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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 13 juillet 2024

15ème dimanche ordinaire B - 14 juillet 2024

 Pas ici, mais là-bas ! Pas moi, mais eux !



(Jésus envoie ses disciples deux par deux, Source : www.cath.ch)





 

 

            Pas ici, mais là-bas ! C’est en résumé, ce que dit Amazias, prêtre de Béthel, à Amos, le prophète envoyé par Dieu. Pas ici, parce que tu nous casses les oreilles, mais là-bas, parce qu’il n’y a pas de raison que les oreilles des autres soient épargnées. C’est une question d’égalité ! En ce jour de fête nationale, comment ne pas y être sensible ? 

Pas ici, mais là-bas ! Amos a bien compris le message, mais il n’en fera rien. Il rappelle au prêtre Amazias qu’il n’a ni choisi, ni voulu ce poste. En fait, il n’a rien demandé, il a été appelé. Je n’étais pas prophète, ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. Amos, à la différence d’Amazias, du roi et du peuple, écoute quand Dieu parle. Prophète, ce n’est pas son métier ; il n’a pas fait d’école pour cela ; il se contente d’écouter Dieu et de rapporter ce qu’il lui demande de dire. En lisant le prophète Amos, nous comprenons pourquoi ses auditeurs sont plutôt mécontents. Son message n’est pas tendre ; c’est une vraie diatribe contre l’injustice sociale, le vol en bande organisée, la traite d’êtres humains et les petits arrangements entre amis riches pour devenir encore plus riches en spoliant les pauvres. Qui a envie d’entendre cela, à Béthel ? Personne ! D’où le pas ici, mais là-bas. 

Dans l’évangile, les disciples auraient pu dire à Jésus : pas nous, mais eux, une autre version du pas ici, mais là-bas. Pas nous, mais eux, parce que lorsque l’on voit le cadre posé par Jésus quand il envoie ses disciples en mission pour la première fois, on se dit que c’est plutôt rude. Ils ont droits à un bâton, une paire de sandales et… c’est tout ! Pas de pique-nique pour la route, pas d’argent pour faire les courses, pas de sac, pas de linge de rechange. Si la mission ne dure qu’un jour, ça peut aller ; mais si elle doit s’étendre dans le temps, c’est un peu crado, dans un pays chaud ! Malgré tout cela, ils sont tous partis, par deux, accomplir la mission que Jésus leur a confiée. Ils ont compris, comme Amos des générations avant eux, que lorsque Dieu appelle et envoie en mission, on ne discute pas. Il veillera sur eux, il leur donnera ce dont ils auront besoin. Pour eux, seule doit compter la mission confiée. On ne s’encombre pas d’autre chose ; on ne sort pas un truc de son sac pour faire plaisir ou pour impressionner. Seule compte la parole qu’ils ont à dire, et le combat contre le mal qu’ils ont à mener : ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. Pour savoir si leur mission a réussi, il vous faudra revenir dimanche prochain. Je ne « spoilerai » pas la suite de l’Evangile. Aujourd’hui, il nous suffit de savoir que Dieu appelle et envoie en mission. Ce qui valait pour Amos, vaut pour les disciples, et vaut encore pour nous aujourd’hui. 

Nous aussi, nous sommes appelés. Nous avons d’abord été appelés à devenir fils adoptifs, par Jésus le Christ, comme le rappelle si bien Paul aux chrétiens d’Ephèse. Mais bien plus que cela, ou en conséquence de cela, il nous appelle à vivre saints, dans l’amour, dans la louange de la gloire Dieu, et à vivre dans l’Esprit Saint. C’est notre vocation première, et nous ne pouvons pas dire à Dieu : pas nous, mais eux, ni même pas ici, mais là-bas, sous-entendant que d’autres, ailleurs auraient plus besoin de conversion que nous. C’est l’appel premier, parce que à celui-ci peuvent se rattacher une multitude de petits appels ponctuels. Ils peuvent vous être adressés par un proche ou un voisin, un étranger ou un petit, voire par l’Eglise quand il s’agit d’une fonction permettant à la communauté de vivre mieux sa mission d’évangélisation. Tout le monde est concerné, et nous ne pouvons pas sans cesse nous dérober et dire : pas moi, mais eux ! 

        Quand Dieu appelle, c’est qu’il veut avoir besoin de nous. Si les hommes peuvent bien estimer qu’ils n’ont pas besoin de Dieu, Dieu cependant estime qu’il a besoin de chacun de nous pour poursuivre aujourd’hui la mission du Christ. Et si pendant un temps, nous avons collectivement estimé que cet appel était pour les prêtres, mes religieux et les religieuses, nous découvrons de plus en plus que chaque croyant a une place à tenir, une mission à remplir. Parce que ce qui nous « oblige » à la mission, ce n’est pas une ordination ou un engagement dans une communauté ; non, ce qui nous « oblige », c’est notre commun baptême, qui fait de nous tous des prêtres, des prophètes et des rois. Il est le sacrement fondamental qui nous place dans les pas du Christ. Tout le reste s’ajoute ou découle de celui-là. Quand Dieu nous appelle à le suivre par le baptême, il nous assure de la présence de son Esprit (la confirmation), il nous nourrit pour que notre foi ne défaille pas (l’eucharistie) et il construit son Eglise en veillant à une juste répartition des charismes (mariage, ordre). Enfin, il nous donne des moyens supplémentaires pour parvenir au salut : le sacrement de la pénitence et la réconciliation et le sacrement des malades. Tout cela ne peut se faire que parce que nous sommes d’abord baptisés. C’est ce premier appel qu’il nous faut prendre au sérieux pour vivre dans la fidélité au Christ et parvenir au salut. Amen.



samedi 14 juillet 2018

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2018

Avec Amos, avec le Christ et ses disciples, annonçons le règne de Dieu !






Amos et Jésus, même combat : c’est ce qui ressort d’une lecture rapide des textes liturgiques de ce dimanche. Ce combat, c’est celui de la Parole de Dieu à annoncer toujours, à temps et à contre-temps. Une annonce qui ne souffre ni retard, ni obstacle. Dieu envoie, l’homme annonce. Ecoutons à nouveau ces textes et comprenons. 

Va-t-en d’ici ; fuis au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Pauvre Amos ! Les temps sont durs pour les prophètes. Imaginez-vous qu’il est tiraillé entre ce que Dieu lui demande de prophétiser et ce que les gens ont envie d’entendre. Il ne faut pas être soi-même grand prophète pour comprendre qu’Amos ne plaît guère, pas davantage que son message. C’est un empêcheur de tourner en rond ! Avec lui, plus de passe-droit ; avec lui, finie l’injustice sociale ; avec lui, voilà qu’il faudrait respecter les pauvres, et les riches devraient éviter le luxe tapageur. Alors que le peuple de Samarie connaît une période faste, voilà que le prophète annonce des malheurs immenses : le peuple sera ruiné, il sera déporté. Même si le peuple se repentait, le Seigneur Dieu ne pourrait plus retenir le bras prêt à frapper. Il ne restera pas pierre sur pierre dans le royaume. Vous comprenez dès lors l’intervention du prêtre Amazias : laisse-nous tranquille ! Va-t-en jouer au prophète de malheur ailleurs ! Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser. 

C’était sans compter sur qui avait envoyé Amos. Dans une courte réponse au prêtre, le prophète dit avec force qu’il ne peut se taire. Lui le gardien de troupeau et le tailleur de sycomores, lui qui n’appartient pas à une caste de prophète, lui l’homme de la terre, a été saisi par Dieu et sommé par lui d’aller prophétiser. Il ne prophétise pas pour gagner sa vie ; il ne prophétise pas par plaisir ; il ne prophétise pas pour se faire un nom ; il prophétise parce que Dieu l’a envoyé ! Alors, que cela plaise ou non, il dira ce qu’il a à dire ; après il partira. Il reprendra sa petite vie de berger. Mais pour l’heure, place au Seigneur Dieu et à sa Parole ! 

Quelques siècles plus tard, Jésus lui-aussi viendra annoncer la Parole du Seigneur Dieu. Il ne se contentera pas de remplir sa mission en solitaire. Il va associer ses disciples à sa mission. Nous l’avons entendu dans l’Evangile : alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Le contexte est certes différent de celui d’Amos, mais Dieu parle encore et toujours à son peuple. Par Jésus donc, qui vagabonde sur les routes de Palestine ; ce Jésus, que les siens croyaient connaître et ne veulent pas entendre ; ce Jésus, qui vient d’essuyer un échec dans son village, et qui transfère ses compétences à ses disciples. Il les envoie en mission, deux par deux. Il les envoie faire à leur tour ce pourquoi il est venu : annoncer la Bonne Nouvelle et la concrétiser en manifestant leur pouvoir sur les forces de mort, sur les esprits mauvais. Les disciples sont appelés à poursuivre l’œuvre du maître ; ils sont appelés à marcher sur ses traces, avec des consignes très claires. 

Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, si ce n’est un bâton. Ils partent, totalement désarmés, dépourvus de tout : ni vêtement de rechange, ni monnaie, ni même un en-cas pour la route. Juste un bâton. Ils ne feront pas découvrir aux autres la route du bonheur s’ils s’encombrent de choses inutiles. La route du bonheur se découvre lorsque l’on n’a plus rien que la seule force d’aimer ; lorsque les seuls arguments sont une vie heureuse, respirant le bonheur et la joie de vivre, libérée de toute peur, de tout attachement excessif. Le bâton est plus utile qu’un vêtement de rechange : il permet de s’appuyer sur lui lorsque la route est trop dure. Il est le symbole de celui qui se met en marche et accepte de se dépayser pour entrer dans le monde de Dieu que se proposent de faire découvrir les Apôtres. Ils se mettent en route avec un bâton, des sandales aux pieds, et un compagnon de voyage. A deux, on se réconforte, on s’encourage, on essaie de vivre ce que l’on prêche ! 

A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes appelés à témoigner à notre tour de tout ce que Dieu réalise pour nous. A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes envoyés proclamer au monde la Bonne Nouvelle. Par notre baptême, nous sommes faits fils de Dieu ; par notre baptême, nous sommes chargés de dire par toute notre vie cette Bonne Nouvelle qui nous a tourné vers le Christ. Nous devenons les porte-parole de Dieu parce qu’il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus le Christ. Les ministres ordonnés le sont d’une manière particulière, certes ; mais tous, nous avons mission de les aider et de dire à ceux que nous rencontrons que Dieu les aime, qu’il les veut libres et heureux et qu’il est LE chemin de salut et de libération. Par notre baptême, nous participons tous à la mission prophétique du Christ. Chaque baptisé est envoyé lutter contre les forces du mal ; chaque baptisé est appelé à faire de sa vie un chemin de sainteté quotidien. C’est en devenant saints dans l’ordinaire de notre vie que nous gagnerons nos frères et sœurs à la foi au Christ ; c’est en devenant toujours plus saints comme Dieu est saint que nous construirons le Royaume de Dieu, dès ici-bas. 

Dans sa très belle exhortation Gaudete et exsultate, publiée au mois de mars dernier, le pape François nous invite à rester fidèles à notre baptême, premier jour de notre engagement à la sainteté. En renonçant au Mal, en proclamant notre foi, nous avons fait le choix de Dieu, le choix du Christ, le choix des frères. Plongés dans la mort de Jésus, saisis par son Esprit, nous marchons à sa suite et faisons nôtre l’Evangile du Salut. A la suite d’Amos, à la suite de Jésus et de ses disciples, devenons ces annonceurs d’un monde plus grand et plus humain, parce que plus saint. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)