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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 25 janvier 2025

26 janvier 2025 - 3ème dimanche ordinaire C

 Crois-tu cela ?

(Homélie donnée lors de la célébration oecuménique célébrée aujourd'hui dans notre communauté)



(Icône de Nicée, source Wikipédia)





    Crois-tu cela ? En cette année où les chrétiens célèbrent le 1700ème anniversaire du Concile de Nicée qui a défini les mots de la foi chrétienne, c’est le mot d’ordre retenu pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Comme nous l’avons entendu dans l’introduction de cette célébration, c’est la question de Jésus à Marthe qui pleure la mort de son frère Lazare. 

        Crois-tu cela ? Lorsque Marthe accueille Jésus qui arrive enfin, elle semble reprocher à celui-ci d’avoir pris le chemin des écoliers plutôt que d’accourir sans délai lorsqu’il a été prévenu de la maladie de son ami : Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Sans doute espérait-elle un geste, une de ces guérisons dont Jésus a le secret. Après tout, Jésus fait presque partie de la famille ; ils l’ont reçu à leur table ; ils ont droit à quelques égards, non ? Jésus ne s’offusque pas de la question et pose une affirmation surprenante : Je suis la résurrection et la vie. Ceux qui croient en moi, même s’ils meurent, vivront, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Il faut oser poser cette affirmation ; il faut oser l’entendre aussi. Et la reconnaître pour vrai. D’où la question de Jésus : Crois-tu cela ? Nous pouvons décliner cette unique question en une multitude d’autres. Crois-tu que je sois plus qu’un ami pour vous ? Crois-tu que je sois plus qu’un prophète ? Crois-tu que je sois plus qu’un grand homme ? Crois-tu que je sois la résurrection et la vie, c'est-à-dire que je viens bien de Dieu, et que je partage avec lui la vie en plénitude ? Cette question unique à Marthe va comme hanter les premiers chrétiens ; elle nous hante, ou devrait nous hanter encore. 

        Crois-tu cela ? Cela fait 1700 ans que les chrétiens ont défini les mots de la foi qui les rassemblent encore aujourd’hui. Ils sont plus forts que nos séparations, plus forts que nos divergences théologiques. Ils sont les mots qui nous font vivre. Cet anniversaire nous renvoie au début d’une période marquée par la foi chrétienne. Ils jaillissent après des années d’enfouissement et de persécution. Ils jaillissent de la Parole de Dieu après des querelles internes pour savoir comment parler justement du mystère de l’Incarnation et du mystère de la Rédemption. Jésus est-il vrai Dieu et vrai homme ? Jésus ne serait-il pas plutôt un grand homme qui a joué à Dieu ? Et si Jésus est réellement Fils de Dieu comme il l’affirme, comment Dieu peut-il mourir sur une croix ? Jésus n’était-il pas plutôt un homme envahi par l’Esprit de Dieu, mais dont l’Esprit s’est retiré avant qu’il ne meure, Dieu ne pouvant pas mourir ? Les querelles sont nombreuses à l’aube de la libération de notre foi, et les querelles qui suivront des siècles plus tard nous semblent alors futiles. Elles ont pourtant donné naissance à des Eglises diverses qui proclament les mêmes mots de la foi que ceux définis à Nicée. 

        Crois-tu cela ? La question n’est pas formulée ainsi au soir du huitième jour après Pâques, lorsque Jésus apparaît une nouvelle fois à ses disciples, cette fois en présence de Thomas. Pendant huit jours, les dix autres disciples ont essayé de le convaincre, de l’amener à la foi en Jésus mort et ressuscité. Mais Thomas, n’ayant pas fait comme eux l’expérience de le rencontrer ; Thomas, n’ayant pas comme eux reçu l’Esprit Saint que Jésus avait soufflé sur eux, Thomas donc résiste : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Tout ce qu’il demande, c’est de voir comme eux, c'est-à-dire de faire la même expérience qu’eux. Il veut croire, mais à sa manière, à ses conditions, comme les Dix ont cru, à leur manière à la vue des signes. Ne le blâmons pas, Thomas ; nous sommes comme lui. Nous voudrions des preuves, des signes, au moins une prière exaucée de temps en temps pour vérifier que nous ne parlons pas à un tombeau vide ! 

        Crois-tu cela ? C’est la question qui nous est posée par trois fois, lors de chaque nuit pascale, lorsque nous renouvelons la foi de notre baptême. Peut-être avons pris l’habitude de répondre machinalement à ces questions, parce que la liturgie de l’Eglise prévoit que nous disions, comme un seul homme : Je crois. Il faudrait alors que l’anniversaire du Concile de Nicée soit l’occasion de reprendre chez nous, calmement, ce beau texte qui définit la foi des chrétiens et que nous proclamerons ensemble dans un instant. Les catholiques le connaissent bien en latin, puisque c’est le texte que nous proclamons lorsque nous chantons notre foi dans cette langue liturgique. Mais le dire en français devient presque impossible. Je l’ai tenté une fois sur cette communauté de paroisses ; j’ai reçu les critiques les plus vives qui soient, me demandant de justifier l’utilisation de ce texte bizarre et pourtant vénérable. C’est tout juste si l’on ne me reprochait pas de changer la foi de l’Eglise, alors que c’est ce texte qui la définit le mieux. 

        Crois-tu cela ? Ce n’est ni une question pour catholique, ni une question pour protestant, ni une question pour orthodoxe ou anglican ou pour une espèce singulière de chrétiens que nous aurions du mal à reconnaître. C’est la question adressée à tout disciple du Christ, et la réponse à cette question doit être un signe de reconnaissance pour tous ses disciples, sous quelque latitude qu’ils vivent. Je peux voyager n’importe où dans le monde ; si ce texte est proclamé, enseigné, reconnu, je suis chez moi au milieu de ceux qui le disent. Quiconque dit ces mots est chez lui, chez nous. Il est de notre famille, même si son cousin le plus éloigné dans le temps, celui par qui lui a été donné la foi, est Luther si je suis catholique ou n’est pas Luther si je suis protestant. Nous ne partageons peut-être pas la même Eglise, mais nous partageons le même Dieu. N’est-ce pas cela qui importe le plus après tout ? 

        Crois-tu cela ? Si après tant d’années, tant de querelles et tant de déchirures, l’Eglise ne s’est pas effondrée, c’est que Jésus, celui qui la tient et qui y est présent, est bien ce qu’il a affirmé à Marthe. Il est la résurrection et la vie. Il l’est pour les croyants que nous sommes ; il l’est pour nos Eglises qui trouvent en lui, et en lui seulement, le chemin de la réconciliation parfaite, qui est le chemin de la vie parfaite. La foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint vaut plus que les Eglises qui l’enseignent et la confessent. La foi en Dieu Trinité qui nous fait vivre est plus forte que les querelles qui nous séparent encore. Par la grâce de Dieu, un long chemin a été entrepris pour retrouver une pleine communion ; mesurons ces efforts et poursuivons le chemin. A l’heure où le monde moderne semble avoir tiré un trait sur Dieu, nous ne pouvons que reprendre ces mots de Nicée qui nous font chrétiens ; les reprendre, les comprendre, les vivre et les transmettre. Ayons conscience qu’unis dans la diversité, nous vivrons ; mais séparés, enfermés dans nos Eglises respectives, nous mourrons. Tous.

        Crois-tu cela ? La réponse de Marthe est limpide : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. Elle lui vaut de retrouver, pour un temps, ce frère mort, mais rendu à la vie pour que la gloire de Dieu soit reconnue à l’œuvre en Jésus. Lorsque Thomas est interpellé par Jésus : Cesse d’être incrédule, sois croyant, celui-ci répond par cette profession de foi qu’aucun autre disciple n’avait faite jusque-là : Mon Seigneur et mon Dieu ! Il faudra presque trois cents ans pour que cette première profession de foi se développe et précise pour tous qui est Dieu, qui est Jésus Christ, qui est l’Esprit Saint. Sans rien perdre de la fraîcheur et de la simplicité des mots de Thomas, poursuivons l’œuvre des premiers Pères conciliaires et approfondissons notre foi. La connaissant mieux, nous l’estimerons davantage ; l’estimant mieux, nous la vivrons davantage ; la vivant mieux, nous la partagerons au plus grand nombre, en parole et en acte. Ainsi le monde pourra croire et parvenir à la vie éternelle. Amen. 


samedi 13 avril 2024

3ème dimanche de Pâques B - 14 avril 2024

Jésus est ressuscité ; c'était le plan de Dieu !





(Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)


 

          Il y a quelque chose de surprenant dans la première lecture et dans l’évangile de ce jour face à l’horreur que représente la mort par crucifixion de Jésus. C’est cette manière toute particulière qu’à Luc, auteur des deux livres, de dédouaner les hommes de la cruauté subie par Jésus. 

          Ecoutons à nouveau Pierre, lors de son discours au peuple qui suit la guérison d’un impotent à Jérusalem. Il leur parle de Jésus en insistant bien sur leur responsabilité dans les événements de la Passion : Jésus, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie… Il n’est guère possible de souligner davantage la responsabilité de quelqu’un dans ce drame. Ils ont préféré un vrai coupable à un véritable innocent. Ils ont tué ! Y a-t-il drame plus affreux que celui-là ? Et pourtant, poursuit Pierre, je sais bien, frères, que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Vous avez entendu l’énormité ? Non seulement, il leur dit quelque chose du genre : ce n’est pas dramatique non plus, vous ne saviez pas ! mais en plus, il les appelle frères ! On parle de la mort de l’Innocent, que l’ennemi voulait relâcher ; c’est leur insistance qui est à l’origine directe de la mort de Jésus ! Et Pierre les appelle frères. Il va même plus loin en disant : Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait annoncé par la bouche des tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Si Dieu lui-même l’a voulu ainsi… Que dire de plus ? Ce n’est pas leur faute, vraiment ; ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment, juste quand Dieu a décidé de mettre son plan de salut en œuvre. Personne ne pourra jamais leur en tenir rigueur ; c’était le plan de Dieu ! Que voulez-vous dire si Dieu lui-même, pour nous sauver tous, décide d’en sacrifier un qui se révèle être son propre Fils ? A part : Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu, je ne vois pas ! C’est bien la seule chose à faire, quand on ne peut ni se réjouir d’avoir mis à mort un Innocent, ni se lamenter de l’avoir fait contre notre plein gré. Entrer dans le projet de Dieu, voir au-delà des événements et comprendre enfin le grand schéma qui se dessine ainsi et que Pierre révèle dans son discours ! 

          Certains pourraient dire : oui, mais Pierre se trompe ; il se console comme il peut d’avoir lui-même renié le Christ ! Tout cela, ce ne sont que des mots pour endormir son public et gagner des clients. Je pourrais être d’accord s’il n’y avait pas eu le discours de Jésus ressuscité, renouvelé deux fois, à ses disciples au soir de Pâques. Nous savons que Jésus s’est approché de deux disciples qui s’en retournaient chez eux, à Emmaüs, quand ils ont été approchés par un homme (Jésus, que leur chagrin les empêche de reconnaître) et qui, au long de la route, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. A ces esprits sans intelligence, il redit qu’il fallait que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire. Ce qu’il refait quelques heures plus tard, quand il apparaît à tous alors que ces deux disciples, revenus à Jérusalem annonçaient la nouvelle aux autres : les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même (Jésus) fut présent au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! et un peu plus tard, après s’être fait reconnaître corporellement, il poursuit : Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures. Jésus confirme par avance ce que sera le discours constant des Apôtres : il fallait que les choses soient comme elles furent. Pour que tous les hommes soient sauvés, il fallait que Jésus souffrît la Passion. Il fallait qu’il affronte la mort, qu’il la subisse pour la vaincre définitivement. Pas d’autre moyen pour que le pardon des nombreux péchés soit donné par Dieu : Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Plutôt que de chercher et définir les coupables, tournons-nous vers Dieu et convertissons-nous tous ; rejetons tous le mal que nous pouvons commettre. 

          Entrer dans le projet de Dieu, c’est reconnaître, s’il nous faut vraiment un coupable à la mort du Christ, que nous le sommes tous, même nous qui vivons à vingt-et-un siècles de distance de ces événements. Entrer dans le projet de Dieu, c’est nous convertir au Christ et croire qu’il est notre vie et notre salut. Entrer dans le projet de Dieu, c’est relire avec ses yeux la longue histoire de Dieu avec les hommes pour y découvrir ce que nous oublions si souvent : Dieu nous aime, il veut notre bonheur et notre vie avec Lui. Cela ne rend pas la mort de Jésus plus facile à vivre ; cela n’enlève rien à la beauté de sa résurrection. Bien au contraire, le fait que cela soit le projet de Dieu de nous sauver, et qu’il sait y mettre le prix, nous montre l’avantage que nous avons à nous tourner vers Lui et à croire en Jésus. Jamais Dieu ne pourra cesser d’aimer celles et ceux qu’il a rachetés à si grand prix. Amen.

dimanche 2 avril 2023

Dimanche des Rameaux et de la Passion A - 02 avril 2023

 Jésus, un imposteur ?



(Tableau de Sieger KÖDER, Jésus est condamné)




            Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : « Trois jours après, je ressusciterai. » Alors donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : « Il est ressuscité d’entre les morts. » Cette dernière imposture serait pire que la première. Voyez comme l’humanité en veut toujours plus, éternelle insatisfaite qu’elle est ! Voyez comme les ennemis de Jésus sont si peu sûrs d’eux qu’ils vont déjà essayer d’empêcher Dieu de jouer le coup d’après, celui pour lequel tout ce que nous venons d’entendre était devenu nécessaire. 

            Parce que la résurrection de Jésus est le cœur de la foi des chrétiens, et qu’elle ne peut donc se démontrer, il y aura, heureusement, toujours la possibilité pour l’homme de refuser d’y croire. Mais faut-il pour autant prendre toutes ces précautions ? Nous avons vu les disciples de Jésus l’abandonner au moment de son arrestation. Pierre, qui suivait de loin, s’est empressé de le renier. Et chez Matthieu, il n’y a personne d’autre que des soldats au pied de la croix : de nombreuses femmes observaient de loin la mort de Jésus. Les grands-prêtres et les pharisiens n’ont rien à craindre d’elles ni des disciples, rien à craindre d’un vol hypothétique d’un cadavre. La Passion selon l’Evangile de Matthieu montre bien, me semble-t-il, que les disciples ont moins bien compris les annonces de la résurrection faites par Jésus de son vivant que les grands prêtres et les pharisiens. Les amis de Jésus ont tous fui, il meurt seul, abandonné, humilié, moqué par tous, y compris par les bandits crucifiés avec lui. Chez Matthieu, Jean et Marie ne sont pas près de la croix ; chez Matthieu, pas de bon larron pour ouvrir à une espérance en la vie plus forte que la mort. Non, chez Matthieu, ceux qui introduisent cette espérance, ce sont paradoxalement ceux qui ont voulu se débarrasser de lui. Il ne faudrait pas que les gens puissent croire que nous nous sommes trompés. Il ne faudrait pas que les gens puissent dire un jour : il est ressuscité. Il ne faudrait pas que le peuple croie que Dieu est plus fort que la mort et que celui-ci était bien son Fils. Plongés dans les ténèbres de l’ignorance, de l’aveuglement, du péché, ceux qui ont tout fait pour faire mourir Jésus, veulent se rassurer eux-mêmes d’abord : nous en sommes enfin débarrassés ! J’entends cette demande de garde comme l’ultime acte de défiance envers Dieu : qu’il vienne, s’il ose se frotter à l’armée romaine ! 

            Quand bien même l’humanité cherche à se prémunir de Dieu, il nous faudra toujours nous rendre à l’évidence : nous ne pouvons rien contre lui. Ah, nous pouvons bien refuser de croire, proclamer haut et fort qu’il n’existe pas ; cela ne l’empêche pas, Dieu, de mener son projet de salut pour les hommes à son terme. Dieu est patient avec nous ; tous les grands textes de l’Ancien Testament entendus durant ce carême nous l’ont rappelé. Dieu est puissant ; tous les Evangiles entendus durant ce carême nous l’ont démontré. Dieu est têtu ; l’histoire de tant d’hommes et de femmes que Dieu a entrainés à sa suite, nous le redisent à travers les âges. J’ai pu le vérifier il y a quelques années, lorsque curé dans la périphérie de Strasbourg, une maman est venue, dépitée, demander le baptême pour sa fille de huit ans. Comprenez, me disait-elle, nous avons tout fait pour que ce jour n’arrive pas, mais cela fait trois ans qu’elle nous casse les oreilles avec sa demande de baptême : mon mari et moi rendons les armes ; qu’elle soit baptisée puisqu’elle y tient ! Vous pourrez tous les garde-fous possibles et imaginables ; quand Dieu entre dans la vie de quelqu’un, ce ne sont que pailles et poussière ; ils disparaissent quand souffle le vent de l’Esprit. Vous pouvez enfermer Jésus dans le tombeau de votre mémoire ; il en sortira toujours. Vous pouvez essayer d’empêcher Dieu de réaliser son projet de salut, projet de vie pour tous les hommes ; vous échouerez toujours. Personne ne peut enfermer Jésus dans un tombeau ; la mort elle-même a échoué. Ne faites donc pas comme les grands prêtres et les pharisiens ; ne cherchez pas quel est le moyen le plus sûr d’éviter Dieu ! Si vous ne croyez pas en lui, si vous ne croyez pas en son projet de salut pour vous, soit, vous en avez le droit. Mais ce n’est pas Jésus que vous enfermez dans un tombeau sous bonne garde ; c’est vous-mêmes qui vous enfermez dans le tombeau de l’ignorance et du refus de Dieu, dans le tombeau du refus de la vie et de l’amour que Dieu veut pour vous. 

            Jésus n’est pas un imposteur ; ce qu’il a dit, il le fera. Ce ne sont pas quelques gardes qui vont l’en empêcher. Les imposteurs sont ceux qui ont ourdi ce procès ; les imposteurs sont ceux qui ont refusé que la vie triomphe. Les imposteurs sont ceux qui cherchent comment se prémunir de l’œuvre de Dieu. Les disciples qui ont accompagné Jésus durant son ministère savent au fond d’eux-mêmes qui est Jésus, même si les événements de la Passion les ont plongés dans la peur. Les foules qui ont acclamé Jésus quand il est arrivé à Jérusalem avaient compris qui est Jésus, sinon elles ne l’auraient pas accompagné en criant : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le centurion et ses hommes qui gardaient Jésus, ont fini par reconnaître, à la mort de Jésus que vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! Nous pourrons bien crier à l’imposteur avec les grands prêtres et les pharisiens ; soyons juste conscients que ce n’est pas sur lui, mais sur nous, que nous refermerons le tombeau de l’ignorance, le tombeau du refus de la présence de Dieu dans notre vie. 

            Parce que Dieu nous aime et qu’il veut votre salut, il nous offre à nouveau cette semaine sainte pour revivre les derniers instants marquant de la vie de Jésus. De son entrée triomphale à Jérusalem à sa mort en croix, en passant par son dernier repas, tout nous est révélé à nouveau pour que nous puissions, au matin de Pâques entrer, ou non, dans la joie renouvelée d’une vie plus forte que la mort. A nous de revivre ces événements avec Jésus pour pouvoir nous prononcer en vérité sur Lui au matin de Pâques. Prenons le temps de cette route ultime ; prenons le temps que Dieu nous offre ; n’en ratons rien ; il y va de notre vie. Amen.

samedi 25 mars 2023

5ème dimanche de Carême A - 26 mars 2023

 Revenez à moi : je vous donne la vie.






 

            Nous arrivons déjà au terme des dimanches de Carême. Dimanche prochain, nous entrerons dans la grande semaine qui nous fera revivre les derniers jours de Jésus sur cette terre. Toute la liturgie de ce cinquième dimanche nous ouvre déjà à l’espérance qui est la nôtre : si nous revenons vers Dieu, il nous donnera la vie, la vraie vie. 

            Cette espérance, le prophète Ezéchiel nous montre qu’elle est ancienne déjà. Elle est née dans les terres de l’Exil, quand le peuple choisi a été chassé de Jérusalem et déporté à Babylone. Là, en terre étrangère, le peuple s’est mis à réfléchir, à relire sa longue histoire avec Dieu. Même si les péchés, les nombreux péchés du peuple, l’avaient éloigné de Dieu, le reste d’Israël va prendre conscience de la puissance de l’Alliance qu’il avait bafouée. Dieu certes était en colère contre son peuple, mais sa colère ne saurait être pour toujours. Comme le chante le psalmiste : Près du Seigneur est l’amour ; près de lui abonde le rachat. C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes. Cinquante années passeront et le reste d’Israël reviendra à Jérusalem, parce que le cœur des fils aura utilisé ce temps pour revenir à leur Père, à Dieu. La prophétie d’Ezéchiel que nous avons entendu annonce ce jour comme celui d’une résurrection : Je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous en ferai remonter, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter. Comme au temps de la création Dieu avait donné son souffle à l’homme modelé de la terre pour qu’il vive, ainsi Dieu mettra son esprit dans ce reste d’Israël et il vivra ! Là où la mort semblait avoir tout emporté, Dieu fera refleurir la vie. 

            Cette espérance en la résurrection des morts est déjà bien implantée dans le peuple, des siècles plus tard, quand Jésus part annoncer le Règne de Dieu. Nous savons que les pharisiens la partageaient ; ils avaient foi en la vie plus forte que la mort. Mais cela ne signifie pas que la mort est sans conséquence pour ceux qui restent. Dans l’évangile de ce dimanche, nous voyons Jésus lui-même pleurer son ami Lazare, mort quelques jours plus tôt, alors qu’il a tout fait pour ne pas se précipiter à son chevet quand il aurait encore pu le guérir, comme il l’avait fait pour tant d’autres malades. Jésus lui-même le laisse entendre à ses disciples : ce qui va se jouer auprès de ses amis, c’est pour la gloire de Dieu et pour que les disciples croient. Mais qu’ils croient quoi ? Non seulement qu’ils croient que les morts ressusciteront, comme Jésus l’affirme à Marthe, mais qu’ils croient que Jésus lui-même est la résurrection et la vie. Ce que Jésus affirme à Marthe, c’est notre foi : Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. La question qu’il adresse à Marthe, il nous l’adresse à tous : Crois-tu cela ? 

Peut-être que Jésus aurait pu guérir Lazare s’il s’était quelque peu dépêché sur la route ; peut-être que si Jésus avait été présent, le frère de Marthe et de Marie ne serait pas mort. Mais comment nous aurait-il préparé, et préparé nos cœurs à ce qui allait se jouer quelque temps plus tard, lorsque Jésus lui-même, lui qui est la résurrection et la vie sera élevé sur le bois de la croix ? La mort de Lazare n’est pas une répétition de la résurrection de Jésus ; elle est un signe pour notre foi, le signe que Jésus est plus fort que la mort. Cela ne veut pas dire qu’il n’aura pas à l’affronter, la mort ; il le fera sur la croix et au tombeau. Cela signifie qu’il est vainqueur même de la mort. En réveillant Lazare du sommeil de la mort, Jésus nous fait déjà comprendre que la mort ne peut avoir le dernier mot de l’histoire des hommes. Nous sommes faits pour vivre, en Jésus, pour toute éternité. La mort n’est plus un anéantissement, elle est ce passage vers la vie en plénitude pour ceux et celles qui croient que Jésus est le Seigneur. Elle vient toujours trop tôt, la mort, pour les gens que nous aimons ; et cela nous rend tristes, légitimement. Jésus lui-même a pleuré, sincèrement, son ami mort. Mais en Jésus, le Christ, la vie a le dernier mort. A l’appel de Jésus, l’envoyé du Père, le mort sortit de son tombeau, et beaucoup de Juifs crurent en lui.

            Ce que Jésus a réalisé temporairement pour Lazare, il le réalisera définitivement pour tous par son sacrifice et sa mort en croix. Et c’est parce qu’il est allé jusque-là, jusqu’au bout de l’aventure humaine, que je crois en Lui, que je reconnais en Lui mon Sauveur et mon Dieu. Pour moi, homme, né de la poussière et qui retournera à la poussière, Jésus donne sa vie, Jésus se fait résurrection et vie. Tout ce qu’il attend de moi, c’est ma foi en Lui. Il pourra ainsi me pardonner et me faire vivre avec lui, pour toujours. Ecoutons-le encore, il nous appelle : Revenez à moi : je vous donne la vie. Amen.

dimanche 12 avril 2020

Saint Jour de Pâques - 12 avril 2020

Dieu nous apprend la confiance.





Tout s’est passé durant la nuit. Comme souvent, avec Dieu d’ailleurs. C’est toujours de nuit qu’il intervient. Une ancienne habitude. Déjà du temps de Moïse, la sortie d’Egypte, puis le passage de la Mer Rouge, c’était de nuit. Personne ne sait vraiment trop pourquoi. A moins que ce ne soit pour signifier qu’avec le jour qui se lève, quelque chose de neuf commence. Tout s’est passé durant la nuit, et personne n’a donc rien vu. 

Mais que s’est-il passé durant la nuit ? Personne ne sait vraiment ; personne ne se promène dans un cimetière la nuit. Et les gardes qui avaient été postés là, dormaient probablement, même si ce n’était que d’un œil. Ils n’ont rien vu, rien entendu. Toujours est-il qu’au petit matin, la lourde pierre avait été roulée ; c’est Marie Madeleine qui avait constaté les faits. Selon Jean, elle est aussitôt allée trouver Pierre et Jean, pour leur rapporter ce qu’elle avait constaté : On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé. Quelle affaire ! Voilà qui risque de faire du bruit ! 

Tout s’est passé durant la nuit, et quand Pierre et Jean arrivent à leur tour au tombeau, ils voient les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Difficile d’imaginer des voleurs de tombes emporter le corps en le défaisant d’abord de ses linges et en les pliant soigneusement avant de partir. Avec des gardes, mêmes endormis, il aurait mieux valu ne pas traîner. Nous ne savons donc toujours pas ce qui s’est passé. Il y a juste le tombeau vide, les linges bien pliés, à leur place. Pierre est sans doute perplexe ; mais Jean, en entrant dans le tombeau a une réaction différente : Il vit et il crut. Mais il crut quoi ? 

Il crut que, durant la nuit, ce Jésus qu’il a dû tant pleurer en trois jours, eh bien il est ressuscité. Le tombeau vide et les linges bien pliés lui ont permis de remettre toutes les pièces en place. Sans doute s’est-il rappelé tout ce que Jésus leur avait dit ; ses annonces de la Passion et de la résurrection. Tout devient clair pour lui, instantanément. Il fait confiance à la Parole de Jésus et tout prend sens ; tout devient lumineux pour lui. 

Durant la nuit de Pâques, Dieu nous apprend la confiance. Il nous demande de croire Jésus sur parole. Personne n’aura d’explication sur ce qui s’est passé durant la nuit, ni sur comment cela s’est passé. Pour Pierre et Jean, et pour tous les autres, pour nous, il n’y aura jamais que ce tombeau vide, sans que personne n’ait vu Jésus l’ouvrir de l’intérieur et en sortir. C’est cela la foi : croire sur parole. Pierre et Jean et les autres, vont devoir apprendre à croire en tout ce que Jésus leur a dit. Et nous aujourd’hui, nous continuons de croire, sur la base de ces paroles de Jésus et sur la base du témoignage des Apôtres, qui n’ont rien vu, rien entendu de ce qui s’est passé durant la nuit, mais qui ont cette certitude que Jésus est vivant. Et ils ont cette autre certitude : ils doivent le faire savoir. D’Apôtres, ils deviennent témoins : témoins de tout ce qu’ils ont vécu avec Jésus ; témoins de ce que cette nuit de Pâques introduit comme nouveauté dans la vie des hommes. Avec Jésus, mort et ressuscité, les hommes ont accès à la vie de Dieu ; avec Jésus, mort et ressuscité, les hommes sont pardonnés par Dieu : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. 

Cela s’est passé durant cette nuit. Au matin, rien n’avait vraiment changé et pourtant, tout était différent ; l’avenir s’éclairait de ce jour nouveau. Oh, les romains étaient toujours là, les disciples de Jésus avaient sans doute encore à craindre les autorités du Temple ; mais ils avaient désormais en eux une confiance qui leur venait de ce tombeau vide, signe que Jésus ne leur avait pas menti. C’est pareil pour nous : la pandémie n’a pas disparu durant cette nuit ; mais la puissance de vie qui se dégage de cette fête nous redit que la mort, pas plus aujourd’hui que jadis, n’aura le dernier mot. Pâques vient nous redire que la vie triomphe toujours. Nous le voyons déjà à travers les gestes de solidarité qui se multiplient ; nous le voyons encore à travers les efforts des soignants et des chercheurs qui luttent. Croyants au Christ, mort et ressuscité, nous pouvons légitimement être inquiets devant ce Mal qui ronge notre monde ; mais nous devons aussi indéfectiblement garder confiance en Jésus, le Vivant à jamais. Il a vaincu la Mort pour nous ouvrir à sa vie, à la vie en plénitude.  Désormais, rien ne pourra nous séparer de l’amour que le Christ a manifesté pour nous en mourant sur la croix. Comme Pierre, Jean et les autres, devenons témoins de cette vie nouvelle qui nous est donnée, devenons témoins de cet amour et apprenons de Dieu la confiance. Elle nous fera aller de l’avant ; elle nous fera triompher. Amen.





(Tableau d'Arcabas, Les femmes au tombeau, source internet) 


samedi 6 juillet 2019

14ème dimanche ordinaire C - 07 juillet 2019

Choquantes ou normales, les consignes de Jésus ?






L’Eglise ne cesse de m’étonner quand je l’aborde sous l’angle de la liturgie. Voyez-vous, ce dimanche, elle nous propose une version longue de l’Evangile (celle que je viens de proclamer), et une version courte. Cela arrive quelquefois dans l’année ; cela n’a rien d’exceptionnel. Mais, quand cela arrive, je regarde toujours de près ce qui est supprimé pour obtenir une version courte, et j’essaie de comprendre pourquoi cela est supprimé. Sont-ce des versets sans importance ? Mais alors pourquoi en proposer la lecture en version longue. Il suffirait de ne jamais les lire et la question serait réglée. Sont-ce des versets qui dérangent ? Mais alors ils dérangent qui ? Le lecteur ? Les auditeurs ? Le prédicateur ? L’Eglise ? S’il fallait supprimer tout ce qui dérange quelqu’un à la lecture des évangiles, que nous en resterait-il ? Sans doute pas grand-chose.

Mais venons-en à notre texte. Comme vous l’avez entendu, il s’agit de l’envoi en mission de soixante-douze disciples. Ce ne sont pas les Douze augmentés de soixante autres. Non, ce sont soixante-douze nouveaux disciples qui sont envoyés en mission, en avant de Jésus. On pourrait dire que ce sont des petits Jean-Baptiste. Ils vont préparer le terrain pour la prochaine mission de Jésus. Il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même devait se rendre. Avant de les envoyer en mission, il leur donne quelques consignes. Elles concernent les conditions de la mission (Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups), l’équipement du parfait missionnaire de Jésus (ne portez ni bourse ni sac, ni sandales : autant dire qu’ils n’ont rien comme équipement) et l’attitude qu’ils doivent avoir (ne saluez personne en chemin ; dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord paix à cette maison ; mangez et buvez ce qu’on vous sert ; et là où vous êtes accueillis, mangez ce qui vous est présenté, guérissez les malades). Ceci pour la version courte. En fait, à lire correctement, nous comprenons que les envoyés doivent renoncer à tout ce qui pourrait gêner la mission. Pas de richesse apparente ; pas de bavardage en chemin ; pas d’exigences particulières là où ils sont accueillis. En revanche un souhait de paix à adresser toujours, des malades à guérir partout et un message à transmettre fidèlement : Le règne de Dieu s’est approché de vous. Ils sont donc invités à partager la mission du Christ lui-même et à préparer ainsi les cœurs pour sa propre mission. Ce qui est visé, à travers ces consignes, c’est une certaine efficacité. Ils ne vont pas faire du tourisme spirituel ; ils ont une mission à accomplir. 

Intéressons-nous alors à la partie variable, que nous aurions pu choisir de ne pas faire entendre. Ces versets concernent pour une part l’attitude des envoyés quand ils ne sont pas accueillis quelque part : allez sur les places et dites : ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché. Je reconnais que cela fait un peu désordre dans les paroles de Jésus. Mais ce ne sont pas là les seules paroles étranges ou dérangeantes de Jésus. Que veut-il nous dire ? Choquantes ou normales, ces dernières consignes ? Je comprends ce passage comme le respect de l’exercice de la liberté de chacun. Personne n’est obligé d’accueillir Jésus ou l’un de ses envoyés. Mais celui qui refuse doit savoir que c’est à lui, et à lui seul, d’assumer son refus. Les disciples de Jésus ne lui prendront rien, pas même la poussière qui se colle sous leurs pieds. Gardez votre refus, gardez tout ce qui est à vous, même votre poussière ; vous ne pourrez pas dire que nous vous avons pris quelque chose. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché. Le message à transmettre le sera malgré tout, presque à l’identique. Il ne manque que le de vous. Et c’est normal qu’il manque. N’ayant pas accueillis les disciples de Jésus, ils ne se sont pas laissé approcher de ce règne de Dieu tout proche. Ils se sont eux-mêmes faits lointain de ce règne. Manquent aussi dans la version courte le retour joyeux des envoyés et le rapport qu’ils font à Jésus de leur mission : Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. Manque enfin la réponse de Jésus : Je regardais Satan tomber comme l’éclair… 

Fallait-il lire ces versets ? Selon moi, oui, pour nous rappeler la liberté propre à chacun face à Jésus, à son Eglise et à son message. La compréhension de cette liberté fondamentale doit aussi nous décomplexer à l’heure où nous pouvons croire que l’Eglise n’a plus d’avenir ; nous décomplexer devant ce que nous pouvons ressentir comme des difficultés de la mission. Il n’y a pas d’obligation de résultats. Il n’y a qu’une obligation, pour chaque disciple du Christ : annoncer le règne de Dieu, annoncer le Christ. Si des cœurs s’ouvrent, tant mieux, mais ne croyons pas que nous y sommes pour quelque chose. Si des cœurs restent fermés, tant pis, mais ne croyons pas que nous pourrions y changer quelque chose. Le résultat ne dépend pas de nous ; le résultat de la mission dépend de celui à qui la mission est adressée. Lui seul peut décider si le Christ peut changer sa vie et s’il veut se laisser faire. Lui seul peut choisir de croire en Jésus ou continuer à l’ignorer. L’évangile ne dit pas combien ont cru à la parole des disciples et combien ont refusé de croire. Ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que se lèvent des hommes et des femmes, disciples du Christ, qui osent témoigner de lui. Le témoignage, c’est notre affaire et nous ne pouvons pas y échapper ; le résultat, lui, ne nous appartient pas, ne nous appartiendra jamais. Cela se joue entre le Christ et celui à qui nous l’avons annoncé. 

Comme nous y invite Jésus, réjouissons-nous parce que nos noms sont inscrits dans les cieux, sans en tirer aucune gloire, sans en chercher quelque avantage. C’est toujours par la grâce de Dieu que nous sommes sauvés ; il nous faut sans cesse l’accueillir et y consentir. Remercions Dieu de cette grâce et prions-le de toucher le cœur de tous ceux qui ne le connaissent pas encore pour que leurs noms aussi soient inscrits, un jour, dans les cieux. Amen.


(Dessin paru dans L'image de notre paroisse, n° 211, Juillet 2004)


samedi 20 avril 2019

Saint Jour de Pâques - 21 avril 2019

Marie-Madeleine, Pierre et Jean… et nous ! 






            Marie-Madeleine, Pierre et Jean : telles sont les trois personnes que l’Evangile de ce jour de Pâques nous donne à rencontrer. Trois personnes et autant d’attitudes différentes devant l’événement que nous célébrons ce matin.  


            Commençons par Marie-Madeleine. Il est dit qu’elle se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre…. Elle est partie trop tôt de chez elle ! Elle est encore dans les ténèbres, encore dans sa tristesse d’avoir vu mourir Jésus. Elle semble dans sa bulle, et un rien ajoute encore à son trouble dû à la mort de son maître et ami. Du coup, quand elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau, elle ne fait sans doute pas un pas de plus. Je l’imagine bien saisi par une sainte colère : qui a osé ? Et elle part, encore une fois trop tôt, courant trouver Simon-Pierre. Je suis persuadé que, dans son état, elle ne s’est pas approchée davantage du tombeau ; elle n’y est pas entrée. En fait, son sang n’a dû faire qu’un tour et la réveiller pour de bon. Pour elle, tombeau ouvert veut dire corps enlevé. Pas besoin d’entrer dans le tombeau, pas besoin de vérifier. Cela devient pour elle une évidence, une vérité, qu’elle s’empresse de répandre, sans même réfléchir. Les ténèbres de la colère devant ce qui ne peut être qu’une profanation s’ajoutent aux ténèbres de la tristesse, et nous plongent tous dans les ténèbres de la perplexité. Nous arrêterions là la lecture de l’évangile, que nous serions tous perdus, désorientés, révoltés. Même dans un tombeau, on n’est plus à l’abri d’être volé ! Quelle époque vivons-nous ?


            La réaction de Pierre et de l’autre disciple, celui que Jésus aimait et que la Tradition identifie à Jean, ne se fait pas attendre : ils vont vérifier ce qui vient de leur être rapporté. Après tout, peut-être qu’elle s’est trompée ; peut-être qu’elle aura mal vu, peut-être qu’elle aura confondu avec un autre tombeau. Après tout, dans son état, et au petit matin… quoi de plus normal ! En plus, elle était seule : autrement dit, son témoignage n’est pas recevable selon l’adage ancien : testis unus, testis nullus (témoin unique, pas de témoin). Partis à deux, ils établiront une vérité entière. Mais ça, c’était ce qu’on croyait avant… avant l’événement radicalement nouveau de la résurrection ! 


            Regardez Pierre : un peu plus vieux que Jean, il se laisse distancer. Mais quand il arrive, l’âge reprend ses droits. Il entre dans le tombeau, en premier, et aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Une description digne de la série Les experts : c’est un vrai rapport d’enquête. Mais il n’en fait rien ; il y a des indices, mais pas de preuves. Et puis qui aurait l’idée, non seulement de voler un corps, mais en plus de le débarrasser de ses bandelettes ? Enfin, quand Jésus a ressuscité Lazare, il est sorti du tombeau dans ses linges. C’est quand ils ont constaté qu’il était vivant qu’ils l’ont dégagé de son carcan qui sentait la mort. Alors que là, ceux qui auraient déplacé le corps de Jésus aurait pris soin de laisser les linges, bien pliés en plus ? Pour Pierre, tout cela ne doit pas avoir beaucoup de sens. Pas très catholique tout ça, même si tout est bien rangé ! 


            Reste Jean qui, bien qu’arrivé en premier, n’était pas rentré dans le tombeau. Quand enfin il y plonge, on nous dit simplement, mais comme une évidence : Il vit et il crut. Certes, il voit ; il n’est pas aveugle après tout. Mais il voit au-delà de ce que voient ses yeux. Il a déjà le regard de la foi. Peut-être qu’il était le seul à pouvoir voir ainsi, puisqu’il était le disciple que Jésus aimait. Peut-être faut-il avoir ressenti tout l’amour de Jésus pour nous, pour être capable de croire l’impossible, à savoir que celui qui était mort est désormais vivant. Et sans doute faut-il avoir ressenti cet amour de Jésus pour nous, pour affirmer que cet événement nous concerne tous, et que si le Christ, qui était mort, est maintenant vivant, alors nous aussi, nous pourrons passer de la mort à la vie. 


            Parce que la grande nouveauté qui a jailli au cœur de notre nuit, c’est bien que la résurrection du Christ à quelque chose à dire à notre vie. Cet événement ne concerne pas que Jésus. Cet événement a eu lieu pour nous, pour notre vie, pour notre salut. N’en doutons pas un instant ! Jésus n’est pas mort sur la croix parce qu’il en avait envie ; il est mort sur la croix pour tuer la mort et le péché et nous entraîner à sa suite dans une vie libérée, marquée à jamais du sceau de l’éternité, du sceau de Dieu lui-même. Désormais, et plus que jamais, nous sommes à lui, lui qui nous a rachetés à grand prix. Avec l’incarnation, Dieu basculait du côté de l’homme pour vivre en toute chose sa vie ; avec la rédemption, c’est l’homme qui bascule du côté de Dieu pour vivre en toute chose de sa vie. 


            Nous pouvons comprendre l’appel de Paul aux Colossiens quand il les invite à vivre autrement désormais. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut. Autrement dit : vivez grand, vivez à la mesure de Dieu. Nous aurons tout le temps pascal pour comprendre mieux ce que cela signifie. Mais sachons déjà que la victoire sur le Mal et la Mort s’est accomplie en nous au moment de notre baptême. Nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. Nous vivons déjà de la vie de Dieu. Laissons-là donc grandir et s’épanouir en nous, pour que la gloire de Dieu soit manifestée, le salut du monde proclamé, et la joie des hommes révélée. Amen.



(Œuvre non connue, trouvé sur internet)

samedi 28 avril 2018

05ème dimanche de Pâques B - 29 avril 2018

Être disciple, c'est quoi ?





           Voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de Jésus Christ et nous aimer les uns les autres. C’est le verset qui est mis en exergue dans le lectionnaire de ce jour. Il nous indique ce qui est fondamental, ce qui est à retenir de l’extrait de la première lettre de Jean que nous avons entendu. Ce passage approfondit celui que nous avions entendu au deuxième dimanche de Pâques, tout en nous faisant faire un pas de plus. Jusqu’à présent, nous pourrions dire que la liturgie nous a fait méditer, à partir de cette lettre de Jean, ce que Dieu avait fait pour l’homme. Désormais, elle nous invite à mesurer le chemin que nous avons à accomplir pour répondre à ce Dieu qui nous aime. Le verset mis en avant dans le lectionnaire nous dit finalement ce qu’est un disciple de Jésus.

            Premier élément de réponse : mettre notre foi dans le nom de Jésus Christ. Le disciple véritable croit en Jésus Christ ! Il ne s’agit donc pas de croire en un Dieu quelconque, ni de croire simplement « qu’il y a quelque chose ou quelqu’un » de plus grand que l’homme. Nous ne croyons pas davantage en la destinée, ni en des forces surnaturelles ou que sais-je encore. Non, notre foi, c’est Jésus, et Jésus Christ ! C’est-à-dire celui qui a livré sa vie sur la croix et que Dieu a ressuscité des morts. C’est in-con-tour-nable ! Ce n’est donc même pas seulement croire qu’un homme, appelé Jésus, a vécu en Judée au temps de l’empereur Auguste, quand Hérode y était roi. Il ne s’agit pas de croire en l’existence historique d’un certain Jésus, originaire de Nazareth, dont le père était Joseph, charpentier de son état, et dont le nom de la mère était Marie, et qui est mort en croix entouré de deux malfaiteurs parce qu’il dérangeait les bien-pensants de son époque. Il faut largement dépasser ces données historiques pour affirmer que ce même Jésus, dont nous savons des choses au point de vue historique, que ce Jésus donc est mort et ressuscité, qu’il est celui que Dieu a envoyé dans le monde pour réconcilier les hommes avec lui et leur ouvrir la vie même de Dieu. Jésus est désormais celui qui rétablit l’homme dans sa dignité première d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, libéré du péché et de la mort. L’homme est donc bien sauvé par la grâce du sacrifice du Fils unique de Dieu, Jésus, le Christ, notre Sauveur et notre Seigneur. C’est croire tout cela qui revient à croire en Jésus, le Christ. Il n’est pas un sage à la manière de Confucius ou de Bouddha ! Il n’est pas un grand homme à la manière de certains philosophes ou de certains généraux. Il est Dieu, né de Dieu, comme nous le confessons dans le symbole de Nicée-Constantinople. C’est en croyant cela, en découvrant cet amour gratuit de Dieu manifesté à nous en Jésus Christ, que nous découvrons que Dieu est plus grand que notre cœur. Nous n’avons pas à le craindre ; nous n’avons pas à chercher à nous débarrasser de lui parce qu’il menacerait notre liberté humaine ; il est celui qui nous donne la paix profonde dont notre cœur a besoin pour ne pas se morfondre et ne pas désespérer de nous et de l’humanité. Il est Dieu plus grand que notre cœur, il est Dieu qui nous donne ce que nous lui demandons. Il est comme un Père qui veille avec amour sur ses enfants. 

Deuxième élément de réponse à la question : c’est quoi un disciple de Jésus Christ ? C’est quelqu’un qui aime les autres, réellement. Jean précise même : n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Il ne s’agit pas d’avoir l’amour au bout de la langue jour et nuit, mais au bout des doigts. Ce que nous ferons au nom de l’amour aura plus de poids que ce que nous prêcherons au nom de l’amour. Là encore, l’ancienne traduction liturgique était, à mon sens plus impérative que l’impératif négatif qu’utilise la traduction actuelle : je crains que n’aimons pas en paroles ni en discours n’appauvrisse grandement le nous devons aimer que nous entendions auparavant. Quand j’entends n’aimons pas en paroles ni en discours, j’entends inconsciemment un : si vous le voulez bien. Nous devons aimer avait quelque chose d’incontournable. Il n’y avait pas le choix. Tu n’aimes pas si tu veux ; tu n’aimes pas si tu as envie ; non, tu dois aimer, quelles que soit les circonstances et les personnes. C’est la marque visible du croyant Que voulez-vous ? Etant aimé de Dieu d’un amour qui est allé jusqu’au sacrifice du Christ, comment aimer moins ? Comment ne pas, à notre tour, tout donner en amour, par amour ? Le Christ, sur la croix, n’a pas choisi ceux pour qui il donnait sa vie : il l’a donné pour tous : pour tous les hommes qui vivaient à son époque ; pour tous les hommes qui ont vécu avant lui et qui étaient retenus dans les liens de la mort ; et pour tous les hommes qui suivraient, à travers le temps et l’histoire, jusqu’à ce qu’il revienne dans la gloire. Si dans mon cœur, je confesse Jésus comme Christ et Seigneur, alors tout mon être, tous mes actes doivent traduire, rendre visible cet amour aux autres. Et je ne rends mon amour pour Dieu visible aux autres que par l’amour que je leur porte au nom de Dieu qui m’aime et que j’aime. Vous pourrez tourner ceci dans n’importe quel sens, vous aboutirez toujours à cette unique conclusion : si nous aimons Dieu comme lui nous a aimés, alors nous devons nous aimer les uns les autres. Il n’y a pas de mystère, il n’y a pas de secret : tout est là, dans l’amour réciproque. Croire en Jésus Christ, c’est aimer les autres, car c’est en aimant les autres que nous accueillons l’amour que le Christ nous porte et que nous en témoignons. Hors de l’amour, pas de salut ! 

Voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de Jésus Christ et nous aimer les uns les autres. Il n’y a rien à ajouter ; il n’y a rien à retrancher. Faisons ainsi et nous serons vraiment disciples de Celui qui a donné sa vie pour nous. Faisons ainsi et nous aurons de l’assurance devant Dieu. Faisons ainsi et nous aurons la vie éternelle en partage. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

dimanche 8 avril 2018

02ème dimanche de Pâques B - 08 avril 2018

Croire, naître, aimer : tout est dit !






Durant les six dimanches qui suivent la fête de Pâques, nous entendrons cette année des extraits de la première lettre de saint Jean. Il est l’apôtre qui nous apprend le nom de Dieu lorsqu’il écrit : Dieu est amour. C’est un leitmotiv de sa pensée, de son œuvre. Pas étonnant donc qu’il insiste tant sur l’amour : non seulement l’amour de Dieu, mais aussi l’amour des frères. L’extrait que nous avons entendu ce matin articule cet amour autour de trois verbes : croire, naître, aimer. 

Celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu. C’est ainsi que commence notre deuxième lecture. C’est un thème central de la pensée de Jean. La foi, chez Jean, concerne Jésus, le Christ. On ne parle plus du Jésus de l’histoire, mais bien du Christ, c’est-à-dire de Jésus en tant qu’il est mort et ressuscité. Jean mesure bien l’importance du trait d’union entre ces deux noms. Quand il témoigne de Jésus, il témoigne de celui qui a livré sa vie pour les hommes et qui est devenu ainsi pour eux le principe de vie. Nous comprenons bien que pour Jean, la foi n’est pas une idée, mais une réalité qui fait vivre. La foi est le moteur de la vie. Cette foi, parce qu’elle n’est pas une idée, nous met en mouvement et nous porte naturellement vers le frère. Pour Jean, il est ainsi impossible d’affirmer la foi et d’ignorer le frère ; il est impossible de croire en Dieu et de ne pas aimer le frère. Et vice versa. Christ nous tourne vers Dieu, Jésus nous tourne vers les frères ; et le trait d’union que nous devrions mettre en français, nous rappelle qu’il faut tenir les deux ensemble. Le trait d’union, c’est la foi qui nous fait aimer d’un même mouvement Dieu et les frères. Ecrire Jésus-Christ revient à écrire J’aime les frères que je vois et j’aime Dieu en qui je crois. 

Nous pouvons dès lors faire un pas de plus, toujours avec Jean. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Nous retrouvons ici les accents d’une autre affirmation de Jean qui écrit : celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas alors qu’il a de la haine pour les frères qu’il voit, celui-là est un menteur. L’amour des frères se reconnaît dans l’amour de Dieu (c’est ce qu’affirme Jean dans l’extrait de la lecture entendue) ; mais l’amour de Dieu se reconnaît lui dans l’amour des frères (c’est ce qu’affirme Jean dans la citation que je viens de souligner). Tout est lié pour Jean. Croire et aimer sont liés au point que celui qui ne croit pas, n’aime pas vraiment (puisqu’il n’aime pas de l’amour même de Dieu en qui il ne croit pas). Et de même, celui qui n’aime pas, ne croit pas en Dieu qui est la source de l’amour. Dit positivement cela nous donne : si tu crois, tu aimes ; si tu aimes, tu crois ! 

Nous en arrivons alors au troisième terme : naître de Dieu. Cela ne peut se faire que par la conjugaison de cet amour et de cette foi. Le tableau de la première communauté croyante brossé par Luc dans les Actes des Apôtres démontre ce que l’Apôtre Jean nous explique ici. C’est parce qu’ils sont disciples de Jésus-Christ que les premiers croyants mettent tout en commun, vivent la communion fraternelle de manière harmonieuse. L’accueil de la foi se traduit par le souci des pauvres, par le souci de ne laisser personne de côté : aucun d’entre eux n’était dans l’indigence. Ce n’est pas une exaltation de la pauvreté qui nous est proposée, mais bien une répartition plus juste des richesses pour que chacun puisse vivre dignement. Celui qui est né de Dieu par le baptême et par l’Esprit Saint, doit avoir au cœur un nouvel art de vivre qui lui permette de ne pas trahir sa foi. Plus qu’une exigence de justice, c’est une exigence de vérité. Combien d’hommes et de femmes ont renoncé à vivre leur foi parce que les croyants n’étaient pas fidèles à cette vérité de vie ?  

Croire, naître et aimer : en trois verbes, Jean dit tout de la foi au Christ-Jésus et de ses conséquences dans la vie des hommes. Soyons attentifs à toujours conjuguer ces trois verbes dans notre propre vie, pour que les hommes puissent croire ; devenus croyants, qu’ils puissent vivre et rester fidèles à la vérité de cette vie à laquelle ils sont nés. Notre foi et notre vie rendront Dieu crédible à ceux qui ne le connaissent pas encore… ou pas ! Amen.

(Détail du tableau Mort d'Ananie et Saphira, Cathédrale St Jean, Besançon)

vendredi 14 avril 2017

Nuit de Pâques - 15 avril 2017

Circulez, y'a rien à voir, mais tout à croire !






Nous l’avions pressenti hier, avec le prophète Isaïe : l’affaire Jésus ne pouvait pas s’achever aussi brutalement. Ce que Dieu avait annoncé (mon serviteur réussira), il l’a réalisé en Jésus. C’est ce que proclame la foi chrétienne. Jésus, le Fils unique du Père, né avant tous les siècles, est le premier ressuscité d’entre les morts. Et la longue suite de lectures que nous venons d’entendre nous a fait parcourir ces promesses de Dieu parvenues à leur achèvement en cette nuit. Cette résurrection n’est que le dernier acte d’une longue histoire d’amour entre Dieu et les hommes, histoire commencée dès la création du monde et poursuivie jusqu’à ce jour où nous sommes. En cette nuit, Jésus a vaincu la mort. 
 
Pourtant, reconnaissons-le, rien n’est moins cru parmi les hommes de notre temps. Même chez ceux qui ont reçu le baptême, et qui donc ont été unis au Christ Jésus, unis à sa mort et à sa résurrection, la foi en la résurrection cède quelquefois le pas à la croyance en la réincarnation au motif qu’il est plus facile de croire que ma vie n’est qu’une succession de vies en attendant le bonheur sans fin plutôt que de croire que ma vie a été rachetée à grand prix par Jésus sur la croix. Comprenez, moralement, c’est moins traumatisant que de devoir accepter qu’un innocent soit mort pour les coupables que nous sommes. Même si cet innocent est allé librement jusqu’au don ultime comme preuve de son amour. Ce qui manque à beaucoup de nos contemporains, c’est une preuve que cette histoire est bien vraie ! Or en matière de preuve, il n’y a que le vide ! 
 
Nous venons d’entendre l’évangile selon Matthieu. Nous avons suivi ces femmes qui se rendaient au tombeau à l’heure où le jour commençait à poindre. Elles sont allées regarder le sépulcre. Et qu’ont-elles vu ? Des gardes qui devinrent comme morts et l’ange du Seigneur descendu du ciel. Il leur annonce que Jésus n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait puis, vite, allez dire à ses disciples : ‘Il est ressuscité d’entre les morts’… Il les invite à voir du vide, et à circuler. Parce qu’il n’y a rien à voir, mais tout à croire ! Et c’est en circulant, en repartant vers les Apôtres, que Jésus vint à leur rencontre et les conforte dans la mission qu’elles ont reçu de l’ange : Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. Jésus, le Ressuscité, est avec ceux qui risquent une parole nouvelle ; il va à la rencontre de celles et ceux qui témoignent de lui, de celles et de ceux qui osent croire que l’impossible est devenu possible. La mort est morte, la vie a vaincu la mort. Et voici que la vie de ces femmes et de ces hommes va être bouleversé, profondément. Les Actes des Apôtres que nous lirons dès demain matin en témoignent à chaque ligne. 
 
En relisant la longue histoire sainte, nous avons relu notre histoire. De promesse en échec, de pardon en alliance nouvelle, nous avons compris que Dieu ne se résolvait pas à la mort du pécheur. Son amour est miséricordieux et toujours accueillant envers celui qui se tourne vers lui. La Semaine Sainte qui s’achève sur cette note joyeuse et inespérée nous a permis de revivre, avec Jésus, le cœur de notre foi. Ce soir, le Christ est ressuscité pour nous partager sa vie et non nous reprocher sa mort. Désormais, avec lui, vivons. De lui, témoignons. En lui, croyons. Et permettons à la foi de naître dans le cœur de tous les hommes par une vie à la hauteur de la vie de Dieu.  Les femmes n’avaient que le vide du tombeau et la parole de l’ange. Nous n’avons toujours que le tombeau vide et la parole de l’ange ; mais cette parole a été relayée fidèlement, à travers le temps et l’histoire, par des hommes et des femmes qui ont cru et vécu de cette foi ; ainsi elle est parvenue jusqu’à nous. Alors désormais, circulons, y’a rien à voir, y’a tout à croire, y’a tout à vivre. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 8 août 2015

19ème dimanche ordinaire B - 09 août 2015

2ème tension entre Jésus et la foule :
les hommes s’interrogent sur Jésus, Jésus les invite à dépasser sa personne.
 
 
 
Il nous faut faire un effort de mémoire encore pour bien situer l’évangile entendu et bien le comprendre surtout. Tout a commencé il y a quinze jours, avec la multiplication des pains. Jésus prenait ainsi soin du peuple qui lui était confié. Mais ce miracle déclenche une polémique entre Jésus et la foule. Elle a commencé la semaine passée lorsque les hommes demandaient des signes à Jésus, alors que Jésus demandait la foi aux hommes. La polémique se poursuit en ce dimanche : l’incompréhension grandit entre Jésus et ceux qui l’ont suivi jusqu’ici. 
 
Pour les hommes, cette polémique a pour origine Jésus lui-même. Pas seulement ce qu’il dit, mais qui il est. La foule croit connaître Jésus parce qu’elle connaît son origine, son père et sa mère. C’est un enfant de la région. Ce qu’il dit en devient alors encore plus insupportable. Enfin, pour qui se prend-t-il ? En s’approchant de l’homme dont ils connaissent la parenté, ils s’imaginent connaître Jésus, celui que les hommes confesseront comme Christ après Pâques. Comment pourraient-ils approcher le Christ alors qu’ils n’ont pas la foi ? La foule d’avant Pâques peut-elle comprendre des paroles qui sont déjà celles du Seigneur Ressuscité ? Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons découvrir la vérité et la profondeur des paroles de Jésus entendu ce dimanche. Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons reconnaître vraiment Jésus comme le pain qui donne la vie
 
Si Jésus n’est qu’un homme parmi d’autres, sa prétention à être le pain de la vie est inaudible. Mais si Jésus est bien celui que le Père envoie, alors il est vraiment celui qui donne la vie aux hommes. C’est sa raison d’être au milieu de nous. Dieu ne l’a pas envoyé juste pour voir comment c’était sur terre. Il n’est pas venu faire une visite d’inspection. Il est venu dire aux hommes le chemin vers Dieu ; il est venu apporter aux hommes le salut en offrant sa propre vie. La multiplication des pains était un signe évident de sa proximité avec Dieu son Père, le signe évident qu’il est venu prendre soin de nous, veiller sur nous et nous donner la vie de Dieu. Le don du pain annonce le don de sa vie. Il faut donc l’entendre quand il nous parle de son Père. 
 
Si nous acceptons que Jésus est le Fils unique de Dieu, comme nous le rappelait cette semaine la fête de la Transfiguration et la voix du Père dans la nuée – Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! – alors les paroles qu’il prononce aujourd’hui sont une invitation à ne pas nous arrêter à sa personne, mais à voir le Père dans tout ce que dit Jésus, dans tout ce que fait Jésus. Jésus n’est donc pas le héros que la foule imagine ; il ne fait rien par lui-même, mais parce que un autre, son Père, lui demande de le faire. On peut comprendre la déception de la foule et son incapacité à suivre Jésus. Comment pourrait-elle le suivre d’ailleurs sans le regard de la foi ? C’est juste impossible ! Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. Pour être attiré vers le Christ, il faut donc déjà croire en Dieu pour qu’il puisse s’adresser à nous et nous faire rencontrer le Christ ! Tout le discours de Jésus sur le Pain de vie repose sur le postulat de la foi. Il faut que l’homme accepte que Dieu existe ; il faut que l’homme accepte que Dieu n’ait qu’un but : la vie de l’homme. Il faut que l’homme ait le désir de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, pour reconnaître Jésus comme celui qui est la source de cette vie, par mandat du Père. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. 
 
Nous voici renvoyés à nous-mêmes : comment venons-nous au repas que le Seigneur offre à son peuple chaque dimanche ? Reconnaissons-nous, dans le pain partagé, Jésus qui se livre totalement à nous ? Croyons-nous que Dieu veut nous sauver en Jésus, et que ce morceau de pain, dont les croyants disent qu’il est Jésus présent en son corps, est l’aliment de notre salut ? Sommes-nous de ceux qui récriminent contre Jésus, croyant le connaître selon sa généalogie humaine, mais refusant de voir en lui le Fils unique de Dieu ? Sommes-nous capables de cet acte de foi qui nous fait dire, devant le Pain consacré : mon Seigneur et mon Dieu ? Que l’Amen de notre communion soit l’affirmation de notre foi et de notre désir d’être sauvé par Jésus, le Pain vivant, descendu du ciel selon la volonté du Père. Ainsi soit-il !
(Dessin publié dans l'Image de notre paroisse, n° 200, Août 2003, éd. Marguerite)
 

samedi 1 août 2015

18ème dimanche ordinaire B - 02 août 2015

Première tension entre Jésus et la foule :
Les hommes demandent des signes, Jésus demande la foi !
 
 
 
 
Un seul miracle particulièrement impressionnant, et déjà commencent les tensions entre Jésus et la foule. Souvenez-vous : dimanche dernier, l’évangile nous faisait contempler Jésus nourrissant environ cinq mille hommes avec seulement cinq pains et deux poissons. A la fin de la journée, Jésus s’est retiré seul, dans la montagne. Suit un épisode que nous n’entendrons pas et qui nous montre Jésus et ses disciples traverser la mer, direction Capharnaüm. C’est pour cela que, la foule [voyant] que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. On pourrait se réjouir de ce désir de la foule d’être avec Jésus, s’il était le signe d’un réel attachement à sa personne, s’il traduisait une vraie communion avec celui qu’elle cherche. Mais voilà, tout l’évangile de ce dimanche nous montre la distance qui existe entre Jésus et la foule. 
 
La première distance concerne l’objet même du désir de la foule. La foule a mangé à satiété, sans se fatiguer, puisque Jésus a donné largement. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Jésus n’est pas dupe de cette fascination de la foule pour sa personne : vous me cherchez parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. En ce sens, ils ne diffèrent guère de leurs ancêtres qui ont suivi Moïse au désert. Celui-ci les a tirés d’Egypte sur ordre de Dieu ; il leur a rendu leur liberté, et voilà que déjà, ils ont oublié la puissance de Dieu. Pourquoi ? Parce que les ventres sont vides, parce qu’ils ont faim. A la liberté retrouvée, ils préfèrent soudain les marmites de viande d’Egypte, même si elles étaient le signe de l’oppression et de l’esclavage. Comme la liberté semble soudain une chose vaine et futile ! Mieux vaut un ventre bien plein et des chaines, que la liberté et le ventre creux. Que ce soit au temps de Moïse ou au temps de Jésus, l’homme veut un ventre bien plein, sans effort si possible. Qu’importe le sacrifice à faire ! S’il faut retrouver les chaines d’Egypte pour avoir à manger, soit ! S’il faut suivre Jésus pour manger sans se fatiguer, cherchons-le ! Ce qui compte, ce n’est pas Moïse, ce n’est pas Jésus ; ce qui compte, c’est notre ventre bien tendu ! Ce qui compte, ce sont peut-être ces douze corbeilles de restes dont personne ne sait ce qu’elles sont devenues. 
 
La deuxième distance qui existe entre Jésus et la foule, c’est justement l’incapacité de cette dernière à comprendre Jésus. Ce que veut la foule, c’est un signe : Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Mais… elle vient d’en avoir un ! Ce repas gratuit, largement servi, n’est-il pas un signe suffisant pour que la foule comprenne que Jésus est comme un nouveau Moïse par qui Dieu nourrit son peuple ? Que faudra-t-il encore ? Quel signe pourrait convaincre l’humanité que Jésus est bien celui qui peut tout, qui donne tout, qui se donne tout entier pour la vie du monde ? Jésus a beau expliquer qu’il est le Pain de la vie, descendu du ciel, rien n’y fait ; la foule semble ne pas comprendre. Elle veut des signes ; elle veut voir, toujours et encore ; elle veut manger, toujours et encore !
 
Nous arrivons là à la troisième distance qui existe entre Jésus et la foule : la foule ne comprend pas que Jésus ne demande qu’une chose, et qu’une seule chose est nécessaire. Cette chose, c’est la foi. Elle seule peut combler la faim profonde des hommes ; elle seule peut faire discerner le pain vivant et vrai ; elle seule permet de bien comprendre qui est Jésus et quelle est sa mission. Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Il faut bien, comme la foule, venir à Jésus. Mais il faut venir à lui, vide de nos exigences, vide de notre désir de voir des choses. Il faut venir à Jésus comme on va vers une source vive et trouver en lui ce qui fait vivre vraiment. Celui qui vient vers Jésus, plein de revendications que Jésus se devra de contenter, n’est pas dans les bonnes dispositions. Jésus n’a pas à prouver qui il est par des signes particuliers. Il ne cesse de nous dire qui il est ; c’est à nous de le croire, sur parole. Il nous dit qu’il est le pain de la vie ? Approchons-nous de lui et goûtons à sa Parole, croyons ce qu’il nous dit, et notre faim sera rassasiée. Il vient nous donner le goût de la vie avec Dieu, après avoir partagé pour nous le pain. 
 
Ne nous contentons donc pas de manger à sa table en attendant le prochain service ; mais apprécions le moment présent. Il nous donne le Pain de sa Parole pour donner sens à notre vie ; il nous partagera le Pain de son Corps, rompu pour que nous goutions à la vie de Dieu. Il se donne tout à nous, en vrai Pain de la vie éternelle, non pas pour que nous nous recroquevillions sur nos assiettes, mais pour que nous allions à la rencontre de nos frères, pour leur partager ce pain et les inviter à cette table où Dieu se donne tout à tous. Allons vers Jésus avec le désir de croire en lui et nous comprendrons mieux que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France).