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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 27 décembre 2025

Célébrer la sainte Famille.



(Source Pinterest)


 

 

            Ils avaient fait 156 km à pied pour rejoindre Bethléem depuis Nazareth où ils habitaient ; elle était enceinte, la route n’était pas goudronnée. Ils ont à peine eu le temps de se reposer et de reprendre des forces, et voilà qu’ils sont obligés de repartir, direction l’Egypte selon la parole de l’ange. Matthieu ne nous dit pas dans quelle ville ils ont trouvé refuge, mais optons raisonnablement pour Alexandrie, réputée depuis le temps de l’exil pour être le lieu d’une communauté juive importante. Cela représente 975 km, à pied toujours, avec cette fois un nouveau-né fragile dont il faut s’occuper. Tout cela à cause de la folie d’un homme qui craint cet enfant, dont il pense qu’il pourrait mettre en danger son pouvoir. Le merveilleux du soir de Noël, avec les anges qui chantent la gloire de Dieu et les bergers qui s’émerveillent devant le nouveau-né cède la place au sordide et à l’inacceptable : une famille modeste, obligée de fuir devant l’arrogance et la violence des puissants. C’est ce que nous rappelle l’évangile de cette fête de la sainte Famille de Jésus, Marie et de Joseph.


            
A peine entré dans le monde pour sauver les hommes, bien longtemps avant de pouvoir réaliser son œuvre, voici cet enfant et ses parents jetés sur les routes, icône de tous les migrants qui fuient leurs pays et cherchent des lendemains meilleurs juste pour vivre en paix. Imaginons-nous la force de caractère de Joseph et de Marie qui font ce qui est nécessaire pour la vie de leur enfant ? Fêter la sainte Famille, c’est faire mémoire de ces vies qui font confiance à Dieu pour ne pas juste subir des événements qui les dépassent. C’est reconnaître que le Fils de Dieu fait homme est devenu le tout humble, le tout faible qui compte sur la part noble de l’humanité pour le protéger. C’est rappeler l’importance de cette petit cellule familiale, condensé de l’humanité où l’homme apprend à faire face à l’adversité, mais où il apprend aussi l’amour véritable, le vivre ensemble, le sens du travail, la valeur de la vie et des choses de la vie, le vivre avec Dieu qui toujours veille. A relire la Bible, nous savons que les familles que nous y rencontrons ne sont pas parfaites, qu’elles connaissent des conflits, des épreuves, des meurtres. Mais il y a aussi cette famille particulière, ce foyer choisi par Dieu pour y faire naître, grandir et éduquer son Fils. Elle est sainte, non pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle marche avec Dieu, toujours, et qu’il en est la boussole pour les jours bons et pour les jours mauvais.

Ne confondons plus sainteté et perfection qui sont deux réalités différentes. Cela nous permettra de comprendre que nos familles aussi sont appelées à la sainteté, c'est-à-dire à vivre sous le regard de Dieu chaque jour que Dieu fait, y compris les jours où nos familles manifestent davantage leurs imperfections. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles ont besoin de Dieu ; c’est parce qu’elles ne sont pas parfaites que Dieu peut leur indiquer la meilleure part à vivre avec lui. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles peuvent accueillir le Fils de Dieu pour apprendre de lui l’obéissance à la Parole de Dieu et l’amour véritable qui ne vient que de lui. C’est parce que nos familles ne sont pas parfaites, mais appelées à la sainteté, que les conseils de Paul dans sa lettre aux Colossiens prennent tout leur sens. La famille sainte, c’est la famille où la tendresse remplace la violence, ou la compassion prend le pas sur l’indifférence. Une famille sainte fait vivre ses membres dans la bonté, l’humilité, la douceur et la patience. La famille sainte est celle où l’on se supporte les uns les autres, que ce soit au sens sportif, encourageant chacun à donner le meilleur de lui, ou au sens plus éthique, où je supporte l’autre, mon frère, ma sœur, ma mère, mon père, mon conjoint, quand bien même il n’est pas parfait justement et qu’il a quelquefois tendance à me hérisser le poil. Je le supporte, je l’accepte comme il est, même si un autre modèle aurait été plus sympa ! Apprenant en famille à nous supporter, nous y apprenons aussi, nécessairement le pardon. Autant bien le comprendre, dans une famille qui vit de la sainteté de Dieu, l’amour est une priorité ; ce n’est pas forcément toujours évident, mais ce n’est jamais hors de question, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, ou entre frères et sœurs. 

Quand nous contemplons la sainte Famille, nous trouvons un modèle pour nos familles, car, même si l’époque n’est plus la même, il n’a jamais été simple de vivre ensemble, mais c’est toujours gratifiant quand nous nous y essayons. Avec l’aide de Dieu qui a veillé sur la famille de Jésus, Marie et Joseph, nous pouvons construire des familles saintes, qui aujourd’hui comme hier, savent qu’elles ne sont pas seules. Et ce qui vaut pour nos familles humaines vaut aussi pour cette grande famille qu’est l’Eglise : elle n’est pas parfaite, mais elle est sainte parce que Dieu vit au milieu d’elle, la guide et l’éclaire pour qu’elle soit pour tous un phare dans la nuit. Bonne fête à toutes nos familles. Amen.

samedi 28 décembre 2024

Saint Famille de Jésus, Marie et Joseph - 29 décembre 2024

 C'est quoi une "sainte famille" ?




(Tableau d'Arcabas, Jésus au milieu des docteurs de la Loi)




Il y a des chiffres qui font chaud au cœur. Celui que j’ai trouvé en préparant l’homélie de ce dimanche en fait partie. Il concerne la famille, il date de 2023. Il est publié par l’Union Nationale des Associations Familiales. A la question « Qu’est-ce qui est important dans la vie ? », 97% de la population estime que la famille est « très importante » ou « importante » dans la vie. Cette part ne varie pratiquement pas depuis au moins trois décennies. La famille est plébiscitée à tout âge : en France, 90 % des 16-24 ans jugent la famille "importante dans la vie" (et 76 % "très importante"). En ce jour où nous célébrons la Sainte Famille, il me semblait important de vous partager cette bonne nouvelle. La famille, qu’elle soit sainte ou pas, a encore un bel avenir devant elle. Et c’est plutôt rassurant au vu des familles que la liturgie nous présente aujourd’hui. Parce que je trouve quand même paradoxale que, pour célébrer la Sainte Famille, on ne présente pas une seule famille que certains jugeraient « normale » aujourd’hui. 

Regarder la famille d’Elcana et d’Anne. Déjà, Elcana a deux épouses : Anne et Peninna. Alors qu’Anne est stérile, Peninna avait donné des enfants à Elcana et elle profitait sa situation pour humilier Anne, la préférée d’Elcana. Après une énième humiliation, Anne va donc au temple de Silo prier Dieu de lui accorder un enfant. Elle disait : Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. Vous aurez compris à la première lecture de ce dimanche que sa prière a été exaucée. Le petit Samuel est né. Ce qui me surprend, c’est l’écart entre son désir d’enfant, réel, et son attitude quand l’enfant est sevré. Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la Maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur. Vous comprenez mon embarras ? Elle le voulait tellement, elle en a pleuré toutes les larmes de son corps, et voilà qu’à peine sevré, elle le rend au Seigneur, elle l’abandonne au temple de Silo. C’est une famille normale pour vous ? Certes, Anne lui apportera chaque année un petit manteau lors du pèlerinage annuel ; mais quand même, est-ce suffisant ? 

La deuxième famille du jour est celle que nous célébrons. C’est la famille de Jésus, Marie et Joseph. Je ne m’attarderai pas sur les circonstances de la naissance de l’enfant. Jésus est le Fils de Dieu fait homme, et il est clair que pour la première partie de ce titre, Joseph ne pouvait pas prétendre l’accomplir. Il entrera dans le projet de Dieu en accueillant l’enfant qui n’est pas le fruit de son union à Marie. Lorsque nous les croisons douze ans plus tard, lors de leur pèlerinage annuel au Temple de Jérusalem, voilà que l’enfant disparaît, trois jours durant. Et lorsqu’enfin ses parents, morts d’inquiétude le retrouvent au Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi, il les rembarre en disant : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Alors certes, c’est Jésus ; alors certes, il ne ment pas : Dieu est son Père. Mais était-ce vraiment utile de mettre ses parents dans l’inquiétude aussi longtemps et de leur parler ainsi ? Si Luc finit par nous donner le sentiment de Marie (elle gardait dans son cœur tous ces événements), il ne dit rien des sentiments de Joseph. Comment a-t-il pris l’interpellation de ce fils adoptif ? 

Il est question d’une troisième famille dans les textes de ce jour. C’est celle évoquée par Jean dans sa première lettre : l’Eglise. C’est ainsi que je comprends l’affirmation répétée par Jean : nous sommes (appelés) enfants de Dieu ! Si nous sommes tous enfants de Dieu, c’est que nous sommes tous frères et sœurs, membres de cette unique famille qu’est l’Eglise, la communauté des croyants. Et pourtant, il n’y a rien de plus divisé que l’Eglise. Elle est divisée en différentes confessions ; ces différentes confessions sont elles-mêmes divisées en différentes chapelles, des plus libérales aux plus conservatrices. Et il arrive qu’elles se chamaillent allègrement, pour utiliser un doux euphémisme. Le travail œcuménique est toujours à faire, avec les autres Eglises et à l’intérieur de nos propres divisions. On ne peut pas vraiment dire que l’Eglise soit une famille normale. A moins que la normalité de la famille ne soit pas à placer là où nous la plaçons d’habitude (c'est-à-dire sa composition) et que Dieu lui-même a quelque chose à nous dire à ce sujet. 

Pour beaucoup de croyants, une famille normale, c’est un papa, une maman et des enfants. Pour l’enquête dont je parlais au début, sont considérés comme famille, les couples sans enfant, les couples avec enfants et les familles monoparentales. Et si je regarde de près les trois familles proposées à notre méditation, leur normalité vient plutôt du fait qu’elles sont toutes référées à Dieu, toutes en lien avec lui. C’est vrai d’Elcana, Anne et Samuel ; c’est vrai de Jésus, Marie et Joseph ; c’est vrai de la grande famille des croyants au Christ. Peut-être qu’il nous faut envisager que le critère de normalité d’une famille, c’est, malgré les soubresauts que l’idée de famille peut connaître, d’être capable d’entrer dans le grand projet de Dieu qui est de faire de toute l’humanité une famille unie autour de lui. Plutôt que de nous déchirer sur le format familial idéal, il serait peut-être plus judicieux de comprendre comment Dieu attend de nous, de nos familles, qu’elles entrent dans son projet à lui, et de les aider dans ce sens. Comment chaque famille, dans sa singularité, peut-elle répondre à l’appel de Dieu à quelque chose qui la dépasse ? Pour Anne et Elcana, c’était accepter de laisser le jeune Samuel, à peine sevré, au temple de Silo pour qu’il reçoive l’éducation qui fera de lui le prophète que l’on connaît. Pour Marie et Joseph, c’était d’accepter que Jésus voit plus grand, plus loin, et qu’il se consacre à sa véritable mission, celle pour laquelle il est entré dans le monde : révéler son Père et sa miséricorde. Pour l’Eglise, c’est peut-être d’entrer toujours plus dans la mission que Dieu lui a confiée : faire connaître la Bonne Nouvelle du Salut afin que les hommes se convertissent et vivent une véritable fraternité. 

A défaut de nous entendre tous sur une définition unique de la famille, nous pourrions nous entendre sur les différentes voies qui mèneront nos familles, quelles qu’elles soient, à vivre quelque chose de la sainteté attendue. La Sainte Famille n’est pas sainte parce qu’elle est idéale et pure ; elle est sainte parce que chacun de ses membres a répondu à ce que Dieu attendait de lui. Marie en acceptant de porter Jésus ; Joseph en renonçant à son projet de renvoyer Marie et en la prenant chez lui, comme épouse ; Jésus, en allant jusqu’à la croix pour dire aux hommes combien ils étaient aimés de Dieu. L’Eglise, ainsi que nos familles qui en sont une cellule, ne seront saintes, qu’à cette condition-là : entrer, avec joie, confiance et espérance, dans ce que Dieu attend d’elles et de chacun de nous, et de chercher à l'accomplir du mieux possible. Amen. 


samedi 30 décembre 2023

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2023

Une famille qui vit dans la puissance de l'Esprit Saint.





 

            Lorsque nous célébrons la Sainte Famille, nous pensons spontanément à Jésus, Marie et Joseph, et c’est normal puisque ce sont les personnages essentiels de nos crèches. Le récit de la Nativité, tel qu’il nous a été rapporté par Luc lors de la messe de minuit, nous dit bien que Joseph venait se faire recenser à Bethléem avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte, et que pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né. Joseph, Marie et Jésus : c’est bien la Sainte Famille. Pourtant, l’évangile de cette fête, toujours tiré de l’œuvre de Luc, nous parle aujourd’hui d’un autre personnage important dans cette famille, et qui semble l’accompagner dans ces premiers temps de la vie de Jésus. Ce n’est pas le vieillard Siméon, ce n’est pas la prophétesse Anne, c’est l’Esprit Saint. 

            Marie et Joseph font ce qui est prescrit par la loi de Moïse : ils amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Ce que Luc nous montre, c’est d’abord une famille qui obéit à Dieu, comme il y en a tant d’autres à la même époque. Mais contrairement aux autres familles, quand celle-ci vient, il se passe des choses uniques. Sous l’action de l’Esprit Saint, Siméon vint au Temple au même moment. Et il a la joie de recevoir l’enfant dans ses bras. Il tient dans ses mains, tout ce pour quoi il a vécu. Il est conscient, et sa prière en atteste que se réalise la promesse qui lui avait été faite : Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Tout a sa joie, il déclare : Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. La révélation de ce que sera cet enfant, qui avait été faite jusque-là uniquement à Marie et Joseph, est rendue publique par Siméon, sous l’action de l’Esprit Saint. Quand une famille obéit à Dieu, elle n’a pas besoin de s’expliquer ; l’Esprit Saint révèle ce qui doit être connu par les chemins qu’il juge utile. La prophétesse Anne joue le même rôle, dans les mêmes conditions. Sa mission de prophétesse témoigne qu’elle aussi vit dans l’obéissance à l’Esprit de Dieu. 

            Jésus lui-même, de retour à Nazareth avec ses parents, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse (l’autre nom de l’Esprit Saint ans l’A.T.) et la grâce de Dieu était sur lui. Quand les parents obéissent à l’Esprit saint, leur enfant ne peut que faire de même. Je sais bien que certains diront que ce n’est pas pareil pour Jésus : il est Fils de Dieu de toute éternité, il a toujours fait ce que le Père attendait de lui. Peut-être, sans doute même. Mais grandir, entouré de parents qui respectent Dieu, lui permet assurément de découvrir qui il est véritablement : vrai Dieu et vrai homme. Quand l’homme suit la voix de Dieu, Dieu peut suivre la voix des hommes. Et le salut peut être réalisé. Dans cette Alliance nouvelle, Dieu et l’homme sont des partenaires solides l’un pour l’autre, sinon ce n’est pas une Alliance qui est proposée. Célébrer la Sainte Famille, c’est célébrer cette Alliance nouvelle que Dieu veut établir avec chacun de nous, comme il l’a déjà établi avec cette famille particulière en lui confiant son Fils unique. Ce que vivent Marie, Joseph et Jésus, par la grâce de l’Esprit Saint, nous sommes pareillement appelés à le vivre, nous qui avons tous reçu l’Esprit Saint au jour de notre baptême. 

            Que nous lisions les récits de l’enfance dans l’évangile de Luc ou dans l’évangile de Matthieu, l’Esprit Saint est toujours présent, veillant à ce que tout se déroule selon le projet initial de Dieu. Ne sous-estimons pas la force de l’Esprit Saint dans nos propres familles, saintes elles-aussi parce qu’appelées à vivre selon le projet de Dieu, saintes elles-aussi parce que accompagnées par l’Esprit de Dieu. Que cette fête nous permette de redécouvrir la vocation de toute famille chrétienne : vivre, à l’image de Marie, Joseph et Jésus, le projet que Dieu porte pour elle. Ainsi nos familles participeront à la construction d’un monde meilleur où Dieu sera tout pour tous. Amen.


samedi 26 décembre 2020

Sainte Famille - 27 décembre 2020

 Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qui était dit de lui.


(Présentation de Jésus au Temple, Source internet)


Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Vraiment ? Comment cela est-il possible ? Enfin, ils savent tous les deux les conditions de la naissance de l’enfant. Ils ont bénéficié tous deux d’une intervention de l’ange Gabriel avant sa naissance, et ils s’étonnent encore de ce que l’on dit lui ! Ben oui, d’après l’évangile de Luc que nous venons d’entendre. Marie et Joseph arrivent encore à être étonnés par cet enfant, par ce que disent de lui ceux qui croisent sa route. Et cela, alors même qu’il n’est encore qu’un bébé. Imaginez ce que cela sera quand il sera grand ! Si le fait qu’ils s’étonnent encore peut sembler curieux, ce n’en est pas moins essentiel et nécessaire qu’ils s’étonnent, et ce pour deux raisons. 

La première raison, c’est que l’ange Gabriel, à l’annonce de la naissance de l’enfant, ne leur a pas tout dit. A Marie, il a annoncé qu’elle allait avoir un fils, qu’elle lui donnera le nom de Jésus, qu’il sera grand, appelé Fils du Très-Haut, qu’il recevra le trône de David son père, qu’il règnera pour toujours sur la maison de Jacob et que son règne n’aura pas de fin. Mais rien sur l’avenir immédiat de l’enfant, rien sur les choix qu’il posera, rien sur sa mort. De même à Joseph, il n’a été dit que les choses suivantes : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint, Joseph lui donnera le nom de Jésus (c'est-à-dire le Seigneur sauve, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Rien n’est dit sur la manière dont Jésus réalisera ce projet, rien n’est dit sur le sacrifice nécessaire pour l’accomplissement de ce projet. En fait, l’enfant leur est confié sans mode d’emploi, comme à n’importe quel parent. Quand Dieu se fait enfant, il le fait comme tous les autres et ses parents terrestres n’en savent pas beaucoup plus que les autres. Ils sont juste débarrassés de la question du sexe de l’enfant (ce sera un fils) et de la question du choix du prénom (il s’appellera Jésus). Pour tout le reste, ils apprendront sur le tas, au jour le jour, comme n’importe quelle famille. Nous voyons bien là que Dieu ne joue pas à l’enfant, il ne fait pas l’enfant, il se fait enfant, se confiant à la garde des parents qu’il a choisis. Cela nous montre aussi quelle confiance Dieu fait à l’homme quand il lui confie la réalisation de son projet de salut. Il fait de Marie et de Joseph de vrais parents, avec leurs questions, leurs doutes aussi. Ils auront à accompagner cet enfant comme n’importe quelle famille. Quand Dieu devient humain, il se confie à des humains qui le feront grandir dans son humanité. Il vivra cette humanité parfaitement au point qu’il pourra inviter les hommes à le suivre et à vivre de même pleinement leur humanité. Dieu fait comme nous, mais parfaitement, pour que nous puissions faire comme lui. Nous retrouvons le fameux « Mach’s wie Gott, werde Mensch ! ». 

La deuxième raison de l’étonnement des parents, c’est qu’ils ne se considèrent pas comme les propriétaires de l’enfant. Ils en ont reçu la garde, ils savent qu’il aura une mission à accomplir. Le reste ne dépend pas d’eux. Puisque l’ange n’a pas tout dit, ils ne savent pas tout. D’autres ont reçus des bouts de vérité au sujet de leur enfant. Ils acceptent ce fait et accueillent ces bouts de vérité qui sont autant de signe qu’ils n’ont pas rêvé leur mission. Puisque que Dieu a révélé à d’autres des choses au sujet de cet enfant, tout ce qui a été dit à Marie et à Joseph avant la naissance va donc se réaliser, bien au-delà de la seule naissance de Jésus. Et c’est bien ainsi. Marie et Joseph devront apprendre à accompagner leur enfant, comme tout parent est censé le faire. Quand l’enfant est accepté pour ce qu’il est, un être en devenir, un être qui devra faire ses propres choix, alors l’enfant peut grandir et se fortifier. Quand les adultes ne cherchent pas à s’imposer à l’enfant, ni à imposer à l’enfant leur propre vue, alors la grâce de Dieu peut être sur lui. Alors surtout il peut être ouvert à cette grâce et se laisser guider par elle. Même après la parole mystérieuse du vieux Syméon sur l’avenir de l’enfant, Marie n’emballe pas Jésus dans du papier de soie pour le protéger. Nous ne savons pas grand-chose d’autre sur l’éducation reçu par Jésus, mais nous pouvons déduire de sa vie qu’il aura appris auprès de ses parents comment vivre quand on est membre du peuple que Dieu s’est choisi. Joseph lui aura sans doute appris à être juste devant Dieu et devant les hommes, comme il l’était lui-même ; Marie lui aura appris à accueillir les grâces que Dieu accorde comme elle-même avait accueilli la grâce d’être choisi pour être la mère de Jésus. Marie et Joseph auront donné à Jésus le meilleur d’eux pour qu’il puisse donner un jour le meilleur de lui. 

En célébrant cette fête de la Sainte Famille, nous reconnaissons nous aussi que nous ne savons pas tout de Jésus et que nous devons nous-aussi nous laisser surprendre toujours et encore sur ce que les hommes disent à son sujet. Nous devons accueillir Jésus dans notre vie, reconnaître en lui le salut que Dieu prépare et nous laisser éclairer de sa lumière. Avec Syméon et Anne, puissions-nous bénir Dieu à cause de Jésus ; avec Marie et Joseph, puissions-nous rentrer chez nous avec Jésus, confiant en l’avenir ; avec Jésus, laissons la grâce de Dieu reposer sur nous et nous pourrons à notre tour accomplir ce que Dieu attend de nous. Amen.   

samedi 29 décembre 2018

Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph - 30 décembre 2018

Histoire de familles…






            De quoi nous parle la Bible, si ce n’est d’histoires de familles ? D’Adam et Eve à Marie, Joseph et Jésus, en passant par Abraham et tous les autres, il n’est question que de familles. Notre première lecture s’en fait l’écho en nous parlant d’Elcana et Anne qui vont donner naissance au petit Samuel. La Bible peut dire : Familles, je vous aime ! Au-delà du slogan, il y a une réalité plus grande encore qui anime tous les écrivains bibliques : faire comprendre à leurs lecteurs qu’ils sont invités à prendre leur place dans cette grande famille, car l’Alliance que Dieu propose concerne tout homme. 

            Les familles dont nous parle la Bible sont loin d’être exemplaires en toutes choses. On y connaît la jalousie (Caïn et Abel, mais aussi Esaü et Jacob), le meurtre, l’infidélité, les rivalités, les difficultés et les joies des familles ordinaires. Il n’y a pas un modèle de famille biblique ; il y a des familles qui essaient de vivre, tant bien que mal, l’alliance que Dieu propose, à l’époque qui est la leur. Même la Sainte Famille que nous célébrons aujourd’hui connaît des moments plus difficiles. La « fugue » de Jésus à douze ans en est un exemple. Je veux bien qu’on me dise que c’était parce qu’il lui fallait être chez son Père, comprenez bien Dieu, qu’il s’est absenté ; cela n’enlève rien au fait qu’il a inquiété ses parents et retardé leur retour à la maison. Qu’est-ce qui l’empêchait de les prévenir de son désir d’être encore au Temple ? 

            Il me semble qu’il y a là de quoi rassurer nos familles d’aujourd’hui. Elles ne sont ni pires, ni meilleures que les familles bibliques. Elles essaient, tant bien que mal, à travers les difficultés et les joies de notre temps, de vivre quelque chose de l’amour que Dieu nous porte. Il n’y a pas de familles parfaites, et ceux qui le croient, s’illusionnent. L’histoire d’Anne et d’Elcana et leur souffrance d’être sans enfant trop longtemps, l’histoire de Marie et Joseph recherchant leur fils dans la crainte qu’il lui soit arrivé quelque chose de grave, tout cela ce sont nos histoires aussi ; tout cela nous est relaté pour nous éclairer, nous interroger, nous faire grandir et finalement renforcer notre confiance en Dieu qui peut tout et veut d’abord notre bonheur. L’histoire d’alliance que Dieu nous propose ne se vit pas seul ; c’est aussi une histoire de famille. Certains anciens le vivent douloureusement aujourd’hui quand ils constatent qu’ils ne sont pas suivis par leurs enfants et leurs petits-enfants : qu’avons fait de travers, interrogent-ils souvent. Rien, rassurez-vous. Vous avez fait ce qu’il fallait : vous avez témoigné auprès de vos enfants que Dieu était important pour vous. C’est tout ce que vous pouviez faire ; le reste dépend d’eux. Mais ce que vous avez semé est irremplaçable. Personne ne pourra arracher le bon grain de la présence de Dieu dans une vie. Dieu lui-même moissonnera le moment venu. 

            Cette fête de la Sainte Famille est là pour nous rappeler à chacun que nous avons notre place dans cette grande famille des enfants que Dieu se donne. Relisez la première lettre de Jean : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes… Mes bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu. Il n’y a pas à en douter ! Il y a à travailler pour le devenir toujours plus. Le baptême ne suffit pas ; il est la première pierre d’un édifice toujours à construire ; il est la fondation de notre appartenance à la famille de Dieu. Recherchons et promouvons tout ce qui peut renforcer cette appartenance, ce désir d’être de Dieu. Recherchons et promouvons ce qui renforce notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ. Recherchons et promouvons tout ce qui nous permet de nous aimer les uns les autres toujours plus, toujours mieux. Nos familles sont saintes non pas parce qu’elles ne connaîtraient pas de difficultés, mais parce qu’elles ont en elles la force de les vaincre et de les dépasser. Nos familles sont saintes lorsqu’elles cherchent à toujours s’aimer davantage, malgré les mensonges, malgré les doutes, malgré les peurs. Nos familles sont saintes quand elles n’attendent pas d’être parfaites pour se tourner vers Dieu, mais qu’elles osent lui crier leurs soucis et leurs peines. Nos familles sont saintes parce qu’elles sont humaines et que c’est dans cette humanité que Dieu est venu en son Fils Jésus. C’est cette humanité qu’il est venu sauver ! C’est cette humanité qu’il a choisi d’aimer ! 

            Ne doutons pas de l’amour de Dieu pour nous. Ne doutons pas de notre capacité à partager cet amour offert. Osons vivre à la mesure de Dieu, à la mesure de son amour pour nous. Plus nous grandirons en humanité, plus nous grandirons en sainteté, Jésus ayant définitivement lié les deux. Que grandisse l’amour de la Sainte Famille dans nos familles ; que vivent nos familles de l’amour que Dieu leur porte. Amen.

 
(Enluminure de Frère Jacques)
 

samedi 30 décembre 2017

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2017

Imiter la Sainte Famille ?





           
Etes-vous influencés par les fêtes que nous célébrons en Eglise ? Venez-vous à l’église avec une idée précise de ce que le prédicateur va vous dire ? Par exemple, en ce dimanche après Noël où l’Eglise célèbre la Sainte Famille, l’un de vous s’est-il dit ce matin : chouette, encore une homélie sur la famille ! Pourvu que mon mari (ma femme, mon gamin, ma belle-mère…) écoute bien ! Et moi, comme prédicateur, ai-je vraiment le choix alors quant au contenu de mon homélie ? En préparant ce dimanche, ce n’est pas tant la famille qui occupait mon esprit, mais cette question que je vous renvoie : Peut-on imiter la Sainte Famille ? 
 
            Curieuse question, j’en conviens. Mais il me semble qu’il nous faut bien l’affronter un jour. Une première réponse serait de dire qu’on ne peut pas l’imiter. La Sainte Famille est une famille hors catégorie : une maman préservée du péché dès sa naissance, un fils engendré par Dieu, un époux qui prend tout avec beaucoup de recul et ne pose aucune question. Vraiment, cette famille ne joue pas dans la même ligue que nos familles. Ils ont beau être humains, ils sont quand même ‘space’, non, un peu à part. Comment voulez-vous imiter une telle famille ? C’est un OFNI : un objet familial non identifié. 
 
            D’autres diront : les temps ont changé, la notion de famille elle-même a beaucoup évolué. L’Eglise ne peut plus présenter la Sainte Famille (papa, maman et un enfant) comme le modèle de la famille. D’autres réalités familiales ont vu le jour : familles recomposées, familles monoparentales, familles homoparentales. Les familles à l’image de la Sainte Famille seraient des exceptions, voire des curiosités. Vous comprenez, des comme ça, on n’en fait plus beaucoup ! Célébrer la Sainte Famille et la donner pour modèle, reviendrait alors à stigmatiser les autres réalités familiales qui existent aujourd’hui. Ce n’est pas, me semble-t-il, le but de cette fête. Sous prétexte que l’Eglise défend un modèle précis de famille, je ne peux pas, comme pasteur, ignorer la vie des gens que je rencontre, ni condamner de manière péremptoire ce qu’elles vivent. Prêtre, je dois accompagner au mieux toutes ces familles nouvelles lorsqu’elle s’adresse à moi, et voir avec elles comment elles vivent l’Evangile et suivent le Christ dans l’histoire qui est la leur. Et je vous invite tous à faire de même. Trop de familles sont déchirées parce qu’un des leurs ne suit pas la même voie que les autres ; trop de familles sont déchirées par une séparation et les conséquences qu’elles entraînent ; trop de familles sont déchirées parce qu’un enfant a eu le courage d’assumer sa différence. 
 
            Ecoutez à nouveau ce que disait la prière d’ouverture de cette fête : Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être réunis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Intéressant, n’est-ce pas ! Et surtout très ouvert comme discours. La Sainte Famille est donnée en exemple non pas tant pour sa composition (papa, maman, enfant) mais pour ce qu’elle a vécu : les vertus familiales et l’union dans l’amour de Dieu. C’est tout, mais c’est beaucoup. Les vertus familiales ne sont pas précisées plus que cela. Il faut donc les découvrir en méditant la vie de cette famille. Et cela commence plutôt mal : Marie est enceinte avant son mariage avec Joseph et d’un autre que lui ; le jeune couple se retrouve sur les routes à cause d’une décision politique imbécile ; il connaît l’exclusion au moment où l’enfant vient au monde, puis vient l’exil pour soustraire l’enfant à la colère du roi Hérode. Il est indirectement la cause du massacre des saints innocents. A douze ans, le petit devenu grand fera une fugue de trois jours. Quand il est adulte, au lieu d’exercer un travail honnête comme son père, voilà que le fils parcourt le pays, s’oppose aux religieux de son époque jusqu’à être menacé de mort. Et toute cette histoire finit mal, le fils terminant sa vie sur une croix, comme un vulgaire malfaiteur, avec sa mère comme témoin. Vous voulez vraiment imiter tout cela ? 
 
            Puisque la Sainte Famille est l’exemple de toutes les familles, nous pouvons retenir que les difficultés font autant partie de la vie de famille que les joies. Et ce qui fait de cette famille-là une sainte famille, ce n’est pas seulement l’origine divine du Fils, mais le lien qui unit cette famille à Dieu. Elle est sainte parce que Dieu vit avec cette famille, dans cette famille. Elle est sainte parce que sa vie est entre les mains de Dieu et qu’elle laisse Dieu la conduire. Depuis le oui de Marie et de Joseph à l’ange jusqu’à la mort du Fils en croix, tout s’est vécu sous la conduite de Dieu. Et la mère et le père et l’enfant ont été un oui permanent à l’œuvre de Dieu en eux. Les premières vertus de cette famille sont donc l’obéissance à la volonté de Dieu pour chacun de ses membres et leur fidélité à cette volonté. Quelle que soit la famille dans laquelle vous vivez, vous êtes invités à découvrir quelle est la volonté de Dieu pour vous et à y rester fidèles. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de fidélité humaine possible. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de sainteté possible. 
 
            L’Evangile de cette fête ne montre pas autre chose que la fidélité de cette famille à la volonté de Dieu. Bien que leur Enfant leur ait été donné par Dieu, ils vont le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Et s’ils ne comprennent sans doute pas grand-chose aux élucubrations du vieux Siméon et de la prophétesse Anne, ils accueillent tout cela, sans se pousser du col, sans faire non plus de scandale. Ils s’étonnaient tout juste de ce qui était dit de leur fils. Puis, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. Ils ont mené leur vie simplement, comme toutes les autres familles du monde. Rien ne les distingue des autres familles. Il faut entrer dans l’intimité de cette famille pour y découvrir la présence de Dieu à chaque instant de la vie. Et pendant longtemps, Jésus n’est qu’un enfant comme les autres, apprenant, jouant, vivant, tout simplement. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui, dit sobrement l’évangéliste Luc. 
 
            Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour éduquer votre enfant, votre belle-mère ou qui sais-je encore, c’est raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour trouver en elle le modèle d’une vie paisible et sans soucis, c’est encore raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour condamner la famille de votre voisin parce qu’elle ne correspond pas au modèle catholique, c’est toujours raté : tout n’est qu’amour dans cette famille. Par contre, si vous cherchez en elle comment vivre mieux ce que Dieu attend de vous, regardez et méditez son exemple : vous trouverez auprès d’elle la force de vivre mieux l’Evangile. En cela, elle sera toujours notre modèle, parfaitement sainte parce que parfaitement accordée à la volonté de Dieu. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)