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lundi 14 juillet 2025

15ème dimanche ordinaire C - 13 juillet 2025

 Il pensait réussir ; il sait désormais comment réussir.






 

            Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? C’est avec cette question qu’un homme, un docteur de la Loi, veut mettre Jésus à l’épreuve. Et il pensait réussir. Les Apôtres ont dû bien rire, eux qui cheminent avec Jésus depuis quelque temps déjà et qui ont entendu Pierre déclarer que leur Maître est le Christ, le Messie de Dieu. Comme s’il était possible de le piéger avec une telle question. Autant essayer de piéger le meilleur pâtissier du monde avec une question sur la recette d’un Saint Honoré ! Ridicule.

             Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? Si vous comparez ce récit à celui de Matthieu ou Marc, vous verrez que, chez Luc, Jésus ne répond pas à la question directement. Il va forcer son adversaire du jour à répondre. Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » Une manière très polie de lui dire : mais toi, dis-moi non seulement ce que tu lis dans la Loi, mais comment tu le comprends. Parce que lire la Loi, tout le monde peut le faire ; mais la comprendre correctement, c’est une autre affaire. Le docteur de la Loi se laisse prendre au jeu du : toi d’abord, moi après. Et il y va de sa réponse que nous connaissons tous : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. Luc nous fait comprendre mieux que les autres que ce n’est pas là une invention ou une relecture de Jésus. Il n’est pas le premier à lier l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Un homme vient de le faire devant Jésus, et celui-ci approuve la réponse de l’homme : Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. La réponse est désormais claire pour toutes les générations à venir, que vous soyez juifs ou disciples du Christ : l’assurance de la vie éternelle, c’est l’amour de Dieu et du prochain. C’est un spécialiste de la Loi qui le dit ; c’est Jésus qui le confirme. La question posée a obtenu une réponse qui satisfait les deux parties ! L’histoire aurait pu, aurait dû s’arrêter là. Mais elle rebondit : Lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? ».

             Là on commence à parler sérieusement. Qui est mon prochain ? c'est-à-dire de toutes les personnes que je rencontre, qui dois-je aimer ? Et donc, qui puis-je ne pas aimer, parce qu’il ne serait pas mon prochain ? Encore une fois, Jésus ne répond pas directement. Il raconte une histoire que nous connaissons tous aujourd’hui, celle du bon Samaritain, mais qui est d’abord l’histoire d’un homme agressé, dépouillé, laissé pour mort au bord de la route. Celui qui importe, au début de l’histoire, ce n’est pas le bon Samaritain, mais bien ce mourant laissé là et que d’autres vont croiser. Comment vont-ils interagir avec lui ? Un prêtre, puis un lévite vont passer par ce chemin. Tous deux voient l’homme. Sûrement, ces hommes de Dieu vont faire quelque chose ! Eh bien non, tous deux passèrent de l’autre côté.  Nous comprenons spontanément l’autre côté de la route ; mais l’autre côté, je peux aussi l’entendre comme : ils passèrent au mauvais côté. Ils ont fait ce qu’il ne fallait pas faire : ils ont sciemment ignoré l’homme mourant. Et qu’importe les bonnes raisons qu’ils auraient pu avoir ; en passant de l’autre côté, ils n’ont rien fait, ils ont ignoré leur frère dans le besoin. Ils ont fait de la Loi qu’ils prétendent servir une condamnation pour celui qui est victime, une condamnation pour celui qui n’a rien fait de mal. Au sordide de l’agression gratuite, ils ajoutent l’abject du désintérêt. Il est mourant ; qu’il ait la décence de mourir seul et en silence ; je ne vais pas me mettre en retard, Dieu m’attend ! Arrive le Samaritain, celui dont Jérusalem a mauvaise opinion. Il le vit et fut saisi de compassion. Il fait ce qu’il faut pour soigner cet homme et le mettre à l’abri, à ses propres frais. Et il s’engage même à revenir prendre de ces nouvelles et régler toute dépense supplémentaire ! L’histoire n’a rien de compliqué ; c’est celle d’un homme qui avait besoin d’aide.

         Rappelons-nous maintenant la question qui nous a valu cette histoire : Et qui est mon prochain ? A la fin de l’histoire, sans doute le docteur de la Loi espère-t-il une réponse claire. Il n’aura encore une fois qu’une question de la part de Jésus : Qui a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? Il faudrait être de mauvaise foi ou complètement stupide pour ne pas répondre avec le docteur de la Loi : Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. Ceci nous oblige à bien comprendre le renversement opéré par Jésus. La question n’est plus de savoir qui, de toutes les personnes que je croise, est mon prochain ; mais bien de savoir de qui je dois me faire le prochain. De qui dois-je avoir le souci ? De tous ceux dont tu croises la route. Tu ne peux pas rester indifférent à ceux que Dieu met sur ta route, et surtout pas de celui qui a besoin de toi. Rien ne peut être plus important que le service du petit, pas même Dieu, puisque Dieu lui-même, dans sa Loi, a lié l’amour de Dieu à l’amour du prochain. Aimer le petit, c’est donc aimer Dieu. S’occuper de l’autre, c’est donc s’occuper de Dieu. Je ne peux pas dire au pauvre : je ne peux pas m’occuper de toi, Dieu m’attend ! Je ne peux pas dire à l’étranger : je ne peux pas t’accueillir, Dieu m’attend. Puisque je crois en Jésus, Dieu fait homme, cela signifie qu’en chaque humain que je croise, c’est Dieu lui-même que je croise. A l’homme qui l’interrogeait, Jésus répond une dernière fois : Va, et toi aussi, fais de même. C’est juste limpide ! Il n’y a plus ni de question à poser, ni de question à se poser.

 Tout avait commencé avec le désir d’un homme de réussir à mettre Jésus dans l’embarras. Il pensait mettre Jésus à l’épreuve ; sa question s’est retournée contre lui. Il n’a peut-être pas réussi à mettre Jésus à l’épreuve, mais désormais il sait : il sait que Jésus n’indique pas une nouvelle voie, ni une nouvelle Loi. Désormais il sait que Jésus accomplit la Loi et qu’il lui demande de faire de même. Il pensait réussir à piéger Jésus en l’interrogeant sur la vie éternelle ; il sait désormais comment réussir sa vie et son paradis. En mettant l’autre, le petit, au cœur de sa vie et par là, en mettant vraiment Dieu au cœur de sa vie. Il le sait, et nous le savons. Allons, et nous aussi, faisons de même ; devenons le prochain de ceux qui ont besoin de nous. Amen.

samedi 12 octobre 2024

28ème dimanche ordinaire - 13 octobre 2024

 Quand le salut passe par notre humanité.



(Jésus et le l'homme riche, Source : Jésus et l'homme riche (Mc 10,17-31) | Au Large Biblique)





 

            Il a quelque chose d’attachant, ce jeune homme qui vient vers Jésus. Il nous ressemble tellement, pas méchant, cherchant quelque chose de plus dans sa vie. Il veut être sûr d’être sauvé. Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? En voilà un qui, pour une fois, ne veut pas piéger Jésus. Sa question est honnête et sincère. Il reconnaît en Jésus un maître de vie. Il est décidé à réussir. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour que l’histoire soit belle et finisse bien ; et pourtant… 

            Avant de nous précipiter à la fin de l’histoire, il nous faut bien entendre la réponse de Jésus : Tu connais les commandements : ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. Quiconque connaît les commandements laissés par Moïse se sera rendu compte qu’il manque les premiers, ceux qui concernent Dieu : Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole. Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal. Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Voilà, avec ceux-là, la liste est complète. Jésus les aurait-il oubliés ? Pas lui, quand même ! Il n’arrête pas de parler de Dieu comme de son Père ; il nous invite à le prier en ce sens. S’il ne les donne pas, il doit y avoir une raison précise, et je la résumerai ainsi : notre salut ne passe pas seulement par l’amour que nous aurons pour Dieu, mais aussi (et peut-être surtout) par notre manière de l’exprimer à ceux que nous voyons et côtoyons. Autrement dit, c’est ton humanité qui te sauve ; c’est ton inhumanité qui te perdra. Il existe d’autres paroles de Jésus qui vont dans ce sens. Par exemple, Matthieu, chapitre 7, verset 21 : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Et pour ceux qui s’interrogent sur la volonté de Dieu, relisons toujours dans l’évangile de Matthieu le chapitre 25, versets 34-40 : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 

            L’enseignement de Jésus aurait dû satisfaire notre homme venu vers Jésus. En effet, il répond ainsi à Jésus : Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. Il n’avait donc pas de crainte à avoir ; son humanité bien vécue, il n’y a pas à en douter, lui vaudrait en héritage la vie éternelle. La Loi est claire, la Loi est vécue par l’homme, la Loi sera appliquée par Dieu. Mais voilà, lui veut plus. Il ne lui suffit plus d’être juste humain et bon avec les autres. C’est pour cela que Jésus lui indique une voie supérieure : une seule chose te manque : va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres. La réponse vaut pour lui, et pour tous ceux qui comme lui, veulent plus que simplement déployer toute leur humanité. Mais ce plus proposé par Jésus lui semble soudain inatteignable, irréalisable dans l’immédiat. Cela signifie-t-il qu’il ne sera pas sauvé ? Non, s’il continue à vivre les commandements, s’il continue à être humain, il sera sauvé par Dieu. Cet épisode nous montre qu’il y a des voies différentes, correspondant à différents caractères. Tout vendre pour donner aux pauvres n’est pas une obligation, c’est un plus, proposé à celui qui veut plus que ce que la Loi demande. Plutôt que de se réjouir de ce qu’il fait déjà, notre homme s’en va en pleurant, car il avait de grands biens. Et alors ? Ces grands biens ne sont pas un obstacle à son salut ; ils sont un obstacle à cette voie autre que lui propose Jésus, et qu’il ne se sent pas capable de suivre. S’il continue à vivre comme il l’a fait depuis sa jeunesse, il obtiendra ce qu’il cherche. Dieu ne pas va lui dire : parce que tu n’as pas été capable de vivre le plus que je te proposais, je ne veux plus te voir. Jésus dit seulement que c’est plus difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu, mais il ne dit pas que c’est impossible, voire interdit ! Si la richesse te détourne de tes frères, c’est très compliqué ; elle ne t’achètera pas une place dans le royaume. Mais si ta richesse te permet de mieux faire vivre, d’être encore plus attentif aux autres, très bien. 

            Il nous faut alors encore entendre la fin de l’enseignement de Jésus, celui qu’il ne donne qu’à ses disciples, perplexes eux-aussi. Quand ils interrogent Jésus : Mais alors, qui peut être sauvé ?, Jésus dit : Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. N’est-ce pas une manière de nous dire : ne te préoccupe pas de cela, parce que ce n’est pas en ton pouvoir de décider ? Laisse Dieu être Dieu, et manifester sa miséricorde et son salut. Toi, vis ta vie, du mieux que tu peux. Le reste, c’est cadeau, cadeau de Dieu. Vis, vis bien avec les autres, n’écrase personne de ta superbe, et tout ira bien. Vis, car c’est là que Dieu t’attend, dans l’ordinaire de ta vie. Ton salut, c’est dans ton ordinaire qu’il grandit. Plus tu seras humain, plus tu seras saint. Alors vis, Dieu s’occupera du reste, tout simplement. Amen.

 

samedi 18 février 2023

7ème dimanche ordinaire A - 19 février 2023

 La perfection dans l'amour, voie de notre sanctification.







            Nous venons d’entendre la fin du discours de Jésus commencé dimanche dernier, discours lors duquel il indiquait comment il entendait accomplir la Loi et les Prophètes, et non pas les abolir. Nous pouvons constater encore aujourd’hui comment le progrès réalisé par la Loi avait permis d’humaniser les hommes, et que le chemin d’accomplissement proposé par Jésus voulait transformer ces hommes humanisés en véritables disciples. Nous pouvons reprendre rapidement le chemin parcouru. Ainsi quand Jésus dit : Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens, il rappelle l’étape d’humanisation que propose la Loi divine en faisant renoncer au meurtre, à l’adultère, aux faux serments (tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur), à la vengeance démesurée (œil pour œil, dent pour dent, sous-entendu pas plus que cela !) et avec la mise en place d’une « préférence nationale » : Tu aimeras ton prochain, tu haïras ton ennemi) … Et quand il dit : eh bien ! moi, je vous dis, il propose une voie supérieure, une étape de sanctification en faisant renoncer à toute forme de colère, à toute forme de convoitise, à tout serment en devenant des hommes et des femmes de parole, et en invitant à donner plus que ce qui est demandé et enfin en invitant à l’amour des ennemis. En faisant ainsi, je le disais déjà dimanche dernier, Jésus nous invite à passer du bien à faire au meilleur à offrir à l’autre. 

            S’il ne nous change pas la religion, puisque son projet c’est de l’accomplir, il nous change cependant les règles morales qui définissaient le vivre ensemble pour les pousser à l’extrême. Et l’extrême des règles morales, ce qui accomplit toute la morale, c’est un amour de l’autre à l’image de l’amour que Dieu nous porte. La conclusion du discours de Jésus : Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait s’entend en amour. Parce que la perfection de l’homme, son humanisation parfaite, sa sanctification, réside dans un amour à la hauteur de l’amour de Dieu pour tout homme. Tout ce que Jésus nous invite à vivre dans ce long discours, ce n’est rien d’autre qu’un amour digne de Dieu, un amour digne de tous ces enfants. En Dieu, il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des frères et des sœurs à aimer. Et personne ne saurait être exclu de cet amour. L’accomplissement parfait de la Loi et des Prophètes, c’est un amour à l’image de l’amour de Dieu. Tout ce qui est moins que cela, n’est pas accomplissement ; tout ce qui est moins que cela n’est pas suffisant. Cela peut-être bien ; mais ce n’est pas le bien que Dieu attend de nous ; c’est le meilleur. Dieu attend de nous que soyons à sa hauteur, et il a donné son Fils pour nous mettre à sa hauteur, en toute chose. Il nous faut l’avoir clairement à l’esprit : si Jésus est allé à la croix, ce n’est pas parce qu’il n’avait pas mieux à faire ce fameux vendredi ; il est allé à la croix parce qu’il nous a aimés jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie. Il nous a montré ainsi que l’amour de Dieu pour l’humanité ne disparaissait pas quand bien même cette humanité faisait disparaître son Fils de la surface de la terre. Il nous a manifesté ainsi un amour à la hauteur de l’amour de Dieu pour toute l’humanité. 

            Il n’y a de perfection que dans l’amour. Nous devons sans cesse revenir à cet amour premier de Dieu pour nous. Le Carême qui va commencer durant cette semaine nous ramènera sans cesse à la source de cet amour. Il nous permettra, je l’espère, de découvrir à frais nouveaux combien nous sommes aimés et combien nous devons aimer en retour. Vous donc serez parfaits comme votre Père céleste est parfait peut devenir un : Vous donc, vous aimerez comme votre Père céleste vous aime. C’est notre sanctification qui se joue là. C’est le chemin à prendre pour être véritablement fils et filles du Très-Haut. Il n’y a pas d’autre voie possible. Les bras ouverts de Jésus en croix nous gardent le chemin de l’amour parfait ouvert ; marchons humblement mais sûrement à sa suite. Amen.   

samedi 6 mars 2021

3ème dimanche de Carême B - 07 mars 2021

 Dieu donne un cadre pour rendre notre vie plus belle.





(©️Tableau de Sieger KÖDER, Le don de la Loi au Sinaï

publié dans Die Bilder der Bibel von Sieger KÖDER, éd. Schwabenverlag)


            Rendre notre vie plus belle : c’est l’invitation que je vous adressais pour ce Carême. Nous sommes partis avec comme seul bagage l’aumône, la prière et le jeûne, toutes choses recommandées par le Christ lui-même pour que nous puissions vivre une vie aux dimensions de la vie de Dieu. Puis nous avons contemplé comment Dieu, le premier, a embelli sa vie et celles des hommes en renonçant à la colère dévastatrice et en établissant une nouvelle Alliance avec Noé. Dimanche dernier, la liturgie nous rappelait que Dieu lui-même se chargeait de rendre notre vie plus belle et nous faisait entrevoir déjà la beauté future de notre vie quand nous le verrons face-à-face. Aujourd’hui, Dieu nous fait faire un pas de plus en offrant un cadre précis qui nous permettra toujours de garder notre vie belle. Ce cadre, c’est la Loi qu’il nous offre. 

            Il y a toujours des esprits chagrins pour considérer la Loi, toute loi, comme quelque chose de contraignant : elle empêcherait les hommes de faire tout ce qu’ils voudraient faire, en plaçant des balises, des frontières à ne pas franchir. Ils oublient un peu vite que si la loi, de fait, interdit certaines choses, elles rend aussi toutes les autres choses possibles. Et la première chose que la Loi, toute loi, doit rendre possible, c’est le vivre ensemble. La Loi que Dieu donne, nous l’avons entendu en première lecture, commence par rappeler le fondement de cette Loi, qui n’est pas arbitraire, mais qui est la personne même de Dieu, et Dieu en tant que celui qui a fait sortir [son peuple] du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Autrement dit, cette Loi nous tourne d’abord vers Dieu, source de notre vie, source de notre liberté. En ce sens, nous pouvons dire que Dieu nous donne sa Loi non pour nous restreindre, mais pour nous garder dans cette liberté qu’il nous a lui-même acquise. Cette Loi affirme que nous sommes libres tant que nous restons du côté de ce Dieu qui nous libère et tant que nous respectons ceux qui nous ont donné la vie (nos parents) et ceux que Dieu met sur notre route (notre prochain). Ce que la Loi de Dieu interdit, c’est de regarder l’autre comme quelqu’un dont je peux me servir ou que je peux asservir, que ce quelqu’un soit Dieu lui-même ou qu’il soit un humain.  Elle définit ainsi le cadre de notre relation à Dieu et de nos relations interpersonnelles.

            Sans doute est-ce parce que ce cadre n’est plus respecté, que nous voyons, dans l’Evangile, Jésus entrer en colère comme jamais, allant jusqu’à utiliser un fouet pour faire place nette dans le Temple du Seigneur. J’imagine assez bien ce qui a pu se passer. La fête de la Pâque juive (qui rappelle justement la libération d’Egypte) approchait. Il devait y avoir à Jérusalem plus de monde que d’habitude. Il fallait pouvoir fournir plus d’animaux pour les sacrifices, et certains ont dû s’étendre un peu, au-delà des espaces réservés. Peut-être aussi, certains ont-ils augmenté un peu les prix des animaux vendus (la bonne vieille loi du marché) rendant ainsi l’offrande des plus pauvres plus difficile. Comme le dit Jésus, le Temple ressemblait moins à une maison de prière, et davantage à un centre commercial. Quand Dieu n’est plus respecté, l’homme ne l’est plus non plus. C’est ainsi que je comprends l’attitude de Jésus. Puisqu’en lui, Dieu et l’homme sont liés, puisqu’il identifie son propre corps au sanctuaire où Dieu réside, il fait de chacun de nous un sanctuaire un Dieu réside. Profaner le Temple de Dieu, c’est profaner la dignité de l’homme qui porte en lui l’image de Dieu ; et profaner l’homme et sa dignité, c’est donc aussi profaner Dieu. Ce que la Loi de Dieu offrait, à savoir une vie dans le respect de Dieu et dans une vraie fraternité, n’est plus possible. La colère de Jésus est légitime et nous invite à retrouver le sens de Dieu pour retrouver le sens de la fraternité entre les hommes. 

            Notre vie est belle, est plus belle, dès lors que nous reconnaissons sa source, Dieu, et que nous reconnaissons tous ceux que cette source nous donne de rencontrer comme des frères. Notre vie devient plus belle lorsque nous sommes capables de communion avec Dieu et avec tous nos frères et sœurs en humanité. C’est ce que le pape François nous rappelle dans sa lettre encyclique Fratelli tutti que je ne peux que vous inviter à lire durant ce temps de carême. Elle nous permet de comprendre très concrètement comment rendre notre vie et la vie du monde plus belle. Elle nous rappelle que la fraternité n’est pas une option, mais la condition sine qua non pour une vie plus belle pour tous. La fraternité est la condition sine qua non de notre salut. La fraternité est la condition sine qua non de la paix, comme nous le rappelle encore le voyage que le pape effectue en ce moment en Irak. Il nous faut développer cette conscience qu’aujourd’hui ou bien nous nous sauvons tous ou bien personne ne se sauve, écrit le pape François dans son encyclique. 

Voici donc une nouvelle piste pour rendre notre vie plus belle au moment où nous allons à la rencontre du Seigneur qui livre sa vie pour nous. Vivre en frères parce que Dieu nous fait frères par le sacrifice de Jésus ; voilà le cadre de la nouvelle Loi, de la nouvelle Alliance qui nous est proposée. Vivre en frères, même avec ceux qui ne croient pas comme nous, même avec ceux qui ne croient pas du tout, pour rendre le monde plus humain, pour rendre notre vie plus belle, par la grâce de Dieu. Nous n’avons rien à perdre à essayer, mais tout à gagner : des frères, la paix et le salut du monde. Amen.

dimanche 16 février 2020

6ème dimanche ordinaire A - 16 février 2020

Vous avez appris… Eh bien, moi, je vous dis...




            Je reconnais qu’il y a des jours où Jésus ne nous simplifie pas la tâche. Croire en Dieu n’est déjà pas évident en soi, mais quand Jésus semble venir tout compliquer, rien ne va plus. Habituellement, les prédicateurs vont s’évertuer à démontrer que, depuis que Jésus est venu, tout est plus simple. Les trop nombreux commandements de la Loi juive, il les réduit au double commandement de l’amour : aime Dieu, aime ton frère. Non seulement, il simplifie la Loi, mais en plus il la rend parfaite. Saint Augustin ne dira-t-il pas plus tard : Aime et fais ce que tu veux ? Mais alors que faire de l’Evangile de ce dimanche ? Il ne simplifie pas vraiment les choses ; il semble même durcir la Loi.



            Pour commencer, Jésus nous rappelle non seulement qu’il n’enlèvera rien à la Loi (pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi), mais il nous dit encore que celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. (Qui aime le jambon ou une bonne grosse tranche de lard, salé ou fumé, dans la une bonne choucroute ? Pourtant la loi dit : tu ne mangeras pas de porc ! Serons-nous donc tous les plus petits dans le royaume ?) Les spécialistes du Nouveau Testament nous diront alors que l’Evangile de Matthieu que nous lisons a été écrit pour des chrétiens originaires du judaïsme, et qu’en faisant ainsi relire la Loi par Jésus, Matthieu veut le situer dans la ligne de Moïse, celui par qui Dieu a donné la Loi à son peuple. Il en fait un nouveau Moïse qui pousse la Loi dans ses retranchements et l’accomplit parfaitement. Ils ont sans doute raison, mais pour nous, ça change quoi ? (ça change quoi pour notre lard ?) Peut-être juste que nous pouvons faire confiance à Jésus, que nous devons lui faire confiance et l’écouter quand il parle de la Loi et des Prophètes. C’est justement là que les choses se corsent.



            S’il a bien commencé par dire qu’il n’est pas venu abolir mais accomplir la Loi et les Prophètes, il continue en durcissant la Loi. Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien ! moi, je vous dis… Sa relecture est effrayante. La colère d’un homme est mise sur le même plan que le meurtre ; le fait de regarder une femme avec convoitise sur le même plan que l’adultère (ça marche aussi avec les hommes, au passage. Je le rappelle par souci d’équité et de parité) ; interdiction totale de faire de serments, ni par Dieu, ni par les hommes. En fait, à y regarder de près, ce que fait Jésus, c’est de dire que les regards et les paroles peuvent être aussi mauvais que les actes, et qu’il vaut donc mieux s’abstenir de paroles ou de regards mauvais, s’abstenir de regards et de paroles qui pourraient conduire au Mal. S’il durcit effectivement la Loi, il l’accomplit et nous permet de l’accomplir en nous montrant une autre voie : si tu ne veux pas tuer, ne commence même pas par te mettre en colère ; si tu ne veux pas commettre d’adultère, ne commence même pas par regarder quelqu’un avec envie ; si tu ne veux pas manquer à tes serments, n’en fais tout simplement pas. C’est renversant de simplicité. Et c’est là qu’il nous faut alors réentendre la dernière parole de Jésus dans l’Evangile de ce dimanche.



Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. Il nous donne ici une clé pour vivre mieux nos rapports humains. Qui n’a jamais dit à quelqu’un : ce que tu as fait c’est bien ; ou alors tu es quelqu’un de bien ; et qui fait suivre l’affirmation d’un « mais » assassin. Ce que tu as fait, c’est bien, mais tu aurais pu… Tu es quelqu’un de bien, mais si tu changeais ceci… Ce qui fait dire que tout ce qui est avant le ‘mais’ n’est que du vent, une manière d’endormir l’autre pour être encore plus méchant avec lui après le fameux ‘mais’. Jésus dit : Oui, c’est oui, non, c’est non. Tout ce qui est en plus (ce qui vient avec le ‘mais’), vient du Mauvais.  Ça rend les rapports humains sans doute plus clairs, mais est-ce que cela nous simplifie les choses ? Nous aimons bien envelopper, enrober, contourner. (On a même inventé un mot pour cela : le politiquement correct : vous ne pouvez pas dire les choses, même vraies, parce que cela pourrait froisser quelqu’un). Jésus nous dit : soit franc, soit honnête, tout le temps. Que ta parole soit une et unique, comme la parole de Dieu lui-même puisque tu as en commun avec lui cette capacité. Que ta parole, comme la Parole de Dieu, ait du poids ; qu’elle ait du sens, un sens unique.



            Quand l’explication va jusque-là, nous nous rendons compte que l’enseignement de Jésus est cohérent et qu’il simplifie effectivement les choses en poussant la logique de la Loi jusqu’au bout. Ne fais pas de Mal, ni en actes, ni en paroles, ni en pensées. Supprime toute occasion de faire le Mal, de dire du Mal, de penser du Mal. En écoutant l’enseignement de Jésus après celui de Ben Sirac le Sage, nous comprenons que résister au Mal ou faire le Mal, c’est exercer notre liberté. Si tu le veux, disait Ben Sirac. Jésus dit : si tu ne veux pas faire le Mal, ne le pense pas, ne le formalise même pas par la parole. Tout ce que tu mets après ton oui ou ton non, c’est déjà le Mal qui s’insinue en toi. Nous savons que cet enseignement est juste et bon, puisque Jésus l’a signé par sa mort en croix.  Soyons tout au Christ, qui est tout à Dieu ; nous n’aurons, comme lui, qu’une parole et nous vivrons mieux. Amen.









  

samedi 28 septembre 2019

26ème dimanche ordinaire C - 29 septembre 2019

Ni gilet jaune, ni insoumis, mais converti ! 





            Si la parabole de Jésus semble simple, pleine d’images nous permettant de nous représenter la scène, elle n’en semble pas moins compliqué quant au message qu’elle nous transmet. Nous pouvons, à force de l’entendre trop vite, nous méprendre sur son sens et mal comprendre sa pointe. Il nous faut donc la relire et écarter une à une les mauvaises interprétations.

            Commençons par dire que ce n’est pas un évangile pour gilet jaune en mal de révolution, contemplant avec satisfaction la déchéance de ce riche qui se retrouve tourmenté à jamais au séjour des morts. Voyez-vous, ce riche n’est pas un méchant capitaliste libéral qui volerait les pauvres. Il est juste un riche, aveuglé par sa richesse, qui ne voit pas plus loin que son monde. Il n’est pas décrit comme mauvais ou méchant. Il a plutôt de l’entre-gens puisqu’il peut donner des fêtes chaque jour. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de la lutte des classes qui verra tous ces riches, trop riches pour les pas assez riches que nous sommes, périr en enfer. Jésus n’appelle pas à la révolution contre eux ; il ne justifie pas les manifestations qui détruisent tout sur leur passage au motif que c’est le seul moyen devenu légitime pour se faire entendre. 

            Ce n’est pas non plus un évangile pour français insoumis qui ne voit dans le religieux qu’une survivance du passé dont il faut se débarrasser au motif que la religion endormirait les citoyens et réduirait leur capacité à se révolter. Voyez Lazare ; il est resté là, couvert de plaies, devant la maison de ce riche. Personne, pas même Dieu, n’est intervenu en sa faveur. Il aura dû attendre sa mort pour trouver la récompense et le réconfort dans le sein d’Abraham. Trop facile, diront-ils ! Pas besoin de ces messages ; révoltons-nous, soyons des insoumis à Dieu et à la société. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de l’opium des peuples. Jésus ne justifie pas ces discours lénifiants, maintenant les pauvres dans leur pauvreté, leur promettant des lendemains qui chantent ; il ne justifie pas les affirmations du style : sois pauvre et tais-toi ; un jour tu seras riche ! 

            Ce dont nous parle cette parabole, c’est de nous, et de l’urgence que nous avons à devoir nous convertir. Elle nous avertit que seule la Parole de Dieu, transmise par la Loi et les Prophètes, nous sauve. Elle contient tout le nécessaire pour bien comprendre ce qui est attendu de nous. Cette parabole nous avertit qu’aucun signe extraordinaire, pas même un revenant d’entre les morts, ne saurait nous obliger à croire, à nous convertir et à vivre selon l’Alliance de Dieu. Nous ne pouvons qu’en faire le constat amer aujourd’hui. En Jésus, nous avons plus que la Loi et les Prophètes ; nous avons cette Loi et ces Prophètes pleinement réalisés ; nous avons même celui qui est revenu du séjour des morts. Et pourtant, notre monde ne tourne pas plus rond ; et pourtant, notre monde n’en est pas plus humain. Des inégalités terribles subsistent ; la terre elle-même est mise en danger par les hommes, tous les hommes ! Par nous tous ! 

            Au lieu de nous convertir, nous sommes comme ce riche, ne voyant que nos intérêts, notre style de vie, refusant de partager, refusant d’envisager une plus grande égalité entre tous. Les privilèges d’autrefois sont devenus des avantages acquis dont personne ne veut se défaire au profit d’un bien commun. Au lieu de nous convertir, nous nous révoltons, détruisant un peu plus chaque fin de semaine le lien qui devrait nous unir. Au lieu de nous convertir, nous nous opposons : les riches contre les pauvres, les citadins contre les ruraux, le « peuple » contre « les élites ». Nous ne voyons pas plus Lazare aujourd’hui que le riche ne le voyait hier. 

            Il y a urgence à nous convertir, parce que quand la mort viendra, elle fera du définitif. Il sera trop tard. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et écouter ce que la Loi et les Prophètes n’ont cessé de dire. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et mettre en œuvre l’enseignement du Christ qui, résumant la Loi et les Prophètes, nous invite à aimer Dieu et les autres. Quand l’homme se convertit, l’amour devient réalité et le bien commun peut enfin progresser. N’attendons ni révolution sanglante, ni signe extraordinaire pour changer de vie. Mais vivons la révolution de l’amour, qui ne détruit rien, mais construit tout. Là est le salut ; là est la vie juste pour tous. Le Christ Jésus n’a cessé de nous le dire. Ecoutons-le, enfin ! Amen.


samedi 29 juin 2019

13ème dimanche ordinaire C - 30 juin 2019

Toute la Loi est accomplie dans l'amour.






Je ne sais pas si c’est l’âge qui m’y pousse ou une meilleure compréhension des évangiles que je commente depuis vingt-sept années maintenant, mais je suis de plus en plus convaincu de ce que Paul affirme, à la suite de Jésus, quand il dit : Toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout est là, tout est dit. Paul, après Jésus, n’est pas le seul à poser cette affirmation. L’évangéliste Jean la reprendra, à sa manière, dans sa formule désormais célèbre : Dieu est amour. Nous ne nous en sortirons pas si nous ne comprenons pas cette évidence. 


Une fois l’évidence posée, il me faut alors admettre qu’elle peut ne plus être simple à comprendre : entre ceux qui utilisent le nom de Dieu pour détruire et tuer, et ceux qui ont utilisé ce nom pour abuser d’un pouvoir qu’ils n’avaient pas, l’image même de Dieu se trouve gravement affaiblie. Ce qu’il faut des années à comprendre peut s’effondrer en un instant, quand éclate le scandale. Pourtant, plus que jamais il nous faut tenir cette affirmation. Dieu ne peut pas être autre chose qu’amour ; et vivre selon les principes de sa foi ne peut se faire que dans l’amour. Tout ce qui n’est pas amour, n’est pas Dieu. Tout ce qui n’apporte pas plus d’amour, ne vient pas de Dieu. Tout ce qui n’est pas marqué du sceau de l’amour est à refuser parce que contraire à Dieu. Il faudra bien que cela rentre dans nos têtes de mules. Paul est très clair à ce sujet, lui qui poursuit aussitôt en disant : Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Les conflits, petits ou grands, viennent tous de là, d’un manque d’amour ! 


Quel remède propose alors Paul ? Parce que c’est une chose de poser un diagnostic, c’en est une autre de proposer le bon remède. En bon médecin des âmes, Paul répond : la vie sous la conduite de l’Esprit Saint ! C’est vite dit, sans doute, mais c’est vrai. L’Esprit Saint, faut-il le rappeler ici, nous l’avons tous reçu au jour de notre baptême. C’est la présence de Dieu à notre vie aujourd’hui. C’est la force de Dieu qui nous est donnée et qui nous rend capable de vivre selon notre foi. C’est Dieu avec nous. Une fois que nous avons goûté à l’amour de Dieu, une fois que nous avons compris que cet amour nous est offert pour que nous en vivions, l’Esprit nous donne d’en vivre. Comment, ayant goûté le meilleur (l’amour de Dieu pour nous, révélé en Jésus, mort et ressuscité), pourrions-nous nous contenter du médiocre (un ersatz d’amour qui ne pense qu’à profiter et à abuser) ? C’est juste impossible !


Pour profiter pleinement de ce remède, il nous faut comprendre aussi que vivre selon foi et vivre selon des règles morales, ce sont deux choses différentes. Vivre selon le Christ, c’est vivre de la liberté qu’il nous offre. La première liberté, c’est celle de ne pas se laisser conduire par ses pulsions. Les règles morales ne nous font pas vivre libres : elles enferment notre vie dans des catégories (le juste et l’injuste, le bien et le mal…), mais sans nous en libérer. Elles peuvent même exciter l’envie de transgression, juste pour voir. En un sens, elles nous sécurisent en nous indiquant ce qui est bon ou pas ; alors que Jésus, le Christ, par son invitation à aimer l’autre, déverrouille les portes qui nous séparent des autres ; il nous invite au risque de l’autre. Il nous invite à la confiance réciproque, à essayer et à ne pas désespérer, ni de nous, ni de l’autre, si l’essai n’est pas transformé. Aime, toujours et encore, comme tu t’aimes, comme tu voudrais être aimé. Aime et sois libre ! Là est la certitude que Dieu t’accompagne chaque jour, dans chacun de tes actes, dans chacune de tes décisions. 


Puisque nous sommes rassemblés pour célébrer l’eucharistie, nous devons nous rappeler que ce sacrement est le signe efficace de l’amour de Dieu pour nous. Là dans le pain et le vin partagés, il s’est donné lui-même, entièrement, par amour. Là est le signe de notre salut, c’est-à-dire le signe du désir de Dieu de nous savoir avec lui, toujours. Là, sur l’autel, sera la source même de l’amour que nous sommes invités à vivre en mémoire de Jésus qui nous a aimés jusqu’à la mort sur la croix. La juxtaposition, au soir du jeudi Saint, de l’institution de l’eucharistie et du lavement des pieds, nous redit avec force que vivre notre foi, ce n’est pas seulement prier et communier, mais aussi, en même temps, aimer tout homme comme un frère en Christ. C’est le même amour qui est à l’œuvre ; c’est le même amour qui est à vivre dans ces deux formes. 


Laissons-nous transformer par l’Esprit Saint, réellement : qu’il nous donne d’accueillir l’amour que Dieu nous porte ; qu’il nous rende capables de le rendre à Dieu à travers l’amour que nous saurons manifester à nos frères et sœurs en humanité. Par l’Esprit Saint, apprenons à aimer toujours mieux, pour vivre toujours mieux, pour être toujours plus libre. Amen.




samedi 6 avril 2019

05ème dimanche de Carême C - 07 avril 2019

Non pas une condamnation, mais une libération !




Et toi, qu’en dis-tu ? Cinq mots pour provoquer Jésus à se prononcer sur la Loi et sur Dieu.  Cinq mots qui peuvent aboutir à la condamnation d’une femme à la lapidation, uniquement pour piéger Jésus ! Il faut vraiment que la haine à l’égard de Jésus soit grande pour que des hommes en arrivent à de telles extrémités. Une vie pour en piéger et en abattre une autre ! Ne nous y trompons pas : c’est bien de cela qu’il s’agit : à quoi l’homme est-il prêt pour en discréditer ou en abattre un autre ? Heureusement que celui à qui s’adresse cette question n’est pas seulement homme : il est de Dieu, vient de Dieu et son seul souci est de parler juste de Dieu, de parler juste au nom de Dieu.

C’est bien cette connaissance fine de Dieu et de l’homme que possède Jésus qui va sauver cette femme. En premier lieu, il refuse d’entrer dans la polémique avec les pharisiens. Son souci ne semble pas d’abord de prendre la défense de la femme – cela lui serait facile, la Loi disant que les deux adultères doivent être lapidés : personne ne commet un adultère tout seul ! Or où est l’homme ? – Non, son premier souci me semble être la défense de Dieu, l’interprétation juste de la Loi de Dieu. Il ne condamne ni la femme à cause de son péché, ni les pharisiens à cause de leur mauvaise foi. Et s’il ne prononce pas une seule fois le nom de Dieu, toute son attitude pourtant ne parle que de lui. A la question des pharisiens, il répond par une attitude surprenante : il se baisse (il s’abaisse) et dessine sur le sol. Comme pour dire : cette affaire ne concerne pas Dieu, c’est pourquoi je me mets à la hauteur d’un homme. Mais puisqu’une réponse est attendue, Jésus se redresse, se met à la hauteur de Dieu, à la hauteur du Ressuscité pour annoncer, de manière surprenante son jugement : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre ! C’est une affaire humaine qui se doit d’être réglée par les humains ; mais puisque vous voulez que Dieu s’en mêle, que ceux qui sont « purs de tout péché » se chargent d’appliquer la sentence. Eux seuls pourraient juger la femme. Qui, ayant péché lui-même, pourrait condamner cette femme sans se condamner lui-même ? Jésus semble dire aux hommes que ce qui est grave, ce n’est pas l’espèce de péché commis ici ; ce qui est grave, c’est le péché, quel qu’il soit. Celui qui a commis, ne serait-ce qu’une petite entrave à la Loi, s’est disqualifié lui-même pour juger cette femme. D’ailleurs, personne ne s’y trompe puisqu’ils s’en vont tous, les uns après les autres, les plus âgés en premier ! Devant Dieu, il n’y a pas de petits péchés et de grands péchés ; il n’y a pas de péché mignon : il n’y a que le péché, dans toute sa laideur, qui nous éloigne de Dieu. Dieu ne s’intéresse pas à nos péchés ; mais il s’intéresse à notre désir de le rencontrer, lui. La parabole du fils prodigue que nous avons entendu dimanche dernier nous le redisait déjà. Et voilà Jésus, seul avec la femme. Il n’a pas eu besoin de renvoyer ses détracteurs, ils se sont renvoyés eux-mêmes. Il ne va pas condamner la femme, mais la renvoyer dans sa vie de femme avec cette seule demande : Va, et désormais ne pèche plus ! Ce que Jésus condamne, c’est le péché et non ceux qui commettent le péché. Il nous redit ainsi qu’il est bien celui qui vient nous rendre notre liberté : Va ! Ne s’intéressant qu’à l’humanité, ne posant sur elle que le regard de Dieu lui-même, il peut nous détacher de notre péché et nous permettre de repartir dans la vie, libres de toute attache au Mal. 


En agissant ainsi, Jésus ne fait qu’accomplir de manière parfaite la Loi au nom de laquelle les autres voulaient condamner cette femme. Relisez Isaïe ! Après l’exil qu’Israël avait interprété comme un châtiment envoyé par Dieu à cause des infidélités du peuple, Dieu lui-même invite les hommes à ne plus se souvenir du passé. Non pas à ne plus se souvenir de ce que l’amour de Dieu a réalisé pour eux (ce peuple que je me suis façonné redira ma louange), mais à ne plus se souvenir du péché qui les a éloignés de Dieu. Ne regardez pas sans cesse en arrière ; voici que je fais une chose nouvelle, ce que l’ancienne traduction liturgique rendait ainsi : voici que je fais un monde nouveau, un monde dans lequel il ne se fera plus rien de mal, un monde dans lequel toute la création chantera la louange de Dieu (même les chacals). N’est-ce pas ce monde nouveau que Jésus est venu inaugurer ? En renvoyant cette femme dans une vie libérée du péché, libérée du jugement des autres, ne la fait-il pas entrer déjà dans cette nouveauté ? 


L’appel de Paul dans la seconde lecture nous ouvre aussi à cette chose nouvelle que Dieu crée pour nous. En connaissant toujours mieux le Christ, oubliant ce qui est en arrière (c'est-à-dire notre vie soumise au péché), et lancé vers l’avant (c'est-à-dire vers cette chose nouvelle que Dieu fait pour nous), nous pouvons courir vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus : une vie nouvelle, libre du péché, la vie même de Dieu, la sainteté retrouvée. L’énergie nécessaire pour tenir la distance dans cette course de fond nous vient du Christ, d’une connaissance (c'est-à-dire d’une intimité) toujours plus grande avec lui. Plus nous nous attacherons au Christ, plus nous nous éloignerons du péché, parce que la puissance du Christ agira en nous. Puisqu’il s’est relevé d’entre les morts, il nous libèrera de toutes les puissances de mort. C’est avec lui que nous courrons l’épreuve jusqu’au bout ; c’est avec lui que nous vaincrons. 


Le temps du Carême est ce temps où nous est donnée la grâce d’une plus grande connaissance du Christ ; c’est aussi le temps où nous est proposée la grâce du sacrement qui nous libère du péché et de la mort. N’hésitons pas à nous en approcher ; n’hésitons pas à laisser Dieu jeter un regard d’amour sur notre passé pour nous tirer vers notre avenir. Et nous aussi, nous ressusciterons avec le Christ. Amen.



(Tableau : La femme adultère, Lioba artisanat - www.lioba-artisanat.com)  

samedi 18 février 2017

07ème dimanche ordinaire A - 19 février 2017

Un Dieu à hauteur de l'homme ou un homme à la hauteur de Dieu ?






L’homme moderne n’aime rien moins que d’être contraint, surtout en France. N’est-ce pas, la Révolution nous a apporté notre liberté chérie, et dès lors, tout ce qui semble être une entrave à cette liberté devient insupportable. Le slogan : il est interdit d’interdire ! est poussé dans ces derniers retranchements, transformant l’adulte en éternel adolescent insatisfait à perpétuité. Dès lors qu’il veut quelque chose, même si c’est considéré a-moral ou a-normal par les normes de la société, il faut faire évoluer ces dernières pour que son désir ne soit pas frustré. Comment peut-il alors recevoir la Parole de ce dimanche comme une Bonne Nouvelle, elle qui vient justement mettre un frein à sa liberté de se venger, à sa liberté de haïr, à sa liberté de vivre comme il veut loin de toute référence, et surtout de toute référence religieuse ! Toute expérience de Dieu semble vouée à l’échec, si ce n’est à la moquerie : tu crois encore en Dieu, toi ? Evolue un peu, sois libre ! 
 
Les tentatives de circonscrire Dieu et son « pouvoir » sur les hommes ont été nombreuses, de tous temps. Prenons les dieux romains : ils ne sont pas parfaits, ils ont commerce avec les hommes (enfin, surtout avec leurs femmes !), et semblent plus justifier les travers des hommes que d’inviter les hommes à s’élever. Je dirais que ce sont des dieux à hauteur d’hommes. Ils vivent dans un monde parallèle, et leurs incursions dans le monde des hommes sont rarement porteuses d’avenir ou de bonheur. Ils sont en fait presque l’excuse suprême à tous les travers humains. Comment les hommes pourraient-ils être fidèles si les dieux se font des infidélités ? Comment les hommes pourraient-ils apprendre la tempérance alors que leurs dieux sont intempérants ? Comment les hommes pourraient-ils apprendre de leurs dieux l’amour véritable alors que ceux-ci ne cessent de s’affronter, de se jalouser ? Ce seraient presque des dieux pour l’homme moderne : ces dieux romains sont souverainement libres ; vivons donc comme eux ; ils ne sont pas trop dérangeants ! Ils sont à la portée des hommes et n’entravent pas leur sacro-sainte liberté. 
 
J’en entends déjà dire que, dans le christianisme aussi, Dieu s’est mis à hauteur d’homme en Jésus. C’est vrai ; encore faut-il préciser pourquoi il s’est mis à hauteur d’homme. Il ne s’est pas mis à hauteur d’homme pour se complaire dans leur travers, ni pour se jouer d’eux. En Jésus, Dieu se met à hauteur des hommes pour que les hommes puissent se mettre à la hauteur de Dieu. Ce n’est pas une petite incursion, histoire de voir ce que ça fait d’être comme un homme. C’est un engagement absolu, par amour des hommes, pour rendre à ces derniers la ressemblance avec Dieu qu’ils ont perdu du temps de Noé. Quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour sauver les hommes ; quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour les libérer du péché, du Mal et de la Mort. Quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour leur offrir une vie à la hauteur de la sienne. Nous comprenons alors sa proposition faites aux hommes d’être saints, car lui, le Seigneur Dieu, est saint. Il s’agit, depuis Moïse et jusqu’à Jésus Christ, de faire entrer l’homme dans le monde de Dieu, dans les pensées de Dieu, et non l’inverse. Certes, la liberté comprise comme « je fais ce que je veux quand je veux, comme je veux, avec qui je veux » en prend un coup. En invitant les hommes à la sainteté, il les invite à se soucier d’abord des autres avant de se soucier d’eux-mêmes. Et voilà qu’en Jésus, l’homme est invité à se mettre à la hauteur de Dieu comme jamais auparavant. Vous avez appris qu’il a été dit : … eh bien ! moi, je vous dis d’aller encore plus loin dans l’amour et de refuser toute forme de violence : il vaut mieux se prendre une deuxième gifle que de répliquer méchamment ! Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Aimez donc vos ennemis ! 
 
Ce qui semble être un durcissement de la Loi est en fait une libération vis-à-vis de la Loi : tu peux aller plus loin dans l’amour que ce que la Loi prescrit. La violence régulée qu’elle avait mise en place (œil pour œil, dent pour dent), tu peux la remplacer par plus d’amour, plus d’attention à l’autre, parce que c’est ce que Dieu fait vis-à-vis de toi : il pardonne toutes tes offenses, te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. Il est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Si tu veux marcher humblement avec ton Dieu, tu dois vivre, penser et agir comme lui. Il ne veut pas ta mort, mais ta vie ; il ne veut pas ton malheur, mais ton bonheur. Et Jésus t’offre ce bonheur et cette vie en se livrant sur la croix. Là, au pied de la croix, tu peux voir que Dieu est sérieux avec toi quand il t’invite à vivre ainsi. Combien de dieux romains ont donné leur vie pour les hommes ? Combien de dieux à hauteur d’hommes entraînent les hommes vers le haut, vers un absolu, vers un accomplissement qui ne se fait pas au détriment des autres mais avec les autres et pour les autres ? A part Jésus, je n’en vois aucun ! Lui seul, vrai Dieu, s’est fait vraiment homme pour que tous les hommes qui croient en lui puissent parvenir à la hauteur de Dieu, à la hauteur de l’amour de Dieu pour tous. Il a fait de nous un sanctuaire de Dieu, un sanctuaire à sa hauteur : parfaitement saint, parfaitement capable de l’accueillir. 
 
Quand Jésus réinterprète la Loi en y injectant une bonne dose d’amour, il invite l’homme à choisir son Dieu : soit il choisit le Dieu qui aime, en aimant à son tour, soit il choisit un dieu à sa hauteur pour qu’il puisse continuer à ne penser qu’à lui, à ne vivre que pour lui seul, quitte à écraser les autres. Le choix est tien maintenant : un Dieu à la hauteur de l’homme ou un homme à la hauteur de Dieu. Choisis bien pour vivre mieux. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 21 mars 2015

05ème dimanche de Carême B - 22 mars 2015

Dieu fait alliance : il la renouvelle en Jésus.





Nous voici presque au terme de notre marche vers Pâques et déjà la liturgie nous fait entrevoir la seule chose qui vaille la peine d’être annoncée : Dieu nous propose une alliance nouvelle. 
 
Cette alliance nouvelle, le prophète Jérémie l’annonçait déjà alors même que le peuple allait connaître les pires moments de son histoire. Alors qu’il ne va rien rester de la grandeur de Jérusalem, alors que le peuple va connaître la défaite militaire et l’exil, voici que Jérémie annonce des temps nouveaux. Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Judas une alliance nouvelle. Il fut avoir connu l’anéantissement total soi-même pour comprendre l’absolue nouveauté de cette annonce et en même temps son incongruité ! Alors qu’il ne reste rien, comment Dieu pourrait-il proposer une alliance nouvelle ? Et comment savoir que cette alliance sera enfin la bonne ? Car enfin, elles n’ont pas manquée, depuis ce jour où Dieu a libéré son peuple d’Egypte, comme n’ont pas manqué les ruptures d’alliance de la part de ce peuple à la nuque raide. L’homme peut-il attendre quelque chose d’une nouvelle alliance ? Et plus fondamentalement, Dieu peut-il enfin croire que l’homme va tenir sa part dans cette alliance ? Pour le prophète, il n’est pas de doute que cette alliance nouvelle sera la bonne, la dernière. Il reçoit de Dieu cette assurance : je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Avez-vous saisi la nouveauté, garante de la permanence de cette alliance nouvelle ? La nouveauté consiste en ceci : cette alliance ne sera plus extérieure à l’homme, inscrite sur des tables de pierre ; elle sera intime à l’homme, inscrite sur son cœur, c’est-à-dire dans le lieu même qui permet à l’homme de prendre ses décisions. Inscrire la Loi de Dieu dans le cœur de l’homme, c’est y établir concrètement sa demeure. L’homme ne pourra plus ignorer Dieu ; il ne pourra plus s’éloigner de lui, puisque Dieu sera en lui, au plus profond de lui. Ainsi, cette alliance sera bien définitive : tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. C’est bien la méconnaissance de la Loi de Dieu qui a tourné le peuple vers les idoles et qui lui a valu son anéantissement. Si chacun voit la loi de Dieu inscrite en son cœur, il ne pourra plus l’ignorer ! 
 
Cette alliance nouvelle, c’est bien Jésus qui la réalise pour nous. Le premier, il avait la Loi de Dieu inscrite en lui puisqu’il est lui-même la Parole authentique de Dieu. Mais de même que, du temps de Jérémie, il a fallu que le peuple tout entier passe par l’abaissement de l’exil jusqu’à n’être plus rien, il faudra que Jésus passe par l’abaissement et même l’anéantissement pour inaugurer cette alliance nouvelle scellée dans son sang. Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Nous comprenons que le temps de la passion est inévitable ; il va falloir que le Jésus passe la mort pour être reconnu comme le Christ, le Messie Sauveur, y compris par et pour ceux qui l’auront mis à mort. C’est librement qu’il va vers sa mort ; c’est librement qu’il donne sa vie pour notre salut. Cela ne signifie pas que c’est une partie de plaisir pour lui, mais qu’il a bien conscience qu’il n’y a qu’ainsi que l’homme sera définitivement libéré de la mort. Il faut que Jésus affronte la mort sur son propre terrain pour que l’homme puisse vivre, enfin ! Maintenant, mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? Mais non, c’est pour cela que je parvenu à cette heure-ci ! Jésus tient le salut du monde entre ses mains ; toute sa vie est offerte pour le salut du monde. Alors même que les forces opposées à Jésus penseront mener le monde et les événements, c’est Jésus qui toujours mènera l’Histoire : Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. 
 
Cette alliance nouvelle, nous la célébrons en chaque eucharistie. Faisant mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, nous sommes associés à l’unique sacrifice du Christ et nous profitons pleinement de ces fruits de salut. Puisqu’il est avec nous comme à l’aube de Pâques, ne manquons pas le rendez-vous du sang versé… Prenons le pain, buvons la coupe du passage, accueillons-le qui s’est donné en nous aimant jusqu’à la fin. Amen.
 
(Dessin de Coolus, le Blog du Lapin bleu)

samedi 7 mars 2015

03ème dimanche de Carême B - 08 mars 2015

Dieu fait alliance : il fait de nous un peuple libre !




Qu’est-ce qui fait d’un rassemblement de gens un peuple ? Dans la Bible, c’est simple, un peuple, c’est un chef, une loi, une terre. La terre, Dieu l’a promise ; ceux qu’il a fait sortir d’Egypte à bras fort, il les y conduit. Une Loi, ce sont les dix commandements que nous avons entendu en première lecture ; elle est le cadre de l’Alliance que Dieu conclut avec les hommes. Un chef : le peuple en a un depuis qu’il a accepté de le suivre hors d’Egypte. Ce n’est pas Moïse, c’est Dieu lui-même. C’est lui qui est à l’origine de tous les signes qui auront fait plier Pharaon, Roi d’Egypte, qui ne voulait pas laisser partir ceux que Moïse réclamait au nom de son Dieu. 
 
Depuis le Mercredi des Cendres, nous découvrons l’alliance que Dieu veut faire avec nous. Nous avons vu que cette alliance est alliance pour la vie et alliance pour la joie de l’homme. Elle est aussi alliance qui fait de tous ceux qui la suivent un seul peuple, le peuple que Dieu se donne. Le don de la Loi ne se veut pas un acte d’aliénation ; il ne s’agit pas d’enfermer le peuple dans un carcan légaliste. Au contraire, cette loi est donnée pour poursuivre l’œuvre de libération entreprise avec la sortie d’Egypte. C’est l’obsession éternelle de Dieu. Libérer l’homme de tout ce qui l’entrave, de tout ce qui le tient loin de Dieu. 
 
Il n’y a qu’à relire les Ecritures du Premier Testament pour s’en rendre compte. Le seul but de Dieu, c’est d’entrer en alliance avec l’homme, d’avoir un vis-à-vis qui lui ressemble et à qui il puisse offrir, par grâce, les richesses de son amour. La Loi donnée par Dieu dans le désert visait à simplifier cette relation d’alliance et à en fixer le cadre. L’homme, selon les dix paroles données à Moïse, « ne gardera qu’un Dieu, celui qui lui a manifesté tendresse et miséricorde en le sortant d’Egypte ; il renoncera aux formules magiques, il se délivrera de toute contrainte un jour par semaine et honorera ceux dont il tient la vie. L’homme manifestera ainsi qu’il n’a la maîtrise ni de Dieu, ni de son travail, ni de ses parents, mais qu’il a reçu une liberté, une foi, un travail, une terre ». L’homme n’est pas sa propre origine et l’alliance vient justement le lui rappeler. 
 
Les autres commandements établissent les règles nécessaires à toute vie sociale : interdit du vol, de l’adultère, du meurtre. Ainsi sera préservée la vie du groupe. Rompre un seul interdit, revient à casser l’harmonie voulue par Dieu, et donc à briser gravement et durablement l’alliance. En agissant ainsi, l’homme s’éloignerait de ce qui le rend semblable à Dieu : la capacité d’aimer et d’agir par amour. 
 
Les dernières paroles introduisent un nouveau terme entre Dieu et l’homme : le prochain. Déjà se retrouvent unis le respect de Dieu et le respect de tout homme, union que Jésus reprendra à son compte dans le double commandement de l’amour. Il est ainsi attesté que Jésus ne vient pas changer la religion, mais la porter à son terme, en réalisant l’alliance ultime que rien ne pourra plus défaire. 
 
Ces dix paroles visent donc bien la liberté de l’homme : sa liberté individuelle, mais aussi sa liberté sociale : en vivant selon ces paroles, l’homme se découvrira vraiment libre. Le Dieu qui l’a sorti d’Egypte la lui garantit : il l’appelle à cette liberté. Voilà qui devrait rassurer ceux qui pensent que la religion est l’opium du peuple. Le Dieu de l’alliance est celui qui nous libère. Il en fait lui-même le rappel avant de donner sa Loi. Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Puisqu’il nous a sorti de l’esclavage du péché, pourquoi voudrait-il nous y faire retourner ? Nous sommes le peuple que Dieu s’est donné ; nous sommes à son image et à sa ressemblance : libres, souverainement libres. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Le blog du lapin bleu)

samedi 6 septembre 2014

23ème dimanche ordinaire A - 07 septembre 2014

Par amour.



L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour ! Cette affirmation de Paul confirme l’enseignement de Jésus lui-même, qui avait rappelé aux foules venues à sa rencontre qu’aimer Dieu et aimer son prochain, c’était accomplir la Loi et les Prophètes. Ils ne forment qu’un seul et même commandement, comme les deux faces d’une même pièce, irrémédiablement soudées. En ayant en tête l’enseignement de Jésus et celui de Paul, nous pouvons alors écouter, avec intérêt, l’enseignement de Jésus transmis dans l’Evangile que je viens de proclamer. 
 
Ces paroles, qui peuvent sembler sévères, révèlent toute la pédagogie chrétienne en matière de relations conflictuelles au sein d’une communauté. Elles visent à permettre à chacun un chemin de conversion, nécessaire  pour signifier son appartenance à l’Eglise de Jésus Christ. 
 
Si ton frère a commis un péché : voilà donc le cadre de cet enseignement. Jésus connaît bien l’homme ; il sait que confesser son nom n’empêche pas l’homme de céder au Mal. Il suffit de relire les évangiles des deux dimanches précédents pour s’en convaincre. Jésus avait demandé à ses disciples de se prononcer sur sa personne. Pierre avait confessé Jésus comme le Messie, le Fils du Dieu vivant. Cela ne l’a pas empêché de ne pas suivre Jésus lorsque celui-ci commença à annoncer sa passion prochaine. Souvenez-vous de l’invective de Jésus : Passe derrière moi, Satan ! Cela n’a pas empêché davantage Pierre de le renier au moment de la Passion, ni Judas de le trahir. Etre disciple du Christ ne nous fait pas échapper à notre humaine condition : nous ne sommes pas des surhommes, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; mais nous sommes appelés à suivre un chemin de sainteté inauguré par le Christ. Sur ce chemin, la fatigue peut se faire sentir ; sur ce chemin, les obstacles sont réels et les occasions de chute nombreuses. D’où l’enseignement de Jésus de ce dimanche. 
 
Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. Remarquez la douceur de Jésus : il ne s’agit pas de crier au scandale, il ne s’agit pas de faire honte à celui qui a fauté ; il s’agit de lui parler, en frère. Celui qui a péché reste un frère et est toujours à regarder en frère. Car seulement ainsi pourra-t-il éventuellement reconnaître sa faute et s’amender. Si tu prends de haut celui qui est tombé sur le chemin, comment pourra-t-il se relever ? Si tu humilies ton frère qui est tombé, comment pourra-t-il trouver le courage de se regarder et de reconnaître ses torts ? Mais si tu lui parles en frère et qu’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. 
 
Et s’il n’écoute pas ? Pourras-tu enfin laisser libre cours à ta colère ? Auras-tu le droit de l’exposer en place publique pour l’humilier ? Que nenni ! S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi deux ou trois personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. Attention, il ne s’agit de venir à plusieurs régler son compte à ce bon à rien qui n’entend rien à rien et qui refuse de se repentir. Les chrétiens ne règlent pas leur compte à coup de poing. Prends avec toi d'autres, car peut-être n’as-tu pas su trouver les mots qui pouvaient toucher le cœur de ton frère. Il faut de la douceur et de la patience pour faire remarquer au frère son péché. Tout le monde n’en est peut-être pas capable. 
 
S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Eglise. Toujours dans un souci d’apaisement, toujours avec le désir de ne pas perdre le frère qui a péché. La communauté de l’Eglise, c’est bien ce groupe où Jésus est présent : Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. Si l’Evangile se conclut par un enseignement sur la prière, n’est-ce pas peut-être pour que la communauté, avertie, commence à prier pour ce frère et obtienne ainsi sa conversion ? Si nous lisons avec attention le rituel du pardon et de la réconciliation, nous constatons que cette prière, en frère, est bien présente : dès le début de la célébration de ce sacrement, le prêtre et le pénitent sont invités à prier ensemble ! C’est sous le regard de Dieu que nous pouvons le mieux reconnaître nos torts, lui qui nous regarde toujours comme un enfant à accueillir. Si le frère qui a péché est de bonne foi, si la communauté a respecté l’enseignement de Jésus, le frère devrait être en mesure de reconnaître ses torts. L’affaire s’arrête là ; on n’en parle plus. Tout est bien qui finit bien. 
 
Mais si le frère refuse d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain. Cela vous paraît sévère ? Cela respecte surtout la liberté du frère ! S’il ne veut pas écouter l’Eglise, il se met de lui-même hors de l’Eglise. Il ne peut plus prétendre à faire partie de la communauté. L’Eglise, ce n’est pas : je prends ce qui m’arrange et je rejette ce qui me déplaît ! Il y a un moment dans la vie du croyant, où il doit prendre sa foi au sérieux. Nul ne peut avoir un pied dans l’Eglise (au cas où), et un pied hors de l’Eglise (parce que c’est plus confortable). Il n’y a pas d’obligation de résultat mais une obligation d’action. Tu dois aller parler à ton frère ; tu dois prendre avec toi des frères ; tu dois en parler à l’Eglise s’il faut en arriver jusque-là. Le reste ne dépend pas de toi. 
 
C’est déjà l’enseignement du prophète Ezéchiel que nous avons entendu en première lecture. Le prophète doit avertir le méchant de sa conduite et de la décision de Dieu à son égard : mais si le méchant refuse d’écouter le prophète, celui-ci ne sera en aucun cas responsable de ce qui arrivera au méchant qui ne se convertit pas. De même avons-nous à nous encourager les uns les autres, à nous reprendre quelquefois dans la charité pour construire et vivre une vraie communauté fraternelle. Nous devons porter le souci les uns des autres de sorte que tous puissent parvenir au Royaume de Dieu. Mais celui qui refuse obstinément un jour d’avancer, nous ne pouvons le contraindre. Chacun est libre et responsable de ses choix ! C’est cela aussi, aimer quelqu’un ! Même si c’est douloureux ! 
 
L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour. Paul ne nous trompe pas lorsqu’il nous le rappelle, comme Jésus ne nous trompait pas quand il nous invitait à un amour supérieur. Dans notre vie quotidienne, les obstacles à l’amour peuvent être nombreux quelquefois, mais nous devons toujours pouvoir compter sur les frères, sur la communauté, pour nous redire cet amour, pour nous inviter à cet amour. C’est la marque véritable et visible du croyant. C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples. Ne terminons jamais un temps de prière sans oser demander la capacité d’aimer, envers et contre tout. Dieu nous l’accordera, Jésus nous l’a promis, par amour de tous. Amen.
 
(Image de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France)