui, accordé à la sainteté de ses dons. Cet accordement est un don de Dieu qu'il nous faut demander, accueillir et vivre. Que voulez-vous ? Il ne suffit pas de demander et de recevoir ; il faut encore faire quelque chose avec ce que nous recevons. La liturgie des ordinations fait dire à l'évêque : Que Dieu lui-même achève en vous ce qu'il a commencé. C'est vrai de toute personne ordonnée ; mais c'est vrai aussi de tout baptisé. Cette phrase pourrait faire partie du rituel du baptême (lorsque nous sommes reconnu fils et fille de Dieu), du rituel de la confirmation (lorsque l'Eglise confirme ce qui a été réalisé en nous au jour de notre baptême), du rituel du mariage (lorsque des époux s'engagent l'un envers l'autre et que leur amour devient une icône de l'amour de Dieu pour chacun) et de l'Ordo Missae, c'est à dire du déroulement de l'Eucharistie. Une fois que nous avons reçu le Corps du Christ, n'est-ce pas à lui d'agir en nous, et à nous de le laisser faire en nous pour que cette sainteté du don reçu puisse être communiqué à toute notre existence ? Une fois que nous avons communié, n'avons-nous pas, selon le mot de saint Augustin, à devenir ce que nous avons reçu : le Corps vivant du Christ ?

Il ne suffit pas d'être appelé par Jésus pour être capable de le suivre ; il ne suffit pas de le vouloir pour pouvoir suivre Jésus ; il ne suffit pas d'être baptisé pour être chrétien ; il ne suffit pas de communier pour être du Corps du Christ... Il faut en toute chose que nous soyons raccord avec Jésus, qu'il devienne notre tout et qu'à notre tour nous le suivions là où il veut nous mener et non là où nous voudrions aller. Il faut qu'en tout, nous devenions comme le Christ, et qu'avec courage, nous prenions la route qui mène à notre Jérusalem, conscients des obstacles que nous rencontrerons. En suivant Jésus librement et non par instinct grégaire, nous parviendrons, malgré le chemin étroit et escarpé, à la gloire du Royaume. Nous savons que c'est là le but ; nous savons que nous y parviendrons parce que Jésus, le premier, a pris ce chemin. C'est sur ce chemin qu'il nous faut le suivre, consciemment. Appelés par lui, désireux en notre coeur de le suivre, nous parviendrons nous aussi là où le Divin Maître est entré le premier, si comme lui nous nous laissons conduire par l'Esprit. Amen.



(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu. Et dire qu'il en existe encore qui ne le connaisse pas !)