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samedi 2 avril 2022

5ème dimanche de Carême C - 03 avril 2022

 Faire route avec Jésus pour apprendre le pardon.



(Gustave Doré, Jésus et la femme adultère)


            Nous voici déjà rendu au dernier dimanche du temps de Carême, le prochain étant le dimanche des Rameaux qui nous introduira à la grande Semaine Sainte, ultime préparation aux fêtes pascales. Ce dernier dimanche nous adresse une invitation singulière ; il nous propose de faire route avec Jésus pour apprendre de lui le pardon, vous savez cette chose si difficile à comprendre et à vivre quelquefois. 

            Quand nous croisons Jésus dans l’évangile de Jean aujourd’hui, nous le croisons seul. Il semble bien que ses disciples ne soient pas là. Il était au mont des Oliviers ; il revient au Temple, dès l’aurore, quand pointe le jour. Et c’est là que des scribes et des pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Voyez déjà la prévenance de Jésus et la délicatesse dont il fera preuve tout au long de cet épisode singulier. Il ne leur fait pas remarquer la fausseté de leur démarche ; il ne les interroge pas sur l’homme qui manque, car après tout, un adultère, c’est comme une valse : ça se danse à deux jusqu’à preuve du contraire. Il les laisse venir, il les écoute, mais il ne répond pas tout de suite. Il se baisse et du doigt, il écrivait sur la terre. Ne nous mettons pas martel en tête pour savoir ce qu’il a écrit. Si d’aventure la femme l’avait lu, elle a dû le taire. Nous pouvons comprendre que, par cette attitude insolite, Jésus veut d’abord inviter ses opposants à la réflexion. Veulent-ils vraiment une réponse à cette mascarade de justice ? Comment peuvent-ils seulement présenter un dossier aussi mal bouclé que celui-là ? La délicatesse de Jésus leur laisse une occasion de se racheter, de reconnaître que tout ceci ne concerne pas tant cette femme, mais bien Jésus qu’ils veulent mettre à l’épreuve. Mais, comme on persistait à l’interroger, Jésus se redressa et leur dit : ‘Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre ’. Et Jésus de reprendre ses écrits sur la terre. Autant dire, que celle-là, ils ne l’ont pas vu venir, mais ils ont dû la sentir passer puisque, eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Encore cette délicatesse de Jésus qui leur fait comprendre, sans s’énerver, la bonne attitude à avoir. Qui es-tu pour juger sévèrement ton frère ? 

            Quand ils sont tous partis, et qu’il ne reste là que Jésus et la femme, Jésus se redresse et s’adresse à elle : Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? A la réponse négative de la femme, Jésus reprend : Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. Remarquez encore la délicatesse de Jésus. Il ne gronde pas la femme en mettant le doigt sur le mal qu’elle a fait et lui rappelant la loi qu’elle a oublié. Il lui dit qu’il n’est pas venu condamner, mais inviter à la conversion : Moi non plus, je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus. Il ne lui dit pas non plus que ce n’est pas grave, ce qu’elle a fait. Il lui enjoint de ne pas recommencer, autrement dit de bien vivre désormais selon cette loi de Dieu. Il remet finalement de l’amour et de la miséricorde là où il n’y avait plus qu’application rigoriste de la loi. Il remet surtout de la justice, là où il n’y avait qu’injustice. Pourquoi chercher à condamner la femme alors que l’homme, tout aussi coupable, échapperait au jugement ? 

Le pardon, c’est cela : mettre de l’amour et de la miséricorde là où il y a du mal et remettre de la justice là où il y a de l’injustice. Le pardon invite à dépasser la faute, à ne pas identifier le pécheur à son péché. Le pardon invite chacun à se souvenir qu’il n’est pas meilleur que les autres et que s’il veut appliquer la rigueur de la loi aux autres, il devra accepter que cette même rigueur s’applique à lui, qui n’est pas davantage sans péché. Le pardon invite à la conversion : l’appel à ne pas recommencer est indissociable du pardon ; il doit être pris au sérieux si nous ne voulons pas nous moquer de celui qui nous pardonne. Le pardon, c’est tout le contraire de : on efface tout et on recommence. Justement, on ne recommence pas, on change, on devient meilleur. Cela est possible parce que nous ne sommes pas condamnés ; cela est possible parce que le pardon nous libère effectivement de notre mal. Par le pardon reçu, n’étant plus identifié au mal que nous commettons, nous pouvons changer, nous pouvons nous convertir, nous pouvons ne pas recommencer. Nous pouvons vivre mieux ! Le pardon donné rend heureux et celui qui le donne et celui qui le reçoit parce que quelque chose de neuf est possible pour les deux. Celui qui pardonne se libère tout autant du mal qui lui a été fait, qu’il libère celui qui lui a fait du mal. Le premier redevient maître de son histoire en pouvant sortir de sa position de victime ; le second peut se reconstruire en étant sorti de sa position de méchant. Par le pardon, l’agresseur et l’agressé retrouvent leur égale dignité humaine. Peut-être est-ce pour cela qu’il est si difficile à donner : parce que, agressé, nié dans ma dignité humaine, je ne veux pas considérer comme humain celui qui m’a fait tant souffrir. 

La délicatesse de Jésus est toute divine ; le seul Juste refuse de condamner. Le seul Juste offre le pardon qui ne peut venir que de Dieu. Le seul Juste anticipe déjà ce qu’il réalisera par la croix : le salut de l’homme, sa libération de tout mal, la proclamation du pardon accordé par Dieu à ceux qui se convertissent, à ceux qui marchent avec Jésus pour abandonner toute forme de mal. Accueillons cette leçon ; accueillons surtout le pardon qui nous est offert par le Christ. Quand, au cœur de la nuit pascale, le célébrant nous interrogera sur notre volonté de renoncer au Mal, nous pourrons répondre en vérité : J’y renonce. Amen.

samedi 6 avril 2019

05ème dimanche de Carême C - 07 avril 2019

Non pas une condamnation, mais une libération !




Et toi, qu’en dis-tu ? Cinq mots pour provoquer Jésus à se prononcer sur la Loi et sur Dieu.  Cinq mots qui peuvent aboutir à la condamnation d’une femme à la lapidation, uniquement pour piéger Jésus ! Il faut vraiment que la haine à l’égard de Jésus soit grande pour que des hommes en arrivent à de telles extrémités. Une vie pour en piéger et en abattre une autre ! Ne nous y trompons pas : c’est bien de cela qu’il s’agit : à quoi l’homme est-il prêt pour en discréditer ou en abattre un autre ? Heureusement que celui à qui s’adresse cette question n’est pas seulement homme : il est de Dieu, vient de Dieu et son seul souci est de parler juste de Dieu, de parler juste au nom de Dieu.

C’est bien cette connaissance fine de Dieu et de l’homme que possède Jésus qui va sauver cette femme. En premier lieu, il refuse d’entrer dans la polémique avec les pharisiens. Son souci ne semble pas d’abord de prendre la défense de la femme – cela lui serait facile, la Loi disant que les deux adultères doivent être lapidés : personne ne commet un adultère tout seul ! Or où est l’homme ? – Non, son premier souci me semble être la défense de Dieu, l’interprétation juste de la Loi de Dieu. Il ne condamne ni la femme à cause de son péché, ni les pharisiens à cause de leur mauvaise foi. Et s’il ne prononce pas une seule fois le nom de Dieu, toute son attitude pourtant ne parle que de lui. A la question des pharisiens, il répond par une attitude surprenante : il se baisse (il s’abaisse) et dessine sur le sol. Comme pour dire : cette affaire ne concerne pas Dieu, c’est pourquoi je me mets à la hauteur d’un homme. Mais puisqu’une réponse est attendue, Jésus se redresse, se met à la hauteur de Dieu, à la hauteur du Ressuscité pour annoncer, de manière surprenante son jugement : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre ! C’est une affaire humaine qui se doit d’être réglée par les humains ; mais puisque vous voulez que Dieu s’en mêle, que ceux qui sont « purs de tout péché » se chargent d’appliquer la sentence. Eux seuls pourraient juger la femme. Qui, ayant péché lui-même, pourrait condamner cette femme sans se condamner lui-même ? Jésus semble dire aux hommes que ce qui est grave, ce n’est pas l’espèce de péché commis ici ; ce qui est grave, c’est le péché, quel qu’il soit. Celui qui a commis, ne serait-ce qu’une petite entrave à la Loi, s’est disqualifié lui-même pour juger cette femme. D’ailleurs, personne ne s’y trompe puisqu’ils s’en vont tous, les uns après les autres, les plus âgés en premier ! Devant Dieu, il n’y a pas de petits péchés et de grands péchés ; il n’y a pas de péché mignon : il n’y a que le péché, dans toute sa laideur, qui nous éloigne de Dieu. Dieu ne s’intéresse pas à nos péchés ; mais il s’intéresse à notre désir de le rencontrer, lui. La parabole du fils prodigue que nous avons entendu dimanche dernier nous le redisait déjà. Et voilà Jésus, seul avec la femme. Il n’a pas eu besoin de renvoyer ses détracteurs, ils se sont renvoyés eux-mêmes. Il ne va pas condamner la femme, mais la renvoyer dans sa vie de femme avec cette seule demande : Va, et désormais ne pèche plus ! Ce que Jésus condamne, c’est le péché et non ceux qui commettent le péché. Il nous redit ainsi qu’il est bien celui qui vient nous rendre notre liberté : Va ! Ne s’intéressant qu’à l’humanité, ne posant sur elle que le regard de Dieu lui-même, il peut nous détacher de notre péché et nous permettre de repartir dans la vie, libres de toute attache au Mal. 


En agissant ainsi, Jésus ne fait qu’accomplir de manière parfaite la Loi au nom de laquelle les autres voulaient condamner cette femme. Relisez Isaïe ! Après l’exil qu’Israël avait interprété comme un châtiment envoyé par Dieu à cause des infidélités du peuple, Dieu lui-même invite les hommes à ne plus se souvenir du passé. Non pas à ne plus se souvenir de ce que l’amour de Dieu a réalisé pour eux (ce peuple que je me suis façonné redira ma louange), mais à ne plus se souvenir du péché qui les a éloignés de Dieu. Ne regardez pas sans cesse en arrière ; voici que je fais une chose nouvelle, ce que l’ancienne traduction liturgique rendait ainsi : voici que je fais un monde nouveau, un monde dans lequel il ne se fera plus rien de mal, un monde dans lequel toute la création chantera la louange de Dieu (même les chacals). N’est-ce pas ce monde nouveau que Jésus est venu inaugurer ? En renvoyant cette femme dans une vie libérée du péché, libérée du jugement des autres, ne la fait-il pas entrer déjà dans cette nouveauté ? 


L’appel de Paul dans la seconde lecture nous ouvre aussi à cette chose nouvelle que Dieu crée pour nous. En connaissant toujours mieux le Christ, oubliant ce qui est en arrière (c'est-à-dire notre vie soumise au péché), et lancé vers l’avant (c'est-à-dire vers cette chose nouvelle que Dieu fait pour nous), nous pouvons courir vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus : une vie nouvelle, libre du péché, la vie même de Dieu, la sainteté retrouvée. L’énergie nécessaire pour tenir la distance dans cette course de fond nous vient du Christ, d’une connaissance (c'est-à-dire d’une intimité) toujours plus grande avec lui. Plus nous nous attacherons au Christ, plus nous nous éloignerons du péché, parce que la puissance du Christ agira en nous. Puisqu’il s’est relevé d’entre les morts, il nous libèrera de toutes les puissances de mort. C’est avec lui que nous courrons l’épreuve jusqu’au bout ; c’est avec lui que nous vaincrons. 


Le temps du Carême est ce temps où nous est donnée la grâce d’une plus grande connaissance du Christ ; c’est aussi le temps où nous est proposée la grâce du sacrement qui nous libère du péché et de la mort. N’hésitons pas à nous en approcher ; n’hésitons pas à laisser Dieu jeter un regard d’amour sur notre passé pour nous tirer vers notre avenir. Et nous aussi, nous ressusciterons avec le Christ. Amen.



(Tableau : La femme adultère, Lioba artisanat - www.lioba-artisanat.com)  

samedi 12 mars 2016

05ème dimanche de Carême C - 13 mars 2016

Acte 5 de la miséricorde : laisser une chance à un avenir !




Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? Nous sentons bien, en entendant cette interpellation de Jésus que l’histoire doit mal finir. Jean a-t-il vraiment besoin de préciser que les scribes et les pharisiens parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser ? Le seul fait qu’ils n’amènent auprès de Jésus que la seule femme montre bien leurs intentions hostiles. Ils ne veulent pas engager le procès de l’adultère mais bien celui de Jésus. Comment va-t-il s’en sortir ? En faisant œuvre de miséricorde à plus d’un titre ! 
 
Curieusement, il me semble que les premiers bénéficiaires de la miséricorde de Jésus soient justement et paradoxalement… les scribes et les pharisiens ! En les renvoyant à leur propre condition [Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre], il éclaire ceux qui sont dans le doute et qui sont venus chercher conseil auprès de lui. Il leur évite surtout d’être accusé d’avoir manipulé la justice, ce qu’ils ont fait de toute manière en oubliant la moitié du crime d’adultère ! Jamais, avant ce jour, nous aurions imaginé qu’un adultère se commette tout seul ; il faut nécessairement être au moins deux ! Jésus ne les dénonce pas publiquement ; il ne les place pas devant leurs contradictions ; il les invite à s’examiner. Sans avoir besoin de dire grand-chose, il a instruit ces ignorants qui, lorsqu’ils comprennent enfin, se sont en allés un par un, en commençant par les plus âgés. Deux œuvres de miséricorde spirituelles en leur faveur ! J’espère qu’ils auront été reconnaissants pour ce bénéfice. 
 
Venons-en à la femme accusée d’adultère. Vous remarquerez d’abord que Jésus ne semble pas tellement s’intéresser à elle : il ne lui demande pas d’explication ; il semble même ailleurs au départ, s’abaissant pour écrire, Dieu sait quoi, sur le sol. Vous remarquerez aussi qu’elle ne se défend pas. Elle n’a pas le réflexe si courant de dire : ce n’est pas moi ; c’est la faute de l’autre. Elle est consciente de son péché, elle reste silencieuse. Veut-elle éviter d’aggraver son cas ? Son silence manifeste-t-il son regret ? Sans doute. Quand enfin il ne reste plus qu’elle et Jésus, celui-ci ne l’interroge pas sur son crime, mais sur ses accusateurs : Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? Le motif de sa présence importe peu ; Jésus n’est pas curieux de savoir ce qu’elle a fait, avec qui elle l’a fait et comment elle l’a fait. Ce qui excite la curiosité de Jésus, ce sont les autres, les accusateurs soudain évanouis. Après tout, ce sont eux qui sont venus vers Jésus avec une demande, pas cette femme. Mais, à cette femme qui ne demandait rien, va être fait une grande grâce : la grâce du pardon. Personne ne t’a condamnée ? Moi non plus je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. Jésus est-il trop cool avec cette femme ? Veut-il nous dire que l’adultère, après tout, ce n’est pas si grave ? Ceux qui attendaient un grand traité sur le lien conjugal et son caractère sacré en sont pour leur frais. Mais n’allez pas croire pour autant que Jésus favorise le péché. Il ne condamne pas la femme, mais il ne l’autorise pas davantage à poursuivre : désormais ne pèche plus. Saint Augustin a écrit dans son traité sur saint Jean : Le Seigneur a porté condamnation, mais il a condamné le péché et non pas le pécheur. En invitant la femme à ne plus pécher, c’est bien l’adultère qu’il condamne ; ne recommence pas ! La femme, elle, il la libère, il lui rend sa dignité. Les scribes et les pharisiens voulaient exercer la justice ; Jésus exerce la miséricorde. Il va au-delà de la justice en laissant une chance à un avenir pour cette femme. Il nous rappelle ainsi que personne n’est à identifier à son péché, et s’il faut condamner le péché, il faut faire miséricorde à celui qui le commet. Au péché, la fin ; aux hommes, un avenir nouveau, libéré du péché, du mal et de la mort. Voici que je fais une chose nouvelle, dit Dieu par son prophète Isaïe. Cette nouveauté absolue, c’est bien l’exercice de la miséricorde par Dieu lui-même. Il n’est pas celui qui punit, il n’est pas celui qui condamne ; Dieu est celui qui nous sauve ; Dieu est celui qui nous libère ; Dieu est celui qui nous ouvre un avenir : si Dieu n’est pas ainsi, alors changez-en, trouvez-en un autre. Pour reprendre saint Paul entendu dans la seconde lecture, une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière [le péché, la vie sans Dieu], et lancé vers l’avant [une connaissance toujours plus grande de Jésus Christ], je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus. Ce but, c’est bien notre avenir, à savoir une vie libérée, une vie tout entière sous le signe du Christ. Au péché, la condamnation ; au pécheur, la liberté et la vie. Nous retrouvons ce que le pape François ne cesse de demander aux prêtres confesseurs : détester le péché mais aimer le pécheur pour qu’il découvre la tendresse et la miséricorde de Dieu et qu’il comprenne enfin à quel point il est aimé. 
 
Faire miséricorde, ce n’est pas être laxiste ; faire miséricorde, ce n’est pas autoriser tout et n’importe quoi. Faire miséricorde, c’est aller au-delà de la justice et laisser un avenir ouvert à l’autre, à celui qui m’a blessé, à celui qui a mal agit envers moi. Nous saisissons alors mieux l’importance de la miséricorde ; sans elle, sans l’avenir qu’elle ouvre, la vie n’est pas possible. Sans miséricorde, il n’y a plus d’humanité ; sans miséricorde, il n’y a plus que des règles à respecter impérativement sous peine de mort. Sans miséricorde, l’homme perd l’image et la ressemblance avec Dieu voulu par celui-ci depuis les origines. La miséricorde que nous exerçons est bien le signe que Dieu vit en nous et que nous vivons de Dieu.
 
Il nous faut remercier la femme adultère : grâce à elle, Jésus a pu nous dire qu’au-delà de la justice, il y a la miséricorde ; au-delà du péché, il y a un avenir toujours possible ; au-delà du pécheur, il y a l’humanité que Dieu veut réconciliée avec lui. Que ces dernières semaines de carême soient pour nous celles d’un pardon accueilli, d’une liberté renouvelée, d’un avenir retrouvé. Amen.
 
(Dessin de la revue L'image de notre paroisse, n° 207, mars 2004, éd. Marguerite)

samedi 16 mars 2013

05ème dimanche de Carême C - 17 mars 2013

Croire, avec la femme adultère, c'est faire confiance à Jésus.



Est-ce qu’ils se connaissaient, ces deux là, qui sont mis en présence l’un de l’autre au hasard d’un énième piège pour faire tomber Jésus ? Ils se retrouvent face à face, avec chacun, une épée de Damoclès au-dessus d’eux. Ces deux là ? Ce sont la femme adultère bien sûr et Jésus. Ils se retrouvent tous deux coincés dans une histoire qui semble n’avoir aucune autre issue que la mort. La mort pour la femme surprise en état d’adultère (c’est la Loi qui le dit) ; la mort de Jésus, parce que toute cette mise en scène, c’est bien, in fine, pour le faire tomber lui, pour le mettre à l’épreuve afin de pouvoir l’accuser. Ils sont malins, les opposants de Jésus : d’une pierre, ils feraient deux coups ! Mais c’était sans compter sur Jésus ! Il ne faut jamais sous-estimer Jésus et sa justice ; ils vont l’apprendre à leur dépend.

La justice, ce n’est certainement pas ce qui anime les sentiments des scribes et des pharisiens. Ils amènent à Jésus une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère. Certes, mais où est l’autre ? Il faut être deux, me semble-t-il, pour commettre un adultère. Si elle est coupable, l’autre ne l’est-il pas tout autant ? Pourquoi cette femme est-elle seule à comparaître ? Jésus n’exprime aucune de ces objections, mais je sens bien, dans son attitude qu’il n’en pense pas moins. Le piège est grossier ; la réponse sera fine ! Pour prendre de la hauteur, Jésus s’abaisse pour dessiner sur le sol. Sa justice ne sera pas celle des scribes et des pharisiens. Sa réponse, aux questions pressantes des accusateurs, est sans appel : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. Jésus jette un pavé dans la marre et s’en retourne près du sol pour dessiner à nouveau.

J’ai longtemps été surpris par cette attitude. Jésus ne mène pas l’instruction ; il n’interroge même pas la femme, ne cherche pas à comprendre. Il ne renvoie pas la femme à son péché ou à son inconduite ; il renvoie les accusateurs à la leur. Si vous pensez qu’elle mérite la mort, et bien soit ! Mais que ce soit celui d’entre vous qui n’a jamais rien fait de mal qui commence la lapidation. Il n’excuse pas la femme, il n’objecte pas sur les failles du procès ; il renvoie les accusateurs à leur propre vie. Pour condamner quelqu’un, il faut être soi-même irréprochable ! Le piège qui devait se refermer sur Jésus et sur la femme, voilà qu’il se referme sur cette foule vociférante. Jésus semble dire que nous sommes tous complices du péché ; si quelqu’un lui jetait la pierre alors que lui-même aurait péché, il pourrait bien être destinataire de la prochaine pierre. Ils s’en allaient, l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. Jésus est sauvé pour l’instant, mais la femme, que devient-elle ? Jésus lancera-t-il la première pierre, lui qui est sans péché ?

La femme justement, pendant tout ce temps, ne dit rien, ne se défend pas. Elle sait ce qu’elle a fait ; elle ne se cherche pas d’excuse ; elle ne supplie même pas. Connaît-elle Jésus ? A-t-elle entendue parler de lui, de sa bonté, de sa miséricorde, de son message de salut ? Je ne sais pas. En tout les cas, elle est bien calme, pour une femme qui risque la mort. A moins que ce ne soit le remord qui la fige et mure dans ce silence ! Elle attend, simplement. Elle connaît les hommes et ce dont ils sont capables ; mais voilà qu’ils sont tous partis. Il ne reste plus que celui-là. Il ne l’a pas encore accusé, il ne l’a pas regardé avec envie, il ne l’a pas rabaissé. Au contraire, il va la redresser, la remettre en route, pour un avenir meilleur : Personne ne t’a condamnée ? Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. Il ne la renvoie pas seulement chez elle ; il ne la renvoie pas davantage à son passé. Il lui ouvre un avenir. Il n’accepte pas ce qu’elle a fait, mais voit en elle plus qu’une femme adultère. Il voit en elle quelqu’un qui est capable de mieux, capable d’une autre vie, capable de vivre libérée du Mal. N’est-ce pas pour cela qu’il est venu, lui, Jésus ? Pour apprendre aux hommes qu’ils sont libérés du péché et de la mort ? Cette femme, risquant la mort à cause de ses actions, trouve la vie, en Jésus ; elle devient le témoin de ce que nous pouvons vivre à notre tour, malgré notre péché, si nous venons vers Jésus, et si nous mettons notre confiance en lui. Grâce à la femme adultère, nous découvrons que croire, c’est faire confiance à Jésus. Si elle n’avait pas eu un peu confiance, elle se serait débattue et justifiée ; elle aurait aussi pu s’enfuir après le départ de la foule. Mais elle est restée auprès de Jésus, sans rien dire ; elle a attendu que Jésus se lève. N’est-ce pas ainsi qu’elle manifeste sa confiance, sa foi en cet homme si différent de ceux qu’elle a rencontré jusqu’ici ?

Faire confiance à Jésus : tout est là. Lui faire confiance au point de le suivre là où lui veut nous emmener. N’est-ce pas ce qu’a fait Benoît XVI, lorsqu’il a accepté son élection il y a 8 ans ? N’est-ce pas ce qu’il a encore fait lorsqu’il a renoncé à sa charge pour servir l’Eglise dans le silence et la prière ? Faire confiance à Jésus, n’est-ce pas ce qu’a fait François en acceptant à son tour d’être évêque de Rome et d’assurer à ce titre la communion de toutes les églises particulières ? N’est-ce pas ce qu’il nous demande déjà lorsqu’il nous dit, dans sa première homélie, que sans Jésus, nous ne sommes qu’une ONG pitoyable ? Oui, tout est là, dans la confiance que nous faisons à Jésus. Cette confiance nous sauvera ; cette confiance nous fera grandir ; cette confiance nous fera accueillir la sainteté que Dieu nous offre. C’est ce que vous avez pu vivre vendredi soir et que vous pourrez encore vivre ce vendredi dans le sacrement du pardon, le sacrement de la confiance exprimée envers ce Dieu qui veut votre salut et votre vie. Grandissez encore et toujours dans cette confiance au Christ afin que vous puissiez le suivre aussi quand viendra le temps de la passion, quand viendront les jours plus sombres de votre vie. Faites confiance au Christ, et croyez qu’il peut tout pour vous. Amen.

(Dessin de Gustave DORE, La Femme adultère)