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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 10 février 2024

6ème dimanche ordinaire B - 11 février 2024

 Tu peux me purifier.






  

 

            Nous pouvons aisément comprendre, je crois, la position dure de Moïse qui recommande à son frère Aaron de tenir pour exclus du camp ceux qui seraient marqués par la lèpre. Il n’existe ni remède, ni protection sérieuse, à son époque, contre ce fléau. Pour préserver le plus grand nombre, il faut sacrifier celui qui est malade. Et pour bien faire comprendre la gravité de la chose, on ne parlera pas de maladie, mais d’impureté, justifiant religieusement, l’incapacité à vivre au milieu du peuple que Dieu a choisi et qu’il a voulu libre de toute entrave. Or la lèpre, rongeant le corps, va petit à petit renfermer celui qui en est touché et entraver la liberté que Dieu a donnée à son peuple en le sortant d’Egypte. L’impureté proclamée par le malade signifiait son exclusion de la communauté humaine d’abord, et de la communauté croyante ensuite. 

            Nous pouvons alors être surpris de l’audace de ce lépreux qui s’approche de Jésus pour le supplier : Si tu le veux, tu peux me purifier. La règle énoncée par Moïse n’est pas respectée : il ne crie pas « impur », il ne se tient pas à l’écart. Mais ce qui doit nous surprendre le plus, c’est sa foi et la certitude que Jésus peut quelque chose pour lui. Ce qui doit nous surprendre davantage, c’est qu’il reconnaît, sans le dire ouvertement, que Jésus est le Messie. Relisez tous les textes de la Première Alliance qui parlent des signes qui accompagnent la venue du Messie ; la guérison de la lèpre en fait partie : les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris. Il fallait à ce lépreux, non seulement de l’audace pour approcher Jésus, mais aussi une grande foi pour croire que celui-là pouvait quelque chose pour lui. Jésus vient juste de commencer sa mission, et même si ça réputation grandit, il n’en est pas moins un inconnu pour beaucoup. Et pourtant, il vient supplier Jésus : Si tu le veux, tu peux me purifier. Il nous faut noter la grande délicatesse de cet homme rongé par ce mal. Il n’exige rien ; il ne fait pas de reproche ; il ne se plaint pas ; pas de « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? ». Il supplie et en appelle à la compassion de Jésus : Si tu le veux… Comment Jésus, celui qui est venu faire la volonté de son Père, pourrait-il ne pas vouloir la purification de cet homme ? Comment Jésus pourrait-il renvoyer cet homme sans manifester, ici et maintenant, que la volonté de son Père est bien que tout homme ait la vie, et qu’il l’ait en abondance ? 

            Personne ne sera surpris de la réponse de Jésus : Je le veux, sois purifié. Ni du résultat de cette parole folle à vue humaine : à l’instant même la lèpre le quitta et il fut purifié. Nous pouvons alors nous interroger ; de quoi voulons-nous que Jésus nous purifie ? Quelle est ma lèpre qui me tient loin de mes frères et sœurs en humanité ? Quelle est la lèpre qui me tient loin de ma communauté ? Et, l’ayant identifiée, il nous faudra la même audace et la même confiance, pour oser crier vers Jésus : Si tu le veux, tu peux me purifier… A partir de ce mercredi, quarante jours nous seront donnés pour identifier notre lèpre et trouver l’audace de venir à Jésus. Il n’y a pas de lèpre qu’il ne puisse purifier. Il n’y a pas d’exclus qu’il ne puisse réintégrer ; il n’y a pas de péché qu’il ne puisse pardonner si nous reconnaissons avec audace en lui celui que Dieu envoie pour faire toutes choses nouvelles. Nos lèpres spirituelles ne sont rien face à l’immense amour que Dieu nous porte ; nos lèpres spirituelles ne sont rien pour Jésus qui agit dans la puissance de l’Esprit Saint. Il nous faut juste reconnaître en lui cette puissance ; il nous faut reconnaître en lui celui qui peut nous purifier et qui le veut. C’est une question de confiance ; c’est une question d’audace ! 

            Conscients de ce que nous sommes, conscients de nos forces et de nos faiblesses, osons nous approcher de Jésus. Que la Parole entendue nous éclaire sur les lèpres qui nous rongent ! Que le Pain rompu nous donne de reconnaître en Jésus celui qui s’offre en nourriture pour notre salut ; que l’Esprit Saint, reçu en partage au moment de notre baptême, nous donne l’audace de croire en Jésus et de répandre la Bonne Nouvelle de sa présence au milieu de son peuple. Libérés de la servitude de nos lèpres, nous serons ses témoins et nous dirons aux hommes ses merveilles pour eux. Ainsi le monde connaîtra Jésus ; ainsi le monde croira en Jésus ; ainsi le monde sera sauvé par Jésus. Amen.  

samedi 13 février 2021

6ème dimanche ordinaire B - 14 février 2021

 Je le veux, sois purifié.



(Jésus guérit un lépreux, Mosaïque XII-XIIIème siècle, Cathédrale de Monreale, Sicile)




            A trois jours de l’entrée en Carême, il est heureux que la liturgie nous fasse entendre ce récit de la guérison d’un lépreux. Maladie terrible entre toutes à une époque où n’existait aucun traitement, elle était excluante, la communauté devant se protéger de toute contagion. Nous comprenons donc les recommandations faites par le Seigneur à Moïse au sujet de ceux qui sont touchés par cette maladie : ils vivront à l’écart, ils seront impurs. Plus surprenante cependant la réaction de Jésus. Regardons de plus près. 

            Alors qu’il aurait fallu tenir le lépreux à distance, Jésus se laisse approcher. Lépreux ou pas, voilà quelqu’un qui a besoin de lui, quelqu’un qui a une demande à formuler. Remarquer l’humilité de cet homme : il sait que Jésus peut quelque chose pour lui ; il sait que, grâce à Jésus, il peut être réintégré dans la communauté. Mais il n’exige rien. Il ne vient pas dire : je veux être guéri. Non, il se fait humble, et tombant à ses genoux, dit à Jésus : : Si tu le veux, tu peux me purifier. Non pas je veux, mais si tu le veux. Face à Jésus, son désir de guérison est moins important pour lui que le désir de Jésus. S’il a bien compris qui est Jésus, il sait que Jésus peut réaliser cette merveille pour lui ; il n’a, je crois, aucun doute à ce sujet. Mais il est conscient aussi, me semble-t-il, que Jésus ne fait rien par hasard. Je ne sais comment, mais il me semble que ce lépreux a compris que la mission de Jésus s’inscrit dans quelque chose de plus grand, dans ce que nous appelons le projet de salut de Dieu. Si tu le veux, c’est comme pour dire si j’entre dans ce grand projet, je sais que tu me guériras. Et peut-être qu’il a même accepté qu’il puisse ne pas entrer dans ce projet. Si tu le veux : c’est toi qui décides, je suis prêt à me laisser faire, je m’abandonne à toi.

            Comment Jésus aurait-il pu ne pas être saisi de compassion ? Bien sûr qu’il va faire quelque chose. Il étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois purifié. Remarquez la tendresse de Jésus qui n’hésite pas à toucher celui qui se prosterne devant lui. Il ne se contente pas d’une parole, il ose un geste tendre, alors qu’il n’a aucun gel hydroalcoolique. Quelle leçon pour notre époque qui ne parle plus que de gestes barrières, qui abolit toute tendresse, qui anéantit toute humanité ! Jésus vient nous redire que l’autre, quelle que soit sa maladie, est toujours un humain et que tout doit être fait pour le garder dans la communauté humaine. Le projet de Dieu pour l’homme, c’est un homme debout, un homme vivant, un homme en relation. Le Je le veux de Jésus n’est en rien une parole d’enfant gâté qui exige tout et n’importe quoi ; il est la manifestation claire et sans ambiguïté de la volonté de Dieu pour chaque homme. Et puisque, à l’époque de Jésus, une maladie grave est souvent identifiée comme le résultat d’un péché, Jésus vient bien dire que Dieu veut l’homme libre même du péché, c'est-à-dire libre de la source même du Mal. D’où l’injonction de Jésus : Va te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : ce sera pour eux un témoignage. Témoignage de quoi ? Témoignage de l’intervention de Dieu en faveur d’un de ces petits qui sont ses préférés ; témoignage que Dieu vient à la rencontre de l’homme quand celui-ci exprime son désir de Dieu ; témoignage que le Règne de Dieu est à l’œuvre, qu’un temps nouveau est ouvert ; témoignage que le Mal peut être vaincu.  

            Dans trois jours, nous ouvrirons le temps du Carême. C’est justement un temps de purification, un temps de retour vers Dieu, un temps pour accueillir dans notre vie le désir de Dieu de nous sauver. Nous pourrons être ce lépreux qui se prosterne devant Jésus et lui exprimer notre attente : Si tu le veux… Et nous l’entendrons nous répondre : Je le veux !  C’est une certitude, ce doit être notre certitude. Dieu ne reste pas sourd à nos appels ; il veut notre salut. N’ayons pas peur de l’approcher, n’ayons pas honte d’exprimer humblement notre demande. Jésus veut toujours nous sauver ; il est venu pour nous sauver. Amen.