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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 30 septembre 2023

26ème dimanche ordinaire A - 01er octobre 2023

 Quel est votre avis ?



 (icône de la parabole des Deux Fils - Vente d'icônes religieuses (traditions-monastiques.com)

 

 

            Quel est votre avis ? A quelques jours de l’ouverture de la première session du synode sur la synodalité, comment ne pas être ravis par cette question de Jésus : Quel est votre avis ? Elle nous rappelle, avec toute la parabole qui suit, qu’en matière de relation à Dieu, chacun a son mot à dire. Nous avons tellement été habitués à une Eglise où tout venait d’en-haut, que je me demande même pourquoi personne, en haut-lieu, n’a jamais songé à supprimer ce verset, car trop dangereux si le bon peuple se rendait compte qu’il pourrait avoir son mot à dire. 

            La parabole que Jésus raconte n’a rien de compliqué. Un père, deux fils, une demande, deux réponses suivies chacune d’une attitude en contradiction avec la réponse apportée à la demande du père. Celui qui répond oui, finalement ne fait pas ce qu’il a dit ; celui qui dit non, se ravise et fait ce qu’il avait refusé d’abord. Nous avons tous connu cette situation, soit en lieu et place du père, soit en lieu et place des deux fils. Ne pas faire ce que nous avions dit, ou faire ce que nous avions refusé, ne fait pas de nous des gens mauvais ou bon ; au pire, cela fait de nous des grands adolescents qui ne veulent plus à midi ce qu’ils désiraient le matin et finiront par faire le soir ce qu’ils détestaient à midi. C’est la vie, quoi ! D’ailleurs, la question finale de Jésus n’est pas : « Qui est le bon ou qui est le mauvais ?», mais bien : Lequel des deux a fait la volonté du père ? Et tout est là, dans notre relation avec Dieu. La question n’est pas de savoir si nous sommes bons ou mauvais, mais plutôt si, par notre vie, nous faisons la volonté du Père ? Cette question, si elle doit être une attention quotidienne pour nous, ne sera pour Dieu que le regard sur notre vie quand elle parviendra à son terme. Si Dieu se refuse à juger une vie avant son terme, pourquoi nous le permettrions-nous ? Il nous faut avoir une attention à la volonté de Dieu pour nous, mais cela ne doit pas non plus être une obsession. Il y a des situations où réagir comme l’Evangile nous le demande, est quelquefois difficile. Ainsi, par exemple, tendons-nous toujours l’autre joue quand on nous frappe ? Sommes-nous toujours accueillant envers tous, et de bon cœur ? Ne nous laissons-nous jamais entraîner à la colère ? Aimons-nous vraiment toujours tout le monde ?  Le prophète Ezéchiel, dans la première lecture, nous fait bien comprendre que rien n’est jamais jugé d’avance, et que chacun, celui que nous considérons juste, comme celui que nous considérons méchant, peut changer. Le juste peut finir injuste et mourir injuste ; le méchant peut devenir bon et mourir bon. Pour chacun, nous dit Dieu par son prophète, une seule fois suffit ! J’y vois là une invitation à la prudence quand je suis bon, et à l’espérance quand je le suis moins. Rien n’est écrit de mon histoire sinon le fait que Dieu m’aime infiniment. 

            Si je rapproche alors cette parabole de Jésus de l’extrait de la lettre aux Philippiens que nous avons entendu en deuxième lecture, je ne peux m’empêcher de remarquer que l’Eglise, c'est-à-dire la communauté des croyants que nous formons ensemble, a une responsabilité et un rôle à jouer ; et ce n’est pas de juger et de condamner à la place de Dieu. Ecoutons à nouveau Paul et comprenons : S’il est vrai que, dans le Christ (comprenons en Eglise, puisque c’est bien là le lieu où l’on est censé vivre dans le Christ), s’il est vrai que, dans le Christ donc, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage avec amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la compassion, alors ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Le rôle de l’Eglise, la communauté des croyants, est d’encourager, d’être pleine de tendresse et de compassion… Autrement dit, puisque l’Eglise, ce n’est pas que le pape, les évêques, les prêtres et les diacres, mais bien chacun de nous, nous avons à nous encourager… Pour le dire encore plus clairement, nous sommes responsables de la foi des autres ; nous sommes responsables de leur justice comme de leur méchanceté. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres, dit Paul. Nous encourager, nous supporter, vivre en communion, suppose que nous ayons à cœur notre propre salut et le salut de chaque membre de la communauté humaine. Ecoutons encore Paul : Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus, lui le Juste qui est allé à la mort pour le salut de tous. Jamais le Christ n’a condamné, jamais le Christ n’a rejeté, mais toujours il a averti, toujours il a invité à la conversion, sans juger, mais avec tendresse, respect et amour. 

            Quel est votre avis ? Dans quelle Eglise voulez-vous vivre ? Le synode qui s’ouvre cette semaine touchera cette question. Mais nous ne sommes pas obligés d’attendre ses conclusions prévues au mieux pour la fin de l’année 2024, début de l’année 2025, pour décider que nous voulons, ici et maintenant, vivre en ayant les uns pour les autres les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. Que l’Eglise soit à l’avenir plus synodale ne joue pas sur le fait que nous pouvons décider dès maintenant d’être plus fraternels, réellement. Si nous faisons le choix du Christ, nous faisons le choix de vivre comme lui pour nous-mêmes et avec les autres. Rien ne compte davantage que cela, me semble-t-il. Mais ce n’est là que mon opinion. A vous de dire quel est votre avis. Amen.

samedi 23 septembre 2023

25ème dimanche ordinaire A - 24 septembre 2023

 Premiers ou derniers : dans le royaume, tous pareils !



 Source : Comprendre les paraboles - Région-ouest (epudf.org)

 

            C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. Ainsi s’énonce la conclusion de la parabole que Jésus nous raconte en ce dimanche. Une parabole aux accents indubitablement politique, puisqu’elle dessine un vivre ensemble peu commun. Et sa conclusion ne manque pas de nous étonner. Pour bien comprendre, il me semble qu’il ne faut pas oublier pourquoi Jésus raconte cette parabole. Il ne nous parle pas d’abord de notre monde, il nous parle du royaume des cieux qui est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Et cela change tout, ou presque ! 

            C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. Souvent, nous pensons que Jésus renverse la table et les valeurs. Nous comprenons alors que les premiers seront les derniers, et que les derniers seront les premiers, ce qui donne, par exemple, quelque chose du genre : tu étais devant la file, tu vas te mettre tout derrière ; tu étais tout derrière dans la file, va te mettre tout devant. Reconnaissons que cela ne nous arrange que lorsque l’on est tout derrière (sauf peut-être à l’église, où l’on aime bien être tout derrière sans que nous sachions trop pourquoi) ! Mais est-ce bien là ce que Jésus nous dit aujourd’hui ? Y aurait-il, dans le royaume des cieux, une prime à la paresse, au dernier de la classe, à celui qui ne fait aucun effort ? Ce n’est pas ce que dit cette parabole. Ce qu’elle nous dit, c’est que le maître traite pareillement les premiers et les derniers embauchés. Il n’enlève rien aux premiers qui ont reçu le salaire promis : il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée, une pièce d’argent. Il ne rajoute rien aux suivants à qui il a promis de donner ce qui est juste, c'est-à-dire un salaire pour leur travail. Et c’est bien ce qui arrive : chacun est payé selon ce qui a été convenu au départ, et que le maître traduit par une pièce d’argent pour tous. Le maître estime juste de donner à tous ce qu’il a promis aux premiers ; c’est son droit !  Dans le royaume des cieux, il n’y a pas de places de première classe ou de quinzième classe… Dans le royaume des cieux, il y a de la place pour tous ceux qui veulent bien travailler à la vigne du maître.  Les derniers seront traités comme les premiers, et les premiers comme les derniers. 

            Certains pensent alors que cela change tout, parce que cela ne correspond pas à notre manière de faire ou de penser. Mais cela n’est pas nouveau. Déjà Isaïe, parlant du rapport entre Dieu et les hommes, rappelait que mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. Il y a une approche radicalement différente. Là où l’homme fait des différences (parce qu’il faut tenir compte du degré de sympathie, du poids du jour, du temps passé à…), Dieu ne voit que des humains qu’il aime pareillement et qu’il entend accueillir pareillement dans le royaume des cieux. C’est nous qui avons imaginé que Dieu s’en tiendrait à nos représentations, et qu’il était bien mieux que là-bas, on reproduise l’ici-bas. D’autres avaient imaginé au contraire que là-bas serait l’exact contraire d’ici-bas, ce qui pouvait, pensaient-ils, faire accepter les différences jugées inévitables ; cela a donné des prédications du genre : souffrez maintenant, et en silence s’il vous plaît, et vous serez heureux après. On se console comme on peut ! Jésus dit non à ces deux représentations. Le royaume des cieux n’est ni un miroir de notre monde, ni sa copie inversée. Le royaume des cieux est quelque chose de neuf, une nouvelle manière de considérer les relations entre les hommes, une nouvelle manière de considérer les rapports avec Dieu. Dans le royaume des cieux, tu es invité à rejoindre la vigne du Seigneur. Dans le royaume des cieux, Dieu traite chacun avec justice, sans faire de différence entre les hommes. Dans le royaume des cieux, c’est la loi de Dieu qui s’applique, de Dieu qui est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Dans le royaume des cieux, la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres. Bref, dans le royaume des cieux, Dieu est chez lui et il y fait comme bon lui semble. A l’oublier, nous risquons d’être déçus et ingrats. Entendons la réponse du maître de la vigne à celui qui se rebiffe : Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? 

            Puisque nous sommes tous invités à œuvrer pour le royaume des cieux, oublions nos conventions trop humaines, entrons dans la manière d’être et de vivre du maître du domaine. Ne reproduisons pas là-bas ce que nous dénonçons ici-bas. Entrons dans l’unique manière de vivre qui permet à tout homme de se sentir frère, de se sentir aimé, de se sentir respecter : celle que Dieu nous indique dans sa parole. Que la fraternité universelle que l’Evangile de Jésus Christ nous propose ne soit pas un doux rêve mais notre réalité. Qui a dit que nous ne pouvions pas commencer ici-bas à vivre comme là-bas ? Le royaume des cieux peut commencer dès maintenant, puisque le Christ a annoncé qu’il était déjà au milieu de nous. Il tient à chacun de le vivre déjà. Amen.

samedi 16 septembre 2023

24ème dimanche ordinaire A - 17 septembre 2023

 Le pardon comme signe de notre humanité.





 

 

            Faut-il vraiment insister encore sur l’impérieuse nécessité de pardonner toujours après avoir entendu Ben Sirac le Sage et Jésus ? Quelqu’un n’aurait-il pas vraiment compris que l’enjeu du pardon n’est rien de moins que notre salut, notre vie avec Dieu ? Car, pour le redire une fois de plus, si l’homme ne pardonne pas, Dieu ne le pardonnera pas davantage. Tel que nous aurons été avec les autres, tel sera Dieu avec nous ! Dur, dur, n’est-ce pas ! Nous connaissons dès lors la solution : sois bon avec les autres et Dieu sera bon avec toi. Certains penseront peut-être alors qu’il est plus facile de se débarrasser de Dieu, plutôt que de pardonner toujours et encore. Ne craignant plus Dieu, leur salut ne veut plus rien dire, et donc pas besoin de s’embarrasser de ce fardeau du pardon. Est-ce si sûr ? 

            Plus je vieillis, plus je me rends compte que le pardon est avant tout une expérience proprement humaine. C’est une ressource offerte à tout homme pour avoir une vie bonne. Que se passe-t-il quand un homme refuse de pardonner ? Il me semble que Ben Sirac est assez clair à ce sujet : il est envahi par la rancune et la colère, empli du désir de vengeance. Si vous avez connu ces sentiments, vous savez que ce sont là des sentiments et des désirs qui nous rongent de l’intérieur, que nous soyons croyants ou non. Pardonner ne devrait pas être vu comme un acte religieux d’abord, mais bien comme un acte profondément humain, qui contribue à notre bien-être personnel. Les récits mythologiques, les contes et légendes des peuples du monde sont remplis d’histoire de haine et de vengeance qui finissent mal à cause de l’incapacité à pardonner. Ne pas pardonner revient à s’enfermer dans le mal qui nous est fait ; c’est se laisser posséder par ce mal. Ne pas pardonner, c’est se refuser à soi-même la chance de pouvoir guérir du mal qui a été fait. La raison première du pardon devrait être le fait de vouloir aller mieux, de ne pas laisser le mal fait par un autre dominer toute notre vie. La parole du pardon, qu’elle soit donnée pour des raisons religieuses ou par humanité, est une parole qui libère celui qui pardonne, et provoque celui qui a fait le mal. Ce n’est jamais une parole innocente, sans conséquence. Qu’y a-t-il de plus puissant que de dire au malfaisant que ses actes et ses paroles n’ont aucune emprise durable sur notre existence, sur l’estime que nous pouvons avoir de nous-mêmes ? Le mal qui nous est fait, en acte ou en parole, vise toujours à nous rabaisser, à nier qui nous sommes. En pardonnant, nous reprenons le contrôle de notre existence. Le mal est toujours désarçonné par le pardon ; là où il pensait pouvoir se déchainer plus encore en réaction à une réponse violente de notre part, il est freiné par un rappel de notre humanité commune. L’animal en nous peut chercher à se venger, mais l’humain en nous se doit de pardonner. Ce n’est pas toujours immédiat ; quelquefois cela prend du temps, des années. Mais envisager le pardon, même à long terme, c’est conserver notre humanité, conserver ce qu’il y a de meilleur en nous. Le désir de vengeance, la soif de colère nous rabaisse au rang de celui qui nous fait du mal en défigurant notre humanité. L’humain, qu’il soit croyant ou non, n’a pas d’autre choix que le pardon s’il ne veut pas se détruire lui-même ! 

            Si l’homme est croyant, l’obligation du pardon se fait plus pressante encore, non pas par peur de la réaction de Dieu à son égard, mais parce qu’il a la chance d’avoir dans sa vie la source de tout pardon. Tout pardon vient de Dieu qui nous aime. Puisqu’il aime l’homme, tous les hommes, en premier, je peux puiser à cette source d’amour et de pardon qui ne se tarit jamais. Et c’est ainsi que je deviens capable de pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Dès lors que je crois en Dieu, je sais que Dieu est avec le petit, le faible, le maltraité, l’opprimé. Je sais que je peux compter sur lui pour me donner sa force de pardon et la puissance de son amour. Il n’est pas l’épouvantail dont je dois avoir peur ; il est celui qui m’aide à rester humain en se tenant à mes côtés pour prononcer avec moi la parole de pardon nécessaire. En me rendant capable de pardonner comme lui seul sait pardonner, il me rend plus humain, donc plus conforme à ce qu’il a fait de moi quand il m’a appelé à la vie. Faut-il vraiment redire ici que nous sommes faits à l’image de Dieu ? Le pardon n’est donc pas hors de portée ; il est comme incrémenté en nous. Cela ne le rend pas plus facile, ni plus immédiat ; mais nous savons que la possibilité de pardonner est là, en nous, toujours, parce que nous sommes humains, parce que nous venons de Dieu. La possibilité de pardonner ne doit jamais nous quitter sous peine de perdre notre humanité. Si cela devait arriver, celui qui nous aura fait du mal nous aura réduit à être comme lui, malfaisant, privé d’humanité. Et cela porte un nom : c’est l’enfer ! 

            Croyants en Dieu, reconnaissons la grandeur de Dieu qui nous aime et nous pardonne. Croyants en Dieu, osons lui demander la force du pardon et la puissance de son amour quand le mal se déchaine contre nous. Restons fidèles à ce que nous sommes par le désir de Dieu : des hommes et des femmes créés à son image, capables d’agir envers les autres comme lui agit avec nous : avec tendresse et miséricorde, pardonnant toutes nos offenses. AMEN.


samedi 9 septembre 2023

23ème dimanche ordinaire A - 10 septembre 2023

N’ayant de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel !





 

 

 

 

            Il faudrait être particulièrement « bouché » pour ne pas comprendre que les lectures de ce dimanche nous invitent à méditer l’amour et le pardon, deux éléments, de notre foi et de la vie de tous les humains, si étroitement imbriqués. En effet, il n’y a pas d’amour sans pardon ; il n’y a pas de pardon sans amour ! C’est ce qui fait la beauté de tout pardon, parce que nous est redit là que nous sommes aimés malgré notre péché, et c'est ce qui fait la force de tout amour qui ne peut s’empêcher de pardonner à temps et à contre-temps. Ceci étant posé, intéressons-nous à ce que Jésus nous dit dans l’évangile de Matthieu aujourd’hui. 

            Si ton frère a commis un péché contre toi… Remarquez d’emblée la délicatesse de Jésus. Il nous fait comprendre que celui qui a péché envers nous continue d’être un frère, donc quelqu’un à soutenir, quelqu’un à aimer ! Cela nous change de ce qu’une certaine presse et les réseaux sociaux nous étalent ces derniers mois au sujet de certaines célébrités : après ce qu’il a fait, je ne suis plus son ami ! Eh bien, chère Murielle et chers tant d’autres qui avez eu la même réaction, et nous-mêmes chers frères et sœurs, vis-à-vis de ceux et celles qui ont fait du mal, nous ne pouvons peut-être plus les considérer comme des amis, mais ils restent nos frères, et nous avons à leur égard, selon le mot de Paul, une dette d’amour mutuel. Si nous ne reconnaissons pas la pertinence et la gravité de cette parole du Christ : Si ton frère a commis un péché contre toi, alors nous ne pouvons pas vivre les recommandations qu’il nous fait juste après, à savoir lui faire des reproches seul à seul, puis s’il ne les entend pas, à l’approcher avec une ou deux personnes en plus, et s’il n’entend toujours pas, à le dire à l’assemblée de l’Eglise. Si je considère l’autre comme un frère toujours à aimer, et s’il sent cette dette d’amour mutuel qui nous unit, il doit se sentir reconnu comme un frère et changer sa vie. Si toutefois cela n’aboutit pas au résultat espéré, après avoir franchi toutes les étapes, il nous faut encore entendre et comprendre surtout l’ultime recommandation de Jésus : s’il refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain. 

            Certains penseront qu’il a là justification à exclusion, condamnation, mise au ban de la communauté, excommunication. Eh bien non ! Parce que Jésus n’a jamais exclu quelqu’un ; Jésus n’a jamais condamné quelqu’un ; Jésus n’a jamais rejeté quelqu’un ! Cette recommandation de considérer le pécheur qui ne se repentit pas comme un païen et un publicain, signifie d’abord que nous devons avoir pour lui les mêmes sentiments que Jésus a toujours eu pour les païens et les publicains. Et Matthieu, l’évangéliste, est bien placé pour savoir quels sont ces sentiments de Jésus, puisque lui-même, considéré comme un publicain, les a vécus. Et qu’a fait Jésus avec Matthieu, le publicain ? Qu’a fait Jésus avec Zachée, publicain lui-aussi ? Qu’a fait Jésus avec ces hommes et ces femmes que la société religieuse bien-pensante rejetait ? Il les a accueillis ; il est allé manger chez eux, avec eux, au point que les autres s’interrogeaient : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? Ce à quoi Jésus répondit : Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs (Mt 9 11-13). C’est l’enseignement et la pratique constante de Jésus que nous devons faire nôtres : détester le péché certes, mais aimer inconditionnellement le pécheur. N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, exhorte Paul. 

            Nous pouvons alors comprendre que la fin du passage entendu sur la prière de demande qui est toujours exaucée – si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux – que cette prière concerne peut-être aussi et surtout la conversion des frères et sœurs. Il nous faut prier pour cette conversion, car quand bien même nous saurions être persuasifs, ce n’est jamais nous qui convertissons les cœurs. Notre discours peut ouvrir un cœur, mais c’est Dieu qui convertit et c’est le pécheur qui, acceptant Dieu dans sa vie, se convertit. Nous ne sommes que ce guetteur dont parle le prophète Ezéchiel : son rôle n’est pas de forcer, ni d’imposer, mais d’avertir, c'est-à-dire de proposer au méchant un autre chemin. Proposer, avertir, c’est inviter à accueillir Dieu, et dans le même mouvement prier Dieu pour qu’il accompagne cette proposition, cet avertissement. Encore une fois, lui seul touche définitivement les cœurs ; nous ne pouvons que les ouvrir à lui, indiquer cet autre chemin. Nous ne pouvons faire que cela, mais nous devons le faire ! Si nous n’avertissons pas, si nous n’invitons pas, nous serions pareillement coupables, nous serons pareillement condamnés. L’exemple de Jonas est parlant à ce sujet, lui qui essaie d’échapper à sa mission d’annoncer la destruction de Ninive parce qu’il sait au fond de lui que la Parole de Dieu, par lui répandue, touchera les cœurs et convertira la grande ville païenne. Dieu l’y a fait revenir, lui faisant comprendre que c’est là sa mission et qu'in n'y échappera pas ! 

            Comme le dit une très belle prière de l’Eglise, Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Et il a confié à l’Eglise, c'est-à-dire à l’assemblée des croyants, la mission de dire son salut à tous les hommes. En répandant cette Bonne Nouvelle, en nous reprenant les uns les autres, en invitant sans cesse à la conversion des cœurs, en ne désespérant jamais de l’homme, nous nous acquittons de cette dette d’amour mutuel, nous qui sommes infiniment aimés de Dieu. Si Dieu a suffisamment d’amour pour nous, comment douter qu’il puisse n’en avoir pas autant pour tout humain à qui il donne la vie ? N’oublions jamais que nous avons cette dette d’amour mutuel : elle nous oblige à aimer toujours, à aimer chacun, quoi qu’il ait pu faire ! Amen.

dimanche 3 septembre 2023

22ème dimanche ordinaire A - 03 septembre 2023

 Tu m'as séduit, et j'ai été séduit !



 

 



            Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Cette parole du prophète Jérémie est, me semble-t-il, à double tranchant. Elle dit une chose admirable, puisqu’elle est une manière d’exprimer la relation de Dieu avec les hommes : Dieu nous séduit, il se rend désirable à l’homme et l’homme se laisse séduire ; il est capable de Dieu. Mais qu’advient-il quand, avançant dans la connaissance de Dieu, la révélation qu’il fait de lui-même ne correspond pas ou plus à ce que l’homme en attend ? 

Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Cette parole du prophète Jérémie s’applique particulièrement bien à l’Apôtre Pierre que nous avons croisé dans l’évangile de dimanche dernier. Souvenez-vous : Jésus interrogeait ses disciples sur ce que les gens d’abord, puis eux-mêmes, disaient de Jésus : Qui suis-je ? Pierre a eu cette réponse fulgurante : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! La réponse que Jésus lui faisait alors, montre bien ce processus de séduction puisqu’il affirmait à Pierre : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Quand je me laisse séduire par Jésus, je comprends qu’il n’est pas juste un homme comme les autres, et qu’il est même plus qu’un grand homme ou un grand sage, voire un grand prophète : il est le Fils du Dieu vivant ! Et il y a quelque chose de désirable à connaître celui-là : n’est-ce pas rassurant de se savoir connu et aimé du Fils de Dieu et de le connaître et l’aimer en retour ? Que peut-il m’arriver avec un Fils de Dieu dans mon carnet de relation ? Se savoir aimé de Dieu et l’aimer en retour est une belle et grande chose, qui transforme une vie. J’en ai été témoin tant de fois. 

Seulement voilà, et c’est une chose avérée tant dans les relations humaines que dans la vie spirituelle : si tout commence toujours bien, vient le moment inévitable, où l’on découvre mieux l’autre. Les « défauts » apparaissent, ce que je croyais savoir est mis à l’épreuve. L’autre, qu’il soit un humain ou qu’il soit Dieu, n’est pas uniquement tel que je l’ai imaginé ou vu en premier lieu. Et c’est bien ce qui arrive à Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui, qui est la suite immédiate de celui de dimanche dernier. Après que Pierre eut fait sa profession de foi, Jésus ordonna aux disciples de ne rien dire à personne que c’était lui le Christ. Vous avez découvert un trésor, quelque chose qui donne sens à votre vie, et vous ne devez pas le partager. Pire : à peine avez-vous découvert cette richesse concernant Jésus, que le même vous annonce qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Tout s’écroule, et nous comprenons aisément la remarque de Pierre : Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. Comment imaginer que le Fils de Dieu, le Tout-Puissant, puisse être mis à mort par des hommes ? Comment accepter que celui qui donne sens à ma vie soit ainsi défiguré, réduit à néant ? Et l’on passe, en un rien de temps du : Heureux es-tu, Simon fils de Yonas, à cette affirmation terrible : Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. 

Seigneur, tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Que vaut encore cette déclaration d’amour quand Jésus se révèle n’être pas celui que j’ai imaginé ? Je veux bien d’un Messie qui prend soin des hommes, qui les guérit, les sauve, mais pas d’un Messie qui souffre, encore moins qui souffre à cause de moi ! Nous imaginions un Dieu jeune, grand et fort, réalisant de nombreux exploits, et nous voilà avec l’image d’un affaibli cloué en croix ! Pourtant, c’est bien là que s’exprime le mieux l’amour de Dieu pour nous, et comme Pierre, nous avons à franchir ce pas qui consiste à nous défaire des images de Dieu que nous pouvons fabriquer, à la réalité d’un Dieu qui nous séduit et qui nous aime jusqu’à mourir, non pas à cause de nous, mais pour nous. Jésus meurt pour nous, à cause du mal qui ronge notre vie. Nous ne sommes pas la cause de sa mort ; nous sommes le « but » ou le « sens » de sa mort : il meurt pour nous sauver ! C’est parce qu’il nous aime et que nous nous sommes laissés aimés de lui qu’il offre sa vie. Il n’y a pas d’amour plus grand que celui-là. D’où l’invitation de Jésus à vivre ce même amour : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Cette phrase est humainement inaudible : personne ne veut souffrir comme Jésus. Mais dans la foi, quand on sait qu’il est question d’amour (parce que la vraie croix des hommes à prendre, c’est bien d’aimer toujours et chacun), alors il est possible d’envisager d’offrir ainsi sa vie. Comme Jésus, nous n’offrirons pas notre vie pour souffrir, mais pour aimer mieux, pour aimer véritablement. Avec Jésus, nous voulons apprendre non pas à souffrir, mais à aimer, toujours, inconditionnellement. Avec Jésus, nous aimons aimer ! 

Seigneur, tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Je mesure toujours plus la beauté et la force de cette affirmation du prophète Jérémie. Et j’espère pouvoir dire la même chose à Dieu lorsqu’il m’appellera à quitter cette vie, parce qu’alors j’aurai conscience d’avoir réussi avec lui. Rien d’autre ne compte quand on se sait aimé, que d’aimer en retour, avec la même force. Avec Jésus, c’est possible. Cela vaut la peine d’essayer. Amen.