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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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jeudi 14 mai 2026

Ascension du Seigneur A - 14 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s'engage à être avec nous, toujours.





 

 

            Il n’y a pas besoin d’être grand théologien pour comprendre la solennité de l’Ascension. C’est un mot simple de la langue française, utilisé pour désigner le fait de gravir une montagne (l’ascension du Mont Blanc par exemple), et plus simplement encore compris par les nombreuses personnes habitant un immeuble et qui prennent l’ascenseur pour monter dans les étages supérieurs. Nous célébrons donc aujourd’hui une montée, celle de Jésus retournant auprès de son Père. Nous l’avons entendu dans les Actes des Apôtres : tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Qu’est-ce que cette solennité nous apporte de plus ?

            A priori, rien de plus que la solennité de Pâques. La résurrection de Jésus traduisait déjà cette montée : descendu aux enfers, il est ressuscité, entrainant avec lui ceux que la mort retenait captifs. C’est ce que nous disent toutes les icônes de Pâques dans le monde chrétien oriental. C’est dans la logique de Pâques que le Ressuscité retourne auprès de son Père qui l’avait envoyé pour le salut du monde. Ce dernier étant rendu possible par la Passion et la Résurrection de Jésus, il n’y a pas lieu que le Christ s’attarde ici-bas. Désormais, il nous attend auprès de son Père. Mieux, il reviendra un jour dans toute sa gloire. Cette espérance, née de la foi pascale, ne doit pas nous abandonner. Jésus ne retourne pas chez son Père parce que les hommes, en le jugeant et le condamnant l’auraient déçu ; il retourne chez son Père parce que sa mission est accomplie. C’est à ses disciples de prendre le relais, lorsque la puissance de l’Esprit Saint aura été répandue en eux. Vous allez recevoir une force quand l’Esprit Saint viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Jésus peut reprendre à son compte la phrase attribuée à César : Veni, vidi, vici – Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu. Un moment de l’Histoire des hommes est achevé et il ouvre sur un nouveau temps : celui de la mission des disciples de faire connaître cette histoire Jésus pour que le monde croie et se convertisse à son enseignement. L’évangile de ce jour ne dit pas autre chose quand Jésus affirme : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.

            Nous voyons là que la mission n’est pas une option, un petit truc en plus à faire quand nous n’aurons plus rien d’autre à faire ! La mission devient première pour les disciples. Ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont compris de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, ils ont à le faire connaître. Ce qui est en jeu, ce n’est pas que Jésus soit connu du plus grand nombre ; ce qui est en jeu, c’est que le salut apporté par Jésus parvienne au plus grand nombre, parvienne aux extrémités de la terre, à toutes les nations. Jésus n’a pas donné sa vie uniquement pour ceux qui l’ont connu, mais pour tous les hommes, répandus par tout l’univers, à travers toute l’Histoire. C’est la mission de ses Apôtres ; c’est notre mission à tous, baptisés dans l’eau et l’Esprit Saint. Ce Christ que nous avons accueilli dans notre vie, nous ne pouvons pas le garder pour nous, au prétexte que les autres n’en veulent pas, ou que notre société est devenue trop laïque et matérialiste pour accueillir sa Bonne Nouvelle. Le chrétien est missionnaire ou il n’est pas ! Il porte le Christ en lui pour le porter au monde. Il ne s’agit pas de l’imposer, mais de le proposer sans cesse, et d’abord peut-être par notre art de vivre qui devrait nous identifier comme chrétiens et qui devrait susciter l’envie de vivre de ce même art qui consiste à mettre l’autre au cœur de nos préoccupations, à être attentifs aux plus petits qui sont les préférés de Jésus, à dire Jésus par toute notre vie, en acte d’abord et en parole, à celles et ceux qui nous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en nous, comme nous le demandait Pierre dimanche dernier.

             Nous pourrions alors objecter que nous ne sommes ni Pierre, ni aucun des Apôtres qui ont connu personnellement Jésus. Nous pourrions dire que nous ne sommes pas qualifiés ou assez courageux. A ceci, Jésus lui-même répond dans l’évangile. Il nous assure d’une chose que nous ne devons jamais oublier : Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Oui, quand Dieu nous dit son amour, il s’engage à être avec nous, toujours. L’Ascension n’est pas un abandon puisqu’elle s’accompagne de cette promesse de Jésus. Et je suis certain que nous avons tous déjà ressenti cette présence de Jésus à nos côtés ; par exemple dans tel événement difficile, une foi plus forte pour le traverser ; dans telle rencontre, une joie profonde qui nous a envahis ; dans tel conflit, une paix intérieure qui nous a permis de le dépasser et de vivre une vraie réconciliation… ou simplement dans le calme d’une église ou d’une chapelle, de ressentir qu’il est là, qu’il nous parle au secret de notre cœur et qu’il veille sur nous. Jésus ressuscité est présent à notre monde, même si les événements dramatiques peuvent nous en faire douter ; il est présent à notre vie, nous rappelant son enseignement, son amour, et le salut qu’il nous offre. Ne doutons jamais de cette présence discrète mais sûre. L’eucharistie qui nous rassemble aujourd’hui nous fait partager les signes de sa présence : la Parole proclamée et expliquée ; le Pain et le Vin consacrés et partagés. Des choses toutes simples, mais qui nous rappellent que Jésus ne cesse de nous enseigner et de se donner en nourriture pour que notre foi reste forte et vivante.

            En cette fête de l’Ascension, nul besoin de lever les yeux au ciel pour contempler Jésus. Il suffit de nous tourner les uns vers les autres pour trouver, en ceux que Dieu met sur notre route, la trace de celui qui a pris le chemin de notre humanité pour nous rappeler le chemin vers Dieu et vers la sainteté qu’il nous offre en partage. Parce que Jésus est devenu l’un de nous, chacun de nous porte un peu de sa présence au monde ; chacun de nous est comme une icône permettant de contempler l’amour de Dieu pour tous. Ne cherchons pas ailleurs qu’au milieu de nous Celui qui a donné sa vie pour nous sauver, et donnons-le à voir afin que le monde croie et parvienne au salut. Amen.

mercredi 28 mai 2025

Ascension de notre Seigneur - 29 mai 2025

 Pâques, l'expérience d'un avenir possible. 




(L'Ascension, Andréa della Robbia, Terre cuite, vers 1495)



 

            Quarante jours ! Quarante jours que nous vivons de la joie pascale et que nous comprenons mieux la force de cet événement radicalement nouveau ! Et nous voici au jour de l’Ascension qui nous fait célébrer le retour du Christ, victorieux de la mort, auprès de son Père. Un événement qui marque à la fois une continuité et une rupture.

             Du point de vue de la vie de Jésus, l’Ascension est la continuité normale du mystère de Pâques. En fait, on peut dire que c’est un seul et même mystère. Après sa mort et sa résurrection, la demeure de Jésus ne peut plus être terrestre ; sa divinité ayant été pleinement révélée dans sa victoire sur la mort, sa place est désormais à la droite de Dieu, cette droite à laquelle il avait renoncé en venant dans le monde. S’étant abaissé en devenant homme, il est élevé au-dessus de tout, retrouvant la place qui était la sienne depuis toujours. Le Fils de l’homme, pour reprendre un des titres que les évangélistes attribuent à Jésus, est le Fils de Dieu. Et c’est bien l’événement de Pâques qui nous révèle cela.

             La rupture opérée par l’Ascension nous concerne, nous. Avec le retour du Christ auprès de son Père, nous ne le verrons plus avec nos yeux de chair. Le Christ est soustrait à [nos] yeux, pour reprendre l’expression du livre des Actes des Apôtres. Il ne nous reste de Jésus que sa Parole, le témoignage des Apôtres, l’eucharistie célébrée en mémoire de lui, et bientôt la venue du Défenseur, de l’Esprit Saint, que Jésus a promis d’envoyer quand il serait de retour chez son Père. Nous devons donc apprendre à vivre cette absence physique de Jésus en aiguisant le regard de notre foi qui nous le rend présent dans sa Parole et dans le Pain et le Vin partagés. Jésus est là, au milieu de nous dès lors que deux ou trois sont réunis en son nom. Jésus est là, dans sa Parole proclamée, expliquée et vécue par la communauté croyante. Jésus est là, dans le pain consacré et rompu, signe de sa présence éternelle et réelle à nos côtés. Avec son départ d’au milieu de nous, il nous faut désormais reconnaître sa présence dans sa Parole, dans les sacrements et dans le frère qu’il met sur notre route. Nous ne sommes pas orphelins ; nous devons juste apprendre à regarder autrement, à regarder mieux, pour découvrir Jésus et son visage dans celles et ceux qui croisent notre route. Nous sommes tous, les uns pour les autres, des Christo-phores, des porteurs du Christ au cœur de ce monde.

            Cette continuité et cette rupture que nous fait vivre l’Ascension, nous la vivons au cœur même de notre existence lorsque nous faisons le choix de devenir disciples du Christ et que nous recevons le baptême. Continuité parce que notre vie ne change pas ; c’est la vie que nous avons reçue de nos parents qui s’ouvre à quelque chose de neuf, à la présence de Dieu dans cette unique et même vie. Nous ne recevons pas une nouvelle vie, mais notre vie devient vie nouvelle, plus grande, plus accomplie parce que désormais, par le baptême, Dieu y est présent, Dieu y est reconnu. Par le baptême, Dieu est chez lui en étant présent en nous. Nous continuons notre vie, mais avec Dieu et son Christ, présents en nous par l’Esprit. Mais notre baptême est aussi une rupture parce que, ayant choisis Dieu, nous avons renoncé au Mal, nous avons rompu avec l’esprit du monde. Nous vivons dans le monde sans être du monde, selon l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean. Nous vivons dans le monde, tel qu’il est, à notre époque que nous n’avons pas choisie. Mais nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à Dieu ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à la Vie ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à le Vérité ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci réduit l’homme à une simple donnée économique, voire à une variable d’ajustement. L’homme, tout homme, a la grandeur même de Dieu puisque le Christ s’est livré, non pas seulement pour ses disciples, mais pour toute l’humanité qui désormais peut partager la grandeur de Dieu. En ce sens, Pâques est l’expérience d’un avenir possible. Au plus sombre de notre vie est révélée la grandeur de l’humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le Christ, en se livrant pour notre salut, nous ouvre à cet avenir désormais possible pour chacun d’une vie auprès du Père, là où le Christ entre aujourd’hui justement.

             Il est particulièrement heureux que Marcel soit baptisé au cours de cette eucharistie en jour solennel. Il nous permet d’être témoins de cette continuité et de cette rupture qu’instaure l’Ascension de Jésus. Au cœur de notre rassemblement, il sera reconnu pour ce qu’il est depuis sa naissance : fils de Dieu. Et nous redirons ensemble, avec ses parents, parrain et marraine, que nous voulons vivre loin du mal et que nous voulons être pour lui et avec lui témoins qu’une vie libérée du mal est possible. Cette rupture est fondatrice de ce nouveau monde que le Christ inaugure dans sa mort et sa résurrection et que nous avons à rendre présent ici-bas déjà. Notre vie auprès du Père, c’est ici-bas que nous la commençons. Un monde libéré du mal et tourné vers Dieu, c’est ici-bas que nous le construisons. Entre rupture et continuité, notre avenir est possible, l’Ascension qui nous rassemble nous le confirme. Amen.

samedi 11 mai 2024

Ascension du Seigneur - 09 mai 2024

Jésus est ressuscité ; il retourne vers son Père.





            Jésus est ressuscité ; il retourne vers son Père. Est-ce à dire qu’il en a assez de notre monde ? Est-ce à dire qu’il nous abandonne ? Nous aimions bien, avec les Apôtres, cette idée que Jésus serait désormais pour toujours au milieu de nous, bien vivant, bien visible. Nous aimions bien, après l’horreur de la croix et la vision de Jésus crucifié, le revoir comme avant, partageant notre repas, et répandant sa parole. Ne pouvait-il pas rester encore ? Ne pouvait-il pas rester toujours ? 

            En retournant vers son Père, Jésus nous fait une promesse : vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous. Une manière de nous dire qu’il ne nous laisse ni seuls, ni démunis. Il nous faut donc attendre cette force et nous rendre capables de l’accueillir ! Nous pouvons comprendre aussi que le Saint Esprit n’est pas un lot de consolation, un doudou pour remplacer Jésus. C’est sa force qu’il nous donne en nous donnant l’Esprit. En accueillant cette force, nous serons forts comme Jésus. Forts comme lui contre le mal, forts comme lui contre le péché, forts comme lui contre la mort. En accueillant cette force, nous serons forts comme lui pour aimer, forts comme lui pour servir, forts comme lui pour parler de Dieu de manière juste. En accueillant cette force, sa force, nous vivrons de lui, nous vivrons comme lui. Voilà une promesse qui a du sens et de la classe ! Je pars, dit Jésus, mais avec l’Esprit Saint qui viendra en vous, vous me trouverez dans votre vie, vous me trouverez en toute personne qui croisera votre route. Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ! 

            Cette force que nous attendons et que Jésus nous promet, est une force qui nous mettra en route, qui nous fera parler et témoigner de Jésus, mort et ressuscité pour la vie de tous les hommes. A la suite des Apôtres, nous devons annoncer l’Evangile du Christ ! Ce n’est pas l’apanage des seuls ministres de l’Eglise. Nous sommes tous constitués, par notre baptême, prêtres, prophètes et rois. Nous sommes tous chargés de célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous ; nous sommes tous chargés d’annoncer le Christ ; nous sommes tous invités à gouverner notre vie selon l’Evangile. Demandons cette force dans notre prière ; demandons l’Esprit Saint et surtout, l’ayant demandé, laissons-le agir en nous et à travers nous. 

            Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, nous donne une belle illustration de la vie dans l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui cultive en nous l’humilité, la douceur et la patience. C’est l’Esprit qui nous permet de nous supporter les uns les autres avec amour. Supporter au sens sportif : nous encourager dans l’amour ; mais aussi supporter au sens d’accepter l’autre tel qu’il est, même quand il me gonfle passablement et que j’ai envie de le coller mur. L’Esprit est celui qui me permet d’accepter les défauts des autres… et les miens ! C’est l’Esprit qui fait l’unité ; c’est l’Esprit qui tisse entre les hommes le lien de la paix. C’est l’Esprit qui construit l’Eglise en lui donnant les ministères dont elle a besoin. N’oublions pas l’Esprit ; ne méprisons pas l’Esprit. Nous ne pouvons pas vivre en disciples de Jésus sans l’Esprit Saint. 

            Jésus s’en va ; et c’est bien ainsi. En lui, Dieu était venu visiter la terre qu’il avait jadis confiée aux hommes. En lui, Dieu a offert aux hommes son salut. Il nous confie à nouveau cette terre. Nous sommes plus forts qu’avant et nous serons encore plus forts, une fois le don de l’Esprit accueilli. Le Christ nous a donné sa Parole ; elle doit demeurer vivante en nous ! Il nous promet son Esprit ; il devra pouvoir agir en nous. Durant sa vie terrestre, Jésus nous a tracé le chemin d’une vie bonne et juste. A nous de faire vivre cet héritage. A nous de poursuivre son œuvre pour une terre plus belle et plus fraternelle. Amen. 

samedi 20 mai 2023

Ascension du Seigneur - 18 mai 2023

 Ascension et première communion.




(Tableau d'Arcabas)


 

 

 

            Un double événement nous réunit aujourd’hui : la fête de l’Ascension, c'est-à-dire le retour du Christ chez son Père, dans la gloire du Royaume, et la première communion d’enfants de notre communauté de paroisses. En recevant pour la première fois le corps du Christ, mort et ressuscité pour notre vie, ils rendent visibles la promesse faite par Jésus à ses disciples d’être toujours présent au milieu d’eux. 

            La fête de l’Ascension est le prolongement normal de la fête de Pâques. Jésus n’est pas mort et ressuscité pour rester éternellement sur terre, mais pour nous ouvrir à une vie qui ne finit pas et nous entraîner à sa suite dans la gloire du Royaume qu’il rejoint aujourd’hui. C’est dans la logique de l’événement de Pâques ; c’est dans la logique de notre espérance la plus profonde. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toujours. En mourant sur la croix, en ressuscitant d’entre les morts, Jésus nous rend capable de Dieu, capables d’accueillir les dons que Dieu nous fait, capables de vivre à la hauteur de Dieu. Nous devons comprendre que Jésus, vrai Dieu et vrai homme, réconcilie en lui l’humanité et Dieu. Désormais, plus rien, pas même le péché, pas même la mort, ne peut nous retenir éloignés de Dieu. En rejoignant son Père dans sa gloire, gloire qui est la sienne aussi depuis toute éternité, Jésus ne nous abandonne pas ; il nous précède et nous attend dans cette gloire. Il ne renie pas davantage la promesse qu’il nous a faite d’être avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps, puisqu’il nous laisse des signes de sa présence, en particulier les hommes et les femmes qu’il met sur notre route, et surtout sa Parole proclamée et le Pain de l’Eucharistie partagé à tous. Chaque célébration de l’eucharistie (chaque messe) rend présent le Christ dans sa Parole proclamée et dans le Pain partagé. Chaque eucharistie nous fait proclamer le Christ, mort et ressuscité pour nous et nous fait redire notre attente de son retour. Nous devons nous souvenir, aujourd’hui particulièrement, que Jésus a institué l’eucharistie, nous a donné l’eucharistie, pour le rendre réellement présent au milieu de nous. 

            En vous approchant de l’autel pour communier pour la première fois, vous aurez désormais part à ce trésor de l’Eglise que Jésus nous a laissé. Dans ce morceau de pain que vous recevrez tout à l’heure, c’est toute la vie de Jésus qui vous est donnée. Dans ce morceau de pain que vous recevrez, c’est Jésus qui vient à vous et vous dit qu’il ne vous laissera jamais seul, que vous pourrez toujours compter sur sa présence dans votre vie, même et peut-être surtout dans les moments les plus difficiles. N’oubliez jamais qu’aujourd’hui Jésus vient à vous, rencontrer votre vie et qu’il veut le faire pour vous chaque dimanche. Soyez reconnaissant de cet amour qu’il vous manifeste ; soyez heureux de l’accueillir ; gardez toujours en vous le désir de le recevoir autant que possible. L’eucharistie n’est pas un sacrement unique, mais renouvelable autant que nécessaire. Le Pain consacré que vous recevrez, vous donnera la force de vivre votre foi au quotidien. Il n’est pas une récompense pour enfants sages ; il est la force de recommencer toujours et encore à faire le choix de Dieu dans votre vie. Ce Pain consacré n’est pas une récompense pour des chrétiens particulièrement saints ; il est la nourriture nécessaire pour nous faire avancer sur la route qui mène à une sainteté toujours plus grande. Ce Pain consacré n’est pas une récompense pour service rendu ; il est le pain qui nous donne la force d’être fidèles, malgré notre péché, malgré nos limites. Je suis toujours triste quand des baptisés oublient ce rendez-vous amoureux avec le Christ qui nous invite et nous attend autour de sa table chaque dimanche. Comment, dans un monde de plus en plus dur, peut-on refuser d’être aimé, refusé une rencontre voulue par la source de l’amour même ? Avons-nous donc oublié ce que c’est que d’être aimé infiniment, gratuitement, pour ne plus nous donner la peine de répondre à l’Amour ? Avons-nous fait de Dieu un étranger pour ne plus l’inclure dans notre semaine ? Je forme le vœu que cette première communion pour vous soit la première de nombreuses communions à venir. 

Il y a des hommes et des femmes qui pensent qu’ils peuvent vivre sans Dieu, qu’il n’y a pas d’obligation à croire en Lui, et certains vous diront même que c’est la majorité des personnes aujourd’hui qui le croient. En regardant le monde dans lequel nous vivons, en constatant sa dureté, je ne peux m’empêcher de croire qu’ils ont torts de rejeter ainsi Dieu, ou de le ranger dans les souvenirs curieux de l’Histoire du monde. Si Dieu était au cœur de la vie des hommes, alors notre monde serait beau ! Si Dieu était au cœur de la vie des hommes, alors les hommes de notre monde s’aimeraient au lieu de s’opposer voire de se combattre. Saint Jean nous le redit avec force dans toute son œuvre : Dieu est amour. En posant cette vérité, il nous rappelle que tout ce qui ne conduit pas les hommes à aimer mieux, ne vient pas de Dieu, n’est pas Dieu. Et si un jour quelqu’un vous parle de Dieu de telle manière que cela ne vous donne pas envie d’aimer plus, fuyez ! Fuyez aussi loin et aussi vite que vous le pourrez. 

En s’offrant à vous dans le Pain consacré et partagé, Jésus vient vous redire qu’il vous aime, qu’il veut le meilleur pour votre vie. Accueillez-le et vivez de sa vie qu’il vous offre. Vous rendrez Jésus présent en vivant de la force d’amour que ce Pain nous donne. Vous hâterez la venue de son Règne en vivant dès maintenant de cet amour partagé. Amen. 


samedi 28 mai 2022

Ascension du Seigneur - 26 mai 2022

 Faire route avec les disciples dans l'attente du retour du Christ.



Icône de l'Ascension, 




          Il n’y a rien de très difficile à comprendre à la fête de l’Ascension. Ce Jésus, qui était mort et dont les Apôtres ont acquis la certitude qu’il est bien vivant, ressuscité, ce Jésus donc retourne vers son Père. Ce retour est nécessaire pour que ces mêmes Apôtres puissent voir se réaliser la promesse de Dieu : leur baptême dans l’Esprit Saint, que nous célèbrerons dans quelques jours, lors de la Pentecôte. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a rien de difficile à comprendre que cela ne pose pas de question. J’en ai deux à méditer avec vous ce matin.  

          La première question qui m’a travaillé l’esprit est la suivante : est-ce plus facile de se dire que je ne verrai plus quelqu’un parce qu’il est mort ? ou de se dire : je ne le verrai plus bien que je le sache toujours vivant ? Autrement dit que se passe-t-il dans la tête des Apôtres quand ils comprennent que Jésus, ils ne le verront plus de leur vivant ! Je n’ai pas de réponse claire puisque Luc donne deux versions du même épisode. Dans les Actes, il nous dit qu’ils restent là à regarder le ciel, alors que dans son évangile ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Les deux versions peuvent ne pas être incompatibles : ils peuvent d’abord rester là à regarder le ciel, pendant un moment plus ou moins long, avant de finalement rentrer joyeux ; mais quand même. Si tel était vraiment le cas, pourquoi ne pas l’avoir dit, même deux fois. Il n’y aurait rien eu de gênant.  

          La deuxième question concernerait plutôt la suite : Jésus est parti, c’est admis. Mais, en attendant son retour dans la gloire, comment on fait pour vivre de lui ? Est-ce que Jésus va juste devenir un souvenir, de plus en plus lointain à mesure que le temps passe ? Que devient alors la promesse qu’il a faite d’être avec eux jusqu’à la fin des temps alors même qu’il n’est plus là ? Le premier élément de réponse est donné par Luc, dans les Actes et dans l’évangile : les Apôtres recevront l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, qui sera avec eux. La promesse sera tenue à travers lui. Un deuxième élément de réponse nous est donné par vous qui faites aujourd’hui votre première des communions. Vous l’avez appris, je pense lors de vos rencontres de catéchèse, Jésus, nous le croyons, est réellement présent dans le Pain et le Vin partagés. Le Pain consacré que vous recevrez pour la première fois aujourd’hui, c’est Jésus qui se donne à vous ; c’est Jésus qui s’invite chez vous ; c’est Jésus qui se rend présent au plus profond de vous. Le morceau de pain sur lequel je vais invoquer la puissance de l’Esprit Saint restera du Pain et pourtant il contiendra la présence de Jésus tout entier. Quand nous mangeons ce Pain consacré, c’est toute la vie de Jésus qui passe en nous pour transformer notre vie. c’est un grand mystère qui nous dit cette présence permanente de Dieu dans notre vie.  

          Ce Pain consacré, c’est le pain des forts, le pain de ceux qui sont forts ou qui veulent rester forts dans la foi. Si nous ne restons pas fidèles à Jésus, si nous ne l’accueillons pas dans ce Pain rompu et partagé, nous ne pouvons pas rester forts dans notre foi. C’est pour cela que la messe du dimanche reste la seule obligation à laquelle nous sommes soumis. Le dimanche, un chrétien catholique n'a pas d’autre choix, s’il veut rester attaché à Jésus, que d’aller à la messe, retrouver ses frères et sœurs, écouter avec eux l’enseignement de Jésus et participer avec eux au repas que lui-même nous sert. Pour rester forts dans notre foi, nous avons besoin de l’eucharistie dominicale. Ce serait être fou que de croire le contraire ; ce serait être fou que de croire que je peux rester chrétien sans Jésus dans ma vie.  

          Ce Pain consacré, c’est aussi le Pain d’effort, le Pain qui me donne la force de faire les efforts nécessaires pour rester fidèle, malgré les épreuves que je peux rencontrer dans ma vie. parce que croire en Dieu, ce n’est pas toujours simple. Dans notre monde qui a largement rangé Dieu au rayon des curiosités de l’histoire, se dire croyant demande un effort, une force qui ne vient pas de nous. Ce morceau de Pain consacré que nous recevons chaque dimanche vient nous redonner la force pour vivre une nouvelle semaine dans la fidélité à l’enseignement de Jésus. Parce qu’être chrétien, ce n’est pas seulement aller à la messe ou prier ; être chrétien, c’est d’abord un art de vivre animé par l’amour de tous. Je ne peux pas dire que j’aime Dieu si je n’aime pas les personnes qu’il met sur ma route. Comment je montre que j’aime Dieu ? En aimant les autres en qui Dieu est présent. Et Dieu sait qu’avec certains, il me faut faire un effort surhumain pour croire que Dieu est présent en eux. L’eucharistie, Pain d’effort, me permet d’aimer quand même, à travers Jésus.  

          A vous qui allez faire votre première des communions, je ne peux que vous redire ici l’importance pour vous de revenir, dimanche après dimanche, pour que cette première communion ne soit pas aussi la dernière, et pour que surtout, vous ressentiez, au milieu des autres chrétiens, la présence de Jésus dans votre vie. Ne faites pas de Jésus, après cette belle journée un beau souvenir, ni une belle idée. A la messe, Jésus se donne à entendre dans la Parole proclamée ; à la messe, Jésus se donne à voir et à manger dans le Pain et le Vin consacré. Pour être, avec les disciples, témoins de Jésus ressuscité, nous avons besoin de cette rencontre hebdomadaire avec Jésus qui se donne totalement à nous. A nous, adultes de cette communauté, il revient de les encourager et de les accompagner sur ce chemin de foi, à la suite des disciples, dans l’attente du jour où le Christ reviendra dans sa gloire. Alors nous aurons notre place à la table où Dieu nous attend, et dont notre eucharistie n’est qu’un reflet. Amen.

mercredi 12 mai 2021

Ascension - 13 mai 2021

 Le Seigneur travaillait avec eux.



(Source internet, site Amiens-catholique)



        Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. Cette affirmation de l’évangéliste Marc n’aurait rien de surprenant s’il venait de nous relater un épisode de la vie de Jésus avec ses disciples. Mais voilà, c’est par ce verset qu’il conclut tout son Evangile et particulièrement le passage que nous avons entendu du retour de Jésus vers son Père, dans la gloire. Autrement dit, ce verset ouvre la période où Jésus n’est plus physiquement présent au milieu des siens.

            Il faut bien entendre Marc. Il dit bien : Le Seigneur travaillait avec eux, et non pas : l’Esprit du Seigneur était avec eux ou en eux. Les Apôtres ne vivent pas du souvenir de Jésus. Ils ont cette conscience de vivre avec Jésus ; que Jésus, bien que retourné chez son Père, est toujours avec eux. L’Ascension n’est pas un abandon mais inaugure une présence nouvelle, réelle, qui fait comprendre à Marc que Jésus est toujours là, qu’il est toujours à l’œuvre à travers ses Apôtres. C’est comme si, voyant les Apôtres, il voit Jésus lui-même à l’œuvre. Comprenez-vous la qualité de relation qui était celle des Apôtres avec Jésus ? Jésus même absent, ils savent le rendre présent : le Seigneur travaillait avec eux. C’est la parole d’un témoin, de quelqu’un qui a vu cette chose se produire. C’est la réalisation concrète de la promesse de Jésus à ses Apôtres : Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. 

            Quand nous disons aujourd’hui que Jésus est avec nous, qu’il travaille avec nous, avons-nous conscience que c’est plus que juste une formule ? Prenons-nous au sérieux l’affirmation de la salutation liturgique : Le Seigneur soit avec vous ? Au-delà du souhait, ce doit être notre réalité, pas une vue de notre esprit, ni une convention religieuse. Ce n’est pas une bonne idée de catéchiste ou de prédicateur destinée à nous rassurer, du genre : le Seigneur est avec vous dans les épreuves que vous traversez. Ce qu’affirme Marc à la fin de son Evangile est tout simplement énorme. C’est pour nous une responsabilité immense : à la suite des Apôtres, par notre manière de vivre, d’agir ou simplement de parler du Christ, nous devons permettre à ceux qui nous voit vivre, à ceux qui nous voit agir, à ceux qui nous entendent parler de Jésus, de voir le Christ vivre et agir au milieu d’eux, d’entendre le Christ parler. Pour être très clair, chacun de nous, toi, toi, toi et toi quand quelqu’un te voit, il doit voir le Christ. Quand je vous dis que c’est énorme, croyez-le ! Avons-nous vraiment cette conscience, chaque jour, dans nos différents lieux d’action, de rendre le Christ présent et agissant ? Cela doit être vrai en toute chose, en tout lieu : en famille, au travail, à l’école, dans nos engagements sociaux, dans nos loisirs, en tout, Jésus travaille avec nous. Et cela doit être encore plus vrai dans toutes les situations où nous évangélisons directement : que ce soit une prédication, un temps de catéchèse, une soirée d’approfondissement de la foi, de partage biblique, de préparation d’un sacrement, ou que sais-je encore : ceux qui sont là doivent repartir avec l’impression d’avoir rencontré Jésus lui-même, et pas juste quelqu’un qui parle de lui ! 

            C’est cela la puissance de la résurrection dans notre vie ; c’est cela qui nous prouve que la résurrection n’est pas qu’une vague bonne idée pour endormir les consciences, mais la réalité de notre foi. Jésus, celui qui est mort en croix, est bien vivant, il est dans la gloire de son Père. Et il continue de vivre et d’agir avec nous, pour que sa Parole se répande encore, pour que les cœurs soient convertis, pour que la vie des hommes soit plus belle et plus grande. Et lorsqu’il nous semble que nous sommes loin de cette réalité, nous pouvons venir ici, à la messe, reprendre des forces en communiant à Jésus vivant, présent dans cette Parole qu’il nous demande d’annoncer, présent dans le Pain de l’Eucharistie partagé, pour qu’il réaffirme sa Présence vivante et réelle en nous. En cette période où des enfants de notre communauté de paroisses font leur première des communions, il est important que nous, plus anciens, témoignions ainsi, par notre présence régulière à la messe, de ce que ce sacrement réalise en nous et dans le monde. Sans cette nourriture spirituelle prise à la table de la Parole et à la table de l’eucharistie, il n’est pas possible, durablement, de rendre le Christ présent aux hommes de notre temps. Si l’Ascension est pour certains cette fête qui renvoie Jésus au ciel d'où il n'aurait jamais dû sortir, elle est pour nous la fête qui nous envoie rendre Jésus présent au cœur de notre monde duquel certains n'auraient jamais dû le croire absent. Comme il a envoyé ses Apôtres, il envoie chaque baptisé proclamer l’Evangile à toute la création. 

            Jésus entre aujourd’hui dans la gloire de son Père ; comme le rappellera la bénédiction solennelle de cette fête, il nous ouvre ainsi le chemin du ciel. Mais ce chemin ne consiste pas à rester là à contempler les cieux et à attendre le retour du Christ. Ce chemin, c’est vivre de Jésus, dès maintenant, et le faire vivre, dès maintenant, pour celles et ceux que Dieu met sur notre route. A la suite des Apôtres, travaillons pour Lui pour qu’il puisse travailler avec nous à l’établissement de son Règne. Amen.

jeudi 21 mai 2020

Ascension - 21 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer du particulier à l'universel.







          De toutes les nations, faites des disciples ! Au moment de quitter ses disciples, voilà l’ordre de mission que Jésus leur a donné selon l’évangéliste Matthieu. C’est intéressant que ce soit lui qui en parle plutôt qu’un autre, parce qu’il écrit son évangile pour des chrétiens originaires du judaïsme. En introduisant cet ordre du Christ de manière aussi claire, ne les invite-t-il pas à passer du particulier (le salut promis au seul Israël) à l’universel (le salut promis à tous les hommes) ? C’est un passage que le Ressuscité nous invite tous à vivre. Il se joue, selon moi, sur trois niveaux. 

            Le premier niveau est tout personnel. Voyez-vous, en matière de foi, c’est discrétion, discrétion, discrétion. La France nous a habitués à ce discours depuis la Révolution : la foi, c’est affaire personnelle, cela ne regarde pas les autres. Ce qui s’est traduit chez certains croyants par un repli sur soi, y compris dans la vie spirituelle. Je me fais ma petite religion personnelle, privée : c’est mon Jésus et moi, pour ne pas dire mon Jésus à moi. Les autres : rien à faire, même quand ils partagent la même foi que moi ! Ils n'ont qu’à faire pareil ! Ils n’ont qu’à se débrouiller. Je ne me sens pas concerné par ce qu’ils peuvent vivre à ce niveau-là de leur existence. Je ne me sens pas concerné par ce que peut vivre ma communauté croyante. Je fais appel à elle quand j’en ai besoin ; le reste du temps, qu’elle me laisse tranquille ! C’est déjà assez compliqué, dans un pays laïc, de vivre sa foi ; je ne vais pas encore m’occuper de celle des autres. D’ailleurs, moi, je n’ai pas besoin d’eux ! La période de confinement, ainsi que le déconfinement progressif que nous vivons en ce moment, nous aura au moins fait toucher du doigt la nécessité de cette ouverture aux autres : nombre de croyants, empêchés de se réunir, ont senti la limite du repli et la nécessité des autres pour vivre complètement toutes les dimensions de la foi chrétienne. Ils ont redécouvert, contraints et forcés, qu'ils ne peuvent pas simplement se faire leur Jésus à eux tout seul. Nous pouvons espérer que ce premier passage du particulier à l’universel est désormais bien intégré à la faveur d’une période de privation où la vie communautaire s’est trouvée gravement atteinte. Nous pourrons alors faire un pas de plus. 

            Car il y a un deuxième niveau concerné par ce passage du particulier à l’universel ; c’est la communauté croyante elle-même. Je peux avoir acquis la conscience de la communauté, de ma nécessaire présence à celle-ci pour faire grandir ma foi et la vérifier. Mais cela ne veut pas encore dire que j’ai bien conscience que j’ai ma part à tenir dans cette communauté. Beaucoup de chrétiens veulent bien pratiquer publiquement leur foi, rejoindre plus ou moins régulièrement une communauté ; cela ne veut pas dire pour autant qu’ils sont prêts à y prendre toute leur place. Il faut que la communauté tourne, et plutôt bien, mais de là à s’engager personnellement… non, ça c’est pour les autres ! Un excès d’humilité les pousse toujours à laisser la place aux prêtres, aux catéchistes, aux membres des conseils… Vient-on les solliciter pour participer plus activement sur un temps donné, ils auront toujours la même réponse : non, vraiment, pas le temps, pas les moyens… Nous devons comprendre encore mieux que la mission, ce n’est pas que pour les prêtres, les religieux, religieuses ou les laïcs qui acceptent de s’engager. La mission, elle est pour tous. Chaque croyant chrétien a une place à tenir dans sa communauté ; chaque croyant chrétien peut être appelé à donner un peu de son temps au service de tous. Les occasions sont nombreuses et ne nécessitent pas toujours un grand niveau de connaissance ou de compétences théologiques. Aider au nettoyage ou à l’entretien du lieu de culte est aussi important que de faire de la catéchèse. Passer du particulier à l’universel, c’est ne pas se contenter de consommer durant toute sa vie ce que d’autres ont préparé. Nous pouvons alors faire un pas supplémentaire pour passer encore à un autre niveau du particulier à l’universel. 

            Ce dernier pas, c’est bien celui visé par Jésus dans son discours à ses disciples : Allez ! De toutes les nations faites des disciples ! Si en plus, on ajoute la suite de la phrase : baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé, certains se diront, cela n’est vraiment pas pour moi ; c’est vraiment réservé à une élite. Ben non, cela concerne chaque chrétien aussi. Faire des disciples, ça commence par mon témoignage de vie. Si les chrétiens dans leur ensemble et dans leur singularité ne vivent pas de leur foi, à quoi servent-ils ? Comment les autres, qui ne connaissent pas le Dieu de Jésus Christ, pourraient-ils avoir envie de le connaître ? Cela ne demande rien d’autre que de vivre normalement et totalement sa foi. Il ne s’agit pas d’aller parler de Jésus à tout le monde ; il s’agit d’abord, dans notre vie de famille, dans nos rapports avec nos voisins, dans nos engagements sociaux et politiques, sur notre lieu de travail, de vivre ce que le Christ nous enseigne. Souvent devenus chrétiens par habitude familiale (élément particulier), nous devons devenir chrétiens pour le monde, pour les autres, en étant ce sel de la terre, cette lumière du monde (élément universel). Le monde ne se convertira pas parce que les prédicateurs auront bien prêché, mais parce que tous ceux qui se réclament du Christ vivront vraiment de lui, entre eux et avec les autres, qui ne croient pas en lui, qui croient autrement, ou qui ne croient en rien. La prédication est même souvent seconde dans le processus. C’est parce que j’ai vu quelqu’un vivre sa foi que j’ai envie de la connaître mieux pour la partager avec lui. 

            Passer du particulier à l’universel n’est donc pas un détail, c’est une nécessité pour tout croyant ; c’est une nécessité pour notre foi elle-même. La catholicité affirmée de notre Eglise nous y oblige. Prenons au sérieux l’ordre donné par le Christ en ce jour où il rejoint son Père. Ne vivons pas repliés ni sur nous-mêmes, ni sur nos communautés. C’est en nous ouvrant aux autres, c’est en vivant en toute chose et en toute occasion notre foi, que nous sentirons que le Christ est avec nous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. Amen.





(Tableau d'Arcabas, trouvé sur internet) 

jeudi 30 mai 2019

Ascension C - 30 mai 2019

Approfondir le sens de la fête à partir de la prière de l'Eglise.






             Luc, l’auteur de l’Evangile et des Actes des Apôtres entendus aujourd’hui, rapportant largement l’événement de l’Ascension sans que ses textes posent de difficultés majeures de compréhension, permettez que je vous introduise au sens de cette solennité à partir de la prière de l’Eglise.

Commençons par la prière d’ouverture de cette célébration. Elle nous faisait prier ainsi : Dieu qui élève le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire. Nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance. Elle exprime dans un raccourci saisissant, le mystère que nous célébrons et qui nous concerne. En effet, l’Ascension célèbre la montée auprès du Père du Christ Jésus (Luc s’en est fait l’écho) ; mais, à travers elle, nous est donnée l’espérance de vivre à notre tour ce passage. Toute fête chrétienne nous fait ainsi entrer dans le mystère du Christ en nous rappelant qu’un jour, nous aurons notre part à ce mystère.

La fête de l’Ascension est donc la fête du retour vers le Père. Tout enfant apprend cela au cours du catéchisme. Mais disons-nous assez aux enfants que nous aussi nous sommes appelés à partager la gloire de Dieu ? Le Christ monte chez son Père parce qu’il a achevé sa mission : il était venu sauver les hommes de la mort et du péché ; c’est chose faite en sa mort et sa résurrection. Nous n’avons plus à craindre l’ennemi de toujours ; le Christ l’a vaincu pour nous. En lui, nous avons déjà notre victoire, victoire qu’il nous faut actualiser dans notre quotidien en refusant tout ce qui conduit au mal. C’est bien ce qui est demandé à chaque baptisé au moment où il est reconnu comme fils de Dieu. C’est bien ce que nous redisons chaque année au cours de la nuit de Pâques : Renoncez-vous au mal et à tout ce qui y conduit ? En répondant par l’affirmative, nous redisons notre volonté de suivre le Christ et de refuser tout ce qui conduit à la mort. 

Ce refus clair a un but : partager la vie du Christ lui-même. Ici-bas, certes, par une vie humaine conforme à l’Evangile qui nous est transmis, mais aussi par-delà notre mort, quand nous serons appelés à vivre définitivement avec Dieu. La vie chrétienne ne se limite pas, en effet, à un comportement moral irréprochable sur cette terre. La vie chrétienne est avant tout espérance de connaître un jour Dieu face à face. Ce n’est pas une utopie ! Ce n’est pas une manière de nous consoler de la petitesse de nos vies. C’est la réalité ! Et la fête de l’Ascension, en nous faisant célébrer le retour du Christ vers son Père, nous rappelle que nous sommes appelés au même bonheur. Avec le Christ, nous entrons aujourd’hui en espérance dans ce royaume promis. C’est bien le sens de l’oraison de la fête. 

Mais elle n’est pas la seule prière prononcée aujourd’hui. La préface, qui sera chantée en ouverture de la grande action de grâce, reprend la même idée : en entrant le premier dans le Royaume, le Christ ne s’évade pas de notre condition humaine, mais il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour. Mais elle souligne aussi que ce départ n’est pas un abandon de l’humanité. Il ne s’évade pas de la condition humaine vient rappeler avec force que le Christ est et reste fondamentalement lié à notre humanité. Cela signifie qu’il nous accompagne encore, mystérieusement présent au cœur de nos vies. L’Eglise n’a cessé de préciser les modes de présence du Christ dans les temps qui sont les nôtres. Le Christ continue ainsi d’agir et d’être présent au monde par l’assemblée de ses fidèles, par sa Parole proclamée et méditée, par les ministres ordonnés qu’il a appelés, et bien sûr par le pain et le vin eucharistiques partagés. Quatre signes tangibles de sa présence et de son action au cœur de notre monde.

Nous pouvons ainsi mieux comprendre pourquoi les disciples du Ressuscité sont joyeux malgré ce départ. Ils ont la certitude que toujours ils seront dans la main de Dieu, accompagnés par ce Christ qu’ils ont suivi et aimé. Nous aussi, nous devons entrer dans cette joie et, à la suite des premiers croyants, rechercher sa présence à travers les événements du monde. C’est ce à quoi nous serons invités au moment de la bénédiction : vous savez qu’il est assis à la droite du Père ; mais cherchez-le, trouvez-le aussi près de vous, jusqu’à la fin, comme il l’a promis. Cette présence peut nous sembler lointaine, mais elle est réelle. Elle sera comme réactivée dans quelques jours lorsque nous célébrerons dans la même joie le don de l’Esprit Saint, autre signe de la présence du Christ à nos côtés. Alors nous serons en mesure de comprendre en totalité le mystère unique que nous ne cessons de célébrer depuis quarante jours et que nous célébrons chaque dimanche : celui de notre salut, obtenu en la mort et la résurrection du Christ. 

Salut pour aujourd’hui, car dès à présent le disciple véritable du Christ peut faire le choix de renoncer au mal ; salut pour demain, car en sa mort/résurrection et en son ascension, le Christ nous ouvre le chemin de la vie en plénitude aux côtés de notre Dieu. Oui, réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse : le Christ monte vers son Père et nous emmène déjà, en espérance, goûter la joie du Royaume. AMEN.

(Dessin de M. LEITERER)


mercredi 9 mai 2018

Ascension de notre Seigneur - 10 mai 2018

Jésus s'en va ; et nous, que devenons-nous ?






Nous laissons temporairement la lecture continue de la première lettre de Jean au bénéfice de cet extrait de la lettre de Paul aux Ephésiens que la liturgie affecte à cette fête de l’Ascension. En treize versets, Paul parle de nous, du contenu de la foi, du Christ, des dons qu’il nous a faits et de notre mission. Ce passage vaut la peine que nous nous y arrêtions un peu. 

Lorsque Paul écrit cette lettre, il est en prison à cause du Seigneur. Et son souci, ce n’est pas lui, sa vie ou son avenir. Son souci, c’est ce que vivent les chrétiens d’Ephèse. Il les exhorte à vivre selon l’enseignement du Seigneur : dans l’humilité, la douceur, la patience, l’amour, l’unité et la paix. Rien d’autre finalement que ce que Jean n’a cessé de nous répéter durant les cinq dimanches que nous avons vécu depuis Pâques. Il décline à sa manière l’art de vivre du croyant au Christ. Ce que Jean résumait dans : Aimez-vous les uns les autres, Paul le précise : l’amour des autres nous rend humbles, doux, patient ; il nous pousse à rechercher en toutes choses l’unité et à vivre en paix. Là où il y a l’amour, il ne saurait y avoir rien de Mal. Jean l’avait bien compris et l’Eglise à sa suite n’a cessé de nous le redire depuis Pâques : notre vie prend sa valeur dans l’amour. Rappelez-vous ce que nous disait Jean dimanche : celui qui aime connaît Dieu ; et qu’est-ce que connaître Dieu sinon être pleinement vivant ? 

Cet art de vivre, Paul l’appuie sur la foi. Les fidèles du Christ ne peuvent vivre que dans l’amour parce qu’ils sont appelés à ne former qu’un seul Corps vivant dans un seul Esprit. On ne partage pas le Christ, on ne sépare pas le Christ. Fidèles du Christ, nous sommes son Corps visible, nous vivons de son Esprit, cet Esprit qu’il a remis sur la croix afin que tout soit accompli. Nous ne formons qu’un corps parce qu’il n’y a qu’un seul Seigneur (le Christ), qu’une seule foi, qu’un seul baptême (qui nous unit au Christ et nous fait membre de son Corps), qu’un seul Dieu et Père de tous. Tout se tient, tout doit se tenir ou tout s’écroule. Et l’Histoire nous a montré ce que donnait la vie des hommes lorsque les chrétiens ne sont pas unis par la même charité, ni soucieux de l’unité et de la paix. Cela n’a jamais rien donné de bon. Ils se sont tous éloignés de Dieu, le revendiquant pour leur groupe contre les autres. Ne pas vivre cette unité dans la paix, c’est comme refuser l’œuvre du Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes.
 
Paul rappelle alors la grandeur de cette œuvre vécue en deux temps : il est d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre, puis il est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. C’est ce mystère que nous célébrons en ce jour. Dieu, en Jésus, s’est abaissé pour nous élever avec le Christ auprès de lui. Dieu n’a pas sauvé l’homme de l’extérieur ; il s’est fait homme pour faire monter l’homme vers Dieu. Il a rendu l’homme capable de Dieu. L’Ascension est une déclinaison du mystère de Pâques. Dans la résurrection est contenu déjà ce retour vers le Père ; c’est un même mouvement. Et nous serons appelés à vivre nous aussi ce même mouvement lorsque nous serons appelés à vivre définitivement auprès de Dieu. C’est toujours la joie de Pâques qui se prolonge dans la fête de ce jour.  
 
Que le Christ retourne vers son Père, voilà qui semble plutôt bien donc. Mais nous, dans tout cela, que devenons-nous en attendant ? La réponse est donnée par Paul : Il a fait des dons aux hommes. Il ne nous laisse ni seuls, ni désorganisés. Il a tout donné pour que se construise le Corps du Christ : Apôtres, prophètes, évangélisateurs, pasteurs, enseignants. La parole du Christ n’est pas tue depuis qu’il est retourné vers son Père. Il a envoyé ses disciples en mission pour qu’ils soient ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous sommes faits témoins de celui qui est ressuscité des morts et retourné vers son Père. Par notre art de vivre souligné au début de l’extrait de la lettre aux Ephésiens, nous devons édifier ce Corps du Christ vivant. Il ne s’agit pas seulement de l’entretenir en essayant d’en perdre le moins possible, mais de le faire grandir. Il s’agit bien que tous les hommes, de toute la terre, reconnaissent en Jésus le Messie Sauveur, le Fils unique de Dieu venu sur terre pour sauver tous les hommes. Comme le dit si bien Paul, nous devons parvenir tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Nous devons grandir dans notre foi. Nous avons notre part à prendre dans l’œuvre du Christ pour qu’il soit tout en tous. Le retour du Christ dans la gloire de son Père marque le début de notre envoi en mission. La feuille de route nous est donnée, l’horizon est indiqué.

Le Christ retourne vers son Père et nous confie la terre qu’il a recréée dans sa mort et sa résurrection. Nous nous retrouvons dans la position d’Adam jadis au jardin de la Genèse : co-créateurs avec Dieu, responsables de son œuvre, responsables les uns des autres pour qu’ensemble nous parvenions là où Dieu nous attend, là où le Christ aujourd’hui nous précède. Apprenons des erreurs d’Adam, vivons de l’exemple du Christ ! Et préparons-nous à recevoir le don déjà promis, la force de l’Esprit Saint. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

mercredi 24 mai 2017

Ascension - 25 mai 2017

Une fête pour nous remettre en route !





Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette simple question traduit toute la dramaturgie de cette fête si particulière de l’Ascension. Elle souligne le désarroi qui doit être celui des Apôtres devant ce départ pourtant annoncé du Christ ! Ce n’est pas comme au moment de sa mort, mais quand même, cette séparation marque la fin d’une époque. Désormais, ils n’auront plus Jésus, présent sous leurs yeux. Désormais, ils devront apprendre à lire sa présence au cœur même de leur action et de leur vie.
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette question sonne aussi un peu comme un reproche. Les disciples n’ont-ils donc pas entendu Jésus dire qu’il reviendrait ? N’ont-ils rien d’autre à faire que de rester là ? Le retour promis n’est pas pour tout de suite : on le comprend assez rapidement. Mais attendre le Christ, ce n’est pas justement attendre là, qu’il se passe quelque chose. Attendre le retour du Christ, c’est vivre de l’Evangile, témoigner du Ressuscité, grandir en sainteté. C’est tout, sauf rester passif. Je me demande si, à travers cette question, les anges n’essaient pas de faire comprendre que la foi est action, vie, témoignage. La présence de Jésus les avait peut-être habituée à regarder Jésus faire, à écouter Jésus parler de Dieu et de son Royaume. Son absence va les pousser à prendre la relève. Il a fait d’eux ses disciples pour qu’ils poursuivent son œuvre, et qu’ils aillent sur les routes des hommes pour porter la Bonne Nouvelle du salut, ce salut qu’ils ont pu expérimenter dans la mort/résurrection de Jésus. Ils n’ont plus à avoir peur : Christ s’est montré plus fort que la mort même ! Ils n’ont plus à craindre les hommes : en Jésus, ils ont déjà leur part à la victoire. Ils n’ont plus à être effrayés de ne pas trouver les mots : Jésus leur promet, au moment-même de son départ, le don de l’Esprit Saint, cet Esprit qui les poussera à sortir et à s’adresser à tous les peuples. 
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette question, nous pouvons aujourd’hui l’adresser à de nombreux chrétiens qui semblent s’être arrêté dans leur chemin de foi. Ils sont nombreux, ceux qui ont oublié qu’ils avaient à témoigner de l’espérance qui les fait vivre, et du Christ qui appelle sans cesse à plus de vie. D’ailleurs, n’en sommes-nous pas quelquefois ? Ne sommes-nous pas de ces disciples qui se sont arrêtés sur le bord du chemin lorsque nous refusons d’avancer sur les nouveaux chemins que l’Eglise nous propose, parce que « nous n’avons jamais fait comme ça » ? Ne sommes-nous pas de ces disciples qui s’arrêtent sur le bord du chemin lorsque nous refusons de faire un bout de route pour retrouver les autres frères de la communauté chrétienne qui se réunissent dans le village d’à côté ? Ne sommes-nous pas de ces disciples arrêtés au bord de la route lorsque nous refusons de prendre notre part à l’animation de la communauté locale ? Ne sommes-nous pas de ces disciples arrêtés au bord du chemin lorsque nous n’approfondissons plus notre foi par des lectures, des conférences, des échanges ? Ne sommes-nous de ces disciples arrêtés au bord du chemin lorsque nous posons des choix politiques en contradiction avec l’Evangile ? 
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette interpellation a remis les Apôtres en route, même si elle ne les a pas complètement libérés. Il faudra encore l’Esprit de Pentecôte pour que tombent les dernières barrières, les dernières craintes. Appelons-donc cet Esprit au cœur même de notre communauté : qu’il vienne nous bousculer, nous secouer et nous remettre en route, dans l’attente joyeuse et active de Celui qui vient et ne cesse de venir pour nous vie. Amen.

jeudi 5 mai 2016

Ascension C - 05 mai 2016

Pâques : quand Jésus retourne chez son Père !





On l’aurait presque oublié avec tous ces récits d’apparition qui nous ont été donnés à méditer depuis Pâques : Christ n’est pas ressuscité pour revenir vivre sa vie dans ce monde ; il est ressuscité pour partager la gloire de son Père, pour être celui qui nous montre la voie vers cette Jérusalem nouvelle dont nous parle le livre de l’Apocalypse. Il fallait donc qu’il quitte ce monde où nous vivons pour entrer véritablement et définitivement dans le monde de Dieu.
 
On aurait presque oublié tout cela si la fête de l’Ascension qui nous rassemble ne venait nous le rappeler. Aujourd’hui, nous célébrons le Christ qui s’élève vers les cieux pour s’asseoir à la droite de Dieu. C’est de là que, désormais, il veille sur nous ; c’est de là aussi qu’il enverra ce que son Père a promis (…), une puissance venue d’en-haut. Il faut bien comprendre ceci : le Christ ne nous abandonne pas, il réalise pleinement l’œuvre qu’il avait à accomplir. La résurrection n’était pas son retour sur terre, au milieu des siens ; elle est et sera pour toujours sa victoire sur les forces de morts qui nous empêchent de vivre libres ; elle sera le premier acte de l’accomplissement de notre salut. La Jérusalem nouvelle, ce n’est pas un rêve : c’est notre but. La vie avec Dieu pour toujours, ce n’est pas quelques mots gentils pour nous rassurer : c’est une promesse appelée à se réaliser. 
 
On l’aurait presque oublié, mais Jésus devait partir, quitter ce monde qui passe. Il nous l’avait annoncé, mais comme souvent, nous avions oublié. Il l’avait dit à Marie-Madeleine au jour de Pâques quand, l’ayant enfin reconnu, elle veut se saisir de lui : ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Pâques, mort et résurrection du Christ qui va vers le Père, met fin à notre prétention de vouloir posséder Dieu, à vouloir le garder pour nous seul. Garder le Christ au cœur de notre vie, ce n’est pas l’enfermer dans notre vie, mais garder vivant le souvenir de sa Parole, tenir pour acquise sa présence en nous depuis notre baptême par la puissance de son Esprit et vivre conformément à son enseignement. Pour découvrir le Christ véritable, il nous faut lâcher le Jésus de l’histoire, ne pas nous crisper sur ce que nous pensions savoir de lui quand il cheminait au milieu des hommes. Pour découvrir le Christ véritable, il nous faut passer avec lui de ce monde à son Père, en vivant dès ici-bas comme si nous étions déjà avec lui là-haut. 
 
On l’aurait presque oublié, mais la mort et la résurrection de Jésus, ce n’est pas une réincarnation ; ce n’est pas un éternel recommencement d’une vie insatisfaisante ou trop courte, mais bien une vie nouvelle qui est inaugurée pour nous tous, une vie qui n’aura jamais de fin, une vie en présence de Dieu pour toute éternité. Réjouissons-nous : l’Ascension atteste que cette vie éternelle existe, que le Royaume n’est pas une illusion et que notre vie a un sens : nous sommes faits pour vivre avec Dieu, comme Jésus ressuscité. Nous sommes appelés à dépasser ce monde qui passe pour entrer dans le monde de Dieu. C’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus : nous avons là un chemin nouveau et vivant qu’il a inauguré en franchissant le rideau du Sanctuaire.
 
En cette fête de l’Ascension qui nous rappelle notre destinée, avec les disciples qui ont vu Jésus s’en aller vers son Père, soyons en grande joie ; avec les disciples, rendons gloire à Dieu et bénissons-le. Amen.
 
(L'Ascension, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

mercredi 13 mai 2015

Ascension B - 14 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à vivre le départ de Jésus.





Un même événement, deux présentations différentes : celle de Luc dans les Actes des Apôtres et celle de Marc dans l’Evangile. Un même événement, deux présentations, deux enseignements ? A voir. 
 
Commençons par l’Evangile. Jésus fait un dernier discours à ses Apôtres, les invitant à être ses témoins dans le monde entier. Il leur redit l’efficacité de la Parole qu’ils ont à proclamer et les signes qui accompagnent cette Parole : ils traduisent tous la libération du Mal que procure le baptême. Une fois Jésus enlevé au ciel, les Apôtres s’en allèrent proclamer partout l’Evangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. Ce que Jésus leur a dit, se réalise très concrètement. 
 
De ce premier témoignage, nous pouvons comprendre que Jésus, bien qu’assis à la droite de Dieu, n’abandonne pas ses disciples : il travaillait avec eux. L’absence physique n’est pas absence totale. Jésus reste mystérieusement présent dans la vie et l’œuvre de ses disciples, quand ceux-ci accomplissent la mission qu’il leur a confiée. La présence de Jésus au monde se fait désormais par la communauté de ceux qui croient en lui, l’Eglise. Jésus en est bien le chef, puisque c’est toujours lui qui agit à travers ses disciples. Apprendre, avec les Apôtres, à vivre le départ de Jésus, c’est apprendre à prendre notre place dans cette communauté, à prendre notre part dans le travail de tout croyant : faire connaître Jésus, faire connaître sa Bonne Nouvelle. La faire connaître partout. Il n’y a pas un domaine de la vie des hommes, il n’y a pas un lieu sur terre, où cette Bonne Nouvelle n’a pas à se faire entendre. Tout l’homme et tous les hommes sont concernés par elle, parce que tout l’homme et tous les hommes sont sauvés par Jésus, Christ et Seigneur. 
 
Nous pouvons alors relire les Actes et noter les différences dans l’événement rapporté. Il y a toujours un discours un Jésus, sur la venue de l'Esprit Saint et le baptême que les disciples doivent recevoir de lui. La manière de Luc de dire que Jésus ne laisse pas ses Apôtres orphelins. Il ne sera plus là physiquement, mais son Esprit les accompagnera. Quand Jésus est élevé, les disciples restent là à regarder le ciel. Nous pouvons comprendre cela : ce départ creuse un vide et les Apôtres veulent comme prolonger ce moment. Mais là n’est pas leur mission. Quand Jésus part, on ne reste pas là, bouche-bée. Deux hommes les renvoient à la réalité : pour quoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. De là, nous pouvons comprendre que ce départ n’est pas définitif. Jésus reviendra. Entre ce départ vécu et le retour annoncé, il y a le temps de l’Eglise, le temps des disciples. Et ce temps n’est pas conçu pour scruter le ciel. Jésus le leur a dit avant de partir : vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Il y a bien une mission à remplir ; il y a bien un travail à faire en attendant le retour de Jésus. 
 
Un même événement, deux témoignages, un même enseignement : Jésus s’en va, mais il veut continuer à vivre et à agir pour le bien des hommes à travers nous. C’est à nous qu’il revient désormais de vivre et faire vivre l’Evangile. S’il est bon de nous rassembler aujourd’hui pour célébrer le départ de Jésus vers son Père, il nous sera tout aussi bon de ne pas rester là et de repartir dans notre quotidien, forts de tout ce que nous avons appris de lui. Il sera bon pour nous de revenir ici, à la source de l’Eucharistie pour y puiser la force de témoigner toujours et encore de celui qui nous fait vivre. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin Bleu)

mercredi 28 mai 2014

Ascension A - 29 mai 2014

Un jour pour entrer dans une espérance !



Cela devait bien arriver ; c’était dans la logique de Pâques et pourtant, ce jour a un je-ne-sais-quoi de paradoxal. Jésus s’en va, nous ne le verrons plus comme les disciples l’ont vu ; c’est désormais une certitude. Nous pouvons légitimement en ressentir quelque tristesse. Mais en même temps, comment ne pas nous réjouir de ce départ, puisqu’il marque le retour vers le Père de ce Fils qui a accompli en tout sa parole et son dessein d’amour ? Avec ce retour, c’est notre chemin vers Dieu qui s’ouvre. Ce jour de l’Ascension nous est donné pour que nous entrions dans une espérance. Une triple espérance même. 
 
Première espérance : le Christ ne nous abandonne pas ! Il s’en va vers son Père, mais il reste avec nous : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. C’est bien la promesse qu’il fait à ses disciples dans l’évangile de cette fête. Il part, mais il est en chacun de nous. Ce Dieu qui s’est incarné reste présent au cœur de ces amis qu’il envoie faire des disciples : baptisez-les, apprenez-leur à garder mes commandements. Dans la prolongation de son œuvre de salut par les disciples, c’est bien Jésus qui continuera d’être à l’œuvre. C’est bien sa parole qui doit être enseignée, ses commandements qui doivent être gardés. Rien n’est fini de l’histoire de Jésus : tout commence, au contraire ! Et avec quelle puissance ! Jésus n’est plus seul à enseigner, Jésus n’est plus seul à parcourir les routes humaines pour inviter à la conversion : ces disciples vont prendre le relais, portant chacun en lui la présence du Ressuscité. Avec cet envoi en mission, c’est le Christ qui est démultiplié, c’est son œuvre qui se répand plus vite, plus loin. Tous les hommes pourront avoir accès à sa Parole, tant que les disciples resteront fidèles à la mission reçue au moment même où Jésus s’en va vers son Père ! 
 
Deuxième espérance : Jésus non seulement ne nous abandonne pas, mais en plus il nous envoie quelqu’un, à sa place : l’Esprit Saint ! C’est lui qui donnera aux disciples, à travers le temps et l’espace, la force d’accomplir en tout la mission reçue de Jésus : vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Ce don de l’Esprit Saint est un cadeau de Dieu à accueillir. Selon l’enseignement de Jésus lui-même, cet Esprit nous enseignera tout, nous permettra de mieux comprendre la vie et l’œuvre de Jésus ; il nous donnera la force de témoigner et sera notre Défenseur dans les épreuves. Nous pouvons nous appuyer sur cet Esprit  pour grandir dans la foi, affermir notre espérance et rendre active notre charité. Cette promesse  n’est pas vaine ; elle n’est pas une simple consolation au moment du départ. Elle est la garantie de la présence de Jésus au milieu de nous en tout temps et pour tous les temps. 
 
Troisième espérance : Jésus non seulement ne nous abandonne pas et nous donne son Esprit, mais il nous assure en plus de son retour. Il l’avait déjà dit à ses Apôtres avant sa mort : Je pars vous préparer une place et je reviendrai vous prendre avec moi. Cette promesse est faite à nouveau par ces hommes en blanc qui apparaissent aux disciples après le départ de Jésus : Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. C’est sans doute la plus grande espérance que nous avons à vivre. Elle tend notre foi vers l’accomplissement des temps, vers ce jour où Dieu sera tout en tous. Elle nous maintient en éveil permanent dans la foi : qui voudrait s’endormir au risque de rater ce retour promis et attendu ? Elle rend active notre charité puisque servir le frère, c’est servir le Christ et le rendre ainsi présent un peu plus à notre monde. 
 
Heureux sommes-nous de vivre ce jour ! Heureux sommes-nous d’entrer dans cette espérance que le Christ reviendra. Il ne nous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais il nous appartient de vivre cette espérance, de la transmettre autour de nous, avec la force de l'Esprit Saint, afin que le monde lui-même prépare et hâte ce retour. C’est quand l’humanité sera prête à le reconnaître qu’il reviendra dans sa gloire. Puisse toute notre vie être tendue vers ce jour béni. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)