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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 6 juin 2026

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ A - 7 juin 2026

Souviens-toi !  







 

            Souviens-toi ! C'est la consigne donnée par Moïse à son peuple pour qu’il n’oublie jamais l’œuvre de Dieu en sa faveur quand, affamé dans le désert, il a reçu de Dieu la manne, et quand assoiffé, Dieu a fait jaillir pour lui l’eau de la roche la plus dure. Souviens-toi ! De la même manière, nous sommes invités aujourd’hui à faire mémoire de l’œuvre du Christ pour nous quand, au soir du jeudi saint, il a partagé à ses disciples le pain et le vin, signes de son corps et de son sang livrés pour nous. L’Eucharistie, instituée ce soir-là, devenait, pour les disciples du Christ et à jamais, la source et le sommet de leur foi, rendant présent pour toujours le Christ dans un morceau de pain et un peu de vin consacré. La solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ que nous célébrons vient nous redire ce grand mystère d’un Dieu qui ne cesse de se donner totalement pour notre salut.

           Souviens-toi de la source de ton salut, le Christ livré sur la croix. Dans un monde en perte de repères, il est bon de pouvoir lever les yeux vers le Crucifié pour découvrir en lui celui qui nous offre sa vie. La croix résume et condense toute l’œuvre de Jésus qui n’a cessé, à travers son enseignement et ses gestes de nous dire l’immense amour de Dieu pour chacun. A nous qui avions si souvent rompu son Alliance, était donné dans ce Corps livré, une Nouvelle Alliance, une Alliance Eternelle, scellée dans le sang versé. Puisqu’en Jésus, Dieu lui-même s’offrait tout entier, personne désormais ne pourrait briser cette Alliance. L’humanité peut choisir de l’ignorer, mais Dieu ne peut pas la retirer, parce qu’il ne peut cesser d’aimer cette humanité pour laquelle il a donné son Fils. La vie du Fils unique de Dieu prend avec elle la vie de toute l’humanité pour la faire passer par la croix et la faire entrer dans la gloire de Dieu. De la croix, nous recevons une dignité nouvelle, celle de fils et de fille de Dieu, que rien, pas même la mort, ne peut nous enlever. Nous pouvons choisir d’y renoncer, mais Dieu ne peut pas nous l’enlever, à cause de Jésus qu’il voit en chacun de nous. Par le sacrifice de Jésus sur la croix, auquel nous participons par notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, Dieu nous reçoit comme ses fils et ses filles. Dans l’acte même qui l’a défiguré, Jésus nous a transfiguré, faisant de nous ses frères et sœurs. Dieu ne peut revenir sur cet acte de salut qui inaugure et fonde la foi des disciples de son Fils.

            Souviens-toi aussi du sommet de ta foi. Tu es appelé à plus grand que ta vie ici-bas. Tu as un avenir auprès de Dieu, pour toujours. La Foi est toujours accompagnée par sa sœur Espérance. L’Eucharistie, qui nous fait faire mémoire de Jésus qui est mort et ressuscité, nous tourne aussi vers notre avenir, le retour du Christ dans la gloire qui nous verra entrer dans la gloire de Dieu. Au cœur de la prière eucharistique, il y a ce chant de l’anamnèse qui résume bien cela. A l’invitation du prêtre : Il est grand le mystère de la foi, nous répondons : nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection (voilà pour la source de notre foi), nous attendons ta venue dans la gloire (voilà pour notre espérance et le sommet de notre foi). Il n’y a rien de plus grand et de plus beau, de plus actuel et en même temps de plus engageant pour l’avenir, que l’Eucharistie. Dieu se donne tout entier et nous donne tout, pour aujourd’hui et pour demain. Ce sacrement est le Pain des forts, de ceux qui ont fait le choix de vivre selon l’enseignement de Jésus Christ et qui puisent dans ce pain et ce vin partagés la force de tenir bon chaque jour. Mais l’Eucharistie est aussi le Pain d’efforts qui nous encourage, nous nourrit et nous permet de nous relever pour reprendre la route à la suite du Christ lorsque nous sommes tombés sur le chemin. Elle n’est pas la récompense pour enfants sages que certains nous présentent ; elle est l’indispensable nourriture pour celles et ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu, mais se savent aussi pécheurs et qui ont besoin que Dieu les nourrisse pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts à la suite du Christ. Dieu, par l’Eucharistie, veille sur nous pour que nous arrivions à bon port. Il n’y a rien de plus grand dans la vie d’un chrétien que de recevoir ce Pain des anges ; il n’y a rien de plus utile dans la vie d’un chrétien que de communier au Christ pour que sa vie se diffuse en eux ; il n’y a rien de plus urgent pour les chrétiens que de rendre gloire à Dieu pour ce don sans cesse renouvelé et pour sa présence permanente dans notre monde. C’est pour cela, entre autres, qu’elle est le sommet de notre foi.

             Souviens-toi enfin que, sauvé par le Christ livré sur la croix et ressuscité d’entre les morts, tu es invité à conformer ta vie à son Evangile. La Foi et l’Espérance ont une troisième sœur qui se nomme Charité, par laquelle les chrétiens rendent le Christ présent et agissant auprès de celles et ceux qui ont moins de chance, auprès de celles et ceux qui sont blessés par la vie, auprès de celles et ceux qui ont perdus toute espérance. L’Eucharistie que nous recevons nous renvoie toujours vers eux quand le prêtre ou le diacre conclut la célébration par : Allez dans la paix du Christ. Il faut entendre, dans cet ultime souhait, un envoi vers nos frères et sœurs en humanité pour témoigner de ce que nous avons vécu et pour les aider très concrètement dans leur vie humaine et, quand cela est possible, de les aider aussi dans leur vie de foi. L’Eucharistie construit ainsi l’Eglise pour en faire ce lieu de rassemblement de toute l’humanité voulue par le Christ.

Que notre Eucharistie nous redonne le goût et le sens de ce rassemblement où s’origine notre foi, se construit notre avenir et où notre aujourd’hui trouve son sens plénier : nous unir toujours plus au Christ qui nous aime et nous sauve. Amen.


samedi 15 novembre 2025

33ème dimanche ordinaire C - 16 novembre 2025

 Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.





(Foi, espérance et charité, Source Pinterest)



 

 

            La fin de l’année liturgique approche, et déjà nous sont donnés à entendre des textes de type apocalyptique, non pas pour nous effrayer, mais pour nous faire entrer dans la révélation des fins dernières. Ne l’oublions pas, en effet : l’histoire de l’humanité aura une fin. Peu importe quand, peu importe comment. Ce qui compte pour nous, c’est d’intégrer cette fin et de vivre chaque jour dans cette perspective ultime : le Seigneur va revenir, notre espérance n’est pas vaine, notre salut est proche.

            L’évangile de Luc, au-delà des catastrophes annoncées, nous invite à la confiance, car, dit Jésus, pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Pour rassurer ceux qui rencontrent quelques difficultés capillaires, comprenez que pas un cheveu de votre tête n’est tombé pour rien. Personne ne maîtrise totalement ce qui lui arrive, mais le Seigneur nous assure que lui, il veille, même sur le moindre de nos cheveux. Rappelons-nous toujours que nous avons du prix pour Dieu, et que son projet pour nous ne comprend pas notre perte ; son projet pour nous est un projet de salut, intégral. Nous serons sauvés corps et âme. Il nous faut rejeter Platon et Socrate qui pensaient que le corps était un tombeau pour l’âme, tombeau duquel elle devait se libérer. L’homme est corps, âme et esprit, et c’est tout cela qui sera sauvé : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. D’où vient alors la crainte des fins dernières ?

            Peut-être principalement d’une mauvaise interprétation des textes et d’une prédication destinée à faire peur à certaines époques, il faut bien le reconnaître. Ensuite, le seul fait que les textes parlent de catastrophes ne nous incitent guère à la confiance. Personne n’aime les temps difficiles ; personnes n’aiment les catastrophes, fussent-elles naturelles ; personne n’aime les guerres et les persécutions. Si les textes convoquent ainsi nos grandes peurs, est-ce pour nous dire que cela arrivera réellement ou plutôt pour nous dire que même nos plus grandes peurs ne doivent pas effacer notre espérance ? L’affirmation de Jésus : C’est par votre persévérance que vous garderez la vie, m’incite à pencher pour cette seconde hypothèse. L’annonce de ces catastrophes doit renforcer notre foi en la puissance de Dieu, renforcer notre espérance du salut réalisé par Jésus mort et ressuscité pour nous. Puisque Jésus est vainqueur de la mort et du péché, nous avons notre victoire en lui si nous nous attachons à lui dans la foi et vivons de lui dans une réelle charité. N’est-ce pas la promesse ancienne du prophète Malachie : Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. 

        Les fins dernières, plutôt que de nous inquiéter, doivent nous stimuler dans un art de vivre conforme à l’Evangile du salut proclamé par Jésus Christ. Faut-il rappeler que Foi, Espérance et Charité sont les vertus théologales, c'est-à-dire les vertus qui nous tendent vers Dieu, parce que, justement, elles viennent de Lui. Personne ne vit de foi, d’espérance et de charité de sa propre initiative. Ces vertus sont le fruit de l’accueil de la grâce de Dieu dans notre vie. Elles nous permettent de lutter contre leurs opposés que sont les vices de l’incrédulité, de la désespérance et de la haine. La célébration de l’eucharistie est le sacrement qui nous permet le mieux de lutter contre eux, parce qu’elle nous fait célébrer le cœur de notre foi – Jésus qui se donne dans son corps et son sang pour notre vie – ; proclamer notre espérance dans l’anamnèse – Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire – et enfin nous invite à vivre dans la charité en nous renvoyant chez nous, à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité – Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

            Que notre célébration de l’eucharistie dominicale nous maintienne dans la foi au Christ mort et ressuscité ; qu’elle renforce notre espérance dans le salut qu’il nous offre ; qu’elle nous fasse vivre une véritable charité envers tous ceux que Dieu met sur notre route. Ainsi nous avancerons avec confiance dans notre vie, et nous parviendrons au Royaume où Dieu nous attend. Avec lui, nous nous réjouirons ; avec lui, nous vivrons pour toute éternité. Amen.   

samedi 6 juillet 2024

14ème dimanche ordinaire B - 07 juillet 2024

 Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.




 

 

Depuis lundi, le groupe qui assure l’adoration au Mont Sainte Odile, approfondit sa foi à partir de la saga Harry Potter. Un parcours original, sans doute, qui nous a permis d’aborder des questions aussi diverses que l’appel, la question du bien et du mal, comment vaincre le mal, la notion de don de soi et de sacrifice, ainsi que, ce matin même, la plus puissante des magies révélées dans l’œuvre de JK Rowling, une magie que, chrétiens, nous ne pouvons renier : il s’agit de l’amour ! Cette magie ne vient pas d’un sort jeté, ni d’une baguette puissante, mais des hommes et des femmes eux-mêmes. Ainsi, c’est bien l’amour de sa mère qui a sauvé Harry Potter dès sa naissance, et lui a permis de survivre au sortilège de mort prononcé contre lui par Vous-savez-qui. 

La deuxième lecture de ce dimanche n’aborde-t-elle pas à sa manière cette puissante magie de l’amour ? Il faut bien entendre Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens. Il reconnaît qu’il porte en lui une écharde qui l’empêche de se surestimer. Nous ne savons pas de quoi il parle exactement, mais il est certain que c’est pour lui une limite, une blessure qui le marque et dont il a demandé à être débarrassé. La réponse de Dieu à sa demande peut sembler curieuse : Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Ce n’est probablement pas la réponse que Paul attendait – pas de libération, pas de guérison – mais il saura se contenter de cette affirmation que la grâce de Dieu l’accompagne. N’est-ce pas la manifestation même de l’amour de Dieu que l’affirmation de la présence de Dieu à notre vie, surtout dans les moments d’épreuves ? Reprenant le vocabulaire de Harry Potter, la puissante magie dont nous bénéficions en tant que chrétiens, c’est bien cette présence aimante de Dieu qui veille sur nous, nous accompagne et nous assure de sa grâce. Cette grâce de Dieu doit nous suffire, même dans nos moments de faiblesse. Il n’y a rien de plus puissant que l’amour de Dieu. Il n’y a pas de péché assez grand et assez fort pour contrecarrer l’amour de Dieu. Il n’y a pas de péché trop grand que l’amour de Dieu ne saurait combattre et pardonner. Le même Paul écrira aux Romains que là où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé (Rm 5, 20). Ce n’est pas une permission de nous laisser aller au péché, mais une invitation à ne pas désespérer, ni de nous, ni de l’amour de Dieu quand le péché semble dominer notre vie. L’amour de Dieu sera toujours plus fort que notre péché ; il ne nous manquera jamais. 

Nous ne prendrons jamais assez la pleine mesure de la puissance de l’amour de Dieu pour nous ; nous ne pouvons que l’expérimenter, jour après jour. Cet amour nous saisit et nous transforme lentement. Ici, au mont Sainte Odile, devant le Saint Sacrement exposé, nous pouvons ressentir cet amour pour nous à travers la paix profonde qu’il nous procure. Pèlerins d’un jour ou adorateurs pour une semaine, nous touchons du doigt cet amour à l’œuvre dans notre vie, comme il fut à l’œuvre de notre bien-aimée patronne de l’Alsace que nous célébrons en ce dimanche. L’amour qui n’a jamais fait défaut à Odile, même quand son père a décidé de la faire éliminer, ne nous fera jamais défaut. Nous devons être habités de cette certitude que nous sommes profondément et éternellement aimés, avant même d’avoir seulement commencé à aimer Dieu en retour.  Accueillant la puissance de cet amour divin pour nous, nous ne pouvons que demander la grâce de savoir en témoigner à notre tour et de répandre cet amour autour de nous. Ce n’est pas quelque chose à faire quand nous aurons le temps ; ce n’est pas quelque chose à faire parce que nous n’aurons rien d’autre à faire à ce moment-là. C’est quelque chose qui s’impose à nous. Caritas Christi urget nos – la charité du Christ nous presse, écrit le même Paul dans cette même lettre aux Corinthiens ! Comment, en étant aimés absolument et inconditionnellement, ne pas aimer de même, absolument et inconditionnellement ? Serions-nous des enfants ingrats, revendiquant pour nous seuls ce que nous refusons aux autres ? Nous ne pouvons garder pour nous ce que Dieu nous partage aussi généreusement ! Comme l’écrit saint Jean dans sa première lettre : Nous devons aimer ! Il n’y a pas d’autre choix possible ! Quand j’ai lu, tout au long de la semaine écoulée, dans nos journaux, que des personnes d’origine étrangère se voit rappeler leurs origines, au point qu’elles ressentent qu’elles ne sont pas les bienvenues quand bien même elles seraient pleinement insérées depuis des années, je me dis que nous avons oublié d’aimer et que notre amour pour l’autre, différent, est en grand danger. Comment, en quelques jours, un vrai sentiment de haine a-t-il pu se développer et se répandre ainsi dans la patrie des Droits de l’Homme ? Comment une nation dont la fraternité fait partie de la devise, peut-elle ainsi manquer aussi gravement à ce qui la constitue et la définit ? La fraternité ne serait-elle plus la sœur de l’amour ? 

Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dan la faiblesse. Plus que jamais, demandons la grâce d’aimer à nouveau, profondément, absolument, inconditionnellement, toute personne qui frappe à la porte de notre cœur, à la porte de notre pays. Ne nous contentons pas de recenser et de déplorer les incidents signes d’un manque d’amour ; agissons clairement pour que l’amour dont Dieu nous aime rayonne à travers nous pour tous. Accueillons la puissance d’amour que Dieu déploie pour combler nos manques et nos difficultés à aimer. Amen.


jeudi 28 mars 2024

Messe de la Cène du Seigneur - 28 mars 2024

 De Jésus à nous : une Alliance nouvelle qui nous invite à l'action de grâce et à la charité.





 

 

            Nous voici réunis au début de la nuit pour vivre avec Jésus la Cène, le repas de la Pâque juive qui, ce soir, va prendre une nouvelle dimension, une nouvelle signification. L’agneau immolé par nos frères ainés dans la foi en mémoire de la sortie d’Egypte cède la place à Jésus, l’Agneau immolé, Corps livré et Sang versé en rémission des péchés. Ce repas qui nous rassemble dans la joie devient le repas au cours duquel Jésus se livre à nous, devenant ainsi, par son obéissance, l’offrande parfaite, réalisée une fois pour toutes, pour le salut de tous les hommes, ceux du temps de la vie terrestre de Jésus, mais aussi la foule immense qui suivra dans le temps et l’Histoire. Ce soir, nous ne fêtons pas un anniversaire ; ce soir, Jésus nous invite à sa table, nous offrant le pain et le vin, signe de cette Alliance nouvelle et éternelle qu’il signe de sa vie. Ce soir, Jésus refait pour nous les gestes qui diront à jamais sa présence au monde et son salut offert à tous ceux qui croient en son Nom. 

            La première lecture de cette célébration unique nous a rappelé le contexte historique dans lequel Jésus inscrit son œuvre de salut. C’est bien la Pâque, c'est-à-dire le passage du Seigneur qui vient libérer son peuple, que nous célébrons. La deuxième lecture, plus ancien témoignage de l’institution de l’Eucharistie, nous a remis en mémoire les paroles de Jésus sur le pain et le vin, ainsi que son ordre clair : Faites cela en mémoire de moi. Nus ne pouvons pas faire autrement, si nous sommes disciples du Christ, que de célébrer, non seulement ce soir, mais chaque dimanche, ce sacrement, signe de la présence réelle de Jésus à son Eglise. Puisque ce soir Jésus se livre pour notre salut, puisque ce soir, il nous dit de refaire ces mêmes gestes en mémoire de lui, comment ne pas répondre à cette demande amoureuse par une présence réelle de notre part à ce sacrement, qui est la source et le sommet de notre foi. Source, puisque Jésus nous le donne pour inaugurer l’Alliance nouvelle – tout part de là ; sommet, parce qu’il n’y a rien de plus grand, pas d’amour plus grand que ce don que le Christ fait de sa vie, parce qu’il nous aime, parce qu’il nous veut avec lui, pour toujours – tout notre chemin à la suite de Jésus, nous mène à ce sacrement. A lui qui est réellement présent dans le Pain et le Vin partagé, soyons réellement présent, de tout notre être, pour lui dire que nous l’aimons comme il nous aime. L’Alliance nouvelle que Jésus inaugure ce soir nous invite à l’action de grâce et à la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous. 

            Reste l’évangile qui nous dit un autre moment de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples, le lavement des pieds. Geste qui peut nous sembler étrange et dépassé, nos chaussures et nos routes goudronnées nous évitant la poussière du chemin. Il y a bien longtemps que nous n’accueillons plus nos hôtes en leur versant de l’eau sur les pieds pour les rafraîchir et nettoyer leurs pieds après une marche en sandales sur des chemins de terre. Comme pour le pain et le vin, Jésus donne un sens nouveau à ce geste ; le sens de l’amour gratuit, du service inconditionnel du prochain. Comme pour l’eucharistie, il nous dit : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. La charité n’est donc pas une option, un truc en plus à faire quand j’en ai le temps et/ou l’envie. La charité, c’est l’autre signe visible que nous sommes disciples du Christ qui s’est livré pour notre salut. L’eucharistie appelle la charité, en ce sens que nous recevons là le Christ vivant qui nous renvoie vers nos frères ; la charité prolonge l’eucharistie, en ce sens qu’elle transmet au monde par notre attention aux plus petits l’amour que le Christ nous porte. Coupée de l’eucharistie, la charité devient pur activisme sans lien avec l’amour premier, l’amour que Dieu porte à tous. Coupée de l’eucharistie, la charité se réduit à une simple solidarité, que je choisis de vivre ou pas. La charité n’est pas un choix, elle est un élan vital, une sortie de nous, poussée par l’eucharistie. 

            De Jésus à nous, l’Alliance nouvelle est invitation à l’action de grâce (c’est la traduction du mot Eucharistie) et à la charité. Le disciple de Jésus qui pense que parce qu’il va à la messe, il n’a pas besoin de s’occuper des pauvres a autant tort que celui qui pense que, parce qu’il s’occupe des pauvres, il n’a pas besoin d’aller à la messe. Au cours de la même nuit, au cours du même repas, Jésus nous a demander de faire les deux (eucharistie et charité) en mémoire de lui. C’est notre fidélité à Jésus qui se joue là ; c’est notre crédibilité de disciples de Jésus qui est challengé. Rencontrons Jésus là où il nous attend toujours : à sa table et auprès de ses frères. Amen.

mardi 13 février 2024

Mercredi des Cendres - 14 février 2024

 Profite de toi-même.



(https://www.paroissesbondypavillons.fr)



                Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, quand revient le temps du Carême, me revient aussi cette question : comment vais-je le vivre ? Et ressurgissent en ma mémoire les incessantes invitations à « faire » des efforts, toujours plus, jamais assez. Bref, le Carême risque de devenir ce temps décevant lors duquel je mesure que je ne suis pas à la hauteur de ce que Dieu attend de moi ; et surtout, il risque de devenir ce temps fatigant où la seule pensée d’un effort à faire me rend procrastinateur, remettant sans cesse au lendemain des choses que je ne ferai somme toute jamais. Attention, je ne dis pas que « faire » des efforts, ce n’est pas bien ; je dis juste que c’est mieux quand ce sont les autres qui les font. Envisager le Carême par ce bout d’efforts à faire, quand bien même il n’y en aurait qu’un, ce n’est pas pour moi ; et je ne pense pas être le seul à penser ainsi. Les efforts de Carême, c’est comme les résolutions du Nouvel An ; il suffit des les exprimer pour qu’aussitôt elles soient oubliées. Alors que faire ? Comment vivre ce carême ? 

            La recette est simple ; Jésus nous la rappelle dans l’Evangile : faire l’aumône, prier et jeûner. Oh, je vous vois venir : c’est bien d’efforts qu’il s’agit, non ? Ben tout dépend de comment vous envisagez ces trois choses. Si vous les envisagez du point de vue du bénéficiaire : l’autre qui est le pauvre avec qui l’on partage, le Tout-Autre que l’on prie, Dieu, et encore une fois les autres qui voient à votre air abattu que vous jeûnez, ce n’est pas réjouissant. Pour partager avec l’autre, nous devons nous débarrasser de ce que le jeûne nous aura fait économiser ; pour prier, nous devons trouver du temps dans une journée bien remplie. Souvent, rien que d’y penser, faire des choses pour les autres ou pour le Tout-Autre, nous voilà déjà bien fatigués. Aussi, je vous propose de vivre ce Carême pour vous, tout seul, personnellement. N’est-ce pas d’ailleurs ce que Jésus nous recommande lorsqu’il nous demande de faire tout cela (aumône, prière et jeûne) dans le secret ? La manière dont nous vivons notre Carême ne regarde pas les autres, mais nous, et nous seul. 

            Ainsi en est-il de l’aumône : certes notre don va profiter à quelqu’un, mais avant cela, il nous profite à nous, au regard que nous portons sur nous et non au regard que les autres portent sur nous. Nous n’avons pas à craindre que notre effort de charité ne soit pas à la hauteur des efforts d’un autre ou à la hauteur de ce que les autres attendent de nous en la matière. Agissons selon ce que notre cœur nous conseille ; si nous nous laissons guider par notre cœur et par l’amour de Dieu qui y réside, nous ne nous tromperons pas. Au contraire, nous retrouverons notre humanité et notre sens de la solidarité. Ainsi en est-il aussi de la prière. Comme le dit une Préface de l’Eglise (4ème préface commune) : Tu n’as pas besoin de notre louange… nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es. Que nous priions Dieu ou pas, Dieu est Dieu, Dieu reste Dieu. Mais poursuit cette même préface, nos chants nous font progresser vers le salut ; l’ancienne traduction du missel disait : ils nous rapprochent de toi ! Et n’est-ce pas là notre secret désir : être proche de Dieu, comme nous sommes proches de nos amis ? Prions Dieu pour découvrir en nous sa présence agissante, son amour sauveur, sa miséricorde. Ainsi en est-il du jeûne : privons-nous pour retrouver un équilibre, pour comprendre à nouveau que le bonheur d’être est plus important que le bonheur d’avoir. Vivons ce carême en communauté certes, mais pour nous d’abord, pour nous rendre compte que nous valons mieux et plus que ce que nous pouvons croire quelquefois ; pour nous d’abord, pour remettre un peu de cohérence dans notre vie entre ce que nous croyons profondément et ce que nous vivons parfois. Ne faisons pas d’efforts, mais redécouvrons-nous, tel que Dieu nous a voulus, tel que Dieu nous a faits, tel que Dieu nous invite à être. Retrouvons l’amour de nous pour grandir dans l’amour de Dieu et le service de nos frères. 

            A ceux qui pensent que cela est égoïste et tellement éloigné de ce qu’un carême doit être, je renvoie à ce conseil donné par Saint Bernard au pape Eugène III. Il lui écrit ceci : Tes occupations, je ne te demande pas de les rompre, mais simplement de les interrompre… Puisque tous les autres profitent de toi, profite donc toi aussi de toi-même. Pourquoi serais-tu le seul à être privé de cette faveur ? Rappelle-toi donc, je ne dis pas toujours, je ne dis même pas souvent, mais au moins de temps en temps, que tu te dois aussi à toi-même. Est-ce vraiment trop demander ? Avec moi, je vous invite à vivre ce carême comme un temps pour vous, pour redécouvrir ce que vous êtes aux yeux de Dieu : un homme ou une femme qu’il est venu sauver, personnellement. Cette découverte ne se fait pas sur la place publique, mais dans le secret, dans le secret de nos cœurs, là où Dieu nous parle, là où l’amour de Dieu nous transforme, là où la miséricorde de Dieu nous réconcilie avec Lui et avec nous. Entendons chacun le conseil de Saint Bernard pour nous : Vis ce carême, profite de toi-même ; est-ce vraiment trop demander ? Amen.

dimanche 9 juillet 2023

14ème dimanche du temps ordinaire A - 09 juillet 2023

 L'amour, toujours l'amour, seulement l'amour !




        Dimanche dernier, Paul expliquait aux chrétiens de Rome les effets immédiats du baptême, à savoir qu’il nous unit à la mort et à la résurrection de Jésus et que ce plongeon dans la mort et la résurrection du Christ nous amenait à vivre une vie nouvelle. Il poursuit aujourd’hui en insistant sur cette opposition entre la chair et l’Esprit Saint. 

            Ces catégories peuvent aujourd’hui nous échapper. Nous pourrions dire que Paul se situe dans la veine de l’enseignement de Jésus quand il disait à ses disciples qu’ils n’étaient pas du monde, le monde étant entendu comme cet espace où l’homme vit sans Dieu. Les disciples, qui ont fait le choix de suivre Jésus et de vivre selon son enseignement, n’appartiennent plus à ce monde sans Dieu, puisque Jésus est l’envoyé de Dieu sur terre pour ouvrir aux hommes le chemin du salut. Ils sont dès lors invités à vivre conformément à ce monde de Dieu que Jésus inaugure et qu’il rendrait accessible à tous par son sacrifice sur la croix. De même pour Paul, celui qui vit selon la chair, vit selon les passions humaines, alors que celui qui vit selon l’Esprit, vit selon l’Evangile du Christ. Vivre de l’Esprit, c’est donc vivre de cet Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. C’est vivre de la puissance de la résurrection. Pour être bien clair, être baptisé devient ainsi plus qu’un moment de notre vie, et même plus qu’un état. Être baptisé, c’est un art de vivre qu’il nous faut déployer ! C’est cet art de vivre qui traduira notre foi ; c’est cet art de vivre qui montrera aux hommes ce qui fait notre particularité, notre originalité. Paul l’affirme sans détours : par l’Esprit, tuez les agissements de l’homme pécheur. Cela peut sembler violent, mais y a-t-il une autre solution pour le croyant au Christ que de vivre selon l’Esprit du Christ ? 

            L’Esprit du Christ selon lequel il nous faut vivre ne nous est pas inconnu. Il y a bien sûr la charité envers tous, l’attention aux plus petits, le respect de toute vie, le combat de ce qui est mal et qui entraîne au mal. Nous pouvons alors relire l’évangile du jugement dernier du même évangéliste Matthieu qui nous fait bien entendre le Christ ressuscité revenant dans la gloire nous interroger : j’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, j’étais un étranger, j’étais malade, j’étais en prison : qu’as-tu fais pour moi, ou que n’as-tu pas fait pour moi ? Remarquons bien qu’il n’est pas ici question de prière, de messe du dimanche, de pèlerinage ou d’acte principalement religieux, mais uniquement d’actes humanitaires. Nous pourrions résumer toutes ces questions par cette unique question : as-tu aimé toutes les personnes que j’ai mises sur ton chemin et qui venaient vers toi en mon nom ? As-tu su me reconnaître en eux, moi qui suis devenu humain pour que tu puisses devenir Dieu ? 

            Nous pouvons maintenant entendre à nouveau Jésus parler du joug qu’il nous propose de porter, son joug. Ceux qui ont pu visiter l’écomusée par exemple, ou un corps de ferme qui a conservé les outils anciens, savent qu’un joug n’est jamais léger. Et pourtant dit Jésus, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. Comment peut-il affirmer cela ? Il le peut parce qu’il porte ce joug lui-même : c’est le joug de l’immense amour Dieu pour son peuple, amour que nous sommes invités à vivre et à partager en retour. L’amour n’est un fardeau trop lourd que pour les personnes qui se referment sur elles et qui refusent de voir en chacun quelqu’un à aimer. L’amour n’est lourd à porter qu’à ceux qui refusent d’aimer et de se laisser aimer. On pourrait en conclure que l’amour n’est lourd à porter que par ceux qui refusent d’accueillir l’Amour qui vient de Dieu. 

            L’enseignement du Christ et des plus grands saints de l’histoire de l’Eglise est constant et clair à ce sujet : un disciple du Christ ne saurait ne pas aimer, ne saurait ne pas aimer tous et chacun de ceux qui croisent sa vie. Il ne s’agit pas de les aimer tous d’un amour charnel, mais bien de cet amour qui nous vient de Dieu et qui ne fait pas de différence entre les personnes. Je ne peux donc me contenter de n’aimer que ceux qui m’aiment ; je ne peux me contenter de n’aimer que ceux que je choisis d’aimer. Être baptisé, être disciple du Christ, vivant sous l’emprise de l’Esprit Saint, entraine pour nous un art de vivre qui nous oblige à la charité envers tous. Et l’Esprit Saint nous est donné pour nous y aider et nous y entraîner. Accueillons cet Esprit Saint et laissons-le agir en nous pour que notre vie et notre amour soient à la hauteur de la vie et de l’amour du Christ pour nous. N’attendons pas d’être aimés par les autres pour les aimer en retour. En matière d’amour, nous devrions être les champions ! En matière d’amour, nous devrions être les premiers à aimer toujours, à cause de Jésus qui nous a tant aimés. Baptisés, ayons conscience qu’avec Jésus, c’est l’amour, toujours l’amour, seulement l’amour. Tout le reste n’est que de la littérature. Amen.

samedi 12 novembre 2022

33ème dimanche ordinaire C - 13 novembre 2022

 Appel à la confiance.




Il y aura des signes dans le ciel.
Tableau d'Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham



                Nous sentons que nous approchons de la fin de l’année liturgique. Les textes se font sombres ; le jugement est annoncé. Et pourtant, il y a en même temps comme une douce musique qui nous invite à la confiance et à l’espérance. Le jour du jugement arrive, mais avec lui vient aussi le Messie, le Sauveur, celui qui a offert sa vie sur la croix pour notre salut. 

            Entendons le prophète Malachie et son annonce du jour du Seigneur. Nous comprenons, sans difficulté, qu’un tri sera (enfin) opéré entre ceux qui commettent l’impiété et ceux qui craignent le nom de Dieu, les premiers réduits à l’impuissance, les fidèles accueillant la justice de Dieu. Comprenons bien aussi la notion de crainte du nom de Dieu ; elle n’a rien avoir avec la peur maladive de Dieu, mais avec le respect qui lui est dû par amour. Ceux qui aiment Dieu n’ont rien à craindre du jugement de Dieu. C’est une certitude qui doit nous habiter et ne jamais nous quitter. 

            Entendons aussi l’enseignement de Jésus que Luc nous rapporte dans l’Evangile proclamé en ce dimanche. S’il parle de prophètes de malheur, de catastrophes à venir, de persécutions, il invite malgré tout à garder confiance. Le disciple du Christ ne se laissera pas égarer par ceux qui annoncent la fin du monde : souvenons-nous que lui-même a dit ignorer quand ce jour viendra. Seul Dieu, son Père, le sait ! Le disciple du Christ ne se laissera pas davantage effrayer par les phénomènes naturels qui pourraient survenir, pas plus que par les persécutions dont il pourrait faire l’objet à cause du nom de Jésus. Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Le nom de Jésus, à cause duquel le disciple véritable sera persécuté voire mis à mort, est plus puissant que tout ce qui peut s’abattre sur nous. Au-delà d’un réconfort donné par avance, Jésus nous invite à la persévérance. Sachons en qui nous avons mis notre confiance ! N’oublions pas le mystère de la croix qui nous vaut notre salut. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons les yeux fixés sur Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre vie. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons le cœur ancré dans sa Parole. 

Nous ne pouvons pas éviter le jugement ; il fait partie des affirmations de notre foi : il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin. Mais nous pouvons nous préparer à ce jugement par une vie conforme au projet de Dieu pour nous. C’est une vie façonnée par la foi, l’espérance et la charité. Puisque tout nous a été donné, usons-en, abusons-en, et le jugement sera pour nous la reconnaissance du bien que nous avons essayé de faire, de la foi que nous avons proclamée et de l’espérance qui nous a fait tenir bon. Chrétiens, nous savons en qui nous avons mis notre confiance ; de quoi, de qui aurions-nous peur ? Paul l’a écrit dans sa lettre aux Romains : J’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur (Rm 8, 38-39). Rien, sauf nous-même. Gardons les yeux fixés sur le Christ, les pieds solidement sur terre, et vivons, avançons à la rencontre de Celui qui vient accomplir notre espérance. Amen.

samedi 24 septembre 2022

26ème dimanche ordinaire C - 25 septembre 2022

 Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle !



(Herrade de Landberg, Parabole du riche et du pauvre Lazare, Hortus deliciarum)





            Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle. Vous auriez tort de croire que, parce que Paul s’adresse ainsi à Timothée, son ami exerçant la charge d’épiscope dans sa communauté, que l’appel qu’il lui adresse ne vous concerne pas. Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas ordonnés que vous n’êtes pas hommes et femmes de Dieu. Le combat de la foi est notre lot à tous, notre baptême en est le premier acte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Nous avons tous fait l’expérience de ce combat à mener. C’est d’abord le combat pour rester fidèles à notre foi dans un monde qui perd la tête. Ce combat nous fait rechercher la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Ce ne sont pas des mots que Paul aligne, c’est un art de vivre qu’il indique. Aucun disciple du Christ ne peut faire l’économie de la justice, de la piété, de la foi, de la charité, de la persévérance et de la douceur. Aucun homme se réclamant d’une foi quelconque ne peut faire cette économie. L’évangile nous le rappelle cruellement. L’homme riche, sans nom, n’est pas condamné parce qu’il était riche, ni parce qu’il faisait la fête, mais bien parce qu’il n’a pas fait preuve de charité, de justice et de douceur envers le pauvre Lazare. Il ne l’a pas vu ou il n’a pas voulu le voir, qu’importe ! Il a péché par omission. Il aurait pu faire le bien et il ne l’a pas fait alors même que ce bien à faire était à sa portée : Lazare était là devant sa porte ; il aurait pu lui partager un peu de cette nourriture offerte à ses amis lors des festins somptueux qu’il donnait chaque jour. Mais non, il a ignoré ce pauvre, il a oublié la charité, il a oublié la justice. Il n’a pas mené le bon combat ; sa foi n’a pas transformé sa vie ; sa foi n’a pas ouvert sa vie aux autres, à ceux qui avaient moins de chance que lui. Il est resté avec les siens, ignorant la misère pourtant là, devant sa porte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Il n’y a pas un domaine de notre vie qui échappe à ce combat. Que ce soit en famille, à l’école, au travail, dans nos loisirs ou dans nos engagements sociaux ou politiques, ce combat de la foi est à mener, même en terre laïque. Agir selon notre foi, c'est à dire agir bien, dans le respect de tous, pour que tous puissent vivre mieux, ne portera aucun tort à la République, bien au contraire ! Elle l’aidera à ne pas se fourvoyer sur des chemins contraires à la dignité humaine, depuis le début de la vie jusqu’à sa fin. Si notre foi ne transforme pas notre vie, si notre foi n’éclaire pas nos choix, à quoi sert-elle ? Pourquoi proclamons-nous dimanche après dimanche notre foi, si c’est pour l’oublier sitôt sortis de l’église ? En proclamant notre foi, nous disons croire en un Dieu qui a pris le parti de tout homme, particulièrement des plus petits, des plus faibles, et nous nous engageons à vivre ce parti pris pour le faible en toute chose. Dans une école catholique, on parlera, à la suite de l’enseignement du Concile Vatican II de climat évangélique à vivre. Mais ce climat n’est pas l’apanage seulement de l’école. En toute circonstance, un croyant chrétien doit faire rayonner l’évangile. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est la citation complète de Paul. Il nous rappelle ainsi ce qui est en jeu et que l’évangile nous rappelle maintenant depuis quelques dimanches. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toute éternité ; et cette éternité se prépare ici-bas, dès maintenant. N’attendons pas d’être au seuil de la mort pour nous convertir. Emparons-nous de la vie éternelle dès maintenant ; ayons ce désir de vivre avec Dieu, pour toujours, chevillé au cœur. Un acte charitable suffisait à cet inconnu riche pour se retrouver avec Lazare dans le sein d’Abraham ! Nous savons que nous ne sommes pas parfaits ; mais l’Eglise nous enseigne depuis longtemps que la charité dont nous ferons preuve couvrira une multitude de péchés. C’est encore mieux que la confession, parce que cela nous fait du bien à nous et aux autres. Qu’y a-t-il de plus beau que de faire du bien autour de nous ? Qu’y a-t-il de plus beau que de rendre notre monde meilleur pour tous ? Je ne vois pas. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! Que cet appel de Paul devienne le moteur de notre vie et de notre charité. Emparons-nous de la vie éternelle, non pour la garder jalousement pour nous, mais pour la partager largement. Rendre Dieu visible par notre art de vivre et permettre ainsi à d’autres de l’approcher et de vivre de lui, voilà assurément l’acte de charité, de piété et de foi par excellence. Ne boudons pas notre plaisir, ne boudons pas la vie éternelle ! Amen.

samedi 20 août 2022

21ème dimanche ordinaire C - 21 août 2022

Entrer par la porte étroite.






            Je voudrais d’emblée rassurer celles et ceux qui ont des formes généreuses et des rondeurs assumées : l’Evangile de ce dimanche ne nous pousse pas à la grossophobie (discriminer les gros). Il n’est pas davantage une invitation à nous « photoshoper » pour que nous puissions entrer par la porte étroite.  Ce serait faire une interprétation trop moderne que de dire qu’il suffit de retoucher quelques photos et de perdre nos kilos en trop pour faire partie des gens qui seront sauvés. Le Royaume de Dieu n’est pas un refuge de mannequins et autres personnes à taille de guêpes. Ce qui est visé, ce n’est pas notre tour de taille. Soyons donc rassurés si notre IMC ne correspond pas tout à fait aux canons de beauté de certains milieux. Il nous reste alors à bien comprendre cette page pour opérer les changements nécessaires et ne pas nous retrouver devant porte close. 

            La première chose que je remarque en lisant attentivement, c’est qu’il faut déjà entrer à temps dans la salle du banquet, et peut-être ne pas juste attendre le dernier moment. Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes’. Cela me semble clair : il y a ceux qui sont déjà dedans et ceux qui sont restés au-dehors. N’attendons pas le dernier moment pour entrer dans la salle du banquet. Cela signifie que, dès maintenant, nous avons à vivre comme si nous étions déjà dans le Royaume. Je l’ai déjà souvent dit : il y a un art de vivre chrétien à développer, sans attendre. Et il comprend plus que la participation à la messe et la lecture de la Bible. Ecoutez bien ce que dit le maître de maison : Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ Lire la Bible (écouter l’enseignement du Maître), aller à la messe (manger et boire avec lui) sont des choses bonnes, à faire. Mais elles ne doivent pas nous détourner de l’essentiel : combattre l’injustice et nous faire pratiquer le bien. Tel devrait être notre art de vivre ! Si régime nous devons faire, ce n'est pas pour perdre quelques kilos en trop, mais pour perdre le goût de ce qui est injuste. Je pourrais citer quantité de textes qui nous redisent que l’amour de Dieu et l’amour du frère sont à tenir ensemble parce que c’est un seul et même amour. Seul un cœur dilaté par l’amour de Dieu et l’amour du prochain passera la porte étroite. Seul un grand cœur sait passer la porte étroite. Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes, à les lire, nous renverront toujours aux exigences de la justice et de la charité. Et le Christ Sauveur n’a jamais fait ou dit autre chose non plus, si certains pensaient encore que l’A.T. est dépassé. Jésus a même poussé la charité jusqu’à s’offrir sur la croix et à nous redire, la veille de sa mort, que nous avons à nous laver les pieds les uns les autres, autrement dit à nous servir les uns les autres. 

            Une seconde chose à remarquer, et qui renforce ce que je viens de dire, c’est que la salle du banquet, une fois rejetés ceux qui auraient dû y avoir accès parce qu’ils étaient du bon peuple, de la bonne foi, sera remplie par une foule venant de l’orient et de l’occident, du nord et du midi. Nous voyons bien là que ce n’est pas l’appartenance au peuple que Dieu s’est choisi qui conditionne l’entrée dans le royaume de Dieu, mais bien la pratique de la justice. Il y a des non croyants, des croyants autrement, qui pratiquent la justice et qui seront donc sauvés. J’espère chaque jour faire partie de ceux qui pratiquent le bien et la charité, à cause de ma foi en Christ. Mais je sais aussi que j’ai rencontré nombre de personnes non croyantes voire athées, qui m’ont édifié par leur qualité de vie et leur art de la justice et de l’accueil de tous. Notre baptême n’est pas une médaille, mais une chance de pouvoir connaître mieux et de vivre mieux la volonté de Dieu. Ne faisons pas de notre appartenance au Christ un motif d’orgueil, ni un instrument de pouvoir. Au contraire, notre baptême nous oblige à la charité ; notre baptême nous oblige à la justice, toujours et en toute chose. Ecoutons à nouveau la prière qui a ouvert notre eucharistie : Seigneur Dieu, toi qui unis les cœurs des fidèles dans une seule volonté – comprenons bien que c’est Dieu qui unit ses fidèles (les baptisés) dans une seule volonté – donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et de désirer ce que tu promets – ce que Dieu commande, c’est l’amour et la justice, ce qu’il promet, c’est la vie éternelle – pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joie – les vraies joies sont justement la charité et la justice qui rendent la vie humaine plus belle, et ce quelle que soit l’époque ; le monde a beau changer, charité et justice demeurent, toujours. Il n’y a pas de joie là où il n’y a pas d’amour ; il n’y a pas de joie là où il n’y a pas de justice. 

            Si d’aventure nous étions inquiets à l’écoute de l’évangile, pensant que la porte du royaume de Dieu serait trop étroite pour nous, nous voilà rassurés, je l’espère. En nous montrant comment aimer, en étant maître de justice, le Christ nous a montré le chemin à suivre et nous a donné les clés pour passer cette porte étroite. Ne boudons pas notre plaisir d’aimer ; ne boudons pas le plaisir qu’il y a à être juste aux yeux de Dieu. Quand bien même les hommes ne nous rendraient ni amour, ni justice en retour, ne renonçons pas à les pratiquer. Dieu saura nous récompenser : il est l’Amour véritable, il est le Juste par excellence. Déjà il nous prépare une place auprès de lui. Trouvons ici notre consolation et le courage d’aimer et d’être juste toujours et encore. Amen. 

samedi 6 août 2022

19ème dimanche ordinaire C - 07 août 2022

 Pas de vacances pour la charité !



Christ Pantocrator, 



Est-ce que Dieu serait contre les vacances ? Ou est-ce juste un mauvais calcul des liturgistes qui ont eu à mener la réforme du lectionnaire qui nous vaut, en plein mois d’août, d’entendre cette parole de Jésus : Restez en tenue de service ? L’homme n’aurait-il pas droit au repos quand bien même Dieu s’est reposé le septième jour, au terme de toute son œuvre de création ? Ou alors Jésus vise-t-il autre chose avec cette parole qu’il nous adresse aujourd’hui ? Pour bien comprendre, sans doute faut-il interroger Luc qui regroupe en un texte dense diverses paroles de Jésus, comme s’il avait eu peur d’en oublier une au moment de rédiger son évangile. 

En comparant diverses traductions de l’Evangile de Luc (Bible de Jérusalem, TOB, Crampon) et en consultant même mon vieux NT en version grecque, je constate que les liturgistes ont fait le choix de commencer notre passage par un verset qui clôt une section sur la confiance en la Providence dans les ouvrages mentionnés. Et ce n’est pas sans conséquence sur la manière d’entendre et de comprendre la suite, à savoir : Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. C’est comme si les liturgistes voulaient nous rappeler que ce qui est premier, c’est la confiance en Dieu : Sois sans crainte petit troupeau : car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Il faut bien entendre Jésus. Le Royaume est déjà donné, il est déjà à nous. Une fois ceci posé et compris, nous pouvons faire acte d’abandon de nos richesses, car avec le Royaume nous avons déjà tout. Enlevez ce verset sur la confiance, et le Vendez ce que vous possédez devient rude et inaudible, comme tout le reste qui suit d’ailleurs. C’est parce que nous avons déjà tout reçu que nous pouvons tout donnez ; c’est parce que nous avons déjà le Royaume que nous devons rester en tenue de service. Parce que dans le Royaume, il n’y a plus de gens riches et pauvres, il n’y a plus de chefs et de servants ; dans le Royaume, il n’y a que des frères et des sœurs à aimer. Et si dans le Royaume, Dieu lui-même sert ceux qui sont réunis, comment ne pas servir à notre tour, à ses côtés ? 

Cela dit, objecteront certains, nous possédons peut-être déjà le Royaume, mais nous sommes encore loin d’y être. Les événements qui agitent notre monde à l’Est de l’Europe, en Chine, en Terre Sainte, sont loin d’être des manifestations du Royaume de Dieu établi sur terre ! J’en conviens, et il faudrait être fou ou complètement hors sol, hors de la réalité pour ne pas en convenir. Est-ce une raison pour ne pas tenir notre place ? Est-ce une raison pour renoncer au Royaume ? N’est-ce pas plutôt une raison supplémentaire pour travailler à la réalisation de ce Royaume ici-bas ? C’est à nous, croyants, de poursuivre ici et maintenant l’œuvre d’amour et de salut du Christ. C’est à nous, croyants, de rendre visible ici et maintenant, ce Royaume que nous possédons déjà et dont nous espérons la réalité. Si je ne fais rien qui soit de l’ordre de ce Royaume, puis-je espérer continuer à le posséder ? Ecoutez encore Jésus : Que dire de l’intendant fidèle et censé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Nous sommes dans ce temps d’attente du retour du Christ ; il nous a confié le monde ; il nous a confié nos frères et sœurs en humanité. Pouvons-nous ne pas en prendre soin en son nom ? Pouvons-nous dire que c’est l’été, nous avons bien le droit à un peu de repos ; les frères et sœurs en humanité attendront que je rentre de vacances ?  

Rester en tenue de service, c’est nous rappeler que si nos corps ont besoin de vacances, la charité elle, n’en prend jamais, de vacances. Peut-être faut-il même que nous redoublions de vigilance durant ce temps de relâchement pour que nous ne considérions pas comme nos propres serviteurs celles et ceux qui travaillent pendant que nous nous reposons. Peut-être nous faut-il redoubler de vigilance durant nos vacances pour ne pas maltraiter ceux et celles qui nous permettent de nous reposer et de ne rien faire durant quelques jours. Les journaux nous rappellent régulièrement durant l’été, les conditions de travail et de vie difficiles des saisonniers. Un sourire, un mot gentil, une attention à ceux et celles qui sont à notre service, ce n’est pas grand-chose, mais c’est beaucoup pour eux. Ceux et celles d’entre vous qui ont travaillé au service des autres lors d’un job d’été le savent bien. Et je ne parle pas, en ces temps de canicule, des difficultés que rencontrent les petits, les pauvres et les plus fragiles d’entre nous… 

Ce qui est en cause, ce n’est donc ni le temps des vacances, ni aucun autre temps de notre vie. Ce qui est en cause, c’est notre manière de vivre notre temps, notre manière de vivre nos relations aux autres, et particulièrement à tous les petits. Que notre été déjà surchauffé en température ne devienne pas en plus pour certains un enfer relationnel. Soyons vigilants, et restons en tenue de service : le Royaume nous a déjà été donné gratuitement ; faisons le choix d’y rester et d’y vivre, dès maintenant, avec les frères et sœurs en humanité que Dieu met sur notre route. Amen.

samedi 21 novembre 2020

34ème dimanche A - Christ, Roi de l'univers - 22 novembre 2020

 Ainsi, Dieu sera tout en tous.





(Sieger Köder, Illustration de l'évangile de ce dimanche)



        Avec cette solennité du Christ, Roi de l’univers, nous arrivons au dernier dimanche de l’année liturgique. Un dimanche qui récapitule notre foi, redit notre espérance et ravive notre charité. Il me semble bien que le dernier verset de la seconde lecture entendue en donne le sens profond quand il affirme : ainsi, Dieu sera tout en tous. Comment cela va-t-il se faire ? Par une heureuse articulation de l’œuvre du Père, de l’œuvre du Fils et de l’œuvre des hommes. 

            S’il y a une certitude qui doit nous habiter, c’est que le règne de Dieu ne se fait pas par décret, parce Dieu ne s’impose pas. Il aurait pu décider, Dieu, de s’imposer à ce monde qu’il a fait. Il pourrait y remettre bon ordre. Mais il préfère compter sur nous, il préfère se frayer un chemin vers nous et entrer en alliance avec nous. Le règne de Dieu n’est pas un règne brutal, mais un règne d’amour. L’œuvre de Dieu, c’est de veiller sur nous comme un berger veille sur les brebis de son troupeau. Le prophète Ezéchiel l’affirme avec force : Dieu veillera sur chacun. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je ma ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Dieu donne à chacun ce qu’il lui faut, selon sa condition, pour que chacun se sente dans la main du Père. Chacun trouve auprès de lui ce qui lui est nécessaire. Ainsi est redite notre espérance : nous sommes faits pour vivre avec Dieu, et un jour nous vivrons pleinement en Lui. Pour réaliser son œuvre sans s’imposer, le Père a envoyé son Fils unique dans le monde qui s’était égaré loin de lui, pour lui proposer le chemin vers le Salut. 

            C’est là l’œuvre du Fils unique, Jésus Christ, que nous confessons comme Christ et Sauveur. Paul nous l’a redit dans la première lettre aux Corinthiens. Le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie. Toute l’histoire de Jésus Christ, que nous avons méditée durant cette année avec l’évangéliste Matthieu, trouve son sens dans le sacrifice qu’il a fait de lui-même sur la croix pour nous obtenir notre vie, pour nous libérer de notre péché. Jésus n’est pas venu pour lui ; il est venu pour nous, pour nous sauver. Sa vie n’a pas de sens si elle ne conduit pas à notre Salut ; sa vie n’a pas de sens si elle n’achève l’œuvre commencée par le Père. Il récapitule notre foi, en prenant à son compte tout ce qui a été écrit par cette Alliance voulue par Dieu avec les hommes et il l’accomplit parfaitement en donnant sa vie pour nous. En Jésus, vrai homme et vrai Dieu, il n’y a plus l’ombre d’un espace entre Dieu et les hommes : Dieu et l’homme sont unis en Jésus. Le règne de Dieu, il l’établit par sa victoire sur la mort, devenant ainsi le Roi de l’univers qu’il remet sous le pouvoir du Père. En se livrant à la mort, il nous délivre d’elle et nous livre à la vie éternelle que Dieu veut pour nous. 

            De la conjugaison de l’œuvre du Père et du Fils, ne croyons pas que nous en soyons les jouets. Nous avons notre part à tenir, car nous devons consentir à ce Salut que Dieu nous offre. Si Dieu a choisi de ne pas s’imposer aux hommes ici-bas, il choisit aussi de ne pas lui imposer l’éternité avec Lui. L’homme consent au Salut en reconnaissant l’œuvre de Dieu. Le psalmiste le fait avec reconnaissance quand il chante : le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer. L’homme peut-il dire mieux que cela que Dieu veille sur lui ? Chaque ligne du psaume 22 est une reconnaissance de l’œuvre de Dieu en faveur de celui qui les proclame. L’homme consent aussi au Salut en accueillant dans sa vie la vie et le message du Christ qui s’est livré. Il reconnaît l’amour dont il bénéficie et le partage. La page d’Evangile proclamée ravive notre charité en avertissant que ce que nous faisons à l’un de ces plus petits [des frères du Christ, c’est à Lui] que nous l’avons fait… ou pas. Et ceci s’adresse à tout homme, qu’il ait connu le Christ ou non. L’amour devient ainsi le premier critère de l’acceptation de l’œuvre de Dieu en nous. L’amour devient ainsi le premier critère de notre acceptation auprès de Dieu. L’amour devient ainsi le premier critère de vérification de notre foi. Chrétiens, ayant connu l’immense amour du Christ pour nous, nous ne pouvons pas vivre sans amour sur cette terre. Si d’aventure ne le faisions, nous nous couperions de nous-mêmes de l’Amour éternel du Père pour nous, dès maintenant et pour toujours. L’Esprit Saint, présence de Dieu au cœur de notre vie, nous apprend à consentir ainsi à l’œuvre du Père et du Fils, et à tenir notre part dans l’œuvre de notre Salut. Parce que Dieu ne nous sauvera pas malgré nous ! 

            Nous pouvons comprendre mieux maintenant cette affirmation de Paul : Dieu sera tout en tous. Nous comprenons mieux aussi que la réalisation de ce projet d’amour ne se fera pas sans nous. Certes, il est vrai que le Salut vient du Christ, envoyé par le Père. Mais si je ne consens pas à être sauvé, aucune force divine ne pourra m’y contraindre. Reconnaissons la royauté du Christ sur l’univers ; acceptons sa royauté sur notre vie. Entrons dans son amour pour entrer dans le Royaume où Dieu nous attend. Nous serons alors tout en lui et il sera tout en nous. Pour toujours. Amen.

samedi 17 octobre 2020

29ème dimanche ordinaire A - 18 octobre 2020

 La vie d'un chrétien.





Il y a des clins d’œil de Dieu que l’on ne peut ignorer. Nous célébrons aujourd’hui la clôture de la semaine missionnaire, semaine de prière pour celles et ceux qui, aux quatre coins du globe, sont appelés à répandre la Bonne Nouvelle afin que le monde croie ! Et c’est en ce dernier jour que nous commençons justement la lecture du plus ancien écrit chrétien, la lettre aux Thessaloniciens. L’apôtre y parle, dès sa salutation, de la manière dont doivent vivre les croyants au Christ. Quatre attitudes sont soulignées.

 En premier lieu, avoir une foi active. On peut être surpris de la juxtaposition du mot foi et de l’adjectif active. La foi aurait donc quelque chose à faire ? La foi nous mettrait donc en mouvement ? A ceux qui croyaient que la foi se réfléchissait d’abord (ou seulement), Paul rappelle qu’elle est un principe de vie. N’est-ce pas, la foi, ce n’est pas d’abord quelque formule obscure à répéter, c’est aussi et surtout un art de vivre. Personne ne peut avoir la foi s’il n’en vit pas. Une foi active, ce serait alors une foi qui se réfléchit, s’approfondit, pour un meilleur service de l’Eglise et des frères. Saint Matthieu nous le rappellera en la fête du Christ Roi : ce sont aussi nos actes qui nous jugeront lorsque le Fils de Dieu reviendra ! J’avais faim, soif, j’étais malade, en prison, … qu’as-tu fais pour moi ? Ce n’est qu’en accueillant sans cesse la Parole de Dieu au cœur de notre vie, que nous pouvons découvrir ce que Dieu attend de nous et essayer de le réaliser. Une foi active, ce n’est pas s’occuper à ne rien faire, mais bien se mettre à l’écoute de Dieu, et l’ayant écouté, se mettre au service des frères. 

Peut-être est-ce pour cela qu’en deuxième lieu, Paul rappelle qu’un croyant au Christ doit avoir une charité qui se donne de la peine. Un amour passionné des autres qui met l’autre en premier, en tout cas avant moi. Un amour attentif et créatif pour trouver sans cesse comment, avec d’autres, soulager la misère humaine. Un amour attentif à l’autre qui m’oblige au respect de chacun, même s’il n’est pas comme moi, même s’il ne croit pas comme moi. Notre foi se vérifie dans les actes que nous posons tout au long de notre vie. Si nous croyons au Christ Sauveur, nous ne pouvons pas vivre comme les autres qui n’y croient pas. Nous ne pouvons pas nous détourner des autres sous prétexte que nous avons nos propres problèmes ; nous ne pouvons pas exiger que nos prêtres travaillent d’abord chez nous avant d’aller vers ceux et celles qui sont loin. Nous ne pouvons pas exiger de vivre notre foi et notre vie de communauté sans nous soucier de la communauté qui est juste à côté, dans le prochain village. 

En troisième lieu, Paul parle de la dernière des vertus théologales : l’espérance qui doit tenir bon dans le Seigneur. Notre foi et notre charité sont orientées par notre espérance. Même si nous n’en avons pas toujours conscience : nous ne croyons pas en vain et nous n’agissons pas en vain. Nous sommes orientés vers la fin des temps, vers le retour glorieux du Christ, vainqueur du mal et de la mort. Nous ne pouvons pas oublier l’espérance, sous peine de transformer notre foi en vague théorie humaniste et notre charité en activisme stérile. L’espérance nous rappelle en qui nous croyons et pourquoi nous vivons en conformité avec cette foi : parce que le Christ a offert sa vie pour que le monde soit meilleur, et que nous voulons aider, à notre manière, à établir son règne au milieu de nous. Paul est heureux de constater qu’il en est ainsi pour la jeune communauté de Thessalonique et il en rend grâce à Dieu. 

La dernière attitude du croyant que Paul souligne est la suivante : Vous avez été choisis par Dieu. Une affirmation en guise de rappel. Ne l’oubliez pas ! Votre foi, qui entraîne votre agir et fonde votre espérance, est d’abord un don de Dieu que vous avez accueilli, un appel auquel vous avez répondu ! Il n’y a pas à s’enorgueillir d’être croyant : cela nous est offert par Dieu ! Il n’y a pas à s’enorgueillir du bien que nous faisons : cela nous est offert par Dieu ! Il n’y a pas à s’enorgueillir d’avoir une espérance alors que tant d’autres désespèrent : cela nous est offert par Dieu ! « C’est cet appel de Dieu, ce don gracieux qui a permis aux Thessaloniciens d’accueillir la Parole comme parole de Dieu, dans toute sa plénitude. C’est elle qui, à présent, se déploie en eux et les dynamise ». 

Baptisés, nous sommes appelés par Dieu à vivre selon sa Parole. Ouvrons nos cœurs à son appel et vivons selon ce que nous aurons entendu et discerné : nous parviendrons ainsi au Royaume où Dieu nous attend. Amen.


samedi 9 mars 2019

01er dimanche de carême C - 10 mars 2019

Un Carême pour quoi ?





Si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Nous en sommes à peine au premier dimanche du temps de carême que déjà la liturgie nous met en face de ce qui se prépare. Le chemin commence à peine qu’elle nous donne le terme de la route, le but de cette marche au désert : la mort et la résurrection du Christ, et par-delà notre propre salut ! Alors pourquoi devrions-nous nous fatiguer ? D’ailleurs, n’est-ce pas chaque année la même chose ? Le carême de cette année n’est-il pas le même que celui de l’an passé : quarante jours finalement à attendre Pâques ? Quarante jours, c’est tout !

Nous pouvons voir les choses ainsi : quelques semaines d’efforts à faire, qui, si nous ne les faisons pas, ne changeront pas grand-chose. Nous pouvons vivre effectivement ce temps de carême comme n’importe quel temps liturgique : nous allons à la messe le dimanche, nous prions sans doute un peu en semaine. Peut-être mangerons-nous moins de viande ! Après tout, c’est la tradition de faire maigre pendant le carême à cette période de l’année ! Vivrons-nous mieux ? Croirons-nous mieux ? J’en doute. 

Nous pouvons aussi choisir de vivre ce temps avec le Christ. Nous pouvons décider de partir au désert pour le rejoindre. Il nous y attend. Bien sûr, nous n’allons pas aller au bout du monde, ni nous retirer sous les palmiers, dans un océan de sable. Mais nous pouvons faire un voyage intérieur. Nos cœurs ne sont-ils pas quelquefois des déserts arides où rien ne pousse ? Nous pouvons choisir de nous retirer au plus profond de nous, pour mieux nous retrouver, pour mieux rencontrer Dieu, pour mieux y redécouvrir nos frères. Mais ça va changer quoi ?

D’abord, le fait de regarder longuement notre vie, et la relire à la lumière de la Parole de Dieu, permettra de nous retrouver. N’y a-t-il pas des jours où nous pouvons avoir l’impression que l’image que nous renvoie notre miroir n’est pas la nôtre ? Plonger au cœur de notre vie permet de vérifier tout ce dont il faut nous séparer, tout ce qu’il nous faut retrouver. C’est nous donner la chance de renaître, débarrassé de ce qui effraie, enrichi de ce qui fait vraiment vivre. L’homme ne vit pas seulement de pain, nous dit Jésus aujourd’hui. Il y a, en nous, depuis notre baptême, une force de vie que nous n’exploitons pas assez, que nous ignorons souvent. Nous retirer dans notre désert intérieur et nous laisser tenailler par la faim et la soif d’absolu, nous permettra de faire jaillir en nous la source de vie de notre baptême. Mercredi, la liturgie appelait cela : savoir jeûner, autrement dit savoir se détacher de ce qui est superflu pour retrouver le goût de l’essentiel.

Ensuite, le fait de regarder longuement notre vie, d’y découvrir une soif de vivre que nous croyions perdue, nous rapprochera des autres. Car eux-aussi ont soif de vivre ! Eux aussi ont faim d’absolu ! Et nous nous rendons compte que notre désert n’est pas si vide que cela. Il y a du monde qui n’attend que nous. Il y a du monde qui a besoin de nous. Nous avons, chacun, le pouvoir de les aider. Mais comment ? C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte, nous dit Jésus aujourd’hui. Et voilà que notre pouvoir d’aider se transforme en devoir : le devoir de la charité, culte authentique adressé à Dieu par le service du prochain comme en témoignent tant de prophètes. Les autres ne sont pas là pour que nous nous servions d’eux, ou qu’eux se servent de nous, mais pour qu’ensemble nous avancions sur la route que le Christ nous a ouverte. Cette route s’appelle service, attention aux autres, respect. Il y a du bonheur à se mettre volontairement au service des autres. Mercredi, la liturgie appelait cela : faire l’aumône, être charitable. Savoir s’ouvrir aux autres, s’intéresser positivement à eux pour vivre et grandir avec eux.

Enfin, le fait de regarder longuement notre vie, d’y découvrir tous ceux qui la peuplent, nous permettra de rencontrer le Tout Autre, celui qui nous a justement invités à entrer en nous. Il est là, depuis le début, depuis toujours, et il nous attend. Il est à la fois la source qui fait vivre et une part de tous ceux que nous rencontrons. Il est notre familier, notre intime. Il est celui que nous cherchons, sans toujours le savoir. Il est celui qui nous offre sa vie, celui qui nous libère de tout ce qui nous enchaîne, de tout ce qui nous oppresse. Il est celui qui veille sur nous : nous n’avons qu’un mot à dire. Je le défends, car il connaît mon nom, nous dit le psaume de ce jour. Mais il faut que nous en ayons vraiment besoin, que nous reconnaissions notre désir et notre besoin d’être sauvé. Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu, nous dit Jésus aujourd’hui. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas crier vers lui, lorsque nous sommes dans le besoin, au contraire ! Il nous dit simplement de ne pas tenter d’arracher à Dieu une aide qu’il ne peut nous donner. Son désir, c’est de nous sauver ; pas de jouer au magicien. La vraie prière, ce n’est pas celle qui soumet Dieu à nos caprices ; c’est celle qui change notre cœur, qui nous transforme de l’intérieur, qui nous met en présence de Dieu. Mercredi, la liturgie appelait cela : prier le Père qui est présent dans le secret. Savoir entrer en relation intime et vraie avec celui qui nous donne la vie, sans cesse. 

Ce n’est peut-être pas un hasard si, à quatre jours d’intervalle, la liturgie nous propose de manières différentes, ces trois chemins de perfection : le jeûne, la charité et la prière. Nous sommes provoqués à emprunter ces chemins durant ce temps que nous avons ouvert mercredi. Ils nous sont proposés comme un moyen d’unifier notre vie pour avancer mieux et plus librement vers le matin de la Pâque. Comment pourrions-nous passer la croix si nous restions pleins de nous, coupés des autres, coupés de Dieu ? Comment pourrions-nous croire du fond du cœur en ce Ressuscité qui nous sauve, si nous refusons aujourd’hui de le rejoindre au cœur de nos déserts où déjà il nous attend pour libérer nos vies ? Amen.