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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 7 novembre 2020

32ème dimanche ordinaire A - 08 novembre 2020

Désir de Dieu.



(Hieronymus Francken II, Parabole des vierges sages et des vierges folles, vers 1616, Musée de l'Ermitage)




Le désir de Dieu : tel pourrait être le dénominateur commun aux différentes lectures de ce dimanche. Et comprenons bien : le désir que nous avons (ou pas) de Dieu. Parce que Dieu ne s’impose pas à nous, parce que Dieu sans cesse se propose à nous, il nous faut travailler notre désir de Dieu. Sinon la rencontre pourrait ne jamais se faire. 

C’est déjà le conseil de l’auteur du livre de la Sagesse. Nous comprenons, à la lecture du passage de ce dimanche, que la Sagesse est quelque chose de désirable, d’aimable. Des hommes la cherchent, l’aiment au point de la contempler sans relâche. Elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Et la Sagesse elle-même va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle. Il y a un désir réciproque de rencontre ; il y a un désir réciproque de « vie commune ». Pour certains commentateurs, la Sagesse est la manière de figurer, dans l’Ancien Testament, ce que nous appelons aujourd’hui l’Esprit Saint, la présence de Dieu au cœur de notre vie. Si nous ne désirons pas vivre de l’Esprit Saint, il ne pourra pas agir en nous. Si nous ne désirons pas connaître Dieu, l’Esprit ne pourra pas nous le révéler tel qu’Il est, et tel qu’il veut vivre avec nous. L’Esprit Saint ne peut faire comprendre Dieu qu’à ceux qui le désirent et qui le cherchent. 

Le psalmiste se situe dans cette même veine lorsqu’il nous fait chanter et méditer le psaume 62 (63) : Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. C’est un désir amoureux qui est ainsi exprimé. L’homme croyant n’a de cesse de contempler Dieu, nuit et jour. Ce n’est pas le désir d’un moment ; c’est quotidien ; c’est vital ; c’est le cœur de la vie croyante : Toute ma vie, je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. L’antienne marque bien ce désir vital quand elle nous fait chanter : Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! L’homme peut se passer de manger pendant un moment plus ou moins long ; il ne peut se passer de boire. 

Paul nous rappelle alors, dans cet extrait de la première lettre aux Thessaloniciens que le désir de Dieu s’accompagne d’une espérance : celle de vivre avec Dieu non pas seulement ici-bas (ce qui est mon désir), mais aussi par-delà la mort terrestre (ce qui mon espérance). Cette espérance nous vient de la mort et de la résurrection de Jésus, premier-né d’entre les morts. C’est parce que nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, que nous pouvons croire que Dieu, à cause de ce sacrifice de Jésus, nous emmènera avec lui. Notre foi garantit notre espérance en quelque sorte. Ce que je crois de mon vivant, conditionne mon salut. Il n’y a pas de doute en mon esprit que celui qui désire Dieu plus que tout en ce bas monde, trouvera Dieu définitivement, le verra face à face, pour toute éternité. Mon désir de Dieu ne doit pas, ne peut pas être seulement pour l’au-delà. 

C’est finalement la parabole que Jésus nous laisse en ce dimanche qui nous dit le mieux la nécessité de la permanence de notre désir de Dieu. Sans doute est-ce justement le désir d’être avec l’Epoux quand il viendra qui distingue les deux groupes de jeunes filles. Rien ne devait empêcher ce désir de se réaliser, pas même le retard de l’Epoux à son repas de noces. Bien que cela ne soit pas commun qu’un époux arrive en retard à ses propres noces, certaines jeunes filles avaient prévu l’éventualité : elles ont pris des réserves d’huile pour leur lampe. C’est la seule chose qui les distingue des autres. Quand il devient évident que l’Epoux sera en retard, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Le problème n’est donc pas là. Le problème surgit quand la venue de l’Epoux est soudain annoncée. Qui l’attendait encore ? Qui était encore prêt à aller avec lui ? Celles qui avaient prévu de l’huile en réserve, sont prêtes et leurs lampes ne sont pas prêtes à s’éteindre. Les autres doivent d’abord passer chez le marchand et trouvent portes closes à leur retour. Lorsque le désir s’émousse, l’homme peut rater le coche. Le salut tient à peu de chose finalement. Il faut le désir de Dieu de sauver l’homme ; ce désir de Dieu est réalisé en Jésus, mort et ressuscité. Il faut aussi le désir de l’homme d’être sauvé, non pas quand l’homme serait prêt, mais quand Dieu viendrait à sa rencontre. La parabole des jeunes filles insouciantes et des jeunes filles prévoyantes nous enseigne cela : il faut être prêt à tout moment. L’huile des lampes devenaient pour les sages l’huile de leur salut. Elles étaient en quelque sorte confirmées dans leur désir de participer aux noces éternelles. 

Ce temps de pandémie et de confinement nous laisse le temps de la réflexion et de la décision : désirons-nous Dieu réellement ? Désirons-nous vivre avec lui, toujours ? Avec l’auteur du livre de la Sagesse, cherchons-le. Avec le psalmiste, disons-lui notre soif de Lui. Avec Paul, creusons notre espérance de vivre avec lui. Et jamais ne nous manquera l’huile de notre salut. Amen. 



dimanche 8 septembre 2019

23ème dimanche ordinaire C - 08 septembre 2019

Être disciple du Christ : tout ou rien ?






            Je n’aime pas, non, décidément je n’aime pas ces textes radicaux qui nous font croire qu’être disciple du Christ, c’est du tout ou rien. Je n’aime pas davantage ces prédicateurs qui nous font croire que nous n’en ferons jamais assez pour Dieu, que nous n’abandonnons jamais assez de choses pour être un authentique disciple du Christ. Je n’aime pas le christianisme quand il sent la sueur et la transpiration comme un vestiaire de salle de sport. Et je ne peux pas croire que Jésus se comporte avec nous comme un coach sportif, éternellement insatisfait de notre incapacité à bien le suivre. 

L’évangile de ce dimanche pourrait nous entraîner sur cette pente dangereuse d’un toujours plus. Il suffit d’écouter d’une oreille distraite la première affirmation de Jésus pour déjà se décourager : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Qui, ici présent, pense qu’il préfère Jésus à lui-même ? à sa femme ? à ses enfants ? Qui pense ici qu’il correspond à la définition du disciple donné par Jésus dans ce passage de l’évangile de Luc ? Alors on fait quoi ? On rentre chez nous en nous disant que cela ne sert à rien ? On se lamente communautairement ? On invente autre chose ? On se dit, comme tant d’autres, que si c’est comme ça, on n’a pas besoin de Dieu ? Ce sont toutes des tentations bien réelles. Souvenons-nous que c’est une présentation erronée de la Parole de Dieu qui a valu à nos premiers parents d’être expulsés du Jardin d’Eden où Dieu les avait placés ! Ne nous arrêtons donc pas à cette seule affirmation et écoutons plutôt la suite. La suite ce sont ces deux paraboles, l’une sur celui qui veut bâtir une tour et l’autre sur le roi qui veut partir en guerre contre un autre roi. Elles ne sont sans doute pas là par hasard. 

La première, l’homme qui veut bâtir une tour, peut sembler sévère, elle-aussi. Elle commence par une évidence : si tu veux réaliser un projet, assieds-toi d’abord pour voir si tu peux réaliser ce projet. Car si tu le commences mais ne le mènes pas à terme, faute de moyen, les autres se moqueront de toi. Est-ce à dire qu’il faut réfléchir avant de vouloir devenir disciple du Christ et vérifier que nous en avons la capacité ? Mais qui d’entre nous, baptisés dans sa petite enfance, a vraiment eu le temps de réfléchir ? Qui d’entre nous peut vraiment dire qu’il est prêt à devenir disciple du Christ ? Cette première parabole semble renforcer le caractère difficile, voire impossible, de la suivance du Christ. Elle invite à la prudence, à la réflexion – ce qui est une bonne chose – mais en même temps, elle nous dit : si tu ne penses pas aller au bout, laisse tomber, ne commence même pas ! Les deux petites filles que je dois baptiser à la fin de cette messe, faudrait-il que je dissuade leurs parents de ce baptême au motif que nous ne savons pas si elles seront fidèles, si elles iront jusqu’au bout de ce que suppose ce sacrement ? Vous comprenez bien que nous serions là dans une impasse : personne ne peut vraiment savoir de quoi demain sera fait. 

La seconde parabole peut sembler du même acabit. Un roi, partant en guerre contre un autre roi, commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille. Nous comprenons la nécessité pour le premier de bien réfléchir : a-t-il les moyens de ses ambitions politiques ? L’histoire semble commencer de la même manière que la précédente : un projet, un temps de réflexion nécessaire pour éviter une défaite qui pourrait être cinglante. L’histoire change pourtant quant à sa fin : S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de la paix. Comprenez-vous bien la différence avec l’autre histoire ? La première parabole invitait à renoncer ; celle-ci nous fait faire un pas de plus. Plutôt que de renoncer, vois si autre chose est possible. Et j’avoue que j’aime cette ouverture. Elle est pleine de sens d’un point de vue spirituel. Elle me redit en effet qu’il n’y a pas qu’un chemin possible ; ce n’est pas tout ou rien comme dans la première parabole. Il y a un autre terme. 

C’est cet autre terme qu’il nous faut toujours rechercher, car cet autre terme, c’est souvent notre chemin propre. Voyez-vous, en matière spirituelle, il y a toujours et nécessairement plusieurs chemins, parce que nous ne sommes pas des copies conformes, nous ne sommes pas des clones. Le chemin pour être disciple qui est le mien n’est pas le vôtres. Chacun doit découvrir, pour lui, à quoi il est appelé par le Seigneur.  D’où l’importance de s’asseoir, de bien discerner. Une fois le chemin personnel découvert, il faut y aller, nous pouvons y aller, parce que les moyens nous sont donnés d’accomplir le projet d’amour que Dieu porte pour nous. Il faut discuter avec Dieu quelles sont les conditions valables pour vous, et seulement pour vous, pour être en paix avec lui, pour être son disciple. 

Ces deux paraboles nous invitent alors à nous dépouiller d’abord de nos représentations toutes faites sur Dieu, à nous dépouiller de ce que nous croyons être le moyen de devenir disciple du Christ. Elles nous invitent à une relation vraiment personnelle avec le Christ pour sortir du désir de réussir par la seule force de nos poignets. La vie spirituelle n’est pas d’abord une affaire d’égo ; elle est une affaire de réponse confiante à un appel. Comment pourrions-nous croire en un Dieu qui nous appelle et qui ensuite rendrait le chemin impossible pour nous ? Si Dieu vous appelle à être ses disciples – et il le fait – , il vous donne aussi les moyens de réussir à l’être. Il vous donnera de vous débarrasser de ce qui vous empêche de marcher à sa suite ; il vous donnera de lutter contre vos péchés, votre découragement. La vie spirituelle n’est pas question de volonté propre, mais un désir d’amour partagé entre le Christ et moi. 

Quand ce désir d’amour partagé entre le Christ et nous est réalité, alors il est possible de porter sa croix pour marcher à la suite de Jésus, parce que nous porterons la croix que le Christ lui-même a porté pour nous, croix qu’il a vaincu et dont il nous rendra vainqueur. Mais si nous pensons la vaincre par nos seules forces, ce sera l’échec, nous ne serons pas dignes d’être disciples du Christ. Nous ne serons que notre propre maître, notre propre disciple, notre propre échec. Seul celui qui marche humblement à la suite de Jésus, portant comme lui la croix, peut être disciple, et disciple sauvé. En Christ seul est la victoire ; en Christ seul est la gloire. Amen.


(L'image de notre paroisse, n° 213, août - septembre 2004)

samedi 24 août 2019

21ème dimanche ordinaire C - 25 août 2019

Un avantage, mais sans aucune garantie !






Un avantage mais sans aucune garantie : ainsi pourrait-on résumer la position du chrétien vis-à-vis du salut. C’est en tout cas ce qui ressort, me semble-t-il, de l’évangile de ce dimanche. 

Tout commence, comme souvent, par une question adressée à Jésus : Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? A l’écouter ainsi, elle me fait penser à une question d’enfants : « maîtresse, qui aura droit à ? », en espérant, de la part de celui qui la pose, qu’il sera l’heureux bénéficiaire de la chose. Je suis persuadé que ce quelqu’un qui interroge Jésus s’attend à s’entendre répondre : ne t’en fais pas, tu le seras. De même que nous, entendant l’évangile et mesurant tous les efforts que nous faisons, espérons bien être de ceux qui seront sauvés. Enfin, ne sommes-nous pas venu à l’église, chaque dimanche, pour cela ? Pour nous assurer une place au paradis ? Il suffit d’écouter les parents qui demandent le baptême pour leurs enfants sans forcément qu’ils aillent très souvent à l’église : s’ils leur arrivent quelque chose, ils iront au paradis. Et voilà le baptême relégué au rang d’assurance vie ouvrant droit à l’éternité auprès de Dieu. Comme les choses seraient simples s’il en était ainsi ! 

A écouter la réponse de Jésus, il nous faut cependant vite déchanter. D’abord parce que Jésus ne répond pas à la question qui lui est posée. Aucun nombre n’est donné ; aucun « Ne t’en fait pas » n’est entendu. Mais une série d’affirmations qui sèment le doute : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite… Beaucoup chercheront à entrer mais n’y parviendront pas… Je ne sais pas d’où vous êtes… Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez tous les prophètes dans le royaume et que vous-mêmes vous serez jetés dehors… Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. Et là tout le monde se met à transpirer parce que personne n’aime être le dernier, n’est-ce pas ! Peut-être comprenez-vous mieux maintenant pourquoi j’ai dit en ouverture d’homélie : un avantage mais sans aucune garantie ! 

Un avantage, le baptême en est forcément un : il nous fait fils de Dieu et nous le sommes, comme le dit le Rituel du baptême des petits enfants. Avec le baptême, nous avons toutes les cartes en main : nous avons le Père qui nous dit son amour, le Fils qui nous ouvre le chemin, l’Esprit Saint qui nous permet de comprendre et, dans certains cas, la Vierge Marie pour nous mener toujours plus vers son Fils. Sans oublier que nous sommes membres de l’Eglise, le peuple que Dieu appelle, guide, et fait grandir par ses sacrements. Manque-t-il quelque chose ? Dites-le nous vite pour que nous complétions nos atouts ! A bien écouter Jésus, il manque l’humilité et la justice : deux choses qui ne se reçoivent pas, mais qui se pratiquent. Parce que le baptême n’est pas un moment de notre vie, il est toute notre vie ; il ouvre à un art de vivre conforme à notre foi. Et cet art de vivre, Jésus le décline en creux dans sa réponse à ce quelqu’un qui l’interroge. Cet art de vivre commence par l’humilité (Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite) qui nous évite de nous gonfler d’orgueil devant les autres ; l’humilité qui nous met à notre juste place face à Dieu qui sauve ; l’humilité qui fait que je ne revendique rien pour moi-même, mais qui me place en vérité à la suite du Christ, chemin vers le salut. Cet art de vivre consiste aussi à pratiquer la justice (éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice), à ne rien faire de mal, à ne rien dire de mal, à ne pas soutenir silencieusement le mal. 

Si le baptême est un avantage sur la route qui mène au salut, il n’est en aucun cas la garantie d’y parvenir. Le baptisé qui n’est pas humble, le baptisé qui commet l’injustice, s’entendra dire : Je ne sais pas d’où tu es ; éloigne-toi de moi ! Cette page d’évangile qui peut nous paraître sévère est encore une fois une page d’avertissement, une page qui invite à la conversion, à retrouver l’art de vivre qui correspond à celui qui a été reçu dans l’Eglise par le baptême. Elle est une invitation à une certaine sobriété, à nous débarrasser de ce qui nous grossit et à rejeter définitivement le mal hors de notre vie. Elle est une invitation à prendre au sérieux l’aujourd’hui de notre vie et à inscrire notre foi dans cet aujourd’hui. Il est vrai de croire que Dieu sauve tous les hommes en Jésus Christ, mort et ressuscité ; mais il est vrai aussi de croire que dès aujourd’hui, par ma foi et ma vie accordée à ma foi, je participe à mon salut. Dieu ne me sauvera pas malgré moi. Dieu ne me sauvera pas si je me complais dans l’injustice et l’orgueil. Rendons toute justice à Dieu en reconnaissant son désir de salut pour nous ; mais n’ayons pas l’orgueil de croire que parce que nous sommes chrétiens, catholiques de surcroît, nous sommes déjà sauvés. 

Soyons les premiers à désirer le salut, parce que c’est une bonne chose que de désirer ce que Dieu désire pour nous ; mais ne soyons pas les derniers à marcher humblement avec notre Dieu, ni les derniers à pratiquer la justice envers tous nos frères. Ces derniers là resteront éternellement les derniers, sauf au jour où le Christ appellera à la joie du Royaume. Ils seront alors les premiers à être jetés dehors. Nous voilà au moins tous prévenus : avec la foi, nous avons reçu un énorme avantage, mais absolument aucune garantie. Amen.

(L'image de notre paroisse n° 212, août-septembre 2004)


samedi 8 décembre 2018

02ème dimanche de l'Avent C - 09 décembre 2018

Il sera notre chemin.







Avez-vous bien compris ce que nous dit le prophète Baruc ? Il annonce le salut de son peuple. Il parle du rassemblement, à Jérusalem, du peuple juif dispersé de par le monde. Ce retour, Dieu l’opèrera. Car il se souvient de son peuple et n’oublie pas la promesse faite aux Pères de veiller et de faire grandir ce peuple qu’il s’est choisi. L’histoire, avec la chute de Jérusalem et l’exil à Babylone, semblait lui avoir donné tort, mais Dieu n’a pas dit son dernier mot. Il ramènera à lui, en sa maison, ceux qui ont été dispersés dans la nuit de l’Exil. Dieu rassemblera parce que Dieu le veut : et ce que Dieu veut, Dieu le fait ! Les obstacles qui se présentent, il les renverse : c’est lui qui prépare la route du retour ; c’est lui qui abaisse les collines et les montagnes, c’est lui qui comble les ravins pour que son peuple avance, libre et en sécurité, vers la nouvelle Jérusalem, terre de paix et de justice, gloire du Dieu vivant. Dieu ouvre la voie ! 

Avez-vous bien compris ce qu’annonce Jean le Baptiste dans l’évangile de ce dimanche ? Lui aussi parle de chemin, lui aussi prophétise que les montagnes devront être abaissées, que les ravins devront être comblés. Mais il y a cette petite différence : c’est à l’homme de préparer, semble-t-il, la route au Seigneur ! Aurait-il mal compris son prédécesseur ? Un moine copiste aurait-il commis quelque erreur de transcription, au temps jadis ? D’où vient cette subite inversion des rôles ? Je n’ai pas de réponse à cette question. Je constate simplement que là où Baruc annonçait que Dieu préparerait le chemin de son peuple, Jean le Baptiste invite le peuple à préparer le chemin du Seigneur ! Est-ce si différent ? Lorsque le Baptiste nous invite ainsi à la conversion, en nous demandant de préparer la route au Seigneur, il rappelle que l’homme doit faire à Dieu une place dans sa vie. Quand une vie d’homme est remplie d’activités aussi inutiles qu’indispensables, lorsqu’il constate au milieu de son agitation que cela n’a que peu de sens, peut-être doit-il alors réentendre l’appel de Jean à faire une place à Dieu. Peut-être le moment est-il venu de remettre au cœur de sa vie celui qui donne sens. Mais pour que Dieu puisse prendre sa place, il faut que l’homme libère de la place, laisse des choses futiles pour que l’unique Essentiel puisse donner sens à sa vie. Préparer le chemin du Seigneur, ce n’est pas abattre les montagnes, ni combler les ravins, ni aplanir les routes déformées : ce travail-là, c’est celui de Dieu. Lui seul, selon Baruc et selon Jean le Baptiste qui reprend le prophète Isaïe, peut réaliser l’impossible. Vous aurez noté que Jean ne dit pas : aplanissez les chemins, mais bien les chemins seront aplanis !  sous entendu par Dieu. Mais l’homme a sa part de travail dans ce processus de conversion : il doit préparer la route au Seigneur, il doit creuser en lui le désir de Dieu, le désir de voir Dieu lui venir en aide, le désir de voir Dieu donner sens à sa vie. Préparer la route au Seigneur, pour que le Seigneur puisse achever l’œuvre de conversion. Une conversion qui ne s’appuierait pas sur Dieu serait vouée à l’échec : lui seul peut retourner totalement un cœur, mais il faut que le cœur ait en lui ce désir ; il faut que le cœur ait le désir d’être sauvé. 

Il n’y a donc pas à opposer Jean le Baptiste et Baruc. Avec eux, nous comprenons que Dieu est notre chemin et notre salut. Parce que, s’il est bien celui qui nous guide, il est bien aussi celui qui nous sauve. Et le Christ, que nous attendons et dont nous préparons la venue en ce temps de l’Avent, est bien celui qui pourra nous mener à cette joie du Royaume qui nous est promise. N’est-il pas, celui qui vient, la parole ultime de Dieu sur l’homme, sur le sens de sa vie et sur Dieu lui-même ? N’est-il pas, celui qui vient, le Chemin qui mène à Dieu, la Vérité sur Dieu, la Vie même de Dieu ? Laissons à Dieu toute sa place dans notre vie pour qu’il prépare lui-même nos cœurs à la rencontre avec celui qu’il nous envoie. Si Dieu le Père ne met pas en nous le désir de le rencontrer, si l’Esprit ne souffle pas en nous pour nous permettre d’entendre, de voir et de comprendre, comment le Christ pourra-t-il accomplir l’œuvre de salut pour laquelle justement il vient en notre monde ? Comment reconnaître en lui le chemin qui mène à Dieu, si Dieu lui-même n’a pas levé tous les obstacles qui empêchent cette rencontre ?

Préparez le chemin du Seigneur, annonçait le Baptiste ! Ce faisant, il a mis les hommes de son temps en route, très concrètement. Le salut, la foi, passeront toujours par les pieds. Si je refuse de me mettre en route, si je ne veux pas suivre le Christ, il n’y aura pas de part pour moi dans le Royaume de Dieu. L’histoire de l’Alliance est un long pèlerinage menant les hommes à la rencontre de leur Seigneur.  Que nous soit accordée la grâce de nous mettre joyeusement en route à la suite de celui qui vient, à la rencontre du Dieu vivant et vrai ! AMEN.

 

 

 

samedi 27 octobre 2018

30ème dimanche ordinaire B - 28 octobre 2018

A l'école de Bartimée pour devenir disciple.







Comme les choses sont quelquefois étranges ! Nous lisons l’Evangile, et nous en recommandons la lecture aux autres, pour découvrir qui est Jésus, quel est son enseignement, sa doctrine. Et voilà qu’en ce dimanche, dans cet évangile qui nous parle de Jésus, nous découvrons un personnage qui prend plus d’importance que lui. Un personnage, en tous les cas, que nous aurions tort de croire secondaire. Il est, pour moi, le plus important de cette rencontre ; il est celui qui nous fait la leçon. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas que Bartimée soit guéri ; ce qui compte, c’est ce qu’il fait de cette guérison, ce qu’il devient par cette guérison. 

Alors que fait-il d’extraordinaire, ce Bartimée, pour que je vous le montre en exemple, à la suite de Marc ? Apparemment, il ne fait rien ! C’est un mendiant, aveugle de surcroît. Il ne peut rien faire de lui-même à part mendier. Mais il est transformé par sa rencontre avec Jésus. Je sais bien, d’autres avant lui, ont rencontré Jésus. Mais peu sont allés aussi loin que lui. Parce que ce Bartimée que Jésus rencontre et guérit, se met à suivre Jésus. Et il le fait à un moment précis de l’histoire de Jésus. Et c’est cela qui change tout. 

Mais revenons au début. L’histoire de Bartimée est simple. Elle est marquée par son handicap, et par le jugement des gens de son époque sur la maladie. Il est né aveugle ; ce n’est pas sa faute, me direz-vous ! Mais à l’époque, voilà que cette maladie le rend paria, rejeté de tous, suspecté d’un grand péché. Que voulez-vous ? S’il est né aveugle, il doit bien y avoir une raison ; personne n’est vraiment innocent ! Et si ce n’est pas lui qui a péché, ce doit être un parent pour qui il expie la faute. Cela peut nous paraître dur, mais c’est bien cela la mentalité des gens de son époque. Vous comprendrez qu’il n’ait pas d’autre choix que de mendier, Bartimée. Chaque jour, sans doute à la même place, il attend assis au bord du chemin. Mais le jour où nous sommes n’est pas comme les autres jours. Parmi les personnes qui sortent de Jéricho, il y a Jésus et ses disciples. Bartimée est peut-être aveugle ; il n’en est pas pour autant sourd. Il entend bien le brouhaha à l’approche de Jésus ; la foule se presse là, pour voir passer l’homme de Nazareth. Mais un seul voit en cet homme plus que l’homme de Nazareth, et il se met à le crier, haut et fort : Fils de David, prends pitié de moi ! Il y a, dans ces mots, toute sa foi et toute sa détresse. Il y a dans ces mots la reconnaissance par Bartimée de la qualité de Jésus : il est plus qu’un prophète, plus qu’un homme particulièrement religieux ; il est le Messie, le seul Fils de David. C’est la première leçon qu’il nous donne, Bartimée. Et il la donne à des voyants alors que lui est aveugle, encore. Mais sa cécité ne l’empêche pas de crier sa foi. Sa foi crie et se crie. 

La réaction des gens ne se fait pas attendre : beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire. Il y a des vérités que l’on ne veut pas entendre. Il y a des hommes que l’on ne veut pas entendre. Qu’il se taise ! Mais lui criait de plus belle ! Sa foi crie plus fort, sans gêne, sans honte. Jésus finira bien par l’entendre au milieu de tous ces gens. Et c’est ce qui arrive. Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le ! » Croyez-vous que cela impressionne Bartimée ? Pas du tout ! Le voilà qui jette son manteau, bondit et court vers Jésus ! Personnellement, je trouve cela curieux : il est aveugle, non ? Comment fait-il pour savoir où est Jésus exactement ? Sa foi lui donnerait-elle déjà un regard perçant ? Il a su voir au-delà des apparences en appelant Jésus « Fils de David ». Peut-être peut-il alors s’approcher de lui, sans le voir de ses yeux de chair. C’est la deuxième leçon donnée par Bartimée : savoir se détacher de son quotidien et ne pas retarder la rencontre avec le Sauveur. Même son manteau, pourtant si utile, il l’abandonne pour courir vers Jésus. Ce serait trop bête de se prendre les pieds dedans. 

Et là, nouvelle surprise : Jésus l’interroge de la même manière qu’il avait interrogé Jacques et Jean, juste quelques temps avant (pour nous, c’était l’évangile de dimanche dernier) : Que veux-tu que je fasse pour toi ? M’enfin ? Comme si cela n’était pas évident ! Allo, quoi ; il est aveugle : qu’est-ce qu’il pourrait vouloir de plus que voir ? Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai bien envie de secouer Jésus pour qu’il se réveille ! Mais Bartimée ne se laisse pas démonter ; il ne s’offusque pas de la question. Il répond, vite : Rabbouni, que je retrouve la vue ! Sa réponse bondit comme a bondi tout son corps à l’appel de Jésus. Rien ne devait l’empêcher de rencontrer Jésus ; rien ne doit retarder sa prière à Jésus. C’est sa troisième leçon, à Bartimée : devant Dieu, il nous invite à formuler notre désir le plus profond, notre besoin réel. Ce n’est pas parce que Dieu sait tout, que je n’ai pas à formuler ma demande. 

Et Bartimée est guéri. L’histoire aurait pu, aurait dû s’arrêter là. Mais pour Bartimée, cela eut été inconvenant, sans doute. C’est décidé, il ne rentrera pas chez lui, il suivra Jésus sur le chemin. Autrement dit, il devient disciple de Jésus. Parce que le disciple, ce n’est pas celui qui croit que Jésus peut quelque chose pour lui, mais celui qui se met vraiment à la suite de Jésus. Et Bartimée devient même le modèle du disciple, parce qu’il choisit de suivre Jésus à un moment crucial de l’histoire : il suit Jésus au moment où celui-ci monte à Jérusalem, au moment où Jésus marche vers sa croix, vers sa mort. Sa différence est là : les Douze ont suivi Jésus au début de son ministère, quand tout allait bien. Ils étaient loin de penser que cela se finirait par l’assassinat de leur Maître.  Bartimée choisit de suivre Jésus alors que cela sent déjà le roussi. Jésus est contesté, il a des ennemis parmi les puissants. Le jeune homme riche, rencontré quelques jours plutôt, n’a pas su aller au bout de sa démarche. Jacques et Jean, et les dix autres, se disputaient encore les premières places quelques heures plutôt, ne songeant qu’à se mettre en avant, mais sans trop comprendre où Jésus les menait. Bartimée ne sait peut-être rien de tous ces événements, mais sa mise en route signe sa guérison complète : il a non seulement retrouvé la vue, mais il devient encore capable d’embrayer le pas à Jésus. Il va le suivre à Jérusalem, il va l’accompagner dans sa Passion. Il réalise ce que Jésus ne cesse de répéter à ses disciples depuis un moment : si quelqu’un veut me suivre, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. C’est la quatrième leçon donnée par Bartimée. Ce petit personnage, que certains ont voulu empêcher de voir Jésus, nous apprend ce que nous sommes appelés à devenir : de véritables disciples reconnaissant dans le Crucifié leur Sauveur, celui qui vient remettre l’homme debout, celui qui vient le guérir de toutes ses infirmités. 

Entendant cette page d’évangile, nous sommes invités à faire le même chemin que Bartimée : passer de notre nuit à la claire vision du Sauveur, et l’ayant rencontré, à nous mettre en route derrière lui. Le début de notre démarche commencera de la même manière que pour Bartimée : une simple question posée par Jésus, une question à laquelle nous devons répondre pour progresser : Et toi, que veux-tu que je fasse pour toi ? La réponse appartient à chacun. Que notre silence et notre prière nous aident à y répondre en vérité. Amen.

 

 

dimanche 14 octobre 2018

28ème dimanche ordinaire B - 14 octobre 2018

Quelle est ta richesse ?







Quelle est notre plus grande richesse ? C’est bien la question que nous renvoient les lectures de ce dimanche. La réponse appartient à chacun. Mais la liturgie nous donne aujourd’hui à contempler la réponse qui devrait être celle du croyant. Nous trouvons cette réponse à la fois dans les lectures entendues et dans les prières prononcées. 

C’est la prière d’ouverture, dans l’ordre liturgique, qui nous fournit un premier indice, lorsqu’elle nous fait prier ainsi :  Que ta grâce nous devance et nous accompagne toujours. Notre première richesse est dans la certitude de n’être jamais seul. La grâce de Dieu nous accompagne toujours. Cette prière doit devenir pour chacun de nous plus que des mots prononcés ; elle doit devenir certitude, surtout dans les moments difficiles que nous traversons. Nous sommes riches de Dieu ! Et ce n’est pas rien, cela ! Combien d’hommes et de femmes désespèrent devant les difficultés de leur existence parce qu’ils n’ont rien, ni personne à qui se raccrocher. Mesurons-nous bien la chance qui est nôtre d’avoir un Dieu qui nous ouvre une espérance, bien au-delà de la mort ? Mesurons-nous la puissance de cette présence dans notre vie ? L’oraison de ce dimanche, non seulement nous fait reconnaître cette richesse, mais nous la fait demander toujours. Heureux sommes-nous d’être précédés dans notre quotidien par la grâce de Dieu, par la puissance de son amour, par la force de son Esprit Saint ! Dieu lui-même se donne à nous et ne nous manquera jamais. 

Nous pouvons alors entendre le livre de la Sagesse nous transmettre le témoignage d’un sage qui confirme notre prière. J’ai supplié, et l’esprit de sagesse est venu en moi… tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. La sagesse dont on nous parle ici n’est pas une philosophie de vie, mais un don de Dieu pour lequel l’homme a prié et supplié. Ce don, c’est l’accord parfait entre la volonté de l’homme et la volonté de Dieu. Ce don, c’est la capacité à regarder le monde et les hommes avec le regard même de Dieu. Ce faisant, il n’y a plus l’ombre d’un obstacle entre Dieu et l’homme ; ce que Dieu veut, l’homme le veut. Ce que Dieu veut, l’homme le vit. C’est déjà le paradis sur terre. N’est-il pas riche l’homme qui partage les vues de Dieu ? N’est-il pas riche l’homme qui est libéré des tentations du Mauvais parce que complètement acquis à Dieu ? Notre deuxième richesse : la sagesse que Dieu nous offre, si nous la lui demandons. 

C’est là que nous mesurons alors l’écart qui existe entre nous et l’auteur de ces belles pages. Nous serions plutôt comme le jeune homme de l’évangile qui vient à la rencontre de Jésus. J’ai une tendresse particulière pour lui, peut-être parce que je lui ressemble tant. N’est-ce pas, il ne vient pas vers Jésus pour le piéger ; sa demande est honnête ; sa vie est honnête. Il n’est ni meurtrier, ni adultère, ni voleur ; il ne fait ni faux témoignage, ni tort à personne ; il honore son père et sa mère. Tout ce que Jésus lui indique, il le vit déjà ! Et pourtant, il est venu à Jésus pour chercher plus. Croyant, pratiquant, il ressent pourtant un manque. Il veut être sûr d’avoir la vie éternelle en héritage. Et nous le sentons convaincu que tout ce qu’il vit déjà de bien, et que Jésus lui rappelle, ne lui suffit pas, ne lui suffit plus. Nous sentons bien qu’il a compris que la richesse ultime, c’est le Royaume et qu’il veut tout faire pour y accéder. Mais voilà, il n’est pas prêt pour cela. La route supérieure que Jésus lui indique, il n’est pas prêt à la suivre, car, nous dit l’évangéliste, il avait de grands biens. Il n’a pas compris que Jésus lui demandait de perdre pour gagner ; il n’a vu que ce qu’il perdrait ; et il en fut attristé. 

C’est là que nous mesurons alors la puissance du passage de la lettre aux Hébreux au sujet de la parole de Dieu. Nous comprenons mieux ce que dit l’auteur lorsqu’il affirme que cette parole coupe et tranche. Elle est la mesure de nos actes et nous aurons à lui rendre des comptes. Autrement dit, ce n’est pas une parole vaine. Elle doit compter pour nous ; elle doit nous permettre d’accueillir la sagesse que Dieu donne ; elle doit orienter nos désirs vers le désir de Dieu, notre bien suprême. Cette parole n’est autre que le Christ lui-même, Parole de Dieu faite chair comme le rappelle si bien le prologue de l’Evangile de Jean. Nous pourrions, durant cette semaine, relire et méditer cette belle page qui ouvre le quatrième évangile. Un petit devoir avant les vacances de la Toussaint. Il complète bien la méditation des textes de ce dimanche : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu… C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Le drame du jeune homme riche ; le drame de l’humanité ; quelquefois notre propre drame. Nous voulons convoquer Dieu dans notre vie, mais nous ne nous laissons pas convoquer par lui, nous ne nous laissons pas approcher par lui. Nous voulons bien de Dieu un peu, quand cela nous arrange, mais pas tout le temps, mais pas pour tout. Nous laissons échapper la richesse véritable au profit de pâles copies qui nous semblent plus séduisantes, plus essentielles… à vue humaine. Notre plus grande richesse pourtant, c’est cette parole, cette présence de Jésus à notre vie. En lui, Dieu nous donne tout. 

Après la liturgie de la Parole, la liturgie eucharistique nous fera approcher ce grand don de Dieu aux hommes. Dieu se livrera à nous dans le Pain et le Vin partagés, comme il vient de se donner à nous dans sa Parole proclamée. Nous tiendrons au creux de nos mains plus que tout l’or du monde ; nous tiendrons au creux de nos mains celui que le monde ne pas contenir : le Christ vivant, présent dans le pain rompu. Il n’y a pas de richesse plus grande que Dieu pourrait nous donner ; il n’y a pas richesse plus grande qui pourrait combler notre vie comme la comble ce morceau de pain, riche de la présence du Christ. Ce morceau de pain nous rendra riches de Dieu comme le redira la prière après la communion : rends-nous participants de la nature divine puisque tu nous as fait communier au corps et au sang du Christ. L’homme et Dieu réconciliés en Jésus, unis en Jésus, mort et ressuscité. Là se trouve la richesse qui sauvera le monde ; là se trouve la richesse qui comblera tous les hommes et transformera notre monde en monde meilleur. 

Un passage de l’Evangile l’affirme : là où est ton trésor, là aussi est ton cœur. Prions et supplions le Père de toute miséricorde afin que notre trésor soit la sagesse et la parole de Dieu et que notre cœur demeure pour toujours auprès du cœur de Dieu. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)
 

 

samedi 29 juillet 2017

17ème dimanche ordinaire A - 30 juilet 2017

Où est ton désir ? Où est ton cœur ?






Nous terminons aujourd’hui la lecture de l’enseignement de Jésus en parabole tel que nous le rapporte Matthieu dans le chapitre treize de son évangile. Trois nouvelles paraboles, propres à Matthieu, qui achèvent l’enseignement de Jésus au sujet du Royaume : le trésor trouvé dans un champ, la perle fine et le filet jeté à la mer. 
 
Commençons par le trésor et la perle. Deux paraboles presque identiques qui soulignent la joie de celui qui les trouvent et la décision radicale qui s’en suit pour les acquérir. Rien ne vaut ce trésor ; aucune autre perle ne vaut cette perle-là. Posséder ce trésor, posséder cette perle, plus que tout autre chose : voilà le seul but de celui qui les trouve. La répétition du même message en deux paraboles successives indique bien que le seul trésor, c’est d’acquérir le Royaume. Parce que oui, Jésus semble bien dire que le Royaume s’acquiert, s’achète. Rien ne devrait être plus important pour le disciple de Jésus que d’acquérir ce Royaume. Jésus nous en a montré le chemin : il s’agit de ne rien préférer, pas même sa propre vie. Jésus n’a-t-il pas tout donné pour ce Royaume ? En se livrant sur la croix, n’a-t-il pas vendu tout ce qu’il possédait, y compris sa propre vie, pour acquérir ce Royaume et nous l’ouvrir ? La vie offerte de Jésus sur la croix devrait nous convaincre du haut prix de ce Royaume ; la vie offerte de Jésus sur la croix nous dit le prix qu’il nous faut payer pour l’acquérir à notre tour. 
 
La dernière parabole, le filet jeté à la mer et qui ramène toutes sortes de poissons, reprend sur un mode maritime ce que Jésus disait déjà sur un mode agricole dans la parabole du bon grain et de l’ivraie, à savoir qu’il y aura un tri, ou pour contredire la chanson de Polnareff, que nous n’irons pas tous au paradis. Forcément, si ce Royaume doit s’acquérir, s’il ne faut lui préférer rien d’autre, ceux qui ne l’auront pas recherché, ceux qui ne l’auront pas désiré, ne se verront pas imposer de l’acquérir malgré eux. Si Dieu a créé l’homme malgré lui (sans lui demander son avis), il ne le sauvera pas malgré lui. Il nous faut désirer le salut, il nous faut désirer le Royaume, il nous faut désirer être avec Jésus, toujours et partout. Ecoutez à nouveau ce que chantait le psalmiste après la première lecture : Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent… Aussi j’aime tes volontés, plus que l’or le plus précieux. Je me règle sur chacun de tes préceptes, je hais tout chemin de mensonge. 
 
Si nous reprenons maintenant l’ensemble du chapitre treize médité sur trois dimanche, nous comprenons alors pourquoi Jésus a commencé son enseignement par la parabole du grain semé largement : elle ne parlait pas du Royaume, mais de la nécessité d’accueillir la Parole de Dieu, largement distribuée, et de lui permettre de porter du fruit en nous. Cette première parabole préparait en quelque sorte nos cœurs à entendre l’enseignement sur le Royaume. Si nous désirons davantage le Royaume aujourd’hui qu’il y a quinze jours, c’est que cette parole a pu se faire un chemin dans notre vie, dilater notre cœur, et faire grandir notre désir de Dieu. C’est, me semble-t-il, le but de cet enseignement de Jésus : pas seulement nous dire comment les choses se passent, mais nous les faire désirer vraiment, et reconnaître en Jésus celui qui a les paroles de vie éternelle. Matthieu, dans sa pédagogie, termine son chapitre treize par le passage de Jésus dans la synagogue de Nazareth. Nous n’entendrons malheureusement pas ce passage, c’est pourquoi je vous en parle. Peut-être vous souvenez-vous de cet épisode de la vie de Jésus. Les habitants de Nazareth, la ville où Jésus a grandi, ne reconnaissent pas en lui celui que Dieu envoie. Pour eux, il n’est que le fils du charpentier, celui dont la mère s’appelle Marie. Au lieu d’écouter Jésus et d’intégrer son enseignement, ils ne font que s’interroger, peut-être avec une pointe de jalousie : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? Et Matthieu de préciser que Jésus était pour eux une occasion de chute. Un comble pour celui qui veut apporter le salut. Voilà que ceux dont on attendait un motif de fierté du fait qu’ils connaissaient Jésus, le rejettent et ne croient pas en lui. 
 
Comme eux, nous avons entendu Jésus ; comme eux, nous le côtoyons, dimanche après dimanche. Est-ce là notre vrai désir ? Est-ce là une rencontre attendue, espérée ? Est-ce là le moyen pour nous de chercher et d’acquérir ce Royaume qu’il annonce ? Ou venons-nous simplement parce que nous n’avons rien de mieux à faire en ce moment et que la messe nous divertit en nous sortant un peu de chez nous ? Notre désir est-il d’être là, réellement, au plus proche de Jésus, ou de rentrer le plus vite possible chez nous, parce que nous aurons mieux à faire après cette parenthèse spirituelle ? Où est ton désir ? Où est ton cœur ? Réfléchis bien, prends tout le temps nécessaire : ton avenir dépend de ta réponse. Amen.  

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 11 février 2017

06ème dimanche ordinaire A - 12 février 2017

Dieu propose, l'homme dispose !






Vous connaissez sans doute cette phrase de Clémenceau concernant les conflits armés : la guerre est une chose trop grave pour être confiée aux seuls militaires ! Nous pouvons la parodier aujourd’hui en affirmant que la religion est chose trop grave pour être confiée aux seuls religieux. A l’écoute des textes de ce dimanche, il semble bien que Dieu lui-même ait pris ce parti. 
 
Relisez le livre de Ben Sirac. Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. N’est-elle pas étrange, cette affirmation ? Il fut un temps où elle aurait pu conduire un homme au bûcher. Ne remet-elle pas en cause la suprématie de Dieu sur l’homme ? Comment peut-on affirmer que l’homme est libre de croire ? Et pourtant, n’est-ce pas l’attitude juste que Ben Sirac exprime ainsi ? Nul ne saurait être obligé de croire ; nul ne saurait être obligé de suivre la loi de Dieu. Ce ne peut être qu’un choix, résultant d’une rencontre, d’une proposition amoureuse de Dieu faite à l’homme. C’est parce que Dieu aime l’homme qu’il lui donne une loi qui le mènera à la liberté parfaite, parce que c’est une loi de liberté, une loi de vie. Dieu te propose de vivre ; à toi de choisir. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. On peut donc affirmer que Dieu propose, mais que c’est l’homme qui dispose. Nul homme religieux ne peut transformer cette invitation fondamentale de Dieu en une obligation fondamentale. Dieu s’est toujours proposé à l’homme comme recours à tous ces maux ; mais la réponse a toujours été, et sera toujours, entre les mains de l’homme. C’est sa liberté fondamentale qu’il exerce quand il choisit de suivre Dieu. 
 
Face à cette réaffirmation de la liberté de l’homme, le discours de Jésus dans l’évangile de ce dimanche peut sembler contradictoire. La répétition du « Vous avez appris qu’il a été dit… eh bien ! moi je vous dis… » dans sa relecture de la Loi indique plutôt une restriction de liberté : plus de colère, plus d’insulte, plus de regard de convoitise, plus de serment garanti par le nom de Dieu. Pourtant, ce n’est pas le but de Jésus. Il ne vient pas changer la religion, ni la Loi (Je ne suis pas venu abolir mais accomplir) ; il vient proposer une nouvelle manière de la vivre à ceux qui veulent le suivre. Et cette nouvelle manière de vivre est marquée par le respect : le respect de l’autre dans ce qu’il est (d’où pas d’insulte, pas de colère contre le frère), le respect de l’autre dans ce qu’il vit (tu ne regarderas pas avec convoitise), le respect de la parole donnée (que ton oui soit oui, que ton non soit non). En faisant cela, il propose de nouvelles libertés qui découlent de la liberté de choisir Dieu : la liberté de refuser le mal, la liberté de ne pas propager le mal, la liberté de ne pas provoquer le mal. En poussant la loi dans ses retranchements, Jésus réaffirme la liberté de l’homme à choisir Dieu, et ce faisant à gagner d’autres libertés, parce que Dieu seul rend vraiment libre puisque lui seul, en Jésus mort et ressuscité, nous libère du Mal et de la Mort. Nous pouvons même dire qu’en réinterprétant la Loi de Dieu comme il le fait, Jésus éclaire le choix de l’homme. Il ne l’oblige pas à choisir Dieu ; il lui précise ce qu’il gagne à choisir Dieu. Il aide l’homme à poser un juste discernement. Il aide l’homme à vivre mieux. Le saut dans la foi sera toujours de la seule décision de l’homme.
 
Nous avions finalement bien raison de reprendre Clémenceau en appliquant sa maxime à la religion. Même Jésus ne s’est jamais imposé ; même Jésus n’a jamais imposé Dieu. Toujours il propose, toujours il invite, toujours il éclaire l’homme sur le désir de Dieu pour lui. A l’homme de répondre, à l’homme de choisir, une fois pour toutes : Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ». Ce qui est en plus vient du Mauvais. AMEN.

samedi 29 octobre 2016

31ème dimanche ordinaire C - 30 octobre 2016

Zachée, celui qui s'étant élevé a été abaissé, et s'étant abaissé a été élevé.




Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse, sera élevé. Qui ne connaît pas cette affirmation de Jésus. Elle n’est certes pas prononcée aujourd’hui, mais elle est mise en œuvre dans cette rencontre entre Zachée et Jésus, dans les deux sens. Voilà une rencontre que nous ne connaissons que trop. Et parce que nous ne la connaissons que trop bien, nous risquons bien de ne l’écouter plus qu’à moitié.  Je vais donc la relire à l’aune de cette citation de Jésus.

 Qui s’élève sera abaissé. C’est vrai pour Zachée, dans sa vie quotidienne. Il s’est élevé socialement en devenant chef des collecteurs d’impôts. Ah, ce n’est pas n’importe qui ! Aux yeux de l’Etat, il compte, le petit Zachée. Il n’est peut-être pas très grand par la taille, mais son travail, ce n’est pas rien. Il travaille au service de la puissante Rome. Il commande ces collaborateurs ; ceux qui l’ont embauché ont reconnu en lui les qualités d’un chef et d’un homme de confiance. Il manipule l’argent qui revient à l’empereur. Non, décidément, il n’est pas rien, Zachée. Le seul problème, c’est que ces contemporains, ceux issus du même peuple que lui, ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il est un traître, un collabo, un pécheur public. Et certainement, pensent-ils tous, il en profite pour les dépouiller sous couvert d’impôts à prélever. Zachée qui voulait s’élever est rabaissé bien violemment par ses compatriotes. Pour eux, il est sans intérêt. Ce n’est pas le genre de personnes qu’on fréquente quand on est quelqu’un de bien, quelqu’un de pieux, quelqu’un de droit. 
 
Qui s’élève sera abaissé. La vie de Zachée va prendre un nouveau tournant, sans qu’il s’y attende, à cause de Jésus. Il est de passage à Jéricho. Tous veulent voir Jésus, Zachée aussi. Et ce n’est ni la rumeur publique à son sujet, ni sa petite taille qui vont l’en empêcher. Comme personne ne lui fait de place, le voici qui grimpe dans un arbre. Pas très sérieux pour un chef des collecteurs d’impôts. Mais peut-être le signe que le Royaume n’est pas loin pour Zachée. Jésus n’a-t-il pas dit que le Royaume de Dieu est aux petits enfants et à ceux qui leur ressemblent ? En grimpant aux arbres malgré son âge, Zachée manifeste là une curieuse disposition pour le Royaume. Dans cet homme bat un cœur d’enfant, curieux de Jésus au point d’oublier qui il est et de grimper aux arbres. A moins que ce ne soit encore sa manie de vouloir s’élever, d’être au-dessus des autres et de tout contrôler. Il voulait voir Jésus, et voilà que c’est lui qui est vu par Jésus. Vu et appelé : Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Et le voilà « abaissé » par Jésus, obligé de quitter son arbre. 
 
Qui s’élève sera abaissé. Il nous faut remarquer ici que Zachée n’est pas le seul à être abaissé. Il y a la foule de tous ceux qui récriminent. Ils se croyaient meilleurs que Zachée, plus dignes que lui d’inviter Jésus pour un repas. Se comparant à Zachée, ils se sont élevés au-dessus de lui. En ne s’invitant pas chez eux, les bien-pensants, les bien-vivants, les bien-pratiquants, Jésus remet tout le monde à sa place, et lui le premier. Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Voilà qui ressemble étrangement à cette autre parole de Jésus, prononcée dans des circonstances assez similaires (un repas avec des publicains et des pécheurs) : Je ne suis pas venu pour les bien-portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs. Et toc pour ceux qui voulaient une place d’honneur ! 
 
Qui s’abaisse sera élevé. Ça a dû lui faire tout drôle, à Zachée, d’entendre quelqu’un s’inviter chez lui, devant tout le monde. Sait-il seulement à quand remonte la dernière fois que quelqu’un, que les autres tiennent pour important, s’est invité chez lui, publiquement ? Tout se passe alors très vite, et il reçoit Jésus avec joie. Je suis toujours impressionné par l’absence totale d’hésitation de la part de Zachée. A moins qu’il ne soit déjà « contaminé » par l’absence d’hésitation de Jésus : c’est chez Zachée qu’il doit aller aujourd’hui. A croire qu’il n’est venu à Jéricho que pour cette rencontre. C’est sûr ; avec toute cette histoire, avec cette priorité brûlée aux gens qui se croient bien, la cote de popularité de Zachée ne va pas remonter : les autres récriminent déjà. Déjà, on ne parle plus que de cela ! On peut déjà imaginer la une du Pharisien libéré : Jésus se commet avec un pécheur ! Et c’est là que l’incroyable se produit. Zachée ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne joue pas à celui qui a reçu Jésus chez lui. Mais devant l’amour manifesté par Jésus, Zachée s’abaisse : Voici, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. Ce qui lui vaut cette indulgence plénière de la part de Jésus : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. Le Fils de l’homme ne se commet pas avec des pécheurs pour le plaisir d’être avec des pécheurs, mais pour assouvir son désir de sauver tous les hommes. Il manifeste ainsi qu’il est bien de Dieu, né du vrai Dieu, celui-là seul qui aime passionnément l’homme au point de le sauver, toujours. Nous pouvons alors comprendre que ce désir est profond en Dieu, bien ancien puisque déjà chanté par l’auteur du livre de la Sagesse quand il médite, au regard de l’histoire d’Israël, sur qui est Dieu et comment il agit avec son peuple. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres… En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur. 
 
Qui s’abaisse sera élevé. C’est l’effet de la miséricorde divine, et il ne se dément jamais. Ce qui était vrai jadis de Zachée est vrai de nous aujourd’hui. Si nous reconnaissons nos limites, nos faiblesses, notre péché, si nous prenons la résolution de changer parce que nous avons accueilli Jésus dans notre vie, nous serons sauvés, nous serons élevés pour vivre à la hauteur de Dieu, pour vivre de son amour et dans son amour pour toujours. Réveillons le Zachée qui dort en nous, laissons-nous visiter par Jésus et avec empressement, accueillons-le dans la joie. Osons nous abaisser devant sa tendresse et nous serons élevés par son amour. Amen.

samedi 8 août 2015

19ème dimanche ordinaire B - 09 août 2015

2ème tension entre Jésus et la foule :
les hommes s’interrogent sur Jésus, Jésus les invite à dépasser sa personne.
 
 
 
Il nous faut faire un effort de mémoire encore pour bien situer l’évangile entendu et bien le comprendre surtout. Tout a commencé il y a quinze jours, avec la multiplication des pains. Jésus prenait ainsi soin du peuple qui lui était confié. Mais ce miracle déclenche une polémique entre Jésus et la foule. Elle a commencé la semaine passée lorsque les hommes demandaient des signes à Jésus, alors que Jésus demandait la foi aux hommes. La polémique se poursuit en ce dimanche : l’incompréhension grandit entre Jésus et ceux qui l’ont suivi jusqu’ici. 
 
Pour les hommes, cette polémique a pour origine Jésus lui-même. Pas seulement ce qu’il dit, mais qui il est. La foule croit connaître Jésus parce qu’elle connaît son origine, son père et sa mère. C’est un enfant de la région. Ce qu’il dit en devient alors encore plus insupportable. Enfin, pour qui se prend-t-il ? En s’approchant de l’homme dont ils connaissent la parenté, ils s’imaginent connaître Jésus, celui que les hommes confesseront comme Christ après Pâques. Comment pourraient-ils approcher le Christ alors qu’ils n’ont pas la foi ? La foule d’avant Pâques peut-elle comprendre des paroles qui sont déjà celles du Seigneur Ressuscité ? Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons découvrir la vérité et la profondeur des paroles de Jésus entendu ce dimanche. Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons reconnaître vraiment Jésus comme le pain qui donne la vie
 
Si Jésus n’est qu’un homme parmi d’autres, sa prétention à être le pain de la vie est inaudible. Mais si Jésus est bien celui que le Père envoie, alors il est vraiment celui qui donne la vie aux hommes. C’est sa raison d’être au milieu de nous. Dieu ne l’a pas envoyé juste pour voir comment c’était sur terre. Il n’est pas venu faire une visite d’inspection. Il est venu dire aux hommes le chemin vers Dieu ; il est venu apporter aux hommes le salut en offrant sa propre vie. La multiplication des pains était un signe évident de sa proximité avec Dieu son Père, le signe évident qu’il est venu prendre soin de nous, veiller sur nous et nous donner la vie de Dieu. Le don du pain annonce le don de sa vie. Il faut donc l’entendre quand il nous parle de son Père. 
 
Si nous acceptons que Jésus est le Fils unique de Dieu, comme nous le rappelait cette semaine la fête de la Transfiguration et la voix du Père dans la nuée – Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! – alors les paroles qu’il prononce aujourd’hui sont une invitation à ne pas nous arrêter à sa personne, mais à voir le Père dans tout ce que dit Jésus, dans tout ce que fait Jésus. Jésus n’est donc pas le héros que la foule imagine ; il ne fait rien par lui-même, mais parce que un autre, son Père, lui demande de le faire. On peut comprendre la déception de la foule et son incapacité à suivre Jésus. Comment pourrait-elle le suivre d’ailleurs sans le regard de la foi ? C’est juste impossible ! Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. Pour être attiré vers le Christ, il faut donc déjà croire en Dieu pour qu’il puisse s’adresser à nous et nous faire rencontrer le Christ ! Tout le discours de Jésus sur le Pain de vie repose sur le postulat de la foi. Il faut que l’homme accepte que Dieu existe ; il faut que l’homme accepte que Dieu n’ait qu’un but : la vie de l’homme. Il faut que l’homme ait le désir de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, pour reconnaître Jésus comme celui qui est la source de cette vie, par mandat du Père. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. 
 
Nous voici renvoyés à nous-mêmes : comment venons-nous au repas que le Seigneur offre à son peuple chaque dimanche ? Reconnaissons-nous, dans le pain partagé, Jésus qui se livre totalement à nous ? Croyons-nous que Dieu veut nous sauver en Jésus, et que ce morceau de pain, dont les croyants disent qu’il est Jésus présent en son corps, est l’aliment de notre salut ? Sommes-nous de ceux qui récriminent contre Jésus, croyant le connaître selon sa généalogie humaine, mais refusant de voir en lui le Fils unique de Dieu ? Sommes-nous capables de cet acte de foi qui nous fait dire, devant le Pain consacré : mon Seigneur et mon Dieu ? Que l’Amen de notre communion soit l’affirmation de notre foi et de notre désir d’être sauvé par Jésus, le Pain vivant, descendu du ciel selon la volonté du Père. Ainsi soit-il !
(Dessin publié dans l'Image de notre paroisse, n° 200, Août 2003, éd. Marguerite)
 

samedi 1 août 2015

18ème dimanche ordinaire B - 02 août 2015

Première tension entre Jésus et la foule :
Les hommes demandent des signes, Jésus demande la foi !
 
 
 
 
Un seul miracle particulièrement impressionnant, et déjà commencent les tensions entre Jésus et la foule. Souvenez-vous : dimanche dernier, l’évangile nous faisait contempler Jésus nourrissant environ cinq mille hommes avec seulement cinq pains et deux poissons. A la fin de la journée, Jésus s’est retiré seul, dans la montagne. Suit un épisode que nous n’entendrons pas et qui nous montre Jésus et ses disciples traverser la mer, direction Capharnaüm. C’est pour cela que, la foule [voyant] que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. On pourrait se réjouir de ce désir de la foule d’être avec Jésus, s’il était le signe d’un réel attachement à sa personne, s’il traduisait une vraie communion avec celui qu’elle cherche. Mais voilà, tout l’évangile de ce dimanche nous montre la distance qui existe entre Jésus et la foule. 
 
La première distance concerne l’objet même du désir de la foule. La foule a mangé à satiété, sans se fatiguer, puisque Jésus a donné largement. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Jésus n’est pas dupe de cette fascination de la foule pour sa personne : vous me cherchez parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. En ce sens, ils ne diffèrent guère de leurs ancêtres qui ont suivi Moïse au désert. Celui-ci les a tirés d’Egypte sur ordre de Dieu ; il leur a rendu leur liberté, et voilà que déjà, ils ont oublié la puissance de Dieu. Pourquoi ? Parce que les ventres sont vides, parce qu’ils ont faim. A la liberté retrouvée, ils préfèrent soudain les marmites de viande d’Egypte, même si elles étaient le signe de l’oppression et de l’esclavage. Comme la liberté semble soudain une chose vaine et futile ! Mieux vaut un ventre bien plein et des chaines, que la liberté et le ventre creux. Que ce soit au temps de Moïse ou au temps de Jésus, l’homme veut un ventre bien plein, sans effort si possible. Qu’importe le sacrifice à faire ! S’il faut retrouver les chaines d’Egypte pour avoir à manger, soit ! S’il faut suivre Jésus pour manger sans se fatiguer, cherchons-le ! Ce qui compte, ce n’est pas Moïse, ce n’est pas Jésus ; ce qui compte, c’est notre ventre bien tendu ! Ce qui compte, ce sont peut-être ces douze corbeilles de restes dont personne ne sait ce qu’elles sont devenues. 
 
La deuxième distance qui existe entre Jésus et la foule, c’est justement l’incapacité de cette dernière à comprendre Jésus. Ce que veut la foule, c’est un signe : Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Mais… elle vient d’en avoir un ! Ce repas gratuit, largement servi, n’est-il pas un signe suffisant pour que la foule comprenne que Jésus est comme un nouveau Moïse par qui Dieu nourrit son peuple ? Que faudra-t-il encore ? Quel signe pourrait convaincre l’humanité que Jésus est bien celui qui peut tout, qui donne tout, qui se donne tout entier pour la vie du monde ? Jésus a beau expliquer qu’il est le Pain de la vie, descendu du ciel, rien n’y fait ; la foule semble ne pas comprendre. Elle veut des signes ; elle veut voir, toujours et encore ; elle veut manger, toujours et encore !
 
Nous arrivons là à la troisième distance qui existe entre Jésus et la foule : la foule ne comprend pas que Jésus ne demande qu’une chose, et qu’une seule chose est nécessaire. Cette chose, c’est la foi. Elle seule peut combler la faim profonde des hommes ; elle seule peut faire discerner le pain vivant et vrai ; elle seule permet de bien comprendre qui est Jésus et quelle est sa mission. Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Il faut bien, comme la foule, venir à Jésus. Mais il faut venir à lui, vide de nos exigences, vide de notre désir de voir des choses. Il faut venir à Jésus comme on va vers une source vive et trouver en lui ce qui fait vivre vraiment. Celui qui vient vers Jésus, plein de revendications que Jésus se devra de contenter, n’est pas dans les bonnes dispositions. Jésus n’a pas à prouver qui il est par des signes particuliers. Il ne cesse de nous dire qui il est ; c’est à nous de le croire, sur parole. Il nous dit qu’il est le pain de la vie ? Approchons-nous de lui et goûtons à sa Parole, croyons ce qu’il nous dit, et notre faim sera rassasiée. Il vient nous donner le goût de la vie avec Dieu, après avoir partagé pour nous le pain. 
 
Ne nous contentons donc pas de manger à sa table en attendant le prochain service ; mais apprécions le moment présent. Il nous donne le Pain de sa Parole pour donner sens à notre vie ; il nous partagera le Pain de son Corps, rompu pour que nous goutions à la vie de Dieu. Il se donne tout à nous, en vrai Pain de la vie éternelle, non pas pour que nous nous recroquevillions sur nos assiettes, mais pour que nous allions à la rencontre de nos frères, pour leur partager ce pain et les inviter à cette table où Dieu se donne tout à tous. Allons vers Jésus avec le désir de croire en lui et nous comprendrons mieux que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France).