Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Pierre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pierre. Afficher tous les articles

samedi 8 août 2026

19ème dimanche ordinaire A - 9 août 2026

 De l'art et de la manière de parler de Dieu ! 




(Jésus marche sur les eaux, Tableau de James TISSOT, Brookling Museum)


 



            Il y a des textes bibliques qui sont un vrai coup de boost pour la foi parce qu’ils ont l’art et la manière de parler de Dieu. Toute la Bible nous parle de Dieu, me direz-vous ! Certes, mais tous les livres qui la composent ne le font pas de la même manière. Et c’est normal, parce que nous parlons de Dieu à partir de ce que nous connaissons, de ce que nous découvrons de lui, selon ce que nous vivons. La manière de penser Dieu, et donc de parler de lui, est différente selon que nous vivions en temps de paix ou en temps de guerre, selon que nous soyons heureux ou totalement déprimés. Tous les textes bibliques n’nt donc pas le même effet sur notre foi, nitre moral. La première lecture et l’évangile de ce dimanche sont, pour moi, des textes essentiels dans la compréhension de Dieu, capables de redonner le moral et de fortifier notre foi.

            L’extrait du Premier livre des Rois nous rapporte un moment de la vie d’Elie. Il est fatigué par ce peuple qui a rejeté Dieu ; il fuit devant Jézabel qui a promis sa mort. A celui qui est resté fidèle, Dieu demande de sortir de la grotte où il s’est réfugié pour se tenir en présence du Seigneur. Et ce moment en dit long sur le Dieu d’Elie, sur notre Dieu. A l’approche du Seigneur, dit le texte biblique, il y eut un ouragan fort et violent, puis un tremblement de terre, et un feu. Des manifestations puissantes, destructrices, mais dans lesquelles, nous dit l’auteur de ce livre, le Seigneur n’était pas. Le Dieu d’Eli, le Dieu d’Israël, notre Dieu, n’est pas un destructeur ; il ne manifeste pas sa puissance en fendant les montagnes et brisant les rochers. Eli reconnaît Dieu qui passe quand se lève le murmure d’une brise légère. Le murmure d’une brise légère. Quelque chose qui ne fait pas de bruit : pour entendre un murmure, il faut tendre l’oreille ; et quelque chose qui fait du bien. Les récents épisodes de canicule nous ont tous fait espérer le murmure d’une brise légère pour nous sortir de la fournaise. Dieu ne crie pas ; il murmure. Dieu ne détruit pas ; il fait du bien. Voilà ce que nous enseigne cette page de la Première Alliance. Et moi, cela me fait du bien de l’entendre ; cela donne à ma foi un nouvel élan. Dieu me veut du bien ; Dieu me parle doucement, tendrement. Et cela vaut pour tous. Dieu vous veut du bien ; Dieu vous parle doucement, tendrement.

            Cette affirmation est tellement vraie qu’elle se prolonge dans les textes de la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus Christ. Lorsque nous le croisons, après un temps de prière, il vient vers ses disciples en marchant sur la mer, bien que la barque dans laquelle se tenaient ces derniers fut battue par les vagues, car le vent était contraire. Ne nous moquons pas des disciples qui prennent peur à cette vue ; nous aurions fait pareil et avec eux, nous nous serions mis à crier. Nous aussi, nous aurions cru voir un fantôme. Jamais personne n’avait marcher sur la mer ; jamais personne n’avait écrasé le mal de son talon. Il faut nous rappeler que la mer est le lieu où résident les forces du mal. La mer déchainée, aucun humain ne la contrôle, aucun humain ne la domine. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’écrase de son pied. Il fallait qu’un disciple réagisse, et c’est Pierre qui naturellement s’y colle. Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Je ne suis certainement pas le seul dans cette barque à me dire qu’il a perdu une occasion de se taire, le Pierre. Mais Jésus lui dit : « Viens ! » et Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux. Et ça marche ! L’homme, quand il garde les yeux fixés sur Jésus peut écraser le mal de son talon, comme Jésus ! Mais quand il prend conscience de la force du vent contraire, il a peur et il coule. Pierre a cependant ce réflexe salvateur de crier vers Jésus : Seigneur, sauve-moi ! Ce qu’il fait en étendant la main.

            Comme le texte du Premier livre des Rois, Matthieu, en rapportant cet épisode, nous montre que Dieu, en Jésus, veut notre bien puisqu’il vient écraser le mal qui agite et bouleverse notre vie. Il nous redit aussi que Dieu n’est pas dans la tempête, mais qu’en Jésus, il la domine et en triomphe. Quand Jésus est dans la barque, le vent tombe. Il n’y a pas de place pour le mal là où est Jésus ; le mal est vaincu quand Jésus est accueilli dans une vie. Nous devons en être convaincus : par notre baptême, nous participons déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. La vie de Dieu, la vie éternelle, est déjà donnée. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi des disciples : Jésus, vraiment tu es le Fils de Dieu ! Avec lui dans notre vie, nus pouvons combattre efficacement le mal, d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Même si c’est modeste. Il n’y a pas de petite ou de grande victoire sur le mal ; il n’y a que la victoire du Christ à laquelle nous participons, à notre manière, grâce à sa présence en notre vie. C’est l’œuvre du Christ qui se prolonge ainsi en nous. Sa victoire, obtenue sur la croix, il l’étend à nous, il nous en fait profiter, largement. Il nous faut le grain de folie de Pierre qui pense qu’il peut faire pareil, marcher sur la mer, si c’est Jésus qui le lui demande. Il nous faut croire qu’en Jésus, nous avons déjà notre victoire sur le mal et la mort. Ce n’est pas une utopie ; c’est notre réalité !

            Quand nous nous sentons petits, impuissants face aux événements du monde, souvenons-nous d’Elie sorti de sa grotte, souvenons de Jésus qui marche sur la mer. Et rappelons-nous que Dieu veut notre bien et qu’en Jésus, il nous donne la force de ne pas joindre notre voix et notre vie aux puissances du mal. Avec Jésus, construisons ce monde d’où le mal est exclu. Avec Jésus, apprenons à vouloir et à faire le bien. C’est possible car notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, nous en rend capables. De notre art et de notre manière de parler de Dieu, dépend notre art et notre manière de vivre de Dieu. Amen.

samedi 27 juin 2026

Solennité des Saints Pierre et Paul - 28 juin 2026

 Nos saints patrons nous obligent, mais à quoi ?

(ce dimanche, je prêche la fête des Apôtres Pierre et Paul à Pfaffenhoffen)




(Saint Pierre et Saint Paul)

 

 



            Chacune de nos paroisses porte le nom d’un ou plusieurs saints. La vôtre a été placée par vos ancêtres sous le patronage des Saints Pierre et Paul, les colonnes de l’Eglise. Je ne sais pas s’il reste une trace dans vos archives qui explique ce choix, mais je sais que le choix de ce patronage vous oblige. Autrement dit, ce n’est pas neutre de placer votre communauté sous le patronage de Pierre et de Paul. Comme nous savons avec certitude que ni Pierre, ni Paul n’ont leurs origines à Pfaffenhoffen, ni n’ont évangélisé ici, il nous faut comprendre à quoi vous oblige un patronage aussi prestigieux. Intéressons-nous donc à chacun de vos patrons.

            J’ai toujours trouvé la figure de Pierre intéressante. Il fait partie des premiers à suivre Jésus avec son frère André. Et, dans l’évangile de Jean, c’est André qui vient annoncer à Pierre qu’il a trouvé le Messie et qui le conduit à Jésus. Ceci nous montre que Pierre est capable d’écoute et d’action. Son écoute le conduit à croire son frère et à le suivre. Il aurait pu ne pas écouter (au sens de comprendre) ce que disait André. Il aurait pu écouter et décider de ne pas suivre son frère. Il aurait pu écouter et suivre André, mais sans s’attacher à Jésus, juste par curiosité, juste pour surveiller André, un réflexe de grand frère, quoi. Non, il écoute, suit et reste. Le pape Léon disait cette semaine aux cardinaux que c’est celui qui écoute qui détient la primauté et donc la mission de guider les autres. L’évangile de la solennité ne dit pas autre chose. La profession de foi de Pierre ne lui vient pas d’une intelligence supérieure aux autres Apôtres, mais de son écoute. Jésus le lui affirme : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Pierre sait écouter les hommes ; Pierre sait écouter Dieu. C’est pour cela que Jésus bâtira sur lui son Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. C’est parce qu’il sait écouter qu’il devient le premier et le guide de la communauté croyante après la Pentecôte. Pierre nous oblige à apprendre à écouter et à faire confiance. Dans le gouvernement de l’Eglise, que ce soit à l’échelle internationale ou à l’échelle locale, l’écoute et la confiance sont primordiales. Celui qui prétend guider doit savoir écouter et faire confiance à ceux qu’il écoute ; en échange, la communauté sait qu’elle peut faire confiance à son guide parce qu’elle se sait écoutée par lui. Savoir écouter, c’est plus que savoir entendre. Ecouter suppose de laisser descendre dans le cœur, lieu des grandes décisions, ce qui nous est dit ; écouter, suppose de se laisser transformer par ce que l’on nous a dit ; écouter signifie que je suis capable de changer d’opinion, d’orientation, de direction. Celui qui n’écoute pas, s’expose à guider un navire qui n’est plus qu’une coquille vide, parce que tous auront tiré la seule conclusion possible : il ne nous écoute pas, il n’a pas besoin de nous. Pourquoi aurions-nous besoin de lui ?

            La figure de Paul, c’est ma grande faiblesse. J’ai, depuis toujours, une vraie vénération pour l’Apôtre des Nations. Il est passé d’ennemi du Christ à Apôtre infatigable, parcourant le monde pour annoncer le Christ, et fixant dans ses lettres la théologie chrétienne. Il est le premier à expliquer la foi chrétienne, à démontrer que Jésus accomplit toutes les promesses de la Première Alliance. L’ardeur qu’il avait mise à éradiquer la foi naissante, il la mettra, après sa rencontre avec le Ressuscité sur la route de Damas, à propager la foi chrétienne et à la rendre intelligible. Ses lettres sont les premiers écrits chrétiens, certaines, avant même les évangiles ! La parole la plus audacieuse de Paul est celle qui fait écho à la profession de foi de Pierre : Pour moi, vivre, c’est le Christ ! (Ph 1, 21). Tout est dit de la foi chrétienne : le Christ au cœur de la vie des hommes, source de la vie des hommes. Et parce qu’il est cette source, Paul peut décrire alors l’art de vivre chrétien dans ce bel hymne à la charité de sa première lettre aux Corinthiens : Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien ! Paul est l’Apôtre qui nous oblige à revoir nos priorités, à être capable de changer notre manière de voir et de comprendre les choses. Il nous oblige à approfondir notre foi, à la réfléchir. L’événement de Damas n’est pas tant une conversion, puisque Paul ne change pas de Dieu, mais une vocation, un appel de Dieu à le suivre. Certes, en suivant Dieu, il changera son cœur ; mais l’appel de Dieu est premier ! Là où Pierre nous apprend à écouter, Paul nous apprend à écouter autrement. Il était bien convaincu d’accomplir la volonté de Dieu quand il poursuivait les chrétiens ; mais il a su écouter Dieu autrement et se rendre compte qu’il faisait fausse route. Paul nous oblige à accepter de nous être trompé ; il nous invite à écouter mieux pour suivre mieux. Voyez-vous : Paul, avant et après Damas, c’est le même caractère, juste réorienté. Sa priorité n’est plus de détruire les disciples du Christ, mais de construire avec eux l’Eglise que le Christ a confié à Pierre. Cela n’ira pas sans conflit ; mais cela passera toujours par la capacité à écouter Dieu, à écouter les autres, à trouver la voie la meilleure à suivre. La grande œuvre de Paul devrait être celle de tout chrétien : remettre sans cesse sur le métier le travail d’approfondissement et d’éclaircissement de la foi chrétienne pour l’annoncer à tous.

            Mesurez bien la chance que vos ancêtres vous ont donné en vous plaçant sous le double patronage de Pierre et de Paul. En vous mettant à leur écoute, en méditant leurs écrits et leur vie, vous deviendrez des fidèles du Christ toujours plus attentifs à Dieu et aux autres. Ecouter Dieu sans changer notre relation aux autres, c’est juste spiritualiser notre vie. Être attentif aux autres sans fonder cette attention sur l’écoute de Dieu, c’est transformer l’Eglise en ONG activiste, améliorant la vie de ceux dont elle prend soin certes, mais incapable d’apporter l’espérance qui transforme durablement une vie et le monde. Montrez-vous de dignes héritiers de vos saints patrons, vous écoutant les uns les autres, écoutant Dieu, comprenant chaque jour mieux votre foi, ne renonçant jamais à la proposer sans l’imposer. Pierre et Paul étaient des disciples libres ; soyez libres à la suite du Christ et rendez les autres libres de choisir le Christ, ou pas. Le travail de tout chrétien est de témoigner ; décider revient à ceux qui les écoutent. Amen.


samedi 28 février 2026

2ème dimanche du Carême A - 1er mars 2026

Quitter.



                        Giovanni Benedetto Castiglione (1609-1664), détail du Voyage de la famille d'Abraham 
                 (vers 1655, huile sur bois, 19 x 28 cm), Musei di Strada Nuova, Gênes (Italie). Domaine public.





 

            Notre chemin de carême se poursuit et nous rencontrons aujourd’hui Abram, Timothée, et Pierre. Trois histoires particulières, à des moments particuliers, qui ont pourtant en commun une expérience identique : celle de devoir quitter quelque chose. 

            Honneur au plus ancien des trois, Abram. Il n’est pas encore Abraham, nous ne sommes là qu’au début de son histoire biblique, même s’il a déjà soixante-quinze ans ! C’est l’âge auquel prêtres et évêques remettent leur mission et peuvent espérer encore quelques jours heureux, loin des responsabilités. Abram commence sa mission et la poursuivra durant cent ans, avant de rejoindre celui qui aujourd’hui l’appelle. Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Ce qui me surprend toujours, c’est ce départ vers l’inconnu. Le pays que je te montrerai n’est pas précisé ; Abram ne reçoit aucun indice, ni latitude, ni longitude, ni direction précise : juste l’ordre de se mettre en route ! C’est très peu, reconnaissons-le. Mais ce qu’il reçoit, c’est beaucoup. Il reçoit l’assurance d’une promesse (je ferai de toi une grande nation), d’une bénédiction (je te bénirai), bénédiction qui dépassera le cadre de sa personne (en toi seront bénies toutes les familles de la terre), d’une grandeur à venir (Je rendrai grand ton nom), et pas seulement parce que deux lettres vont être ajoutées à Abram quand il recevra de Dieu le nom d’Abraham. La grandeur, c’est aussi le fait que son nom sera connu par toute la terre et pour les générations à venir. Il est reconnu aujourd’hui comme le Père des croyants. En lisant ou en écoutant le texte biblique, nous pouvons avoir l’impression que cela s’est fait facilement : Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit. Mais nous savons, vous et moi, que ce n’est jamais facile de tout quitter, même à l’appel de Dieu. Il faut une grande confiance et un sens de l’aventure peu commun. Et quand nous y regardons de près, Abram, avec ses soixante-quinze ans et sa vieille Sarah stérile, n’est pas le candidat idéal pour être à l’origine d’une grande nation ! Et c’est bien cela, la force de la foi d’Abram : il connaît ses forces et ses faiblesses, et pourtant, il y va ! Pas la moindre objection ! S’il y en avait eu, nous les connaîtrions, parce que la Bible donne toutes les objections formulées par ses successeurs. S’il n’y en a pas de mentionnées ici, c’est qu’il n’y en a pas. Abram écoute la voix et se met en route. Il quitte tout pour une promesse, une bénédiction et un titre de gloire. 

            Abordons alors Timothée. Nous ne le voyons pas à l’œuvre, mais c’est à lui que Paul écrit une recommandation pour sa vie et un point à croire et à enseigner. La recommandation : prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Evangile. Autrement dit, la vie que tu t’apprêtes à vivre comporte ses exigences propres. Il n’est pas facile d’être chrétien, ni à l’époque de Timothée, ni à la nôtre. Celui qui veut être chrétien doit accepter de quitter sa zone de confort. A l’époque de Timothée, le risque, c’est la persécution et la mort à maxima, et une certaine déconsidération sociale et religieuse à minima. Paul est bien placé pour le savoir, lui qui a voulu se débarrasser de ce mouvement qui grandissait au sein du judaïsme. Aujourd’hui encore, des difficultés persistent ; après plus de deux mille ans d’histoire, il est demandé sans cesse aux chrétiens de rendre compte des péchés de leurs pères : conversions forcées, papauté dévoyée, divisions, inquisition, croisade, abus de toutes sortes, révélés plus récemment… Oser encore s’affirmer chrétien est pour certains une anomalie, une crispation sur un passé dont on pensait que le siècle des Lumières avait eu raison. Vous et moi serions vieux jeu dans une France qui n’a plus aucun repère et qui pense aujourd’hui qu’il est bon de permettre la suppression des plus faibles alors qu’elle avait eu la sagesse, au siècle dernier, de supprimer la peine de mort pour les méchants. Comme Timothée, nous sommes toujours encore appelés à quitter nos zones de confort au nom de l’Evangile. Et comme Timothée, nous recevons avec cette recommandation un point de foi que Paul énonce ainsi : Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cela redonne un peu de baume au cœur puisque Paul nous redit que nous sommes sauvés parce que Dieu le veut, et pas parce que nous aurions fait de grandes choses. Il est important de nous le rappeler les jours où il nous semble plus difficile de quitter notre zone de confort à cause de l’Evangile, et tous les jours où il nous semble difficile d’être chrétiens. Dans notre monde sans repère, en voici un qui est solide pour chaque croyant : Dieu nous a sauvés et non pas Dieu nous sauvera ! C’est fait et c’est à cause de ce salut déjà obtenu qu’il nous est possible de quitter notre confort et de suivre encore le Christ. 

            Enfin, il y a Pierre qui, devant la vision extraordinaire de la transfiguration de Jésus, c'est-à-dire de Jésus dans la gloire qui sera la sienne après sa mort et sa résurrection, ne trouve rien de mieux à dire que : Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes… C’est tellement beau, tellement puissant ce qu’il voit, qu’il veut s’installer là, et y rester. Oh, je le comprends bien : quand il est donné à quelqu’un de contempler l’avenir bienheureux qui est promis, comment ne pas vouloir s’y installer tout de suite ? Mais Jésus invite Pierre et les deux autres qui n’ont rien dit mais n’en pensaient peut-être pas moins, à redescendre, à quitter ce lieu, et à se taire, à quitter l’envie de dire la chance qu’ils ont eu de voir ce qu’ils ont pu contempler, en tous les cas d’attendre que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts pour en parler. Suivre le Christ, c’est aussi quitter quelques vieilles habitudes, quelques réflexes très humains (bavardages, commérages) pour entrer totalement dans le monde de Dieu et sa manière d’être. Suivre le Christ, c’est quitter l’idée que tous doivent vivre les mêmes expériences spirituelles au même moment ; nous n’avons pas tous la force de porter les mêmes choses. Il faut laisser à chacun le temps de mûrir sa vie spirituelle, de la laisser grandir et s’affermir. Ce qui est bon pour l’un, ne le sera pas forcément pour un autre. Suivre le Christ demande du discernement. Si tel n’était pas le cas, il faudrait m’expliquer pourquoi Jésus n’a emmené que trois de ses disciples vivre cette expérience.

            Quitter n’est donc pas une expérience négative. Spirituellement, cela peut même traduire notre capacité à progresser. Je quitte des relations qui peuvent être toxiques ; je quitte des habitudes qui peuvent être contraire à ma foi ; je quitte des représentations de Dieu ou de la foi qui ne sont pas ajustées. L’appel fait à Abram de quitter son pays est un appel pour chaque croyant à ne jamais s’installer parce que Dieu nous attend toujours plus loin ; il veut nous emmener jusqu’en son Royaume, le lieu de notre repos et de notre récompense. D’étape en étape, nous y parviendrons. Amen.


samedi 28 juin 2025

Solennité de Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres

 Célébrer Pierre et Paul pour célébrer la mission de l'Eglise.







 

C’est une grande joie de célébrer dans une même fête Pierre et Paul, tous deux Apôtres du Seigneur, et reconnus depuis les origines comme les colonnes de l’Eglise. Les célébrer ensemble, revient à célébrer l’Eglise dans ce qu’elle a de plus fondamentale : sa mission d’évangélisation, ou pour le dire clairement l’obligation qui lui est faite d’annoncer le Christ, mort et ressuscité pour le salut du monde. En les désignant comme les colonnes de l’Eglise, nous disons que toute la mission que le Christ a confié à ses Apôtres, s’appuie sur eux. Toute l’Eglise s’appuie sur ces deux-là pour ne jamais trahir sa mission.

 Cette mission est représentée dans la pierre à Rome sur la célèbre place qui porte le nom du chef des Apôtres. Il y a là deux statues, l’une de Pierre et l’une de Paul. Pierre pointe son doigt vers le sol, Paul, le sien vers l’horizon. Les romains facétieux traduisent cela ainsi : Pierre dit « Ici on fait la Loi » et Paul dit « C’est là-bas qu’on l’applique ». Plus sérieusement, ils nous rappellent que la mission de l’Eglise est ad intra et ad extra, pour l’intérieur et pour le vaste monde. Et nous ne pouvons pas choisir l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas jouer Pierre contre Paul. Il faut, comme le fait la solennité qui nous rassemble, les tenir ensemble, quand bien même il ne faisait pas toujours bon de les avoir sous le même toit.

 Pierre, c’est un authentique disciple de Jésus, au sens où il l’a suivi pendant tout son ministère. Il fait partie des premiers appelés et il est celui à qui Jésus a confié l’Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. La mission principale de Pierre, après Pâques, va être de conduire ce peuple qui va s’agrandissant à la suite du Ressuscité. Souvenez-vous d’un des évangiles du temps pascal, lorsque Jésus prend Pierre à part pour l’interroger par trois fois : Pierre, m’aimes-tu ? et de lui confier ensuite sa mission : Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis. La mission de Pierre est d’abord dirigée vers l’intérieur, vers l’Eglise. Il doit la guider et la conduire à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu. Il doit faire son unité. Et ce ne sera jamais simple. Il suffit qu’un Saul de Tarse, persécuteur de chrétiens, se convertisse, pour que la jeune communauté croyante s’agite. Pierre saura écouter, discerner et aider la jeune communauté à comprendre que Saul de Tarse, qui ne sera bientôt connu que sous le nom de Paul, a bien reçu une mission du Seigneur Ressuscité. Selon le témoignage de Paul lui-même, ils se sont partagé la mission : à Pierre, les croyants d’origine juive, à Paul, le vaste monde païen à qui le Christ veut aussi se révéler.

Paul est aussi Apôtre, bien qu’il n’ait ni accompagné, ni même rencontré Jésus de son vivant. Le premier contact de Paul avec le Christ, c’était sur la route de Damas où il se rendait pour ramener dans la voie droite les juifs qui se sont égarés en croyants au Christ. Sur la route donc, Saul de Tarse est saisi par Jésus ressuscité et converti. Le zèle qu’il employait pour éradiquer cette voie nouvelle, il le mettra désormais au service de voie nouvelle. Il sera le premier à mettre des mots sur la foi chrétienne et à l’expliquer à ceux qui étaient loin même du judaïsme. Il est le premier théologien du christianisme. Ses voyages missionnaires l’auront conduit dans tout l’empire romain, soit la totalité du monde connu à son époque. Apôtre il l’est devenu non pas accompagnement de Jésus, mais par révélation du Christ lui-même.

Entre Pierre et Paul, il n’est pas possible à l’Eglise de choisir. Elle tient et de Pierre et de Paul. Sa mission est pour elle-même, pour fortifier la foi de ses fidèles, pour les inviter à se convertir vraiment au Christ qui a donné sa vie pour ses amis. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres hommes ; nous avons à faire le choix du Christ chaque jour, dans chacune de nos activités, dans chaque moment de nos journées. C’est l’œuvre de Pierre qui se poursuit en elle aujourd’hui. Mais sa mission est aussi de veiller à répandre la Bonne Nouvelle du Christ, toujours et encore, parce que le salut obtenu par le Christ sur la croix, est salut pour tous les hommes, pas uniquement ceux qui l’ont connu avant, pas uniquement ceux qui croient en lui maintenant. Tout homme venant dans ce monde est destiné au salut, destiné à entendre la Parole de Dieu. Contrairement à ce qu’affirmait récemment un homme politique français, les chrétiens ne mettent pas de l’huile sur le feu quand ils font la promotion du Christ. Ils font ce pour quoi ils ont été appelés par Dieu au moment de leur baptême : révéler le Christ par des mots certes, mais aussi et surtout par un art de vivre marqué du sceau de l’Evangile. Cet art de vivre se traduit par notre charité à l’égard de tous ; cet art de vivre se traduit aussi par le désir du salut du monde. Et pour que le monde soit sauvé, il faut lui faire connaître le Christ, sans violence, sans contrainte, mais par l’exemple d’une vie entièrement tournée vers le Christ. C’est notre devoir de baptisés ; c’est notre droit de citoyen d’un pays qui ne reconnaît aucune religion mais permet à toutes de s’exprimer et de se vivre. Nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant parler du Christ ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant le proposer ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en vivant de lui, dans toutes les dimensions de notre vie, qu’elle soit privée ou publique. En proposant le Christ, nous faisons le pari de la liberté parce que chacun doit avoir la possibilité de se déterminer, seul et en conscience, pour ou contre le Christ. En proposant le Christ, nous faisons le pari de l’égalité parce que nul n’est trop ceci ou pas assez cela pour entendre l’Evangile du Christ ; sa parole de vie et d’amour est pour tous, de la même manière. En proposant le Christ, nous faisons enfin le pari de la fraternité véritable, fondée sur l’amour et le don de soi du Christ sur la croix pour que tous les humains soient reconnus comme frères et sœurs en humanité et se reconnaissent frères et sœurs en Christ.

Puisqu’en ce jour, nous honorons ces deux Apôtres et géants de la foi, revendiquons-nous de l’héritage de l’un et de l’autre. Que Pierre et Paul soient les colonnes de notre propre vie spirituelle, nous invitant à une conversion toujours plus pleine, et nous poussant à témoigner, sans complexe, de celui qui nous fait vivre et qui a encore des réserves de vie et d’amour pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, mais qui peuvent le côtoyer à travers nous. Qu’à la prière de Pierre et de Paul, nous devenions des disciples missionnaires pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 3 mai 2025

3ème dimanche de Pâques C - 4 mai 2025

Pâques, l'expérience d'un amour qui s'ajuste à moi.






Il a osé, il ne recule devant rien ! En publiant sur son propre réseau social, puis sur celui de la présidence américaine, cette photo où on le voit habillé comme un pape, cet homme prouve à tous ce que l’on supposait déjà : il ne respecte rien, ni personne ; tout ce qui compte, c’est qu’il puisse se mettre en avant et provoquer. Tout le contraire de ce qu’il aimerait incarner. Il l’avait dit la veille à un journaliste qui l’interrogeait : « J’aimerai être pape. Ce serait mon choix numéro un ». Sa mine sévère sur la photo le place à mille lieux de ce que les hommes sont appelés à découvrir de Dieu à travers celui qu’Il donnera comme pasteur à son Eglise. Il n’y a ni amour, ni tendresse, juste de l’arrogance et de la soif de pouvoir. Tout ce que nous ne devons ni imiter, ni désirer. Heureusement pour nous, c’est Dieu qui choisira le prochain pape. 

Il a osé, il ne recule désormais devant rien ! C’est ce que nous pouvons dire en voyant la certitude de Pierre lorsqu’il répond au grand prêtre : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Il sait maintenant, par expérience, qu’il y a plus à attendre et à espérer de la part de Dieu que des hommes, fussent-ils ceux qui le servent et qui prétendent agir en son nom. Il est loin le temps où Pierre affirmait ne pas connaître celui qui alors passait en jugement avant d’être exécuté sur le bois de la croix. Il a fait l’expérience de l’amour et de la tendresse infinie de Dieu envers lui ; il affirme avec audace que le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus… c’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Avec les Apôtres, il est tout joyeux d’avoir été jugé digne de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Il a accepté ce que disait Jésus : le disciple n’est pas au-dessus de son maître, et que le chemin que Jésus a emprunté pour nous sauver est chemin de vie pour les hommes qui croient en lui. Rien ne peut faire peur a celui qui se sait déjà sauvé et toujours aimé. 

Il a osé, il ne recule devant rien, Jésus, lorsqu’il parle avec Pierre sur le bord de la mer de Tibériade. Après s’être fait reconnaître par ses disciples et avoir partagé avec eux un repas, il prend à part celui qui avait renié, et par trois fois l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? La première fois en demandant s’il l’aime vraiment, plus que ceux-ci, c'est-à-dire plus que les autres ! La deuxième fois en lui demandant s’il aime vraiment. La dernière fois s’il l’aime, tout simplement, sans rien ajouter de plus. La langue française rend très mal la profondeur de ce dialogue qui joue sur différents verbes grecs qui parlent d’amour. Le texte original nous montre l’audace de Jésus et ce qu’il fait pour nous. En effet, dans sa première question, Jésus demande à Pierre : m’aimes-tu d’amour agapè, autrement dit, de charité, de cet amour qui va jusqu’au don ultime, de cet amour dont Jésus a fait montre sur la croix. Et Pierre répond : je t’aime d’amour philia, c'est-à-dire : je t’aime d’amitié. Ce n’est pas la même chose. D’où sans doute la deuxième question : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? toujours en parlant de l’amour agapè, histoire de vérifier que Pierre a bien compris la question. Et Pierre de répondre encore qu’il aime Jésus comme un ami. Et l’on entend Jésus qui ne se décourage pas et qui n’abandonne pas. La troisième fois, Jésus l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? en utilisant le verbe qui dit l’amour philia, l’amour d’amitié. Et Pierre, bien que peiné, lui répond : Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime, en utilisant toujours l’amour d’amitié. Comprenez-vous ce que Jésus a fait pour Pierre, et qu’il fait pour chacun de nous ? Il l’interroge d’abord en lui demandant la plus haute forme d’amour, parce que c’est ainsi qu’il aime Pierre, c’est ainsi qu’il nous aime. Et devant l’impossibilité répétée de Pierre, soit de comprendre la question, soit de répondre par le même amour, Jésus abaisse ses prétentions, Jésus se met à portée de Pierre : puisque ce dernier semble bloqué sur le registre de l’amour d’amitié, Jésus va là où est Pierre. Il ne lui reproche pas ce qu’il ne peut pas donner pour l’instant. Il prend ce que Pierre peut lui donner ; il prend l’amour que nous pouvons lui donner, et tant pis si cet amour n’est pas parfait. 

Il a osé, il ne recule devant rien pour nous dire son amour. Et si nous avons du mal à comprendre combien nous sommes aimés de Dieu, et si nous avons du mal à comprendre la croix comme signe de l’amour de Jésus pour nous, Jésus s’abaisse encore. Il nous dit l’idéal à atteindre à travers ses premières questions ; mais il nous offre, avec sa dernière interrogation, une porte de sortie à notre mesure pour que nous ne reculions jamais devant la nécessité d’aimer. En fait, il nous dit qu’il n’est pas nécessaire d’aimer tout de suite d’un amour absolu pour commencer à aimer Dieu, pour commencer à aimer les frères qu’il met sur notre route. Ce qui compte, c’est justement que nous commencions à aimer, même si ce n’est que d’amitié. L’amour s’exerce, l’amour grandit : quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture ; une manière peut-être de nous dire que nous apprendrons, avec l’âge, à faire confiance, à nous laisser faire, à aimer autrement. Alors aimons comme nous pouvons, en attendant d’aimer comme Dieu nous aime. C’est tout ce qui importe. Ne désespérons ni de nous, ni des autres, et surtout pas de Dieu. Il nous accompagne dans notre apprentissage de l’amour ; il nous a donné son Fils en exemple vivant de l’amour parfait. A l’écouter, à le suivre, nous finirons peut-être par savoir aimer comme il nous aime. Et si d’aventure nous n’y arrivions pas, il porterait quand même à notre crédit nos essais d’aimer, même s’ils sont petits, même s’ils peuvent nous paraître insignifiants. En se mettant à portée de Pierre, Jésus nous dit qu’il n’est jamais insignifiant d’aimer, que c’est toujours ce qu’il faut faire, même imparfaitement, même petitement. 

        C’est cela la beauté de Pâques ; c’est la beauté de l’amour divin qui s’ajuste à nos capacités pour que pas un ne se décourage, pour que pas un ne puisse dire : cela ne me sert à rien d’aimer puisque je n’arrive pas à aimer comme Dieu attend que j’aime. Aimer comme Dieu nous aime est le résultat d’un compagnonnage avec Jésus ; il y faut plus ou moins de temps, beaucoup de patience, beaucoup d’essais, beaucoup de pardon aussi. Commencer à aimer par contre est le résultat d’un choix, qui peut se faire ici et maintenant, pour chacun de nous. Et si à notre tour, nous osions et ne reculions devant rien pour aimer toujours, pour aimer chacun, même juste un tout petit peu ? Chiche, on essaie ? Amen. 


samedi 8 février 2025

5ème dimanche ordinaire C - 09 février 2025

 Sur ta parole, je vais...



(Gustave Doré, Jésus prêchant sur le lac de Génésareth)





Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, quand nous les croisons au bord du lac de Génésareth, et pourtant ils embarquent ensemble pour que le premier puisse enseigner les foules qui se pressaient autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Qu’est-ce qui fait bouger ainsi les foules ? Est-ce juste l’éloquence de Jésus ? Ou est-ce que la foule comprend que sa manière de parler des choses de Dieu est différente. Habituellement, quand quelqu’un veut parler de Dieu de manière impromptue, nous avons mieux à faire, non ? Là la foule se presse, Pierre prête sa barque, et tout le monde écoute.

Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, et pourtant quand, ayant fini de parler, Jésus l’invite à retourner à la pêche, Pierre, le professionnel, obéit : Sur ta parole, je vais jeter les filets. Vous en connaissez beaucoup des professionnels qui se laissent commander par un amateur ? Qu’est-ce qui fait que Pierre, sans sourciller, fasse ce que Jésus demande alors qu’il a peiné toute la nuit sans rien prendre ? Est-ce qu’il voit en Jésus plus qu’un beau parleur ? Ou est-ce le fait qu’il ait guéri sa belle-mère quelques jours auparavant qui le décide à faire confiance ? Toujours est-il que Jésus propose et que Pierre dispose.

Ils ne se connaissaient pas du tout, Jésus et Paul de Tarse, et pourtant quand le premier se révèle au second sur la route de Damas, ce dernier change du tout au tout. Il comprend mieux sa foi et ne tarde pas à expliquer à ses coreligionnaires en quoi Jésus, celui qui est mort sur la croix, est bien celui qui accomplit toutes les promesses de Dieu. Mieux, il sera le premier à réfléchir cet accomplissement et à donner aux premiers croyants en Christ les clés de compréhension des mystères de la foi. Et cela, en peu de mots, en quatre verbes comme le fait remarquer le Pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025 : le Christ est mort, il fut mis au tombeau, il est ressuscité, il est apparu à Pierre, puis au Douze… Toute notre foi résumée en quatre verbes, quatre bouts de phrases mises ensemble qui vont séduire des milliers de millions d’hommes et de femmes à travers le temps. 

Nous disons connaître Jésus parce que nous avons suivi notre catéchisme, et pourtant, avons-nous suivi Jésus comme ces foules ? Avons-nous obéi à Jésus comme Pierre ? Avons-nous trouvé les mots pour parler de lui comme Paul ? Qu’est-ce qui fait que ce qui était évident pour les foules, Pierre et Paul, soit devenu plus obscur, plus compliqué pour nous ? Nous voulons, vous et moi, écouter Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour la foule. Nous aurions bien du mal à l’écouter des journées entières. Le temps de cette homélie semblera déjà trop long à certains ! Nous voulons, vous et moi, suivre Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Pierre. Faire ce que Jésus nous demande quand il vient bousculer notre vie, ce n’est pas toujours facile. Nous voulons bien parler de Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Paul. Nous avons du mal à trouver les mots justes, les mots qui portent, les mots qui incitent d’autres à croire. Et devant les mystères de la foi, les mots nous manquent souvent. 

Alors que faire ? Je crois que l’essentiel est de nous souvenir que ce qui compte le plus, c’est que Jésus nous connaît, comme il connaît la foule, Pierre, Paul et tous ceux à qui il se révèle un jour. Il connaît la foule et ses besoins ; il connaît Pierre et sa capacité à faire confiance ; il connaît Paul et sa ferveur. Il nous connaît, tous et chacun, mieux que nous nous connaissons, et il nous rend capable de ce qu’il attend de nous. Si nous avons du mal à nous faire confiance, à faire confiance à nos propres capacités, faisons confiance à Jésus qui peut tout, à Jésus qui jamais ne nous trompe, à Jésus qui veut notre vie en plus grand, en plus beau, en plus accompli. Avec la foule, osons nous presser autour de Jésus. Avec Paul, osons approfondir notre foi. Avec Pierre, osons dire : Sur ta parole, Seigneur, je vais… la suite de la phrase appartient à chacun. Amen. 


samedi 14 septembre 2024

24ème dimanche ordinaire B - 15 septembre 2024

 Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.





(Dessin de Deligne)



 

            Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce reproche, sévère, est fait par Jésus à Pierre, alors qu’il a quelques temps auparavant, fait profession de foi en reconnaissant que Jésus était le Christ. Il nous montre que même les Apôtres de Jésus ne sont pas à l’abri de se méprendre sur lui. Ils le fréquentent, ils le suivent, ils l’écoutent, mais le connaissent-ils vraiment ? Et surtout, le comprennent-ils bien ? Car tout est là, me semble-t-il dans cette page d’évangile, dans la compréhension qu’ils ont, que nous avons, de Jésus et de sa mission. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Si même les plus proches de Jésus peuvent ne pas saisir le sens de sa mission, nous devons admettre alors que ce reproche de Jésus, adressé à Pierre, nous est adressé à tous. Même si nous avons les évangiles, même si des siècles de théologie nous parlent de Dieu et de son Christ, le connaissons-nous vraiment mieux que ceux qu’il a lui-même appelés à le suivre ? Souvent, nous nous faisons de belles idées sur Dieu, sur ce qu’il devrait être, sur ce qu’il devrait faire. Lorsque nous traversons une épreuve, il peut arriver que nous en voulions à Dieu, n’est-ce pas ? Nous ne cherchons pas un Dieu à servir, mais un Dieu à asservir à notre cause. Dieu doit être de notre côté, nécessairement. Il doit répondre à nos critères, à nos envies. Que Dieu puisse avoir un grand projet pour l’homme, c’est bien ; mais il devrait avoir un projet plus grand encore pour nous. Bref, nous voulons un Dieu à notre mesure, un doudou divin qui nous ferait du bien, un animal de compagnie qui nous obéirait au doigt et à l’œil. Telles sont, quelquefois, les pensées des hommes. Ce n’est pas grave en soi ; il faut juste en être conscient si nous voulons rencontrer le vrai Dieu, le vrai Jésus. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce que ce reproche a de bon pour nous, c’est qu’il nous rappelle que Dieu n’est pas juste une idée, voire une belle idée de l’homme, mais que Dieu a sa propre réalité. Il nous rappelle aussi que, si Dieu a sa propre réalité et n’est donc pas une invention humaine, il a sa propre vie et ses propres projets. Et quand l’homme accepte cela, quand il accepte que Dieu est plus grand que lui et qu’il a un projet de vie pour l’homme, ce que la théologie appelle une Alliance à proposer à l’homme, alors celui-ci peut entrer dans les pensées de Dieu. Nous ne sommes pas condamnés à n’avoir que de belles idées sur Dieu ; nous pouvons rencontrer Dieu en vérité ; nous pouvons entrer en Alliance avec lui ; nous pouvons entrer dans son projet. Le psalmiste l’a bien compris quand il nous fait chanter : Le Seigneur défend les petits : j’étais faible, il m’a sauvé. Il a sauvé mon âme de la mort, gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas. Il nous fait comprendre que le projet de Dieu pour l’homme est un projet de salut. L’Alliance que Dieu nous propose est une Alliance pour la vie, pour notre vie. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce reproche fait à Pierre et à nous, est une invitation à entrer dans le projet de Dieu, à la condition fixée par Dieu. Cette condition ne nous concerne pas d’abord ; elle concerne Dieu. Il veut nous sauver au prix de son propre Fils. Il veut tellement nous sauver, nous qui avons montré à travers les âges que nous étions incapables de nous sauver nous-mêmes, qu’il a décidé, Dieu, de nous donner son Fils et de le livrer à notre ennemi commun : le mal jusque dans ce qu’il a de plus abject, la mort d’un innocent. C’est quand je mesure ce grand prix payé par Dieu, que je comprends la réaction de Pierre et les vifs reproches qu’il adresse à Jésus. Car qui peut accepter qu’un innocent meurt pour lui ? Qui peut accepter qu’un autre homme paye pour ses crimes ? Pour quiconque a un sou de conscience et de morale, c’est inacceptable. Mais pour Dieu, c’est la seule solution ; il le sait bien, lui qui a tout essayé avant d’en arriver à cette conclusion. S’il veut sauver l’humanité, il devra y aller lui-même. C’est pour cela qu’il fait de son Fils unique un homme comme nous, pour que par son sacrifice, nous puissions devenir Dieu comme lui. Il n’est pas comme ses faux dieux qui font leur fond de commerce en exigeant chaque année la vie d’hommes et de femmes offerts en sacrifice sanglant. Il s’offre lui-même en sacrifice, une fois pour toutes, pour que l’Ennemi, victorieux sur le bois, fût à son tour vaincu sur le bois, par le Christ, notre Seigneur. C’est ce que chantait hier la préface de la fête de la Croix glorieuse. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ne nous offusquons pas de ce reproche de Jésus. Prenons-le pour ce qu’il est réellement : une invitation à mieux connaître Dieu, une invitation à mieux entrer dans l’Alliance qu’il nous propose, telle qu’il nous la propose. Nous saurons ainsi que Dieu est définitivement pour notre vie et pour notre salut. La croix dressée en est le signe visible à tout jamais. Amen.  

samedi 22 juin 2024

Fête de Saint Pierre et Saint Paul - 23 juin 2024

 Pierre et Paul, le coeur et la raison.

(Je célèbre ce dimanche dans une petite communauté qui n'a pas souvent la messe dans son village. Nous en profitons pour célébrer leur fête patronale. D'où cette homélie sur Pierre et Paul).




(Source : Icône de Saints Pierre et Paul (Réf. IC_9156) - Vente d'icônes religieuses (traditions-monastiques.com)





 

            Fêter Pierre et Paul ensemble ! Il fallait tout l’humour de Dieu, je pense, pour mettre ensemble, sur le calendrier, ces deux Apôtres que rien ne destinait à se rapprocher, si ce n’est Jésus Christ. Pierre, celui qui a connu Jésus et qui l’a suivi ; Paul, celui qui a persécuté Jésus à travers ses disciples et qui est tombé dans une connaissance renouvelée de sa foi qu’il croyait menacée. Quel beau jour que celui de cette solennité qui nous donne de les célébrer ensemble ! 

            Si je devais qualifier d’un mot Pierre, je dirais qu’il est le cœur. Toujours un peu trop rapide à parler, il a une vraie admiration pour Jésus. Sans doute ne comprend-t-il pas tout ce que Jésus dit, mais il est volontaire, franc. C’est quelqu’un sur qui on peut s’appuyer. Ce n’est pas pour rien que Jésus le choisit pour être le gardien de ses frères et la pierre sur laquelle Jésus bâtira son Eglise. Solide comme un roc, mais terriblement humain. Capable des plus grandes déclarations comme cette profession de foi entendue dans l’Evangile : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! et capable aussi d’avoir peur et de renier Jésus parce qu’il n’a pas vraiment compris les implications de sa profession de foi. Bref, tellement comme nous ! 

            Comme Pierre, nous déclarons notre attachement à Jésus et notre foi en sa personne. Et comme Pierre, nous tombons devant l’adversité, prenons peur devant les difficultés ; mais, au fond de nous, nous savons Jésus présent. Nous comptons sur cette Eglise fondée sur Pierre pour nous conduire toujours plus au Christ, le Fils du Dieu vivant. Nous comptons sur Pierre pour faire de nous de meilleurs disciples, des amoureux de Jésus, comme il l’a été. 

            Si Pierre est le cœur, Paul est la raison. C’est la raison qui l’a mis en chasse de ces hommes et femmes qui, d’après lui, mettaient la foi de ses pères en danger. Mais c’est la raison aussi qui l’a emporté, et qui lui fera réfléchir et mettre par écrit les grands principes de la foi chrétienne. Il a raison de dire qu’il a mené le bon combat. D’abord le combat intérieur qui lui fera reconnaître son erreur et embrasser la foi en Jésus Christ. Puis le combat de l’évangélisation de l’empire romain, traversé du sud au nord et d’ouest en est. Combien de lieux lui doivent la foi ? Combien d’hommes et de femmes, aujourd’hui encore, lui doivent une foi plus profonde, plus riche après la lecture et l’étude de ses lettres. J’ai pour lui une tendresse particulière, parce que la profondeur de sa pensée me touche à chaque fois. Oui, Paul est la foi raisonnée, réfléchie, sans cesse reprise pour corriger les erreurs, faire grandir la foi, l’espérance et la charité de celles et ceux à qui il écrit. Plutôt que de révolutionner le monde, il préfère indiquer une voie supérieure, une autre manière de vivre. Voyez comment il a réglé le cas d’Onésime. Il était l’esclave de Philémon. Celui-ci l’a-t-il prêté à Paul ou était-il en fuite ? Qu’importe ! Ce qui compte, c’est ce qu’il écrit à Philémon quand il lui renvoie Onésime. Il ne lui dit pas que c’est mal d’avoir des esclaves ; il lui dit simplement qu’il a baptisé Onésime, et donc qu’il en a fait un frère pour Philémon. Il espère bien que c’est ainsi qu’il sera traité désormais ; mieux, il espère que Philémon l’accueillera comme s’il accueillait Paul en personne. 

            Comme Paul, ne cessons pas d’approfondir notre foi, de la réfléchir pour mieux la comprendre, et l’ayant mieux comprise, pour mieux la vivre. Parce que c’est la seule chose qui compte pour Paul : que notre foi soit bien vécue ; elle est une loi de liberté qui met loin de nous notre péché. Comme Paul, laissons-nous transformer par notre rencontre avec le Ressuscité ; comme Paul, annonçons à temps et à contre-temps celui qui nous rend libre ; comme Paul, propageons l’amour du Christ en aimant celles et ceux qu’il met sur notre route. Comme Paul, notre caractère sera adouci par Celui qui a livré sa vie par amour pour nous. 

            Pierre et Paul, le cœur et la raison. Finalement, l’Eglise a bien raison de nous les faire célébrer ensemble car que serait le cœur sans la raison, c'est-à-dire sans la foi réfléchie ? Un vague humanisme, et l’Eglise une ONG parmi tant d’autres. Et que serait la raison sans le cœur, sans une foi simplement vécue dans l’ordinaire d’une vie ? Un système de pensée, une idéologie de plus et l’Eglise, un vague parti qui voudrait convaincre les autres qu'elle seule a la vérité. 

            Pierre et Paul, le cœur et la raison. En les définissant ainsi, je ne dis pas que Pierre ne sait pas réfléchir (il y a deux lettres dans le NT qui montrent le contraire), ni que Paul ne sait pas aimer (il y a quatre lettres à ses amis pour prouver le contraire). Cœur et raison sont une dominante de leur caractère respectif qui, j’aime à le croire, leur ont permis de se retrouver et sans doute de s’apprécier. Qu’ils se retrouvent en nous comme ils ont su se retrouver jadis, à Jérusalem, dépassant leurs craintes et leurs oppositions. Avec eux deux, nous pourrons encore faire grandir l’Eglise, le Corps unique du Christ, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

dimanche 3 septembre 2023

22ème dimanche ordinaire A - 03 septembre 2023

 Tu m'as séduit, et j'ai été séduit !



 

 



            Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Cette parole du prophète Jérémie est, me semble-t-il, à double tranchant. Elle dit une chose admirable, puisqu’elle est une manière d’exprimer la relation de Dieu avec les hommes : Dieu nous séduit, il se rend désirable à l’homme et l’homme se laisse séduire ; il est capable de Dieu. Mais qu’advient-il quand, avançant dans la connaissance de Dieu, la révélation qu’il fait de lui-même ne correspond pas ou plus à ce que l’homme en attend ? 

Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Cette parole du prophète Jérémie s’applique particulièrement bien à l’Apôtre Pierre que nous avons croisé dans l’évangile de dimanche dernier. Souvenez-vous : Jésus interrogeait ses disciples sur ce que les gens d’abord, puis eux-mêmes, disaient de Jésus : Qui suis-je ? Pierre a eu cette réponse fulgurante : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! La réponse que Jésus lui faisait alors, montre bien ce processus de séduction puisqu’il affirmait à Pierre : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Quand je me laisse séduire par Jésus, je comprends qu’il n’est pas juste un homme comme les autres, et qu’il est même plus qu’un grand homme ou un grand sage, voire un grand prophète : il est le Fils du Dieu vivant ! Et il y a quelque chose de désirable à connaître celui-là : n’est-ce pas rassurant de se savoir connu et aimé du Fils de Dieu et de le connaître et l’aimer en retour ? Que peut-il m’arriver avec un Fils de Dieu dans mon carnet de relation ? Se savoir aimé de Dieu et l’aimer en retour est une belle et grande chose, qui transforme une vie. J’en ai été témoin tant de fois. 

Seulement voilà, et c’est une chose avérée tant dans les relations humaines que dans la vie spirituelle : si tout commence toujours bien, vient le moment inévitable, où l’on découvre mieux l’autre. Les « défauts » apparaissent, ce que je croyais savoir est mis à l’épreuve. L’autre, qu’il soit un humain ou qu’il soit Dieu, n’est pas uniquement tel que je l’ai imaginé ou vu en premier lieu. Et c’est bien ce qui arrive à Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui, qui est la suite immédiate de celui de dimanche dernier. Après que Pierre eut fait sa profession de foi, Jésus ordonna aux disciples de ne rien dire à personne que c’était lui le Christ. Vous avez découvert un trésor, quelque chose qui donne sens à votre vie, et vous ne devez pas le partager. Pire : à peine avez-vous découvert cette richesse concernant Jésus, que le même vous annonce qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Tout s’écroule, et nous comprenons aisément la remarque de Pierre : Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. Comment imaginer que le Fils de Dieu, le Tout-Puissant, puisse être mis à mort par des hommes ? Comment accepter que celui qui donne sens à ma vie soit ainsi défiguré, réduit à néant ? Et l’on passe, en un rien de temps du : Heureux es-tu, Simon fils de Yonas, à cette affirmation terrible : Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. 

Seigneur, tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Que vaut encore cette déclaration d’amour quand Jésus se révèle n’être pas celui que j’ai imaginé ? Je veux bien d’un Messie qui prend soin des hommes, qui les guérit, les sauve, mais pas d’un Messie qui souffre, encore moins qui souffre à cause de moi ! Nous imaginions un Dieu jeune, grand et fort, réalisant de nombreux exploits, et nous voilà avec l’image d’un affaibli cloué en croix ! Pourtant, c’est bien là que s’exprime le mieux l’amour de Dieu pour nous, et comme Pierre, nous avons à franchir ce pas qui consiste à nous défaire des images de Dieu que nous pouvons fabriquer, à la réalité d’un Dieu qui nous séduit et qui nous aime jusqu’à mourir, non pas à cause de nous, mais pour nous. Jésus meurt pour nous, à cause du mal qui ronge notre vie. Nous ne sommes pas la cause de sa mort ; nous sommes le « but » ou le « sens » de sa mort : il meurt pour nous sauver ! C’est parce qu’il nous aime et que nous nous sommes laissés aimés de lui qu’il offre sa vie. Il n’y a pas d’amour plus grand que celui-là. D’où l’invitation de Jésus à vivre ce même amour : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Cette phrase est humainement inaudible : personne ne veut souffrir comme Jésus. Mais dans la foi, quand on sait qu’il est question d’amour (parce que la vraie croix des hommes à prendre, c’est bien d’aimer toujours et chacun), alors il est possible d’envisager d’offrir ainsi sa vie. Comme Jésus, nous n’offrirons pas notre vie pour souffrir, mais pour aimer mieux, pour aimer véritablement. Avec Jésus, nous voulons apprendre non pas à souffrir, mais à aimer, toujours, inconditionnellement. Avec Jésus, nous aimons aimer ! 

Seigneur, tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Je mesure toujours plus la beauté et la force de cette affirmation du prophète Jérémie. Et j’espère pouvoir dire la même chose à Dieu lorsqu’il m’appellera à quitter cette vie, parce qu’alors j’aurai conscience d’avoir réussi avec lui. Rien d’autre ne compte quand on se sait aimé, que d’aimer en retour, avec la même force. Avec Jésus, c’est possible. Cela vaut la peine d’essayer. Amen.


samedi 26 août 2023

21ème dimanche ordinaire A - 27 juillet 2023

 De curiosité en curiosité, une approche de la Bonne Nouvelle.






            C’est un évangile curieux à plus d’un titre qui nous est proposé en ce dimanche. Curieux, le fait que Jésus s’interroge sur ce que les gens disent, donc pensent, de lui ; jusqu’à présent, il s’est peu soucié de ce détail. Curieuse la réponse faite par Pierre. Curieux le fait que ce soit lui qui soit choisi pour être le « primus inter pares » (le premier parmi ses pairs). Curieuse encore la mission que lui confie Jésus. Toutes ses curiosités sont aujourd’hui, pour nous, Bonne Nouvelle. 

            Jésus interroge donc ses disciples : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? La formulation est curieuse puisqu’il parle de lui : il aurait pu demander simplement ce que les gens disent de lui ; après tout, il sera beaucoup plus direct quand il posera la question directement à ses disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? A la première question de Jésus, les disciples répondent en fonction de ce qu’ils entendent ; et ce qu’ils entendent, ce sont les rapprochements faits par les gens entre cette figure du Fils de l’homme que le Premier Testament connaît déjà et quelques-uns de ses grands personnages. Un peu comme on fait à la naissance d’un nouvel enfant : on cherche à qui il ressemble, de qui il a les yeux, la bouche, le nez… Le Fils de l’homme, au dire des gens, peut être Jean le Baptiste dont il prolonge le ministère ; il peut être Elie, le prophète qui n’est pas mort et dont on attendait le retour ; il peut être Jérémie, le prophète qui a toujours dû annoncer aux gens le contraire de ce qu’ils voulaient entendre. Il peut être aussi n’importe lequel des autres prophètes, tant sa parole est à la fois unique et bien marquée du sceau de Dieu. Nous comprenons bien que les gens ont du Fils de l’homme une représentation qui le situe clairement du côté de Dieu et de ses grands envoyés. Aujourd’hui, beaucoup de gens voient en Jésus un grand personnage, un grand sage, qui invite les hommes à une vie autre, plus élevée que celle que propose le monde. 

            Je ne sais pas si c’est parce que ces représentations des gens ne conviennent pas à Jésus qu’il poursuit son investigation auprès de ses disciples : Pour vous, qui suis-je ? Mais la question est intéressante : vous qui me suivez de près, voyez-vous la même chose que les gens ? Dites-vous pareil ? La réponse de Pierre jaillit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Je donnerais cher pour voir la tête des autres disciples ; et peut-être aussi la sienne lorsqu’il réalise ce qu’il vient de dire ! Jésus ne s’y trompe pas, lui qui reprend tout de suite : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autrement dit, pour passer du Jésus de l’histoire que Pierre et les autres côtoient au Christ de la foi, il n’y a pas la réflexion humaine, mais une révélation de Dieu lui-même. Nul ne passe de Jésus, grand sage de l’histoire des hommes à Jésus le Christ, sans que Dieu le Père ne permette ce rapprochement. La foi n’est pas une déduction humaine ; elle est une expérience spirituelle, le résultat de la rencontre entre l’homme et Dieu. Et c’est toute la beauté de la foi : il n’y a pas besoin d’être un génie intellectuel pour reconnaître le Christ ; il suffit d’être ouvert à la grâce de Dieu qui veut se révéler à tout homme. Pas besoin d’avoir fait de grandes écoles pour rencontrer Dieu ; la simplicité d’un cœur d’enfant y suffit. 

            Nous pouvons alors interroger la fin de l’évangile de ce dimanche. Si ce n’est pas son intelligence qui lui a soufflé de dire cela, pourquoi est-ce Pierre que Jésus choisit ? Car enfin, Pierre est quand même un peu du genre « grande gueule », rapide à parler, lent à réfléchir, et vite rattraper par la peur ; il suffit de se souvenir de l’attitude de Pierre quand Jésus les rejoint dans la barque en marchant sur l’eau : nous l’avons entendu dire que si Jésus le fait, il peut le faire aussi avant de manquer de se noyer quand la peur des eaux tumultueuses l’a repris et de crier vers Jésus : sauve-moi !  Et bien, c’est peut-être justement pour cela que Jésus l’a choisi : parce que quoi qu’il fasse, et surtout après ses moments de faiblesses, il sait revenir vers Jésus. Avec Pierre, nous avons la certitude qu’il ne construira pas son Eglise, mais bien l’Eglise du Christ. C’est d’ailleurs ce que dit Jésus très clairement : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Tu es Pierre, c'est-à-dire tu es qui tu es, comme tu es, comme je t’ai appelé ; et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, sur toi sur qui les autres peuvent s’appuyer, je vais m’appuyer aussi pour faire mon Eglise. Il est choisi parce qu’il connaît ses faiblesses et que Jésus reste celui dont il sait qu’il est son Sauveur vers qui il revient toujours. Et c’est bien parce qu’il sait crier vers Jésus quand tout va mal pour lui, qu’il reçoit le pouvoir de lier et délier, c'est-à-dire de lier en nous ce qui nous éloigne de Dieu pour nous en débarrasser, nous en délier, puisque c’est ce pour quoi Jésus a donné sa vie. Le premier des Apôtres est associé à la mission de salut de Jésus : aider les hommes à identifier le mal qui les ronge pour les en défaire et leur indiquer la voie du Salut. C’est une Bonne Nouvelle pour nous tous, parce que nous est dit clairement que l’Eglise n’est pas là pour nous condamner, mais pour nous aider à identifier le mal, et à suivre le Christ qui nous libère de tout mal. L’Eglise nous aide à identifier le mal non pour nous enfermer dedans mais pour nous en délier, nous en libérer par la puissance du Christ vivant. 

            De curiosité en curiosité, nous sommes arrivés à cette Bonne Nouvelle du Salut à dire et à redire aux gens de notre temps. Nous laisserons la dernière curiosité – le silence imposé à ses disciples sur son identité réelle – pour dimanche prochain ; nous pourrons la comprendre mieux en entendant la suite de l’évangile de Matthieu. A chaque dimanche sa Bonne Nouvelle ; c’est plus facile à assimiler ainsi, petit à petit, pour permettre à notre intelligence de comprendre ce que notre cœur a saisi : Dieu nous aime et nous sauve en Jésus. Amen.


samedi 12 août 2023

19ème dimanche ordinaire A - 13 août 2023

 Confiance ! c'est moi ; n'ayez plus peur !


 

 

 



          Toutes les crises que nous pouvons connaître ont un point commun : le manque de confiance ! Après le rapport de la CIASE, la plupart des journaux soulignait le déficit de confiance en l’Eglise et en sa capacité de se réformer. Les crises politiques et économiques sont souvent le résultat d’un manque de confiance dans l’avenir ; les indices ne sont pas bons, on ne voit pas comment en sortir, et en politique comme en économie, tout déraille. Et je ne parle pas du manque de confiance dans la police dans certains quartiers voire dans certains milieux sociaux ! La confiance est difficile à gagner et très facile à perdre. 

          Jésus n’échappe pas à ce phénomène, nous le voyons dans l’évangile de ce dimanche. Il vient de nourrir la foule au désert, il renvoie tout le monde, y compris ses disciples, pour prendre le temps d’un cœur à cœur avec son Père, dans la prière. Comme ses disciples avaient pris la barque pour le précéder sur l’autre rive à sa demande, il se trouve là, seul. Comme il doit les rejoindre, on aurait pu imaginer qu’il prendrait une autre barque, au petit matin, lorsque les pêcheurs sortiraient pour leur travail. Mais non, pourquoi faire aussi simple ? Matthieu note sobrement dans son évangile : Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. Il écrit cela comme une évidence, comme si cela était quelque chose qui se faisait couramment ! Pas besoin d’être dans la barque avec les disciples pour être, comme eux, bouleversés. N’oublions pas que la barque était battue par les vagues, car le vent était contraire. Dans ces conditions, prendre Jésus pour un fantôme, c’est encore bien gentil. Beaucoup n’hésitent pas à dire aujourd’hui que c’est une fable, une belle histoire à dormir debout, quand ils ne tournent pas tout bonnement le signe donné par Jésus en dérision : moi aussi je pourrais le faire pour peu qu’on me dise où sont les gros cailloux ! La bonne blague ! Pourtant, l’invitation à la confiance que Jésus adresse à ses disciples, et à nous aujourd’hui, montre bien que ce n’est pas une belle histoire, que le signe a bien eu lieu et qu’il nous dit beaucoup de Jésus et de nous. 

          Il nous dit de Jésus qu’il est plus fort que le mal qu’il écrase de son talon. N’oublions pas que, dans la bible, la mer est le lieu où réside les forces du mal, celles qu’on ne contrôle pas. Ce signe de Jésus, outre le fait qu’il n’est pas banal, n’est pas davantage innocent. En appelant ses disciples à la confiance en lui qui peut tout, il les appelle à reconnaître en lui celui qui est plus fort que le mal. Il le montrera de manière plus éclatante encore dans sa mort et sa résurrection, lorsque sa victoire sur le mal sera totale. Le signe posé aujourd’hui est un avant-goût de cette victoire. Si les disciples n’ont pas confiance en Jésus après ce petit signe, comment auront-ils confiance en lui lorsqu’il leur apparaîtra, ressuscité ! Pierre, qui a toujours de bonnes idées, se dit qu’il peut en faire autant, si Jésus le lui demande : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Ce que Jésus ne manque pas de faire : Viens ! Et il marche, du moins tant qu’il ne remarque pas la force du vent, tant qu’il ne se laisse pas envahir par le mal qui se déchaine. C’est quand il prend peur qu’il commence à enfoncer. 

          Et c’est là que l’évangile dit des choses de nous, les disciples du Seigneur. Il nous dit que tant que nous regardons Jésus, tant que nous l’écoutons, nous pouvons tout, nous pouvons faire reculer le mal. Mais lorsque nous prenons peur devant le mal, le mal gagne, et nous enfonçons, parce que nous avons perdu de vue Jésus et sa puissance. Observez ce que dit Matthieu quand Jésus gagne la barque avec Pierre tout détrempé : Quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Quand Jésus est là, le mal disparaît. Se pose alors pour nous la seule question qui vaille : avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour croire qu’il est avec nous toujours ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour croire que la barque de l’Eglise comme la barque de notre vie n’est jamais vide de sa présence et qu’elles peuvent, chacune, affronter les vagues de la vie ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour ne jamais avoir peur lors des crises que nous pouvons traverser ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus ? Si, avec les disciples, nous reconnaissons qu’il est le Fils de Dieu, qu’avons-nous à craindre ? 

          La confiance repose toujours sur une expérience. Je sais que je peux avoir confiance en quelqu’un parce qu’il me l’a démontré. Jésus nous l’a montré quand il s’est livré pour notre salut. Que pourrait-il faire de plus pour gagner notre confiance ? Que devrait-il faire de plus ? Puisque Jésus a tout donné en se donnant lui-même, peut-être la balle de la confiance est-elle maintenant vraiment dans notre camp ? Saurons-nous la saisir et croire qu’avec Jésus, tout nous est possible ? Saurons-nous la saisir et croire qu’avec Jésus, nous pouvons faire taire le mal dans notre vie et autour de nous ? Puisque Jésus a tout donné en se donnant, c’est à nous maintenant de ne plus avoir peur ; c’est à nous de faire confiance, absolument. Celui qui vit en Jésus et qui laisse Jésus vivre en lui, ne connaît plus la peur parce qu’il participe déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. Faisons-lui confiance et nous en ferons l’expérience chaque jour. Faisons-lui confiance et toute notre vie sera transformée, transfigurée. Amen.