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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 19 décembre 2020

4ème dimanche de l'Avent B - 20 décembre 2020

 Notre Dieu est Dieu-avec-nous.



(Tableau d'Arcabas, l'Annonciation, Source internet)


               S’il est une conviction qui ne doit jamais nous quitter, pas seulement en temps de crise comme c’est le cas actuellement, mais en tout temps, c’est cette conviction rappelée par l’ange Gabriel à Marie dans sa salutation : Le Seigneur est avec toi. Le Dieu qui se révèle dans la Bible, de sa première à sa dernière page, est Dieu-avec-nous. C’est pour cela que l’histoire que nous vivons est une histoire sainte, car marquée par la présence de Dieu à nos côtés, toujours. 

            Cette conviction est l’expérience fondatrice de notre foi. Elle est à la fondation même de l’humanité. Dieu crée l’homme pour être avec lui. Nous le voyons dès la Genèse, lorsque le Seigneur fait le tour de son jardin et n’y trouve plus l’homme, celui-ci s’étant caché de lui après avoir découvert qu’il était nu. La question de Dieu, adressée à chacun de nous, résonne encore à nos oreilles : Homme, où es-tu ? Comprenons dans cette question toute la surprise de Dieu, son étonnement, (sa déception ?) devant l’absence de l’homme qu’il est venu visiter. Le Dieu-avec-nous se retrouve seul, dans ce jardin planté pour l’homme. Depuis ce jour, il n’est pas un homme, une femme, un enfant de la Bible, qui n’ait pas fait cette expérience de Dieu-avec-nous. 

            David, le grand roi, l’a fait dans sa vie depuis que Dieu est allé le prendre pour en faire un roi pour Israël, le peuple que Dieu s’est choisi. Il a connu cette présence de Dieu alors même que Saül était encore roi et cherchait à lui nuire. Il est devenu ce grand roi grâce à la présence de Dieu dans sa vie. C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé… le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Même quand David ne sera plus de ce monde, Dieu sera toujours Dieu-avec-lui et continuera d’agir pour lui : Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Cette présence de Dieu au cœur de la vie de l’homme n’est pas la présence d’un instant, c’est une présence pour toute éternité. 

            En ce sens, la finale de la salutation adressée par l’ange à Marie n’a donc rien d’exceptionnelle. Elle pourrait nous être adressée à tous puisque Dieu est avec nous depuis le jour où il nous appelé à la vie. Ce qui est particulier à Marie, c’est le nom que l’ange lui adresse : Comblée-de-grâce. Non seulement Marie peut avoir la certitude, comme tout un chacun, que Dieu est avec elle, mais en plus elle est la Comblée-de-grâce. En elle, la présence de Dieu-avec-nous atteint des sommets parce que le cœur de Marie est tout entier en Dieu. En fait, l’annonce de l’ange est possible, non parce qu’il a été envoyé par Dieu pour la faire, mais parce que là, devant lui, se tient l’humanité-avec-Dieu. Dans cette scène de l’Annonciation, Dieu-avec-nous se lie avec l’humanité-avec-Dieu. La naissance de l’Enfant-Dieu peut être annoncée parce que chacune des parties concernées (Dieu et l’humanité) sont l’un avec l’autre. Le « Oui » de Marie vaut pour elle bien sûr, mais il vaut aussi pour toute l’humanité qui, reconnaissant que Dieu est Dieu-avec-nous, choisit à son tour d’être humanité-avec-Dieu.

            Notre Dieu est Dieu-avec-nous. La liturgie nous le rappelle quatre fois au cours de l’Eucharistie qui nous rassemble, avec cette salutation adressée par le prêtre à l’assemblée : le Seigneur soit avec vous. Elle n’est rien d’autre que cette affirmation de la présence du Seigneur à l’assemblée des fidèles. Elle redit aussi que nous ne nous rassemblons pas en vain, mais bien pour être en présence du Ressuscité qui nous livre sa Parole et son Pain, et pour vivre de Lui et avec Lui jusqu’à notre prochain rassemblement. C’est un prêtre qui vous adresse cette salutation, sous forme de souhait, pour vous rappeler que c’est le Christ qui vous rassemble, vous enseigne, vous nourrit et vous renvoie chez vous. Et votre réponse, sous forme de souhait également (Et avec votre esprit) renvoie au prêtre cette même certitude dont il doit vivre aussi et qui le met en attitude de service : que le Seigneur soit avec le souffle qu’il t’a donné et qui fait de toi un prêtre pour l’accomplissement de ton service. A chacun est rappelé l’unique essentiel : le Christ, que l’assemblée est venue entendre et recevoir, et que le prêtre doit veiller à servir au mieux dans le peuple qui lui est confié. 

            Le Seigneur est avec toi. Comme Marie, accueillons cette salutation. Comme Marie, soyons attentifs à ce que Dieu attend de nous. Comme Marie, sachons répondre et dire notre désir d’être humanité-avec-Dieu. Alors tout peut advenir selon la parole du Seigneur. Amen.

jeudi 13 avril 2017

Vendredi Saint - 14 avril 2017

Mon serviteur réussira !






Depuis dimanche, les petits détails retiennent mon attention : ce furent d’abord l’ânesse et son ânon qui nous ont évangélisé dimanche ; hier au soir, c’est le repas même auquel Jésus nous a invité qui a retenu notre attention. En ce vendredi saint, le petit détail qui change tout, c’est le premier verset entendu du prophète Isaïe. Souvenez-vous… 
 
Mon Serviteur réussira, dit le Seigneur. Il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! Cette affirmation de Dieu au prophète Isaïe, l’Eglise l’a toujours appliquée au Christ, au Christ mourant en croix. Elle est une première annonce de la résurrection au moment même où nous rappelons la mort de Jésus. La liturgie de ce jour si particulier semble nous dire, avant même que nous ne lisions la Passion, que l’histoire que nous venons de revivre ne saurait s’arrêter là, au seuil de la tombe. L’annonce prophétique est une promesse que Dieu va réaliser, c’est sûr ! 
 
Mais n’allons pas trop vite à la joie de Pâques. Pour l’heure, Jésus est mort et c’est bien à cause de nous qu’il est mort. Ô bien sûr, ni vous, ni moi n’étions là, le jour où Jésus fut crucifié. Nous n’avons pas crié avec la foule, nous n’avons pas fui avec les disciples, nous n’étions ni Judas qui trahit, ni Pierre qui renie, ni Pilate qui condamne. Pourtant, c’est bien à cause de nous, à cause des hommes, ceux de son époque, ceux des temps passés et ceux des temps à venir, que Jésus est mort. Mort à cause du péché des hommes. Mort à cause de notre capacité à faire le mal. Mort à cause de nos refus de Dieu. Mort à cause de l’amour que Dieu nous porte même lorsque nous vivons loin de lui. Mort parce que Dieu ne saurait se résoudre à voir mourir l’homme. Mort parce que, pour Dieu, l’homme est fait pour vivre. Et si l’homme préfère la mort, alors Dieu va affronter cette mort pour que l’homme puisse vivre ! 
 
C’est surprenant cette capacité qu’a Dieu de s’appuyer même sur nos erreurs et nos péchés, c’est à dire sur nos refus de Dieu, pour quand même réaliser son projet d’amour. C’est comme s’il nous disait : vous ne voulez pas m’écouter ? Qu’à cela ne tienne ! Je vous enverrai des prophètes, choisis au milieu de vous, pour vous dire ma parole. Vous ne voulez pas écouter les prophètes ? Qu’à cela ne tienne ! Je viendrai personnellement, en mon Fils, pour vous parler comme un Père parle à ses enfants, comme un Frère parle aux siens. Vous le rejetez ? Qu’à cela ne tienne ! S’il doit mourir pour que vous ouvriez les yeux, je l’accompagnerai. Je mourrai avec lui sur la croix. J’irai jusqu’au bout. Mais je prendrai avec moi votre péché, je me chargerai de votre mal, celui qui vous ronge de l’intérieur et vous empêche d’être vraiment libre. Je combattrai ce mal, et je vaincrai, parce que je suis Dieu ! Je vaincrai et vous croirez ! 
 
Oui, Jésus meurt parce qu’il est le seul Juste, le seul à être totalement et parfaitement Dieu tout en étant totalement et parfaitement homme. Jésus meurt, parce que Juste, il pouvait prendre sur lui le péché des hommes, péché qu’il n’a pas commis, qu’il n’a jamais commis, sûr que Dieu, son Père, ne laisserait pas commettre une nouvelle injustice. Et si aujourd’hui, les hommes semblent avoir gagné, si aujourd’hui le mal semble avoir triomphé, il ne faut pas que les ténèbres crient victoire trop vite. En Dieu, le Vivant, la mort n’est pas la fin. En Dieu, source infinie de vie, la mort n’est pas un obstacle, ni un frein à la vie. Tant que Dieu sera Vie, tant que Dieu sera amour, la mort ne saurait triompher définitivement. 
 
Aujourd’hui, c’est le jour de victoire de la mort. Aujourd’hui, le Mal semble avoir le dessus. Qu’il savoure ce moment ! Que ceux qui croient que Dieu est définitivement hors jeu parce que son Fils est au tombeau se hâtent de faire la fête. Car demain est un autre jour. Demain sera le jour de Dieu, et nous verrons bien comment se poursuivra cette histoire.  Et nous verrons bien si la vie est perdue. Acceptons aujourd’hui de garder le silence. Acceptons aujourd’hui de descendre à la tombe.  Acceptons aujourd’hui que Dieu soit mort. Mais gardons la foi, tenons ferme dans l’espérance. Celui qui est mort est celui qui a promis d’être avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin, jusqu’à son retour. Attendons dans le silence le Maître de la Vie. Il va venir et nous vivrons. Et nous exulterons à notre tour. Oui le serviteur de Dieu réussira, il sera exalté, parce qu’en lui est la vie du monde ; en lui est notre avenir ! AMEN.


(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 25 février 2017

08ème dimanche ordinaire A - 26 février 2017

Moi, je ne t'oublierai pas, dit le Seigneur !





            Dimanche dernier, la liturgie nous invitait à nous élever à la hauteur de Dieu lui-même. L’horizon qui nous était indiqué, n’était rien moins que la sainteté de Dieu lui-même : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Mais voilà, vous et moi, nous savons bien que cela est plus vite dit que fait. Et si nous n’y arrivions pas ? 
 
La première lecture de ce dimanche semble se faire l’écho d’un tel échec. Il semble n’y avoir plus rien entre Jérusalem et son Seigneur. Ecoutez-la se plaindre : Jérusalem disait : Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. Le temps de la splendeur est passé ; Jérusalem n’est plus rien. C’est la catastrophe, la ruine complète. Ce qui est surprenant, c’est l’attitude très humaine de Jérusalem. Elle ne semble pas se remettre en cause. Elle accuse Dieu de l’avoir abandonnée. ; il serait la cause de tous ses malheurs. N’est-ce pas là notre attitude devant les difficultés de la vie ? Trouver un responsable, autre que nous, qui nous empêcherait de trop nous regarder, de trop chercher en nous ce qui a pu causer les difficultés. Cela se traduit parfois par un : Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? Dieu, la cause de tous nos malheurs ! Si tel est le cas, il faudrait s’en débarrasser. Mais écoutez bien Jérusalem. Dans sa plainte, n’y a-t-il pas aussi le regret des jours passés et le désir de retrouver quelque chose de sa splendeur éteinte ? Sa plainte ne serait pas alors accusation, mais bien lamentation, au sens du lamento, ce chant de tristesse et de déploration. Jérusalem s’est bien regardée, elle sait ce qui l’a conduit à cet éloignement de Dieu. Et elle veut croire, dans sa lamentation, que ce n’est peut-être pas trop tard ! En prononçant ce que l’on peut entendre comme une prière, elle espère une réponse, une réaction. Dieu peut-il rester sourd ? 
 
La réponse ne tarde pas : Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? La question peut surprendre et celles et ceux qui sont parents savent bien que cela est impossible. Quand on a donné la vie, on est engagé à vie. Et quand bien même le rejeton devait décevoir, les parents n’en seraient pas moins parents. Pour Dieu, c’est pareil et même plus fort encore : Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur. Quelle belle espérance s’ouvre pour tous les hommes ! Ils ont la certitude de n’être jamais laissé à eux-mêmes ; ils ont la certitude de n’être jamais seuls. Tous les hommes peuvent bien les oublier y compris leurs parents, Dieu n’oubliera aucun de ceux qu’il a appelés à la vie. Il est le rocher sur qui nous pouvons nous appuyer ; il est le refuge qui nous protège ; il est notre salut. Tout est dit par le psalmiste qui répond ainsi à la promesse de Dieu d’être toujours avec nous : Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. 
 
Avons-nous cette même certitude ancrée profondément en nous ? Savons-nous, dans la détresse, crier vers Dieu avec confiance, sûrs non seulement qu’il peut quelque chose pour nous, mais sûrs aussi qu’il va intervenir en notre faveur ? Nous sommes à trois jours de l’entrée en Carême, un temps béni pour réapprendre à crier vers Dieu en confiance. Ce dimanche nous donne déjà le ‘la’, un avant-goût de la confiance retrouvée, un avant-goût de la tendresse de Dieu à notre égard. Si la rudesse du Carême à venir venait à nous décourager, souvenons-nous de ce dimanche qui nous rappelle que nous recevons tout de Dieu. Il est le seul que nous devons chercher ; il est le seul dont nous devons avoir le souci parce que lui, le premier, a le souci permanent de nous : Je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur ! Il nous veut à sa hauteur, il nous met à sa hauteur, pour sa gloire et notre salut. Amen.

samedi 17 décembre 2016

04ème dimanche de l'Avent A - 18 décembre 2016

Jésus, Emmanuel !




Lorsqu’un enfant est annoncé, la première question qui jaillit, mise à part celle de son sexe, est bien celle du nom. Comment l’appellerez-vous ? Et à voir toute la littérature qui existe aujourd’hui sur le sujet, le top vingt des prénoms les plus à la mode publié chaque année, on peut se demander si les nouveaux parents sont vraiment libres de leur choix. Selon que vous habitiez à Paris, Strasbourg ou Marseille, en ville ou à la campagne, il semblerait que toute une série de critères vous influence, bien malgré vous.
 
La question n’est pas neuve. Dans l’Evangile, lorsqu’il s’agit de nommer le futur Jean le Baptiste, il est rétorqué à sa mère qui avait dit : il s’appellera Jean !, que personne dans la famille ne porte ce nom-là ! Et nous venons d’entendre, dans l’Evangile de ce jour, que l’enfant qui grandit dans le sein de Marie reçoit pareillement son nom d’un autre, le Tout-Autre. L’ange qui apparaît à Joseph lui déclare, en effet : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui grandit en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire le Seigneur-sauve. Et plus loin, rappelant la prophétie d’Isaïe : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : Dieu-avec-nous. Vous pouvez, certes, discuter de la beauté des prénoms annoncés, mais reconnaissez-le, leur sens est riche de promesses. 
 
Jésus, Emmanuel ! En deux prénoms, tout est dit de cet enfant. Ce ne sont pas des prénoms qu’il portera, mais tout un programme de vie. Grâce à eux, les hommes sauront que Dieu lui-même est entré dans l’Histoire et qu’il vient proposer ce que les hommes n’osent plus espérer : le salut ! Dans un monde en crise, le nom de Jésus résonne comme une promesse d’avenir. Au milieu d’un peuple perdu, le nom d’Emmanuel rappelle que les hommes ne sont pas livrés à eux-mêmes, qu’au milieu d’eux Dieu est présent. Deux prénoms à tenir ensemble pour se souvenir que la présence de Dieu n’est pas source d’embêtement pour les hommes, mais source de salut, c’est-à-dire source d’avenir, source de vie, source de joie, source de paix. En ces temps troublés qui sont nôtres, en ces temps où des hommes utilisent le nom de Dieu à des fins politiques et destructrices, il me semble bon de nous rappeler que Dieu veut le meilleur pour l’homme, que Dieu veut la vie pour l’homme, que Dieu veut le bonheur pour l’homme. Et pour que ces promesses soient garanties et tenues pour vraies, il envoie son propre Fils dans le monde. 
 
A l’Annonciation, c’est bien ce qui a été annoncé à Marie ; elle a pu dire oui en toute quiétude, sachant que Dieu gouvernait sa vie. Dans ce songe à Joseph que l’Evangile nous rapporte en ce dimanche, c’est la même promesse qui est faite à l’époux de Marie, troublé par cette grossesse inattendue. A son tour, il peut dire oui au projet de Dieu et prendre chez lui son épouse. Un jour, Jésus lui-même devra dire oui au projet de Dieu pour les hommes. Il prendra alors les chemins de Palestine qui le conduiront à Jérusalem et à la croix. En attendant ces jours, c’est à nous d’accueillir les promesses de Dieu, c’est à nous d’entrer dans le projet d’amour, projet de salut de Dieu pour tous les hommes. Notre temps de l’Avent qui entre dans sa dernière semaine voulait nous y préparer. Il nous reste quelques jours pour y consentir et accueillir, en connaissance de cause, celui que Dieu a promis : Jésus, Emmanuel ! Dieu avec nous, Dieu pour nous, Dieu pour notre vie et notre avenir, aujourd’hui et toujours. Amen.

samedi 25 juin 2016

13ème dimanche ordinaire C - 26 juin 2016

Je te suivrai partout où tu iras.





Reconnaissons-le : il arrive que des mots sortent de notre bouche sans que nous les ayons vraiment réfléchis. Et souvent, sitôt dit, ils sont sitôt regrettés ; comme si nous réalisions un peu tard ce qu’ils signifient. Je me demande s’il n’en est pas un peu ainsi avec cet homme qui dit à Jésus : Je te suivrai partout où tu iras ! Sait-il seulement ce qu’il vient de dire ? Sait-il que Jésus marche vers Jérusalem ? Peut-être ! Sait-il que Jésus marche ainsi vers sa mort ? J’en doute ! Jésus n’a confié ce secret qu’aux Douze ! Je crains vraiment que cet homme ne saisisse pas bien la portée de son affirmation. A moins qu’il ne soit extraordinaire de lucidité et qu’il ait réussi à percer les projets de Dieu ! Cette affirmation rejoindra ainsi la longue liste des affirmations faites à l’emporte-pièce qui n’engagent que leurs auteurs, et encore ! 
 
Puisque la liturgie nous remet en mémoire cet épisode de la vie de Jésus, il nous faut alors nous interroger personnellement : que signifie cette phrase pour nous ? Car enfin, nous la disons bien, peut-être pas avec ces mots, mais avec nos gestes, nos symboles, nos sacrements ! N’y a-t-il pas quelque chose de cette affirmation dans chaque sacrement ? En venant à la messe chaque dimanche, n’est-ce pas une manière de dire que nous voulons être avec Jésus ? En nous engageant à la suite du Christ par le baptême, n’est-ce pas justement cela que nous disons : avec toi, Jésus, je veux aller partout ? 
 
Alors que signifie cette phrase lorsque l’on baptise par habitude plus que par conviction ? Que signifie cette phrase pour l’enfant qui a fait sa première communion, et pour qui celle-ci semble être sa dernière ? Que signifie cette phrase pour le confirmand qui achève son initiation et qui lâche tout, juste après, parce que, vous comprenez, il a tant à faire, le pauvre ? Que signifie cette phrase pour les époux qui se séparent à la première tempête, rompant ainsi l’alliance qu’ils avaient juré de garder ? Que signifie cette phrase pour les prêtres, ordonnés au service de Dieu et des frères, lorsqu’ils se découragent devant des situations ainsi énumérées ou trahissent gravement leur sacerdoce ? Notre parole a-t-elle du sens ? Notre parole a-t-elle du poids ? Ou faut-il se contenter de suivre le mouvement, et n’en pas demander plus ? 
 
Je te suivrai partout où tu iras ! Et si cette affirmation sonnait pour nous comme un réveil ? Et si cette phrase était avant tout un défi à relever, avec le Christ ? Pouvons-nous imaginer ce que serait nos communautés si nous prenions Jésus et son Evangile au sérieux ? N’est-ce pas là une provocation salutaire ? Je te suivrai partout où tu iras, même si c’est difficile, même et surtout sans savoir où tu veux me conduire. Je te suivrai parce que tu me montres le chemin, ce chemin qui mène à la solitude du Vendredi Saint et de la Croix pour parvenir à la clarté du matin de Pâques et au cri de joyeuse espérance. Je te suivrai partout où tu iras, parce que là se trouve ma joie, là se trouve ma vie. Et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas ! Je te suivrai partout où tu iras, même et surtout s’il y a des jours où je m’en trouve indigne parce que mon péché, ma finitude, me semblent m’en rendre indigne. Je te suivrai partout où tu iras parce que je sais que là se trouve ma purification, mon soutien sur le chemin de la sainteté. Parce qu’il ne faut pas attendre d’être saint pour suivre le Christ : il suffit de l’avoir rencontré, de vouloir l’écouter et de partager avec lui ce qui fait notre vie. 
 
Je te suivrai partout où tu iras ! Ce n’est donc pas seulement une belle phrase, c’est une vraie profession de foi en Dieu, en l’homme, en leur avenir commun. Elle devrait rappeler à chaque baptisé à quoi il s’est engagé un jour ; à chaque communiant que Dieu est toujours présent, invitant sans cesse au repas de son amour ; à chaque confirmé que Dieu offre toujours et encore sa présence par son Esprit Saint ; à chaque couple en difficulté que Dieu offre son amour et sa fidélité pour soutenir les leurs ; à chaque pécheur que Dieu est miséricordieux et qu’il attend et espère le retour du fils prodigue ; à chaque malade que Dieu lui-même partage son lit de souffrance et ouvre un vrai chemin de vie ; à chaque prêtre que là est justement sa vie puisque c’est aussi celle de Dieu. 
 
Seigneur, je te suivrai partout où tu iras ! Si nous refaisions nôtre, en vérité, cette affirmation, le Christ aurait de quoi reposer sa tête, parce qu’il pourrait la reposer en nous, en nos vies, en nos cœurs assoiffés de sa présence. Seigneur, je te suivrai partout où tu iras ; ainsi tu pourras reposer en moi, et moi en toi. N’est-ce pas à cela que Dieu nous invite d’abord ? Avec le psalmiste, nous avons chanté : Garde-moi, mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge ; j’ai dit au Seigneur, tu es mon Dieu… Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable. Puisse le Seigneur nous accorder ce que nous lui avons demandé, et nous pourrons vraiment le suivre partout où il ira. Amen.

vendredi 21 février 2014

07ème dimanche ordinaire A - 23 février 2014

Suivre Jésus et résister au Mal !



Ce dimanche ne serait-il pas un de ces dimanches où il aurait mieux valu rester couché plutôt que de venir à l’église ?  Parce que si c’est pour entendre ça, et s’en prendre plein la figure, non merci ! Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! Si encore il n’y avait que cette phrase ; mais non, juste avant, c’était laisse-toi faire : on te frappe, tends l’autre joue ; on veut ta tunique, laisse aussi ton manteau ; ne riposte pas au méchant ; aime ton ennemi ! N’en jetez plus, la coupe est pleine.  Comment voulez-vous qu’un prédicateur s’en sorte ? Ou il vous dit : ben oui, c’est comme ça ; et tout le monde part en courant. Ou il vous dit : ben ce n’est pas vraiment à prendre au pied de la lettre, vous savez, c’est un vieux texte… et personne n’y croira vraiment. Alors on fait comment ? 
 
Peut-être qu’en prenant un peu de hauteur, non pas pour ignorer ou pour dévier, mais pour voir autrement, on peut comprendre mieux. La hauteur, en ce dimanche, c’est Paul qui nous la donne dans sa première lettre aux Corinthiens. N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous. C’est bien de cette hauteur-là qu’il faut entendre les affirmations de Jésus, de cette hauteur qui nous rappelle que non seulement nous sommes disciples du Christ, mais que nous portons le Christ en nous. Nous le représentons. Quand nous agissons, c’est son Esprit qui habite en nous qui nous fait agir. Dans l’adversité, dans les moments de grandes tensions, quand la violence se déchaine, c’est lui que nous devons laisser agir en nous. Il ne s’agit pas de se laisser dépouiller, battre comme plâtre ou que sais-je encore par faiblesse, par peur ou par lâcheté. Il s’agit d’agir à la manière du Christ en toute chose. Lorsqu’il a été confronté à l’injustice et à sa propre mort, il n’y est pas allé de gaité de cœur. Il n’a pas encouragé les soldats qui le couronnaient d’épines, le flagellaient ou lui plantaient des clous dans la chair : allez encore un, n’hésitez pas ; même pas mal ! Mais il a prié pour ses bourreaux, il est resté fidèle à sa mission jusqu’au bout. 
 
Si l’Esprit de Dieu habite en nous, peut-être trouverons-nous en lui la force d’être fidèles au Christ et à son enseignement en évitant de rejoindre les rangs de ceux qui font le mal, les rangs de ceux qui permettent que le mal se propage même si, dans les apparences, c’est pour une bonne cause (se défendre, défendre ses biens). Temple de Dieu, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas ce que Dieu attend de nous. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre comme si Dieu n’existait pas. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre et croire que Dieu ne veut pas le meilleur pour nous. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre et croire que son Amour ne transforme pas notre amour et ne concerne pas toutes nos relations humaines, même les plus difficiles. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas croire qu’il nous livrerait sans force et sans défense à l’Ennemi. Ne nous a-t-il pas assuré qu’il serait avec nous, tous les jours, en toutes circonstances ? Résister au Mal sans commettre le Mal à notre tour, ne pas céder au méchant, c’est croire que Dieu peut, à travers nous, construire un monde nouveau, un monde dans lequel, peu à peu, dès maintenant, le Mal n’a plus sa place. Pour quelle autre raison Dieu aurait-il choisi d’habiter en nous si ce n’est pas pour nous inviter à vivre mieux, à vivre libérés de toute forme de Mal ? 
 
Nous comprenons peut-être mieux alors la prière de l’Eglise en ce dimanche qui nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. Puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, nous pouvons nous ajuster, grâce à lui, à ce que Dieu attend de nous, en toutes choses, en toutes circonstances. Puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, nous devenons capables d’agir comme le Christ lui-même. Il n’a pas fui le Mal, il l’a affronté dans une souveraine liberté et l’a vaincu, une fois pour toute. En Jésus, mort et ressuscité, le Mal est défait, définitivement. En Jésus, mort et ressuscité, la Mort elle-même n’a plus rien à dire ; elle est morte, sans force, sans prise sur nous. 
 
A nous qui sommes les disciples du Christ, le Temple de Dieu, ne nous est laissé que cet exemple de Jésus affrontant le Mal, relevant l’homme, invitant à aimer toujours, à aimer quiconque croise notre route, fût-il notre ennemi. C’est à l’amour dont nous sommes capables que les autres sauront que nous sommes disciples du Christ, que nous le suivons et que nous résistons au Mal. C’est par la puissance de l’amour que nous vaincrons le Mal à la suite de Jésus Christ. Entrons en résistance avec pour seule arme l’amour qu’il nous a donné. Tel est son enseignement ; telle est la voie à suivre pour être véritablement disciple du Crucifié. Il n'y en a pas d'autre. Amen. 
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 19 octobre 2013

29ème dimanche ordinaire C - 20 octobre 2013

Persévérez !



Il y a quelque chose de dramatique dans la posture de Moïse, perché sur la colline, les bras levés au ciel pour obtenir la victoire de son peuple sur les Amalécites. Il y a souvent quelque chose de dramatique dans la posture de tant d’hommes et de femmes, peut-être vous, qui se tiennent devant Dieu en prière, espérant une réponse de sortie de crise pour tout de suite. Il y a quelque chose de dramatique dans la posture de tant de prédicateurs qui, à temps et à contre temps, proclament la Parole de Dieu avec cette impression de n’être pas entendu. Et pourtant, dit Jésus à tous ceux-là, ne vous découragez pas !  Persévérez ! 
 
Cela semble si facile à dire : persévérez, et si difficile à faire. N’avons-nous pas tous fait l’expérience de la sècheresse dans la prière et de l’envie de tout laisser tomber. N’avons-nous pas tous expérimenté la nuit de la foi, quand Dieu ne semble plus répondre à nos demandes, quand le Mal semble l’emporter sur le Bien, quand l’injustice domine le monde ? Il est tellement simple alors de dire que si le monde est ainsi fait, si le méchant triomphe de manière éhontée, si la prière du juste n’est plus exaucée par Dieu, peut-être que tout ce que nous croyons n’a pas d’importance ; peut-être  que notre prière ne sert à rien. 
 
La parabole que nous avons entendue dans l’Evangile est alors pour nous, quand nous nous sentons perdus, quand l’envie de nous arrêter au bord du chemin nous prend. Elle est une invitation à la persévérance, car si ce juge inique peut répondre à cette veuve pour qu’elle ne lui casse plus la tête, combien plus, Dieu qui est juste, répondra-t-il à ces élus qui crient vers lui jour et nuit. De même, pour nous aussi, l’exemple de Moïse qui se tient devant Dieu en prière toute la journée pour obtenir la victoire de son peuple. Et quand il fatigue, voilà qu’une astuce est trouvée pour qu’il reste les mains levées vers le ciel, en prière. Il y a là un enseignement puissant sur la persévérance dans la prière, puisque le peuple que Dieu a confié à Moïse est finalement victorieux. 
 
Que ces exemples nous servent de leçon : Dieu intervient dans la vie des hommes et des femmes qui crient vers lui leur besoin, leur détresse. Mais jamais de manière magique, jamais sans eux. D’où l’importance de la persévérance. Elle est notre part dans l’œuvre de Dieu, notre coopération à la réalisation de son dessein de salut. Dieu ne nous sauvera jamais malgré nous, sans nous. La désespérance serait le signe de notre abandon, de notre incapacité de travailler avec Dieu à la réalisation de son projet d’amour. Vous pouvez être fatigués sur le chemin de la foi ; c’est normal, car quelquefois il est difficile ; mais vous ne pouvez pas vous décourager sur ce chemin, vous ne pouvez pas décider un jour que cela suffit ; ce serait faire le choix de supprimer Dieu de vos relations. Or, nous assure Jésus, Dieu répond, sans tarder, mais peut-être pas tout de suite. Il laisse les événements se dérouler, sans intervenir. La violence, la haine, les fanatismes divers se répandent de plus en plus ; des innocents meurent tous les jours. Et nous ne devons pas baisser les bras, à l’image de Moïse qui se fait aider si nécessaire. Il faut que nous restions devant Dieu, que nous demeurions en Dieu, pour que Dieu puisse rester auprès des hommes, pour que Dieu puissent demeurer chez les hommes. C’est alors que l’horizon s’éclaircit ; c’est alors que la paix devient possible ; c’est alors que la justice refleurit. 
 
Persévérez ! Le mot d’ordre de Jésus résonne aujourd’hui dans l’Eglise. Il est une invitation à poursuivre, à résister à l’air du temps, à faire confiance, toujours, même si les événements du monde semblent nous donner tort. Puisque Jésus est Dieu fait homme, puisqu’il demeure en nous et que nous demeurons en lui, nous avons pour toujours avec nous, celui qui est LE vainqueur, celui qui est plus fort que tout, puisqu’il a vaincu la Mort même. Nous pouvons joindre nos voix à celle du psalmiste et reprendre son acte de confiance : le secours me vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre… il ne dort pas, ne sommeille pas le gardien d’Israël… le Seigneur te gardera de tout mal, il gardera ta vie. Le Seigneur te gardera au départ et au retour, dès maintenant et pour toujours. Amen.

vendredi 31 mai 2013

Fête du Corps et du Sang du Christ C - 02 juin 2013

Quand Dieu se donne...

Mais qui va bien pouvoir manger tout ça ? Imaginez-vous : douze paniers pleins. Et dire qu’au départ, il n’y avait que cinq pains et deux poissons ! Certes, nous ne connaissons ni la taille des paniers, ni leur contenance réelle ; mais quand même, ça en fait des restes. Que voulez-vous : quand Dieu se donne, il donne à profusion. C’est peut-être là, le sens de cette fête : avec Dieu, nous n’en avons jamais fini. Avec Dieu, nous ne manquons de rien. Il pourvoit en temps voulu. 
 
Cette fête du Corps et du Sang du Christ vient à un moment précis de l’année liturgique : nous venons de vivre le temps pascal avec ferveur, de Pâques jusqu’à Pentecôte. Nous avons célébré le Dieu Trinité, qui est relation d’amour partagé. Dans nos paroisses, l’année pastorale touche à sa fin. Les premières communion sont passées ou sont justement célébrées encore en ce jour. Cette fête eucharistique vient alors nous rappeler que le don que Jésus fait de lui-même, don qu’il renouvelle pour nous en chaque eucharistie, ce don-là n’est pas un coup pour rien. Ce don est permanent. Il manifeste la présence réelle de Dieu et de son Christ au milieu de nous. A nous qui croyons en lui, il dit sa présence permanente et l’urgence pour nous de le reconnaître, de l’accueillir et de l’adorer. A ceux qui ne croient plus, ne croient pas ou croient autrement, nos processions peuvent ouvrir leur cœur à ce Dieu qui vient visiter chacun de nous et qui attend de nous une porte ouverte, une main tendue pour le recevoir et le partager. Il ne s’agit pas de nous imposer dans le paysage socio-politique, mais de redire une présence aimante, respectueuse, attentive. L’homme a si vite fait d’oublier Dieu, d’oublier qu’il est à son image et à sa ressemblance. En portant le Christ présent dans l’Eucharistie dans nos cités, nous permettons une rencontre, nous éveillons peut-être un souvenir, quelquefois un espoir. L’homme n’est pas seul, il est accompagné par la source de la vie et de l’amour. 
 
A ceux qui font leur première communion aujourd’hui, les douze paniers pleins à la fin du repas viennent redire la possibilité toujours offerte d’y revenir : la première communion ne peut jamais être la dernière. Lorsqu’on a goûté au Christ, goûté à sa Parole, goûté à sa vie donnée en partage, comment ne pas y revenir ? Comment ne pas vouloir y goûter encore ? Une première communion qui serait une dernière communion n’aurait aucun sens et ne prendrait au sérieux ni l’amour de Dieu pour nous, ni notre devoir de reconnaissance envers celui qui est allé jusqu’au don de sa propre vie. Ce serait être bien ingrat, non ? 
 
A cause de l’amour de Dieu qui jamais ne nous fait défaut, à cause de ce don sans cesse renouvelé, nous avons un devoir incontournable : celui de faire connaître cet amour et de partager ce don. Nous ne pouvons pas garder Jésus pour nous tout seul ; nous ne pouvons pas l’enfermer dans nos tabernacles sans porter devant lui la prière des hommes et des femmes qui souffrent, se sentent abandonnés ou rejetés. C’est pourquoi nous sommes invités, en cette année de la foi, à nous unir à la prière silencieuse du pape François, ce dimanche soir, à 17h. Le Christ est présent au milieu de son peuple pour, aujourd’hui comme jadis, prendre soin de lui, guérir les cœurs malades, soulager les esprits abattus, nourrir les affamés d’amour et de tendresse. 
 
Devant tant d’amour et de prévenance, n’ayez qu’une réponse en ce jour de fête : venez et adorez. Venez redire votre reconnaissance pour ce que Dieu réalise en vous et par vous ; venez lui confiez celles et ceux que vous aimez, même (et surtout) s’ils sont loin de Dieu. Venez prendre du temps auprès de lui, puisqu’il s’est fait proche de vous, en Jésus. Ne restez pas seul, approchez, il est là qui vous attend, avec douze corbeilles remplies de son amour. Il y en aura pour tous ; jamais vous ne l’épuiserez. Il se donne, sans réserve, avec profusion, pour le salut de tous. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

lundi 24 décembre 2012

24 décembre 2012 - Sainte Nuit de Noël

Accueillir, sans crainte, celui qui vient.


De tout temps, la nuit était un moment craint par l’homme. Parce que la nuit, il n’a plus de repères, il n’y voit plus. Sans lumière, tout st plongé dans l’obscurité. Et c’est souvent la nuit que rôdent le mal et ses sbires. Pourtant, dans cette nuit crainte des hommes, Dieu vient en ce monde. C’est de nuit qu’il choisit de changer le monde.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. C’est par ces mots que le prophète Isaïe annonce la venue du Prince de la Paix. Nous pouvons imaginer sans peine la joie que cette lumière resplendissante a procurée au peuple qui l’a vu se lever. Il a tant erré dans les ténèbres, sans plus d’espoir, sans trop savoir combien de temps encore cette nuit règnera sur eux. L’irruption de la lumière va bouleverser leur vie. Tout va changer. Tout va devenir meilleur. N’est-ce pas ce qui se passe pour nous en cette nuit ? L’irruption de Dieu dans le monde des hommes change tout. Pour ceux qui le veulent. Pour ceux qui l’accueillent. Cet événement de Noël est comme cette lumière qui jaillit dans la nuit. Avec la naissance de Jésus, Fils de Dieu, les hommes vont apprendre à voir et à regarder autrement.

A ceux qui, habitués à la nuit, ont pris peur devant la lumière, le message de Dieu délivré par ses cohortes d’anges, est sans équivoque : Ne craignez pas : voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, vous est né un Sauveur, il est le Messie, le Seigneur ! Dieu ne vient pas fatiguer les hommes comme ils ont pu, et peuvent encore, fatiguer Dieu. Dieu vient sauver les hommes. Dieu se fait l’un de nous pour nous libérer définitivement des ténèbres du Mal, des ténèbres de la Mort, des ténèbres du péché. C’est bien une bonne nouvelle pour nous. Plus de crainte à avoir ; Dieu se range aux côtés de l’homme pour toujours, en son Fils, né d’une femme. Les promesses faites à travers les âges vont s’accomplir en cette nuit. Dieu s’est engagé ; mais que vont faire les hommes ? Qu’allons-nous faire ? Allons-nous fermer la porte, prétextant qu’il n’y a plus de place dans nos vies pour Dieu ? Allons préférer les ténèbres à la lumière ?

La réponse nous vient de Paul, dans son épître à Tite : le Christ s’est donné pour nous racheter de toutes nos fautes, et nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. Voilà tracée notre feuille de route. Accueillir celui qui vient se donner pour notre salut nous oblige. Et nous répondrons à la bienveillance de Dieu en devenant son peuple, en faisant le bien autour de nous. Cela suppose de faire la vérité dans notre vie et de nous engager librement, mais réellement, à construire un monde à la mesure de ce Dieu qui vient. Il est amour et bonté, pardon et miséricorde. Nous manifesterons notre accueil du Messie en vivant ce même amour, cette même bonté, ce même pardon, cette même miséricorde… à l’égard de tous. En ce Dieu qui vient, qui se fait l’un de nous, nous devenons désormais tous frères. Nous ne pouvons en rejeter aucun, sous prétexte qu’il est différent de nous, qu’il pense autrement que nous, qu’il prie autrement que nous. Dieu vient sauver tous les hommes qu’il aime d’un amour identique et total.

En cette nuit où Dieu se fait l’un de nous, approchons de l’Enfant nouveau-né ; reconnaissons en lui celui que Dieu envoie. Faisons-lui une place dans notre vie et nous accomplirons notre destinée : puisque Dieu est devenu l’un de nous, nous pouvons désormais devenir comme Dieu, et vivre pour toujours avec lui. Devant cet Enfant, faible et fragile, reconnaissons la puissance de Dieu à l’œuvre. Devant l’Enfant nouveau-né, confions à Dieu notre prière : il saura nous écouter et nous exaucer.

Seigneur Dieu, comment pourrions-nous mieux comprendre que tu nous aimes plus que tout, autrement qu’en contemplant ton Fils, devenu l’un de nous ? En cette nuit, en nous donnant ton Fils, Tu nous rends une espérance : un monde meilleur est possible puisque Dieu vient nous visiter ! En cette nuit, en nous donnant ton Fils, Tu nous invites à renouveler notre foi : cet enfant nouveau-né est le Sauveur promis ! En cette nuit, en nous donnant ton Fils, Tu donnes à notre charité un nouvel horizon : puisque tu deviens l’un de nous, c’est en chaque frère désormais que nous pouvons te rencontrer et te servir. Accorde-nous la grâce de toujours savoir t’accueillir, Toi le Dieu qui vient à notre rencontre, aujourd’hui et toujours. Amen.

(Dessin : Détail d'un retable de Noël, Publié par le site de Prions en Eglise)

samedi 26 février 2011

08ème dimanche ordinaire A - 27 février 2011

Je n'ai de repos qu'en Dieu seul !

Avez-vous bien écouté le psaume de ce dimanche ? Vous savez, c’est cette prière qui vient juste après la première lecture et que nous sommes censés chanter ensemble pour répondre à la Parole de Dieu entendue. En ce huitième dimanche de l’année A, c’est le psaume 61 qui nous est proposé. Il est un psaume qui chante notre confiance en Dieu et qui nous invite à une attitude spirituelle fondamentale : savoir nous reposer en Dieu : Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui.
Nous chantons ce psaume aujourd’hui, après avoir entendu le prophète Isaïe nous rappeler que Dieu ne saurait jamais nous oublier. Une femme peut-elle oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. Parole du Seigneur tout-puissant. Ce qui humainement semble difficilement concevable, mais pourrait être du domaine du possible en certaines occasions (une mère oublier son enfant), pour Dieu, cela est impossible ! Nous sommes, une fois pour toutes, dans la main de Dieu. Et rien ne saurait obliger Dieu à nous oublier. C’est bien cette certitude qui fonde notre repos en Dieu. Au plus fort des tempêtes de notre vie, nous pouvons toujours croire que Dieu est comme une mère très aimante, qui toujours veille sur nous et nous protège. Se reposer en Dieu, c’est d’abord lui accorder cette confiance primordiale et absolue : il est le Dieu avec nous, toujours.

Faisant suite au chant du psaume, la deuxième lecture de ce dimanche vient souligner un autre sens de ce repos en Dieu. Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe que seul compte le regard de Dieu sur notre vie. Le jugement des hommes peut être tronqué ; mais le regard que Dieu porte sur nous est toujours juste. C’est pour cela que Paul ne se soucie guère du jugement que les autres portent sur lui ; il ne se juge même pas lui-même. Il laisse ce soin à Dieu qui mettra en lumière ce qui est caché. On peut dire que Paul se repose en Dieu dans tout ce qu’il fait. Il nous faut alors préciser que se reposer en Dieu, ce n’est pas se reposer sur Dieu : Dieu n’agira pas à notre place. Nous reposant en Dieu, nous sommes et nous restons les intendants des mystères de Dieu. Nous devons tenir notre place et faire ce qui est juste et bon pour que ces mystères soient connus et vécus. Ce que l’Evangile de Matthieu entendu en ce dimanche traduit par : Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice. Travaillez à la réalisation de ce Royaume en vivant des relations plus fraternelles, plus justes entre vous. Ce devrait être le seul souci, le reste sera donné par-dessus le marché.

Nous pouvons alors relire l’Evangile de Matthieu, tel qu’il nous est donné en ce dimanche. Nous reposant en Dieu, œuvrant à la venue du Royaume de Dieu, nous aurons fait le choix de l’essentiel, laissant de côté les soucis d’une vie : argent, vêtement, nourriture : toutes choses importantes, certes, mais secondaires par rapport à la recherche du Royaume de Dieu et sa réalisation en nos cœurs. Si nous cherchons l’essentiel (le Royaume), l’important nous sera donné par ce Dieu en qui nous nous reposons. Œuvrant à un monde plus juste, nous nous décentrons de nous-mêmes pour nous ouvrir aux autres et au Tout-Autre.

Nous reposer en Dieu en lui faisant confiance en toute chose, sans nous reposer sur Dieu en attendant qu’il fasse tout à notre place, voilà une attitude spirituelle que le psaume 22, que nous connaissons peut-être mieux, soulignait déjà. Il commence ainsi : le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ! Marchons avec lui ; en fidèles intendants, accomplissons ce qu’il attend de nous et lui-même nous fera reposer sur des prés d’herbe fraîche. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu, voir mes liens)