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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 16 octobre 2021

29ème dimanche ordinaire B - 17 octobre 2021

 Que nous faut-il de plus ?





            Nous avions tout : un exemple à suivre, un enseignement clair, mais cela n’a pas empêché que certains comprennent mal et commettent le mal en abusant d’un pouvoir supposé le leur. Que leur fallait-il de plus ? Ce qui est arrivé à Jacques et à Jean, n’était-ce donc pas suffisant ? 

            Regardons de près, surtout que pour une fois, ce n’est pas Pierre qui se prend les pieds dans le tapis. Nul ne sait, à ce stade de l’évangile de Marc, quelle mouche a piqué les fils de Zébédée pour qu’ils aient l’audace d’une telle demande : Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. Reconnaissons-le, il fallait oser ; ils savent ce qu’ils veulent et ils savent le faire savoir. Matthieu, dans son évangile, s’est montré plus prudent, lui qui attribue la demande à un réflexe de mère qui cherche à placer ses fils. Sans doute un peu trop possessive, sans doute un peu trop admirative des fruits de ses entrailles, elle a voulu leur assurer un avenir, et peut-être à elle-aussi, ses bons fils ne l’oubliant certainement pas lorsqu’ils seront là où elle les voit déjà. Dans les deux cas, que ce soit une ambition personnelle mal placée ou un désir de parents mal ajusté, la réponse est la même : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Jésus ne renvoie pas à sa gloire, mais à ce qui va précéder sa gloire, la coupe qu’il devra boire jusqu’à la lie, son élévation sur la croix et sa mort abjecte. A tous ceux qui veulent se pousser du col et revendiquer un quelconque pouvoir, une quelconque préséance, est rappelé que le chemin de la croix précède, voire conditionne, le chemin de la gloire. Jacques et Jean auront l’un, sans être assurés pour autant des places qu’ils revendiquaient. C’est ce qu’on appelle se faire avoir en beauté. Faut-il les plaindre ? 

            Je pense qu’il nous faudrait plutôt les remercier, car leur demande saugrenue nous vaut à tous un enseignement clair de la part de Jésus sur les jeux de pouvoirs. Si ces derniers ont cours auprès des puissants (ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir), si donc cela est vrai pour la société civile, Jésus avertit sans ambages : Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. Il n’y a pas à chercher quelle loi est supérieure à l’autre ; il y a à comprendre que la réalité n’est pas la même. Dans un même monde, deux manières d’exercer le pouvoir : par la force (ce que font les chefs des nations et ceux qui veulent le rester) ; par le service, ce que doivent faire tous les disciples du Christ. Le seul abus qui devrait nous faire rivaliser est l’abus d’humilité, l’abus de service. Et de ce côté-là, il n’y a vraiment aucun risque que quelqu’un abuse. Parce que celui qui sert véritablement n’abuse pas des autres ; celui qui sert véritablement ne s’impose pas aux autres ; celui qui sert véritablement, met l’autre en avant de lui ; il le respecte en toutes choses, s’oubliant lui-même dans le service à accomplir. 

            Pourquoi ne peut-il en être qu’ainsi dans l’Eglise ? La réponse nous vient encore de Jésus : le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. La raison à cet impératif de service n’est pas pratique ; elle n’en est pas davantage technique. Elle est théologique : Dieu agit ainsi avec nous en son Fils Jésus. Si Dieu lui-même sert l’homme au point d’offrir sa vie pour lui, comment l’homme, qui n’est pas Dieu, pourrait-il ne pas servir l’humanité ? Il est impossible de se réclamer du Serviteur parfait sans se faire serviteur à notre tour. Il aurait dû être impossible d’abuser qui que ce soit en se présentant comme serviteur du Christ Jésus. Mais peut-être avaient-ils mal compris la notion de service jusqu’au don de sa propre vie, ceux qui ont sacrifié la vie d’innocents ! 

            Ils avaient tout pour bien comprendre, et pourtant certains se sont fourvoyés, entrainant l’Eglise tout entière sur la pente glissante du déni et de l’irrespect du plus petit. Nous avons tout aujourd’hui, et bien plus encore qu’auparavant, puisque nous avons la connaissance de l’innommable. Qu’allons-nous faire ? Allons-nous nous réfugier derrière un « ce n’est pas moi, ce sont les autres » ? Derrière un « Oui, mais ça, c’était avant » ? ou encore derrière un « Oui, bon, mais ailleurs ça s’est fait aussi, et en pire » ? Ou bien allons-nous ensemble retravailler cette théologie du service qui doit être notre ligne de conduite et notre fierté ? Baptisés, quelle que soit notre place dans l’Eglise, nous avons comme vocation première celle d’être serviteur du Christ et de nos frères. Si nous désirons être saints, il ne nous faut rien de plus que de désirer et d’être vraiment serviteurs de tous, pour un monde meilleur, pour une Eglise toujours plus sûre. Amen.

dimanche 18 octobre 2015

29ème dimanche ordinaire B - 18 octobre 2015

À la suite de Jésus, devenir serviteur.




Ne nous laissons pas distraire par la demande de Jacques et de Jean ; elle pourrait nous éloigner du cœur du message de ce dimanche. La proposition faite par l’Eglise elle-même d’une lecture brève de l’Evangile de ce dimanche vient confirmer cette intuition, puisqu’elle passe sous silence les sept premiers versets de cette page de saint Marc pour ne garder que les quatre derniers, qui forment donc ce qu’il ne faudrait pas ignorer aujourd’hui du message du Christ. Quel est ce message ? 

Nous pourrions le résumer ainsi : ne vivez pas comme les autres, comme le monde, chez qui ne compte que la force, le pouvoir bien assis, le fait d’être le premier, celui qui est servi. Chez vous, disciples de Jésus Christ, c’est le serviteur qui sera le plus grand. Car le serviteur ne peut faire autre chose que son maître : et nous le savons, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Voilà donné l’horizon de toute action pastorale ; voilà donné le sens de notre appartenance au Christ. Nous ne sommes pas au Christ pour être meilleur ou plus fort que les autres. Nous  sommes au Christ, appelés à être meilleurs serviteurs, plus forts dans la lutte contre toutes formes d’injustice et contre toutes formes de structures de péché. Personne, de tous ceux qui se disent chrétiens, ne peut affirmer que le service, c’est pour les autres, pour telle ou telle catégorie de croyants, pour tel ou tel ministère dans l’Eglise. Non, le service est pour tous, c’est une obligation pour tous ; le service est génétiquement chrétien ! 

Nous pouvons relire ainsi toutes nos actions pastorales, tous nos engagements dans l’Eglise et dans le monde à l’aune de cette exigence demandée par le Christ lui-même. Suis-je le serviteur de mes frères quand j’accomplis le service qui est le mien ? Suis-je toujours en état de service quand je n’agis pas dans l’Eglise, mais dans la société, à mon travail, en famille, avec mes amis … ? Ai-je écarté tout sentiment de pouvoir, tout désir de domination culturelle, intellectuelle, sociale, économique, politique… ? Nous voyons bien que, même dans le groupe des Douze, existe cette tentation. Vouloir être le premier, vouloir être proche du pouvoir, c’est très humain. Si quelqu’un doit être devant les autres et profiter un peu du système, autant que ce soit moi : après tout, je ne suis pas pire que les autres ! Pourquoi seraient-ce toujours les autres qui profitent ? 

Appelés par Jésus à être ses disciples par notre baptême, nous sommes appelés à nous conformer à lui, à sa manière d’être, à sa manière de faire, à tout son enseignement. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas à s’engager dans les lieux de pouvoir ou de décision ; mais cela nous engage à ne pas exercer le pouvoir de manière autoritariste, à ne pas décider en fonction de nos seuls intérêts, mais à avoir toujours au cœur et à l’esprit le bien de tous. Le serviteur est celui qui a assez de courage pour mettre en second ses propres envies pour ne voir d’abord que le bien de ceux qu’il sert, et surtout le bien de tous. Nous ne pouvons pas nous contenter de mener notre vie en pensant qu’elle n’a d’impact ni sur les autres, ni sur le monde dans lequel nous vivons. Etre serviteur, c’est mettre le respect de tous et de chacun en premier lieu et cultiver une saine humilité qui n’est ni humiliation personnelle, ni fausse modestie. 

A bien y regarder, la liturgie nous permet de comprendre mieux cet état de serviteur, elle qui nous a fait prier ainsi au début de notre célébration en ce 29ème dimanche ordinaire : Dieu éternel et tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que tu veux et servir ta gloire d’un cœur sans partage. Vouloir ce que Dieu veut pour nous, en sachant qu’il ne veut que notre bonheur, notre vie et notre salut ; bref, ce qu’il y a de meilleur pour nous et pour tout homme ! N’hésitons pas à reprendre cette prière au cours de la semaine pour devenir serviteurs à l’image du Christ, serviteur véritable qui a donné sa vie pour la multitude. Puissions-nous apprendre ainsi de lui à faire de même. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)
 

samedi 6 décembre 2014

02ème duimanche de l'Avent B - 07 décembre 2014

Avec Marc, vivons un vrai commencement.




Il y a des signes qui ne trompent pas ! Lorsque nous voyons l’agitation dans nos villes et villages pour l’installation progressive des lumières de Noël, des cabanes du Marché de Noël là où la tradition existe, nous savons que le temps est proche où nous allons entrer en Avent. Dans nos paroisses aussi, les équipes pastorales nous permettent de vivre ce temps de l’attente de manière à nous mener progressivement vers la joie de l’annonce d’une naissance, celle de notre Sauveur. Mais n’allons pas trop vite : le temps de la préparation n’est pas le temps de la réalisation. 
 
L’évangile que nous venons d’entendre laisse clairement entrevoir que quelque chose de neuf se prépare. Les premiers mots de Marc que nous venons de lire le rappellent avec force : Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu. 
 
Commencement : il s’agit bien de découvrir, dans nos vies souvent répétitives, que quelque chose de neuf peut advenir, qu’un commencement est toujours possible. Nos jours ne sont pas simplement une suite continue et sans fin de gestes, de moments, de phrases… à redire ou à revivre à l’infini. Nous sommes invités à vivre ce temps comme le commencement d’un moment ou d’une rencontre qui peut bouleverser notre vie. Ce commencement, dans l’évangile, est marqué par le rappelle d’une promesse ancienne, formulée jadis par le prophète Isaïe : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Ce rappel ne nous ramène pas des siècles en arrière ; il est là pour nous dire que cette promesse trouve enfin sa réalisation, ici et maintenant. Je vous souhaite de pouvoir vivre ce commencement en chassant l’idée que ce n’est qu’un recommencement. Les années liturgiques se suivent et ne se ressemblent pas. Il n’y a pas de routine en pastorale. Il n’y a qu’un chemin que nous sommes invités à suivre, à frais toujours nouveau, à la rencontre du Christ. A frais toujours nouveau parce que nous changeons, nous évoluons, nous grandissons, nous mûrissons ! 
 
Commencement de la Bonne Nouvelle : ce commencement est une invitation à accueillir une Bonne Nouvelle. En ces temps de crise, voilà qui devrait nous réjouir. Le monde n’est pas foutu ; l’homme n’est pas perdu. Il y a du neuf sous le soleil ! Alors que notre monde semble gris, courant à sa perte, voilà qu’une Bonne Nouvelle nous sera annoncée. Et cette Bonne Nouvelle changera nos vies si nous savons l’accueillir. Ce temps de l’Avent est justement donné pour entendre l’annonce de cette Bonne Nouvelle que Dieu réalisera pour nous, et nous permettre d’en reconnaître les signes quand viendra le temps de la réalisation. Nous ne pouvons donc pas laisser passer ce temps de l’Avent sans rien faire, en pensant qu’aujourd’hui est comme hier, et que demain finalement ne changera rien. Au contraire, tout peut changer si nous entendons l’appel à la conversion que ce temps porte en lui. Tout peut changer si nous nous mettons à l’écoute de cette voix qui crie dans le désert. La prophétie d’Isaïe citée par Marc nous renvoie à cette autre prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture : Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent. Cette Bonne Nouvelle, c’est donc que Dieu ne se désintéresse pas de l’homme, qu’une alliance nouvelle est toujours possible. A nous de savoir lui préparer le chemin. 
 
Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu. Dans un monde sécularisé, les interventions du religieux sont souvent mal perçues. Nous en avons eu des exemples encore récemment avec la visite du pape aux institutions européennes ou les attaques en justice quasi systématiques de la part de groupuscules minoritaires qui veulent même supprimer du paysage public toute manifestation particulière comme la mise en place d’une crèche dans une mairie ou un conseil général, au nom d’une laïcité érigée en religion, si ce n’est en dictature. Pourtant, la foi chrétienne porte en elle une originalité, celle d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’homme. Cette particularité nous fait non seulement aimer l’humanité dans sa totalité, mais nous oblige à un engagement permanent pour que tout l’humain soit non seulement respecté, mais aussi stimulé. Si nous devons nous garder, avec raison, de tout prosélytisme, nous n’avons pas pour autant à mettre nos convictions dans la poche, avec un mouchoir dessus. Au cœur de nos pratiques, au cœur de notre engagement en faveur de l’Homme, il y a le Christ, celui qui vient sans cesse à notre rencontre, celui qui vient dans notre monde pour le sauver. Les temps de l’Avent et de Noël, que nous allons vivre successivement, nous rappellent l’éminente dignité de l’Homme que nous voulons servir à travers nos divers engagements. Chaque croyant, qu’il soit religieux ou laïc, est engagé dans ce même service qui met l’Homme au centre de nos préoccupations. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ est annoncé partout où l’homme est respecté dans sa dignité, partout où l’homme est servi, partout où l’homme est appelé à grandir. Prions le Christ, Dieu fait homme, de mettre au cœur de toutes nos communautés ce désir de servir l’homme, ce désir de servir tout homme. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ n’est bonne que parce qu’elle est partagée, largement, de sorte que personne ne reste enfermé dans sa misère, son désespoir, ses difficultés. 
 
Vivre ce commencement de l’Evangile ne se limite donc pas à vivre un nouveau temps. Vivre ce commencement, c’est accueillir le désir de Dieu lui-même de transmettre au monde une Bonne Nouvelle qui ne se paie pas de mots mais se vit en actes. Au moment où Dieu lui-même s’apprête à entrer dans le monde, ne désertons pas ce monde, mais rejoignons-le et proposons-lui de suivre avec nous le chemin qui mène au Christ, source du bonheur véritable. Nous ne vivrons plus seulement alors le commencement d’une Bonne Nouvelle ; nous aurons commencé le temps de sa réalisation très concrète dans la vie et le cœur des hommes. Amen.

vendredi 20 septembre 2013

25ème dimanche ordinaire C - 22 septembre 2013

Priez pour les chefs d'Etat et pour ceux qui exercent des responsabilités.




Sans vouloir faire beaucoup de politique, permettez que j’aborde aujourd’hui la question induite par Paul  dans sa première lettre à Philémon : pourquoi faut-il prier pour les chefs d’Etat et tous ceux qui ont des responsabilités ? Si Paul donne une première réponse (que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité), il me semble pourtant que, dans un état qui met en place des chartes pour la laïcité, la question se pose à frais nouveaux et mérite notre attention. Je voudrais vous indiquer trois raisons qui me semblent justifier cette demande de Paul.
Il nous faut prier pour les responsables publics, non pas parce qu’ils seraient à convertir, mais pour qu’ils soient conscients d’être responsables du bien commun. Le bien commun, c’est ce qui nous permet de vivre tous ensemble, sans stigmatiser un groupe, sans en exalter un autre. Le responsable politique, s’il est porté par un parti ou une idéologie, une fois élu, devient l’élu de tous. Il n’est plus d’un parti, d’une religion ou d’une idéologie : il doit veiller à ce que tous puissent vivre ensemble, dans le respect et la concorde. Nous savons tous que cela n’est jamais facile, ni évident : le voisin est supportable tant qu’il est d’accord avec moi. Mais s’il sort de la bonne pensée, il est à écraser, à éliminer. Prier pour nos responsables publics devient une obligation pour nous qui devons avoir à cœur  de construire dès ici-bas des conditions de vie aussi proches que possible du Royaume dont nous attendons la venue. Même s’ils ne sont pas de mon Eglise, de ma religion, de mon parti, je peux avoir à cœur de les porter devant Dieu afin que celui-ci leur révèle quelle est sa volonté, comment servir au mieux le bien de tous ceux dont ils ont la charge. L’histoire du peuple que Dieu s’est choisi dans la première alliance nous montre bien que chaque fois que son peuple était fidèle au projet de Dieu, il connaissait la paix ; chaque fois qu’il s’en éloignait, ce n’était plus que ruine et désolation.
Il nous faut encore prier pour les responsables publics, non pas parce qu’ils seraient naturellement, voire ontologiquement pervertis ou corrompus, mais pour qu’ils aient toujours conscience qu’ils sont au service d’hommes et de femmes concrets. L’homme politique n’est pas élu pour lui-même ; il est élu pour nous, pour nous conduire, nous inviter à aller de l’avant, pour nous donner un nouvel élan. Si nous avons besoin d’eux, ils ont besoin de nous, pas seulement au moment des campagnes électorales, mais tous les jours. Si je vois mal ce que peut donner un peuple sans dirigeant, je ne vois pas du tout à quoi sert un dirigeant sans peuple à guider ! Il aura beau manier de belles idées : si elles ne permettent pas à notre humanité de grandir, elles ne servent à rien. L’humain n’est pas un concept à manier ; l’humain, c’est toujours des hommes, des femmes, des enfants très concrets, avec une vie très réelle, qu’il faut améliorer quelquefois, soutenir toujours, pour que cette vie soit belle et épanouissante. Qui, mieux que Dieu, qui est le Maître du temps et de l’Histoire, peut le mieux nous indiquer comment rendre notre histoire personnelle et notre histoire commune plus belles pour tous ? N’est-il pas entré en alliance avec nous pour nous sauver et nous inviter à la vraie joie ? Son projet n’est-il pas que nous soyons vraiment heureux et libres, dès cette vie ?
Il nous faut enfin prier pour les responsables publics parce que c’est nous qui les choisissons. Je sais bien que nous serions tous de meilleurs maires, conseiller généraux ou régionaux, députés ou sénateurs, voire président que ceux qui sont en place tout au long des jours, sauf quand il s’agit d’y aller et de mouiller sa chemise. La politique de salon est tellement mieux que la politique réelle. Prier  pour eux, c’est aussi une manière de prier pour nous. Nous avons les hommes et les femmes politiques que nous méritons. Si nous votons par défi, par sanction, ou en nous posant en donneur de leçon, ne nous étonnons pas du résultat ! Nous ne pouvons pas nous plaindre que des lois quelquefois contraires au bon sens soient votées, si nous-mêmes ne faisons pas preuve de bon sens au moment de choisir nos élus. Prier pour nos responsables publics, c’est aussi prier Dieu afin qu’il nous éclaire, quand nous entrons dans l’isoloir pour donner notre voix à un avenir commun. Nous aussi, nous avons besoin de l’aide de Dieu et de la clarté de son Esprit pour faire le choix le meilleur pour nous et pour tous. 
Au cours de cette année pastorale, nous serons sollicités par des hommes et des femmes qui portent un projet d’avenir pour nous. Ils nous inviteront à les écouter et à poser un choix, le moment venu. Prenons bien le temps du discernement et de la prière afin que nous n’ayons pas à regretter plus tard le chemin pris ensemble. Redoublons de prière pour eux et pour nous afin que Dieu manifeste à notre esprit quel est le chemin à suivre pour un meilleur vivre ensemble, dans la justice et la paix. Amen.
 
(Image de Jean-Yves Decottignies, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)


vendredi 23 novembre 2012

Christ, Roi de l'Univers B - 25 novembre 2012

Es-tu le Roi des Juifs ?


Es-tu le roi des Juifs ? Cette question simple en apparence marque le début d’un dialogue de sourds entre Jésus et Pilate. Dialogue de sourds parce que chacun des deux hommes emploie le même mot, mais ne lui donne pas la même signification.

Es-tu le roi des Juifs ? Pour bien comprendre comment on a pu en arriver là, il faut se souvenir du pourquoi de cette rencontre. Ce n’est pas une rencontre au sommet entre deux chefs d’état ; ce n’est pas davantage une discussion de philosophes (encore que la suite du dialogue pourrait y faire penser). Non, la rencontre à laquelle nous assistons est une rencontre entre un juge et un accusé, entre celui qui va prononcer une sentence de mort et celui qui va la subir.
Si ces deux hommes sont aujourd’hui face à face, ce n’est pas parce que l’un d’eux a commis un crime ; c’est d’abord parce que les hommes veulent se débarrasser de celui qui est accusé. Trop gênant, trop encombrant, ce Jésus. Les biens pensants, les chefs religieux ont estimé qu’il était préférable qu’il meurt. Ses idées pourraient être dangereuses. Et comme ils ne peuvent le mettre à mort eux-mêmes, les voilà livrant l’innocent à l’ennemi, seul capable de prononcer une peine capitale. Et pour être sûr qu’il ne s’en sortira pas, voilà Jésus accusé de vouloir prendre le pouvoir. C’est imparable ; l’issue ne peut être que fatale pour lui.

Es-tu le roi des Juifs ? Pilate aurait pu se contenter de prononcer une sentence de mort sans s’embarrasser de cette rencontre. Le seul fait que Jésus soit accusé de vouloir se faire roi est un motif suffisant pour mériter la mort. C’est un peu comme le fait d’avoir été résistant pendant la dernière guerre. Il n’en faut pas plus pour mourir vite. Mais voilà, Pilate sent bien que tout cela n’est pas très « catholique ». Il discute avec son prisonnier. Il veut en savoir plus. Il est intrigué par ce roi qu’on lui amène. Aurait-il pu penser que le peuple soumis à son autorité lui livra ainsi son propre roi ?

Es-tu le roi des Juifs ? Pour Pilate, cette question est avant tout politique. Jésus est-il un adversaire qui pourrait le chasser de son poste et vouloir mettre à mal l’autorité de Rome, et de César, seul roi acceptable ? Jésus est-il roi, chef de guerre, capable d’inverser le cours de l’histoire ? Si oui, il doit mourir. L’autorité de Rome ne saurait être remise en cause par quiconque.

Es-tu le roi des Juifs ? C’est toi qui le dis ! Jésus ne revendique pas ce titre pour lui. Il comprend bien que les mots sont tronqués ; il sent bien la distance qu’il y a entre lui et Pilate. Là où l’un parle politique, l’autre parle spirituel. Là où l’un entend pouvoir, l’autre dit service. Comment Pilate pourrait-il comprendre quelque chose à la royauté de Jésus, lui qui ne sait même pas ce qu’est la vérité ?

Es-tu le roi des Juifs ? Oui, Jésus est roi. Mais pas à la manière du monde. Il ne vient pas avec ses gardes et ses armées. Il ne vient pas imposer une loi, mais proposer un chemin de vie à tous ceux qui reconnaîtront la vérité de ses paroles. Cette vérité tient en peu de chose. Il est envoyé de Dieu pour arracher les hommes au mal et au péché qui les empêchent de vivre heureux. Il est venu ouvrir un chemin de vie et d’espérance pour celles et ceux qui croient en lui, qui croient en Dieu. Il est venu nous rappeler que l’homme n’est vraiment homme que lorsqu’il se met au service des autres et de leur bonheur. Il est venu nous redire avec force que seuls ceux qui savent prendre la tenue de service sont vraiment dignes du Royaume, de son Royaume. Oui, Jésus est roi : roi de tous ceux et celles qui acceptent de donner de leur vie, de leur temps, pour que le monde devienne plus humain, plus juste, plus fraternel. Pilate n’a rien à craindre, pas plus que César. La seule révolution qu’il risque avec un roi tel que Jésus, c’est de comprendre que la place qu’il occupe n’est pas une autorisation à faire n’importe quoi, mais qu’il y a un service à rendre lorsqu’on est responsable : celui de permettre aux autres de vivre, de vivre libre et heureux.

Es-tu le roi des Juifs ? Pour nous croyants, Jésus est notre roi, et nous attendons le jour où il sera reconnu comme tel par tous les hommes. Nous attendons ce jour non comme une revanche sur un monde qui préfère vivre sans Dieu, mais comme l’aube du jour où enfin tous les hommes seront égaux et libres, le jour où enfin le monde connaîtra la paix. En mettant nos pas dans les siens, en acceptant d’être à notre tour serviteurs de tous, nous hâterons sa venue, nous construirons son Royaume, et nous vivrons avec lui, éternellement. AMEN.

(Photo de l'auteur. Jésus devant Pilate, Chemin de croix de Francis Schneider, avec l'aimable autorisation de son épouse).

samedi 20 octobre 2012

29ème dimanche ordinaire B - 21 octobre 2012

Être avec le Christ, toujours !



Jeunes loups aux dents trop longues ou terriblement audacieux, Jacques et Jean, dans leur demande ? Jaloux ou réellement choqués, les dix autres lorsqu’ils entendent les deux premiers jouer des coudes ? Ne jugeons pas trop vite ; ne condamnons pas trop hâtivement ! Tout est, comme souvent, une question de regard.

A voir le mal partout, la demande de Jacques et Jean peut fort bien ressembler à une opération « pousse-toi de là que je m’y mette ! » N’est-ce pas notre première réaction à la lecture du texte ? En voilà deux qui veulent jouer des coudes et ils se font bien avoir au final, ce qui est bien fait pour eux. Ils ne sont pas assurés de siéger à droite et à gauche du Christ, mais ils devront boire le calice jusqu’à la lie !

Pourtant, un autre regard me fait admirer Jacques et Jean pour leur audace. Jésus marche vers Jérusalem, donc vers sa mort. Il marche sans doute en avant de ses disciples, le pas sûr. Voilà que deux d’entre eux, forçant un peu le pas, arrivent à sa hauteur et l’interrogent : « Accorde-nous de siéger l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ta gloire ». Ne faut-il pas du courage, à ce moment précis de l’histoire de Jésus, pour lui demander la grâce d’être finalement toujours avec lui, toujours au plus proche de lui ? Je vous accorde bien volontiers qu’ils ne savent pas ce qu’ils demandent. Mais leur désir est sincère : être toujours avec celui qui est leur Maître. Alors, on peut le leur reprocher, mais reconnaissons que c’est une belle preuve d’attachement. Jésus leur a annoncé par trois fois qu’il allait vers sa mort, et ces deux là expriment, maladroitement certes, leur désir d’être toujours avec Jésus. Ils ne savent pas que la coupe que Jésus leur propose de boire, est la coupe du rejet, et le baptême, un plongeon dans la mort. Mais ils y vont, presque bille en tête ! Je crois vraiment que Jésus les a aimés pour cela, ces deux têtes brûlées et leur demande surprenante.

Ne devrait-ce pas être là notre désir : être toujours avec Jésus, toujours au plus près de lui ? Ne devrait-ce pas être notre attitude et notre réponse à l’appel de Jésus à le suivre que ce « nous le pouvons » plein d’assurance ? Comme j’aimerais avoir leur audace et leur désir ; comme j’aimerais pouvoir dire qu’avec Jésus je veux aller jusqu’au bout, quelles qu’en soient les conséquences ! Jacques et Jean ont un côté risque tout qui force mon admiration.

Comme il n’y a qu’une droite et une gauche autour de Jésus, que deviennent alors les dix autres ? Ils s’indignent, comme nous nous indignons lorsque quelqu’un prend la place que nous estimions nous être due. Ils s’indignent, parce qu’ils craignent peut-être de n’être pas reconnus dans ce qu’ils ont fait, font ou feront encore avec et pour Jésus. Ne sommes-nous pas tous travaillés par les questions de reconnaissance, de pouvoir, d’autorité et de gloire ? Quel sentiment habite mon cœur quand je sens que cela va m’échapper, qu’un autre m’est préféré ? Quand le don de moi que je fais à ma famille, à l’Eglise, aux autres, n’est pas gratifié ? Quand mon travail n’est pas reconnu ? (Régine MAIRE, La Croix 21 octobre 2006). Ils sont terriblement humains, ces dix-là, comme Jacques et Jean.

Nous pourrions être déçus de ce que le groupe des Douze ne soit pas plus soudé. Nous pourrions être déçus de ces querelles de chiffonniers de la part de ceux que Jésus lui-même a appelé pour le suivre. Avec tout le recul que nous avons, nous pourrions croire qu’ils n’ont rien compris. Forcément, eux, ils n’ont pas lu l’Evangile comme nous le faisons aujourd’hui, ils en sont les acteurs. Et pour cela, nous devons les remercier. Les remercier parce que leur attitude, aux uns et aux autres, nous vaut cette belle leçon de vie, ce dernier enseignement de la part de Jésus : parmi vous, il ne doit pas en être comme chez les grands de ce monde. Parmi vous, celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Nous serons près de Jésus comme le veulent Jacques et Jean lorsque nous nous ferons serviteurs les uns des autres. Nous serons ses disciples authentiques lorsque nous aurons abandonné nos rêves de gloire et de puissance pour être signe de Jésus, serviteur de tous, donnant sa vie par amour de nous. Voilà le chemin de la grandeur que Jésus nous enseigne : servir, servir Dieu et servir les autres. Toujours. Sans rien n’attendre en retour que la joie d’être avec Jésus, dès maintenant et pour toujours. Servir, parce que Jésus lui-même est venu pour servir. Si nous voulons être ses disciples, comment pourrions-nous y échapper ? Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 28 octobre 2011

31ème dimanche ordinaire A - 30 octobre 2011

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé !




Il existe, dans l’évangile, des versets dangereux, dangereux pour notre vie. Jésus lui-même nous en donne un aujourd’hui. Il est dangereux parce que mal compris, il pourrait mener à des impasses dont l’Eglise aura du mal à sortir. Dans l’Evangile de ce dimanche, c’est le dernier verset du passage d’évangile que nous avons entendu : Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Plutôt que de le supprimer, essayons de mieux le comprendre.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. A priori, il n’y a rien de méchant dans cette phrase, même si elle sonne comme un avertissement. Et c’est peut-être là son premier danger. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette citation peut entraîner une certaine paresse humaine ou spirituelle. N’est-ce pas, si je ne fais rien, je ne fais rien de travers et donc je ne risque rien. Or, Jésus ne nous demande pas de ne rien faire ; il nous demande de veiller à la manière dont nous faisons les choses. Ce que Jésus met en cause, ce ne sont pas les personnes qui agissent, qui commandent, qui ont en charge une responsabilité qui les place aux avant-postes. Non, ce que Jésus met en cause, c’est la manière dont elles s’acquittent de cette charge. Pour Jésus, tout commandement, toute fonction à la tête d’une organisation, d’une cité, d’une Eglise, est d’abord un service à rendre à tous. Il s’agit de ne pas se gonfler d’orgueil ; il s’agit de ne pas se transformer en petit chef, exigeant avec les autres et très peu pour soi. Monter en première ligne parce qu’il y a un service à rendre et non pour briller ou pour écraser les autres. L’exercice de l’autorité est toujours un service de la communauté humaine ou spirituelle à laquelle j’appartiens.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase, mal comprise, peut aussi en inciter certains à ne jamais se reconnaître de mérite, à refuser toute promotion, à refuser toute ambition. C’est un second danger. Refuser tout ce qui pourrait être risqué pour moi mais utile pour les autres. Surtout ne pas se faire remarquer. Pour vivre heureux, vivons cacher. N’est-ce pas, si les autres ne me voient pas, je ne risque rien ! Elémentaire, mon cher Watson ! Ce genre de compréhension a été fatal, me semble-t-il, dans certains milieux. L’ambition était toujours suspectée, la réussite mal vue. Or une saine ambition est nécessaire et même souhaitable. Sans cela, notre société n’évoluerait pas, et chacun resterait sagement à sa place, sans mettre en œuvre les talents que Dieu lui a confiés. Ce serait aussi reconnaître que l’homme ne peut pas progresser et nous aurions tôt fait de séparer le monde en classes auxquelles nous appartiendrions par notre naissance et jusqu’à notre mort. Les riches sont condamnés à rester riches et les pauvres à rester pauvres ; qu’ils n’essaient même pas de s’en sortir. L’affirmation de Jésus ne vise pas le désir de changer le monde. Au contraire, nous devons tous nous engager pour élever l’humanité, lui permettre de grandir et d’offrir à tous les mêmes chances, un même bonheur, une même fraternité. Non vraiment, Jésus ne s’oppose pas à une saine ambition au service d’un mieux être pour tous.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase de Jésus est peut-être d’abord une invitation à l’imiter. Lui qui, tout en restant l’image même de Dieu n’a pas voulu revendiquer d’être pareil à Dieu. Au contraire, il s’est anéanti, devenant l’image même du serviteur et se faisant semblable aux hommes… Il s’est abaissé, et dans son obéissance, il est allé jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout (Ph 2). Dans l’agir de Jésus, la seule ambition est le salut des hommes ; dans l’agir de Jésus, la seule autorité est celle de l’amour offert ; dans l’agir de Jésus, la seule priorité c’est l’autre. Quand il en sera devenu ainsi pour nous, nous n’aurons plus besoin de cet avertissement de Jésus, car nous tiendrons notre juste place, celle où Dieu nous veut, pour transformer avec lui le monde, pour changer avec lui le cœur des hommes.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Dangereuse si mal comprise, cette affirmation de Jésus est une invitation à toujours mieux servir, à toujours mieux être attentif à ce que Dieu attend de nous pour un meilleur service des autres. En nous mettant à l’école du Christ, notre seul Maître, nous pourrons progresser dans notre vie humaine, sociale et spirituelle sans craindre d’être un jour abaissé. Loin d’être un encouragement à la paresse ou à la peur du risque, elle est plutôt encouragement à aimer mieux, à servir mieux, à accueillir mieux la sainteté que Dieu lui-même nous offre. Il n’y a pas de mal à mieux aimer ; il n’y a pas de mal à mieux servir ; il n’y a pas de mal à être plus saints. Bien au contraire ! Amen.






(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

dimanche 3 octobre 2010

27ème dimanche ordinaire C - 03 octobre 2010

Quelconque, inutile, bon à rien !



Quelconque, inutile, bon à rien ! Suivant les traductions, c’est ainsi qu’il faut comprendre la parole de Jésus. Et reconnaissons-le d’emblée : cela ne fait plaisir à personne de s’entendre dire : tu es quelconque, inutile ou bon à rien, surtout à une époque où le paraître a tellement d’importance pour nous. Nous voulons bien agir, intervenir, servir, à condition que cela soit reconnu, proclamé et mille fois remerciés, et de préférence nommément, individuellement et en public ! Même en Eglise, nous n’échappons pas à cette règle.

Quelconque, inutile, bon à rien ! Ces paroles font partie alors de la longue série de paroles dures de Jésus que nous entendons depuis quelques semaines déjà. Jésus nous rappelle aujourd’hui à l’humilité, à la discrétion, à l’urgence du service, sans rien attendre en retour. Simplement parce que nous sommes disciples de Jésus, et que nous avons à imiter le divin Maître dans cette voie du service à tout prix, sauf celui de la reconnaissance ! C’est le travail du disciple de Jésus que de servir, toujours et encore. Le service est devenu le sacrement de l’être chrétien, depuis qu’au soir du jeudi saint Jésus lui-même a pris la place du dernier des serviteurs en lavant les pieds de ses disciples. Si le Maître est allé jusque là, n’est-ce pas pour nous obliger ? Que faisons-nous d’extraordinaire en suivant le chemin que Jésus a inauguré pour nous ? Nous savons que la « suivance » de Jésus nous mènera au Royaume, à la Béatitude éternelle, à la claire vision de Dieu. Elle nous y mène non pas par nos efforts, mais parce que Jésus lui-même a ouvert la voie par sa mort et sa résurrection et que, désormais, rien ne pourra fermer cette brèche de vie au cœur d’un monde marqué par la souffrance, le mal, le péché. Suivre le Christ, c’est faire œuvre de vie : c’est être capable de faire se planter un arbre, symbole de vie, au milieu de la mer, symbole du monde mauvais et de la mort.

Quelconque, inutile, bon à rien ! Voilà alors des qualificatifs qui nous renvoient plus largement à notre manière d’être disciples de Jésus. Sommes-nous, comme les premiers disciples de Jésus, à demander à Dieu d’augmenter en nous la foi ? Parce que, ne nous y trompons pas, c’est bien cette demande qui déclenche tout ! Comme si Dieu ne donnait pas tout quand il nous fait le don de la foi ! Comme s’il était parcimonieux dans sa distribution ! Jésus ne répond pas à la demande des disciples en augmentant leur capital foi : il répond par la nécessité du service. C’est un peu comme s’il leur disait : mais la foi vous l’avez ! Dieu vous a tout donné ; il vous revient de l’exercer dans le service gratuit, désintéressé. Dieu a semé dans le cœur des disciples la foi : sinon comment pourraient-ils suivre ce Jésus sans s’interroger sur la pertinence de son enseignement, sur le bien-fondé de ses actes ? Peut-être ont-ils l’impression que leur foi est faible, vacillante au gré des événements : mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas la foi. Comment d’ailleurs la mesurer ? Non, il nous faut sortir de cette catégorie de pensée, et croire que Dieu nous éveille à la foi, une fois pour toutes, mais que la manière dont nous ressentons notre foi dépend peut-être de la manière dont nous en vivons.

Nous voici donc renvoyés à notre manière d’être chrétien, à notre manière de former communauté. Jésus, en liant la foi au service, semble dire qu’il n’y a qu’ainsi que l’on passe d’une foi proclamée à une foi vécue, une foi agissante. Avoir la foi ne servirait à rien s’il elle ne se faisait pas agissante, si elle ne se mettait pas au service de tout homme dans la construction d’un monde plus juste, plus humain, un monde où les arbres iraient se planter dans la mer, un monde où la vie jaillirait de la mort, un monde où la vie serait toujours la plus forte. L’on comprend alors la recommandation de Paul à son ami Timothée : « n’éteints pas l’Esprit : mais au contraire réveille ce don que Dieu t’a fait ». N’est-ce pas notre urgence aujourd’hui ? Réveiller le don de la foi pour le rendre contagieux, agissant, vivant ! Nous avons tous et chacun une place à tenir, un rôle à jouer, en harmonie avec les autres. Nous avons tous à rendre compte de l’espérance qui est en nous. Nous avons tous à faire œuvre de vie, dans la fidélité au Christ et à son Eglise, pour que le monde parvienne au Royaume promis. Nous avons chacun à devenir quelconque, inutile, bon à rien d’autre qu’à ce que Dieu attend de nous : être de vrais serviteurs de la vie, des guetteurs de l’aurore de ce temps nouveau inauguré par le Christ, en sa mort et sa résurrection. La fraternité universelle est au prix d’une dépossession de soi pour laisser à l’autre et au Tout Autre la première place.

Quelconque, inutile, bon à rien ! En utilisant ces qualificatifs, Jésus ne déprécie pas ce que nous sommes, ni ce que nous faisons. Il resitue simplement notre action dans le projet d’amour de Dieu pour nous. En nous faisant le don de la foi, il nous met en route, il nous met à l’œuvre dans la réalisation de ce grand projet de salut. Nous avons une place à tenir, mais elle sera toujours à la suite du Christ. Nous profitons largement de la puissance de vie qui est en lui et par notre engagement et notre témoignage, nous rendons cette grâce accessible à ceux que nous rencontrons et qui ne connaissent pas ou connaissent mal le Christ Sauveur. Puisse la célébration de cette eucharistie donner à chacun de nous, prêtres et fidèles laïcs du Christ, la grâce de redécouvrir où Dieu nous veut, et la force de tenir notre place pour cette année pastorale. Pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.