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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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vendredi 1 décembre 2017

01er dimanche de l'Avent B - 03 décembre 2017

Dieu et l’homme : et si on se laissait tenter pour une fois…

 

Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? La question posée par le prophète Isaïe, au moment même où il vient de redire sa foi en Dieu, « Notre-rédempteur-depuis-toujours », peut surprendre. Elle est la question de beaucoup d’hommes et de femmes. Si Dieu est bon, si Dieu veut le bonheur de l’homme, comment peut-il laisser l’homme s’en aller à sa perte ? Comment peut-il laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus le craindre ? La question posée par le prophète est fondamentalement celle de la manière dont l’homme se situe face à Dieu, son Créateur, et en même temps la question de la manière dont Dieu conçoit son rapport aux hommes. 
 
Commençons par le point de vue de l’homme sur Dieu. Il n’y a que deux manières d’envisager notre rapport à Dieu. Première manière : nous estimons que nous n’avons besoin de personne, que nous sommes notre propre origine et notre propre Dieu ; dans ce cas la question du prophète Isaïe n’est au mieux qu’une curiosité, au pire la trace d’une superstition inacceptable qui enferme l’homme dans une prison dont il doit se libérer au plus vite. L’homme ne sera vraiment libre et heureux qu’une fois débarrassé de toutes ces croyances qui le réduisent à n’être qu’un pantin entre les mains d’un être supérieur que personne n’a jamais vu. Deuxième manière : l’homme reconnaît qu’il n’est pas sa propre origine, qu’il est né du désir de Dieu et que Dieu veut entrer en alliance avec lui. Au minimum, l’homme reconnaît qu’il y a quelque chose, sans trop savoir qui ou quoi, mais ça ne l’empêche pas de vivre, ni de faire ce qu’il veut quand il veut. Pour lui, Dieu n’est ni un problème, ni vraiment une question. C’est un peu comme ce voisin avec qui il faut composer au quotidien. Nous savons qu’il est là, mais bon, tant qu’il ne nous dérange pas, tant qu’il ne nous demande rien, ça va. Et puis il y a l’homme pour qui Dieu est important. Il n’est pas qu’une vague connaissance ; il est quelqu’un avec qui l’homme est en relation ; il prend du temps pour Dieu, comme nous le faisons ce matin. Nous avons bravé le froid pour célébrer Dieu et les merveilles qu’il fait pour nous. Mais que disons-nous de lui ? Rejoignons-nous Isaïe dans son questionnement ? Il y aurait de quoi ! Notre monde n’est pas des plus apaisés ; des hommes en massacrent d’autres au nom de Dieu, sans aucune vergogne. Nous pourrions redire avec le prophète : Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Nous croyons en Dieu, mais nous constatons que le monde ne tourne plus rond, que les hommes se sont éloignés de Dieu ; et nous pouvons croire, devant tant de violence, que Dieu lui-même s’est retiré du monde. Comment peut-il encore vouloir avoir quelque chose à faire avec des hommes qui le trahissent, qui pervertissent son nom ? 
 
Sans vouloir nous prendre pour Dieu, nous pouvons deviner, à travers les Ecritures, la manière dont Dieu alors envisage son rapport aux hommes. La Bible, que ce soit dans la Première ou dans la Nouvelle Alliance, nous apprend que Dieu a un projet pour l’homme, un projet de salut. Dieu ne s’envisage pas lui-même sans l’homme. Il l’a créé comme un vis-à-vis, comme un partenaire à qui il a confié son bien, sa création. Il laisse l’homme libre de ses choix, libre de ses orientations : à lui de choisir le Bien ou le Mal, la vie avec Dieu ou la vie sans Dieu. La Bible nous dit aussi la proximité de Dieu avec ceux qui, humblement, suivent ses chemins. Dieu veille sur son peuple, Dieu prend soin de lui. Ils sont nombreux, les passages où l’on voit que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Mais la Bible nous montre aussi que Dieu ne force pas l’homme ; il ne le force même pas à croire en lui. L’amour de Dieu pour nous va jusqu’à accepter que nous puissions croire que nous n’avons pas besoin de Dieu. Ce qui fera dire à saint Jean : Voyez de quel grand amour Dieu nous a aimés. Il y a là la réponse au questionnement d’Isaïe. Dieu laisse l’homme errer hors de ses chemins, parce que Dieu ne veut pas s’imposer à l’homme. La liberté de l’homme est plus importante pour Dieu que l’affirmation de sa propre existence. Cela ne signifie pas que Dieu se désintéresse de l’homme, ni qu’il tourne le dos à ceux qui s’éloignent de lui. Au contraire : comme le dit si bien Isaïe, Dieu vient rencontrer celui qui pratique avec joie la justice. Dieu revient vers l’homme qui l’appelle du fond de sa misère. 
 
Quand Jésus apprendra à ses disciples à s’adresser à Dieu, il leur enseignera la prière du Notre Père. Elle dit tout du rapport de l’homme avec Dieu. Elle nous permet, dans sa première partie, d’adresser à Dieu notre louange pour ce qu’il est, pour sa volonté de salut pour tous les hommes. Elle nous fait ensuite demander à Dieu nos besoins les plus fondamentaux : le pain quotidien, le pardon de nos péchés sans lequel notre relation à Dieu serait compromise, et sa protection contre le Mal. En ce premier dimanche de l’Avent, l’Eglise de France a choisi d’utiliser pour la première fois la nouvelle formule née de la traduction renouvelée en langue française des lectionnaires. Nous ne dirons plus désormais Et ne nous soumets pas à la tentation, mais Et ne nous laisse pas entrer en tentation. Un changement qui doit nous permettre de mieux comprendre que ce n’est pas Dieu qui tente l’homme, et que l’homme peut toujours invoquer Dieu d’être présent à sa vie dans le temps des épreuves et des difficultés. Ne nous laisse pas entrer en tentation tout seul ; autrement dit : Sois avec nous toi dont le Fils a affronté la tentation et en est sorti vainqueur. Sois avec nous pour que nous puissions vaincre aussi ; sois avec nous pour que le Mal n’ait plus de prise sur nous. 
 
A la question du prophète Isaïe (Pourquoi nous laisses-tu errer hors de tes chemins ?), l’Eglise nous fait répondre désormais : Ne nous laisse pas entrer en tentation. Même si nous marchons loin de toi par moment, reste encore avec nous, sois toujours avec nous. Nous pouvons le dire justement parce que, en Jésus, Dieu a répondu favorablement à la demande d’Isaïe : Si tu déchirais les cieux, si tu descendais… Nous sommes en route vers Noël, cette fête au cours de laquelle Dieu est descendu parmi nous sous la figure d’un Nouveau-Né. Préparons-nous à l’accueillir ; préparons-nous à être avec lui comme lui est avec nous : toujours présent, toujours bienveillant. Pour une fois, laissons-nous tenter par cet Enfant à naître, par la vie qu’il nous propose, par le bonheur qu’il nous offre. Amen.



samedi 28 janvier 2017

04ème dimanche ordinaire A - 29 janvier 2017

La fierté de l'homme, c'est de connaître Dieu !





La question récurrente de l’enseignement religieux à l’école en Alsace Moselle ne cesse de m’interroger. J’ai souvent l’impression que les tenants de son abolition nous regardent comme des bêtes curieuses, des hommes et des femmes pas complètement finis, pas vraiment adultes. N’est-ce pas, ils ont encore besoin de Dieu dans leur vie ! Ce serait un défaut qu’il faudrait corriger urgemment, d’où ces attaques contre la présence de l’enseignement religieux dans le parcours scolaire. Moins on enseignera Dieu, moins ils y seront attachés et plus vite ils en seront libérés, délivrés… Les opposants à l’enseignement religieux à l’école voudraient donc notre bien, et surtout le bien de nos enfants. Ils auraient le souci de notre évolution, de notre maturité. N’est-ce pas beau ? 
 
Une lecture trop rapide de l’extrait de la première lettre de Paul aux Corinthiens entendu en seconde lecture pourrait leur donner raison. Quand il est lu trop vite, certains pourraient croire que Paul exalte la pauvreté, l’inintelligence et la faiblesse des gens qui composent la communauté croyante de Corinthe. Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance... Au contraire, affirme Paul, ce qu’il y a de fou…, ce qu’il y a de faible…, ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi. Pour nos tenants modernes de la libre pensée, voilà bien qui justifie leur devoir de libération ! Même à Corinthe, du temps de Paul, les gens dit biens ne se mêlaient pas aux chrétiens. Pire, Dieu lui-même ne choisit que des faibles. Libérons-les donc de ce Dieu et ils seront forts comme nous. L’homme véritable, l’homme fort, l’homme debout n’a pas besoin de Dieu... pensent-ils !
 
Or ce n’est pas la pensée de Paul. Bien au contraire, Paul affirme que Dieu a choisi exprès les petits et les pauvres, il les a appelés pour couvrir de confusion les sages, pour couvrir de confusion ce qui est fort, pour réduire à rien ce qui est. Dieu a fait le choix des petits, des pauvres, des faibles, pour rappeler à l’homme qu’il n’est pas sa propre origine, qu’il n’est pas vraiment fort tant qu’il est sans Dieu ou loin de Dieu, qu’il n’est pas vraiment sage tant qu’il ignore Dieu, qu’il n’existe pas vraiment tant qu’il se drape dans la gloire qu’il se donne à lui-même. La fierté de l’homme, c’est de connaître Dieu ! La fierté de l’homme, c’est d’avoir été choisi par Dieu ! La fierté de l’homme, c’est d’avoir été appelé par Dieu ! Dès lors, l’homme peut connaître vraiment Dieu et découvrir en lui un Dieu qui marche avec l’homme, un Dieu qui veut la liberté pour l’homme, un Dieu qui veut le bonheur de l’homme, un Dieu qui veut la vie pour l’homme. L’homme n’aura rien de tout cela tant qu’il met son orgueil dans ses propres forces. L’homme n’existe pas vraiment tant qu’il reste auto-centré, ne voyant que son nombril, ses intérêts, son plaisir… 
 
A ceux qui veulent libérer les hommes de Dieu, le christianisme opposera toujours un Dieu qui s’est fait homme, et le dernier des hommes, pour que chacun, même le plus petit, même le plus méprisé, puisse trouver en lui une force nouvelle. La dernière place, Jésus l’a faite sienne pour toujours, en marchant vers sa croix. Et le fait que vingt siècles plus tard, des hommes cherchent toujours et encore à l’évacuer de l’espace public montre bien qu’il est pour toujours le plus méprisé des hommes. Pourtant, nous qui avons été appelés par lui, nous savons l’œuvre de libération qu’il a accompli pour tous les hommes. Nous qui avons été appelés par lui, nous savons qu’il a proclamé l’égalité de tous devant Dieu. Nous qui avons été appelés par lui, nous savons l’œuvre de fraternité à laquelle il nous invite chaque jour. Comment des esprits soi-disant éclairés peuvent-ils nous demander de renoncer à celui qui fait de nous des hommes libres, égaux et fraternels ? Comment peut-on demander à l’homme de renoncer à enseigner ce qu’il y a de meilleur pour que grandisse une humanité renouvelée en Jésus Christ, libérée de toute peur, fraternelle envers tous ? 
 
Nous avons peut-être l’air bête de suivre encore Jésus Christ ! Mais ils ont l’air fin, ceux qui nous demandent de renoncer à parler de celui qui ne veut que le meilleur pour l’homme, sa vie et son bonheur. Si nous renoncions, où l’homme trouverait-il sa joie ? Si nous renoncions, où l’homme trouverait-il sa vie ? Le vingtième siècle nous a montré la vanité des idéologies humaines qui voulaient construire un monde meilleur où l’homme seul serait Dieu ; elles se sont effondrées après avoir causé bien du mal à l’humanité, quelle que soit leur couleur politique. De Paul, apprenons à être fier dans le Seigneur : il nous a appelés pour construire un monde vraiment nouveau qui reçoit du Christ justice, sanctification, rédemption, aujourd’hui et toujours. Comme Paul, marchons à la suite de Jésus, annonçons-le à tous les hommes : que tous sachent qu’il est la vie et le salut de l’homme. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 6 août 2011

19ème dimanche ordinaire A - 07 août 2011

Jésus marche sur l'eau : un signe pour notre foi.


La foule a été rassasiée, les douze corbeilles de restes sont rangées ; il n’y a pas de temps à perdre. Les foules sont renvoyées, les apôtres embarqués et Jésus peut se retirer. Un peu de temps pour lui et pour son Père, qu’il prie, à l’écart sur la montagne. C’est ce que nous vivons ce matin, laissant l’ordinaire de notre vie pour rencontrer Dieu, l’écouter et lui parler. Cette église est notre montagne, notre lieu de rencontre et d’intimité. Pour un instant.

Lorsqu’il a terminé ce tête-à-tête avec Dieu, vient le temps pour Jésus de retrouver les Apôtres. Souvenez-vous : il les a fait embarquer, ils sont déjà en route pour l’autre rive. Matthieu souligne que leur barque était battue par les vagues, car le vent était contraire. Est-ce un simple phénomène météorologique ou est-ce le résultat de l’absence de Jésus ? Sans doute un peu des deux. Pour bien comprendre tout ce qui se joue ici, il faut rappeler dès maintenant que, pour le peuple de la Bible, la mer est le lieu où siègent les forces du Mal. Qui peut prétendre contrôler les flots en furie ? Nous en avons encore eu la preuve cette année au Japon où les eaux ont tout emporté, tout détruit. Aucun ouvrage de mains humaines ne peut résister à la mer déchainée. Et la barque des Apôtres devient alors le signe de l’Eglise, envoyée dans un monde qui ne lui est pas toujours favorable, battue par des flots et des vents contraires à l’Evangile. Cette histoire de Jésus qui va rejoindre cette embarcation et ses disciples en marchant sur l’eau, devient alors une parabole pour nous permettre d’approfondir notre foi en Jésus.

Et que découvrons-nous de lui ? Qu’il est plus fort que l’Adversaire, plus fort que le Mal. En effet, Jésus ne marche pas sur l’eau par plaisir, ni pour amuser la galerie. Il marche sur l’eau comme un jour il marchera vers sa mort, après avoir prié son Père. Il avance avec assurance, sachant que rien ne peut le séparer de son Père ; il avance en écrasant le Mal de son talon comme, en marchant vers sa mort, il avancera avec cette certitude que Dieu est avec lui et qu’il est plus fort que le Mal. Oui, cette marche de Jésus sur l’eau, sur le territoire de l’Ennemi, annonce déjà sa victoire sur le Mal et la Mort par la croix. C’est vers la fin de la nuit que Jésus vint vers eux en marchant sur la mer : c’est au matin de Pâque, c’est-à-dire à la fin de la nuit, que Jésus va ressusciter d’entre les morts et apparaître à ses disciples. Les disciples ont, dans la barque, la réaction qu’ils auront au matin de Pâques : C’est un fantôme ! C’est un esprit ! Et Jésus leur adresse déjà l’encouragement du matin de Pâque : Confiance ! c’est moi : n’ayez pas peur !
Dans la nuit de nos doutes, dans la nuit de nos peurs, dans la nuit de nos abandons, nous pouvons avoir cette certitude que Jésus est avec nous. A-t-il abandonné ses apôtres dans la barque pendant qu’il priait son Père ? Ou les accompagnait-il déjà de sa prière pendant qu’ils entamaient leur traversée et que la barque était battue par les flots ? Cette page d’évangile nous assure de la présence de Jésus à nos côtés avec la même force que le font les textes de sa résurrection. Nous pouvons mettre notre confiance en Jésus, sûrs qu’il ne nous abandonnera jamais lorsque notre vie sera livrée aux vents contraire. Avec la même assurance que Jésus, nous pouvons avancer dans un monde contraire. Pierre semblait l’avoir compris quand il s’est mis à fanfaronner : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. Il a bien commencé son chemin, à l’appel de Jésus, mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur. Et lorsque nous avons peur des vents contraires, lorsque le Mal nous effraie parce que nous le croyons plus fort, alors nous coulons, alors le Mal nous submerge, alors l’Adversaire gagne la partie. Comme Pierre, nous devons crier vers Jésus : Seigneur, sauve-moi !, pour qu’il intervienne en notre faveur, pour qu’il montre sa puissance, pour qu’il se manifeste à nous selon ce que nous disons de lui dans la foi : il est vainqueur du Mal et de la Mort.


Pierre et Jésus remontent dans la barque et le vent tomba. Là où est Jésus il n’y a pas de place pour l’Adversaire ; là où est Jésus, selon la parole du psalmiste, justice et paix s’embrassent, amour et vérité se rencontrent. Il n’y a pas de place pour la peur, il n’y a pas de place pour le Mal, il n’y a pas de place pour la Mort. Le comprenant, les disciples peuvent confesser leur foi : Vraiment tu es le Fils de Dieu. C’est ce que nous ferons tout à l’heure, répondant à la parole entendue par notre foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint, Dieu avec nous, toujours et partout. Et nous sommes tellement sûrs de sa présence et de sa bonté pour nous, que nous lui confierons le monde pour qu’il intervienne là où nous ne pouvons plus rien.

Quand notre vie est secouée par les vents de l’adversité, souvenons-nous de ces Apôtres dans leur barque, rejoints à la fin de la nuit par Jésus, marchant sur les eaux : et nous retrouverons confiance, nous découvrant accompagnés par celui qui a vaincu tous les obstacles, par celui qui a offert sa vie pour que la nôtre soit à la dimension de celle de Dieu. Et nous pourrons faire nôtre cette prière : Dieu est mon rocher, mon salut : d’en haut, il tend la main pour me saisir, il me retire du gouffre des eaux. Amen.



(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 1 janvier 2011

Epiphanie du Seigneur - 02 Janvier 2011

Notre foi est ouverture : nous célébrons un Dieu qui se révèle à tous les hommes.

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ. Voici en quels termes la deuxième lecture de ce dimanche nous introduit à la fête de ce jour. Révélation et mystère : deux mots majeurs en cette fête de l’Epiphanie. Le long voyage de ces étrangers vers la crèche, vers le Christ Rédempteur, n’est suscité que par ces deux mots. Le mystère d’une étoile apparue dans le ciel et la révélation (l’épiphanie) de ce qui était jusqu’alors tenu caché : un Dieu qui vient dans le monde des hommes.

Lorsque nous sommes habituellement confrontés au mot mystère, reconnaissons d’emblée que notre seul désir est d’en connaître le ressort. Le mot mystère entraîne des réactions de curiosité quelquefois, de crainte souvent. Est qualifié de mystérieux ce que l’homme ne peut appréhender avec sa raison ou ce qui est volontairement caché à quelqu’un, soit dans le but de le préserver soit dans le but de le dominer, de mieux le soumettre.

Lorsque Paul parle de mystère, il ne parle pas de forces maléfiques, ni de secret à garder jalousement pour mieux dominer. Quand Paul parle de mystère, il parle du mystère de Dieu qu’il se doit d’annoncer ! C’est une joyeuse nouvelle que ce mystère qui lui est révélé. Le mystère dont il parle, et que nous célébrons justement aujourd’hui, c’est que Dieu est venu dans le monde pour tous les hommes. Si, au début de l’histoire sainte, Dieu s’est d’abord adressé à un peuple particulier, Israël, désormais, en Jésus, Dieu nous parle à tous, Dieu se montre à tous. Il devient donc nécessaire de propager ce mystère, d’annoncer cette Bonne Nouvelle afin que tous les peuples de la terre puissent découvrir le Christ et parvenir au Père par lui.

L’Epiphanie du Seigneur, c’est-à-dire sa révélation à tous les hommes signifiés par ces étrangers venus de loin, doit nous faire rendre grâce à Dieu pour l’action de tant d’hommes et de femmes qui, à travers le temps et l’histoire, ont annoncé la Bonne Nouvelle du salut de sorte qu’elle soit parvenue jusqu’à nous, en ce jour, en ce lieu. Si nous sommes rassemblés ce matin autour de la crèche avec les mages, c’est parce que nous avons entendu cette Bonne Nouvelle qui était pour nous comme une étoile dans la nuit, nous guidant vers la lumière sans déclin.

L’Epiphanie du Seigneur doit aussi nous rappeler que nous avons chacun, par notre baptême, à approfondir notre connaissance de ce mystère de Dieu, et à contribuer à le répandre. Ayant entendu et compris ce que Dieu voulait pour nous, à savoir notre salut, notre bonheur, nous ne pouvons et ne devons nous résoudre à nous taire. Comme Paul, nous devons sentir l’urgente nécessité de proclamer que Dieu veut le salut de tous. Comme les mages, nous devons nous mettre en route pour venir toujours plus près de ce Dieu et lui faire l’offrande de notre vie.

De nombreux signes liturgiques manifestent notre désir de connaître toujours plus le Christ Sauveur. Ils sont le témoignage d’une communauté unie autour de son Seigneur et Sauveur. Le signe de la croix dont nous nous marquons, la Parole de Dieu que nous écoutons, notre rassemblement dimanche après dimanche, manifestent à tous que ce mystère d’un Dieu qui veut notre bonheur et qui nous sauve par son Fils, venu dans le monde et offrant sa vie pour nous sur la croix, que ce mystère donc peut encore intéresser une vie aujourd’hui ; qu’il n’est pas venu le temps de taire cette Bonne Nouvelle. Tous n’ont pas encore reconnu le Messie Sauveur. Je dirais volontiers que tous les mages ne sont pas encore arrivés : certains cherchent encore l’étoile qui illuminera leur vie et la transformera. Avons-nous suffisamment conscience que notre manière de vivre la foi peut devenir pour d’autres l’étoile qui les guidera au Christ Sauveur ? Avons-nous conscience d’être interrogés par l’humanité sur ce qui nous pousse à croire et à vivre ? Nous pouvons entendre la question des mages : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?, comme une question sur le sens de notre foi et de notre existence. Où est-il, dans ta vie, ce roi des Juifs qui vient de naître ?

En chaque Eucharistie, il nous est donné l’occasion de témoigner de notre foi et de notre attachement à Dieu. Et cela ne se fait pas seulement au moment de la proclamation de la foi, mais aussi, plus curieusement, au moment de l’envoi, de l’ancien ite missa est, selon la formule latine consacrée. Allez, la messe est dite : c’est cela que la liturgie rénovée a traduit par : allez dans la paix du Christ. Le diacre ou le prêtre nous dit : « C’est le moment de rentrer chez vous ; c’est le moment de rejoindre vos frères et sœurs en humanité ; c’est le moment de leur partager ce que vous avez vécu ». Nous témoignons de notre attachement au Christ en allant justement le porter à d’autres qui n’ont pas pu, pas su, pas voulu nous rejoindre. Nous le leur portons en témoignant auprès d’eux en quoi il nous est important, en quoi le Christ est intéressant pour nous. Repartir de l’Eucharistie avec au cœur ce désir de dire à d’autres ce que nous vivons entre nous, voilà qui devrait illuminer nos vies. Voilà la mission qui nous est confié pour que le monde sache qui est celui qui vient à la rencontre de toute l’humanité. A l’Epiphanie, à travers les mages, c’est l’humanité qui rencontre son Dieu venu la visiter. A la fin de chaque eucharistie, c’est nous qui pouvons permettre à l’Epiphanie de se poursuivre, et au monde de rencontrer celui qui est notre vie, notre espérance, notre avenir. Je forme le vœu en cette année nouvelle que chacun se sente responsable de cette belle mission de faire venir les hommes au Christ, de leur permettre cette rencontre unique qui changera leur vie durablement et les ouvrira à la joie du Royaume. Le mystère du Christ que nous confessons n’est pas fait pour être caché ; il est fait pour être célébré et annoncé, à tous. Amen.


(Photo : détail crèche de Holtzheim)

samedi 18 décembre 2010

4ème dimanche de l'Avent - 19 décembre 2010

Notre foi est Bonne Nouvelle : nous célébrons un Dieu avec nous !







Encore quelques jours, et celui dont nous avons préparé la venue, sera à notre porte. Encore quelques jours, et toutes les prophéties entendues s’accompliront : voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous !). Ce n’est pas une promesse en l’air, ce n’est pas une vue de l’esprit : ce que Dieu a annoncé va se réaliser. Nous pouvons nous réjouir ; nous devons l’annoncer au monde. Parce que notre foi n’est pas d’abord un ensemble de règles ou de dogmes : non, notre foi est d’abord une Bonne Nouvelle à accueillir et à transmettre.

Lorsque nous entendons l’évangile de Matthieu, on peut croire que pour Joseph, d’entendre dire que sa fiancée est enceinte, n’est certainement pas une bonne nouvelle. Et pourtant, il reste l’homme juste qu’il a toujours été. La Loi lui permettrait de dénoncer cette fille en public, elle serait lapidée. Il referait sa vie avec une autre, qui lui serait fidèle. Il n’en fera rien. Matthieu nous indique sobrement qu’il avait décidé de la répudier en secret. Et c’est alors qu’intervient Dieu par son messager. Ce qui était une catastrophe pour Joseph devient une Bonne Nouvelle : sa fiancée lui a été fidèle et elle est fidèle au Dieu des Pères. C’est de l’Esprit Saint que vient l’Enfant qui grandit en son sein. C’est là que réside la première Bonne Nouvelle que nous avons à répandre. Le Dieu auquel nous accordons foi est un Dieu pour l’homme, un Dieu qui agit en faveur de l’homme. Le nom que recevra cet enfant en atteste : Emmanuel : Dieu-avec-nous ! En accueillant l’Enfant et sa mère, Joseph accueille cette certitude que Dieu s’engage en faveur de l’humanité. Et il ne s’engage pas par hasard, histoire d’avoir quelqu’un à qui parler. Dieu s’engage en faveur de l’humanité pour la sauver. Ainsi en atteste le nom que Joseph donnera à son fils : Jésus, Le-Seigneur-sauve !

Lorsque Paul écrit aux Romain, l’histoire de Jésus, pour certains, relèvent déjà de la vieille histoire. Cet homme a été arrêté, jugé, condamné, mis à mort. Une catastrophe pour ses amis et disciples. Mais voilà, en cet homme, Dieu s’était engagé auprès de l’humanité. En cet homme, Dieu avait promis le salut. Et il le réalise dans cet acte même de la mort de son Fils. Celui dont la naissance avait été annoncé à Joseph est bien celui dont parle Paul aux Romains. Seulement Paul ne parle plus de lui comme d’un enfant. Il n’y a plus ce côté merveilleux que nous avions chez Matthieu. Paul parle de Jésus, adulte. Paul parle de Jésus et de sa mort. Paul parle de Jésus et de sa résurrection, l’acte de Dieu qui signe toute sa vie et garantit la pleine réalisation des promesses faites par Dieu. Pour Paul, c’est en Jésus que Dieu se manifeste Dieu-avec-nous puisque Jésus nous a livré la Parole de Dieu. Pour Paul, c’est en Jésus que Dieu réalise le salut promis puisque sur la croix, c’est la vie de l’homme qui renaît. Ce n’est pas sa naissance merveilleuse qui fait de lui le Fils de Dieu, mais selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui Jésus Christ, notre Seigneur. La Bonne Nouvelle, c’est Jésus lui-même, venu dans notre monde pour nous sauver par le don de sa propre vie. En Jésus, Dieu s’engage résolument à nos côtés, pour toujours. L’acte sauveur de Jésus est posé une fois pour toutes, et vous en bénéficiez encore aujourd’hui, à travers le temps et l’histoire.

Oui, notre foi est Bonne Nouvelle parce que Dieu s’est engagé en notre faveur. Oui, notre foi est Bonne Nouvelle à proclamer, après l’avoir accueillie nous-mêmes au cœur de notre existence. Ce que nous fêterons dans quelques jours, nous avons à le vivre quotidiennement. En chaque eucharistie, il nous est donné d’entendre cette Bonne Nouvelle à travers les lectures et l’homélie. En chaque Eucharistie, Dieu nous parle, s’engageant encore dans nos vies pour nous sauver. En chaque Eucharistie, Dieu nous garantit sa présence par la bénédiction finale qui nous est donnée : Que Dieu vous bénisse peut bien se traduire par : Qu’il soit avec vous partout où vous irez. Après avoir célébré les dons de Dieu et les merveilles qu’il réalise encore pour nous, nous sommes renvoyés chez nous, en témoins authentiques et autorisés. Ce que nos yeux ont vu, ce que nos cœurs ont entendu, nous avons à le transmettre aux autres, à ceux qui n’ont pas pu nous rejoindre pour que, eux aussi, découvrent de quel amour ils sont aimés ; pour que, eux aussi, puissent entendre cette Bonne Nouvelle : Dieu vient vous sauver, Dieu est avec vous, tous les jours jusqu’à la fin des temps. Amen.