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jeudi 24 décembre 2020

Noël - 25 décembre 2020

 Fais comme Dieu, deviens humain !



(Tableau d'Arcabas, Source internet)



Après quatre dimanches de préparation, voici donc le temps de Noël que nous inaugurons (nous avons inauguré[1]) cette nuit. Les quatre messes de Noël, dont les formulaires sont utilisés en fonction de l’heure à laquelle la communauté célèbre, nous font entendre quantité de textes bibliques différents. Je ne peux que vous encourager à prendre le temps de les lire tous durant ces jours. Ils éclairent ce mystère de Noël chacun à leur manière. 

Si nous ne prenons que les évangiles par exemple, nous lirons (avons lu), dans l’ordre des messes de cette solennité, la généalogie de Jésus telle que l’a établie Matthieu (première messe de Noël) nous rappelant la grande famille de ses ancêtres, de nos ancêtres dans la foi et indiquant par-là que Jésus s’inscrit bien dans ce peuple de l’Alliance que Dieu rassemble depuis qu’il a appelé Abraham ; la naissance de Jésus bien sûr (messe de minuit) telle que la rapporte saint Luc dans son Evangile, avec ce côté merveilleux qui nous met relation presque instantanément avec la puissance de Dieu, tout en soulignant le contraste entre Dieu qui vient dans le monde alors même que les hommes ne sont pas prêts à le recevoir ; la visite des bergers à la crèche selon Luc (messe de l’aurore) avec le témoignage qu’ils rendent au sujet de cet Enfant et leur louange à Dieu ; et enfin le prologue de l’Evangile de Jean (messe du jour) qui nous fait sortir du merveilleux pour nous plonger dans une vue plus théologique. Ce dernier nous rappelle aussi que la naissance de cet Enfant a une conséquence inouïe pour ceux qui le reçoivent : ils deviennent enfants de Dieu. Cette succession de textes a provoqué en moi une question que je vous livre : Dieu fait-il quelque chose d’extraordinaire en se faisant enfant ? 

Certains diront : ben oui, ce n’est quand même pas courant ; la preuve, ce n’est arrivé qu’une seule fois selon la foi des chrétiens. C’est vrai ; cela n’est arrivé qu’une fois, comme pour nous. Nous aussi, nous sommes entrés dans ce monde enfant, et nous ne le faisons qu’une seule fois. Parce que mis à part l’étrange histoire de Benjamin Button que nous a raconté David Fincher, le cours normal de toute vie commence par l’enfance et finit par la vieillesse. Encore une fois, il n’y a là rien d’extraordinaire. Ni pour nous, ni pour Dieu. Par contre de toutes les divinités que se partagent les hommes à cette époque, je n’en connais pas d’autre qui ait fait ce choix audacieux de devenir humain, non pour se jouer des hommes, mais pour vivre leur vie, avec tout ce qu’elle a d’ordinaire, avec tout ce qu’elle peut comporter d’épreuves, de trahisons, de souffrances, allant jusqu’à la mort même. Et pas n’importe laquelle puisque nous savons que cet Enfant, né sur le bois d’une mangeoire mourra sur le bois d’une croix. Ce qui est audacieux aussi, me semble-t-il, de la part de Dieu, c’est de prendre ce chemin d’humanité pour nous sauver et nous inviter à le suivre sur ce chemin qu’il a pris.  En fait, pour nous sauver, Dieu nous invite à l’humanité. Puisqu’il s’est fait humain, nous devons nous faire humains à notre tour, nous devons nous humaniser. C’est ce que nous invite à faire un évêque allemand, Mgr Franz KAMPHAUS qui a donné comme titre à l’un de ses ouvrages : Mach’s wie Gott, werde Mensch ! Fais comme Dieu, deviens humain ! 

Nous qui cherchions le chemin de la sainteté en essayant d’être parfait comme Dieu, voici qu’à Noël Dieu vient nous dire que notre chemin de sainteté, c’est notre humanité. Et donc que plus nous deviendrons humains, plus nous serons comme Dieu. Plus nous deviendrons humains, plus nous serons saints. Il n’y a pas à chercher hors de nous la trace de Dieu dans notre vie ; en se faisant humain, Dieu nous dit de le chercher au plus profond de nous, de le chercher là où nous ne penserions pas le trouver. Or Dieu est bien en nous, avec nous. Ne croyons-nous pas que nous accueillons Dieu en nous lorsque nous partageons le Pain de l’Eucharistie ? Cet Enfant nouveau-né, couché dans une mangeoire, tout Dieu qu’il est, prend le chemin ordinaire des humains pour se faire proche d’eux. Le plus grand miracle de Jésus, c’est peut-être d’avoir fait preuve d’humanité en toutes circonstances. Quelqu’un de malade venait à lui le jour du sabbat ? Il se trouvait guéri, sans attendre, parce que le salut n’attend pas ; parce que Dieu n’attend pas et ne nous fait pas attendre. Le discours programmatique de Jésus que nous connaissons sous le nom de béatitude n’exprime-t-il pas ce que devrait être notre humanité ? Tous les gestes posés par cet Enfant quand il sera grand ne sont-ils pas d’abord des gestes d’humanité envers ceux qui viennent vers lui ? Son refus de juger, de coller des étiquettes sur les gens, tout cela ne devrait-il pas être le comportement normal d’un humain ? L’attention bienveillante aux pauvres, aux malades, aux étrangers, aux exclus… n’est-ce pas une caractéristique de notre humanité ? Si les hommes et les femmes de notre temps ne sont pas humains, si nous ne sommes pas humains, à quoi servons-nous ? Si les hommes et les femmes de notre temps ne sont pas humains, si nous ne sommes pas humains, comment notre monde deviendra-t-il meilleur ? Si nous, qui croyons en Dieu, ne sommes pas humains, comment pouvons-nous nous plaindre de la dureté de notre monde ? Seule l’humanité des hommes pourra adoucir ce monde que l’humanité de Dieu est venue sauver. 

Dieu, quand son Fils est entré dans le monde, a trouvé porte close et s’est réfugié dans une étable. Il aurait pu déclencher le feu du ciel pour se venger ; il est resté humain. Il a trouvé quelques bergers à qui la nouvelle de la naissance a été transmise ; et ils sont venus, eux les exclus, les sans domiciles, rendre visite à ce petit d’homme, à ce petit de Dieu. C’est même par son humanité qu’il nous dit le mieux qu’il est le seul Dieu, le vrai Dieu. Toutes les divinités qui, à l’époque de Jésus, exigeaient des sacrifices humains, exigeaient donc l’inhumanité, ont disparu. Seul est resté et reste le Dieu qui s’est fait homme, le Dieu qui a pris part à notre humanité, le Dieu qui a refusé l’inhumanité et la violence. Tu sais donc maintenant ce qu’il te reste à faire pour partager son éternité : Fais comme Dieu, deviens humain ! Amen.



[1] Les indications entre () sont pour la messe du jour de Noël

samedi 8 juin 2019

Pentecôte C - 09 juin 2019

L'Esprit nous donne de vivre notre dignité baptismale.

(Messe du jour)







Dieu te marque de l’huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle. Telle est la fin de la formule de l’onction avec le Saint Chrême lors d’un baptême d’enfant. Cette onction manifeste le don de l’Esprit qui est fait à tout croyant au commencement de sa vie chrétienne. Nous comprenons ainsi très vite que celui qui est appelé par Dieu à la vie, reçoit de lui l’Esprit Saint pour que le nouveau croyant demeure dans le Christ, vive avec Jésus pour toujours. L’articulation des trois est ainsi clairement exprimée : Dieu appelle, le Christ sauve, l’Esprit Saint permet de demeurer dans le Christ, autrement dit de vivre selon son enseignement. 

La fête de la Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui vient donc admirablement clore le temps pascal. Le Christ est retourné chez son Père, partager sa gloire ; il envoie son Esprit, comme il l’avait promis aux siens. C’est cet Esprit qui permettra désormais aux fidèles du Christ de reconnaître sa présence, de mener leur vie en conformité avec leur foi. C’est bien ce qu’enseigne Paul aux chrétiens de Rome. Vous êtes [sous l’emprise de] l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Et plus loin : Si le Christ est en vous (…) l’Esprit vous fait vivre. L’Esprit Saint n’est donc pas juste un truc en plus pour finir le temps pascal en beauté. Sa présence nous est aussi indispensable que le pain et le vin de l’Eucharistie ; son souffle nous est aussi indispensable que l’air que nous respirons ; sa lumière nous est indispensable pour approfondir toujours plus l’enseignement du Christ ; sa force nous est indispensable pour résister aux assauts du péché. Sans l’Esprit, nous ne serions rien ; sans l’Esprit, nous ne tiendrions pas longtemps dans la fidélité au Christ ; sans l’Esprit, nous serions livrés à nos passions charnelles. Notre vie en Christ, c’est à l’Esprit que nous la devons. Il nous fait vivre notre dignité baptismale. 

Paul le reconnaît quand il affirme : Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Sans l’Esprit Saint, pas de filiation divine. Certes, quand Jésus a appris à ses disciples à prier, il leur a donné le Notre Père. Autrement dit, il nous demande de nous reconnaître fils quand nous nous adressons à Dieu. Mais, dit Paul, nous avons reçu un Esprit qui fait de nous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Jésus nous a donné le texte, les mots de la prière ; l’Esprit Saint nous donne la capacité de les dire. Mieux encore, l’Esprit Saint nous fait comprendre que nous ne nous trompons pas quand nous appelons Dieu, notre Père, puisque c’est l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Il est finalement le garant de notre christianité, de notre fidélité au Christ et à son Evangile. 

Il nous faut entendre alors encore ce que Paul rappelle aux chrétiens de Rome. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. Certains diront qu’il y a le meilleur et le pire dans cette affirmation. Le meilleur, c’est que nous héritons de Dieu, avec le Christ. Ce qui d’une part signifie que nous sommes frères du Christ (nous héritons avec lui), et d’autre part confirme que nous sommes fils de Dieu. Ne le serions-nous pas, nous n’hériterions pas ! Le pire, ce sera le passage par la souffrance, car enfin, aucun de nous n’aime souffrir. Que veut dire Paul ? Simplement qu’il nous faut, comme le Christ, passer la mort pour partager sa gloire ; autrement dit, suivre son chemin, ce chemin que Jésus lui-même a indiqué à ses disciples en disant : Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Ce qui devrait plutôt nous rassurer. Non pas que la croix soit une partie de plaisir, mais nous devons nous souvenir que le Christ a vaincu la croix, une fois pour toutes. Nos croix, nos souffrances, nous les vivons dans les siennes, nous les lui confions pour qu’il nous attire à lui dans sa gloire. Dieu ne permettra que ceux qui sont à lui, ceux qui vivent de son Esprit, soient noyés dans la souffrance. Il les fera venir auprès de lui, ils partageront sa gloire, la gloire du Christ, celui dont ils auront témoigné en tout, y compris au cœur de l’épreuve. 

La séquence de la Pentecôte que nous n’entendons plus guère, mais que je vous invite à relire dans vos missels en rentrant chez vous, nous rappelle alors le rôle protecteur et apaisant de l’Esprit Saint. Dans le labeur [sois] le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort… Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droits ce qui est faussé… donne le salut final, donne la joie éternelle. Que ceci devienne notre prière quotidienne pour une vie dans le Christ, sous la conduite de l’Esprit Saint, à la rencontre du Dieu qui nous appelle. Amen.

(Dessin de M. LEITERER)




samedi 21 avril 2018

04ème dimanche de Pâques B - 22 avril 2018

Nous sommes enfants de Dieu !






         Chaque année, au quatrième dimanche de Pâques, l’Eglise nous invite à prier pour les vocations. Nos communautés sont invitées à se tourner vers Dieu pour lui demander les prêtres, les religieux et les religieuses dont elles ont besoins. Cette journée devrait être l’occasion, dans nos familles, d’oser la question : et toi, répondras-tu à l’appel que le Seigneur t’adresse ? Car, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : être les relais de Dieu pour que son appel à le servir et à servir les frères soit entendu. La teneur de notre seconde lecture nous oblige alors, cette année, à nous interroger tous et à découvrir que tous, nous sommes appelés par Dieu à quelque chose de grand.

            Laissez-moi vous relire le début de cette lecture : Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. La grandeur de l’homme, c’est d’être reconnu enfant de Dieu. C’est notre vocation commune. C’est pour réaliser ce grand dessein que Dieu a livré son Fils unique sur la croix. L’ancienne tradition liturgique était encore plus précise à mon sens lorsqu’elle proclamait : voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. C’est le désir profond de Dieu que nous soyons ses enfants ; c’est son désir profond d’appeler tous les hommes à partager sa vie. C’est le désir profond de Dieu que l’homme réussisse sa vie en la plaçant sous son regard à lui, qui nous aime passionnément. Mesurons-nous pleinement ce que cela signifie d’être enfant de Dieu ? Nous le sommes tous par notre baptême ; ce n’est pas une parole en l’air ; c’est notre réalité. Appelés enfant de Dieu, partageant désormais sa vie, nous devenons pour les autres le miroir de cette vie divine. En nous voyant vivre, ils devraient pouvoir contempler cette vie divine, la désirer et enfin la partager à leur tour. C’est vraiment la vocation commune à tous les hommes ; c’est vraiment la raison du sacrifice de Jésus sur la croix. A travers nous, Dieu se donne un peuple. A travers le Christ, il veut attirer à lui les peuples de la terre. 
 
Bon, il est vrai que ce n’est pas toujours évident à reconnaître. La vie divine qui devrait rayonner en nous, nous la cachons bien. Jean précise que le monde ne nous connaît pas parce qu’il n’a pas connu Dieu. Il est gentil, Jean, quand il nous dit ainsi que cette filiation divine ne peut se reconnaître en quelqu’un que lorsque celui qui regarde connaît lui-même Dieu. Et pour une part, il a raison. Comment puis-je nommer la présence de Dieu en quelqu’un si j’ignore qui est Dieu ? Il faut connaître Dieu pour le reconnaître en quelqu’un. Mais il faut aussi que celui qui porte Dieu soit conscient de qui il porte, de ce qu’il est. Cela facilite quand même grandement les choses. Je ne suis pas persuadé qu’aujourd’hui, chaque croyant ait bien conscience de la grandeur qui est la sienne. Nous préférons, par confort, cacher ce que nous sommes ; que voulez-vous, on nous a tellement dit que dans une République laïque, ce qui relève de la foi devait rester personnel et confidentiel ! Mais Dieu ne nous a pas appelé pour rester entre nous ! Il nous appelle à vivre selon sa Parole, comme ses enfants, pour le bien commun, devant et au milieu de tous les hommes ! Enfants de Dieu, ne sommes-nous pas sel de la terre et lumière du monde ? 

Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, dit encore saint Jean. Il faut bien entendre le « dès maintenant ». La filiation divine est un don fait à chaque croyant dès son baptême. Ce n’est pas pour plus tard, quand nous serons morts et en paradis ! Il y a urgence à nous souvenir de cela et à vivre en enfants de Dieu, à témoigner du Christ mort et ressuscité. Le pape François, dans son exhortation Gaudete et exsultate rappelle bien que la sainteté (l’autre nom de la filiation divine) est à vivre au quotidien : Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels (n°14). C’est bien dans l’aujourd’hui de notre vie que nous avons à nous reconnaître comme enfant de Dieu, à grandir en sainteté. Le pape François rappelle encore que le défi, c’est de vivre son propre engagement de façon à ce que les efforts aient un sens évangélique et nous identifient toujours davantage avec Jésus-Christ (n°28). Nous sommes enfants de Dieu, identifiés à Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, pour vivre de plus en plus comme le Christ, entièrement donné à Dieu et aux autres. Certains vivent cet appel dans une vocation plus particulière, dans un style de vie plus particulier ; mais cela n’enlève rien au fait que chaque croyant doit vivre en témoignant de Celui qui le fait vivre, en témoignant de Celui qui donne sens à sa vie et à son action. 
 
          En ce dimanche des vocations, prions pour que nous devenions toujours plus conscients de notre vocation fondamentale et première : nous sommes enfants de Dieu. Sans cette conscience bien ancrée et bien vécue par tous, comment pouvons-nous imaginer que des vocations particulières puissent naître ? Si nous manquons à notre être profond d’enfants de Dieu, nous manquerons aussi de pasteurs pour nous guider. Mais si se lève un peuple nombreux, conscient de sa vocation profonde, Dieu ne restera pas sourd à ses appels et lui donnera les pasteurs dont il a besoin. J’en suis convaincu. Amen.
 
(Dessin de M. Leiterer)
 

dimanche 8 avril 2018

02ème dimanche de Pâques B - 08 avril 2018

Croire, naître, aimer : tout est dit !






Durant les six dimanches qui suivent la fête de Pâques, nous entendrons cette année des extraits de la première lettre de saint Jean. Il est l’apôtre qui nous apprend le nom de Dieu lorsqu’il écrit : Dieu est amour. C’est un leitmotiv de sa pensée, de son œuvre. Pas étonnant donc qu’il insiste tant sur l’amour : non seulement l’amour de Dieu, mais aussi l’amour des frères. L’extrait que nous avons entendu ce matin articule cet amour autour de trois verbes : croire, naître, aimer. 

Celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu. C’est ainsi que commence notre deuxième lecture. C’est un thème central de la pensée de Jean. La foi, chez Jean, concerne Jésus, le Christ. On ne parle plus du Jésus de l’histoire, mais bien du Christ, c’est-à-dire de Jésus en tant qu’il est mort et ressuscité. Jean mesure bien l’importance du trait d’union entre ces deux noms. Quand il témoigne de Jésus, il témoigne de celui qui a livré sa vie pour les hommes et qui est devenu ainsi pour eux le principe de vie. Nous comprenons bien que pour Jean, la foi n’est pas une idée, mais une réalité qui fait vivre. La foi est le moteur de la vie. Cette foi, parce qu’elle n’est pas une idée, nous met en mouvement et nous porte naturellement vers le frère. Pour Jean, il est ainsi impossible d’affirmer la foi et d’ignorer le frère ; il est impossible de croire en Dieu et de ne pas aimer le frère. Et vice versa. Christ nous tourne vers Dieu, Jésus nous tourne vers les frères ; et le trait d’union que nous devrions mettre en français, nous rappelle qu’il faut tenir les deux ensemble. Le trait d’union, c’est la foi qui nous fait aimer d’un même mouvement Dieu et les frères. Ecrire Jésus-Christ revient à écrire J’aime les frères que je vois et j’aime Dieu en qui je crois. 

Nous pouvons dès lors faire un pas de plus, toujours avec Jean. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Nous retrouvons ici les accents d’une autre affirmation de Jean qui écrit : celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas alors qu’il a de la haine pour les frères qu’il voit, celui-là est un menteur. L’amour des frères se reconnaît dans l’amour de Dieu (c’est ce qu’affirme Jean dans l’extrait de la lecture entendue) ; mais l’amour de Dieu se reconnaît lui dans l’amour des frères (c’est ce qu’affirme Jean dans la citation que je viens de souligner). Tout est lié pour Jean. Croire et aimer sont liés au point que celui qui ne croit pas, n’aime pas vraiment (puisqu’il n’aime pas de l’amour même de Dieu en qui il ne croit pas). Et de même, celui qui n’aime pas, ne croit pas en Dieu qui est la source de l’amour. Dit positivement cela nous donne : si tu crois, tu aimes ; si tu aimes, tu crois ! 

Nous en arrivons alors au troisième terme : naître de Dieu. Cela ne peut se faire que par la conjugaison de cet amour et de cette foi. Le tableau de la première communauté croyante brossé par Luc dans les Actes des Apôtres démontre ce que l’Apôtre Jean nous explique ici. C’est parce qu’ils sont disciples de Jésus-Christ que les premiers croyants mettent tout en commun, vivent la communion fraternelle de manière harmonieuse. L’accueil de la foi se traduit par le souci des pauvres, par le souci de ne laisser personne de côté : aucun d’entre eux n’était dans l’indigence. Ce n’est pas une exaltation de la pauvreté qui nous est proposée, mais bien une répartition plus juste des richesses pour que chacun puisse vivre dignement. Celui qui est né de Dieu par le baptême et par l’Esprit Saint, doit avoir au cœur un nouvel art de vivre qui lui permette de ne pas trahir sa foi. Plus qu’une exigence de justice, c’est une exigence de vérité. Combien d’hommes et de femmes ont renoncé à vivre leur foi parce que les croyants n’étaient pas fidèles à cette vérité de vie ?  

Croire, naître et aimer : en trois verbes, Jean dit tout de la foi au Christ-Jésus et de ses conséquences dans la vie des hommes. Soyons attentifs à toujours conjuguer ces trois verbes dans notre propre vie, pour que les hommes puissent croire ; devenus croyants, qu’ils puissent vivre et rester fidèles à la vérité de cette vie à laquelle ils sont nés. Notre foi et notre vie rendront Dieu crédible à ceux qui ne le connaissent pas encore… ou pas ! Amen.

(Détail du tableau Mort d'Ananie et Saphira, Cathédrale St Jean, Besançon)

samedi 22 octobre 2016

30ème dimanche ordinaire C - 23 octobre 2016

Un pauvre crie ; le Seigneur entend.




Un pauvre crie ; le Seigneur entend. L’antienne du psaume de ce dimanche donne le ton et nous fait comprendre, dans le foisonnement des paroles entendues, ce qui est utile, ce qu’il est bon de retenir. Au cœur de la foi biblique, il y a bien cette certitude, profondément ancrée, que Dieu ne reste pas sourd à celui qui crie vers lui.  
 
Ben Sirac le Sage proclame aussi cette certitude : le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Voilà prévenus celles et ceux qui ne respectent pas la justice, celles et ceux qui oppriment, celles et ceux qui exploitent les hommes. Les pauvres, les opprimés, les exploités ont un défenseur puissant, un protecteur qui veille. Quand bien même Dieu voudrait rester sourd à leurs appels, la prière du pauvre traverse les nuées… il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des juste et rendu justice. Il nous faut alors nous souvenir de la parole de Jésus entendue dimanche dernier : Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Si donc tu veux que ta prière soit entendue, présente-la à Dieu comme un pauvre, comme quelqu’un qui attend tout de lui. Crie vers lui sans cesse. 
 
N’est-ce pas cette même certitude que Jésus lui-même enseigne encore ce dimanche lorsqu’il raconte la parabole du pharisien et du publicain qui montent au Temple pour prier ? Pourquoi l’un est-il entendu et rendu juste et pas l’autre ? Ils se tournent pourtant tous deux vers le même Dieu, dans le même lieu, le Temple, demeure du Très-Haut au milieu des hommes. Parce que l’art et la manière de présenter à Dieu leur prière n’est pas identique. Il y a le pharisien qui est plein de lui, plein des bonnes actions qu’il réalise assurément. Et il y a le publicain qui se sait pauvre et pécheur ; il sait qu’il n’égalera jamais Dieu. Il n’a rien d’autre à mettre en avant que ses limites, ses faiblesses, attendant de Dieu un signe, un geste, un pardon, un amour renouvelé. Il est un pauvre, y compris dans sa foi, y compris dans sa manière de la vivre et il attend de Dieu sa miséricorde. Comment Dieu, source de toute miséricorde, pourrait-il rester sourd à cet appel au secours ? 
 
Cette certitude que Dieu répond au cri du malheureux est celle qui remplit l’Eglise lorsqu’elle célèbre le sacrement du baptême. Elle ne baptise pas des gens parfaits ; elle ne réserve pas seulement son accueil à ceux qui croient parfaitement. Elle ouvre les portes de son Eglise à ceux qui savent que Dieu est tout, que tout vient de lui, et que devant lui, nous ne sommes que petits, pécheurs, faibles. Le baptême est donné pour la rémission des péchés. C’est le premier sacrement du pardon. L’enfant que nous accueillons au cours de cette eucharistie et qui passera tout à l’heure par les eaux baptismales sera ainsi libéré du péché, du Mal et de la Mort. Par ce bain d’eau, il sera reconnu enfant de Dieu et Dieu l’adoptera comme sien pour une vie sans fin. Nous ne le présentons pas parce que nous sommes de bons chrétiens ; nous le présentons parce que nous savons que Dieu peut tout pour lui et qu’il marchera à ses côtés, veillant sur lui, pour le conduire à la vie éternelle. Le baptême n’est définitivement pas un sacrement pour les parfaits, mais pour celles et ceux qui ont besoin de Dieu, qui ont le désir de Dieu. Et parce que Dieu entend la prière de ceux qui le désirent, il répond favorablement à cette demande. L’eau de la vie jaillira au milieu de nous, Dieu s’engagera envers cet enfant, il fera alliance avec lui. 
 
Cette alliance, nous l’avons tous vécu. Sans doute, si nous avons été baptisés bébé, ne nous en souvenons-nous pas. Mais nous avons grandi sous le regard de Dieu. Nous ne sommes ni pires, ni meilleurs que les autres : certains jours un peu plus pharisien, certains jours un peu plus publicain. Souvenons-nous tout au long de notre vie de ce que le psalmiste nous a fait chanter : un pauvre crie, le Seigneur entend. Gardons au cœur le désir vrai de Dieu ; que le baptême que nous allons célébrer renouvelle la source vive qui coule en nous. Et nous saurons nous situer en fils devant Dieu qui nous aime ; et nous saurons rendre grâce à Dieu, non de ce que nous sommes ou faisons, mais de ce que Dieu réalise pour nous, jour après jour. Qu’il soit le Maître de notre vie, aujourd’hui et toujours. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 14 mai 2016

Pentecôte C - 15 juin 2016

Pâques : une Eglise en germination.





Nous voici donc au terme du temps pascal avec la fête de la Pentecôte qui nous fait célébrer le don de l’Esprit Saint, réalisation de la promesse faite par Jésus : Je ne vous laisse pas orphelin… l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit (évangile 6ème dimanche de Pâques C). Ce jour de fête a son nom propre (Pentecôte), mais ne nous laissons pas abuser par le nom : c’est bien l’unique et central mystère pascal que nous célébrons aujourd’hui encore ; c’est bien le mystère pascal qui est toujours déployé dans la célébration du don de l’Esprit Saint. 
 
Nous avons pu entendre, à travers ce que Luc nous rapporte dans les Actes des Apôtres, ce que fut véritablement la première Pentecôte de l’Eglise. Elle est caractérisée par ce fait incroyable : chacun de ceux qui étaient présents à Jérusalem à ce moment-là pouvait entendre dans son propre dialecte, sa langue maternelle les Apôtres qui parlaient. La longue énumération des peuples présents suggère à elle-seule que l’annonce du mystère pascal dépasse largement le cadre des disciples premiers du Christ. Le monde entier est concerné par ce mystère ; le monde entier est appelé à connaître le Christ. Le monde entier est ainsi appelé au salut. Le mystère de Pâques, déployé dans le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, est le signe d’une Eglise en germination. A ceux qui pouvaient croire que l’affaire Jésus s’arrêterait, sinon avec sa mort mais sûrement avec son retour vers le Père, est apporté un démenti flagrant : l’affaire Jésus ne fait réellement que commencer. Les hommes ont voulu se débarrasser de Jésus en le clouant sur le bois de la croix ; ils ont hérité d’un Christ ressuscité et sont comblés maintenant de l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ lui-même qui assurera le relais de sa présence au milieu des hommes, jusqu’au retour dans la gloire, à la fin des temps, de celui qui s’en est retourné vers son Père. On a voulu chasser Jésus par la porte le Vendredi Saint ; le voici qui revient par la fenêtre avec le don de son Esprit Saint. 
 
Cette Eglise en germination, Paul la décrit bien dans la seconde lecture entendue. Elle est le rassemblement de celles et de ceux qui, suivant le Christ, ont accueilli son Esprit et en vivent. Si le Christ est en vous (…), l’Esprit vous fait vivre. N’étant plus esclaves mais fils, c’est-à-dire enfants de Dieu, ils vivent désormais libres de l’emprise de la chair. L’Esprit Saint les ajuste au Christ pour qu’ils puissent vivre selon les enseignements du Christ. C’est bien une Bonne Nouvelle qui rend libre qui est annoncée par les Apôtres et non une morale. Ce qui est premier, c’est l’agir du Christ (sa vie offerte pour notre salut) et le don de l’Esprit Saint. Les Apôtres n’ont pas demandé aux gens de vivre selon des principes pour pouvoir croire en Dieu. Ils ont demandé de croire en Dieu, d’accueillir le Christ pour recevoir de lui son Esprit qui rend libre en ajustant la conduite des hommes au projet d’amour que Dieu porte pour eux. La Pentecôte est bien le signe d’une Eglise en germination qui accueille pleinement sa libération. Rien n’est plus comme avant ! La vie croyante retrouve son sens : non pas sacrifier à des us et coutumes qui vont attester de la foi, mais accueillir un don de Dieu qui transforme et améliore une vie. 
 
De Pâques à Pentecôte et au-delà, tout est don : don de Dieu en faveur des hommes qu’il veut pleinement libres, pleinement heureux. La route de la vie est ouverte par la mort et la résurrection du Christ ; le Mal, tapis dans la vie des hommes, laisse place à l’Esprit Saint, donné pour remplir l’homme de la présence du Christ. Désormais, l’homme et Dieu peuvent à nouveau aller du même pas ; Dieu a retrouvé l’homme qui s’était perdu au jardin de la Genèse ; l’homme a retrouvé l’amitié avec Dieu qu’il avait perdue quand il avait préféré écouter le serpent au jardin de la Genèse. La prière pour l’unité, que Jésus a prononcée au soir de sa mort, porte ses fruits. Par l’Esprit, Dieu et l’homme sont à nouveau UN, comme le Christ et le Père sont UN depuis toute éternité. Avec la Pentecôte, ne vous demandez pas ce que vous pouvez faire pour l’Esprit Saint (à part l’accueillir) ; mais demandez-vous ce que l’Esprit Saint peut encore faire pour vous, et laissez-le agir. Avec l’Esprit Saint, vous sortirez d’une religion qui attend toujours plus de vous en preuve de votre attachement à Dieu, pour vivre une foi dans laquelle Dieu vous offre toujours plus sa vie, jusqu’à vous accueillir définitivement en lui au terme de votre passage sur terre. 
 
C’est bien à un changement de paradigme que nous invite le mystère de Pâques en cette fête de la Pentecôte. Il s’agit bien d’accueillir toujours plus ce que Dieu veut nous donner pour notre vie. Il s’agit bien, grâce à cette force de Dieu qu’est l’Esprit, de toujours mieux suivre le Christ sur le chemin où il nous précède. Il s’agit bien de laisser la Parole germer en nous, pour que nos communautés soient signes de cette Eglise en germination que le Christ viendra moissonner au temps où il établira son règne pour toujours. Aujourd’hui se clôt le temps de Pâques, certes ; mais aujourd’hui s’ouvre aussi le temps de l’Eglise en marche vers son avenir, à la suite du Ressuscité, sous la conduite de l’Esprit Saint. Grâce en soit rendue à Dieu qui nous veut fils, et fils libres. Amen.

(La Pentecôte, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

vendredi 15 février 2013

01er dimanche de Carême C - 17 février 2013

Croire avec Jésus, c'est choisir Dieu seul.


Depuis mercredi, nous voici donc engagé en carême, un temps pour revenir vers Dieu comme nous le rappelait le prophète Joël lors de la célébration des Cendres. Ce carême 2013 n’est pas n’importe quel carême, il n’est pas et ne sera pas comme le carême 2012. En effet, Benoît XVI nous a engagés dans une année de la foi, une année pour revenir au cœur de ce qui nous fait vivre, au cœur de ce que nous croyons. Cette proposition, si nous la prenons au sérieux, donne nécessairement une couleur particulière à toute notre année. Et le temps du carême devient alors un temps favorable pour essayer de comprendre mieux ce qu’est l’acte de croire, de comprendre mieux ce Dieu auquel nous croyons. En ce premier dimanche de carême, je vous propose d’aborder cette question de la foi en compagnie de celui qui l’objet de notre foi : Jésus. Qu’est-ce que croire à la manière de Jésus ?

L’Evangile de ce dimanche nous répond : croire comme Jésus, c’est choisir Dieu. Nous pouvons remarquer que les tentations auxquelles Jésus est soumis, sont nos tentations : la tentation d’être celui qui peut tout, même changer les pierres en pain ; la tentation du pouvoir et de la richesse, qui nous fait désirer posséder tout ; la tentation d’éprouver Dieu, pour vérifier s’il intervient bien en ma faveur, si je compte bien pour lui. Qui n’a jamais rêvé d’être un super héros, un super riche, un super-Dieu, en toute modestie. Si nous retenons volontiers que Jésus a été soumis à la tentation, retenons-nous aussi facilement qu’il en a triomphé ? Et surtout comment il en a triomphé ? Il n’a pas répondu au tentateur par un miracle, ni par un tour de passe-passe, ni par quelque action éclatante. Il a répondu par la Parole de Dieu lui-même. En entrant dans la vie, il a fait le choix de Dieu et maintient ce choix envers et contre tout. Il aurait pu être un grand magicien, un grand politique ou un nouveau Dieu ; il a choisi humblement de n’être qu’un Fils, mais quel Fils, le Fils de Dieu. Il met ses pas dans les pas de son Père avant même de commencer sa mission, et jamais ne s’en écartera. Il ne cite pas la Parole de Dieu pour faire de belles phrases, mais parce que cette parole donne sens à sa vie, donne aux hommes le sens de sa vie. Une vie offerte à Dieu pour le salut des hommes. Jésus ne veut rien d’autre qu’être le Fils de ce Dieu qui veut la vie de l’homme. Il n’a pas besoin de miracle, pas besoin de richesse, pas besoin de prendre la place de Dieu. Il a tout cela et plus encore ; il a Dieu, au cœur de sa vie, au cœur de son cœur. Lui et Dieu ne font qu’un.

Cette profonde union entre Jésus et Dieu, nous n’avons pas besoin d’attendre le discours de Jésus au soir de sa mort pour l’affirmer. Elle est évidente dès cette scène des tentations. Le tentateur commence deux de ses propositions malhonnêtes en cherchant à insinuer le doute en Jésus : Si tu es le Fils de Dieu… Autrement dit, prouve-moi que tu l’es en faisant ce que je te demande. A aucun moment, Jésus ne cherche à justifier qui il est. Il ne dit pas : tu as tort de mettre en doute le fait que je sois le Fils de Dieu. Il ne s’interroge pas davantage sur qui il est : pouce, laisse-moi réfléchir un instant : qui suis-je ? Il redit simplement ce qu’il a entendu de Dieu : il est écrit… Citant la Parole de Dieu, il nous montre la connaissance qu’il en a, et l’intimité qu’il entretient ainsi avec la source de cette parole. Ayant épuisé toutes les tentations, le diable s’éloigne et l’auditeur ne peut que comprendre que Jésus l’a vaincu comme Dieu seul peut le vaincre. Il n’y a qu’à attendre le moment fixé où sa victoire sera totale et où sa seigneurie sera révélée à tous. Pour l’heure, il ne reste que Jésus et sa certitude d’être du côté de Dieu, d’être dans la main de Dieu, son Père.

Croire avec Jésus, c’est aujourd’hui encore faire ce choix de Dieu, ce choix de vivre conformément à sa Parole. En toutes circonstances, nous pouvons la mettre au cœur de notre vie, au cœur de notre action. Dans les moments les plus difficiles comme dans les moments les plus joyeux, elle fonde notre vie et nous garde dans l’intimité de celui qui nous a tout donné. Croire avec Jésus, c’est ne pas douter de notre filiation divine : nous sommes fils et filles de Dieu par notre baptême, et rien ne pourra changer cela : pas besoin de miracle pour y croire. Croire avec Jésus, c’est être en mesure de repousser le Mal de notre vie et de choisir le bien, en toute chose ; puisque Jésus a vaincu le Mal, nous pouvons, à sa suite, faire de même, puisqu’il nous a déjà obtenu la victoire. Croire avec Jésus, c’est faire nôtre cette affirmation de Paul : Tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés. La mort et la résurrection de Jésus en attestent ; si Dieu a sauvé ainsi son Fils unique, comment ne pourrait-il pas faire de même pour cette multitude de fils et de filles, que Jésus lui a acquis par son sang ? Avec Jésus, osons le choix de Dieu ; osons nous redire enfant de Dieu, aujourd’hui et toujours. Amen.



 
(Icône d'Hélène IANKOFF, Les tentations de Jésus, église de Holtzheim - 67)

samedi 8 janvier 2011

Baptême du Seigneur - 09 janvier 2011

Notre foi est don : nous célébrons un Dieu qui fait de nous ses enfants !

Avec la fonte des neiges, Noël semble déjà loin. Cette fête qu’en alsace nous préparons si tôt et de manière très active, la voilà passée. Dans certaines familles, sapin et crèches sont déjà rangés, jusqu’à l’an prochain. C’est fini ! Et pourtant, liturgiquement, la fête du baptême du Seigneur nous plonge encore une fois dans ce temps de Noël, dans ce temps de la révélation de Dieu aux hommes.

Certes, l’enfant a grandi, il est devenu un homme. Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis ce temps où des étrangers se pressaient à la crèche pour adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur. Aujourd’hui, il n’y a que la foule des anonymes qui se pressent autour de Jean. Jésus est pour l’heure encore le grand inconnu. De fait, seul Jean, le baptiste, semble connaître celui qui vient à lui. Il ne comprend pas bien ce qu’il fait là et veut même l’empêcher de recevoir le baptême qu’il dispense. C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi. Belle reconnaissance de qui est Jésus pour les hommes et de ce qu’il vient accomplir pour eux. Mais l’heure de Jésus n’est pas encore là et pour l’instant, il s’inscrit banalement dans cette humanité qu’il est venu sauver. Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. Et Jésus reçoit le baptême de Jean. Il fait comme tout le monde.

Pourtant, ce baptême n’est pas tout-à-fait comme les autres. L’évangéliste Matthieu poursuit : Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. » Il se passe quelque chose de plus. Une voix, celle du Père, se fait entendre. Il rappelle à tous ce que sa naissance laissait deviner : celui-là n’est pas tout-à-fait comme les autres. Celui-là est fils de Dieu ! Dieu lui-même se dérange pour rappeler aux hommes ce qu’ils avaient peut-être oublié depuis ; à savoir que Dieu est entré dans le monde des hommes en Jésus. Et si cet enfant s’est fait oublié le temps qu’il grandisse, il est venu le temps d’écouter ce fils ; il est venu le temps d’écouter la parole de ce Dieu qui est venu chez les siens. En signalant ainsi qui est vraiment Jésus au moment-même où il reçoit le baptême de Jean, Dieu renouvelle aux hommes le don de son amour, le don de son fils. Si vous aviez oublié de qui s’est passé en cette nuit, il y a longtemps maintenant, je viens vous le rappeler. En faisant aux hommes le don de cette révélation, Dieu leur fait un don plus grand encore, celui de pouvoir devenir à leur tour les enfants de ce Dieu qui se révèle en Jésus. Souvenez-vous l’évangile du jour de Noël : Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Etre fils et fille de Dieu, c’est un don que Dieu nous fait. Notre foi est tout entière un don : non pas quelque chose que nous avons à construire à la force de nos poignets, mais quelque chose que nous avons à accueillir. Il nous faut nous ouvrir à ce don, nous ouvrir à la vie de Dieu pour pouvoir la partager. Elle ne s’impose pas à nous ; elle se propose. A nous d’écouter ou non, ce fils que Dieu envoie. A nous de suivre ou non, ce fils qui veut nous entraîner vers Dieu, son Père et notre Père.

Dans notre vie liturgique, c’est bien sûr d’abord par le baptême que Dieu nous fait le don de la foi, le don de nous reconnaître comme ses enfants. Le geste de l’imposition des mains par le prêtre manifeste bien que Dieu nous adopte, nous reconnaît comme étant à lui. Dans la célébration de l’eucharistie, l’acte même de la communion dit bien aussi notre filiation divine, accueillie comme un don que Dieu nous fait. Avant de nous avancer pour recevoir le Corps du Christ, nous disons ensemble la prière de tous les enfants de Dieu. Nous reconnaissons Dieu comme Père et nous recevons, dans la foi, celles et ceux qui nous entourent et qui disent la même prière que nous, comme frères et sœurs. En recevant ensuite le Corps du Christ, nous devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ, selon la belle formule de saint Augustin. C’est bien parce que nous avons reçu le pain consacré de Dieu lui-même que nous devenons membres du Corps du Christ ! Et non pas l’inverse ! Sans cesse nous recevons de Dieu les signes de notre foi ; sans cesse, nous avons à les accueillir.

Oui, toute notre foi est don de Dieu. Il nous appelle, il nous invite, il nous donne. A nous d’écouter, à nous de suivre, à nous d’accueillir, si nous le voulons. Personne n’est obligé ! Mais à ceux qui écoutent, à ceux qui suivent, à ceux qui accueillent, il est dit, comme à Jésus aujourd’hui : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. Amen.

(Photo : Le baptême de Jésus, Hortus deliciarum)