Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Bible. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bible. Afficher tous les articles

samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

dimanche 14 juillet 2019

15ème dimanche ordinaire C - 14 juillet 2019

Elle est dans ton cœur, cette Parole ! 








          Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu ! Cette interpellation faite par Moïse au peuple que Dieu a libéré d’Egypte, nous ramène à l’essentiel de ce qu’est la vie spirituelle : une vie à l’écoute de la Parole de Dieu. Et ce, quel que soit notre âge. Il n’est jamais trop tôt pour commencer ; il n’est pas venu le jour où nous pourrons dire : maintenant, j’arrête, j’en ai fait le tour. Je viens encore d’en faire l’expérience cette semaine, en accompagnant un groupe de collégiens du Séminaire de Jeunes de Walbourg au Mont Sainte Odile pour leur semaine d’adoration. Quel que soit notre âge, nous pouvons approcher cette parole, en tirer une nourriture bonne pour nous, et à partir d’elle, enseigner d’autres, voire édifier d’autres personnes. Le partage d’évangile avec les plus jeunes nous montre, si besoin était, que Dieu parle aussi à leur cœur et à leur intelligence et qu’ils peuvent nous aider à entrer davantage dans la compréhension de cette parole.

            Le frein principal, souvent invoqué pour excuser notre paresse en ce qui concerne la parole de Dieu, c’est le manque de temps. Il faudrait pouvoir dégager de grandes plages de temps pour s’adonner à l’oraison. Je peux entendre l’objection, mais je ne peux m’en satisfaire. D’ailleurs, en juillet et août, périodes de congés en France, l’excuse ne tient plus vraiment, et nous devrions donc voir des fleuves de prière se déverser sur notre pays : ce qui n’est pas vraiment le cas, n’est-ce pas ! Je crains qu’en mettant en avant le temps, certains ne partent du principe que la méditation de la parole de Dieu, ben c’est réservé aux moines et aux moniales qui consacrent une bonne partie de leur journée à la prière. Merci à eux de travailler pour nous ! Pourtant, dans son discours au peuple, Moïse ne parle pas (voire jamais) du temps nécessaire à consacrer à l’écoute de la voix du Seigneur. Il dit simplement : Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi, et reviens au Seigneur ton Dieu de tout cœur et de toute ton âme. Vous pourrez relire la Bible de la Genèse à l’Apocalypse et de l’Apocalypse à la Genèse : vous ne trouverez nulle indication sur le temps à consacrer pour que cela soit efficace. La seule demande, c’est d’é-cou-ter. Avec les moyens que nous avons aujourd’hui, nous pouvons même trouver la bible en audio. Vous imaginez tous ces vacanciers, coincés dans des bouchons sur les routes de leurs vacances, et qui, au lieu de s’invectiver, écouteraient la Bible sur leur autoradio ! Quelle sérénité sur les routes de France ! 

          Ecoutons encore Moïse : Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces, ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux… elle n’est pas au-delà des mers… Il est malin, Dieu, avec sa parole. Il ne la cache pas, il l’offre. Dans toute la bible, il ne cesse de parler. A nos cœurs égarés, il ne cesse de parler. A nos esprits embrumés, il ne cesse de parler. L’entendons-nous seulement ? Il nous parle par ce frère dont la rencontre nous a fait du bien ; il nous parle par ce frère qui a besoin de nous et qui attend un geste ; il nous parle par ces migrants qui frappent à la porte de l’Europe et que nos pays se renvoient comme une balle de tennis. Il nous parle par mille et une choses qui nous arrivent quotidiennement, mais nous ne le reconnaissons pas. Nous ne l’entendons pas. Et je ne suis même pas sûr qu’une opération « coton-tige » serait des plus efficaces. Il règne une espèce de surdité volontaire et pleinement assumée en ce qui concerne la parole de Dieu. C’est comme un acouphène ; on entend bien le bruit de fond, quelquefois il nous gêne, mais le plus souvent on s’en accommode. On n’y prête plus guère attention. Et c’est là qu’on reconnaît tout le génie de Dieu : il ne nous lâche pas avec sa parole, il nous la rend intime : Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. Ce petit bruit de fond qui nous gêne, il suffirait que nous y soyons attentifs pour y discerner cette Parole murmurée à notre cœur. Elle deviendrait alors source jaillissante de vie éternelle en nous. Venant du fond de nos cœurs, elle monterait jusqu’à nos lèvres et nous n’aurions plus que des paroles utiles, bienfaisantes pour les autres ! Pour ceux et celles qui ne sont ni moines, ni moniales, chaque petit moment perdu pourrait devenir un petit moment d’oraison qui aurait sa fécondité propre. A force d’accumuler un petit temps de-ci de-là, nous aurions tous un sacré temps consacré à cette Parole dont nous disons qu’elle nous est vitale. 

Elle est dans ta bouche, elle est dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. Comment dire mieux que cette Parole, nous devons d’abord la considérer pour nous ? En effet, parmi ceux qui citent souvent la Bible, je constate, hélas, qu’ils ont souvent « une bonne parole » pour telle voisine qui ne leur veut pas que du bien, pour tel voisin qui vit de manière bizarre ; mais ils n’en ont jamais pour eux. Or, nous dit Moïse, si Dieu met sa Parole en nous, c’est d’abord pour notre propre conversion, pour notre propre vie. Elle n’est pas faite pour mettre en lumière en place publique tout ce que les autres devraient changer, mais pour me faire comprendre, au plus intime de moi, ce que je dois changer pour être un authentique membre du peuple que Dieu se donne. Cette parabole du bon samaritain, que Jésus raconte aujourd’hui, est bien donnée pour que nous comprenions ce que nous devons changer dans notre vie : notre regard sur ceux dont nous croisons la route, notre regard sur les règles que nous nous donnons. Elle nous fait comprendre que nous ne devons pas rechercher qui est notre prochain, mais de qui nous pouvons nous faire le prochain. Elle est pour nous, pour chacun, pour que nous nous appliquions cette parole à nous, pour être de meilleurs serviteurs pour nos frères. Et non l’inverse !  

Pour y parvenir, profitons de chaque moment, qu’il soit long ou petit, pour retrouver en nous cette Parole que nous égarons si souvent ; retrouvons-la pour en vivre. Retrouvons-la pour nous en nourrir. Retrouvons-la ; elle nous guidera mieux que personne vers le Royaume où Dieu nous attend. Amen.






samedi 9 février 2019

05ème dimanche ordinaire C - 10 février 2019

De l'admiration à la crainte, de la crainte à la confiance.








La page d’évangile que l’Eglise propose à notre méditation aujourd’hui est assez représentative des différentes histoires que nous rapporte la Bible lorsqu’elle nous parle des relations entre Dieu et les hommes. D’Abraham, le père des croyants à Paul, l’avorton devenu apôtre, en passant par les disciples, le lecteur trouvera matière à interroger son propre rapport à Dieu, ainsi que les émotions qui le traversent quand il va à la rencontre de Dieu. 

Voyez la foule qui vient à Jésus. Nul doute qu’elle est dans l’admiration devant ce jeune rabbin qui dit la parole de Dieu. Luc nous dit qu’elle se presse autour de Jésus. Nous pouvons sentir la nécessité qu’il y a pour ces hommes et ces femmes à être là, à écouter un enseignement nouveau peut-être, mais dit avec autorité et conviction. Cela donne envie de nous presser à notre tour et d’écouter ce qui est dit. Être là, à l’écoute, est sans doute la chose la plus importante à faire quand Jésus vient. J’en veux pour preuve que nous avons peu de contenu sur l’enseignement de Jésus : nous ne savons pas ce qu’il dit à la foule la plupart du temps ; mais nous savons qu’elle est là, nombreuse et attentive. Plus que ce que dit Jésus, ce qui compte c’est d’en être. La première attitude de toutes ces personnes qui se pressent, c’est une certaine forme d’admiration qui traduit le besoin d’une parole nouvelle et la reconnaissance que Jésus assouvit ce besoin.

Et Jésus enseigne volontiers, en parole et en acte, comme le montre la suite de l’évangile.  Voyant deux barques qui se trouvaient au bord du lac (…), Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit, et de la barque, il enseignait les foules. Luc donne l’impression que Jésus n’arrête jamais ; il ne semble jamais fatigué par la foule. Il trouve toujours une solution pour enseigner au calme les foules qui viennent à lui. Dans cette barque de Simon, nous pouvons voir une image de l’Eglise qui sera confiée à Pierre et qui devra étendre et prolonger la mission de Jésus : enseigner les foules, à temps et à contre-temps, sans jamais se lasser. Et quand l’enseignement en parole est fini, une demande est faite à Simon : Avance au large et jetez vos filets. L’enseignement de Jésus a dû être tellement prenant que Simon n’objecte pas ; il consent à la demande de Jésus : Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. C’est comme si l’enseignement de Jésus se poursuivait dans cette demande. Et le résultat est là : des poissons à ne plus savoir qu’en faire : ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. A ceux qui s’interrogent sur les fruits de l’enseignement de Jésus, il est donné un signe : ceux qui l’écoutent sont comblés au-delà de toute espérance ; la parole de Dieu peut beaucoup si nous l’accueillons avec confiance. Simon aurait pu mettre en avant son savoir de maître pêcheur et objecter à Jésus qu’une pêche à ce moment-là de la journée était inutile ! Mais il a fait confiance à la parole de Jésus. 

Et voici que l’admiration se transforme en crainte. Ecouter quelqu’un qui parle bien est une chose ; voir que sa parole réalise de grandes choses en est une autre. Au plaisir d’écouter succède la crainte de l’avenir : que va-t-il se passer encore si je continue à écouter ? Quel impact peut avoir cette parole ? Ne vaut-il pas mieux ne plus écouter ? Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. Ce cri de Simon peut traduire la conscience qu’il a soudain de qui est Jésus par rapport à lui ; mais il peut traduire aussi la peur de ce qui pourrait lui arriver si Jésus restait là, dans sa barque. Peut-être traduit-il aussi la conscience qu’a Pierre soudainement du chemin de conversion qui s’ouvre devant lui et auquel il ne se sent peut-être pas prêt ! Et il n’est pas le seul à réagir ainsi : un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui. Il y a une manière romantique de considérer Jésus et sa parole : il est agréable à écouter ! Et quelquefois la réalité de la puissance de sa parole nous effraie : romantiquement nous avions compris que cette parole appelait un changement que nous désirions même peut-être ; et nous trouvions cela plutôt sympathique ! Mais quand nous comprenons que cette parole nous appelle en réalité à changer nous-mêmes, voilà qu’elle est moins romantique, plus dérangeante, plus exigeante ! Quand l’exigence concerne les autres, c’est une bonne chose ; quand elle nous concerne, elle fait peur. 

Jésus comprend et appelle à une vraie confiance en lui : sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. Jésus vient calmer nos craintes ; il nous rassure. Sa parole, pour exigeante qu’elle soit, ne demande rien d’impossible. Et surtout, il ne nous laisse pas seul pour l’accomplir. Il est avec nous, toujours. Il donne les moyens d’accomplir ce qu’il attend de nous. Voyez Isaïe qui est purifié par l’un des séraphins ! Voyez Paul, le persécuteur devenu Apôtre ! Voyez tous ces ancêtres dans la foi dont nous parle la Bible : tous ont été appelés, tous ont eu de Dieu la capacité à faire ce pourquoi ils avaient été appelés alors qu’ils s’en jugeaient indignes. C’est pour cela que, ramenant les barques au rivage et laissant tout, ils le suivirent. Quand l’homme accepte de faire confiance à Jésus, il peut tout, en Jésus. Et rien ne l’empêchera de marcher à sa suite. 

Ce que l’enseignement de Jésus à la foule provoque, le signe de la pêche miraculeuse nous le montre. C’est d’abord un déplacement intérieur, une conversion : Jésus cesse d’être ce personnage romantique pour devenir le cœur de notre vie dès lors que nous abandonnons toute crainte. Inscrivons-nous dans ce grand mouvement de confiance et marchons, nous aussi, à la suite de Jésus. Amen.

 (Photo prise en l'église de Baia Sprie, Détail des fresques, Roumanie)

 

samedi 29 décembre 2018

Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph - 30 décembre 2018

Histoire de familles…






            De quoi nous parle la Bible, si ce n’est d’histoires de familles ? D’Adam et Eve à Marie, Joseph et Jésus, en passant par Abraham et tous les autres, il n’est question que de familles. Notre première lecture s’en fait l’écho en nous parlant d’Elcana et Anne qui vont donner naissance au petit Samuel. La Bible peut dire : Familles, je vous aime ! Au-delà du slogan, il y a une réalité plus grande encore qui anime tous les écrivains bibliques : faire comprendre à leurs lecteurs qu’ils sont invités à prendre leur place dans cette grande famille, car l’Alliance que Dieu propose concerne tout homme. 

            Les familles dont nous parle la Bible sont loin d’être exemplaires en toutes choses. On y connaît la jalousie (Caïn et Abel, mais aussi Esaü et Jacob), le meurtre, l’infidélité, les rivalités, les difficultés et les joies des familles ordinaires. Il n’y a pas un modèle de famille biblique ; il y a des familles qui essaient de vivre, tant bien que mal, l’alliance que Dieu propose, à l’époque qui est la leur. Même la Sainte Famille que nous célébrons aujourd’hui connaît des moments plus difficiles. La « fugue » de Jésus à douze ans en est un exemple. Je veux bien qu’on me dise que c’était parce qu’il lui fallait être chez son Père, comprenez bien Dieu, qu’il s’est absenté ; cela n’enlève rien au fait qu’il a inquiété ses parents et retardé leur retour à la maison. Qu’est-ce qui l’empêchait de les prévenir de son désir d’être encore au Temple ? 

            Il me semble qu’il y a là de quoi rassurer nos familles d’aujourd’hui. Elles ne sont ni pires, ni meilleures que les familles bibliques. Elles essaient, tant bien que mal, à travers les difficultés et les joies de notre temps, de vivre quelque chose de l’amour que Dieu nous porte. Il n’y a pas de familles parfaites, et ceux qui le croient, s’illusionnent. L’histoire d’Anne et d’Elcana et leur souffrance d’être sans enfant trop longtemps, l’histoire de Marie et Joseph recherchant leur fils dans la crainte qu’il lui soit arrivé quelque chose de grave, tout cela ce sont nos histoires aussi ; tout cela nous est relaté pour nous éclairer, nous interroger, nous faire grandir et finalement renforcer notre confiance en Dieu qui peut tout et veut d’abord notre bonheur. L’histoire d’alliance que Dieu nous propose ne se vit pas seul ; c’est aussi une histoire de famille. Certains anciens le vivent douloureusement aujourd’hui quand ils constatent qu’ils ne sont pas suivis par leurs enfants et leurs petits-enfants : qu’avons fait de travers, interrogent-ils souvent. Rien, rassurez-vous. Vous avez fait ce qu’il fallait : vous avez témoigné auprès de vos enfants que Dieu était important pour vous. C’est tout ce que vous pouviez faire ; le reste dépend d’eux. Mais ce que vous avez semé est irremplaçable. Personne ne pourra arracher le bon grain de la présence de Dieu dans une vie. Dieu lui-même moissonnera le moment venu. 

            Cette fête de la Sainte Famille est là pour nous rappeler à chacun que nous avons notre place dans cette grande famille des enfants que Dieu se donne. Relisez la première lettre de Jean : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes… Mes bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu. Il n’y a pas à en douter ! Il y a à travailler pour le devenir toujours plus. Le baptême ne suffit pas ; il est la première pierre d’un édifice toujours à construire ; il est la fondation de notre appartenance à la famille de Dieu. Recherchons et promouvons tout ce qui peut renforcer cette appartenance, ce désir d’être de Dieu. Recherchons et promouvons ce qui renforce notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ. Recherchons et promouvons tout ce qui nous permet de nous aimer les uns les autres toujours plus, toujours mieux. Nos familles sont saintes non pas parce qu’elles ne connaîtraient pas de difficultés, mais parce qu’elles ont en elles la force de les vaincre et de les dépasser. Nos familles sont saintes lorsqu’elles cherchent à toujours s’aimer davantage, malgré les mensonges, malgré les doutes, malgré les peurs. Nos familles sont saintes quand elles n’attendent pas d’être parfaites pour se tourner vers Dieu, mais qu’elles osent lui crier leurs soucis et leurs peines. Nos familles sont saintes parce qu’elles sont humaines et que c’est dans cette humanité que Dieu est venu en son Fils Jésus. C’est cette humanité qu’il est venu sauver ! C’est cette humanité qu’il a choisi d’aimer ! 

            Ne doutons pas de l’amour de Dieu pour nous. Ne doutons pas de notre capacité à partager cet amour offert. Osons vivre à la mesure de Dieu, à la mesure de son amour pour nous. Plus nous grandirons en humanité, plus nous grandirons en sainteté, Jésus ayant définitivement lié les deux. Que grandisse l’amour de la Sainte Famille dans nos familles ; que vivent nos familles de l’amour que Dieu leur porte. Amen.

 
(Enluminure de Frère Jacques)
 

vendredi 8 juillet 2011

15ème dimanche ordinaire A - 10 juillet 2011

De l'art de semer...


Voici que le semeur est sorti pour semer… Cette parabole, qui ne la connaît pas ? Et qui ne sait pas que c’est à l’occasion de cette parabole que Jésus nous en donne l’interprétation autorisée. Il en fait en quelque sorte l’homélie lui-même : la Parole vivante de Dieu, Jésus, donne le message et l’explique. Ceci nous permet d’aborder aujourd’hui la question importante du statut que nous accordons à cette parole. Pour faire court, c’est quoi la Bible pour nous ?

Pour beaucoup de nos contemporains, la bible n’est qu’un beau livre à classer au rayon des belles phrases ou des belles idées qui auraient pu enrichir l’humanité. Pour certains, la Bible trouve donc sa place légitime dans nos bibliothèques à côté des grands auteurs, des grands philosophes. De belles pages pouvant élever l’humanité. A relire la parabole de ce dimanche, nous pourrions aussi la classer au rayon « jardinerie » pour cette page ; si elle n’est lue que d’un point de vue humain, elle nous donne un traité du « bien ensemencer son jardin ». Vous savez désormais qu’il ne sert à rien d’ensemencer dans les pierres, ni dans les ronces, ni au bord du chemin. Ce qu’il vous faut, pour réussir un jardin, c’est une bonne terre. Sans le regard de la foi, notre parabole se transforme en leçon de chose pour jardinier du dimanche.

Mais voilà, Jésus lui-même donne l’explication de son histoire lorsqu’il est interrogé par les disciples sur le pourquoi des paraboles. Il parle en parabole parce que ses auditeurs regardent sans regarder, écoutent sans écouter et sans comprendre. Pour eux, cette parabole n’est finalement qu’une leçon de jardinerie, et Jésus est le premier à le regretter. Ils ne comprennent pas la Parole de Dieu, ou ne veulent pas la comprendre. Ils en restent aux belles paroles d’un maître quelconque. S’ils prenaient cette parole au sérieux, ils se convertiraient ! Dur jugement sur l’humanité, sur nous-mêmes !

Mais pour celui qui croit, cette parole prend tout son sens dès qu’il l’entend. Il est en mesure de comprendre que le Christ est le semeur, que la semence est la Parole de Dieu, largement répandue, et les diverses terres, les diverses réactions de l’humanité face à cette Parole.

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir la Parole au bord du chemin, c’est-à-dire sans rien y comprendre. Elle ne les intéresse pas : les oiseaux peuvent bien venir la picorer. Ils l’entendent à l’une ou l’autre occasion de leur vie, mais elle ne les touche pas. C’est tout.

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir la Parole dans un terrain pierreux. Ils sont plutôt heureux de l’accueillir sur le moment ; mais elle n’a pas de place pour grandir et se développer. C’était passager. Sitôt entendue, presque aussitôt oubliée. Si en plus ils traversent un moment difficile dans leur vie, ou que l’Eglise est attaquée, calomniée, ils s’en éloignent aussitôt pour ne pas être identifiés à ceux-là. Un peu comme Simon-Pierre au soir du procès de Jésus : je ne connais pas cet homme ! Qui n’a jamais dit, dans un moment de doute ou de difficulté : Mais qu’ai-je fais au bon Dieu pour mériter cela ?

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir la Parole dans un sol plein de ronces. Ils accueillent la Parole mais il y a trop de choses dans leur vie. Pas le temps pour la laisser grandir, pour l’étudier, pour la comprendre. Ils ont un goût de croyants pas pratiquants. N’est-ce pas, on irait bien à l’église, mais on n’a pas le temps. Et le jour où on veut y aller voilà qu’il pleut (on ne va pas sortir par ce temps, on sera tout trempé), ou qu’il neige (on ne va quand même pas risquer un accident juste à cause d’une messe), ou qu’il fait trop beau (il fait vraiment trop chaud aujourd’hui ; on ne peut pas sortir par cette canicule, même pour aller à la messe). Et voilà encore un dimanche où la Parole de Dieu n’est pas entendue, méditée, accueillie. On ira la prochaine fois. C’est sûr, si la météo le permet !

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir cette parole dans la bonne terre. Des hommes et des femmes pour qui cette Parole est vitale au point qu’ils calquent toute leur existence sur elle. Et c’est heureux ! Cela prouve que cette Parole peut quelque chose pour nous : elle peut accomplir sa mission selon le mot du prophète Isaïe. Elle peut changer le cœur des hommes et donc changer le monde.

Il y a eu, il y a et il y aura toujours en chacun de nous ce mélange de terre. Selon les étapes de notre vie, nous serons bord du chemin, sol pierreux, sol envahi de ronces ou bonne terre. Cela nous évitera de nous classer entre nous : celle-là, bord du chemin ; celui-là, sol pierreux ; ceux-là, pleins de ronces. Et bonne terre : ben voyons… moi, bien sûr ! Tant qu’à faire, autant être du bon côté. A chacun de nous de regarder sa propre vie et son rapport à cette Parole que Dieu donne. Et profitons de la leçon du « bien ensemencer » donnée par Jésus pour observer de quoi est faite notre terre aujourd’hui. Si nous n’y voyons que oiseaux qui picorent, pierres qui encombrent ou ronces qui étouffent, ne désespérons pas. En décidant de prendre cette parole au sérieux, nous pouvons nettoyer notre terre, la rendre perméable à la Parole et son grain pourra y mûrir et grandir, pour notre salut et pour la gloire de Dieu. Il n’est jamais trop tard : les pierres se dégagent, les ronces peuvent être arrachées, les oiseaux effrayés. Il ne tient qu’à nous d’être de la bonne terre que Dieu lui-même pourra ensemencer. Amen.




(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)