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samedi 13 janvier 2024

2ème dimanche ordinaire B - 14 janvier 2024

Comment connaître Dieu ?



(Jean le Baptiste et l'Agneau, Détail du retable d'Issenheim - Musée Unterlinden - Colmar)




 

 

 

            Qu’ont en commun le jeune Samuel et les deux disciples de Jean le Baptiste qui vont se mettre à la suite de Jésus, à part bien sûr le fait d’être du même peuple que Dieu s’est choisi ? Ils vont chacun faire la connaissance de quelqu’un qui va bouleverser leur vie : Dieu pour le jeune Samuel, Jésus, le Christ, pour les deux disciples de Jean le Baptiste. Ils vont, à des siècles d’intervalle, connaître Dieu qui se révèle à eux. Connaître Dieu : n’est-ce pas notre désir, à nous qui nous rassemblons chaque dimanche pour écouter sa Parole et recevoir de lui les dons qu’il veut nous faire ? Mais concrètement, comment cela est-il possible ? Comment connaître Dieu ? 

            Pour le jeune Samuel, nous l’avons entendu en première lecture, Dieu lui-même l’a appelé. Mais cela ne rend pas les choses simples pour autant. Nous avons vu Samuel courir trois fois auprès du vieux prêtre Eli, pensant que c’était lui qui l’appelait et qui avait besoin de ses services. Il nous manque quelques versets que la liturgie dominicale n’a pas retenu pour comprendre la méprise de Samuel. En effet, dit le texte biblique manquant, la parole du Seigneur était rare en ces jours-là et la vision peu répandue. Comment Samuel, encore enfant, aurait-il pu identifier Dieu, puisque Dieu lui-même parait peu ? Le même texte dit, un peu plus loin (cela, nous l’avons entendu) : Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. Il n’y a donc pas de faute de la part de Samuel. La présomption qu’il fait : c’est Eli qui m’appelle, est totalement justifiée. Le vieux prêtre Eli aurait-il pu savoir ? Sans doute ; d’ailleurs il finira par comprendre que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et c’est lui qui donnera à Samuel la bonne réponse à apporter si jamais il entendait encore quelqu’un l’appeler : Va te recoucher et s’il t’appelle, tu diras : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Quand on ne connait pas Dieu, quand on n’a jamais entendu la voix de Dieu, il faut quelqu’un pour nous aider à comprendre que c’est Dieu qui nous parle. Il faut quelqu’un pour nous apprendre à répondre à Dieu. Et ce qui vaut pour Samuel, vaut pour chacun de nous : nous devons être attentifs à la Parole du Seigneur, et être prêts à lui répondre. 

            Pour les disciples de Jean le Baptiste, la démarche est un peu différente. Ils sont déjà croyants en Dieu ; ils suivent Jean le Baptiste dont ils ont reçu le baptême. Avec leur maître, ils attendent celui qui doit venir. Ils ne savent pas qui, ni quand, mais ils font confiance à leur maître. Aussi, quand Jean leur annonce, en voyant Jésus : Voici l’Agneau de Dieu, ils ne se posent pas beaucoup de questions. Ils se mettent en route, ils suivent Jésus. Il a suffi d’une parole mystérieuse de Jean pour qu’ils suivent Jésus. Remarquez leur prudence toutefois. Ils ne s’élancent pas vers Jésus ; ils ne l’apostrophent pas : attends-nous ! Ils ne font même pas comprendre à Jésus qu’ils le suivent. Je crois qu’ils sont surtout curieux ; ils suivent, quelques pas en arrière. C’est Jésus qui remarque qu’il est suivi et qui les interroge. C’est Jésus qui les invite à faire un pas de plus : Venez, et vous verrez. Et de ce jour, ils ne le quitteront plus : ils restèrent auprès de lui ce jour-là. L’un d’eux, André, le frère de Simon-Pierre, va encore plus loin après ce premier jour. Il trouve Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », et il amena son frère à Jésus. Qu’a-t-il vu auprès de Jésus pour comprendre qu’il est le Christ, et pour risquer son frère dans l’aventure ? Nous ne saurons jamais. Mais cela nous dit quelque chose de notre rôle à nous aujourd’hui : nous avons, comme André, à témoigner de ce que nous trouvons auprès de Jésus. Il n’y a pas de réponse unique que je pourrais vous donner maintenant et qu’il suffirait de répéter. Non, c’est l’expérience personnelle de chacun, sur une parole de foi donnée (Voici l’Agneau de Dieu), qui nous permet de mieux connaître Jésus et de le faire connaître. Si Jean le Baptiste n’avait rien dit, il ne se serait rien passé. Si Jean le Baptiste avait retenu ses disciples, il ne se serait rien passé ce jour-là. Si André n’avait pas suivi et vu quelque chose en Jésus, il n’aurait pas appelé son frère. Ça ne veut pas dire que Simon ne serait jamais venu à Jésus ; ça veut juste dire que cela se serait fait autrement. Ne sous-estimons pas le rôle que nous avons à jouer auprès de nos familles, de nos amis, dans nos quartiers. Si personne ne parle de Dieu au monde d’aujourd’hui, comment ce monde connaîtra-t-il l’amour et la miséricorde de Dieu ? 

            Nous sommes tous le André de quelqu’un qui nous révèle un peu plus Jésus ; nous sommes tous le André de quelqu’un qui a besoin de notre parole pour lui révéler Jésus et l’amener à lui. Nous avons tous à connaître toujours mieux Jésus, à être curieux de lui ; nous avons tous à témoigner de lui, à la mesure de ce que nous connaissons, à la mesure de ce que nous vivons avec lui. C’est ainsi que nous connaîtrons Dieu ; c’est ainsi que nous le faisons connaître. Car Dieu a voulu avoir besoin de nous pour parler de lui ; Dieu a voulu avoir besoin de nous pour témoigner de lui et mener nos frères en humanité à lui. En faisant ainsi, l’humanité retrouvera le goût de Dieu, le goût d’une vie plus grande. Quand Dieu lui parlera, elle deviendra la servante qui écoute. Commençons et le monde suivra. Amen. 


lundi 13 juin 2022

Trinité C - 12 Juin 2022

 Parce que Dieu est un être de relation...



Jacomart, La Trinité, milieu du XVe siècles, Valence (Espagne)





                Nous sommes à peine revenus dans le temps ordinaire près le long temps pascal, et voici que nous devons déjà affronter ce mystère de la Trinité qui défie toute logique ordinaire ; au point où nous pouvons légitimement nous interroger : n’y a-t-il pas une opposition entre la simplicité de l’ordinaire et la complexité de ce mystère ? Pour nous éviter des maux de tête sans fin ainsi qu’une cure inutile d’anti-douleurs, accordons-nous sur ceci : nous ne chercherons pas ce matin à comprendre ce mystère sur la base d’une équation mathématique, et un plus un plus un feront toujours encore trois. 

            Puisque nous laissons tomber les mathématiques, essayons d’entrer dans ce mystère par l’expérience humaine la plus basique. Elle peut se résumer dans cette affirmation de Dieu lui-même concernant l’homme au livre de la Genèse : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Cette affirmation de Dieu conduira, en Genèse chapitre deux, à la création de tous les animaux dans un premier temps ; mais l’homme ne trouvant personne qui lui ressemble, Dieu finira par créer la femme, au sujet de laquelle l’homme dira en la voyant : Voici l’os des os, la chair de ma chair, comprenons celle qui est comme moi. Que cette histoire ne nous égare pas cependant ! Elle veut illustrer, à partir de l’homme, une vérité sur Dieu. Si Dieu reconnaît qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, c’est peut-être tout simplement parce que Dieu n’est pas seul en lui-même. D’ailleurs, en Genèse chapitre un, Dieu crée l’homme, homme et femme, en un même mouvement. Dès le départ, il en fait un être de relation : et la bible dit dans ce même chapitre premier que Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Si donc l’homme, image et ressemblance de Dieu, est fait comme un être de relation, Dieu, son Créateur ne l’est-il pas le premier ? L’affirmation de Dieu pourrait donc s’entendre ainsi : Il n’est pas bon que l’homme soit seul puisque je ne suis pas seul ! Ceci nous éviterait aussi de croire que Dieu aurait créé l’homme parce qu’il était seul dans l’univers et qu’il s’y ennuyait. Car si tel était le cas, il n’aurait pas dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul ; l’homme aurait eu Dieu, comme Dieu aurait eu l’homme ! Je crois que Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire qu’il en a fait un être de relation, parce que c’est ce qu’il est profondément en lui-même. Et nous savons qu’au commencement, avant la création, Dieu n’est pas seul : l’Esprit de Dieu plane sur les eaux et Dieu va faire sa création par son Verbe, sa Parole, dont Jean nous dira, dans le prologue de son Evangile que c’est Jésus. 

            Que Dieu soit un être de relation, trois personnes en une seule substance divine, comme le rappellera la préface de notre solennité, est intéressant pour l’homme. Cela lui donne trois voies pour accéder à la connaissance de Dieu. C’est toujours l’expérience humaine qui peut nous servir ici. Il suffit de réfléchir un instant comment vous êtes entrés en relation avec les personnes que vous connaissez, ou bien, puisque nous sommes dans la chapelle du Carmel, comment vous en êtes venus à connaître ce lieu. Certains l’auront connu par une sœur en particulier, peut-être quelqu’un de la famille qui est entré dans cet Ordre. D’autres l’auront découvert en passant devant le bâtiment ; d’autres peut-être par les écrits soit de Sainte Thérèse (la grande ou la petite) ou ceux de St Jean de la Croix… Des chemins différents vous ont menés vers la spiritualité du Carmel. De même, tous ne découvrent pas Dieu de la même manière. Certains commencent par lire un évangile et découvre Jésus qui les mènera à la connaissance de son Père. D’autres font des expériences charismatiques très fortes ; c’est l’Esprit Saint qui les conduira à la connaissance de Dieu. D’autres ont fait l’expérience de la paternité de Dieu qui les conduira vers le Christ par la puissance de l’Esprit Saint. Parce qu’il est être de relation en lui-même et non pas un monolithe, nous pouvons chacun parvenir à sa connaissance par des voies qui nous sont propres, et c’est heureux. C’est reconnaître l’importance de notre expérience personnelle dans notre vie spirituelle. Parce que Dieu n’est pas un discours, parce que Dieu n’est pas une belle idée, nous pouvons faire l’expérience de sa rencontre à partir de chacune des personnes de la Trinité. Aucun chemin n’est meilleur qu’un autre, chacun conduisant à la révélation de l’unique Dieu, Père, Fils et Esprit. 

            Ceci nous amène alors à notre conclusion. Puisque Dieu est un être de relation comme nous, il nous faut donc quitter le registre des idées pour entrer pleinement en relation d’alliance avec lui. Tout le but de la catéchèse aujourd’hui n’est pas de procurer une connaissance scientifique ou livresque sur Dieu : le but de la catéchèse, c’est d’amener le cœur d’un homme vers le cœur de Dieu, en lui permettant de faire l’expérience de la présence de Dieu dans sa vie. Ce que la Sagesse de Dieu déclarait à son propre sujet, nous devons le faire nôtre et en faire l’expérience : Le Seigneur m’a fait pour lui. Être de relation comme Dieu lui-même, nous sommes faits pour lui, nous sommes faits pour le rencontrer et pour vivre dans son Alliance. L’eucharistie que nous célébrons nous offre de vivre cette expérience en nous faisant chanter les merveilles que Dieu le Père réalise pour nous, par son Fils Jésus, dans la puissance de son Esprit. Il n’y pas d’expérience trinitaire plus forte que celle-ci. J’en veux pour preuve la doxologie qui conclut la grande prière eucharistique : Par le Christ, avec le Christ et en Christ, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. Amen.