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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 12 septembre 2015

24ème dimanche ordinaire B - 13 septembre 2015

Devenir des amis de Jésus.




Pauvre Pierre ! Il faudra quand même que quelqu’un lui apprenne à se taire ou, au minimum, à parler moins vite. Je sais bien que cela le rend attachant, terriblement humain ; mais quand même, poser une affirmation de foi des plus vraies et se faire rembarrer quelques temps après par Jésus lui-même en se faisant traiter de Satan, reconnaissons que cela aurait mérité un temps de réflexion pour éviter cette chute soudaine. Pourtant, n’accablons pas trop vite ce pauvre Pierre ; nous sommes souvent comme lui. 
 
Essayons de comprendre ce qui lui arrive. Jésus pose une question existentielle : au dire des gens, qui suis-je ? Les réponses de ses disciples fusent : Jean le Baptiste, pour d’autres, Elie ; pour d’autres, un des prophètes. Jésus ne réagit pas en reprenant ces affirmations pour démonter ce qu’elles pouvaient avoir de pertinent ou d’absurde. Il reprend aussitôt en invitant ses disciples à une parole plus personnelle : Et vous, que dites- vous ? Pour vous, qui suis-je ? J’avoue que j’aurais donné cher pour voir la tête des Apôtres à ce moment-là ! Ces réponses ne lui suffisent-elles pas ? Seraient-elles fausses au point qu’il faille tenter une psychanalyse avant l’heure ? Il s’adresse à des gens simples, qui ont tout quitté pour le suivre. Ils sont bien avec lui sinon ils ne resteraient pas. Faut-il vraiment s’embarrasser de questions de ce genre : Pour vous, qui suis-je ? C’est Pierre qui s’y colle pour répondre : Tu es le Christ. A la manière dont Marc écrit son Evangile, j’ai l’impression que la réponse jaillit ; c’est une réponse irréfléchie, spontanée, la réponse du cœur. Marc ne précise pas si Jésus est content de Pierre et de sa réponse ; il précise juste que Jésus interdit d’en parler à quiconque. Ça valait bien la peine d’en parler ! Et il commence à leur expliquer la nécessité de la Passion : ses souffrances, son rejet par les chefs religieux, sa mort et enfin, sa résurrection. Pour Pierre, c’est trop ! S’il a raison de dire que Jésus est le Christ, c’est-à-dire le Messie attendu depuis si longtemps, alors l’affirmation par Jésus de son rejet, de sa non-reconnaissance par les chefs du peuple et de sa mort devient insupportable. C’est comme si Jésus avait éveillé en eux un désir profond et venait leur dire maintenant : ben, cela ne se réalisera pas parce que je vais être tué. Comment voulez-vous que Pierre (et les autres disciples avec lui) entende encore l’affirmation de la résurrection ? D’autant plus, qu’à l’époque, personne n’était encore ressuscité ! La mention de sa résurrection trois jours après sa mort ne veut rien dire dans leur contexte. Si nous voulons comprendre Pierre, il faut nous interdire de faire référence, à ce moment précis, de ce que nous disons de notre foi pascale. 
 
Ce qui arrive à Pierre et qui lui vaut les reproches sévères de Jésus, c’est un décalage entre ce qu’il croit et ce qu’il est en mesure de comprendre. Il dit quelque chose de la personne de Jésus (il est le Christ) sans en mesurer et en accepter toutes les conséquences. Pour lui, dire que Jésus est le Christ, c’est dire qu’il est le Sauveur. Et il a de quoi appuyer son affirmation : les nombreuses guérisons, la multiplication des pains, son enseignement sont bien les signes clairs que Jésus est du côté de Dieu. Quiconque suit Jésus peut s’en rendre compte. Mais de là à accepter que celui qui est censé nous sauver doit mourir, là non, ça ne va plus. Pierre ne joue plus ; ce n’est juste pas possible ! Comment celui qui a posé tant d’actes forts envers les autres, comment celui-là serait-il assez faible pour se laisser condamner à mort ? Et nous constatons alors qu’il peut y avoir un gouffre entre ce que nous croyons de Jésus et ce que nous acceptons. Ce qui valait pour Pierre jadis vaut encore pour nous aujourd’hui. Si Jésus est le Christ, alors il est toujours fort ; alors il doit avoir réponse à tout ; alors il doit être le remède absolu à toutes nos misères. Comment se fait-il alors que des gens souffrent ? Comment se fait-il que des gens soient obligés de fuir loin de chez eux pour espérer rester en vie ? Comment se fait-il que le Mal triomphe si souvent ? Comment se fait-il que la grand-mère ait dû mourir ? Comment un enfant peut-il mourir, enfermé dans une machine à laver ? Ces questions, qui quelquefois nous habitent, sont du même genre que la réflexion que Pierre a faite à Jésus. Si tu es le Christ, tu ne peux pas mourir ! Si tu es le Christ, le Mal ne doit plus exister ; et s’il existe encore, au moins il ne doit plus triompher ! 
 
Avec Pierre, nous devons apprendre à réduire l’espace qui existe entre ce que nous croyons et ce que nous comprenons de notre foi. Cela ne peut se faire qu’en étant fidèle à Jésus et à tout son enseignement. Cela ne peut se faire qu’en étant ami de Jésus, au sens fort du terme, sinon nous serons traités de Satan, comme Pierre. Pour comprendre cette interpellation de Jésus à Pierre, relisons Bernanos qui affirmait : Qu’est-ce que le diable ? C’est un ami qui ne reste pas jusqu’au bout ! Quand Pierre reproche à Jésus l’affirmation de sa mort, il est un ami qui ne veut pas rester jusqu’au bout, jusque par-delà la mort, jusqu’à la résurrection. Elle seule donne le dernier mot de toute l’histoire ; elle seule donne sens à toutes les souffrances du Christ. Elle seule ouvre une espérance à tous les hommes. A défaut de comprendre toutes les conséquences du message de Jésus, acceptons de devenir des amis de Jésus, des hommes et des femmes qui restent jusqu’au bout. Quoi qu’il en coûte. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les presses d'Ile de France).

samedi 13 avril 2013

03ème dimanche de Pâques C - 14 avril 2013

Avec les Apôtres, obéir à Dieu.





Il y a une totale incompréhension entre les Apôtres et ceux qui s’opposent à eux, après s’être opposés, il y a peu de temps encore, à Jésus lui-même. Ils pensaient en finir avec Jésus en le clouant sur une croix ; ils pensaient que le tombeau était le moyen le plus sûr d’enterrer toute cette histoire. Et voilà que ses compagnons, ses disciples, font resurgir son nom. Insupportable ! Tout bonnement insupportable ! Sans doute quelques coups de fouet bien placés vont-ils mettre un terme à ce resurgissement du nom de Jésus. 
 
Faut-il donc qu’ils soient naïfs pour croire qu’ils arrêteront ainsi ceux qui parlent de celui que la mort n’a pu retenir ? Faut-ils qu’ils soient naïfs pour espérer faire taire la voix de Celui qui, à travers ses Apôtres, parle maintenant d’au-delà de la mort ? Les Apôtres ont acquis la certitude que Jésus est bien vivant ; ils ont expérimenté sa présence réelle à leurs côtés : plus rien ne peut leur faire peur, et certainement pas le fouet qui a déchiré le dos de leur Seigneur et Maître. S’il a subi le fouet, ils le subiront eux-aussi, tout heureux de suivre ainsi le chemin de Jésus. 
 
D’où leur vient ce courage ? D’où leur vient cette force de caractère ? La semaine passée, la liturgie nous les montrait  encore tous enfermés à double tour, par crainte des Juifs. Aurions-nous tous sous-estimé la puissance de l’Esprit Saint que Jésus a répandu sur eux ? C’est bien cet Esprit qui est évoqué par Pierre lui-même dans sa réponse au grand-prêtre. Cet Esprit leur donne la force d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes
 
Car là est bien la leçon de ce dimanche : avec les Apôtres, nous devons obéir à Dieu. Obéir, non pas de manière servile, comme des esclaves, mais comme un ami peut obéir à un ami en entrant dans le projet qu’il porte ; obéir comme un ami qui fait tout ce qu’il faut, tout ce qu’il doit, pour que l’œuvre de son ami, qui a besoin de lui, réussisse.  Jésus ne leur a-t-il pas dit, ne nous a-t-il pas dit, que désormais, il ne nous appelait plus serviteur mais ami, parce que le serviteur ignore ce que veut faire son maître ?  Disciples de Jésus, connaissant son œuvre de salut pour tous les hommes, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, refusant les modes passagères, choisissant toujours la vérité et la justice, même si ce chemin est exigeant. Connaissant l’œuvre de Dieu, connaissant surtout l’immense amour qu’il a déployé pour nous, comment ne pas entrer avec lui en résistance ? Comment ne pas obéir à son Esprit Saint, qui veut le meilleur pour nous, le meilleur pour chaque homme ? Et si cela passe par des moqueries, qu’importe au fond : l’amour de Dieu est plus fort que les moqueries. L’amour de Dieu est plus fort que tous les coups que nous pouvons prendre, au propre comme au figuré. 
 
Apprendre à obéir à Dieu, comme les disciples qui étaient partis à la pêche et qui n’avaient rien pris, mais qui, sur l’ordre de Jésus, relancent les filets et les tirent à terre remplis comme jamais. Obéir à Dieu, comme Pierre devra apprendre à le faire, en réaffirmant son amour sincère pour l’ami qu’il avait trahi et qui se voit confier la charge de tout le peuple que Dieu se choisit et appelle à vivre avec lui. Obéir à Dieu, en ayant conscience que ce n’est pas toujours nous qui mettrons notre ceinture et qu’un autre nous emmènera là où nous ne voudrions pas aller. L’obéissance à Dieu devient ainsi l’expression de notre attachement à la mission qu’il nous confie, l’expression de notre reconnaissance pour l’amour qu’il déploie pour nous, jour après jour, l’expression de notre indéfectible attachement à la personne du Christ, mort et ressuscité pour nous. 

Obéir à Dieu n’est-ce pas finalement simplement aimer Dieu et son Christ plus que tout ? L’obéissance, ainsi comprise, ne nous déresponsabilise pas ; au contraire, elle nous fait grandir et aimer mieux celui qui a tout donné par amour pour nous. En obéissant à sa parole, en laissant son Esprit nous guider, nous répondons à cet amour et nous le répandons autour de nous. N’est-ce pas ce qui est demandé à tout disciple ? En toute simplicité ! Amen.
 
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 11 mai 2012

06ème dimanche de Pâques - 13 mai 2012

En Jésus ressuscité, nous voici amis !


Maintenant, je vous appelle mes amis ! Voilà une parole forte de la part de Jésus, une parole qui nous dit l’amour dans lequel il nous tient, une parole qui dit ce qu’il attend de nous : à savoir une réciprocité dans l’amour. Ceci est vrai si j’en crois mon vieux Larousse qui définit l’ami comme une personne avec qui l’on est lié d’une affection réciproque. Attardons-nous donc sur cette parole de Jésus pour mieux la comprendre.

Maintenant, je vous appelle mes amis ! Vous aurez remarqué l’unilatéralité du message de Jésus. C’est lui, et lui seul, qui nous considère comme amis. En règle générale, une amitié se décide quand même à deux. Que veut-il alors nous dire en se prononçant seul, sans nous demander si nous voulons être ses amis ?
Il nous dit d’abord que nous avons du prix pour lui ; nous comptons pour Jésus, plus qu’un serviteur pour son maître. Pour lui, nous ne sommes pas de vagues connaissances ; nous faisons partie de sa vie. N’oublions pas qu’il prononce ces paroles, juste avant sa mort. Ce moment donne tout son poids à cette affirmation de Jésus. Il marche vers sa mort et il le fait pour nous, qui comptons à ses yeux ; pour nous qu’il déclare être ses amis.
En nous disant ses amis, il nous dit ensuite qu’il ne nous cache rien ! Il n’a pas de secret pour nous. Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître ! C’est bien le propre d’un ami de connaître vraiment celui avec qui il partage une amitié. Ce qui est important pour Jésus, nous le savons désormais.
Enfin, en nous prenant pour amis, il espère quand même un retour d’amitié. Il nous choisit pour amis pour qu’à notre tour nous le choisissions, lui qui va donner sa vie pour notre vie.

Maintenant, je vous appelle mes amis ! Cette amitié que Jésus offre, il l’offre à tous. N’est-ce pas ce que Pierre a compris lorsqu’il a été poussé par l’Esprit chez le centurion Corneille ? Dieu ne fait pas de différence entre les hommes, affirme-t-il en arrivant chez ce païen qui l’a fait chercher. Le signe que cette amitié est offerte à tous, sans distinction, n’est-il pas justement que l’Esprit Saint s’empara de tous ceux qui écoutaient la parole de Pierre ? Je peux comprendre l’étonnement de Pierre et des autres croyants réunis à la vue de ce signe, eux qui pensaient que le Dieu de l’Alliance ne s’adressait qu’au peuple de l’Alliance ; voici que ce peuple prend de nouvelles proportions. Même les païens sont appelés à chanter la gloire de Dieu. Même les païens sont invités à entrer en amitié avec Dieu, puisque c’est pour eux-aussi que le Christ a donné sa vie. Pour entrer dans cette amitié, il suffit d’être ouvert à Dieu comme Corneille a su l’être. Jésus offre son amitié, mais il convient que nous l’acceptions en retour.

Maintenant, je vous appelle mes amis ! Puisque Dieu attend un retour, quel est donc le prix de cette amitié ? C’est tout simplement le prix de l’amour. Jésus a payé ce prix puisque c’est par amour pour nous qu’il a offert sa vie, scellant ainsi l’amitié renouvelée entre Dieu et les hommes. C’est parce qu’il nous aime, sans mesure et sans condition, que Jésus fait de nous ses amis. En retour, il nous demande de demeurer dans cet amour. Voilà une belle expression pour dire que nous accueillons Dieu dans notre vie. Nous demeurons dans son amour, nous habitons dans cet amour. Remarquez bien que jamais Jésus ne demande à ses amis de l’aimer lui ; il leur demande de s’aimer les uns les autres comme lui a aimé. Puisqu’il choisit de faire de tout homme un ami, nous n’avons pas d’autre choix que d’aimer tout homme, pour dire la réciprocité de l’amitié que le Christ nous porte. D’où l’invitation de Jean, dans sa première lettre : Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Et plus loin : Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour. Autrement dit, celui qui n’aime pas, ne partage pas l’amitié que Dieu lui porte. Pire même, il se coupe de l’amour de Dieu, il refuse l’amour de Dieu. Quiconque accepte l’amitié de Jésus, accepte d’aimer comme il est aimé. C’est bien dans l’amour partagé que se trouve la fidélité à l’amitié que le Christ nous offre.

Maintenant, je vous appelle mes amis ! Puissions-nous toujours mesurer la beauté de cette parole et des implications qu’elle comporte pour notre vie. Puissions-nous dire en vérité à Jésus : puisque tu m’as choisi pour être ton ami, je veux te choisir aussi et te suivre sur le chemin de l’amour. L’eucharistie que nous célébrons nous y aide et nous fait grandir dans la fidélité au nom de Jésus. Alors, risquerons-nous d’être amis dans le Seigneur ? Oserons-nous ouvrir la porte, ouvrir nos cœurs à cet homme, ce Dieu pour la vie, qui nous nomme amis ? A chacun d’y réfléchir et de répondre, en toute amitié. Amen.

(Image de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Eglise, Presses d'Ile de France)

samedi 18 février 2012

07ème dimanche ordinaire B - 19 février 2012

Juste une histoire d'amitié !









C’est l’histoire d’une amitié entre Dieu et les hommes. Depuis le premier jour de la Création, Dieu a voulu le bonheur de l’homme et a ouvert pour lui le chemin de la Vie. Mais l’homme n’est pas très fidèle dans ses amitiés et Dieu va apprendre la patience et le pardon. C’est ce que nous dit la première lecture. Par amour pour l’homme, Dieu est prêt à oublier le passé, à effacer la faute de l’homme. C’est la grandeur de Dieu que de vouloir recommencer sans cesse ce que l’homme détruit : mais moi, oui, moi je pardonne tes révoltes, à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés. Dieu est à ce point aimant, qu’il ne peut se renier lui-même. Il s’oblige à pardonner à l’homme, et prouve ainsi sa grandeur, sa divinité.

C’est l’histoire d’une amitié entre Dieu et les hommes, qui prend une nouvelle tournure avec l’avènement de Jésus, le fils unique de Dieu. Comme nous le redit Saint Paul, il n’a jamais été que OUI à Dieu ; en lui, toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur OUI. Puisque l’homme semblait sourd aux appels de Dieu, il a fallu ce sacrifice qui s’achèvera sur la croix pour que l’homme comprenne combien il est aimé de Dieu, combien l’irruption de Dieu dans la vie des hommes est bonne nouvelle pour tous les peuples. A notre tour, nous avons à dire OUI à Dieu, à n’être que OUI au projet d’amour de Dieu tant de fois retardé, trop de fois rejeté.

C’est l’histoire d’une amitié entre des hommes que Marc nous rapporte dans son Evangile. Et cette histoire d’amitié humaine va rejoindre cette primordiale amitié entre Dieu et les hommes. C’est d’abord l’histoire d’un homme paralysé, incapable de vivre sans l’attention et la tendresse d’autrui ; lorsque ses amis apprennent la présence de Jésus, ils n’ont qu’une idée en tête : lui amener leur ami pour qu’il fasse quelque chose pour lui. Après tout, n’a-t-il pas guéri dans ce même village la belle-mère de Pierre et de nombreux malades ? Ne vient-il pas, dans un autre village, de guérir un lépreux ? La nouvelle a fait le tour du pays. Certainement, cet homme peut quelque chose pour ce paralysé. Mais voilà, il y a tant de monde qui se presse, tant de besoin chez les hommes, qu’il leur est impossible d’approcher Jésus. Exclu par sa maladie, le paralysé semble exclu de la guérison par cette foule compacte. Est-ce la fin de cette histoire ? L’amitié résistera-t-elle ou se découragera-t-elle ?

C’est l’histoire d’une amitié qui ne s’en laisse pas compter. Ils ne peuvent passer par la porte ! Qu’importe ! Dans ce pays chaud, le toit des maisons est plat, les murs sont faits de simples branchages, recouverts de boue. Pas difficile à construire ; pas difficile à démolir. Le malade est hissé sur le toit, les amis ont vite fait de faire une brèche et voilà le brancard qui descend et termine sa course devant Jésus. Un Jésus qui comprend que derrière cette intrusion se cache une histoire de cœur, une histoire qui fait que l’homme, quand il le veut, ne se décourage pas devant les difficultés, que l’homme ne se résigne pas devant la souffrance d’autrui. Il y a certainement quelque chose à faire. Ils ont le mérite d’avoir essayé.

C’est l’histoire d’une amitié entre les hommes qui rejoint à ce moment précis cette grande histoire d’amitié que Dieu a commencée avec les hommes à l’aube de la Création. Puisque ces quatre hommes ont fait l’impossible pour leur ami, il faut que Jésus, à son tour, s’engage envers ce malade. Comment pourrait-il le renvoyer chez lui sans une parole, sans un geste. La première parole donnée peut surprendre : mon fils, tes péchés sont pardonnés. Pourtant, elle dit toute la tendresse de Dieu pour un membre souffrant de son Corps ; elle dit l’engagement de Dieu au côté de celui que nous ne voyons pas et que nous laissons de côté. Jésus ne dit pas : Je te pardonne !, mais bien tes péchés sont remis. Autrement dit, Dieu te pardonne. Une nouvelle vie va commencer pour toi ; tu entres à nouveau dans cette grande amitié de Dieu pour les hommes. Aujourd’hui, il te manifeste cette amitié d’une manière toute particulière, en te donnant un cœur nouveau. Tous n’ont pas compris cette parole de Jésus, et dans le secret de leur cœur, ils s’interrogent : pourquoi parle-t-il ainsi ? Mais Jésus a compris, lui qui voit le fond des cœurs. Et pour leur montrer qu’il a pouvoir sur toutes les forces du mal, pour leur montrer que le moment est venu où Dieu va jeter hors de ce monde le prince des ténèbres, Jésus donne une seconde parole au paralysé : lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi ! Ce que l’homme fait sans attendre. Les quatre amis savaient-ils que cela se terminerait ainsi ? J’en doute ! Quand on s’engage pour un ami, on ne sait jamais jusqu’où cela mènera. Ce qu’il faut, c’est faire confiance ; la leur trouve sa récompense dans cette guérison.

C’est bien l’histoire d’une amitié entre les hommes et Dieu que Jésus est venu nous rappeler. En rendant la pleine santé à ce paralysé, il nous dit sa puissance sur tout ce qui empêche l’homme de vivre libre et heureux. Il nous redit que Dieu n’attend qu’un mot, qu’un geste pour restaurer l’amitié pleine et entière entre lui et nous. Lui a déjà fait le premier pas : il n’attend qu’un OUI de notre part pour que nous connaissions enfin une joie sans mesure. Nous n’en sommes encore qu’au début de l’histoire que Saint Marc nous raconte, mais déjà il nous faut nous prononcer sur ce Jésus : est-il pour nous celui qui nous ouvre à nouveau le chemin de l’amitié avec Dieu ou est-il celui qui nous en détourne comme le pensent certains opposants ? C’est l’histoire d’une amitié entre Dieu et les hommes. Cette histoire sera-t-elle notre histoire ?


(Dessin de Tomy Ungerer)