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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 31 mai 2025

7ème dimanche de Pâques C - 01er juin 2025

 Pâques, l'expérience du désir d'être avec Dieu.







 

            C’est un curieux dimanche que ce septième dimanche de Pâques. Coincé entre les deux solennités de l’Ascension et de la Pentecôte, on pourrait le prendre pour un petit dimanche sans importance, et pourtant les lectures qui lui sont affectées nous rappellent que le mystère de Pâques, c’est aussi l’expérience du désir d’être avec Dieu.

             La première lecture nous relate la fin tragique d’Etienne, le diacre, premier martyr à cause de sa foi au Christ Sauveur. Luc souligne habilement l’identification d’Etienne avec Jésus dans sa mort : les mêmes paroles prononcées que Jésus sur la croix, une mort violente en haine de son attachement à la personne de Jésus. Ceux qui pensaient être débarrassés de Jésus après l’avoir cloué en croix, ne peuvent qu’être excités contre ce prédicateur qui accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants. Manquant peut-être d’imagination, ou parce que cela avait bien fonctionné avec Jésus, ils ressortent les mêmes vieilles accusations : Cet individu ne cesse de proférer des paroles contre le Lieu saint et contre la Loi. Nous l’avons entendu affirmer que ce Jésus, le Nazaréen, détruirait le Lieu saint et changerait les coutumes que Moïse nous a transmises. La justice est expéditive, les pierres se mettent à voler et Etienne s’effondre avant de s’endormir dans la mort après avoir invoqué le nom du Seigneur : Seigneur Jésus, reçois mon esprit. Le désir profond d’Etienne est ainsi manifeste : il veut vivre pour toujours avec Celui qu’il a annoncé et servi. Il va à sa rencontre, sans haine pour ses persécuteurs ; seul compte Jésus et la vie avec lui.

             L’extrait du Livre de l’Apocalypse nous donnait alors à entendre quelques-uns des versets qui concluent ce livre, et donc toute la Bible. Cette annonce du retour du Christ dans la gloire, au jour du jugement, s’achève sur ce cri : Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! C’est l’espérance chrétienne qui est ainsi exprimée. Nous désirons ardemment ce retour qui fera toute chose nouvelle. Là où Etienne allait à la rencontre de son Sauveur dans sa mort, les témoins de l’Apocalypse appellent le Christ à revenir. Le mouvement peut sembler contraire, mais c’est la même réalité qui est exprimée : le désir de l’humanité de vivre avec Jésus. Que nous allions vers lui ou qu’il vienne vers nous, le résultat est le même : une communion entre l’humanité sauvée et le Christ Sauveur. La question qui se pose alors à chacun est bien celle-ci : désires-tu être avec Jésus ?

             Dans sa grande prière sacerdotale au soir de sa mort, Jésus adresse déjà à son Père ce même désir pour l’humanité : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Autrement dit, cette communion de l’humanité avec Dieu est fondatrice de la foi. Nul ne peut croire quand la division règne ; nul ne peut croire et être agent de division. Croire, c’est fondamentalement prendre le parti de Dieu, vivre avec lui, en lui, pas seulement au-delà de cette vie, dans le paradis, mais dès ici et maintenant. Et Jésus d’insister : Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Notre désir d’être avec Dieu, avec le Christ, Jésus le fait sien : Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire. Et voilà comment notre désir profond d’être avec Jésus devient notre destinée, quand le Christ légitime notre désir et le fait sien. Rien ne pourra désormais jamais nous séparer de lui. Ce que nous osions à peine imaginer, il le veut et il le demande à Dieu. Parce que Dieu aime son Fils par-dessus tout, il l’exausera. Il ne lui a jamais rien refusé ; il ne va pas commencer maintenant ; nous pouvons en avoir la certitude.

             Désirer plus que tout être avec Dieu, avec Jésus. Voilà un noble désir à cultiver. Il est le fruit de ce temps pascal qui nous a donné de méditer le cœur de notre foi. Nous ne sommes pas obligés d’attendre le jour de notre mort pour confier notre âme à Jésus. Dès maintenant, nous pouvons lui demander de nous garder en communion avec lui pour que notre vie terrestre soit un témoignage de la puissance de son amour pour tous les hommes. Avec l’Esprit et l’Eglise, nous pouvons dire à Jésus, le Christ : Viens ! Viens dans ma vie ! Viens dans ce monde qui semble si souvent vivre comme si tu n’existais pas ! Viens, le monde a tant besoin de toi ! Viens, j’ai besoin de toi ! Amen.

samedi 27 mars 2021

Dimanche des Rameaux B - 28 mars 2021

 Un petit âne suffit pour rendre une vie plus belle ! 



(Reproduction d'une Icône byzantine représentant l'entrée de Jésus à Jérusalem, Collection personnelle)




            Voici donc venu le temps de la grande semaine qui nous mènera à Pâques. Une semaine comme une autre, avec le même nombre de jour, mais une semaine particulière, une Semaine Sainte, qui nous donnera de vivre avec le Christ ses derniers moments de vie terrestre. Une semaine intense, riche en célébrations uniques ; et même si cette année encore la pandémie nous empêche de déployer tous les rites prévus, nous essayerons de la vivre au mieux, nous souvenant que l’an passé, nous en étions privés totalement. 

            Cette semaine si particulière nous invite encore à comprendre comment rendre notre vie plus belle. Et en ce dimanche des rameaux, je voudrais répondre à cette question à partir d’un personnage tout à fait secondaire pour beaucoup d’entre nous, mais qui est pourtant essentiel à mes yeux, car sans lui, l’entrée de Jésus à Jérusalem n’aurait pas eu le même panache. Je veux parler du petit âne dont nous parlait l’évangéliste Marc. Souvenez-vous : Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : ‘Que faites-vous là ? ‘, répondez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.’ »  Cela n’a l’air de rien, mais je trouve que cet épisode du petit âne est fort utile pour notre vie spirituelle. 

            Voyez-vous, il s’agit bien d’un ânon, que personne n’avait encore monté. Il ne sait rien encore de la vie qui l’attend, et pourtant le Seigneur a déjà besoin de lui. Il ne sait encore rien de la vie qui l’attend, mais il est disponible. Ce n’est pas lui qui objecte quand les disciples le détachent ; ce sont les gens autour de lui. Lui se laisse faire et laisse même Jésus être le premier à s’asseoir sur son dos. Sans doute comprend-t-il que Jésus ne lui veut aucun mal. Son premier travail n’est pas un fardeau à déplacer, mais un Dieu à porter. L’ânon est disponible au Seigneur, il est utile au Seigneur. Ne devrions-nous pas être comme lui, éternellement jeune aux yeux du Seigneur, éternellement disponibles pour Lui ? Cet ânon nous invite à nous laisser faire par Jésus, pour que nous puissions porter Jésus aux autres, pour que nous puissions permettre à d’autres d’acclamer celui que nous reconnaissons comme Maître et Seigneur. 

            Je peux même imaginer l’échange qu’il a pu avoir à son retour, avec ses congénères. « Alors, qu’est-ce qu’ils te voulaient ces étrangers ? Rien de particulier. Ils ont mis leurs manteaux sur mon dos et un homme s’est assis dessus. Vous auriez dû voir et entendre la foule. Ils l’ont acclamé comme un roi. Ah, je n’étais pas peu fier ! Les acclamations qui lui ont été adressées ont rendu mon fardeau léger, léger. C’est comme si ces gens m’acclamaient aussi un peu. En acceptant de le laisser me monter, j’ai rendu des gens heureux ! » Oui, sœurs et frères, on peut n’être qu’un petit âne et rendre des gens heureux ! On peut n’être qu’un petit âne, et porter le Christ aux hommes sans même le savoir ! Comme je voudrais être ce petit âne, choisi par Jésus parmi tous les petits ânes de la région, pour le porter sur mon dos. Comme je voudrais être ce petit âne, disponible à Jésus, utile à Jésus, ne serait-ce qu’un seul jour de ma vie. 

            Ce petit âne nous apprend qu’il faut peu de choses pour rendre notre vie plus belle. Juste être disponible et accepter que Jésus entre dans notre vie. Pouvons-nous mieux commencer la Semaine Sainte qu’en nous rendant utiles à Dieu et aux autres qui, à travers nous, peuvent reconnaître en Jésus Celui qui vient au nom du Seigneur ? Je veux bien être comme ce petit âne dont Dieu a besoin pour aller à la rencontre des hommes ; je veux bien être comme ce petit âne pour que Dieu puisse rendre la vie des autres plus belle. Les joies simples font les grands bonheurs. Et notre grand bonheur sera d’être appelé justement pour être pour toujours avec le Seigneur. Si un petit âne y a réussi, pourquoi pas nous ? Amen.

samedi 13 avril 2019

Dimanche des Rameaux C - 14 avril 2019

Jésus entre à Jérusalem.





Et Jésus arrive à Jérusalem à l’approche de la fête de Pâques ! Il sait les événements qui ont s’y dérouler ; il sait les risques qu’il prend ; il sait que ce sera sa Pâque, son grand passage. Il choisit déjà de ne pas se dérober. Il entre au grand jour dans la ville, acclamé par les foules. C’est ce que nous racontait l’évangile de Luc entendu sur le parvis. 


Le texte est presque trop simple, trop beau. Tout se passe comme Jésus l’avait dit : le petit âne attaché à l’endroit indiqué, la question de ses maîtres lorsque les disciples le détachent. Un plan bien réfléchi, rondement mené. Tout est prêt pour l’entrée dans la ville. La scène n’a sans doute rien d’extraordinaire jusque-là. Un groupe d’hommes qui entrent dans la ville, l’un d’eux assis sur un âne, cela devait se voir tous les jours, plusieurs fois par jour. Pourquoi cette entrée est-elle perçue différente ? Pourquoi, à mesure que Jésus avançait, les gens étendaient-ils leurs manteaux sur le chemin ? Les réseaux sociaux n’existent pas à l’époque : personne pour twitter l’arrivée de Jésus à Jérusalem ; personne pour donner rendez-vous devant la bonne porte de la ville ! Cela ne vous semble pas étrange, ces gens sans grandes fortunes qui sacrifient un manteau sous les sabots d’un ânon ? Sans oublier la foule des disciples qui se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus et qui attribuent à Jésus la figure royale. Seule la remarque des pharisiens bouleverse la beauté de la procession : Réprimande tes disciples ! Autrement dit : fais-les taire ! 


Nous sentons bien là, la tension qui naît et qui va grandir tout au long de la semaine qui s’ouvre pour nous. Elle va grandir jusqu’à inverser la tendance. Aujourd’hui, ils sont nombreux à se réjouir et à chanter leur joie autour de Jésus et seuls quelques-uns viennent troubler le tableau. Demain, ils seront nombreux à crier : à mort ! et seulement quelques-uns à pleurer Jésus. C’est tout le mystère et le drame d’une humanité versatile qui se joue devant nos yeux. C’est tout le mystère de notre humanité, tantôt transportée par la foi, tantôt gagnée par la méfiance du religieux, qui est ici annoncée. C’est tout le drame de notre humanité tiraillée entre le bien qu’elle veut faire et le péché qu’elle veut éviter, sans toujours parvenir à accomplir l’un et refuser l’autre. Un constat s’impose : tout cela ne peut que mal finir !


Et Jésus, pendant ce temps, que fait-il ? En relisant la page d’évangile, nous constatons qu’il ne fait rien, si ce n’est répondre à l’interpellation des pharisiens. Il vit l’événement, tout simplement. Il se laisse guider par les pas de l’âne qui le mène à Jérusalem. Il consent à ce qui lui arrive. Comme l’annonçait Isaïe : il ne s’est pas dérobé. Il ne se dérobera pas davantage au moment de sa Passion. Il fait confiance à son Père, le Père des miséricordes que l’évangéliste Luc n’a cessé de nous présenter. Ce à quoi nous assistons, c’est de la miséricorde en acte. Entendez Jésus, sur la croix, lorsqu’il répond à l’un de ceux crucifiés avec lui : Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Le plus grand mal peut être pardonné si la repentance est sincère, si Jésus est reconnu pour qui il est : le Messie, le Christ. Même sur la croix, signe de l’injustice suprême, Jésus pardonne encore, Jésus aime encore ! Comme elle sonne vraie, la parole du Centurion à la mort de Jésus : Celui-ci était réellement un homme juste. 


Accompagnons Jésus et ses disciples tout au long de cette semaine ; découvrons la justice de Dieu à l’œuvre dans nos vies. Redisons-lui notre désir d’être avec lui ; qu’il se souvienne de nous quand [il viendra] dans [son] Royaume. Ainsi Dieu pourra achever en nous l’œuvre de salut qu’il a commencé. Amen.



(Icône copte Les Rameaux, de Nancy MIKAËL, publiée dans France catholique)


samedi 2 septembre 2017

22ème dimanche ordinaire A - 03 septembre 2017

Jésus commença à montrer à ses disciples qu'il fallait partir pour Jérusalem.





Nous étions bien dimanche dernier, disciples autour de Jésus, entendant qu’il était le Christ, le Fils du Dieu vivant. Enfin la certitude de n’avoir pas misé sur le mauvais cheval et que notre Maître, ce n’était pas n’importe qui. Il y avait là de quoi alimenter toute la semaine, se sentir forts, motivés pour parler de Jésus à qui voudrait bien nous entendre. Et nous sommes revenus, ce matin, forts de cette confiance, retrouver ce même Jésus pour l’entendre encore nous transmettre la Bonne Nouvelle. Seulement voilà, la Bonne Nouvelle de ce dimanche, c’est qu’il fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Comment ? Aurais-je raté un épisode ? Que s’est-il passé pour que tout semble retomber comme un soufflé mal cuit ? il ne s’est rien passé du tout ; c’est juste l’affirmation de la stricte vérité sur Jésus, et comment il entend être Fils de Dieu. 
 
Je comprends la réaction de Pierre : Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. Moi, vivant, jamais tu n’auras à souffrir tout cela ! Enfin, Seigneur, soyons sérieux deux minutes. Tu as dû te tromper, mal comprendre ce qui était attendu de toi. Enfin ! tu es le Christ, quoi ! Ce que tu dis, ce n’est juste pas possible. Qui d’entre nous n’aurait pas réagi de la même manière ? Qui aurait pu alors croire que l’avenir de Jésus, c’était cela : mourir à Jérusalem ? Il n’y a pas d’avenir à mourir, fût-ce à Jérusalem ! Oui, la première fois que Jésus annonçait à ses disciples sa Passion prochaine, nous aurions sans doute été d’accord avec Pierre : tu oublies cela, tout de suite ! Et nous aurions reçu le même avertissement que lui : Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ben oui, mais Pierre après tout n’est qu’un homme, avec des pensées humaines. Il lui faudra encore un peu de temps pour entrer dans le projet d’amour de Dieu pour tous les hommes ; il lui faudra encore un peu de temps pour comprendre qu’il n’est pas seul sur terre et que Jésus n’est pas venu juste pour être son ami à lui, pour l’appeler lui et le sauver lui. La mission de Jésus concerne tous les hommes, et pas seulement ceux qui vivaient à son époque. Jésus commence à parler de sa Passion et même pour ses disciples, cela passe mal. Selon les évangiles, il y aura en tout trois annonces de la Passion, et pourtant, cela ne passe pas. A lire un évangile en entier, nous pouvons avoir l’impression que les disciples n’impriment pas cette donnée ; cela ne rentre pas, ni dans leur tête, ni dans leurs catégories de pensée. 
 
Jésus commença à parler à ses disciples de sa Passion. Nous pouvons comprendre aussi que cela ne serait pas simple pour lui. Comment faire comprendre l’incompréhensible à ses amis ? Comment faire comprendre que leur vie passe par sa mort ? Jésus aussi préfèrerait éviter cela : tu es pour moi une occasion de chute. Autrement dit, si je t’écoutais, je dirais comme toi, je ferais comme tu dis !  Entrer dans le projet de Dieu, ce n’est pas seulement le combat des disciples, c’est aussi le combat de Jésus. Il se retrouve là confronté à son Adversaire de toujours, celui qu’il avait déjà affronté au désert, après son baptême : Passe derrière moi, Satan ! Cela nous montre bien que ce n’est pas seulement difficile à entendre pour les disciples, c’est aussi difficile à envisager pour Jésus. Nous retrouverons cela au Jardin des Oliviers, lors de la prière de Jésus : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. En Jésus, comme en chacun de nous, la part divine doit prendre le dessus ; la confiance en Dieu doit s’affirmer aux moments décisifs. Il s’agit bien de donner à Dieu les clés de notre vie ; il s’agit bien, pour gagner le combat spirituel, de laisser la manœuvre à Dieu et à lui seul. Ce n’est qu’avec lui que nous pourrons vaincre l’Adversaire ; ce n’est qu’avec lui que Satan sera détruit, une fois pour toutes. 
 
C’est pour cela que l’enseignement de Jésus sur sa Passion se poursuit par cet enseignement sur l’art et la manière de le suivre. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Il n’y a pas d’autre chemin possible que celui-là. C’est vrai pour Jésus, c’est vrai pour nous. La vie de disciple n’est pas un long fleuve tranquille. La vie de disciple consiste à lutter contre le Mal, chaque jour. Notre attachement à Jésus, c’est chaque jour qu’il nous faut le redire. Notre choix de suivre Jésus, c’est chaque matin qu’il nous faut le refaire. Notre croix, c’est chaque jour que nous devons la porter. Les Pères du désert nous apprennent même que plus nous nous attacherons à Jésus, plus l’Adversaire sera virulent, parce que notre attachement à Jésus lui est insupportable. Et il se sert de tout et de tous pour nous faire chuter, y compris de nos amis.  Il nous faut être vigilants ensemble, résister ensemble et ne jamais nous fatiguer de combattre. Certains pourraient penser que le démon se déchainant plus dans notre vie quand nous affirmons notre attachement à Jésus, il suffirait, pour avoir la paix, de mettre Jésus hors de nos vies. Mais quelle erreur que de croire cela ! Ce serait pire encore, parce que l’Adversaire s’installerait dans notre vie et elle serait vouée à la Mort éternelle. Le combat spirituel, dans lequel nous sommes engagés depuis notre baptême, ne se gagne qu’avec Jésus, avec Jésus crucifié, mort et ressuscité pour nous. Le combat spirituel ne se gagne qu’en prenant notre part à la croix du Christ. Ce n’est pas la peine de vouloir tergiverser ; il n’y a pas d’autre alternative. 
 
Avec Pierre, acceptons donc d’entrer dans les pensées de Dieu. Avec tous les disciples du Christ, prenons notre croix, chaque jour, et marchons à sa suite. De Jésus, accueillons l’enseignement et avec lui, passons la mort et parvenons à la vie éternelle. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

vendredi 30 mai 2014

07ème dimanche de Pâques A - 01er juin 2014

Un dimanche pour entrer dans la prière de Jésus.




Coincé entre l’Ascension et la Pentecôte, ce septième dimanche de Pâques peut nous sembler de moindre importance. Il fait le lien entre le départ du Christ et le don de l’Esprit Saint. Pourtant, nous aurions tort de le prendre pour un petit dimanche, existant seulement pour satisfaire une règle mathématique élémentaire : des 40 jours après Pâques marquant l’Ascension aux 50 jours après Pâques de la Pentecôte, il y a dix jours, et donc forcément un dimanche. Ce dimanche nous est donné pour entrer dans la prière de Jésus, pour faire nôtre sa prière au soir de sa mort. 
 
N’est-ce pas là l’attitude des disciples après que Jésus fut enlevé au ciel ? Ils rentrent à Jérusalem, se retrouvent à la maison, et d’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes, dont Marie… Sans doute est-ce la seule chose qui est nécessaire à ce moment-là ! N’ont-ils pas reçu de Jésus une mission lorsqu’il s’est élevé dans sa gloire ? Celle de faire de tous les hommes des disciples ? Nous pouvons comprendre que ces hommes et ces femmes réunis dans l’attente de l’Esprit Saint, qui sera leur force pour cette mission, n’aient trouvé rien de plus important à faire que de prier, c’est-à-dire se relier à ce ciel vers lequel Jésus est monté. En se mettant en prière, en attendant la venue de l’Esprit Saint, ils manifestent leur désir d’être là où est Jésus, d’être avec Jésus, toujours. N’est-ce pas ce que la liturgie de ce dimanche nous invite à faire aussi dès l’ouverture de la célébration ? Notre première prière en ce dimanche commençait par ces mots : Entends notre prière, Seigneur ! Avant de nous lancer dans une quelconque mission d’Eglise, ce devrait être là notre attitude fondamentale : nous relier au ciel, entrer en relation avec lui pour que le Christ soit avec nous, comme il nous l’a promis. Ce que nous réaliserons sera alors vraiment mission d’Eglise et non activisme débordant. 
 
La prière, n’est-ce pas ce que recommande Pierre, dans sa première lettre au chrétien persécuté à cause de sa foi ? Si c’est comme chrétien [qu’on le fait souffrir], qu’il n’ait pas de honte et qu’il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien. Rendre gloire à Dieu est bien un des buts de la prière. Ce nom de chrétien, que nous devons porter avec fierté, est LE nom qui nous relie au Christ. Ce nom, dans les Actes des Apôtres, n’est pas choisi par les disciples ; il leur est donné par ceux qui ne le sont pas pour les distinguer des autres, pour manifester leur appartenance au Christ, dont les croyants disent à tous qu’il est mort et ressuscité. Ce nom dit notre foi ; ce nom dit la reconnaissance que les non-chrétiens ont de ce que nous sommes en vérité : nous appartenons au Christ et nous portons ainsi son propre nom. Nous sommes identifiés à lui ; nous sommes « Lui » par le baptême ; nous devons en rendre gloire à Dieu ; nous devons lui dire notre reconnaissance. 
 
Jésus, dans sa prière que nous avons entendu dans l’Evangile, vient nous redire pourquoi nous devons rendre gloire à Dieu pour ce nom. Ce nom d’abord nous obtient la vie éternelle puisqu’il est porté par ceux et celles qui ont été donnés par le Père au Christ. La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Mais Jésus va plus loin dans son enseignement sur ce que doit ou peut être notre prière. La prière de Jésus dans laquelle nous devons entrer est cette prière qui nous fait souvenir que nous sommes au Christ, et donc que nous sommes à Dieu comme le Christ est à Dieu. Sa prière pour nous montre son désir de nous voir fidèles à ce qu’il est, fidèles à sa mission, fidèles à sa Parole. Entrer dans la prière du Christ, c’est demander à Dieu pour nous, cette même fidélité dans un monde qui ne nous y encourage pas. Notre salut vient de ce que le nom de Jésus a été prononcé sur nous ; notre salut sera toujours dans notre fidélité à ce nom. 
 
En attendant que souffle sur nous le grand vent de l’Esprit qui nous communiquera la force du Christ, restons dans cette prière de Jésus ; ce qu’il demande pour lui (que le Père le glorifie), nous pouvons le demander pour nous. La prière liturgique de ce dimanche n’hésite pas d’ailleurs. Dans la prière sur les offrandes, nous demanderons que cette liturgie, célébrée avec amour, nous fasse passer à la gloire du ciel. Et après la communion, nous insisterons encore davantage en priant Dieu ainsi : que notre communion au mystère du salut nous confirme dans cette assurance que tu glorifieras tout le corps de l’Eglise comme tu as glorifié son chef, Jésus Christ. Notre prière rejoint bien la prière du Christ avant sa mort, et sa promesse que nous serons là où il sera, pour toujours unis à lui, en lui, par lui. 
 
Ce dimanche n’est donc pas un petit dimanche. Il n’existe pas de petit dimanche d’ailleurs. Il n’existe que des dimanches vécus petitement s’ils ne sont pas vécus en communion avec Jésus, dans une reprise inlassable de sa prière pour ses disciples. N’ayons pas honte de ce que nous sommes ; n’ayons pas honte de ce qui nous est demandé en ce premier jour de la semaine. Et toujours nous resterons fidèles à la prière commune, comme les premiers disciples, attendant que l’Esprit Saint nous renouvelle pour la mission. Amen.

 (Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 20 octobre 2012

29ème dimanche ordinaire B - 21 octobre 2012

Être avec le Christ, toujours !



Jeunes loups aux dents trop longues ou terriblement audacieux, Jacques et Jean, dans leur demande ? Jaloux ou réellement choqués, les dix autres lorsqu’ils entendent les deux premiers jouer des coudes ? Ne jugeons pas trop vite ; ne condamnons pas trop hâtivement ! Tout est, comme souvent, une question de regard.

A voir le mal partout, la demande de Jacques et Jean peut fort bien ressembler à une opération « pousse-toi de là que je m’y mette ! » N’est-ce pas notre première réaction à la lecture du texte ? En voilà deux qui veulent jouer des coudes et ils se font bien avoir au final, ce qui est bien fait pour eux. Ils ne sont pas assurés de siéger à droite et à gauche du Christ, mais ils devront boire le calice jusqu’à la lie !

Pourtant, un autre regard me fait admirer Jacques et Jean pour leur audace. Jésus marche vers Jérusalem, donc vers sa mort. Il marche sans doute en avant de ses disciples, le pas sûr. Voilà que deux d’entre eux, forçant un peu le pas, arrivent à sa hauteur et l’interrogent : « Accorde-nous de siéger l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ta gloire ». Ne faut-il pas du courage, à ce moment précis de l’histoire de Jésus, pour lui demander la grâce d’être finalement toujours avec lui, toujours au plus proche de lui ? Je vous accorde bien volontiers qu’ils ne savent pas ce qu’ils demandent. Mais leur désir est sincère : être toujours avec celui qui est leur Maître. Alors, on peut le leur reprocher, mais reconnaissons que c’est une belle preuve d’attachement. Jésus leur a annoncé par trois fois qu’il allait vers sa mort, et ces deux là expriment, maladroitement certes, leur désir d’être toujours avec Jésus. Ils ne savent pas que la coupe que Jésus leur propose de boire, est la coupe du rejet, et le baptême, un plongeon dans la mort. Mais ils y vont, presque bille en tête ! Je crois vraiment que Jésus les a aimés pour cela, ces deux têtes brûlées et leur demande surprenante.

Ne devrait-ce pas être là notre désir : être toujours avec Jésus, toujours au plus près de lui ? Ne devrait-ce pas être notre attitude et notre réponse à l’appel de Jésus à le suivre que ce « nous le pouvons » plein d’assurance ? Comme j’aimerais avoir leur audace et leur désir ; comme j’aimerais pouvoir dire qu’avec Jésus je veux aller jusqu’au bout, quelles qu’en soient les conséquences ! Jacques et Jean ont un côté risque tout qui force mon admiration.

Comme il n’y a qu’une droite et une gauche autour de Jésus, que deviennent alors les dix autres ? Ils s’indignent, comme nous nous indignons lorsque quelqu’un prend la place que nous estimions nous être due. Ils s’indignent, parce qu’ils craignent peut-être de n’être pas reconnus dans ce qu’ils ont fait, font ou feront encore avec et pour Jésus. Ne sommes-nous pas tous travaillés par les questions de reconnaissance, de pouvoir, d’autorité et de gloire ? Quel sentiment habite mon cœur quand je sens que cela va m’échapper, qu’un autre m’est préféré ? Quand le don de moi que je fais à ma famille, à l’Eglise, aux autres, n’est pas gratifié ? Quand mon travail n’est pas reconnu ? (Régine MAIRE, La Croix 21 octobre 2006). Ils sont terriblement humains, ces dix-là, comme Jacques et Jean.

Nous pourrions être déçus de ce que le groupe des Douze ne soit pas plus soudé. Nous pourrions être déçus de ces querelles de chiffonniers de la part de ceux que Jésus lui-même a appelé pour le suivre. Avec tout le recul que nous avons, nous pourrions croire qu’ils n’ont rien compris. Forcément, eux, ils n’ont pas lu l’Evangile comme nous le faisons aujourd’hui, ils en sont les acteurs. Et pour cela, nous devons les remercier. Les remercier parce que leur attitude, aux uns et aux autres, nous vaut cette belle leçon de vie, ce dernier enseignement de la part de Jésus : parmi vous, il ne doit pas en être comme chez les grands de ce monde. Parmi vous, celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Nous serons près de Jésus comme le veulent Jacques et Jean lorsque nous nous ferons serviteurs les uns des autres. Nous serons ses disciples authentiques lorsque nous aurons abandonné nos rêves de gloire et de puissance pour être signe de Jésus, serviteur de tous, donnant sa vie par amour de nous. Voilà le chemin de la grandeur que Jésus nous enseigne : servir, servir Dieu et servir les autres. Toujours. Sans rien n’attendre en retour que la joie d’être avec Jésus, dès maintenant et pour toujours. Servir, parce que Jésus lui-même est venu pour servir. Si nous voulons être ses disciples, comment pourrions-nous y échapper ? Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)