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samedi 6 septembre 2025

23ème dimanche ordinaire C - 7 septembre 2025

 L'enseignement du billet à Philémon





Onésime retourne auprès de Philémon avec la lettre de Paul entre ses mains - 
Lettrine médiévale -The British Library  © Creative Commons



 


            Aurait-il pu faire mieux ? Aurait-il pu faire plus ? Celui dont je parle, c’est Paul, l’Apôtre des nations qui écrit à son ami Philémon au sujet d’Onésime, un esclave en fuite qui lui appartenait. Pourrions-nous faire mieux ? Pourrions-nous faire plus aujourd’hui ? Car enfin, c’est la même question qui se pose pour Paul et pour nous : quel impact avons-nous, ou voulons-nous avoir sur notre société ?

            De nombreux commentateurs ont estimé par le passé que Paul aurait dû condamner l’esclavage et militer pour sa suppression, au nom de sa foi. Aurait-il pu le faire ? Non. Il se serait ridiculisé, et aurait ridiculisé la foi chrétienne naissante en essayant de le faire. Ce n’est pas, de sa part, un manque de courage politique, c’est juste du réalisme. Dans un monde où l’esclavage participe au système économique et social non seulement de l’empire romain mais de toutes les sociétés antiques, il n’est pas possible de faire déjà ce que la France ne fera que définitivement au 19ème siècle ! Paul le sait, il connaît trop bien son monde. Mais ce qu’il ne peut faire à un niveau global, il ne renonce pas à le faire à un niveau plus personnel dans un premier temps et au niveau ecclésial dans un second temps. C’est tout l’enjeu de ce petit billet à Philémon. En effet, cet esclave en fuite, il en fait son frère bien-aimé (comprenons bien qu’il l’a baptisé) parce que pour Paul, par le baptême, il n’y a plus d’esclave ou d’homme libre, car tous ne font plus qu’un en Christ (Ga 3, 28). Mais il ne s’arrête pas là ; il va au bout de ce qu’il peut faire. Le « propriétaire » de cet esclave est un chrétien, baptisé par Paul, lui aussi, et qui plus est son ami. Il lui renvoie donc Onésime avec ce petit billet pour qu’à son tour Philémon considère désormais cet homme non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé. Ce sera pour Paul et Philémon, le signe de leur communion. Grâce à Paul, les chrétiens de son temps auront appris que la foi au Christ entraine un changement de comportement, y compris dans les rapports sociaux. Nous ne savons pas l’impact de ce billet et de cette attitude fraternelle, mais je n’ai pas de doute qu’elle a fait des émules au sein de la communauté croyante. Quand tu ne peux pas changer le monde, commence par changer toi ; et peut-être que le monde changera.

            Je vous parle de cela, parce que cette semaine, le journal La Croix publiait un article sur la présence des chrétiens dans le monde politique. A l’approche des mouvements de protestation promis pour cette semaine, il interrogeait sur l’engagement des chrétiens dans leur cité. La question vaut pour chacun de nous, que nous ayons prévu de nous lancer dans une carrière politique ou pas. Nous ne vivons pas en vase clos, nous participons à ce monde. Est-ce en voyeur ? en spectateur ? Sommes-nous attentifs à ce que vivent nos contemporains ? Sommes-nous responsables quand il nous est demandé un bulletin de vote ? Il est si facile de démolir, de hurler avec la meute ; mais qui pense à construire encore ? Qui pense encore à cette belle notion de « bien commun » ? D’un côté de l’échiquier politique est refusée une participation légèrement accrue aux finances publiques de ceux qui ont nettement plus que tous les autres et qui ont largement profité des crises sanitaires et sociales. De l’autre côté, on ne parle que de révolte, de renverser la table, voire de violence. Comment construire un vivre ensemble dans ces conditions ? Chrétiens, n’avons-nous pas une voie originale à proposer, faite d’écoute, d’un vrai respect, d’une envie de vivre ensemble sans que les uns aient trop pendant que les autres n’ont même pas le nécessaire pour vivre décemment ? Comme Paul à son époque, nous ne pesons plus bien lourds, mais nous pouvons commencer chez nous, entre voisins, entre frères en Christ. Sommes-nous propriétaires de logements que nous louons ? Avons-nous pensé à faire du loyer social pour réaffirmer que le logement est un droit plutôt que de nous aligner sans cesse sur des loyers élevés ? Sommes-nous patrons d’une entreprise ? Le bien-être de nos employés nous tient-il plus à cœur qu’un chiffre d’affaires très élevé ? Je ne dis pas qu’il faut négliger l’économique ; une entreprise en faillite n’aide personne ! Je dis juste que l’humain doit être notre première attention. Sommes-nous à un poste de responsabilité quelconque ? Ne faisons-nous du bien et ne veillons-nous que sur ceux qui nous apprécient, qui chantent nos louanges, ou savons-nous aussi veiller sur ceux qui ne partagent pas notre point de vue et reconnaître leurs capacités et leurs apports professionnels ?

Dans son petit billet à Philémon, Paul nous dit clairement que le bien que nous ne pouvons pas faire au niveau collectif parce que le monde n’est pas prêt, nous pouvons le faire à un niveau personnel, là où nous avons le pouvoir de changer les choses. Cela commence dans nos familles, dans notre travail, dans nos relations avec nos voisins, dans nos communes. Petit pas après petit pas, nous pouvons insuffler un esprit nouveau, une autre manière de regarder le monde, une autre manière de considérer les hommes et les femmes de notre temps. Il ne s’agit pas de refaire le monde chrétien ; il s’agit de montrer au monde que les chrétiens ont une voie à proposer, qui ne repose ni sur l’humiliation des adversaires, ni sur la destruction du monde dans lequel nous vivons, mais sur sa conversion. Cette réalité porte un beau nom qui vient de notre foi et que le monde politique s’est réapproprié sous la deuxième république mais sans jamais hélas proposer un moyen de la vivre. Cette réalité porte le beau nom de Fraternité. Elle seule peut humaniser notre monde ; elle seule peut nous éviter le chaos ; elle seule peut changer les cœurs ; elle seule peut permettre aux croyants de vivre une vraie sainteté. Avec le psalmiste, osons le redire : Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis ! (Ps 132,1) Amen. 


samedi 11 février 2023

6ème dimanche ordinaire A - 12 février 2023

 Il nous change la religion, vraiment ?




(Le Christ enseignant, Source : Christ enseignant (peintre-icones.fr)


 

 

Il nous change la religion ! Avec ses Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens… eh bien ! moi, je vous dis… comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ? Non vraiment, il nous change la religion ! Est-ce si sûr ? Jésus est-il venu créer une nouvelle religion ? Proposer une nouvelle foi ? Non, il le dit lui-même dans l’introduction de ce long discours : Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Quelle différence cela fait-il ?

Abolir, nous comprenons bien ce que cela signifie ; c’est supprimer quelque chose dont on ne veut plus. Nous avons ainsi aboli l’esclavage et la peine de mort, parce que nous pensons que ce sont de mauvaises choses, de mauvaises manières d’envisager une société moderne. Accomplir, les gens de ma génération et des générations précédentes en auront gardé une notion proche de « remplir son devoir » ; nous avions, en notre jeunesse, accompli notre service national, qui comme militaire, qui comme coopérant, qui comme objecteur de conscience. Quand quelqu’un nous disait : j’ai accompli mon service, nous comprenions tous que c’était fait ; il avait passé un temps certain au service de la nation, maintenant, sa vraie vie allait commencer. Comme disait un confrère, c’était un mauvais moment à passer, mais nous n’en gardions que de bons souvenirs. Quand Jésus dit qu’il va accomplir la Loi et les Prophètes, est-ce aussi, pour lui, juste un mauvais moment à passer dont il ne gardera que des bons souvenirs ? Je n’en suis pas certain, bien que la croix fût assurément un mauvais moment. Alors que nous dit-il quand il développe ce long discours dont je ne vous ai livré que la version brève, long discours donc de choses qui furent à juste titre interdites jadis et qui maintenant doivent être dépassées par une rigueur plus grande encore ?  

Il nous dit que les progrès fait en humanité peuvent aller plus loin encore. Il nous faut bien comprendre que Jésus ne nous fait pas la morale, mais nous indique une voie supérieure. Il nous invite à passer de ce qui est bien à ce qui est meilleur. Ainsi, ne pas tuer, c’est bien ; ne pas même se mettre en colère, c’est mieux, parce que ta colère pourrait t’entraîner plus loin, sans que tu ne t’en rendes compte. De même, ne pas commettre d’adultère, c’est bien ; ne pas même regarder quelqu’un avec convoitise, c’est mieux, parce que ton désir de posséder l’autre pourrait te pousser à l’adultère sans que tu ne t’en rendes compte. Enfin, respecter un serment fait envers le Seigneur, c’est bien ; mais dire quelque chose et s’y tenir, sans avoir à jurer, c’est mieux : que votre parole soit ‘oui’ si c’est ‘oui’, ‘non’ si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. Ne rajoutez rien, tenez parole sans faire de grandes déclarations ou de grands serments. Soyez des hommes et des femmes de parole. Tout ce que Jésus nous dit, c’est que, en faisant ce qui a été dit aux Anciens, tu fais bien déjà ; mais en faisant ce que Jésus te dit, tu fais mieux parce que tu fais finalement ce que Dieu fait avec toi. Il ne se met pas en colère contre toi, mais t’invite sans cesse à la conversion (le carême qui approche nous le redira avec force). En toute chose, envers quiconque rencontre ta route, agis pour lui comme Dieu agit pour toi. Sois dans ta manière d’être et ta manière de faire, ce que tu es déjà : à l’image de Dieu. Que les sentiments et l’agir de Dieu pour toi soient la norme avec laquelle tu agis pour les autres.  Jésus nous rappelle ainsi que la sainteté se joue dans l’humanité. Plus tu deviens saint, plus tu deviens humain ; plus tu grandis en humanité, plus tu grandis en sainteté. Tout est lié ! Ne renonce pas seulement au mal, renonce aussi à tout ce qui peut t’entrainer vers le mal, parce qu’il n’y a pas de grand mal et de moindre mal. Et une fois que tu as renoncé au mal, ne te contente pas de faire le bien, mais choisis de faire le meilleur pour les autres et pour toi. Car Dieu ne veut pas seulement ton bien – à savoir que tu vives –  ; il veut le meilleur pour toi – à savoir que tu vives pour toute éternité avec Lui – . 

Ce qui pouvait ressembler à une leçon de morale devient une invitation à voir plus grand. Ce qui pouvait ressembler à un changement de religion est en fait une invitation à prendre Dieu et son Alliance au sérieux, en vivant une radicalité tout évangélique en ne cherchant pour nous et pour les autres, que ce qui est meilleur, ce qui élève vraiment, ce qui fait vivre absolument. Tout ce qui est moins que cela est peut-être bien, mais n’est pas forcément bon ; ce qui n’est pas bon finalement est mal ; et le mal vient du Mauvais. Tu te dis de Dieu ? Alors vis comme Dieu. En Jésus, il s’est abaissé pour te faire grandir à sa taille. Donc vis en grand ; vis en meilleur ! Dieu lui-même t’a rendu capable de Lui. Amen.