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samedi 16 décembre 2023

3ème dimanche de l'Avent B - 17 décembre 2023

 Jean le Baptiste, le prophète passeur.



 (Jean le Baptiste prêchant dans le désert, Gustave Doré)

 

 

 

            Qui es-tu ? Je peux comprendre, devant la personnalité et l’œuvre de Jean le Baptiste, que certains s’interrogent, sans doute avec crainte. L’insistance de ceux qu’ils envoient vers Jean pour obtenir une réponse à leurs questions, prouvent qu’ils n’ont pas la conscience tranquille. S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, comment se fait-il que les prêtres et les lévites ne l’aient pas reconnu ? S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, nul doute qu’il ne doit pas être très content. Ça pourrait chauffer pour leur matricule ! 

            Qui es-tu ? Que dis-tu sur toi-même ? Voilà Jean le Baptiste mis en demeure de « communiquer », non pas sur son œuvre, mais sur sa personne. Il redit à peu près ce que nous avions déjà découvert dimanche dernier : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur ! Entendez bien ce qu’il dit : Je suis la voix de celui qui crie. Il est le porte-parole d’un autre. Il n’est pas celui qui crie, il en est juste la voix. Jean le Baptiste se révèle un passeur. Ce n’est pas lui qui compte, mais celui dont il est la voix et qui vient derrière lui. Ce qu’il dit, il ne le dit pas de lui-même ; ce qu’il fait, baptiser, un autre, celui qui vient derrière lui, le fera aussi, différemment. Jean ne s’attribue rien ; Jean ne revendique rien. Il fait, pour un autre, au nom d’un autre. Il révèle un autre. Cet autre, c’est celui dont parle le prophète Isaïe dans la première lecture. Isaïe n’annonce pas Jean le Baptiste dans ce passage, mais il annonce bien un messie à venir. Et pour Jean, celui dont parle Isaïe et celui dont il est la voix ne font qu’un. 

Pour nous, chrétiens, c’est bien Jésus qui est envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Il suffit de relire les évangiles et la longue liste des signes posés par Jésus, et la non moins longue liste de tous ses discours, pour faire le parallèle entre le serviteur annoncé par Isaïe et Jésus. Jean le Baptiste, le passeur de Dieu, indique le chemin qui mène à Jésus. C’est pour cela qu’il est une figure incontournable de notre temps de l’Avent. Revenir vers Jean le Baptiste nous permettra de repartir sur le bon chemin, ce chemin que nous aurons aplani pour le Messie attendu. Ne soyons pas comme ceux qui s’interrogent sur Jean au lieu d’écouter ce qu’il dit ; ne soyons pas comme ceux qui l’interrogent et qui le regardent lui, alors qu’il renvoie vers un autre. La mission de Jean le Baptiste est importante ; mais plus important sera le Messie et son œuvre. Venons vers Jean, convertissons-nous à sa parole, et nous pourrons reconnaître avec lui, en Jésus, le Messie attendu. 

Le hasard du calendrier fait que, cette année, nous sommes déjà dans la toute dernière semaine de notre Avent. Il nous faut hâter notre préparation, il nous faut hâter notre compréhension du message prophétique pour ne pas rater la venue de Celui qui vient au nom du Seigneur. Relisons les prophètes, entendons bien Jean le Baptiste, et plutôt que de nous interroger sur lui, découvrons Celui dont il est la voix qui se fait entendre, et la voie qui conduit au plus grand, au Christ, dont nous sommes tous indignes de défaire la courroie de sa sandale. Ne soyons pas comme imbécile à regarder le doigt ou la personne de Jean le Baptiste alors que tout en lui nous oriente et nous montre le Christ. C’est lui que nous attendons, c’est lui que nous accueillerons. Amen.

 

samedi 11 décembre 2021

3ème dimanche de l'Avent C - 12 décembre 2021

 Jean le Baptiste, l'homme des passages.






            A côté des prophètes de la Première Alliance, il y a un autre personnage qui domine le temps de l’Avent : c’est Jean le Baptiste. Deux dimanches lui sont consacrés durant ce temps de préparation à Noël au point qu’il est quelquefois difficile de faire comprendre que si Jean annonce bien la venue du Messie, il n’en annonce pas pour autant la naissance. Quand Jean paraît dans le désert, Jésus lui-même est déjà grand et en passe de commencer son ministère. C’est un personnage intéressant, parce qu’il aurait pu tirer partie de sa notoriété, du fait que les foules venaient se faire baptiser par lui. Il n’en fait rien ! Au contraire, Jean reste à la place qui est la sienne, celle à laquelle Dieu l’a appelé : il est l’homme des passages. 

            Il est l’homme des passages parce qu’il ne garde pas auprès de lui ceux qu’il baptise. Il les renvoie dans leur vie. Les foules viennent vers lui pour se faire baptiser, mais aussi pour le consulter : Que devons-nous faire ? J’aime la sobriété de la question. Ce n’est pas une question religieuse d’abord au sens où ceux qui viennent vers Jean chercheraient comment entrer dans le Royaume, par exemple. Cette question : Que devons-nous faire ? est d’abord une question existentielle : comment devons-nous vivre ? Les foules viennent à Jean comme elles iraient vers un sage. Est-ce sa peau de chameau, sa vie plutôt austère qui les attirent, qui le font reconnaître comme un sage ? Nous n’en savons rien. Ce que disent les évangélistes, c’est que des foules viennent à lui et Luc nous dit aujourd’hui qu’il les renvoie dans leur existence : Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! Ce n’est même pas une leçon de morale, mais juste des pistes pour un mieux vivre ensemble, une manière de concevoir sa vie comme étant liée à celle des autres, une manière de concevoir son bonheur comme lié au bonheur des autres. Cela se vérifie avec son adresse aux collecteurs d’impôts et aux soldats. Aux premiers, il recommande de n’exiger rien de plus que ce qui est fixé ; et aux seconds, il recommande un respect des autres (Ne faites de violence à personne, n’accusez personne à tort) et de savoir se satisfaire de ce qu’ils ont (Contentez-vous de votre solde). Là encore, ce n’est pas une leçon de morale, mais une indication pour vivre mieux avec les autres. Jean veut faire passer les hommes et les femmes de son temps dans un monde nouveau où le profit, la violence, le mensonge n’ont pas cours. 

            Jean est encore l’homme des passages lorsqu’il renvoie vers un autre. Il ne joue pas à être celui qu’il n’est pas. Il aurait pu en profiter pour jouer à la star : le peuple était en attente et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Il lui eut été facile d’aller dans le sens de la foule ; elle l’aurait sans doute suivi s’il avait joué au Christ ! Mais quand on est l’homme des passages, on renvoie vers celui que l’on annonce : Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Il ne revendique rien pour lui ; il ne réclame même pas une reconnaissance particulière ; il pointe vers un autre. Me vient à l’esprit la belle représentation de Jean le Baptiste du retable d’Issenheim. Il est au pied de la croix, le doigt pointé vers le Crucifié. Ce n’est pas Jean qu’il faut regarder ; c’est le Christ. L’homme des passages est aussi l’homme qui s’effacera quand il aura baptisé celui qu’il a annoncé. Il nous indique ainsi le rôle du vrai disciple : faire voir le Christ, le donner à rencontrer, sans se mettre en avant. Il ne se place même pas en modèle à suivre. Il dit comment il faudrait vivre ; il dit qui il faut suivre. Là s’arrête sa mission. On pourrait appliquer à Jean la parole de Bernadette Soubirou : on m’a chargé de vous le dire, pas de vous le faire croire. Ceux qui viennent vers Jean sont libres de suivre ses conseils ou pas. Mais s’ils choisissent de les suivre, ils vivront mieux ; ils seront signe qu’un autre monde est possible et que ce monde commence maintenant, avec eux. Jean le Baptiste, celui qu’on vient voir comme on va consulter un sage, renvoie vers un autre comme l’ont fait avant lui tous les prophètes. Comme eux, il transmet fidèlement au peuple la Bonne Nouvelle. Comme eux, il renvoie vers cet Autre qui viendra de Dieu. Que les gens l’écoutent ou pas, peu importe après tout. Il annonce, il indique, il oriente ; les gens disposent. 

            Annonçant la venue du Christ, Jean est enfin l’homme des passages en clôturant en quelque sorte le Premier Testament. Homme des passages, il est l’homme du seuil qu’il faut franchir pour entrer dans ce monde nouveau que le Christ vient inaugurer. Comme Moïse, il contemplera, de sa prison, ce monde nouveau qui germe, mais n’y entrera pas. Il ne pourra pas marcher à la suite du Christ, mais lui aura grandement préparé le chemin. Son rôle est irremplaçable dans ce grand projet de salut de Dieu pour les hommes. De Jean, apprenons à vivre mieux les uns avec les autres ; par lui, découvrons le Christ qui se tient à notre porte ; comme lui, annonçons la Bonne Nouvelle pour que le monde se convertisse et qu’il croit. Et souvenons-nous que ce monde nouveau que le Christ a inauguré se construit avec nous, dès maintenant. Amen.

samedi 30 novembre 2019

1er dimanche de l'Avent A - 1er décembre 2019

Utopie ou réalité, la vision d'Isaïe ?






            Utopie ou réalité, la vision du prophète Isaïe entendue en première lecture ? Utopie ou réalité, le désir de paix qui habite de nombreux hommes, femmes et enfants à travers le monde en ce premier jour du mois de décembre ? Il faut relire cette belle page du prophète pour comprendre, qu’avec Dieu, nos utopies peuvent devenir réalité. 

            Ce qu’Isaïe annonce, c’est une vision qu’il a eue. Mais attention, lorsque l’on dit que les prophètes (parce qu’Isaïe n’est pas le seul) ont des visions, nous ne sommes pas chez Madame Irma. Isaïe, pas plus que les autres prophètes d’ailleurs, n’est un devin ; il est un visionnaire. Dieu lui fait entrevoir le monde tel que Lui le voit. En cela, notre lecture du jour est surprenante parce qu’elle montre qu’un jour, le désir de Dieu et le désir des hommes ne feront plus qu’un. Dieu élèvera Jérusalem au plus haut, faisant d’elle la lumière pour les nations. Les nations, pour leur part, iront volontairement et joyeusement à la rencontre du Seigneur sur sa montagne. Le désir de Dieu, qui est de sauver tous les hommes, trouvera un écho favorable dans le désir des hommes d’être sauvés. C’est un monde nouveau qu’il est donné de contempler à Isaïe. Un monde où la paix sera réalité parce que les hommes n’apprendront plus la guerre. Ils transformeront toutes leurs armes de destruction en outils utiles aux hommes : de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Ils n’apprendront plus la guerre. Est-il plus belle manière, et plus forte manière de dire que la guerre n’est pas une nécessité inévitable ? La guerre ne serait donc pas quelque chose qui nous tombe dessus, mais quelque chose que nous avons cherché, que nous avons appris. Pour vivre en paix, il suffirait donc de désapprendre la guerre, de désapprendre les conflits toujours inutiles, basés sur des motifs futiles. Au lieu d’apprendre la guerre, nous pourrions apprendre la paix, la paix que Dieu nous offre, la paix qui rassemble les nations, la paix qui construit un monde plus juste et plus fraternel. Ce qu’Isaïe annonce parce qu’il l’entrevoit de Dieu lui-même, les hommes peuvent le réaliser s’ils [marchent] à la lumière du Seigneur. 

            Nous comprenons alors pourquoi l’Eglise nous fait relire les prophètes, et Isaïe en particulier, durant le temps de l’Avent. Ce qu’ils ont annoncé aux hommes de leurs temps, reste vrai pour nous aujourd’hui. Ce qu’ils ont annoncé aux hommes de leur temps, nous croyons que Dieu l’a réalisé – et le réalise toujours – par le don de son Fils Jésus, venu dans notre monde. Puisque l’Avent que nous inaugurons aujourd’hui, nous prépare aux fêtes de Noël, comprenons que cette fête, ce n’est pas seulement accueillir l’Enfant Dieu, mais accueillir le monde tel que Dieu le voit, tel que Dieu le veut. Si les hommes ne veulent pas du monde tel que Dieu le voit, il pourra bien s’incarner mille fois, s’abaisser à notre taille dix mille fois, nous n’arriverons jamais à sa taille à lui. Si nous ne désapprenons pas la guerre, si nous n’apprenons pas la paix, jamais Dieu, quand bien même il deviendra l’un de nous, ne pourra sauver le monde. Si nous tenons à nos conflits, si nous tenons à nos mesquineries, si nous tenons à nos armes, la terre ne pourra pas être labourée par les socs de la Parole de Dieu. Si nous tenons à nos langues mauvaises, à nos insinuations perfides, à nos jugements péremptoires, jamais la lumière du Seigneur ne pourra nous éclairer et nous attirer. Puisque nous marchons vers Noël, nous devons entrer dans ce mouvement qui transforme tout ce qui détruit en source de construction. Le monde nouveau, le monde de paix ne se fera pas malgré nous ; mais il viendra plus vite grâce à nous. Chacun est important dans cette réalisation. Chaque petit effort individuel vers plus de paix rejoindra le désir de Dieu de sauver les hommes. Chaque petit effort individuel vers la paix aidera Dieu dans la réalisation de son projet d’amour pour tous. Il n’y a pas un peuple qui ne soit pas concerné ; il n’y a pas un homme qui ne soit pas concerné. 

            L’utopie d’Isaïe, l’utopie de tant d’hommes et de femmes qui désirent ardemment vivre en paix, deviendra réalité, si nous commençons, ici et maintenant à la construire. Peut-être faut-il commencer par rêver davantage cette paix possible entre tous les peuples du monde. Peut-être faut-il rêver davantage ce monde nouveau pour désirer le réaliser et s’y mettre concrètement. Comme le dit si souvent le pape François, en cette matière aussi, la politique des petits pas est efficace. Un pas l’un après l’autre, un nouveau petit pas chaque jour, et notre utopie sera notre réalité, parce que nous l’aurons construite, pas à pas. Marchons à la lumière du Seigneur, contemplons le monde qu’il voit et désire, pour le désirer à notre tour et déjà le construire. Amen.





(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, Les Presses d'Ile de France) 

samedi 28 septembre 2019

26ème dimanche ordinaire C - 29 septembre 2019

Ni gilet jaune, ni insoumis, mais converti ! 





            Si la parabole de Jésus semble simple, pleine d’images nous permettant de nous représenter la scène, elle n’en semble pas moins compliqué quant au message qu’elle nous transmet. Nous pouvons, à force de l’entendre trop vite, nous méprendre sur son sens et mal comprendre sa pointe. Il nous faut donc la relire et écarter une à une les mauvaises interprétations.

            Commençons par dire que ce n’est pas un évangile pour gilet jaune en mal de révolution, contemplant avec satisfaction la déchéance de ce riche qui se retrouve tourmenté à jamais au séjour des morts. Voyez-vous, ce riche n’est pas un méchant capitaliste libéral qui volerait les pauvres. Il est juste un riche, aveuglé par sa richesse, qui ne voit pas plus loin que son monde. Il n’est pas décrit comme mauvais ou méchant. Il a plutôt de l’entre-gens puisqu’il peut donner des fêtes chaque jour. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de la lutte des classes qui verra tous ces riches, trop riches pour les pas assez riches que nous sommes, périr en enfer. Jésus n’appelle pas à la révolution contre eux ; il ne justifie pas les manifestations qui détruisent tout sur leur passage au motif que c’est le seul moyen devenu légitime pour se faire entendre. 

            Ce n’est pas non plus un évangile pour français insoumis qui ne voit dans le religieux qu’une survivance du passé dont il faut se débarrasser au motif que la religion endormirait les citoyens et réduirait leur capacité à se révolter. Voyez Lazare ; il est resté là, couvert de plaies, devant la maison de ce riche. Personne, pas même Dieu, n’est intervenu en sa faveur. Il aura dû attendre sa mort pour trouver la récompense et le réconfort dans le sein d’Abraham. Trop facile, diront-ils ! Pas besoin de ces messages ; révoltons-nous, soyons des insoumis à Dieu et à la société. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de l’opium des peuples. Jésus ne justifie pas ces discours lénifiants, maintenant les pauvres dans leur pauvreté, leur promettant des lendemains qui chantent ; il ne justifie pas les affirmations du style : sois pauvre et tais-toi ; un jour tu seras riche ! 

            Ce dont nous parle cette parabole, c’est de nous, et de l’urgence que nous avons à devoir nous convertir. Elle nous avertit que seule la Parole de Dieu, transmise par la Loi et les Prophètes, nous sauve. Elle contient tout le nécessaire pour bien comprendre ce qui est attendu de nous. Cette parabole nous avertit qu’aucun signe extraordinaire, pas même un revenant d’entre les morts, ne saurait nous obliger à croire, à nous convertir et à vivre selon l’Alliance de Dieu. Nous ne pouvons qu’en faire le constat amer aujourd’hui. En Jésus, nous avons plus que la Loi et les Prophètes ; nous avons cette Loi et ces Prophètes pleinement réalisés ; nous avons même celui qui est revenu du séjour des morts. Et pourtant, notre monde ne tourne pas plus rond ; et pourtant, notre monde n’en est pas plus humain. Des inégalités terribles subsistent ; la terre elle-même est mise en danger par les hommes, tous les hommes ! Par nous tous ! 

            Au lieu de nous convertir, nous sommes comme ce riche, ne voyant que nos intérêts, notre style de vie, refusant de partager, refusant d’envisager une plus grande égalité entre tous. Les privilèges d’autrefois sont devenus des avantages acquis dont personne ne veut se défaire au profit d’un bien commun. Au lieu de nous convertir, nous nous révoltons, détruisant un peu plus chaque fin de semaine le lien qui devrait nous unir. Au lieu de nous convertir, nous nous opposons : les riches contre les pauvres, les citadins contre les ruraux, le « peuple » contre « les élites ». Nous ne voyons pas plus Lazare aujourd’hui que le riche ne le voyait hier. 

            Il y a urgence à nous convertir, parce que quand la mort viendra, elle fera du définitif. Il sera trop tard. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et écouter ce que la Loi et les Prophètes n’ont cessé de dire. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et mettre en œuvre l’enseignement du Christ qui, résumant la Loi et les Prophètes, nous invite à aimer Dieu et les autres. Quand l’homme se convertit, l’amour devient réalité et le bien commun peut enfin progresser. N’attendons ni révolution sanglante, ni signe extraordinaire pour changer de vie. Mais vivons la révolution de l’amour, qui ne détruit rien, mais construit tout. Là est le salut ; là est la vie juste pour tous. Le Christ Jésus n’a cessé de nous le dire. Ecoutons-le, enfin ! Amen.


samedi 18 juin 2016

12ème dimanche ordinaire C - 19 juin 2016

Suivre le Christ : oui, mais quel Christ ?




L’Evangile de ce dimanche est bien connu et ne pose à priori pas de problème particulier. Pourtant, nous aurions tort de passer sur le texte trop rapidement et de ne l’écouter que d’une oreille. Ce qui est affirmé par Jésus est plus que fondamental pour quiconque veut suivre Jésus. 
 
Nous ne le savons que trop bien ; c’est la figure du Christ qui est la pierre d’achoppement pour beaucoup d’hommes. C’était vrai hier, c’est vrai encore aujourd’hui. Qui est-il vraiment ? Quand Jésus interroge ses disciples sur la perception que la foule a de lui, ceux-ci reprennent ce qu’ils entendent : Jésus serait Jean le Baptiste pour les uns, Elie pour d’autres, voire un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. Ces affirmations et certitudes de la foule proviennent de ce qu’ils ont vu et entendu. L’enseignement de Jésus, les gestes qu’il pose et les guérisons qu’il a effectuées, attestent assurément qu’il est un homme qui marche en présence de Dieu, qui agit au nom de Dieu. La qualité de prophète n’est pas usurpée. Mais est-elle suffisante pour qualifier Jésus ? N’est-il qu’un prophète parmi d’autres ? Que disent ce qui le côtoient quotidiennement ? Ses disciples ont-ils une perception autre de Jésus ? Car tout est bien là : ceux qui s’attachent à Jésus au point de tout laisser pour lui voient-ils en lui un simple prophète (fût-il le plus grand) ? Le fait qu’ils vivent avec Jésus au jour le jour change-t-il leur manière de percevoir Jésus ? D’où la question de Jésus : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pour vous : Jésus attend bien une réponse personnelle, une réponse à la mesure de ce qu’il leur a permis de vivre à son contact. 
 
Si nous prenons le temps d’un arrêt sur image pour feuilleter l’évangile de Luc à rebours, nous croisons Jésus et ses disciples nourrissant une foule immense avec cinq pains et deux poissons ; nous voyons aussi Jésus qui a envoyé ses disciples en mission, faire exactement ce qu’il a fait jusqu’à présent : annoncer le Royaume et guérir les malades. Ayant donc vu et entendu Jésus, ayant participé même à sa mission, les disciples en disent-ils plus sur Jésus que la foule ? C’est Pierre qui répond au nom de tous, d’une formule dont on ne sait s’il en mesure bien toute la portée : pour lui, Jésus est le Christ, le Messie de Dieu. Nous n’avons pas le temps de nous réjouir de la sagacité de Pierre ; déjà Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne. Pierre a donc visé juste, mais trop tôt. L’affirmation posée aussi crûment pourrait prêter à confusion. Jésus est bien le Messie, mais personne ne peut le dire pour l’instant. Ce n’est qu’à la fin de la mission de Jésus que cela sera révélé à tous. Pour que même les disciples ne se méprennent pas sur la qualité de Messie de Jésus, celui-ci précise aussitôt en quel sens il sera Messie. Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. Voilà qui rend le Messie bien moins sexy, n’est-ce pas ! Comment le reconnaître encore après un tel traitement ? Le Messie de Dieu peut-il seulement mourir ? 
 
Jésus va encore plus loin. Non seulement le Messie doit souffrir et mourir, mais en plus ceux qui veulent le suivre doivent renoncer à [eux-mêmes], et prendre leur croix chaque jour. Pas glamour du tout ! Pas une once de romantisme dans la démarche ! Suivre le Christ est exigeant au point d’y engager toute sa vie. Ce n’est pas un acte passager, ce n’est pas pour un temps ! Le Christ livre sa vie pour toi ; engage donc la tienne en retour, totalement. Tu dois être prêt à perdre ta vie à cause de [lui]. Le disciple ne sera pas au-dessus de son Maître ; le disciple ne sera pas plus épargné que le Maître. Et nous mesurons soudain le courage et la confiance qu’il faut pour suivre Jésus lorsque nous nous rappelons qu’au pied de la croix, il n’y avait que Jean et Marie, les autres disciples ayant disparu, se tenant au loin pour regarder ! Si quelqu’un voulait dégouter les disciples et les décourager, il ne s’y prendrait pas autrement. Mais ce rappel est nécessaire, vital même. Comment engager toute sa vie pour quelqu’un qui ne ferait que semblant ? Comment croire que Jésus pourrait nous sauver s’il n’allait pas au bout de l’expérience humaine, s’il n’affrontait pas la mort sur son propre terrain ? Le baptême dans lequel nous sommes plongés n’est pas un long fleuve tranquille ; c’est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus pour que nous puissions vivre ! C’est une plongée dans le feu de l’Esprit pour que soit brûlé en nous tout ce qui est contraire à l’esprit de Dieu. 
 
Au moment où la foule pourrait être tenté par un Messie romantique ou révolutionnaire, qui bouterait hors de Palestine l’occupant romain, Jésus vient réaffirmer que sa mission est plus profonde, que la libération qu’il propose est plus qu’un acte simplement politique, que sa vision du monde est plus complexe qu’un monde sans romains. Paul l’a bien compris lorsqu’il explique aux Galates qu’il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Le Messie de Dieu est venu pour une humanité réconciliée, une humanité qui ne fait plus de différence, une humanité vraiment libre ! Si c’est bien là ce que tu attends du Messie de Dieu, alors viens, prends ta croix, prends ta part avec lui, et participe à ce Royaume à venir, aujourd’hui, demain et chaque jour de ta vie. Amen.

(Illustration extraite de l'Image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004)

vendredi 25 décembre 2015

Sainte nuit de Noël - 24 décembre 2015

Il est là, celui que les prophètes ont annoncé !




Après avoir écouté les prophètes Jérémie, Baruc, Sophonie et Michée, voici que retentit en cette nuit sainte un oracle du prophète Isaïe : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière : et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Rassemblés au cœur de la nuit, nous pouvons comprendre la puissance de cette annonce. A qui ne connaît que les ténèbres, l’annonce du retour de la lumière est une grande joie. 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est d’abord la paix retrouvée pour un peuple qui a connu trop longtemps la guerre. Cette lumière qui se lève est pour nous aussi. Depuis quelques mois, le mot de guerre a repris sa place dans notre vocabulaire ; le déploiement des forces de l’ordre et les consignes de sécurité sans cesse répétées nous rappellent cet état d’urgence que nous vivons parce que des fous veulent mener une guerre au nom d’un Dieu dont ils ignorent la tendresse, la bonté et la miséricorde. A l’échelle de nos familles, de nos paroisses, de nos engagements sociaux divers, nous pouvons vivre des petits conflits. Cette lumière qui se lève éclaire la nuit de nos conflits et nous permet de dépasser les oppositions, de faire la paix à une petite échelle afin que puisse naître la paix à une échelle plus grande. L’enfant qui naît en cette nuit est pour nous aussi le Prince de la Paix. 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est aussi la joie d’une naissance. C’est à cette naissance que nous devons la paix ; c’est à cette naissance que nous devons l’espérance d’un monde meilleur. Les noms donnés à l’enfant (Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père à jamais, Prince de la Paix) sont un programme de vie. Ils identifient l’avenir de cet enfant et le nôtre. Gouvernés par un tel chef, comment ne pas se réjouir ? Comment n’être pas pleins d’espérance lorsqu’un avenir commun semble à nouveau possible ? 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est la manifestation de Dieu au cœur de la vie du monde. Ce Dieu qui avait été mis de côté, rangé aux oubliettes de l’Histoire, le voici qui se manifeste. Et il le fait dans ce que le monde compte de plus beau : la naissance d’un enfant. Et il le fait dans ce que le monde compte de plus fragile : un nouveau-né ! Nul besoin d’avoir été soi-même parent pour sentir la joie monter en nous devant un nouveau-né porteur de promesse de vie, de paix et d’espérance. Cet enfant nouveau-né n’est pas comme les autres enfants qui ont pu naître au même moment que lui. Cet enfant est Dieu, il est la présence et la réalité de l’amour de Dieu à l’œuvre. Comprenant cela, nous comprenons aussi que plus rien, ni personne ne pourra nous enlever cette joie ; plus rien, ni personne ne pourra détruire cette paix obtenue parce que c’est Dieu lui-même qui nous la garantit ; c’est Dieu lui-même qui nous l’offre. 
 
Un enfant nouvellement né, et c’est toute notre vie qui change. Le ciel lui-même se réjouit en cette nuit. Celui que les prophètes de l’alliance première ont annoncé, le voici, couché dans une étable. Une nouvelle ère s’ouvre avec lui ; une nouvelle alliance est proclamée. Nous avons bien raison, en cette nuit, de veiller et de joindre nos voix à celles des anges pour chanter la gloire du Très-Haut. Nous avons bien raison, en cette nuit, de veiller et de nous émerveiller devant cet enfant nouveau-né. Nous avons bien raison, en cette nuit, de nous être déplacé pour venir là et trouver, comme les bergers jadis, celui que Dieu lui-même nous envoie. La première des choses à faire quand Dieu vient à notre rencontre, c’est bien de nous laisser déranger, fût-ce pendant la nuit, pour aller à sa rencontre. Alors oui, regardez et contemplez : Dieu s’est fait homme pour que nous puissions devenir comme Dieu ! Dieu s’est enfermé dans les limites de notre humanité pour que notre humanité puisse se dilater à la mesure de sa divinité. Dieu se fait petit pour que nous puissions grandir ! 
 
Si Dieu se fait homme pour que nous puissions devenir Dieu, alors nos rapports humains changent, parce que désormais nous découvrons Dieu en chaque humain croisant notre route. Comment pourrions-nous vivre en paix avec Dieu alors que nous sommes en guerre avec tel frère qu’il nous donne à aimer ? Le mystère de cette naissance que nous célébrons, c’est le mystère de l’amour à l’œuvre. Dieu se fait enfant parce qu’il nous aime ; Dieu se fait enfant pour que nous comprenions que nous devons aimer à notre tour du même amour. Dieu se fait enfant, et ce n’est plus seulement une lumière qui se lève ; Dieu se fait enfant, et ce n’est plus seulement la paix se fait ; die use fait enfant, et ce n’est plus seulement la vie qui triomphe ; Dieu se fait enfant, et c’est l’amour qui désormais veut régner entre tous. 
 
Devant tant de promesses désormais réalisées, devant tant de promesses encore à venir, réjouissons-nous et remercions Dieu de nous aimer autant. Cette nuit, il frappe à notre porte. Ouvrons-lui, car il est enfin là, celui que les prophètes ont annoncé ; ouvrons-lui et accueillons-le pour notre plus grande joie et le salut du monde. Amen.

(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 204, décembre 2003, éd. Marguerite)

samedi 7 juin 2014

Pentecôte - Messe de la Veille au soir - 07 juin 2014

Comment Dieu tourne le coeur des hommes vers lui.




Comme nous l’avons fait au cours de la nuit pascale, nous avons relu, en cette veille de la Pentecôte, l’histoire du salut, l’histoire des alliances sans cesse répétées entre Dieu et les hommes. Si au début du temps pascal, toutes les lectures nous tournent vers la figure du Christ Sauveur, en cette nuit, nous venons d’entendre comment Dieu, lentement mais sûrement, par la puissance de son Esprit Saint, tourne le cœur des hommes vers lui.
La première lecture entendue (l’histoire de Babel) a de quoi surprendre le lecteur non averti. En effet, il semble que tout va bien. Pour une des rares fois dans l’histoire de l’humanité, les hommes s’entendent ; ils parlent tous la même langue. N’est-ce pas le rêve ? Pourtant, que lisons-nous ? Que Dieu lui-même vient semer le trouble. Pour le lecteur trop hâtif, Dieu ressemble à un enfant gâté qui vient semer la discorde pour se préserver. Or c’est tout le contraire qu’il faut comprendre. L’intervention de Dieu, qui vient rétablir la diversité des langues qui existaient après l’alliance avec Noé, pose un acte sauveur. Il sauve l’humanité de la folie de la tyrannie. Parler une seule langue, marcher au même pas, n’avoir qu’une seule pensée : voilà bien les leviers du pouvoir tyrannique. De plus, avec la construction de cette tour qui devait monter jusqu’au ciel, les hommes sont repris par ce désir, toujours mal maîtrisé, d’être leur propre Dieu : une tour dont le sommet soit dans les cieux, n’est pas faite pour rencontrer Dieu, mais pour prendre sa place ! L’homme veut construire sa gloire et sa renommée contre Dieu. En attendant de donner une réponse définitive au désordre de Babel, Dieu disperse les hommes. Sa réponse définitive sera donnée au jour de Pentecôte, comme nous l’entendrons demain matin : dans la nouvelle alliance, les hommes n’auront pas une seule langue, mais chacun, dans sa langue, entendra les merveilles de Dieu.
Dispersant les hommes à la surface de la terre, mettant la confusion dans leur langage, Dieu va devoir se choisir un peuple particulier, un peuple qu’il établira lumière pour les nations. Un peuple grâce auquel il montrera aux autres les avantages de l’alliance qu’il propose à tous. C’est le temps de Moïse, le temps du don de la Loi qui permet à un groupe particulier de devenir le peuple de Dieu : Tout ce qu’a dit le Seigneur, nous le ferons ! Belle promesse, maintes fois oubliée, maintes fois bafouée. Seule la patience de Dieu pourra vaincre les réticences de l’homme ; seule l’amitié vraie entre Dieu et Moïse sera signe de cette alliance possible, de cette vie plus grande possible.
Quand le péché domine le cœur de l’homme, Dieu se fait lointain ; non pas qu’il abandonne l’homme, mais parce que l’homme s’éloigne de Dieu. La patience de Dieu est mise à rude épreuve. Et pourtant, par ses prophètes, il annonce le retour en grâce, il annonce ce jour où les hommes reviendront à la vie véritable. Par l’Esprit, les ossements desséchés revivent. Dieu le promet : Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ! La nouvelle alliance se précise. Les promesses de Dieu ne sont pas des paroles en l’air. La Pentecôte sera la réalisation parfaite de cet oracle du prophète Ezéchiel. Par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revivre ; par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revenir à lui. Par l’Esprit Saint qui nous fait invoquer le nom du Seigneur, Dieu nous sauve. Le prophète Joël nous l’a redit dans cet autre oracle : Je répandrai mon esprit sur toute créature… Alors, tous ceux qui invoqueront le Nom du Seigneur seront sauvés.
Cette promesse, renouvelée de prophète en prophète, Jésus la reprend à son compte : il va la mener à son achèvement. L’Esprit Saint sera donné quand le Christ sera glorifié par le Père. Pâques et Pentecôte sont irrémédiablement liées. Sur la croix, le Christ remet son esprit au Père ; il meurt et retourne chez son Père. C’est cet Esprit qui est donné, partagé aux disciples, après sa résurrection, au soir de Pâques dans l’Evangile de Jean. C’est cet Esprit qui est donné à tous au jour de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres. C’est cet Esprit dont nous vivons encore aujourd’hui ; c’est cet Esprit qui nous entraîne sur les chemins du salut, à la suite du Christ ressuscité.
Ayant lui-même été saisi par l’Esprit du Ressuscité, Paul peut témoigner de l’œuvre de l’Esprit en nous : il vient au secours de notre faiblesse… il intervient pour nous… Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut. Si c’est bien le Christ qui nous obtient le salut par son sacrifice sur la croix, c’est l’Esprit qui nous permet de comprendre cette œuvre de salut en vérité et qui nous permet d’y consentir pour notre propre vie. Nous pouvons répondre à cette Alliance nouvelle que Dieu nous propose dans le sang de son Fils grâce à l’Esprit qui nous donne l’intelligence de cette œuvre de salut. Avec le Christ, Dieu nous a tout donné puisqu’il s’est donné lui-même ; avec l’Esprit, il nous donne la possibilité de faire le choix de Dieu, le choix de la fidélité à cette œuvre de salut. Dans l’Esprit, l’homme peut répondre à Dieu et consentir à l’Alliance nouvelle.
Demander l’Esprit Saint et l’accueillir, ce n’est pas demander et accueillir un truc en plus : c’est consentir à l’œuvre de Dieu en nous, c’est consentir à être sauvé par le Christ. Demandons à Dieu, sans nous lasser, la grâce de son Esprit Saint, pour qu’il agisse en nous et nous sauve. Amen.
 
(Logo du pèlerinage international des servants d'autel à Rome en 2006)

mardi 4 mars 2014

Mercredi des Cendres - 05 mars 2014

Un carême pour redécouvrir notre baptême.


« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer.»  C’est bien ce désir de vivre comme Dieu nous le demande, ce désir d’être juste devant lui, qui va conditionner notre marche vers Pâques, notre chemin de carême. C’est ce désir de vivre selon le mode de Dieu qui fait de nous des chrétiens, fiers de leur baptême. C’est ce désir de vivre en Dieu, pour Dieu, avec Dieu pour un meilleur service du monde et de l’Eglise, qui nous pousse à nous interroger tout au long des quarante jours à venir sur la pertinence et le sérieux du baptême que nous avons reçu. Je voudrais avec vous et pour vous méditer ce texte d’évangile que nous venons d’entendre. Il sera notre guide et notre mesure pour ce temps de Carême.
 
« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu fais l’aumône… » Première piste de travail pour notre carême : vivre avec justesse nos gestes de partage et de solidarité. « Lorsque tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite ».  L’aumône, la solidarité (sous son appellation moderne) exigent le secret, la discrétion, nécessaires au respect de celui qui reçoit. Il y a bel et bien une manière perverse d’être solidaire : celle qui met le donateur au centre du don et non plus celui qui en est bénéficiaire. L’aumône, la solidarité ne doivent pas glorifier celui qui donne. Donne-t-on pour être reconnu, louangé, acclamé ? Ou donne-t-on pour soulager, pour aider, pour relever ?
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité royale du Christ. Exercer avec justesse et discrétion notre charité nous fait mettre en œuvre cette dignité, car nous veillons, comme Dieu veille, à ce que chacun ait le nécessaire pour vivre. Exerçons cette dignité royale avec la même discrétion que le Christ. Quand il nourrit les foules, soigne les malades, relève les morts, ce n’est pas pour se faire mousser, mais pour que la gloire de Dieu soit manifestée aux hommes.

« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu pries… » Y a-t-il œuvre plus grande que la prière pour dire à Dieu notre désir de vivre avec lui et pour lui ? La prière est au croyant ce que la nourriture est au gourmand : un moment de pur plaisir, à vivre seul ou à partager. En relisant l’invitation du Christ à se retirer dans la chambre pour cet acte d’intimité avec Dieu qu’est la prière, il est bon de s’interroger aussi sur notre pratique. De quelle chambre Jésus parle-t-il ? Parle-t-il uniquement de notre maison, discréditant ainsi la prière communautaire ? Que faire alors de cette autre parole du Christ : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » ?
Ce qui est visé par Jésus dans ce passage, c’est une manière perverse de prier, seul ou à plusieurs, qui nous met au centre de la prière, oubliant que la prière s’adresse avant tout à Dieu. Souvenez-vous de la parabole du pharisien et du publicain qui montent au Temple pour prier. Alors que l’un ne chante que ses louanges, l’autre se tourne vers Dieu, reconnaît sa petitesse et demande l’aide de Dieu. C’est ce dernier, nous dit Jésus, qui est justifié (rendu juste !). Se retirer dans la chambre, ce n’est pas s’interdire toute pratique publique de sa foi, mais bien se retirer dans la chambre de son cœur pour s’ouvrir vraiment à Dieu. Que ce soit seul ou en communauté, nous pouvons nous croire en prière et ne nous préoccuper finalement que de nous, oubliant Dieu et sa Parole. Dans la manifestation publique de la prière (messe ou célébration diverses), se retirer dans sa chambre, c’est remplir son office avec un véritable esprit de service, sans chercher à se faire remarquer par ceux à qui le service est rendu. Cela est vrai des prêtres, des lecteurs, des choristes, des servants, des sacristains, des organistes, des fleuristes et mais aussi de chaque participant au temps commun. Nous venons à plusieurs pour ne faire qu’un devant Dieu. Nous participons tous à la même action liturgique, faisant de notre prière à plusieurs voix la prière d’un seul cœur : celui de la communauté des croyants qui se tournent, unis bien que diversifiés, vers son unique Seigneur.
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité sacerdotale du Christ. Nous l’exerçons individuellement lorsque nous prenons le risque de la prière quotidienne pour que Dieu vienne transformer nos vies par son Esprit Saint. Nous l’exerçons collectivement lorsque, avec les autres croyants, nous voulons nous souvenir que tous, nous ne faisons qu’un en Christ, et que nous participons ainsi à sa prière, toujours entendue et exaucée par le Père du ciel. Exerçons cette dignité avec le même empressement que le Christ, lui qui ne faisait rien d’important dans sa vie sans s’en ouvrir à Dieu dans la prière. Comment pourrions vivre comme des justes aux yeux de Dieu si nous ne prenons jamais le temps de l’écouter nous dire ce qu’il attend de nous, sans jamais surtout l’écouter nous dire ce qu’il réalise pour nous ?

« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Ainsi, quand tu jeûne… » Ah, la belle histoire que voilà. Il fallait bien, n’est-ce pas, au début du carême, que je vous parle des privations nécessaires. Tous les ans, c’est la même chose ! Peut-être, mais il ne tient qu’à nous que cette année, cela soit différent. Et qu’est-ce qui pourrait être différent sinon l’esprit dans lequel nous vivons ces privations ? Quoi jeûner ? Ce que vous voulez, mais de préférence quelque chose qui n’apporte ni joie, ni bien être aux autres ! Ainsi mon jeûne permettra à d’autres aussi de se sentir mieux. Régulièrement, il est proposé à des familles de vivre un temps plus ou moins long sans télé. Le journal La Croix avait même proposé, il y a quelques années de cela, de vivre sans télé pendant un mois complet. Les conclusions de l’expérience étaient intéressantes. Peu de gens pensaient tenir aussi longtemps au départ ; mais tous, à l’arrivée, notaient le bienfait apporté : plus de relation familiale, des parents qui jouent avec leurs enfants, la redécouverte du silence, la joie de regarder un programme ensemble lorsque cela était autorisé (1 fois pendant le mois). Bref, un jeûne qui procure de la joie parce qu’il a rendu libre des gens qui ne se voyaient pas vivre sans la boite à images. Pourquoi jeûner ? Pour être libre, pour être maître de ses choix. Une contrainte pour plus de liberté. Une contrainte pour plus d’humanité. Une contrainte pour un mieux être. Au début, nous ne voyons pas bien comment c’est possible, mais à l’arrivée, nous re-découvrons le vivre ensemble. Voilà ce qui nous est demandé ; voilà ce qui nous est promis.
Au jour de notre baptême, le prêtre, nous marquant de l’huile sainte, nous rappelait que nous participions à la dignité prophétique du Christ. Nous l’exerçons chaque fois que nous inventons de nouveaux modes de vivre ensemble qui donnent à chacun une place. Nous l’exerçons lorsque, par notre jeûne, nous disons que nous ne voulons pas vivre enchaînés par des modes, par un désir de consommation à outrance. Il y a de la vie au-delà des réflexes publicitaires ; il y a de la vie, et même plus de vie, là où les hommes sont avant d’être des hommes qui ont. Il y a de la vie  et plus de vie possible, là où nous acceptons de nous libérer du superflu pour retrouver l’essentiel. 
 
Que ces quarante jours nous ouvrent un horizon nouveau. Qu’ils nous permettent une redécouverte de la vie baptismale – vie royale, sacerdotale et prophétique. Que nous retrouvions le goût des autres, le désir de Dieu et le plaisir de vivre. Joyeux carême à nous tous !

vendredi 27 janvier 2012

04ème dimanche ordinaire B - 29 janvier 2012

Ecouter la Parole et la transmettre.





Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur. Ces mots du psalmiste nous font entrer dans une dimension essentielle de nos liturgies : l’écoute de la Parole de Dieu. C’est une des redécouvertes du Concile Vatican II. Depuis 1965, et la réforme liturgique qui a suivi, nous sommes invités à mettre au cœur de notre vie la Parole de Dieu, pour sans cesse l’approfondir, la mieux comprendre et en vivre. C’est pour cela que nous l’entendons dans notre propre langue ; c’est pour cela que les prêtres ont été invités à l’expliquer ; c’est pour cela que la Bible elle-même a été retraduite et largement diffusée pour que chacun puisse la posséder et la lire quand il en a envie.

L’écoute de la Parole de Dieu n’est pourtant pas une nouveauté. Depuis que Dieu a fait alliance avec l’homme, celui-ci est invité à suivre la voix de son Dieu. Dans le livre du Deutéronome, nous avons entendu le peuple exprimer sa crainte devant la propre Parole de Dieu. Comment peut-il écouter Dieu lui parler en direct sans mourir ? Le peuple a bien conscience que cette voix-là est une voix engageante, qui ne s’exprime pas à la légère et qui a des conséquences dans la vie humaine. D’où l’engagement de Dieu à faire se lever des prophètes dans le pays pour que le peuple puisse entendre ce que Dieu a à dire sans que le peuple ne prenne le risque de mourir. Ces prophètes deviennent les porte-parole de Dieu. Et les hommes qui les entendront devront les écouter comme si Dieu lui-même parlait.

Dans l’Evangile, nous entendons la réaction des contemporains de Jésus lorsque celui-ci enseigne : voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité. Non pas que la Parole soit nouvelle : c’est toujours la Parole de Dieu. Mais le ton employé, les mots utilisés attirent l’attention et donnent envie d’écouter. Assurément, les paroles prononcées par Jésus touchent le cœur de ceux qui les entendent. Nous le constatons à chaque récit de guérison ou de rencontre de Jésus, lorsque des personnes changent radicalement de vie. Voyez Zachée qui s’engage, sur la seule parole de Jésus, à réparer les torts qu’il aurait pu faire. Voyez la Samaritaine qui devient un signe pour les habitants de son village. Voyez tous ceux et celles qui ont croisé le regard du Christ et qui ont été bouleversés et convertis. Il y a une force dans cette Parole, parce qu’elle est différente de la parole humaine. C’est une Parole vraie, une Parole de vie, une Parole de liberté, une Parole qui ouvre un avenir.

Nous entendons aujourd’hui encore ces mêmes paroles. Ont-elles sur nous le même effet ? Sommes-nous véritablement bouleversés par ce que nous entendons ? Ces textes qui nous sont proclamés, sont-ils seulement de beaux ouvrages, de belles paroles d’un autre temps ? Ou sont-elles encore parole de vie, parole de vérité, parole de liberté pour nous, ici et maintenant ?

Nous sommes, aujourd’hui, ce peuple de prophète que Dieu a promis de faire se lever. Nous sommes celles et ceux qui ont en charge l’annonce de la Parole que nous avons entendu. Nous avons à transmettre, tous, là où nous sommes, ce que nous avons entendu, ce que nous avons compris, ce qui nous fait vivre. Cela concerne bien sûr les prêtres, mais aussi l’ensemble des baptisés qui vivent de cette Parole. Connaître la Parole, en vivre et la faire connaître : c’est le combat quotidien de tous les baptisés. A quoi cela servirait-il qu’un prêtre vienne parler de Dieu à des enfants, si en famille ils n’en entendent pas parler, si en famille ils ne se sont jamais adressés à lui dans la prière ?

Lire la Parole de Dieu, l’approfondir ensemble, toujours mieux la comprendre pour mieux en témoigner : voilà le défi que nous avons à relever afin que le monde sache, qu’il croit que Jésus est celui qui nous dit la vérité sur Dieu et sur le monde, et que grandisse le peuple des croyants. Oui, aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur.


(Photo personnelle, Evangéliaire)