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vendredi 24 décembre 2021

Noël - Messe de la veille au soir - 24 décembre 2021

 En cette nuit, Dieu épouse l'humanité.



(Arcabas, Le songe de Joseph, trouvé sur internet)



        Tout au long de l’Avent, nous avons entendu les prophètes parler aux gens de leur époque, leur annonçant une grande joie après l’épreuve de l’Exil qui avait lourdement affecté le peuple, le faisant s’interroger sur la place de Dieu dans sa vie. Devant ce qui reste une catastrophe absolue pour l’homme croyant, les prophètes annoncent la venue d’un Messie qui rendra au peuple sa liberté.  Les croyants au Christ des premières générations, juifs d’origine faut-il le rappeler encore, ont vite fait de lire dans ces annonces d’un Sauveur envoyé par Dieu, l’annonce même de la venue de Jésus en notre monde. C’est la lecture qu’en fait Paul dans l’extrait des Actes des Apôtres que nous avons entendu : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement. Ce soir, c’est cette lecture que toute l’Eglise fait en célébrant la naissance de son Sauveur, Dieu fait homme en Jésus Christ. 

            Nous pouvons alors relire le prophète Isaïe à l’aune de cette même interprétation chrétienne. Le prophète annonce à son peuple que le temps de la désolation, le temps de l’Exil est terminé : On ne te dira plus : ‘Délaissée !’ A ton pays, nul ne dira plus : ‘Désolation !’ Toi, tu seras appelée ‘Ma Préférence’, cette terre se nommera ‘L’Epousée’. Le prophète reprend ici une thématique connue depuis le prophète Osée, celle des épousailles entre Dieu et l’humanité. Puisque l’homme s’était détourné de Dieu par ses trop nombreux péchés, nous apprend le prophète Osée, Dieu fera le choix de séduire à nouveau l’humanité et de la reprendre pour Epouse, quand bien même elle s’est montrée infidèle en se donnant à d’autres dieux. Si l’Eglise, en cette première messe de la fête de Noël nous fait entendre ce passage d’Isaïe, nous pouvons considérer qu’un des sens de cette fête est bien celui des noces de Dieu avec son peuple. En ce faisant homme en Jésus, Dieu vient à la rencontre de l’humanité pour une Alliance nouvelle, l’Ancienne Alliance ayant été rompue par le péché des hommes. Ce soir, Dieu épouse l’humanité : Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. Il faut remarquer ici que la joie de ce jour n’est pas d’abord la joie de l’humanité, mais bien celle de Dieu. Quand Dieu envoie son Fils dans le monde, il en est le premier heureux, parce que, par ce Fils, se réalisera son projet d’amour et de salut pour tous les hommes. Cette joie de Dieu est appelée à devenir notre joie. Comment, en effet, ne pas se réjouir devant la naissance de Celui que Dieu envoie pour nous sauver ? 

            Nous pouvons puiser notre joie dans cette longue succession de noms d’hommes et de femmes qui ont essayé, chacun à leur mesure, de vivre cette Alliance avec Dieu. La longue généalogie de Jésus, que l’on appelle Christ, nous rappelle chaque année que nous ne venons pas de nulle part et que nous n’allons pas nulle part. Nous-mêmes enfants de Dieu par le Fils unique Jésus Christ, nous venons de Dieu et nous allons vers Dieu. Nous sommes cette nouvelle génération qui a commencé avec la naissance de Jésus. Nous sommes celles et ceux qui ont à prolonger et à faire vivre ce monde nouveau inauguré par la naissance de Jésus. A l’image de Joseph, nous ne devons pas craindre de prendre chez nous Marie, la Mère de notre Sauveur, et l’enfant qui est engendré en elle et qui vient de l’Esprit Saint. L’Enfant de la crèche que nous accueillons en cette nuit ne doit pas nous rester extérieur ; cette nuit ne doit pas être juste une nuit de fête sitôt oubliée quand viendra le jour suivant. Cette nuit doit nous introduire réellement dans ce grand projet de salut de Dieu, projet qu’il a conçu pour nous. Nous sommes concernés par la naissance de cet Enfant-Dieu. Notre vie doit se laisser affecter par cette naissance, même si nous n’y comprenons pas grand-chose. Ce soir, Dieu fait le choix de se rendre présent à notre vie. Ce soir, Dieu entre à nouveau dans notre vie comme il l’a fait au jour de notre baptême. Ce soir, en nous offrant son Fils, Dieu nous fait comprendre qu’il attend de nous que nous soyons ses fils à l’image de cet Enfant nouveau-né. Quand nous contemplons une crèche, n’y voyons pas que l’illustration d’un événement merveilleux, mais aussi le signe que Dieu se donne à nous et qu’il attend que nous nous donnions à lui. 

            En contemplant le visage de l’Enfant Jésus, contemplons le visage de Dieu qui vient à nous. Contemplons aussi dans ce visage, le visage des frères qu’il met sur notre route. Puisque Dieu s’est fait humain en Jésus, chaque humain porte en lui le visage de Dieu. En servant nos frères, en particulier les plus petits, les plus faibles, c’est Dieu lui-même que nous servons. Que cette nuit, qui nous permet d’accueillir et d’épouser Dieu, nous permette aussi d’accueillir et d’épouser toute l’humanité en qui Dieu se révèle, en qui Dieu vit. Entrons dans une fidélité renouvelée à l’Alliance que Dieu nous propose en vivant une charité réelle avec tous. Amen.

samedi 4 décembre 2021

2ème dimanche de l'Avent C - 05 décembre 2021

 En ces temps troublés, recevons de Baruc une espérance renouvelée.





Lire les prophètes, pour un chrétien, est un exercice toujours difficile. Nous avons tellement l’habitude de les considérer comme des voyants annonçant le futur, plus exactement la venue de Jésus, que nous en oublions qu’ils ont été appelés par Dieu à une époque donnée pour dire sa Parole à un peuple donné. Les prophètes, au moment de leur ministère, n’annoncent pas Jésus. Même Jean le Baptiste ; il annonce la venue de quelqu’un qui viendra après lui, mais il n’identifiera ce quelqu’un avec Jésus que lorsque Jésus viendra à lui pour se faire baptiser. Ce n’est pas mal de faire une relecture chrétienne des prophètes, mais pour bien comprendre leur message, il vaut mieux d’abord nous plonger dans l’époque à laquelle ils ont vécu.

Ainsi en est-il du prophète Baruc. Secrétaire du prophète Jérémie, il écrit un livre à destination des Juifs de la Diaspora. Jérusalem, la cité de Dieu, a été détruite. Le peuple juif est dispersé. Il y a ceux qui ont fui en Egypte par exemple, et surtout l’immense majorité qui a été déportée à Babylone. C’est la catastrophe absolue, Israël n’ayant plus rien de tout ce que Dieu avait donné : plus de terre, plus de Loi, plus de roi. Ce n’est pas le grand remplacement qu’Israël a vécu mais le grand anéantissement. Quand il ne reste rien, comment espérer encore ? quand il ne reste rien, pourquoi croire encore ? Les prophètes qui vont accompagner le peuple en exil, comme ceux qui accompagnent les réfugiés dans d’autres nations, vont relire l’histoire d’Israël, rappeler la promesse de Dieu, annoncer l’espérance d’un retour. Baruc le fait dans ce magnifique passage entendu, dans lequel il s’adresse à la ville détruite de Jérusalem comme à une personne vivante : Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Eternel. Revêtue de Dieu, la ville retrouvera sa splendeur première. Ce qui est remarquable dans ce passage, c’est que Jérusalem n’est pour rien dans ce retour de ses enfants. Si elle fut la cause de sa chute, s’étant tournée vers d’autres dieux, son relèvement sera l’œuvre de Dieu seul. C’est la miséricorde de Dieu et sa justice qui valent à la ville sa restauration. Alors que l’on avait pu croire que Dieu s’était détourné de son peuple et qu’il l’avait abandonné, voilà qu’est réaffirmé le projet de salut, le projet de bonheur que Dieu porte pour son peuple depuis les origines. C’est Dieu qui est à la manœuvre : Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. C’est bien ce qui sera réalisé avec l’avènement du roi Cyrus, le Perse, qui libèrera les peuples opprimés par Babylone. 

En relisant ainsi le prophète dans son contexte, comment ne pas y voir un signe pour notre Eglise, qui vit comme en exil d’elle-même depuis la publication du rapport de la CIASE et les nombreux soubresauts que ce rapport a entraîné. Des chrétiens ont quitté l’Eglise ; parmi ceux qui sont restés, il y a un malaise certain et normal. Pour une part, c’est le grand anéantissement de l’Eglise telle qu’elle s’était imaginée. Comme le peuple d’Israël au temps de l’Exil, elle doit retrouver sa fidélité au Dieu unique et vrai. Comme le peuple d’Israël au temps de l’Exil, elle doit remettre la Parole de Dieu et le souci des petits au cœur de sa vie. Comme Israël avant l’Exil, elle n’a pas su lire les signes avant-coureurs de la catastrophe. La relecture des prophètes nous permet alors de comprendre que ce qui était vrai jadis, reste vrai aujourd’hui encore. Si le péché du peuple de la Première Alliance, péché qui a entraîné la chute de Jérusalem, a été pardonné par Dieu, le péché de l’Eglise le sera aussi. Le temps appartient désormais à Dieu ; il décidera quand sera venu le temps de la Rédemption, quand sera venu le temps d’abaisser à nouveau les hautes montagnes et les collines éternelles que notre péché a élevé. Si nous ne savons pas quand cela arrivera, nous pouvons toutefois conserver cette espérance : Dieu n’abandonne jamais son peuple, et si la période actuelle peut nous sembler lourde et cruelle, n’oublions pas celles et ceux pour qui l’Eglise a été lourde et cruelle. La miséricorde de Dieu et sa justice doivent désormais passer. Nous devons retrouver, non pas la splendeur de l’Eglise, mais la splendeur de la Gloire de Dieu. Quand nous aurons remis Dieu et sa Parole au cœur de la vie de l’Eglise, quand le souci de Dieu passera avant le souci de l’Eglise, alors il pourra aplanir la terre pour que nous y cheminions en sécurité dans la gloire de Dieu.

En ces temps troublés, recevons de Baruc une espérance renouvelée pour notre temps. En écho, recevons de Jean le Baptiste l’appel à nous mettre au travail, à préparer le chemin du Seigneur. Car Dieu l’a promis : tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.  C’est une promesse éternelle de Dieu ; c’est une promesse plus que jamais d’actualité pour nous. Amen.